Cyrano de Bergerac (page 13)
Carbon, à Roxane.
Ouvrez la main qui tient votre mouchoir.
Roxane, ouvre la main et le mouchoir tombe.
Ouvrez la main qui tient votre mouchoir.Pourquoi ?
(Toute la compagnie fait le mouvement de s’élancer pour le ramasser.)
Carbon, le ramassant vivement.
Ma compagnie était sans drapeau ! Mais, ma foi,
C’est le plus beau du camp qui flottera sur elle !
Roxane, souriant.
Il est un peu petit.
Carbon, attachant le mouchoir à la hampe de sa lance de capitaine.
Il est un peu petit.Mais il est en dentelle !
Un cadet, aux autres.
Je mourrais sans regret ayant vu ce minois,
Si j’avais seulement dans le ventre une noix !…
Carbon, qui l’a entendu, indigné.
Fi ! parler de manger lorsqu’une exquise femme !…
Roxane.
Mais l’air du camp est vif et, moi-même, m’affame :
Pâtés, chauds-froids, vins fins : — mon menu, le voilà !
— Voulez-vous m’apportez tout cela !
(Consternation.)
Un cadet.
— Voulez-vous m’apportez tout cela !Tout cela !
Un autre.
Où le prendrions-nous, grand Dieu ?
Roxane, tranquillement.
Où le prendrions-nous, grand Dieu ?Dans mon carrosse.
Tous.
Hein ?…
Roxane.
Hein ?…Mais il faut qu’on serve et découpe, et désosse !
Regardez mon cocher d’un peu plus près messieurs,
Et vous reconnaîtrez un homme précieux :
Chaque sauce sera, si l’on veut, réchauffée !
Les cadets, se ruant vers le carrosse.
C’est Ragueneau !
(Acclamations.)
C’est Ragueneau !Oh ! Oh !
Roxane, les suivant des yeux.
C’est Ragueneau !Oh ! Oh !Pauvres gens !
Cyrano, lui baisant la main.
C’est Ragueneau !Oh ! Oh !Pauvres gens !Bonne fée !
Ragueneau, debout sur le siège comme un charlatan en place publique.
Messieurs !…
(Enthousiasme.)
Les cadets.
Messieurs !…Bravo ! Bravo !
Ragueneau.
Messieurs !…Bravo ! Bravo !Les Espagnols n’ont pas,
Quand passaient tant d’appas, vu passer le repas !
(Applaudissements.)
Cyrano, bas à Christian.
Hum ! hum ! Christian !
Ragueneau.
Hum ! hum ! Christian !Distraits par la galanterie
Ils n’ont pas vu…
(Il tire de son siège un plat qu’il élève.)
Ils n’ont pas vu…La galantine !
(Applaudissements. La galantine passe de mains en mains.)
Cyrano, bas à Christian.
Ils n’ont pas vu…La galantine !Je t’en prie,
Un seul mot !…
Ragueneau.
Un seul mot !…Et Vénus sut occuper leur œil
Pour que Diane, en secret, pût passer…
(Il brandit un gigot.)
Pour que Diane, en secret, pût passer…son chevreuil !
(Enthousiasme. Le gigot est saisi par vingt mains tendues.)
Cyrano, bas à Christian.
Je voudrais te parler !
Roxane, aux cadets qui redescendent, les bras chargés de victuailles.
Je voudrais te parler !Posez cela par terre !
(Elle met le couvert sur l’herbe, aidée des deux laquais imperturbables qui étaient derrière le carrosse.)
Roxane, à Christian, au moment où Cyrano allait l’entraîner à part.
Vous, rendez-vous utile !
(Christian vient l’aider. Mouvement d’inquiétude de Cyrano.)
Ragueneau.
Vous, rendez-vous utile !Un paon truffé !
Premier cadet, épanoui, qui descend en coupant une large tranche de jambon.
Vous, rendez-vous utile !Un paon truffé !Tonnerre !
Nous n’aurons pas couru notre dernier hasard
Sans faire un gueuleton…
(Se reprenant vivement en voyant Roxane.)
Sans faire un gueuleton…pardon ! un balthazar !
Ragueneau, lançant les coussins du carrosse.
Les coussins sont remplis d’ortolans !
(Tumulte. On éventre les coussins. Rire. Joie.)
Troisième cadet.
Les coussins sont remplis d’ortolans !Ah ! Viédaze !
Ragueneau, lançant des flacons de vin rouge.
Des flacons de rubis !…
(De vin blanc.)
Des flacons de rubis !…Des flacons de topaze !
Roxane, jetant une nappe pliée à la figure de Cyrano.
Défaites cette nappe !… Eh ! hop ! Soyez léger !
Ragueneau, brandissant une lanterne arrachée.
Chaque lanterne est un petit garde-manger !
Cyrano, bas à Christian, pendant qu’ils arrangent la nappe ensemble.
Il faut que je te parle avant que tu lui parles !
Ragueneau, de plus en plus lyrique.
Le manche de mon fouet est un saucisson d’Arles !
Roxane, versant du vin, servant.
Puisqu’on nous fait tuer, morbleu ! nous nous moquons
Du reste de l’armée ! — Oui ! tout pour les Gascons !
Et si de Guiche vient, personne ne l’invite !
(Allant de l’un à l’autre.)
Là, vous avez le temps. — Ne mangez pas si vite ! —
Buvez un peu. — Pourquoi pleurez-vous ?
Premier cadet.
Buvez un peu. — Pourquoi pleurez-vous ?C’est trop bon !
Roxane.
Chut ! — Rouge ou blanc ? — Du pain pour monsieur de Carbon !
— Un couteau ! — Votre assiette ! — Un peu de croûte ? — Encore ?
— Je vous sers ! — Du bourgogne ? — Une aile ?
Cyrano, qui la suit, les bras chargés de plats, l’aidant à servir.
— Je vous sers ! — Du bourgogne ? — Une aile ?Je l’adore !
Roxane, allant à Christian.
Vous ?
Christian.
Vous ?Rien.
Roxane.
Vous ?Rien.Si ! ce biscuit, dans du muscat… deux doigts !
Christian, essayant de la retenir.
Oh ! dites-moi pourquoi vous vîntes ?
Roxane.
Oh ! dites-moi pourquoi vous vîntes ?Je me dois
À ces malheureux… Chut ! Tout à l’heure !…
Le Bret, qui était remonté au fond, pour passer, au bout d’une lance, un pain à la sentinelle du talus.
À ces malheureux… Chut ! Tout à l’heure !…De Guiche !
Cyrano.
Vite, cachez flacon, plat, terrine, bourriche !
Hop ! — N’ayons l’air de rien !…
Hop ! — N’ayons l’air de rien !…(À Ragueneau.)
Hop ! — N’ayons l’air de rien !…Toi, remonte d’un bond
Sur ton siège ! — Tout est caché ?…
(En un clin d’œil tout a été repoussé dans les tentes, ou caché sous les vêtements, sous les manteaux, dans les feutres. — De Guiche entre vivement — et s’arrête, tout d’un coup, reniflant. — Silence.)
Scène VII
Les Mêmes, DE GUICHE.
De Guiche.
Sur ton siège ! — Tout est caché ?…Cela sent bon.
Un cadet, chantonnant d’un air détaché.
To lo lo !…
De Guiche, s’arrêtant et le regardant.
To lo lo !…Qu’avez-vous, vous ?… Vous êtes tout rouge !
Le cadet.
Moi ?… Mais rien. C’est le sang. On va se battre : il bouge !
Un autre.
Poum… poum… poum…
De Guiche, se retournant.
Poum… poum… poum…Qu’est cela ?
Le cadet, légèrement gris.
Poum… poum… poum…Qu’est cela ?Rien ! C’est une chanson !
Une petite…
De Guiche.
Une petite…Vous êtes gai, mon garçon !
Le cadet.
L’approche du danger !
De Guiche, appelant Carbon de Castel-Jaloux, pour donner un ordre.
L’approche du danger !Capitaine ! je…
(Il s’arrête en le voyant.)
L’approche du danger !Capitaine ! je…Peste !
Vous avez bonne mine aussi !
Carbon, cramoisi, et cachant une bouteille derrière son dos, avec un geste évasif.
Vous avez bonne mine aussi !Oh !…
De Guiche.
Vous avez bonne mine aussi !Oh !…Il me reste
Un canon que j’ai fait porter…
(Il montre un endroit dans la coulisse.)
Un canon que j’ai fait porter…là, dans ce coin,
Et vos hommes pourront s’en servir au besoin.
Un cadet, se dandinant.
Charmante attention !
Un autre, lui souriant gracieusement.
Charmante attention !Douce sollicitude !
De Guiche.
Ah çà ! mais ils sont fous ! —
(Sèchement.)
Ah çà ! mais ils sont fous ! —N’ayant pas l’habitude
Du canon, prenez garde au recul.
Le premier cadet.
Du canon, prenez garde au recul.Ah ! pfftt !
De Guiche, allant à lui, furieux.
Du canon, prenez garde au recul.Ah ! pfftt !Mais !…
Le cadet.
Le canon des Gascons ne recule jamais !
De Guiche, le prenant par le bras et le secouant.
Vous êtes gris !… De quoi ?
Le cadet, superbe.
Vous êtes gris !… De quoi ?De l’odeur de la poudre !
De Guiche, haussant les épaules, les repousse et va vivement à Roxane.
Vite, à quoi daignez-vous, madame, vous résoudre ?
Roxane.
Je reste !
De Guiche.
Je reste !Fuyez !
Roxane.
Je reste !Fuyez !Non !
De Guiche.
Je reste !Fuyez !Non !Puisqu’il en est ainsi,
Qu’on me donne un mousquet !
Carbon.
Qu’on me donne un mousquet !Comment ?
De Guiche.
Qu’on me donne un mousquet !Comment ?Je reste aussi.
Cyrano.
Enfin, Monsieur ! voilà de la bravoure pure !
Premier cadet.
Seriez-vous un Gascon malgré votre guipure ?
Roxane.
Quoi… !
De Guiche.
Quoi… !Je ne quitte pas une femme en danger.
Deuxième cadet, au premier.
Dis donc ! Je crois qu’on peut lui donner à manger !
(Toutes les victuailles reparaissent comme par enchantement.)
De Guiche, dont les yeux s’allument.
Des vivres !
Un troisième cadet.
Des vivres !Il en sort de sous toutes les vestes !
De Guiche, se maîtrisant, avec hauteur.
Est-ce que vous croyez que je mange vos restes !
Cyrano, saluant.
Vous faites des progrès !
De Guiche, fièrement, et à qui échappe sur le dernier mot une légère pointe d’accent.
Vous faites des progrès !Je vais me battre à jeun !
Premier cadet, exultant de joie.
À jeung ! Il vient d’avoir l’accent !
De Guiche, riant.
À jeung ! Il vient d’avoir l’accent !Moi !
Le cadet.
À jeung ! Il vient d’avoir l’accent !Moi !C’en est un !
(Ils se mettent tous à danser.)
Carbon, qui a disparu depuis un moment derrière le talus, reparaissant sur la crête.
J’ai rangé mes piquiers, leur troupe est résolue !
(Il montre une ligne de piques qui dépasse la crête.)
De Guiche, à Roxane, en s’inclinant.
Acceptez-vous ma main pour passer leur revue ?…
(Elle la prend, ils remontent vers le talus. Tout le monde se découvre et les suit.)
Christian, allant à Cyrano, vivement.
Parle vite !
(Au moment où Roxane paraît sur la crête, les lances disparaissent, abaissées pour le salut, un cri s’élève : elle s’incline.)
Les piquiers, au-dehors.
Parle vite !Vivat !
Christian.
Parle vite !Vivat !Quel était ce secret !
Cyrano.
Dans le cas où Roxane…
Christian.
Dans le cas où Roxane…Eh bien ?
Cyrano.
Dans le cas où Roxane…Eh bien ?Te parlerait
Des lettres ?
Christian.
Des lettres ?Oui, je sais !…
Cyrano.
Des lettres ?Oui, je sais !…Ne fais pas la sottise
De t’étonner…
Christian.
De t’étonner…De quoi ?
Cyrano.
De t’étonner…De quoi ?Il faut que je te dise !…
Oh ! mon Dieu, c’est tout simple, et j’y pense aujourd’hui
En la voyant. Tu lui…
Christian.
En la voyant. Tu lui…Parle vite !
Cyrano.
En la voyant. Tu lui…Parle vite !Tu lui…
As écrit plus souvent que tu ne crois.
Christian.
As écrit plus souvent que tu ne crois.Hein ?
Cyrano.
As écrit plus souvent que tu ne crois.Hein ?Dame !
Je m’en étais chargé : J’interprétais ta flamme !
J’écrivais quelquefois sans te dire : j’écris !
Christian.
Ah ?
Cyrano.
Ah ?C’est tout simple !
Christian.
Ah ?C’est tout simple !Mais comment t’y es-tu pris,
Depuis qu’on est bloqué pour ?…
Cyrano.
Depuis qu’on est bloqué pour ?…Oh !… avant l’aurore
Je pouvais traverser…
Christian, se croisant les bras.
Je pouvais traverser…Ah ! c’est tout simple encore ?
Et qu’ai-je écrit de fois par semaine ?… Deux ? — Trois ?…
Quatre ? —
Cyrano.
Quatre ? -Plus.
Christian.
Quatre ? — Plus.Tous les jours ?
Cyrano.
Quatre ? — Plus.Tous les jours ?Oui, tous les jours. — Deux fois.
Christian, violemment.
Et cela t’enivrait, et l’ivresse était telle
Que tu bravais la mort…
Cyrano, voyant Roxane qui revient.
Que tu bravais la mort…Tais-toi ! Pas devant elle !
(Il rentre vivement dans sa tente.)
Scène VIII
ROXANE, CHRISTIAN ; au fond, allées et venues de Cadets. CARBON et DE GUICHE donnent des ordres.
Roxane, courant à Christian.
Et maintenant, Christian !…
Christian, lui prenant les mains.
Et maintenant, Christian !…Et maintenant, dis-moi
Pourquoi, par ces chemins effroyables, pourquoi
À travers tous ces rangs de soudards et de reîtres,
Tu m’as rejoint ici ?
Roxane.
Tu m’as rejoint ici ?C’est à cause des lettres !
Christian.
Tu dis ?
Roxane.
Tu dis ?Tant pis pour vous si je cours ces dangers !
Ce sont vos lettres qui m’ont grisée ! Ah ! songez
Combien depuis un mois vous m’en avez écrites,
Et plus belles toujours !
Christian.
Et plus belles toujours !Quoi ! pour quelques petites
lettres d’amour…
Roxane.
lettres d’amour…Tais-toi !… Tu ne peux pas savoir !
Mon Dieu, je t’adorais, c’est vrai, depuis qu’un soir,
D’une voix que je t’ignorais, sous ma fenêtre,
Ton âme commença de se faire connaître…
Eh bien ! tes lettres, c’est, vois-tu, depuis un mois,
Comme si tout le temps, je l’entendais, ta voix
De ce soir-là, si tendre, et qui vous enveloppe !
Tant pis pour toi, j’accours. La sage Pénélope
Ne fût pas demeurée à broder sous son toit,
Si le Seigneur Ulysse eût écrit comme toi,
Mais pour le joindre, elle eût, aussi folle qu’Hélène,
Envoyé promener ses pelotons de laine !…
Christian.
Mais…
Roxane.
Mais…Je lisais, je relisais, je défaillais,
J’étais à toi. Chacun de ces petits feuillets
Était comme un pétale envolé de ton âme.
On sent à chaque mot de ces lettres de flamme
L’amour puissant, sincère…
Christian.
L’amour puissant, sincère…Ah ! sincère et puissant ?
Cela se sent, Roxane ?…
Roxane.
Cela se sent, Roxane ?…Oh ! si cela se sent !
Christian.
Et vous venez ?
Roxane.
Et vous venez ?Je viens (ô mon Christian, mon maître !
Vous me relèveriez si je voulais me mettre
À vos genoux, c’est donc mon âme que j’y mets,
Et vous ne pourrez plus la relever jamais !)
Je viens te demander pardon (et c’est bien l’heure
De demander pardon, puisqu’il se peut qu’on meure !)
De t’avoir fait d’abord, dans ma frivolité,
L’insulte de t’aimer pour ta seule beauté !
Christian, avec épouvante.
Ah ! Roxane !
Roxane.
Ah ! Roxane !Et plus tard, mon ami, moins frivole,
— Oiseau qui saute avant tout à fait qu’il s’envole, —
Ta beauté m’arrêtant, ton âme m’entraînant,
Je t’aimais pour les deux ensemble !…
Christian.
Je t’aimais pour les deux ensemble !…Et maintenant ?
Roxane.
Eh bien ! toi-même enfin l’emporte sur toi-même,
Et ce n’est plus que pour ton âme que je t’aime !
Christian, reculant.
Ah ! Roxane !
Roxane.
Ah ! Roxane !Sois donc heureux. Car n’être aimé
Que pour ce dont on est un instant costumé,
Doit mettre un cœur avide et noble à la torture ;
Mais ta chère pensée efface ta figure,
Et la beauté par quoi tout d’abord tu me plus,
Maintenant j’y vois mieux… et je ne la vois plus !
Christian.
Oh !…
Roxane.
Oh !…Tu doutes encor d’une telle victoire ?…
Christian, douloureusement.
Roxane !
Roxane.
Roxane !Je comprends, tu ne peux pas y croire,
À cet amour ?…
Christian.
À cet amour ?…Je ne veux pas de cet amour !
Moi, je veux être aimé plus simplement pour…
Roxane.
Moi, je veux être aimé plus simplement pour…Pour
Ce qu’en vous elles ont aimé jusqu’à cette heure ?
Laissez-vous donc aimer d’une façon meilleure !
Christian.
Non ! c’était mieux avant !
Roxane.
Non ! c’était mieux avant !Ah ! tu n’y entends rien !
C’est maintenant que j’aime mieux, que j’aime bien !
C’est ce qui te fait toi, tu m’entends, que j’adore,
Et moins brillant…
Christian.
Et moins brillant…Tais-toi !
Roxane.
Et moins brillant…Tais-toi !Je t’aimerais encore !
Si toute ta beauté tout d’un coup s’envolait…
Christian.
Oh ! ne dis pas cela !
Roxane.
Oh ! ne dis pas cela !Si ! je le dis !
Christian.
Oh ! ne dis pas cela !Si ! je le dis !Quoi ? laid ?
Roxane.
Laid ! je le jure !
Christian.
Laid ! je le jure !Dieu !
Roxane.
Laid ! je le jure !Dieu !Et ta joie est profonde ?
Christian, d’une voix étouffée.
Oui…
Roxane.
Oui…Qu’as-tu ?…
Christian, la repoussant doucement.
Oui…Qu’as-tu ?…Rien. Deux mots à dire : une seconde…
Roxane.
Mais ?…
Christian, lui montrant un groupe de cadets, au fond.
Mais ?…À ces pauvres gens mon amour t’enleva
Va leur sourire un peu puisqu’ils vont mourir… va !
Roxane, attendrie.
Cher Christian !
(Elle remonte vers les Gascons qui s’empressent respectueusement autour d’elle.)
Scène IX
CHRISTIAN, CYRANO ; au fond ROXANE, causant avec CARBON et quelques cadets.
Christian, appelant vers la tente de Cyrano.
Cher Christian !Cyrano ?
Cyrano, reparaissant, armé pour la bataille.
Cher Christian !Cyrano ?Qu’est-ce ? Te voilà blême !
Christian.
Elle ne m’aime plus !
Cyrano.
Elle ne m’aime plus !Comment ?
Christian.
Elle ne m’aime plus !Comment ?C’est toi qu’elle aime !