Cyrano de Bergerac (page 14)
Cyrano.
Non !
Christian.
Non ! Elle n’aime plus que mon âme !
Cyrano.
Non ! Elle n’aime plus que mon âme ! Non !
Christian.
Non ! Elle n’aime plus que mon âme ! Non ! Si !
C’est donc bien toi qu’elle aime, — et tu l’aimes aussi !
Cyrano.
Moi ?
Christian.
Moi ? Je le sais.
Cyrano.
Moi ? Je le sais.C’est vrai.
Christian.
Moi ? Je le sais.C’est vrai.Comme un fou.
Cyrano.
Moi ? Je le sais.C’est vrai.Comme un fou.Davantage.
Christian.
Dis-le-lui !
Cyrano.
Dis-le-lui ! Non !
Christian.
Dis-le-lui ! Non ! Pourquoi ?
Cyrano.
Dis-le-lui ! Non ! Pourquoi ? Regarde mon visage !
Christian.
Elle m’aimerait laid !
Cyrano.
Elle m’aimerait laid ! Elle te l’a dit !
Christian.
Elle m’aimerait laid ! Elle te l’a dit ! Là !
Cyrano.
Ah ! je suis bien content qu’elle t’ait dit cela !
Mais va, va, ne crois pas cette chose insensée !
— Mon Dieu, je suis content qu’elle ait eu la pensée
De la dire, — mais va, ne la prends pas au mot,
Va, ne deviens pas laid : elle m’en voudrait trop !
Christian.
C’est ce que je veux voir !
Cyrano.
C’est ce que je veux voir ! Non, non !
Christian.
C’est ce que je veux voir ! Non, non ! Qu’elle choisisse !
Tu vas lui dire tout !
Cyrano.
Tu vas lui dire tout !Non, non ! Pas ce supplice.
Christian.
Je tuerais ton bonheur parce que je suis beau ?
C’est trop injuste !
Cyrano.
C’est trop injuste ! Et moi, je mettrais au tombeau
Le tien parce que, grâce au hasard qui fait naître,
J’ai le don d’exprimer… ce que tu sens peut-être ?
Christian.
Dis-lui tout !
Cyrano.
Dis-lui tout ! Il s’obstine à me tenter, c’est mal !
Christian.
Je suis las de porter en moi-même un rival !
Cyrano.
Christian !
Christian.
Christian ! Notre union — sans témoins — clandestine,
— Peut se rompre, — si nous survivons !
Cyrano.
Peut se rompre, — si nous survivons ! Il s’obstine !…
Christian.
Oui, je veux être aimé moi-même, ou pas du tout !
— Je vais voir ce qu’on fait, tiens ! Je vais jusqu’au bout
Du poste ; je reviens : parle, et qu’elle préfère
L’un de nous deux !
Cyrano.
L’un de nous deux ! Ce sera toi !
Christian.
L’un de nous deux ! Ce sera toi ! Mais… je l’espère !
(Il appelle.)
Roxane !
Cyrano.
Roxane ! Non ! Non !
Roxane, accourant.
Roxane ! Non ! Non ! Quoi ?
Christian.
Roxane ! Non ! Non ! Quoi ? Cyrano vous dira
Une chose importante…
(Elle va vivement à Cyrano. Christian sort.)
Scène X
ROXANE, CYRANO, puis LE BRET, CARBON DE CASTEL-JALOUX, les Cadets, RAGUENEAU, DE GUICHE, etc…
Roxane.
Une chose importante…Importante ?
Cyrano, éperdu.
Une chose importante… Importante ? Il s’en va !…
(À Roxane.)
Rien… Il attache, — oh ! Dieu ! vous devez le connaître ! —
De l’importance à rien !
Roxane, vivement.
De l’importance à rien ! Il a douté peut-être
De ce que j’ai dit là ?… J’ai vu qu’il a douté !…
Cyrano, lui prenant la main.
Mais vous avez bien dit, d’ailleurs, la vérité ?
Roxane.
Oui, oui, je l’aimerais même…
(Elle hésite une seconde.)
Cyrano, souriant tristement.
Oui, oui, je l’aimerais même…Le mot vous gêne
Devant moi ?
Roxane.
Devant moi ? Mais…
Cyrano.
Devant moi ? Mais…Il ne me fera pas de peine !
— Même laid ?
Roxane.
— Même laid ? Même laid !
— Même laid ? Même laid ! (Mousqueterie au-dehors.)
— Même laid ? Même laid ! Ah ! tiens, on a tiré !
Cyrano, ardemment.
Affreux ?
Roxane.
Affreux ? Affreux !
Cyrano.
Affreux ? Affreux ! Défiguré ?
Roxane.
Affreux ? Affreux ! Défiguré ? Défiguré !
Cyrano.
Grotesque ?
Roxane.
Grotesque ? Rien ne peut me le rendre grotesque !
Cyrano.
Vous l’aimeriez encore ?
Roxane.
Vous l’aimeriez encore ? Et davantage presque !
Cyrano, perdant la tête, à part.
Mon Dieu, c’est vrai, peut-être, et le bonheur est là.
(À Roxane.)
Je… Roxane… écoutez !…
Le Bret, entrant rapidement, appelle à mi-voix.
Je… Roxane… écoutez !…Cyrano !
Cyrano, se retournant.
Je… Roxane… écoutez !…Cyrano ! Hein ?
Le Bret.
Je… Roxane… écoutez !…Cyrano ! Hein ? Chut !
(Il lui dit un mot tout bas.)
Cyrano, laissant échapper la main de Roxane, avec un cri.
Je… Roxane… écoutez !…Cyrano ! Hein ? Chut ! Ah !…
Roxane.
Qu’avez-vous ?
Cyrano, à lui-même, avec stupeur.
Qu’avez-vous ? C’est fini.
(Détonations nouvelles.)
Roxane.
Qu’avez-vous ? C’est fini.Quoi ? Qu’est-ce encore ? On tire ?
(Elle remonte pour regarder au-dehors.)
Cyrano.
C’est fini, jamais plus je ne pourrai le dire !
Roxane, voulant s’élancer.
Que se passe-t-il ?
Cyrano, vivement, l’arrêtant.
Que se passe-t-il ? Rien !
(Des cadets sont entrés, cachant quelque chose qu’ils portent, et ils forment un groupe empêchant Roxane d’approcher.)
Roxane.
Que se passe-t-il ? Rien ! Ces hommes ?
Cyrano, l’éloignant.
Que se passe-t-il ? Rien ! Ces hommes ? Laissez-les !…
Roxane.
Mais qu’alliez-vous me dire avant ?…
Cyrano.
Mais qu’alliez-vous me dire avant ?…Ce que j’allais
Vous dire ?… rien, oh ! rien, je le jure, madame !
(Solennellement.)
Je jure que l’esprit de Christian, que son âme
Étaient…
Étaient…(Se reprenant avec terreur.)
Étaient…sont les plus grands…
Roxane.
Étaient…sont les plus grands…Étaient ?
Étaient…sont les plus grands…Étaient ? (Avec un grand cri.)
Étaient…sont les plus grands…Étaient ? Ah !…
(Elle se précipite et écarte tout le monde.)
Cyrano.
Étaient…sont les plus grands…Étaient ? Ah !…C’est fini.
Roxane, voyant Christian couché dans son manteau.
Christian !
Le Bret, à Cyrano.
Christian ! Le premier coup de feu de l’ennemi !
(Roxane se jette sur le corps de Christian. Nouveaux coups de feu. Cliquetis. Rumeurs. Tambours.)
Carbon, l’épée au poing.
C’est l’attaque ! Aux mousquets !
(Suivi des cadets, il passe de l’autre côté du talus.)
Roxane.
C’est l’attaque ! Aux mousquets ! Christian !
La voix de Carbon, derrière le talus.
C’est l’attaque ! Aux mousquets ! Christian ! Qu’on se dépêche !
Roxane.
Christian !
Carbon.
Christian ! Alignez-vous !
Roxane.
Christian ! Alignez-vous ! Christian !
Carbon.
Christian ! Alignez-vous ! Christian ! Mesurez… mèche !
(Ragueneau est accouru, apportant de l’eau dans un casque.)
Christian, d’une voix mourante.
Roxane !…
Cyrano, vite et bas à l’oreille de Christian, pendant que Roxane affolée trempe dans l’eau, pour le panser, un morceau de linge arraché à sa poitrine.
Roxane !…J’ai tout dit. C’est toi qu’elle aime encor !
(Christian ferme les yeux.)
Roxane.
Quoi, mon amour ?
Carbon.
Quoi, mon amour ? Baguette haute !
Roxane, à Cyrano.
Quoi, mon amour ? Baguette haute ! Il n’est pas mort ?…
Carbon.
Ouvrez la charge avec les dents !
Roxane.
Ouvrez la charge avec les dents ! Je sens sa joue
Devenir froide, là, contre la mienne !
Carbon.
Devenir froide, là, contre la mienne ! En joue !
Roxane.
Une lettre sur lui !
(Elle l’ouvre.)
Une lettre sur lui ! Pour moi !
Cyrano, à part.
Une lettre sur lui ! Pour moi ! Ma lettre !
Carbon.
Une lettre sur lui ! Pour moi ! Ma lettre ! Feu !
(Mousqueterie. Cris. Bruit de bataille.)
Cyrano, voulant dégager sa main que tient Roxane agenouillée.
Mais, Roxane on se bat !
Roxane, le retenant.
Mais Roxane on se bat ! Restez encore un peu.
Il est mort. Vous étiez le seul à le connaître.
(Elle pleure doucement.)
— N’est-ce pas que c’était un être exquis, un être
Merveilleux ?
Cyrano, debout, tête nue.
Merveilleux ? Oui, Roxane.
Roxane.
Merveilleux ? Oui, Roxane.Un poète inouï,
Adorable ?
Cyrano.
Adorable ? Oui, Roxane.
Roxane.
Adorable ? Oui, Roxane.Un esprit sublime ?
Cyrano.
Adorable ? Oui, Roxane.Un esprit sublime ? Oui,
Roxane !
Roxane.
Roxane ! Un cœur profond, inconnu du profane,
Une âme magnifique et charmante ?
Cyrano, fermement.
Une âme magnifique et charmante ? Oui, Roxane !
Roxane, se jetant sur le corps de Christian.
Il est mort !
Cyrano, à part, tirant l’épée.
Il est mort ! Et je n’ai qu’à mourir aujourd’hui,
Puisque, sans le savoir, elle me pleure en lui !
(Trompettes au loin.)
De guiche, qui reparaît sur le talus, décoiffé, blessé au front, d’une voix tonnante.
C’est le signal promis ! Des fanfares de cuivres !
Les Français vont rentrer au camp avec des vivres !
Tenez encore un peu !
Roxane.
Tenez encore un peu ! Sur la lettre, du sang,
Des pleurs !
Une voix, au-dehors criant.
Des pleurs ! Rendez-vous !
Voix des cadets.
Des pleurs ! Rendez-vous ! Non !
Ragueneau, qui grimpé sur son carrosse regarde la bataille par-dessus le talus.
Des pleurs ! Rendez-vous ! Non ! Le péril va croissant !
Cyrano, à de Guiche lui montrant Roxane.
Emportez-la ! Je vais charger !
Roxane, baisant la lettre, d’une voix mourante.
Emportez-la ! Je vais charger ! Son sang ! ses larmes !…
Ragueneau, sautant à bas du carrosse pour courir vers elle.
Elle s’évanouit !
De Guiche, sur le talus, aux cadets, avec rage.
Elle s’évanouit ! Tenez bon !
Une voix, au-dehors.
Elle s’évanouit ! Tenez bon ! Bas les armes !
Voix des cadets.
Non !
Cyrano, à de Guiche.
Non ! Vous avez prouvé, Monsieur, votre valeur :
(Lui montrant Roxane.)
Fuyez en la sauvant !
De Guiche, qui court à Roxane et l’enlève dans ses bras.
Fuyez en la sauvant ! Soit ! Mais on est vainqueur
Si vous gagnez du temps !
Cyrano.
Si vous gagnez du temps ! C’est bon !
(Criant vers Roxane que de Guiche, aidé de Ragueneau, emporte évanouie.)
Si vous gagnez du temps ! C’est bon ! Adieu, Roxane !
(Tumulte. Cris. Des cadets reparaissent blessés et viennent tomber en scène. Cyrano se précipitant au combat est arrêté sur la crête par Carbon de Castel-Jaloux, couvert de sang.)
Carbon.
Nous plions ! J’ai reçu deux coups de pertuisane !
Cyrano, criant aux Gascons.
Hardi ! Reculès pas, drollos !
Hardi ! Reculès pas, drollos ! (À Carbon, qu’il soutient.)
Hardi ! Reculès pas, drollos ! N’ayez pas peur !
J’ai deux morts à venger : Christian et mon bonheur !
(Ils redescendent. Cyrano brandit la lance où est attaché le mouchoir de Roxane.)
Flotte, petit drapeau de dentelle à son chiffre !
(Il la plante en terre ; il crie aux cadets.)
Toumbé dèssus ! Escrasas lous !
(Au fifre.)
Toumbé dèssus ! Escrasas lous ! Un air de fifre !
(Le fifre joue. Des blessés se relèvent. Des cadets dégringolant le talus viennent se grouper autour de Cyrano et du petit drapeau. Le carrosse se couvre et se remplit d’hommes, se hérisse d’arquebuses, se transforme en redoute.)
Un cadet, paraissant à reculons, sur la crête, se battant toujours, crie :
Ils montent le talus !
(et tombe mort.)
Cyrano.
Ils montent le talus ! On va les saluer !
(Le talus se couronne en un instant d’une rangée terrible d’ennemis. Les grands étendards des Impériaux se lèvent.)
Cyrano.
Feu !
(Décharge générale.)
Cri, dans les rangs ennemis.
Feu ! Feu !
(Riposte meurtrière. Les cadets tombent de tous côtés.)
Un officier espagnol, se découvrant.
Feu ! Feu ! Quels sont ces gens qui se font tous tuer ?
Cyrano, récitant debout au milieu des balles.
Ce sont les cadets de Gascogne
De Carbon de Castel-Jaloux ;
Bretteurs et menteurs sans vergogne…
(Il s’élance, suivi des quelques survivants.)
Ce sont les cadets…
(Le reste se perd dans la bataille.)
RIDEAU.
CINQUIÈME ACTE
LA GAZETTE DE CYRANO
Quinze ans après, en 1655. Le parc du couvent que les Dames de la Croix occupaient à Paris.
Superbes ombrages. À gauche, la maison ; vaste perron sur lequel ouvrent plusieurs portes. Un arbre énorme au milieu de la scène, isolé au milieu d’une petite place ovale. À droite, premier plan, parmi de grands buis, un banc de pierre demi-circulaire.
Tout le fond du théâtre est traversé par une allée de marronniers qui aboutit à droite, quatrième plan, à la porte d’une chapelle entrevue parmi les branches. À travers le double rideau d’arbres de cette allée, on aperçoit des fuites de pelouses, d’autres allées, des bosquets, les profondeurs du parc, le ciel.
La chapelle ouvre une porte latérale sur une colonnade enguirlandée de vigne rougie, qui vient se perdre à droite, au premier plan, derrière les buis.
C’est l’automne. Toute la frondaison est rousse au-dessus des pelouses fraîches. Taches sombres des buis et des ifs restés verts. Une plaque de feuilles jaunes sous chaque arbre. Les feuilles jonchent toute la scène, craquent sous les pas dans les allées, couvrent à demi le perron et les bancs.
Entre le banc de droite et l’arbre, un grand métier à broder devant lequel une petite chaise a été apportée. Paniers pleins d’écheveaux et de pelotons. Tapisserie commencée.
Au lever du rideau, des sœurs vont et viennent dans le parc ; quelques-unes sont assises sur le banc autour d’une religieuse plus âgée. Des feuilles tombent.
Scène première
Mère MARGUERITE, sœur MARTHE, sœur CLAIRE, les Sœurs.
Sœur Marthe, à Mère Marguerite
Sœur Claire a regardé deux fois comment allait
Sa cornette, devant la glace.
Mère Marguerite, à sœur Claire.
Sa cornette, devant la glace.C’est très laid.
Sœur Claire.
Mais sœur Marthe a repris un pruneau de la tarte,
Ce matin : je l’ai vu.
Mère Marguerite, à sœur Marthe.
Ce matin : je l’ai vu.C’est très vilain, sœur Marthe.
Sœur Claire.
Un tout petit regard !
Sœur Marthe.
Un tout petit regard !Un tout petit pruneau !
Mère Marguerite, sévèrement.
Je le dirai, ce soir, à monsieur Cyrano.
Sœur Claire, épouvantée.
Non ! il va se moquer !
Sœur Marthe.
Non ! il va se moquer !Il dira que les nonnes
Sont très coquettes !
Sœur Claire.
Sont très coquettes !Très gourmandes !
Mère Marguerite, souriant.
Sont très coquettes !Très gourmandes !Et très bonnes.
Sœur Claire.
N’est-ce pas, Mère Marguerite de Jésus,
Qu’il vient, le samedi, depuis dix ans ?
Mère Marguerite.
Qu’il vient, le samedi, depuis dix ans ?Et plus !
Depuis que sa cousine à nos béguins de toile
Mêla le deuil mondain de sa coiffe de voile,
Qui chez nous vint s’abattre, il y a quatorze ans,
Comme un grand oiseau noir parmi les oiseaux blancs !
Sœur Marthe.
Lui seul, depuis qu’elle a pris chambre dans ce cloître,
Sait distraire un chagrin qui ne veut pas décroître.
Toutes les sœurs.
Il est si drôle ! — C’est amusant quand il vient !
— Il nous taquine ! — Il est gentil ! — Nous l’aimons bien !
— Nous fabriquons pour lui des pâtes d’angélique !
Sœur Marthe.
Mais enfin, ce n’est pas un très bon catholique !
Sœur Claire.
Nous le convertirons.
Les sœurs.
Nous le convertirons.Oui ! Oui !
Mère Marguerite.
Nous le convertirons.Oui ! Oui !Je vous défend
De l’entreprendre encor sur ce point, mes enfants.
Ne le tourmentez pas : il viendrait moins peut-être !
Sœur Marthe.
Mais… Dieu !…
Mère Marguerite.
Mais… Dieu !…Rassurez-vous : Dieu doit bien le connaître.
Sœur Marthe.
Mais chaque samedi, quand il vient d’un air fier,
Il me dit en entrant : « Ma sœur j’ai fait gras, hier ! »
Mère Marguerite.
Ah ! il vous dit cela ?… Eh bien ! la fois dernière
Il n’avait pas mangé depuis deux jours.
Sœur Marthe.
Il n’avait pas mangé depuis deux jours.Ma Mère !
Mère Marguerite.
Il est pauvre.
Sœur Marthe.
Il est pauvre.Qui vous l’a dit ?
Mère Marguerite.
Il est pauvre.Qui vous l’a dit ?Monsieur Le Bret.
Sœur Marthe.
On ne le secourt pas ?
Mère Marguerite.
On ne le secourt pas ?Non, il se fâcherait.
(Dans une allée du fond, on voit apparaître Roxane, vêtue de noir, avec la coiffe des veuves et de longs voiles ; de Guiche, magnifique et vieillissant, marche auprès d’elle. Ils vont à pas lents. Mère Marguerite se lève.)
— Allons il faut rentrer… Madame Madeleine,
Avec un visiteur, dans le parc se promène.
Sœur Marthe, bas à sœur Claire.
C’est le duc-maréchal de Grammont ?
Sœur Claire, regardant.
C’est le duc-maréchal de Grammont ?Oui, je crois.
Sœur Marthe.
Il n’était plus venu la voir depuis des mois !
Les sœurs.
Il est très pris ! — La cour ! — Les camps !
Sœur Claire.
Il est très pris ! — La cour ! — Les camps !Les soins du monde !
(Elles sortent. De Guiche et Roxane descendent en silence et s’arrêtent près du métier. Un temps.)
Scène II
ROXANE, LE DUC DE GRAMMONT ancien comte de Guiche, puis LE BRET et RAGUENEAU.
Le duc.
Et vous demeurerez ici, vainement blonde,
Toujours en deuil ?