Cyrano de Bergerac (page 15)

Edmond Rostand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Cyrano de Bergerac (Rostand) · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Roxane.

Toujours en deuil ?Toujours.

Le duc.

Toujours en deuil ?Toujours.Aussi fidèle ?

Roxane.

Toujours en deuil ?Toujours.Aussi fidèle ?Aussi.

Le duc, après un temps.

Vous m’avez pardonné ?

Roxane, simplement, regardant la croix du couvent.

Vous m’avez pardonné ?Puisque je suis ici.

(Nouveau silence.)

Le duc.

Vraiment c’était un être ?…

Roxane.

Vraiment c’était un être ?…Il fallait le connaître !

Le duc.

Ah ! Il fallait ?… Je l’ai trop peu connu, peut-être !

…Et son dernier billet, sur votre cœur, toujours ?

Roxane.

Comme un doux scapulaire, il pend à ce velours.

Le duc.

Même mort, vous l’aimez ?

Roxane.

Même mort, vous l’aimez ?Quelquefois il me semble

Qu’il n’est mort qu’à demi, que nos cœurs sont ensemble,

Et que son amour flotte, autour de moi, vivant !

Le duc, après un silence encore.

Est-ce que Cyrano vient vous voir ?

Roxane.

Est-ce que Cyrano vient vous voir ?Oui, souvent.

— Ce vieil ami, pour moi, remplace les gazettes.

Il vient ; c’est régulier ; sous cet arbre où vous êtes

On place son fauteuil, s’il fait beau ; je l’attends

En brodant ; l’heure sonne ; au dernier coup, j’entends

— Car je ne tourne plus même le front ! — sa canne

Descendre le perron ; il s’assied ; il ricane

De ma tapisserie éternelle ; il me fait

La chronique de la semaine, et…

(Le Bret paraît sur le perron.)

La chronique de la semaine, et…Tiens, Le Bret !

(Le Bret descend.)

Comment va notre ami ?

Le Bret.

Comment va notre ami ?Mal.

Le duc.

Comment va notre ami ?Mal.Oh !

Roxane, au duc.

Comment va notre ami ?Mal.Oh !Il exagère !

Le Bret.

Tout ce que j’ai prédit : l’abandon, la misère !…

Ses épîtres lui font des ennemis nouveaux !

Il attaque les faux nobles, les faux dévots,

Les faux braves, les plagiaires, — tout le monde.

Roxane.

Mais son épée inspire une terreur profonde.

On ne viendra jamais à bout de lui.

Le duc, hochant la tête.

On ne viendra jamais à bout de lui.Qui sait ?

Le Bret.

Ce que je crains, ce n’est pas les attaques, c’est

La solitude, la famine, c’est Décembre

Entrant à pas de loup dans son obscure chambre :

Voilà les spadassins qui plutôt le tueront !

— Il serre chaque jour, d’un cran, son ceinturon.

Son pauvre nez a pris des tons de vieil ivoire.

Il n’a plus qu’un petit habit de serge noire.

Le duc.

Ah ! celui-là n’est pas parvenu ! — C’est égal,

Ne le plaignez pas trop.

Le Bret, avec un sourire amer.

Ne le plaignez pas trop.Monsieur le maréchal !…

Le duc.

Ne le plaignez pas trop : il a vécu sans pactes,

Libre dans sa pensée autant que dans ses actes.

Le Bret, de même.

Monsieur le duc !…

Le duc, hautainement.

Monsieur le duc !…Je sais, oui : j’ai tout ; il n’a rien…

Mais je lui serrerais bien volontiers la main.

(Saluant Roxane.)

Adieu.

Roxane.

Adieu.Je vous conduis.

(Le duc salue Le Bret et se dirige avec Roxane vers le perron.)

Le duc, s’arrêtant, tandis qu’elle monte.

Adieu.Je vous conduis.Oui, parfois, je l’envie.

— Voyez-vous, lorsqu’on a trop réussi sa vie,

On sent, — n’ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal ! —

Mille petits dégoûts de soi, dont le total

Ne fait pas un remords, mais une gêne obscure ;

Et les manteaux de duc traînent dans leur fourrure,

Pendant que des grandeurs on monte les degrés,

Un bruit d’illusions sèches et de regrets,

Comme, quand vous montez lentement vers ces portes,

Votre robe de deuil traîne des feuilles mortes.

Roxane, ironique.

Vous voilà bien rêveur ?…

Le duc.

Vous voilà bien rêveur ?…Eh ! oui !

(Au moment de sortir, brusquement.)

Vous voilà bien rêveur ?…Eh ! oui !Monsieur Le Bret !

(À Roxane.)

Vous permettez ? Un mot.

Vous permettez ? Un mot.(Il va à Le Bret, et à mi-voix.)

Vous permettez ? Un mot.C’est vrai : nul n’oserait

Attaquer votre ami ; mais beaucoup l’ont en haine ;

Et quelqu’un me disait, hier, au jeu, chez la Reine :

« Ce Cyrano pourrait mourir d’un accident. »

Le Bret.

Ah ?

Le duc.

Ah ?Oui. Qu’il sorte peu. Qu’il soit prudent.

Le Bret, levant les bras au ciel.

Ah ?Oui. Qu’il sorte peu. Qu’il soit prudent.Prudent !

Il va venir. Je vais l’avertir. Oui, mais !…

Roxane, qui est restée sur le perron, à une sœur qui s’avance vers elle.

Il va venir. Je vais l’avertir. Oui, mais !…Qu’est-ce ?

La sœur.

Ragueneau veut vous voir, Madame.

Roxane.

Ragueneau veut vous voir, Madame.Qu’on le laisse

Entrer.

Entrer.(Au duc et à Le Bret.)

Entrer.Il vient crier misère. Étant un jour

Parti pour être auteur, il devint tour à tour

Chantre…

Le Bret.

Chantre…Étuviste…

Roxane.

Chantre…Étuviste…Acteur…

Le Bret.

Chantre…Étuviste…Acteur…Bedeau…

Roxane.

Chantre…Étuviste…Acteur…Bedeau…Perruquier…

Le Bret.

Chantre…Étuviste…Acteur…Bedeau…Perruquier…Maître

De théorbe…

Roxane.

De théorbe…Aujourd’hui, que pourrait-il bien être ?

Ragueneau, entrant précipitamment.

Ah ! Madame !

Ah ! Madame !(Il aperçoit Le Bret.)

Ah ! Madame !Monsieur !

Roxane, souriant.

Ah ! Madame !Monsieur !Racontez vos malheurs

À Le Bret. Je reviens.

Ragueneau.

À Le Bret. Je reviens.Mais, Madame…

(Roxane sort sans l’écouter, avec le duc. Il redescend vers Le Bret.)

Scène III

LE BRET, RAGUENEAU.

Ragueneau.

À Le Bret. Je reviens.Mais, Madame…D’ailleurs,

Puisque vous êtes là, j’aime mieux qu’elle ignore !

— J’allais voir votre ami tantôt. J’étais encore

À vingt pas de chez lui… quand je le vois de loin,

Qui sort. Je veux le joindre. Il va tourner le coin

De la rue… et je cours… lorsque d’une fenêtre

Sous laquelle il passait — est-ce un hasard ?… peut-être ! —

Un laquais laisse choir une pièce de bois.

Le Bret.

Les lâches !… Cyrano !

Ragueneau.

Les lâches !… Cyrano !J’arrive et je le vois…

Le Bret.

C’est affreux !

Ragueneau.

C’est affreux !Notre ami, Monsieur, notre poète,

Je le vois, là, par terre, un grand trou dans la tête !

Le Bret.

Il est mort ?

Ragueneau.

Il est mort ?Non ! mais… Dieu ! je l’ai porté chez lui.

Dans sa chambre… Ah ! sa chambre ! il faut voir ce réduit !

Le Bret.

Il souffre ?

Ragueneau.

Il souffre ?Non, Monsieur, il est sans connaissance.

Le Bret.

Un médecin ?

Ragueneau.

Un médecin ?Il en vint un par complaisance.

Le Bret.

Mon pauvre Cyrano ! — Ne disons pas cela

Tout d’un coup à Roxane ! — Et ce docteur ?

Ragueneau.

Tout d’un coup à Roxane ! — Et ce docteur ?Il a

Parlé, — je ne sais plus, — de fièvre, de méninges !…

Ah ! si vous le voyiez — la tête dans des linges !…

Courons vite ! — Il n’y a personne à son chevet ! —

C’est qu’il pourrait mourir, Monsieur, s’il se levait !

Le Bret, l’entraînant vers la droite.

Passons par là ! Viens, c’est plus court ! Par la chapelle !

Roxane, paraissant sur le perron et voyant Le Bret s’éloigner par la colonnade qui mène à la petite porte de la chapelle.

Monsieur Le Bret !

(Le Bret et Ragueneau se sauvent sans répondre.)

Monsieur Le Bret !Le Bret s’en va quand on l’appelle ?

C’est quelque histoire encor de ce bon Ragueneau !

(Elle descend le perron.)

Scène IV

ROXANE seule, puis deux Sœurs, un instant.

Roxane.

Ah ! que ce dernier jour de septembre est donc beau !

Ma tristesse sourit. Elle qu’Avril offusque,

Se laisse décider par l’automne, moins brusque.

(Elle s’assied à son métier. Deux sœurs sortent de la maison et apportent un grand fauteuil sous l’arbre.)

Ah ! voici le fauteuil classique où vient s’asseoir

Mon vieil ami !

Sœur Marthe.

Mon vieil ami !Mais c’est le meilleur du parloir !

Roxane.

Merci, ma sœur.

(Les sœurs s’éloignent.)

Merci, ma sœur.Il va venir.

(Elle s’installe. On entend sonner l’heure.)

Merci, ma sœur.Il va venir.Là… l’heure sonne.

— Mes écheveaux ! — L’heure a sonné ? Ceci m’étonne !

Serait-il en retard pour la première fois ?

La sœur tourière doit — mon dé ?… là, je le vois ! —

L’exhorter à la pénitence.

(Un temps.)

L’exhorter à la pénitence.Elle l’exhorte !

— Il ne peut plus tarder. — Tiens ! une feuille morte ! —

(Elle pousse du doigt la feuille tombée sur son métier.)

D’ailleurs, rien ne pourrait. — Mes ciseaux ?… dans mon sac ! —

L’empêcher de venir !

Une sœur, paraissant sur le perron.

— L’empêcher de venir !Monsieur de Bergerac.

Scène V

ROXANE, CYRANO et, un moment, Sœur MARTHE.

Roxane, sans se retourner.

Qu’est-ce que je disais ?…

(Et elle brode. Cyrano, très pâle, le feutre enfoncé sur les yeux, paraît. La sœur qui l’a introduit rentre. Il se met à descendre le perron lentement, avec un effort visible pour se tenir debout, et en s’appuyant sur sa canne. Roxane travaille à sa tapisserie.)

Qu’est-ce que je disais ?…Ah ! ces teintes fanées…

Comment les rassortir ?

(À Cyrano, sur un ton d’amicale gronderie.)

Comment les rassortir ?Depuis quatorze années,

Pour la première fois, en retard !

Cyrano, qui est parvenu au fauteuil et s’est assis, d’une voix gaie contrastant avec son visage.

Pour la première fois, en retard !Oui, c’est fou !

J’enrage. Je fus mis en retard, vertuchou !…

Roxane.

Par ?

Cyrano.

Par ?Par une visite assez inopportune.

Roxane, distraite, travaillant.

Ah ! oui ! quelque fâcheux ?

Cyrano.

Ah ! oui ! quelque fâcheux ?Cousine, c’était une

Fâcheuse.

Roxane.

Fâcheuse.Vous l’avez renvoyée ?

Cyrano.

Fâcheuse.Vous l’avez renvoyée ?Oui, j’ai dit :

Excusez-moi, mais c’est aujourd’hui samedi,

Jour où je dois me rendre en certaine demeure ;

Rien ne m’y fait manquer : repassez dans une heure !

Roxane, légèrement.

Eh bien ! cette personne attendra pour vous voir :

Je ne vous laisse pas partir avant ce soir.

Cyrano, avec douceur.

Peut-être un peu plus tôt faudra-t-il que je parte.

(Il ferme les yeux et se tait un instant. Sœur Marthe traverse le parc de la chapelle au perron. Roxane l’aperçoit, lui fait un petit signe de tête.)

Roxane, à Cyrano.

Vous ne taquinez pas sœur Marthe ?

Cyrano, vivement, ouvrant les yeux.

Vous ne taquinez pas sœur Marthe ?Si !

(Avec une grosse voix comique.)

Vous ne taquinez pas sœur Marthe ?Si !Sœur Marthe !

Approchez !

(La sœur glisse vers lui.)

Approchez !Ha ! ha ! ha ! Beaux yeux toujours baissés !

Sœur Marthe, levant les yeux en souriant.

Mais…

(Elle voit sa figure et fait un geste d’étonnement.)

Mais…Oh !

Cyrano, bas, lui montrant Roxane.

Mais…Oh !Chut ! Ce n’est rien !

(D’une voix fanfaronne. Haut.)

Mais…Oh !Chut ! Ce n’est rien !Hier, j’ai fait gras.

Sœur Marthe.

Mais…Oh !Chut ! Ce n’est rien !Hier, j’ai fait gras.Je sais.

(À part.)

C’est pour cela qu’il est si pâle !

(Vite et bas.)

C’est pour cela qu’il est si pâle !Au réfectoire

Vous viendrez tout à l’heure, et je vous ferai boire

Un grand bol de bouillon… Vous viendrez ?

Cyrano.

Un grand bol de bouillon… Vous viendrez ?Oui, oui, oui.

Sœur Marthe.

Ah ! vous êtes un peu raisonnable, aujourd’hui !

Roxane, qui les entend chuchoter.

Elle essaie de vous convertir !

Sœur Marthe.

Elle essaie de vous convertir !Je m’en garde !

Cyrano.

Tiens, c’est vrai ! Vous toujours si saintement bavarde,

Vous ne me prêchez pas ? c’est étonnant, ceci !…

(Avec une fureur bouffonne.)

Sabre de bois ! Je veux vous étonner aussi !

Tenez, je vous permets…

(Il a l’air de chercher une bonne taquinerie, et de la trouver.)

Tenez, je vous permets…Ah ! la chose est nouvelle ?…

De… de prier pour moi, ce soir, à la chapelle.

Roxane.

Oh ! oh !

Cyrano, riant.

Oh ! oh !Sœur Marthe est dans la stupéfaction !

Sœur Marthe, doucement.

Je n’ai pas attendu votre permission.

(Elle rentre.)

Cyrano, revenant à Roxane, penchée sur son métier.

Du diable si je peux jamais, tapisserie,

Voir ta fin !

Roxane.

Voir ta fin !J’attendais cette plaisanterie.

(À ce moment, un peu de brise fait tomber les feuilles.)

Cyrano.

Les feuilles !

Roxane, levant la tête, et regardant au loin, dans les allées.

Les feuilles !Elles sont d’un blond vénitien.

Regardez-les tomber.

Cyrano.

Regardez-les tomber.Comme elles tombent bien !

Dans ce trajet si court de la branche à la terre,

Comme elles savent mettre une beauté dernière,

Et malgré leur terreur de pourrir sur le sol,

Veulent que cette chute ait la grâce d’un vol !

Roxane.

Mélancolique, vous ?

Cyrano, se reprenant.

Mélancolique, vous ?Mais pas du tout, Roxane !

Roxane.

Allons, laissez tomber les feuilles de platane…

Et racontez un peu ce qu’il y a de neuf.

Ma gazette ?

Cyrano.

Ma gazette ?Voici !

Roxane.

Ma gazette ?Voici !Ah !

Cyrano, de plus en plus pâle, et luttant contre la douleur.

Ma gazette ?Voici !Ah !Samedi, dix-neuf :

Ayant mangé huit fois du raisiné de Cette,

Le Roi fut pris de fièvre ; à deux coups de lancette

Son mal fut condamné pour lèse-majesté,

Et cet auguste pouls n’a plus fébricité !

Au grand bal, chez la reine, on a brûlé, dimanche,

Sept cent soixante-trois flambeaux de cire blanche ;

Nos troupes ont battu, dit-on, Jean l’Autrichien ;

On a pendu quatre sorciers ; le petit chien

De madame d’Athis a dû prendre un clystère…

Roxane.

Monsieur de Bergerac, voulez-vous bien vous taire !

Cyrano.

Lundi… rien. Lygdamire a changé d’amant.

Roxane.

Lundi… rien. Lygdamire a changé d’amant.Oh !

Cyrano, dont le visage s’altère de plus en plus.

Mardi, toute la cour est à Fontainebleau.

Mercredi, la Montglat dit au comte de Fiesque :

Non ! Jeudi : Mancini, reine de France, — ou presque !

Le vingt-cinq, la Montglat à de Fiesque dit : Oui ;

Et samedi, vingt-six…

(Il ferme les yeux. Sa tête tombe. Silence.)

Roxane, surprise de ne plus rien entendre, se retourne, le regarde, et se levant effrayée.

Et samedi, vingt-six…Il est évanoui ?

(Elle court vers lui en criant.)

Cyrano !

Cyrano, rouvrant les yeux, d’une voix vague.

Cyrano !Qu’est-ce ?… Quoi ?…

(Il voit Roxane penchée sur lui et, vivement, assurant son chapeau sur sa tête et reculant avec effroi dans son fauteuil.)

Cyrano !Qu’est-ce ?… Quoi ?…Non ! non ! je vous assure,

Ce n’est rien. Laissez-moi !

Roxane.

Ce n’est rien. Laissez-moi !Pourtant…

Cyrano.

Ce n’est rien. Laissez-moi !Pourtant…C’est ma blessure

D’Arras… qui… quelquefois… vous savez…

Roxane.

D’Arras… qui… quelquefois… vous savez…Pauvre ami !

Cyrano.

Mais ce n’est rien. Cela va finir.

(Il sourit avec effort.)

Mais ce n’est rien. Cela va finir.C’est fini.

Roxane, debout près de lui.

Chacun de nous a sa blessure : j’ai la mienne.

Toujours vive, elle est là, cette blessure ancienne,

(Elle met la main sur sa poitrine.)

Elle est là, sous la lettre au papier jaunissant

Où l’on peut voir encor des larmes et du sang !

(Le crépuscule commence à venir.)

Cyrano.

Sa lettre !… N’aviez-vous pas dit qu’un jour, peut-être,

Vous me la feriez lire ?

Roxane.

Vous me la feriez lire ?Ah ! vous voulez ?… Sa lettre ?

Cyrano.

Oui… Je veux… Aujourd’hui…

Roxane, lui donnant le sachet pendu à son cou.

Oui… Je veux… Aujourd’hui…Tenez !

Cyrano, le prenant.

Oui… Je veux… Aujourd’hui…Tenez !Je peux ouvrir ?

Roxane.

Ouvrez… lisez !…

(Elle revient à son métier, le replie, range ses laines.)

Cyrano, lisant.

Ouvrez… lisez !…« Roxane, adieu, je vais mourir !… »

Roxane, s’arrêtant, étonnée.

Tout haut ?

Cyrano, lisant.

Tout haut ?«C’est pour ce soir, je crois, ma bien-aimée !

« J’ai l’âme lourde encor d’amour inexprimée,

« Et je meurs ! jamais plus, jamais mes yeux grisés,

«Mes regards dont c’était… »

Roxane.

"Mes regards dont c’était…"Comme vous la lisez,

Sa lettre !

Cyrano, continuant.

Sa lettre !« …dont c’était les frémissantes fêtes,

« Ne baiseront au vol les gestes que vous faites

« J’en revois un petit qui vous est familier

« Pour toucher votre front, et je voudrais crier… »

Roxane, troublée.

Comme vous la lisez, — cette lettre !

(La nuit vient insensiblement.)

Cyrano.

Comme vous la lisez, -– cette lettre !« Et je crie :

« Adieu !… »

Roxane.

"Adieu !…"Vous la lisez…

Cyrano.

"Adieu !…"Vous la lisez…« Ma chère, ma chérie,

« Mon trésor… »

Roxane, rêveuse.

"Mon trésor…"D’une voix…

Cyrano.

"Mon trésor…"D’une voix…« Mon amour !… »

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