Cyrano de Bergerac (page 4)
— Ah !… j’avais une faim, mon cher, épouvantable !
(Mangeant.)
— Tu disais ?
Le Bret.
– Tu disais ? Que ces fats aux grands airs belliqueux
Te fausseront l’esprit si tu n’écoutes qu’eux !…
Va consulter des gens de bon sens, et t’informe
De l’effet qu’a produit ton algarade.
Cyrano, achevant son macaron.
De l’effet qu’a produit ton algarade.Énorme.
Le Bret.
Le Cardinal…
Cyrano, s’épanouissant.
Le Cardinal…Il était là, le Cardinal ?
Le Bret.
A dû trouver cela…
Cyrano.
A dû trouver cela…Mais très original.
Le Bret.
Pourtant…
Cyrano.
Pourtant…C’est un auteur. Il ne peut lui déplaire
Que l’on vienne troubler la pièce d’un confrère.
Le Bret.
Tu te mets sur les bras, vraiment, trop d’ennemis !
Cyrano, attaquant son grain de raisin.
Combien puis-je, à peu près, ce soir, m’en être mis ?
Le Bret.
Quarante-huit. Sans compter les femmes.
Cyrano.
Quarante-huit. Sans compter les femmes.Voyons, compte !
Le Bret.
Montfleury, le bourgeois, de Guiche, le vicomte,
Baro, l’Académie…
Cyrano.
Baro, l’Académie…Assez ! tu me ravis !
Le Bret.
Mais où te mènera la façon dont tu vis ?
Quel système est le tien ?
Cyrano.
Quel système est le tien ? J’errais dans un méandre ;
J’avais trop de partis, trop compliqués, à prendre ;
J’ai pris…
Le Bret.
J’ai pris…Lequel ?
Cyrano.
J’ai pris…Lequel ? Mais le plus simple, de beaucoup.
J’ai décidé d’être admirable, en tout, pour tout !
Le Bret, haussant les épaules.
Soit ! — Mais enfin, à moi, le motif de ta haine
Pour Montfleury, le vrai, dis-le moi !
Cyrano, se levant.
Pour Montfleury, le vrai, dis-le moi ! Ce Silène,
Si ventru que son doigt n’atteint pas son nombril,
Pour les femmes encor se croit un doux péril,
Et leur fait, cependant qu’en jouant il bredouille,
Des yeux de carpe avec ses gros yeux de grenouille !…
Et je le hais depuis qu’il se permit, un soir,
De poser son regard, sur celle… Oh ! j’ai cru voir
Glisser sur une fleur une longue limace !
Le Bret, stupéfait.
Hein ? Comment ? Serait-il possible ?…
Cyrano, avec un rire amer.
Hein ? Comment ? Serait-il possible ?…Que j’aimasse ?…
(Changement de ton et gravement.)
J’aime.
Le Bret.
J’aime.Et peut-on savoir ? Tu ne m’as jamais dit ?…
Cyrano.
Qui j’aime ?… Réfléchis, voyons. Il m’interdit
Le rêve d’être aimé même par une laide,
Ce nez qui d’un quart d’heure en tous lieux me précède ;
Alors moi, j’aime qui ?… Mais cela va de soi !
J’aime — mais c’est forcé ! — la plus belle qui soit !
Le Bret.
La plus belle ?…
Cyrano.
La plus belle ?…Tout simplement, qui soit au monde !
La plus brillante, la plus fine,
La plus brillante, la plus fine, (Avec accablement.)
La plus brillante, la plus fine, La plus blonde !
Le Bret.
Eh, mon Dieu, quelle est donc cette femme ?…
Cyrano.
Eh, mon Dieu, quelle est donc cette femme ?…Un danger
Mortel sans le vouloir, exquis sans y songer.
Un piège de nature, une rose muscade
Dans laquelle l’amour se tient en embuscade !
Qui connaît son sourire a connu le parfait.
Elle fait de la grâce avec rien, elle fait
Tenir tout le divin dans un geste quelconque,
Et tu ne saurais pas, Vénus, monter en conque,
Ni toi, Diane, marcher dans les grands bois fleuris,
Comme elle monte en chaise et marche dans Paris !…
Le Bret.
Sapristi ! Je comprends. C’est clair !
Cyrano.
Sapristi ! Je comprends. C’est clair ! C’est diaphane.
Le Bret.
Magdeleine Robin, ta cousine ?
Cyrano.
Magdeleine Robin, ta cousine ! Oui, — Roxane.
Le Bret.
Eh bien ! mais c’est au mieux ! Tu l’aimes ? Dis-le-lui !
Tu t’es couvert de gloire à ses yeux aujourd’hui !
Cyrano.
Regarde-moi, mon cher, et dis quelle espérance
Pourrait bien me laisser cette protubérance !
Oh ! je ne me fais pas d’illusion ! — Parbleu,
Oui, quelquefois, je m’attendris, dans le soir bleu ;
J’entre en quelque jardin où l’heure se parfume ;
Avec mon pauvre grand diable de nez je hume
L’avril, — je suis des yeux, sous un rayon d’argent,
Au bras d’un cavalier, quelque femme, en songeant
Que pour marcher, à petits pas, dans de la lune,
Aussi moi j’aimerais au bras en avoir une,
Je m’exalte, j’oublie… et j’aperçois soudain
L’ombre de mon profil sur le mur du jardin !
Le Bret, ému.
Mon ami !…
Cyrano.
Mon ami !…Mon ami, j’ai de mauvaises heures !
De me sentir si laid, parfois, tout seul…
Bret, vivement, lui prenant la main.
De me sentir si laid, parfois, tout seul…Tu pleures ?
Cyrano.
Ah ! non, cela, jamais ! Non, ce serait trop laid,
Si le long de ce nez une larme coulait !
Je ne laisserai pas, tant que j’en serai maître,
La divine beauté des larmes se commettre
Avec tant de laideur grossière !… Vois-tu bien,
Les larmes, il n’est rien de plus sublime, rien,
Et je ne voudrais pas qu’excitant la risée,
Une seule, par moi, fût ridiculisée !…
Le Bret.
Va, ne t’attriste pas ! L’amour n’est que hasard !
Cyrano, secouant la tête.
Non ! J’aime Cléopâtre : ai-je l’air d’un César ?
J’adore Bérénice : ai-je l’aspect d’un Tite ?
Le Bret.
Mais ton courage ! ton esprit ! — Cette petite
Qui t’offrait là, tantôt, ce modeste repas,
Ses yeux, tu l’as bien vu, ne te détestaient pas !
Cyrano, saisi.
C’est vrai !
Le Bret.
C’est vrai ! Hé, bien ! alors ?… Mais, Roxane, elle-même,
Toute blême a suivi ton duel !…
Cyrano.
Toute blême a suivi ton duel !…Toute blême ?
Le Bret.
Son cœur et son esprit déjà sont étonnés !
Ose, et lui parle, afin…
Cyrano.
Ose, et lui parle, afin…Qu’elle me rie au nez ?
Non ! — C’est la seule chose au monde que je craigne !
Le portier, introduisant quelqu’un à Cyrano.
Monsieur, on vous demande…
Cyrano, voyant la duègne.
Monsieur, on vous demande…Ah ! mon Dieu ! Sa duègne !
Scène VI
CYRANO, LE BRET, la Duègne
La duègne, avec un grand salut.
De son vaillant cousin on désire savoir
Où l’on peut, en secret, le voir.
Cyrano, bouleversé.
Où l’on peut, en secret, le voir.Me voir ?
La duègne, avec une révérence.
Où l’on peut, en secret, le voir.Me voir ? Vous voir.
— On a des choses à vous dire.
Cyrano.
— On a des choses à vous dire.Des ?…
La duègne, nouvelle révérence.
— On a des choses à vous dire.Des ?…Des choses !
Cyrano, chancelant.
Ah ! mon Dieu !
La duègne.
Ah ! mon Dieu ! L’on ira, demain, aux primes roses
D’aurore, — ouïr la messe à Saint-Roch.
Cyrano, se soutenant sur Le Bret.
D’aurore, — ouïr la messe à Saint-Roch.Ah ! mon Dieu !
La duègne.
En sortant, — où peut-on entrer, causer un peu ?
Cyrano, affolé.
Où ?… Je… mais… Ah ! mon Dieu !…
La duègne.
Où ?… Je… mais… Ah ! mon Dieu !…Dites vite.
Cyrano.
Où ?… Je… mais… Ah ! mon Dieu !…Dites vite.Je cherche !…
La duègne.
Où ?…
Cyrano.
Où ?…Chez… chez… Ragueneau… le pâtissier…
La duègne.
Où ?…Chez… chez… Ragueneau… le pâtissier…Il perche ?
Cyrano.
Dans la rue — ah ! mon Dieu, mon Dieu ! — Saint-Honoré !…
La duègne, remontant.
On ira. Soyez-y. Sept heures.
Cyrano.
On ira. Soyez-y. Sept heures.J’y serai.
(La duègne sort.)
Scène VII
CYRANO, LE BRET, puis les Comédiens, les Comédiennes, CUIGY, BRISSAILLE, LIGNIÈRE, le Portier, les Violons.
Cyrano, tombant dans les bras de Le Bret.
Moi !… D’elle !… Un rendez-vous !…
Le Bret.
Moi !… D’elle !… Un rendez-vous !…Eh bien ! tu n’es plus triste ?
Cyrano.
Ah ! pour quoi que ce soit, elle sait que j’existe !
Le Bret.
Maintenant, tu vas être calme ?
Cyrano, hors de lui.
Maintenant, tu vas être calme ? Maintenant…
Mais je vais être frénétique et fulminant !
Il me faut une armée entière à déconfire !
J’ai dix cœurs ; j’ai vingt bras ; il ne peut me suffire
De pourfendre des nains…
De pourfendre des nains…(Il crie à tue-tête.)
De pourfendre des nains…Il me faut des géants !
(Depuis un moment, sur la scène, au fond, des ombres de comédiens et de comédiennes s’agitent, chuchotent : on commence à répéter. Les violons ont repris leur place.)
Une voix, de la scène.
Hé ! pst ! là-bas ! Silence ! on répète céans !
Cyrano, riant.
Nous partons !
(Il remonte ; par la grande porte du fond ; entrent Cuigy, Brissaille, plusieurs officiers, qui soutiennent Lignière complètement ivre.)
Cuigy.
Nous partons ! Cyrano !
Cyrano.
Nous partons ! Cyrano ! Qu’est-ce ?
Cuigy.
Nous partons ! Cyrano ! Qu’est-ce ? Une énorme grive
Qu’on t’apporte !
Cyrano, le reconnaissant.
Qu’on t’apporte ! Lignière !… hé, qu’est-ce qui t’arrive ?
Cuigy.
Il te cherche !
Brissaille.
Il te cherche ! Il ne peut rentrer chez lui !
Cyrano.
Il te cherche ! Il ne peut rentrer chez lui ! Pourquoi ?
Lignière, d’une voix pâteuse, lui montrant un billet tout chiffonné.
Ce billet m’avertit… cent hommes contre moi…
À cause de… chanson… grand danger me menace…
Porte de Nesle… Il faut, pour rentrer, que j’y passe…
Permets-moi donc d’aller coucher sous… sous ton toit !
Cyrano.
Cent hommes, m’as-tu dis ? Tu coucheras chez toi !
Ligniere, épouvanté.
Mais…
Cyrano, d’une voix terrible, lui montrant la lanterne allumée que le portier balance en écoutant curieusement cette scène.
Mais…Prends cette lanterne !…
(Lignière saisit précipitamment la lanterne.)
Mais…Prends cette lanterne !…Et marche ! — Je te jure
Que c’est moi qui ferai ce soir ta couverture !…
(Aux officiers.)
Vous, suivez à distance, et vous serez témoins !
Cuigy.
Mais cent hommes !…
Cyrano.
Mais cent hommes !…Ce soir, il ne m’en faut pas moins !
(Les comédiens et les comédiennes, descendus de scène, se sont rapprochés dans leurs divers costumes.)
Le Bret.
Mais pourquoi protéger…
Cyrano.
Mais pourquoi protéger…Voilà Le Bret qui grogne !
Le Bret.
Cet ivrogne banal ?…
Cyrano, frappant sur l’épaule de Lignière.
Cet ivrogne banal ?…Parce que cet ivrogne,
Ce tonneau de muscat, ce fût de rossoli,
Fit quelque chose un jour de tout à fait joli ;
Au sortir d’une messe ayant, selon le rite,
Vu celle qu’il aimait prendre de l’eau bénite,
Lui que l’eau fait sauver, courut au bénitier,
Se pencha sur sa conque et le but tout entier !…
Une comédienne, en costume de soubrette.
Tiens, c’est gentil, cela !
Cyrano.
Tiens, c’est gentil, cela ! N’est-ce pas, la soubrette ?
La comédienne, aux autres.
Mais pourquoi sont-ils cent contre un pauvre poète ?
Cyrano.
Marchons.
Marchons.(Aux officiers.)
Marchons.Et vous, messieurs, en me voyant charger,
Ne me secondez pas, quel que soit le danger !
Une autre comédienne, sautant de la scène.
Oh ! mais moi je vais voir !
Cyrano.
Oh ! mais moi je vais voir ! Venez !…
Une autre, sautant aussi, à un vieux comédien.
Oh ! mais moi je vais voir ! Venez !…Viens-tu Cassandre ?…
Cyrano.
Venez tous, le Docteur, Isabelle, Léandre,
Tous ! Car vous allez joindre, essaim charmant et fol,
La farce italienne à ce drame espagnol,
Et sur son ronflement tintant un bruit fantasque,
L’entourer de grelots comme un tambour de basque !…
Toutes les femmes, sautant de joie.
Bravo ! — Vite, une mante ! — Un capuchon !
Jodelet.
Bravo ! — Vite, une mante ! — Un capuchon !Allons !
Cyrano, aux violons.
Vous nous jouerez un air, messieurs les violons !
(Les violons se joignent au cortège qui se forme. On s’empare des chandelles allumées de la rampe et on se les distribue. Cela devient une retraite aux flambeaux.)
Bravo ! des officiers, des femmes en costume,
Et vingt pas en avant…
Et vingt pas en avant…(Il se place comme il dit.)
Et vingt pas en avant…Moi, tout seul, sous la plume
Que la gloire elle-même à ce feutre piqua,
Fier comme un Scipion triplement Nasica !…
— C’est compris ? Défendu de me prêter main-forte ! —
On y est ?… Un, deux, trois ! Portier, ouvre la porte !
(Le portier ouvre à deux battants. Un coin du vieux Paris pittoresque lunaire paraît.)
Ah !… Paris fuit, nocturne et quasi nébuleux ;
Le clair de lune coule aux pentes des toits bleus ;
Un cadre se prépare, exquis, pour cette scène ;
Là-bas, sous des vapeurs en écharpe, la Seine,
Comme un mystérieux et magique miroir,
Tremble… Et vous allez voir ce que vous allez voir !
Tous.
À la porte de Nesle !
Cyrano, debout sur le seuil.
À la porte de Nesle !À la porte de Nesle !
(Se retournant avant de sortir, à la soubrette.)
Ne demandiez-vous pas pourquoi, mademoiselle,
Contre ce seul rimeur cent hommes furent mis ?
(Il tire l’épée et, tranquillement.)
C’est parce qu’on savait qu’il est de mes amis !
(Il sort. Le cortège, — Lignière zigzaguant en tête, — puis les comédiennes aux bras des officiers, — puis les comédiens gambadant, — se met en marche dans la nuit au son des violons, et à la lueur falote des chandelles.)
RIDEAU.
DEUXIÈME ACTE
LA RÔTISSERIE DES POÈTES
La boutique de Ragueneau, rôtisseur-pâtissier, vaste ouvroir au coin de la rue Saint-Honoré et de la rue de l’Arbre-Sec qu’on aperçoit largement au fond, par le vitrage de la porte, grises dans les premières lueurs de l’aube.
À gauche, premier plan, comptoir surmonté d’un dais en fer forgé, auquel sont accrochés des oies, des canards, des paons blancs. Dans de grands vases de faïence de hauts bouquets de fleurs naïves, principalement des tournesols jaunes. Du même côté, second plan, immense cheminée devant laquelle, entre de monstrueux chenets, dont chacun supporte une petite marmite, les rôtis pleurent dans les lèchefrites.
À droite, premier plan avec porte. Deuxième plan, un escalier montant à une petite salle en soupente, dont on aperçoit l’intérieur par des volets ouverts ; une table y est dressée, un menu lustre flamand y luit : c’est un réduit où l’on va manger et boire. Une galerie de bois, faisant suite à l’escalier, semble mener à d’autres petites salles analogues.
Au milieu de la rôtisserie, un cercle en fer que l’on peut faire descendre avec une corde, et auquel de grosses pièces sont accrochées, fait un lustre de gibier.
Les fours, dans l’ombre, sous l’escalier, rougeoient. Des cuivres étincellent. Des broches tournent. Des pièces montées pyramident. Des jambons pendent. C’est le coup de feu matinal. Bousculade de marmitons effarés, d’énormes cuisiniers et de minuscules gâte-sauces, foisonnement de bonnets à plume de poulet ou à aile de pintade. On apporte, sur des plaques de tôle et des clayons d’osier, des quinconces de brioches, des villages de petits-fours.
Des tables sont couvertes de gâteaux et de plats. D’autres entourées de chaises, attendent les mangeurs et les buveurs. Une plus petite, dans un coin, disparaît sous les papiers. Ragueneau y est assis au lever du rideau ; il écrit.
Scène première
RAGUENEAU, Pâtissiers, puis LISE ; Ragueneau, à la petite table, écrivant d’un air inspiré, et comptant sur ses doigts.
Premier pâtissier, apportant une pièce montée.
Fruits en nougat !
Deuxième pâtissier, apportant un plat.
Fruits en nougat !Flan !
Troisième pâtissier, apportant un rôti paré de plumes.
Fruits en nougat !Flan !Paon !
Quatrième pâtissier, apportant une plaque de gâteaux.
Fruits en nougat !Flan !Paon !Roinsoles !
Cinquième pâtissier, apportant une sorte de terrine.
Fruits en nougat !Flan !Paon !Roinsoles !Bœuf en daube !
Ragueneau, cessant d’écrire et levant la tête.
Sur les cuivres, déjà, glisse l’argent de l’aube !
Étouffe en toi le dieu qui chante, Ragueneau !
L’heure du luth viendra, — c’est l’heure du fourneau !
(Il se lève. — À un cuisinier.)
Vous, veuillez m’allonger cette sauce, elle est courte !
Le cuisinier.
De combien ?
Ragueneau.
De combien ?De trois pieds.
(Il passe.)
Le cuisinier.
De combien ? De trois pieds.Hein !
Premier pâtissier.
De combien ? De trois pieds. Hein !La tarte !
Deuxième pâtissier.
De combien ? De trois pieds. Hein ! La tarte !La tourte !
Ragueneau, devant la cheminée.
Ma Muse, éloigne-toi, pour que tes yeux charmants
N’aillent pas se rougir au feu de ces sarments !
(À un pâtissier, lui montrant des pains.)
Vous avez mal placé la fente de ces miches :
Au milieu la césure, — entre les hémistiches !
(À un autre, lui montrant un pâté inachevé.)
À ce palais de croûte, il faut, vous, mettre un toit…
(À un jeune apprenti, qui, assis par terre, embroche des volailles.)
Et toi, sur cette broche interminable, toi,
Le modeste poulet et la dinde superbe,
Alterne-les, mon fils, comme le vieux Malherbe
Alternait les grands vers avec les plus petits,
Et fais tourner au feu des strophes de rôtis !