Cyrano de Bergerac (page 5)
Un autre apprenti, s’avançant avec un plateau recouvert d’une assiette.
Maître, en pensant à vous, dans le four, j’ai fait cuire
Ceci, qui vous plaira, je l’espère.
(Il découvre un plateau, on voit une grande lyre de pâtisserie.)
Ragueneau, ébloui.
Ceci, qui vous plaira, je l’espère.Une lyre !
L’apprenti.
En pâte de brioche.
Ragueneau, ému.
En pâte de brioche.Avec des fruits confits !
L’apprenti.
Et les cordes, voyez, en sucre je les fis.
Ragueneau, lui donnant de l’argent.
Va boire à ma santé !
Va boire à ma santé !(Apercevant Lise qui entre.)
Va boire à ma santé !Chut ! ma femme ! Circule,
Et cache cet argent !
Et cache cet argent !(À Lise, lui montrant la lyre d’un air gêné.)
Et cache cet argent !C’est beau ?
Lise.
Et cache cet argent !C’est beau ?C’est ridicule !
(Elle pose sur le comptoir une pile de sacs en papier.)
Ragueneau.
Des sacs ?… Bon. Merci.
(Il les regarde.)
Des sacs ?… Bon. Merci.Ciel ! Mes livres vénérés !
Les vers de mes amis ! déchirés ! démembrés !
Pour en faire des sacs à mettre des croquantes…
Ah ! vous renouvelez Orphée et les bacchantes !
Lise, sèchement.
Et n’ai-je pas le droit d’utiliser vraiment
Ce que laissent ici, pour unique paiement,
Vos méchants écriveurs de lignes inégales !
Ragueneau.
Fourmi !… n’insulte pas ces divines cigales !
Lise.
Avant de fréquenter ces gens-là, mon ami,
Vous ne m’appeliez pas bacchante, — ni fourmi !
Ragueneau.
Avec des vers, faire cela !
Lise.
Avec des vers, faire cela !Pas autre chose.
Ragueneau.
Que faites-vous, alors, madame, avec la prose ?
Scène II
Les Mêmes, deux Enfants, qui viennent d’entrer dans la pâtisserie.
Ragueneau.
Vous désirez, petits ?
Premier enfant.
Vous désirez, petits ?Trois pâtés.
Ragueneau, les servant.
Vous désirez, petits ?Trois pâtés.Là, bien roux…
Et bien chauds.
Deuxième enfant.
S’il vous plaît, enveloppez-les-nous ?
Ragueneau, saisi, à part.
Hélas ! un de mes sacs !
(Aux enfants.)
Hélas ! un de mes sacs !Que je les enveloppe ?…
(Il prend un sac et au moment d’y mettre les pâtés, il lit.)
« Tel Ulysses, le jour qu’il quitta Pénélope… »
Pas celui-ci !…
(Il le met de côté et en prend un autre. Au moment d’y mettre les pâtés, il lit.)
Pas celui-ci !…« Le blond Phœbus… » Pas celui-là !
(Même jeu.)
Lise, impatientée.
Eh bien ! qu’attendez-vous ?
Ragueneau.
Eh bien ! qu’attendez-vous ?Voilà, voilà, voilà !
(Il en prend un troisième et se résigne.)
Le sonnet à Philis !… mais c’est dur tout de même !
Lise.
C’est heureux qu’il se soit décidé !
(Haussant les épaules.)
C’est heureux qu’il se soit décidé !Nicodème !
(Elle monte sur une chaise et se met à ranger des plats sur une crédence.)
Ragueneau, profitant de ce qu’elle tourne le dos, rappelle les enfants déjà à la porte.
Pst !… Petits !… Rendez-moi le sonnet à Philis,
Au lieu de trois pâtés je vous en donne six.
(Les enfants lui rendent le sac, prennent vivement les gâteaux et sortent. Ragueneau, défripant le papier, se met à lire en déclamant.)
« Philis !… » Sur ce doux nom, une tache de beurre !…
« Philis !… »
(Cyrano entre brusquement.)
Scène III
RAGUENEAU, LISE, CYRANO, puis le Mousquetaire.
Cyrano.
« Philis !… »Quelle heure est-il ?
Ragueneau, le saluant avec empressement.
« Philis !… »Quelle heure est-il ?Six heures.
Cyrano, avec émotion.
« Philis !… »Quelle heure est-il ?Six heures.Dans une heure !
(Il va et vient dans la boutique.)
Ragueneau, le suivant.
Bravo ? J’ai vu…
Cyrano.
Bravo ? J’ai vu…Quoi donc !
Ragueneau.
Bravo ? J’ai vu…Quoi donc !Votre combat !…
Cyrano.
Bravo ? J’ai vu…Quoi donc !Votre combat !…Lequel ?
Ragueneau.
Celui de l’Hôtel de Bourgogne !
Cyrano, avec dédain.
Celui de l’Hôtel de Bourgogne !Ah !… Le duel !…
Ragueneau, admiratif.
Oui, le duel en vers !…
Lise.
Oui, le duel en vers !…Il en a plein la bouche !
Cyrano.
Allons ! tant mieux !
Ragueneau, se fendant avec une broche qu’il a saisi.
Allons ! tant mieux !« À la fin de l’envoi, je touche !…
À la fin de l’envoi, je touche !… » Que c’est beau !
(Avec un enthousiasme croissant.)
« À la fin de l’envoi… »
Cyrano.
« À la fin de l’envoi… »Quelle heure, Ragueneau ?
Ragueneau, restant fendu pour regarder l’horloge.
Six heures cinq !… « … Je touche ! »
(Il se relève.)
Six heures cinq !… « …Je touche ! » … Oh ! faire une ballade
Lise, à Cyrano, qui en passant devant son comptoir lui a serré distraitement la main.
Qu’avez-vous à la main ?
Cyrano.
Qu’avez-vous à la main ?Rien. Une estafilade.
Ragueneau.
Courûtes-vous quelque péril ?
Cyrano.
Courûtes-vous quelque péril ?Aucun péril.
Lise, le menaçant du doigt.
Je crois que vous mentez !
Cyrano.
Je crois que vous mentez !Mon nez remuerait-il ?
Il faudrait que ce fût pour un mensonge énorme !
(Changeant de ton.)
J’attends ici quelqu’un. Si ce n’est pas sous l’orme,
Vous nous laisserez seuls.
Ragueneau.
Vous nous laisserez seuls.C’est que je ne peux pas ;
Mes rimeurs vont venir…
Lise, ironique.
Mes rimeurs vont venir…Pour leur premier repas.
Cyrano.
Tu les éloigneras quand je te ferai signe…
L’heure ?
Ragueneau.
L’heure ?Six heures dix.
Cyrano, s’asseyant nerveusement à la table de Ragueneau et prenant du papier.
L’heure ?Six heures dix.Une plume ?…
Ragueneau, lui offrant celle qu’il a à son oreille.
L’heure ?Six heures dix.Une plume ?…De cygne.
Un mousquetaire, superbement moustachu, entre et d’une voix de stentor.
Salut !
Salut !(Lise remonte vivement vers lui.)
Cyrano, se retournant.
Salut !Qu’est-ce ?
Ragueneau.
Salut !Qu’est-ce ?Un ami de ma femme. Un guerrier
Terrible, — à ce qu’il dit !…
Cyrano, reprenant la plume et éloignant du geste Ragueneau.
Terrible, — à ce qu’il dit !…Chut !… Écrire, — plier, —
(À lui-même.)
Lui donner, — me sauver…
(Jetant la plume.)
Lui donner, -me sauver…Lâche !… Mais que je meure,
Si j’ose lui parler, lui dire un seul mot…
(À Ragueneau.)
Si j’ose lui parler, lui dire un seul mot…L’heure ?
Ragueneau.
Six et quart !…
Cyrano, se frappant sa poitrine.
Six et quart !……un seul mot de tous ceux que j’ai là !
Tandis qu’en écrivant…
Tandis qu’en écrivant…(Il reprend la plume.)
Tandis qu’en écrivant…Eh bien ! écrivons-la,
Cette lettre d’amour qu’en moi-même j’ai faite
Et refaite cent fois, de sorte qu’elle est prête,
Et que mettant mon âme à côté du papier,
Je n’ai tout simplement qu’à la recopier.
(Il écrit. — Derrière le vitrage de la porte on voit s’agiter des silhouettes maigres et hésitantes.)
Scène IV
RAGUENEAU, LISE, le Mousquetaire, CYRANO, à la petite table écrivant, les Poètes, vêtus de noir, les bas tombants, couverts de boue.
Lise, entrant, à Ragueneau.
Les voici vos crottés !
Premier poète, entrant, à Ragueneau.
Les voici vos crottés ! Confrère !…
Deuxième poète, de même, lui secouant les mains.
Les voici vos crottés ! Confrère !…Cher confrère !
Troisième poète.
Aigle des pâtissiers !
(Il renifle.)
Aigle des pâtissiers ! Ça sent bon dans votre aire.
Quatrième poète.
Ô Phœbus-Rôtisseur !
Cinquième poète.
Ô Phœbus-Rôtisseur ! Apollon maître-queux !…
Ragueneau, entouré, embrassé, secoué.
Comme on est tout de suite à son aise avec eux !…
Premier poète.
Nous fûmes retardés par la foule attroupée
À la porte de Nesle !…
Deuxième poète.
À la porte de Nesle !…Ouverts à coups d’épée,
Huit malandrins sanglants illustraient les pavés !
Cyrano, levant une seconde la tête.
Huit ?… Tiens, je croyais sept.
(Il reprend sa lettre.)
Ragueneau, à Cyrano.
Huit ?… Tiens, je croyais sept.Est-ce que vous savez
Le héros du combat ?
Cyrano, négligemment.
Le héros du combat ?Moi ?… Non !
Lise, au mousquetaire.
Le héros du combat ?Moi ?… Non !Et vous ?
Le mousquetaire, se frisant la moustache.
Le héros du combat ?Moi ?… Non !Et vous ?Peut-être !
Cyrano, écrivant, à part, on l’entend murmurer de temps en temps.
Je vous aime…
Premier poète.
Je vous aime…Un seul homme, assurait-on, sut mettre
Toute une bande en fuite !…
Deuxième poète.
Toute une bande en fuite !…Oh ! c’était curieux !
Des piques, des bâtons jonchaient le sol !…
Cyrano, écrivant.
Des piques, des bâtons jonchaient le sol !……vos yeux…
Troisième poète.
On trouvait des chapeaux jusqu’au quai des Orfèvres !
Premier poète.
Sapristi ! ce dut être féroce…
Cyrano, même jeu.
Sapristi ! ce dut être féroce……vos lèvres…
Premier poète.
Un terrible géant, l’auteur de ces exploits !
Cyrano, même jeu.
…Et je m’évanouis de peur quand je vous vois.
Deuxième poète, happant un gâteau.
Qu’as-tu rimé de neuf, Ragueneau ?
Cyrano, même jeu.
Qu’as-tu rimé de neuf, Ragueneau ?…qui vous aime…
(Il s’arrête au moment de signer, et se lève, mettant sa lettre dans son pourpoint.)
Pas besoin de signer. Je la donne moi-même.
Ragueneau, au deuxième poète.
J’ai mis une recette en vers.
Troisième poète, s’installant près d’un plateau de choux à la crème.
J’ai mis une recette en vers.Oyons ces vers !
Quatrième poète, regardant une brioche qu’il a prise.
Cette brioche a mis son bonnet de travers.
(Il la décoiffe d’un coup de dent.)
Premier poète.
Ce pain d’épice suit le rimeur famélique,
De ses yeux en amande aux sourcils d’angélique !
(Il happe le morceau de pain d’épice.)
Deuxième poète.
Nous écoutons.
Troisième poète, serrant légèrement un chou entre ses doigts.
Nous écoutons.Ce chou bave sa crème. Il rit.
Deuxième poète, mordant à même la grande lyre de pâtisserie.
Pour la première fois la Lyre me nourrit !
Ragueneau, qui s’est préparé à réciter, qui a toussé, assuré son bonnet, pris une pose.
Une recette en vers…
Deuxième poète, au premier, lui donnant un coup de coude.
Une recette en vers…Tu déjeunes ?
Premier poète, au deuxième.
Une recette en vers…Tu déjeunes ?Tu dînes !
Ragueneau.
Comment on fait les tartelettes amandines.
Battez, pour qu’ils soient mousseux, Quelques œufs ; Incorporez à leur mousse Un jus de cédrat choisi ; Versez-y Un bon lait d’amande douce ; Mettez de la pâte à flan Dans le flanc De moules à tartelette ; D’un doigt preste, abricotez Les côtés ; Versez goutte à gouttelette Votre mousse en ces puits, puis Que ces puits Passent au four, et, blondines, Sortant en gais troupelets, Ce sont les Tartelettes amandines !
Les poètes, la bouche pleine.
Exquis ! Délicieux !
Un poète, s’étouffant.
Exquis ! Délicieux !Homph !
(Ils remontent vers le fond, en mangeant. Cyrano qui a observé s’avance vers Ragueneau.)
Cyrano.
Exquis ! Délicieux !Homph !Bercés par ta voix,
Ne vois-tu pas comme ils s’empiffrent ?
Ragueneau, plus bas, avec un sourire.
Ne vois-tu pas comme ils s’empiffrent ?Je le vois…
Sans regarder, de peur que cela ne les trouble ;
Et dire ainsi mes vers me donne un plaisir double,
Puisque je satisfais un doux faible que j’ai
Tout en laissant manger ceux qui n’ont pas mangé ?
Cyrano, lui frappant sur l’épaule.
Toi tu me plais !…
(Ragueneau va rejoindre ses amis. Cyrano le suit des yeux, puis, un peu brusquement.)
Toi tu me plais !…Hé là, Lise ?
(Lise, en conversation tendre avec le mousquetaire, tressaille et descend vers Cyrano.)
Toi tu me plais !…Hé là, Lise ?Ce capitaine…
Vous assiège ?
Lise, offensée.
Vous assiège ?Oh ! mes yeux, d’une œillade hautaine,
Savent vaincre quiconque attaque mes vertus.
Cyrano.
Euh ! pour des yeux vainqueurs, je les trouve battus.
Lise, suffoquée.
Mais…
Cyrano, nettement.
Mais…Ragueneau me plaît. C’est pourquoi, dame Lise,
Je défends que quelqu’un le ridicoculise.
Lise.
Mais…
Cyrano, qui a élevé la voix assez pour être entendu du galant.
Mais…À bon entendeur…
(Il salue le mousquetaire, et va se mettre en observation, à la porte du fond, après avoir regardé l’horloge.)
Lise, au mousquetaire qui a simplement rendu son salut à Cyrano.
Mais…À bon entendeur…Vraiment, vous m’étonnez !…
Répondez… sur son nez…
Le mousquetaire.
Répondez… sur son nez…Sur son nez… sur son nez…
(Il s’éloigne vivement, Lise le suit.)
Cyrano, de la porte du fond, faisant signe à Ragueneau d’emmener les poètes.
Pst !…
Ragueneau, montrant aux poètes la porte de droite.
Pst !…Nous serons bien mieux par là…
Cyrano, s’impatientant.
Pst !…Nous serons bien mieux par là…Pst ! pst !…
Ragueneau, les entraînant.
Pst !…Nous serons bien mieux par là…Pst ! pst !…Pour lire
Des vers…
Premier poète, désespéré, la bouche pleine.
Des vers…Mais les gâteaux !…
Deuxième poète.
Des vers…Mais les gâteaux !…Emportons-les !
(Il sortent tous derrière Ragueneau, processionnellement, et après avoir fait une rafle de plateaux.)
Scène V
CYRANO, ROXANE, la Duègne
Cyrano.
Des vers…Mais les gâteaux !…Emportons-les !Je tire
Ma lettre si je sens seulement qu’il y a
Le moindre espoir !…
(Roxane, masquée, suivie de la duègne, paraît derrière le vitrage. Il ouvre vivement la porte.)
Le moindre espoir !…Entrez !…
(Marchant sur la duègne.)
Le moindre espoir !…Entrez !…Vous, deux mots, duègna !
La duègne.
Quatre.
Cyrano.
Quatre.Êtes-vous gourmande ?
La duègne.
Quatre.Êtes-vous gourmande ?À m’en rendre malade.
Cyrano, prenant vivement des sacs de papier sur le comptoir.
Bon. Voici deux sonnets de monsieur Benserade…
La duègne, piteuse.
Heu !…
Cyrano.
Heu !……que je vous remplis de darioles.
La duègne, changeant de figure.
Heu !……que je vous remplis de darioles.Hou !
Cyrano.
Aimez-vous le gâteau qu’on nomme petit chou ?
La duègne, avec dignité.
Monsieur, j’en fais état, lorsqu’il est à la crème.
Cyrano.
J’en plonge six pour vous dans le sein d’un poème
De Saint-Amand ! Et dans ces vers de Chapelain
Je dépose un fragment, moins lourd, de poupelin.
— Ah ! Vous aimez les gâteaux frais ?
La duègne.
— Ah ! Vous aimez les gâteaux frais ? J’en suis férue !
Cyrano, lui chargeant les bras de sacs remplis.
Veuillez aller manger tous ceux-ci dans la rue.
La duègne.
Mais…
Cyrano, la poussant dehors.
Mais…Et ne revenez qu’après avoir fini !
(Il referme la porte, redescend vers Roxane, et s’arrête, découvert, à une distance respectueuse.)
Scène VI
CYRANO, ROXANE, la Duègne, un instant.
Cyrano.
Que l’instant entre tous les instants soit béni,
Où, cessant d’oublier qu’humblement je respire
Vous venez jusqu’ici pour me dire… me dire ?…
Roxane, qui s’est démasquée.
Mais tout d’abord merci, car ce drôle, ce fat
Qu’au brave jeu d’épée, hier, vous avez fait mat,
C’est lui qu’un grand seigneur… épris de moi…
Cyrano.
C’est lui qu’un grand seigneur… épris de moi…De Guiche ?
Roxane, baissant les yeux.
Cherchait à m’imposer… comme mari…
Cyrano.
Cherchait à m’imposer… comme mari…Postiche ?
(Saluant.)
Je me suis donc battu, madame, et c’est tant mieux,
Non pour mon vilain nez, mais bien pour vos beaux yeux.
Roxane.
Puis… je voulais… Mais pour l’aveu que je viens faire,
Il faut que je revoie en vous le… presque frère,
Avec qui je jouais, dans le parc — près du lac !…
Cyrano.
Oui… Vous veniez tous les étés à Bergerac !…
Roxane.
Les roseaux fournissaient le bois pour vos épées…
Cyrano.
Et les maïs, les cheveux blonds pour vos poupées !
Roxane.
C’était le temps des jeux…
Cyrano.
C’était le temps des jeux…Des mûrons aigrelets…
Roxane.
Le temps où vous faisiez tout ce que je voulais !…
Cyrano.
Roxane, en jupons courts, s’appelait Madeleine…
Roxane.
J’étais jolie, alors ?
Cyrano.
J’étais jolie, alors ?Vous n’étiez pas vilaine.
Roxane.
Parfois, la main en sang de quelque grimpement,
Vous accouriez ! — Alors, jouant à la maman,
Je disais d’une voix qui tâchait d’être dure :
(Elle lui prend la main.)
« Qu’est-ce que c’est encor que cette égratignure ? »
(Elle s’arrête stupéfaite.)
Oh ! C’est trop fort ! Et celle-ci !
(Cyrano veut retirer sa main.)
Oh ! C’est trop fort ! Et celle-ci !Non ! montrez-la !
Hein ? à votre âge, encor ! — Où t’es-tu fait cela ?
Cyrano.
En jouant, du côté de la porte de Nesle.
Roxane, s’asseyant à une table, et trempant son mouchoir dans un verre d’eau.
Donnez !
Cyrano, s’asseyant aussi.
Donnez !Si gentiment ! Si gaiement maternelle !