L’Aiglon (page 2)
METTERNICH, désolé.
Oh !
MARIE-LOUISE.
Oh !Margharitina ! Ma perruche !
(Elle remonte vers le perron. Les dames d’honneur se dispersent dans le parc à la poursuite de l’oiseau.)
METTERNICH, froidement, à l’attaché qui le regarde avec stupeur.
Oh ! Margharitina ! Ma perruche !Voilà.
L’ATTACHÉ, remontant vers Marie-Louise et faisant l’empressé.
Si Son Altesse veut que je cherche ?
MARIE-LOUISE, s’arrête, le toise et sèchement.
Si Son Altesse veut que je cherche ?Non !
(Elle rentre dans son appartement après l’avoir foudroyé du regard. La porte claque.)
L’ATTACHÉ, de plus en plus ahuri, à Metternich.
Si Son Altesse veut que je cherche ? Non !Qu’est-ce ?
METTERNICH, réprimant un sourire.
On dit « Sa Majesté » ; vous dites « Son Altesse » !
L’ATTACHÉ.
L’empereur n’ayant pas régné, « Sa Majesté »
Ne peut rester à la Duchesse !
METTERNICH.
Ne peut rester à la Duchesse !C’est resté.
L’ATTACHÉ.
Alors voilà pourquoi ce regard de colère ?
METTERNICH.
C’est une question toute… protocolaire !
L’ATTACHÉ, salue pour prendre congé ; puis avant de sortir, demande.
Est-ce que l’ambassade, à partir d’aujourd’hui,
Peut prendre la cocarde aux trois couleurs ?
METTERNICH, avec un soupir.
Peut prendre la cocarde aux trois couleurs ?Mais oui…
Puisqu’on est d’accord…
(Aussitôt l’attaché jette sans rien dire la cocarde blanche de son chapeau et la remplace par une tricolore qu’il sort de sa poche. Metternich se lève en disant :)
Puisqu’on est d’accord…Oh !… sans perdre une seconde !
(Bruits de grelots au dehors.) Qu’est-ce ?
GENTZ, qui est sur le balcon.
Qu’est-ce ?L’archiduchesse arrive avec du monde :
Les Meyendorf, Cowley, Thalberg !…
BOMBELLES, qui au bruit des grelots est vivement entré par la gauche suivi de Tiburce.
Les Meyendorf, Cowley, Thalberg !…Recevons-les !
(Au moment où il se précipite vers la porte, l’archiduchesse paraît sur le perron entourée d’un flot d’élégants et d’élégantes en costume de ville d’eau. — Des Grévedon et des Deveria. — Robes claires. Ombrelles. Grands chapeaux. — Un petit archiduc, de cinq à six ans, en uniforme de hussard, une minuscule pelisse sur l’épaule, deux petites archiduchesses dans ces extraordinaires robes de petites filles de l’époque. — Tumulte de voix et de rires. — Tourbillon de frivolités.)
Scène V
Les Mêmes, L’ARCHIDUCHESSE, DES BELLES DAMES, DES BEAUX MESSIEURS, LORD et LADY COWLEY, THALBERG, SANDOR, MONTENEGRO, etc… puis THÉRÈSE, SCARAMPI, UNE DAME D’HONNEUR.
L’ARCHIDUCHESSE, à Bombelles, Metternich, Gentz, Tiburce qui s’avancent cérémonieusement.
Non ! c’est une villa ! ce n’est pas un palais ;
Pas de façons !
(Le salon est envahi. À un jeune homme.) Pas de façons !Thalberg ! vite, ma tarentelle !
(Thalberg se met au piano et joue. À Metternich, gaiement.) Sa Majesté ma belle sœur, où donc est-elle ?
UNE DAME.
Nous venions l’enlever en passant !
UNE AUTRE.
Nous venions l’enlever en passant !Nous allons
Courir en char à bancs à travers les vallons ;
C’est Sandor qui conduit !
UNE VOIX D’HOMME, continuant une conversation commencée.
C’est Sandor qui conduit !Il faut, dans son cratère,
Lui renfoncer sa lave !
L’ARCHIDUCHESSE, se tournant vers le groupe des causeurs.
Lui renfoncer sa lave !Oh ! voulez-vous vous taire !
(À Metternich, en riant.) Ces Messieurs ont parlé tout le temps de volcan !
BOMBELLES.
Ce volcan quel est-il ?
UNE DAME, à une autre, parlant chiffons.
Ce volcan quel est-il ?Cet hiver, l’astrakan ?
(Elles chuchotent.)
SANDOR, répondant à Bombelles.
Mais le libéralisme !
BOMBELLES.
Mais le libéralisme !Ah !…
LORD COWLEY.
Mais le libéralisme ! Ah !…Ou plutôt la France.
METTERNICH, à l’attaché français, d’un air sévère.
Vous l’entendez ?
UNE DAME, à un jeune homme, qu’elle entraîne par le bras vers le clavecin.
Vous l’entendez ?Montenegro, votre romance !
Tout bas rien que pour moi !…
MONTÉNEGRO, que Thalberg accompagne, chantant tout bas.
Tout bas, rien que pour moi !…… Corazon…
(Il continue très doucement.)
UNE AUTRE DAME, à Gentz.
Tout bas rien que pour moi !…Corazon…Gentz, bonjour !
(Elle fouille dans son réticule.) J’ai des bonbons pour vous.
J’ai des bonbons pour vous.(Elle lui donne une petite boîte.)
GENTZ.
J’ai des bonbons pour vous.Vous êtes un amour !
UNE AUTRE, même jeu.
Un parfum de Paris !
(Elle tire un petit flacon et le lui donne.)
METTERNICH, qui a vu le flacon, vivement à Gentz.
Un parfum de Paris !Arrachez l’étiquette !
Eau du duc de Reichstadt !
GENTZ, respirant le parfum.
Eau du duc de Reichstadt !Ça sent la violette !
METTERNICH, lui arrachant le flacon et le grattant avec des ciseaux pris sur la table.
Si le duc survenait, il verrait qu’à Paris…
UNE VOIX, dans le groupe d’hommes au fond.
Elle redresse encor la tête !
LADY COWLEY.
Elle redresse encor la tête !Nos maris
Parlent de l’hydre !
LORD COWLEY.
Parlent de l’hydre !Il faut qu’elle soit étouffée !
L’ARCHIDUCHESSE, riant.
C’est un volcan… ou bien c’est une hydre !
UNE DAME D’HONNEUR DE MARIE-LOUISE, suivie par un domestique qui porte sur un plateau de grands verres de café au lait glacé.
C’est un volcan… ou bien c’est une hydre !Eis-Kaffee ?
(Un autre domestique a posé sur la table un plateau de rafraîchissements : bière, champagne, etc.)
L’ARCHIDUCHESSE, assise, à une jeune femme.
Dis-nous des vers, Olga !
GENTZ.
Dis-nous des vers, Olga !Si vous lui demandiez
De l’Henri Heine ?…
TOUTES LES FEMMES.
De l’Henri Heine ?…Oui ! oui !
OLGA, se levant pour déclamer.
De l’Henri Heine ?…Oui ! oui !Quoi ? — Les deux grenadiers ?
METTERNICH, vivement.
Oh ! non !
SCARAMPI, sortant de l’appartement de Marie-Louise.
Oh ! non !Sa Majesté vient dans une minute.
PLUSIEURS VOIX.
Scarampi !
(Salutations. — Rires. — Conversations et froufrous.)
LA VOIX DE SANDOR, au fond, dans un groupe.
Scarampi !Nous irons jusqu’à la Krainerhütte.
Et ces dames prendront sur l’herbe leurs ébats !
METTERNICH, à Gentz qui parcourt un journal pris sur la table.
Gentz, qu’est-ce que tu lis dans ton coin ?
GENTZ.
Gentz, qu’est-ce que tu lis dans ton coin ?Les Débats.
LORD COWLEY, nonchalamment.
La politique ?
GENTZ.
La politique ?Les théâtres.
L’ARCHIDUCHESSE.
La politique ? Les théâtres.Bien futile !
GENTZ.
Savez-vous ce qu’on va jouer au Vaudeville ?
METTERNICH.
Non.
GENTZ.
Non.Bonaparte.
METTERNICH, avec indifférence.
Non.Bonaparte.Ah ! ah !
GENTZ.
Non.Bonaparte.Ah ! ah !Aux Nouveautés ?
METTERNICH.
Non.Bonaparte.Ah ! ah ! Aux Nouveautés ?Mais non !
GENTZ.
Bonaparte. — Aux Variétés ?… Napoléon.
Le Luxembourg promet : Quatorze Ans de sa vie.
Le Gymnase reprend : Le Retour de Russie.
Qu’est-ce que la Gaîté jouera cette saison ?
Le Cocher de Napoléon. — La Malmaison.
Un jeune auteur vient de terminer : Sainte-Hélène.
La Porte Saint-Martin commence à mettre en scène :
Napoléon.
LORD COWLEY, vexoté.
Napoléon.C’est une mode !
TIBURCE, haussant les épaules.
Napoléon.C’est une mode !Une fureur !
GENTZ.
À l’Ambigu : Murat ; au Cirque : l’Empereur.
SANDOR, pincé.
Une mode !
BOMBELLES, dédaigneux.
Une mode !Une mode !
GENTZ.
Une mode ! Une mode !Une mode, je pense,
Qu’on verra revenir de temps en temps en France.
UNE DAME, lisant le journal par-dessus l’épaule de Gentz, avec sa face à main.
On veut faire rentrer les cendres !
METTERNICH, sec.
On veut faire rentrer les cendres !Le Phénix
Peut en renaître, — mais pas l’aigle !
TIBURCE.
Peut en renaître, — mais pas l’aigle !Quel grand X
Que l’avenir de cette France !
METTERNICH, supérieur.
Que l’avenir de cette France !Non, jeune homme.
Moi je sais.
UNE DAME.
Moi je sais.Parlez donc, prophète qu’on renomme !
L’ARCHIDUCHESSE, faisant le geste de l’encenser.
Ses arrêts sont coulés en bronze !
GENTZ, entre ses dents.
Ses arrêts sont coulés en bronze !Ou bien en zinc !
LORD COWLEY.
Qui sera le sauveur de la France ?
METTERNICH.
Qui sera le sauveur de la France ?Henri V.
(Avec un geste de pitié.) Le reste, mode !
THÉRÈSE, debout, dans un coin, doucement.
Le reste, mode !C’est un nom qu’il est commode
De donner quelquefois à la gloire, la mode !
METTERNICH, se versant un verre de champagne.
Tant que l’on ne criera d’ailleurs qu’à l’Odéon,
Je crois qu’il n’y a pas…
UN GRAND CRI, au dehors.
Je crois qu’il n’y a pas…Vive Napoléon !
(Tout le monde se lève. — Panique. — Lord Cowley s’étrangle dans son café glacé. Les femmes, affolées, courent dans tous les sens.)
TOUT LE MONDE, prêt à fuir.
Hein ? — À Baden ! — Comment ? — Ici ?
METTERNICH.
Hein ? — À Baden ! — Comment ? — Ici ?C’est ridicule !
N’ayez pas peur !
LORD COWLEY, furieux.
N’ayez pas peur !Si tout le monde se bouscule
Parce qu’on crie un nom !
GENTZ, criant gravement.
Parce qu’on crie un nom !Il est mort !
(On se rassure.)
TIBURCE, qui était sur le balcon, redescendant.
Parce qu’on crie un nom !Il est mort !Ce n’est rien !
METTERNICH.
Mais quoi ?
TIBURCE.
Mais quoi ?C’est un soldat autrichien.
METTERNICH, stupéfait.
Mais quoi ? C’est un soldat autrichien.Autrichien ?
TIBURCE.
Même deux. J’étais là. J’ai tout vu.
METTERNICH.
Même deux. J’étais là. J’ai tout vu.Regrettable !
(À ce moment, la porte de gauche s’ouvre. Marie-Louise apparaît, toute pâle.)
Scène VI
Les Mêmes, MARIE-LOUISE, puis un soldat autrichien.
MARIE-LOUISE, d’une voix entrecoupée.
Avez-vous entendu ? Oh ! c’est épouvantable !
Ça me rappelle — un jour — la foule s’amassa
Autour de ma voiture — à Parme —
(Elle tombe défaillante sur la chaise longue.)
Autour de ma voiture — à Parme —en criant ça !
On veut troubler ma vie !
METTERNICH, nerveux, à Tiburce.
On veut troubler ma vie !Enfin, ce cri, qu’était-ce ?
TIBURCE.
Servant tous deux au régiment de Son Altesse,
Deux hommes, en congé, marchaient d’un pas distrait,
Quand ils ont vu le duc de Reichstadt qui rentrait ;
Vous savez qu’un fossé profond longe la rue :
Le duc veut le franchir ; son cheval pointe, rue,
Se dérobe ; le duc le ramène… et, hop là !
Alors pour l’applaudir, ils ont crié. Voilà.
METTERNICH.
Faites-m’en monter un, vite !
(Tibruce, du perron, fait un signe au-dehors.)
MARIE-LOUISE, à qui on fait respirer des sels.
Faites-m’en monter un, vite !On veut que je meure !
(Entre un sergent-major du régiment du duc. Il salue gauchement, intimidé par tout ce beau monde.)
METTERNICH, avec indignation.
Un sergent ! — Pourquoi donc avez-vous, tout à l’heure,
Poussé ce cri ?
LE SERGENT.
Poussé ce cri ?Je ne sais pas.
METTERNICH.
Poussé ce cri ? Je ne sais pas.Tu ne sais pas ?
LE SERGENT.
Le caporal non plus, avec lequel, en bas,
J’ai crié, ne sait pas. Ça nous a pris. Le prince
Était si jeune sur son cheval, et si mince !…
Et puis l’on est flatté d’avoir pour colonel
Le fils de…
METTERNICH, vivement.
Le fils de…Bien, c’est bien !
LE SERGENT.
Le fils de…Bien, c’est bien !Ce calme avec lequel
Il a franchi l’obstacle ! Et blond comme un saint George !…
Alors, ça nous a pris, tous les deux à la gorge,
Un attendrissement… une admiration…
Et nous avons crié : « Vive… »
METTERNICH, précipitamment.
Et nous avons crié : « Vive… » C’est bon ! c’est bon !
— Et : « Vive le duc de Reichstadt », triple imbécile,
C’est donc plus difficile à crier ?
LE SERGENT, naïvement.
C’est donc plus difficile à crier ?Moins facile.
METTERNICH.
Hein ?
LE SERGENT, essayant.
Hein ?« Vive le duc de Reichstadt » !… Ça fait moins bien
Que… : « Vive… »
METTERNICH, hors de lui, le congédiant du geste.
Que… : « Vive… »Allons, c’est bon, va-t’-en ! ne criez rien !
TIBURCE, au soldat quand il passe près de lui pour sortir.
Idiot !
Scène VII
Les Mêmes, moins LE SERGENT. DIETRICHSTEIN, entré depuis un moment.
MARIE-LOUISE, aux dames qui l’entourent.
Idiot !Je vais mieux. Merci !
THÉRÈSE, la regardant tristement.
Idiot ! Je vais mieux. Merci !L’impératrice !
MARIE-LOUISE, à Dietrichstein, lui désignant Thérèse.
Monsieur de Dietrichstein, — ma nouvelle lectrice.
(À Thérèse, lui présentant Dietrichstein.) Le précepteur du duc ! — Mais j’y pense, pardon !
Lisez-vous bien ?
TIBURCE, répondant pour elle.
Lisez-vous bien ?Très bien.
THÉRÈSE, modestement.
Lisez-vous bien ? Très bien.Je ne sais…
MARIE-LOUISE.
Lisez-vous bien ? Très bien.Je ne sais…Prenez donc.
Un des livres de Frantz… sur la table de laque.
Ouvrez et lisez-nous, au hasard !
THÉRÈSE, prenant un livre.
Ouvrez et lisez-nous, au hasard !Andromaque.
(Grand silence. Tout le monde s’installe pour écouter. Elle lit.) Et quelle est cette peur dont le cœur est frappé,
Seigneur ? quelque Troyen vous est-il échappé ?
— Leur haine pour Hector n’est pas encore éteinte :
Ils redoutent son fils.
(Tout le monde se regarde. Froid.) Ils redoutent son fils.— Digne objet de leur crainte !
Un enfant malheureux, qui ne sait pas encor
Que Pyrrhus est son maître, et qu’il est fils d’Hector !…
(Murmure et embarras général.)
TOUT LE MONDE.
Hum !… Heu…
GENTZ.
Hum !… Heu…Charmante voix !…
MARIE-LOUISE, s’éventant nerveusement, à Thérèse.
Hum !… Heu…Charmante voix !…Prenez une autre page.
THÉRÈSE, ouvrant le livre à un autre endroit.
Hélas ! je m’en souviens, le jour que son courage
Lui fit chercher Achille ou plutôt le trépas,
Il demanda son fils,
(Les visages se rembrunissent.) Il demanda son fils,et le prit dans ses bras :
Chère épouse, dit-il en essuyant mes larmes,
J’ignore quel succès le sort garde à mes armes ;
Je te laisse mon fils…
(Murmure et embarras général.)
TOUT LE MONDE.
Je te laisse mon fils…Hum ! Oui !
MARIE-LOUISE, de plus en plus gênée.
Je te laisse mon fils…Hum ! Oui !Si nous passions
À quelque autre… Prenez…
THÉRÈSE, prenant un autre livre sur la table.
À quelque autre… Prenez…Les Méditations.
MARIE-LOUISE, rassurée.
Ah ! je connais l’auteur ! — Ce sera moins maussade ! —
Il a dîné chez nous.
(À Scarampi.) Il a dîné chez nous.L’attaché d’ambassade !
THÉRÈSE, lisant.
Jamais des séraphins les chants mélodieux
De plus divins accords n’avaient ravi les cieux :
Courage, enfant déchu d’une race divine…
(Au moment où elle dit ce vers, le duc paraît dans la porte du fond. Thérèse sent que quelqu’un entre, quitte le livre des yeux, voit le duc pâle et immobile sur le seuil, et, bouleversée, se lève. Au mouvement qu’elle fait, tout le monde se retourne et se lève.)
Scène VIII
Les Mêmes, LE DUC.
LE DUC.
Je demande pardon, ma mère, à Lamartine.
MARIE-LOUISE.
Frantz, bonne promenade ?
LE DUC, descendant. Il est en costume de cheval, la cravache à la main, très élégant, la fleur à la boutonnière, et ne sourit jamais.
Frantz, bonne promenade ?— Exquise. Un temps très doux.
(Se tournant vers Thérèse.) — Mais à quel vers, Mademoiselle, en étiez-vous ?
THÉRÈSE hésite une seconde à répéter le vers ; puis, regardant le duc avec une émotion profonde.
Courage, enfant déchu d’une race divine,
Tu portes sur ton front ta superbe origine ;
Tout homme en te voyant…
MARIE-LOUISE, sèchement, se levant.
Tout homme en te voyant…C’est bien. Cela suffit !
L’ARCHIDUCHESSE, aux enfants, leur montrant le duc.
Allez dire bonjour à votre cousin.
(Les enfants se rapprochent du duc qui s’est assis et l’entourent. Une petite fille et un petit garçon grimpent sur ses genoux.)
SCARAMPI, bas, avec colère, à Thérèse.
Allez dire bonjour à votre cousin.Fi !
THÉRÈSE.
Quoi donc ?
UNE DAME, regardant le duc.
Quoi donc ?Comme il est pâle !
UNE AUTRE, de même.
Quoi donc ? Comme il est pâle !Il n’a pas l’air de vivre !
SCARAMPI, à Thérèse.
Quels passages toujours choisissiez-vous ?
THÉRÈSE.
Quels passages toujours choisissiez-vous ? Le livre
S’ouvrait toujours tout seul… jamais je ne voulus…
(Scarampi s’éloigne en haussant les épaules.)
GENTZ, qui a entendu, hochant la tête.
Le livre s’ouvre seul aux feuillets souvent lus !
THÉRÈSE, à part, regardant mélancoliquement le duc.
Des archiducs sur ses genoux !…
L’ARCHIDUCHESSE, au duc, se penchant au dossier de son fauteuil.
Des archiducs sur ses genoux !…Je suis contente
De te voir. — Je suis ton amie.
(Elle lui tend la main.)
LE DUC, lui baisant la main.
De te voir. — Je suis ton amie.Oui, toi, ma tante.