L’Aiglon (page 3)

Edmond Rostand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — L’Aiglon · 22 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

GENTZ, à Thérèse qui ne quitte pas le prince des yeux.

Comment le trouvez-vous, avec son petit air

De Chérubin qui lit en cachette Werther ?

(Les enfants, autour du duc, admirent l’élégance de leur grand cousin, jouent avec sa chaîne, ses breloques, contemplent sa haute cravate.)

LA PETITE FILLE, qui est sur ses genoux, éblouie.

Tes cols sont toujours beaux !

LE DUC, saluant.

Tes cols sont toujours beaux !Votre Altesse est bien bonne.

THÉRÈSE, à part, avec un sourire douloureux.

Ses cols !…

UN PETIT GARÇON, qui a pris la cravache du prince et en fouette l’air.

Ses cols !…Personne n’a des sticks pareils !

LE DUC, gravement.

Ses cols !…Personne n’a des sticks pareils !Personne !

THÉRÈSE, à part, de même.

Ses sticks !…

UN AUTRE PETIT GARÇON, touchant les gants que le duc vient de retirer et de jeter sur une table.

Ses sticks !…Oh ! et tes gants !

LE DUC.

Ses sticks !…Oh ! et tes gants !Superbes, mon chéri.

LA PETITE FILLE, le doigt sur l’étoffe de son gilet.

C’est en quoi, ton gilet ?

LE DUC.

C’est en quoi, ton gilet ?C’est en Pondichéry.

THÉRÈSE, prise d’une envie de pleurer.

Oh !

L’ARCHIDUCHESSE, caressant du bout des doigts la rose qui fleurit la redingote du prince.

Oh !Tu portes ta fleur à la mode dernière !

LE DUC, se levant, avec une frivolité amère et forcée.

Vous remarquez ? Dans la troisième boutonnière !

(À ce moment, Thérèse éclate en sanglots.)

DES DAMES, autour d’elle.

Hein ? — Qu’a-t-elle ?

THÉRÈSE.

Hein ? — Qu’a-t-elle ?Pardon !… je ne sais pas… c’est fou !…

Seule ici… loin des miens… brusquement…

MARIE-LOUISE, qui s’approche, avec un attendrissement bruyant.

Seule ici… loin des miens… brusquement…Pauvre chou !

THÉRÈSE.

Mon cœur s’est si longtemps contenu…

MARIE-LOUISE, l’embrassant.

Mon cœur s’est si longtemps contenu…Qu’il s’épanche !

LE DUC, qui a fait quelques pas, sans avoir l’air de remarquer ces larmes, s’arrête, poussant du pied quelque chose sur le tapis.

Tiens ! qu’est-ce que j’écrase ? — Une cocarde blanche ?

(Il se penche et la ramasse.)

METTERNICH, s’avançant, avec embarras.

Heu !…

LE DUC, cherche un instant des yeux et voyant l’attaché français.

Heu !…Ce doit être à vous, Monsieur ! — Votre chapeau ?

(L’attaché lui montre son chapeau. Le duc aperçoit la cocarde tricolore.)

Ah !

(À Metternich.) Ah !Je ne savais pas… Mais alors… le drapeau ?

METTERNICH.

Altesse…

LE DUC.

Altesse…Il l’est aussi ?

METTERNICH.

Altesse…Il l’est aussi ?…Oui… c’est sans importance…

LE DUC, flegmatiquement.

Aucune.

METTERNICH.

Aucune.Question de couleur…

LE DUC.

Aucune.Question de couleur…De nuance.

(Il a pris le chapeau de l’attaché et, sur le feutre noir, rapproche les deux cocardes ; il les compare, en artiste, éloignant le chapeau, la tête penchée…)

Je crois — voyez-vous même, hein ? en clignant les yeux —

Que c’est décidément…

(Il montre la tricolore.) Que c’est décidément…celle-ci qui fait mieux.

(Il jette la blanche, et passe nonchalamment. — Sa mère le prend sous le bras et le mène devant les boîtes de papillons que le docteur, rentré depuis un instant, vient d’étaler sur la grande table.)

LE DUC.

Des papillons ?

MARIE-LOUISE, cherchant à l’intéresser.

Des papillons ?C’est ce grand noir que tu préfères ?

LE DUC.

Il est gentil.

LE DOCTEUR.

Il est gentil.Il naît sur les ombellifères !

LE DUC.

Il me regarde avec ses ailes.

LE DOCTEUR, souriant.

Il me regarde, avec ses ailes.Tous ces yeux ?

Nous appelons cela des lunules.

LE DUC.

Nous appelons cela des lunules.Tant mieux.

LE DOCTEUR.

Vous regardez ce gris qui de bleu se ponctue ?

LE DUC.

Non.

LE DOCTEUR.

Non.Que regardez-vous ?

LE DUC.

Non.Que regardez-vous ?L’épingle qui le tue.

(Il s’éloigne.)

LE DOCTEUR, désespéré, à Marie-Louise.

Tout l’ennuie !

MARIE-LOUISE, à Scarampi.

Tout l’ennuie !Attendons… je compte sur l’effet…

SCARAMPI, mystérieusement.

Oui, de notre surprise.

GENTZ, qui s’est approché du duc, lui présentant une bonbonnière.

Oui, de notre surprise.Un bonbon ?

LE DUC, prenant un bonbon et le goûtant.

Oui, de notre surprise.Un bonbon ? Oh ! parfait !

Un goût tout à la fois de poire et de verveine,

Et puis… attendez… de…

GENTZ.

Et puis… attendez… de…Non, ce n’est pas la peine.

LE DUC.

Pas la peine de quoi ?

GENTZ.

Pas la peine de quoi ?D’avoir l’air d’être là.

J’y vois plus clair que Metternich. — Un chocolat ?

LE DUC, avec hauteur.

Que voyez-vous ?

GENTZ.

Que voyez-vous ?Quelqu’un qui souffre, au lieu de prendre

Le doux parti de vivre en prince jeune et tendre.

Votre âme bouge encore : on va dans cette cour

L’endormir de musique et l’engourdir d’amour.

J’avais une âme aussi, moi, comme tout le monde…

Mais pfft !… et je vieillis, doucettement immonde,

Jusqu’au jour où vengeant sur moi la Liberté,

Un de ces jeunes fous de l’Université,

Dans mes bonbons, dans mes parfums, et dans ma boue,

Me tuera… comme Sand a tué Kotzebue !

Oui, j’ai peur — voulez-vous quelques raisins sucrés ? —

D’être tué par l’un d’entre eux !

LE DUC, tranquillement, prenant un bonbon.

D’être tué par l’un d’entre eux !Vous le serez.

GENTZ, reculant.

Hein ? Comment ?

LE DUC.

Hein ? Comment ?Vous serez tué par un jeune homme.

GENTZ.

Mais…

LE DUC.

Mais…Que vous connaissez.

GENTZ, stupéfait.

Mais…Que vous connaissez.Monseigneur…

LE DUC.

Mais…Que vous connaissez.Monseigneur…Il se nomme

Frédéric : c’est celui que vous avez été.

Puisqu’en vous maintenant il est ressuscité,

Puisque comme un remords il vous parle à voix basse,

C’est fini : celui-là ne vous fera pas grâce.

GENTZ, pâlissant.

C’est vrai que ma jeunesse, en moi, lève un poignard !

… Ah ! je ne m’étais pas trompé sur ce regard :

C’est celui de quelqu’un qui s’exerce à l’Empire !

LE DUC.

Monsieur, je ne sais pas ce que vous voulez dire.

(Il s’éloigne. — Metternich rejoint Gentz.)

METTERNICH, à Gentz, en souriant.

Tu causais avec…

GENTZ.

Tu causais avec…Oui.

METTERNICH.

Tu causais avec…Oui.Très gentil.

GENTZ.

Tu causais avec…Oui.Très gentil.En effet.

METTERNICH.

Je le tiens tout à fait dans ma main.

GENTZ.

Je le tiens tout à fait dans ma main.Tout à fait.

LE DUC, est arrivé devant Thérèse qui, assise, dans un coin, devant un guéridon, feuillette un livre. Il la regarde un instant ; puis, à mi-voix :

Pourquoi donc pleuriez-vous ?

THÉRÈSE, qui ne l’a pas vu venir, tressaillant, et se levant toute troublée.

Pourquoi donc pleuriez-vous ?Parce que…

LE DUC.

Pourquoi donc pleuriez-vous ? Parce que…Non.

THÉRÈSE.

Pourquoi donc pleuriez-vous ? Parce que…Non.Altesse !

LE DUC.

Je sais pourquoi. — Ne pleurez pas.

(Il s’éloigne rapidement, et se trouve devant Metternich qui vient de prendre son chapeau et ses gants pour sortir, le salue.)

METTERNICH, saluant le duc

Je sais pourquoi.Ne pleurez pas.Duc, je vous laisse.

(Le duc répond par une inclination de tête. — Metternich sort, emmenant l’attaché.)

LE DUC, à Marie-Louise et à Dietrichstein qui regardent des papiers sur la table.

Vous lisez mon dernier travail ?

DIETRICHSTEIN.

Vous lisez mon dernier travail ?Il est charmant.

Mais pourquoi faire exprès des fautes d’allemand ?

C’est une espièglerie !

MARIE-LOUISE, choquée.

C’est une espièglerie !À votre âge, être espiègle,

Mon fils !

LE DUC.

Mon fils !Que voulez-vous ? je ne suis pas un aigle !

DIETRICHSTEIN, soulignant de l’ongle une faute.

Vous mettez encor « France » au féminin !

LE DUC.

Vous mettez encor « France » au féminin !Hélas !

Moi je ne sais jamais si c’est der, die ou das !

DIETRICHSTEIN.

Le neutre, seul, ici serait correct !

LE DUC.

Le neutre, seul, ici serait correct !Mais pleutre.

— Je n’aime pas beaucoup que la France soit neutre.

MARIE-LOUISE, interrompant Thalberg qui pianote.

Mon fils a la musique en horreur !

LE DUC.

Mon fils a la musique en horreur !En horreur.

LORD COWLEY, s’avançant vers le duc.

Altesse…

DIETRICHSTEIN, bas au duc.

Altesse…Un mot aimable !

LE DUC.

Altesse…Un mot aimable !Hein ?

DIETRICHSTEIN, bas au duc.

Altesse…Un mot aimable !Hein ?C’est l’ambassadeur

D’Angleterre.

LORD COWLEY.

D’Angleterre.Tantôt galopant, hors d’haleine,

D’où reveniez-vous donc, prince ?

LE DUC.

D’où reveniez-vous donc, prince ?De Sainte-Hélène.

LORD COWLEY, interloqué.

Plaît-il ?

LE DUC.

Plaît-il ?C’est un coin vert, gai, sain, — et beau, le soir !

On y est à ravir. Je voudrais vous y voir.

(Il salue, et passe.)

GENTZ, vivement à l’ambassadeur d’Angleterre, tandis que le duc s’éloigne.

Sainte-Hélène est le nom du principal village

D’Helenenthal, ce site exquis du voisinage.

L’AMBASSADEUR.

Ah ! oui ! — Je crois, soit dit sans le lui reprocher,

Que c’est, dans mon jardin, une pierre…

GENTZ.

Que c’est, dans mon jardin, une pierre…Un rocher !

DES VOIX, au fond.

On part !

L’ARCHIDUCHESSE, à Marie-Louise.

On part ! Viens-tu, Louise ?

MARIE-LOUISE.

On part ! Viens-tu, Louise ? Oh ! moi, non !

CRIS.

On part ! Viens-tu, Louise ? Oh ! moi, non !En voiture !

L’ARCHIDUCHESSE, au duc.

Et toi, Franz ?

MARIE-LOUISE.

Et toi, Franz ?Non, mon fils déteste la nature !

(Avec pitié.) Il galope lorsqu’il traverse Helenenthal !

LE DUC, sombre

Oui, je galope.

MARIE-LOUISE.

Oui, je galope.Ah ! tu n’es pas sentimental !

(Brouhaha. — Saluts. — Toute la compagnie sort dans un tumulte de voix.)

MONTENEGRO, déjà sur le perron.

Je connais un endroit pour goûter, où le cidre…

(Sa voix se perd.)

CRIS, au dehors.

Au revoir ! au revoir !

GENTZ, sur le balcon, criant.

Au revoir ! au revoir !Ne parlez pas de l’hydre !…

(Éclats de rires. — Grelots des voitures qui s’éloignent.)

THÉRÈSE, à Tiburce, qui prend congé.

Adieu, mon frère…

TIBURCE, l’embrassant au front.

Adieu, mon frère…Adieu…

(Il s’incline devant Marie-Louise, et sort avec Bombelles.)

MARIE-LOUISE, aux dames d’honneur, leur confiant Thérèse.

Adieu, mon frère…Adieu…Menez-la maintenant

Chez elle…

(Thérèse sort, emmenée par les dames. — Le duc s’est assis, remuant distraitement des livres sur une table. — Marie-Louise fait signe en souriant à Scarampi, qui est restée, — puis s’avance vers le duc.)

Scène IX

LE DUC, MARIE-LOUISE, SCARAMPI, puis UN TAILLEUR et UNE ESSAYEUSE.

MARIE-LOUISE, au duc.

Chez elle…Franz…

(Il se retourne.) Chez elle…Franz…Je vais vous égayer…

LE DUC.

Chez elle…Franz…Je vais vous égayer…Vraiment ?

(Scarampi ferme soigneusement toutes les portes.)

MARIE-LOUISE.

Chut ! — J’ai fait un complot !…

LE DUC, dont l’œil s’allume.

Chut ! J’ai fait un complot !…Vous ! un complot !

MARIE-LOUISE.

Chut ! J’ai fait un complot !…Vous, un complot !Immense !

Chut ! — On nous interdit tout ce qui vient de France ;

Mais moi, j’ai fait venir en secret, de Paris,

De chez deux grands faiseurs…

(Elle lui donne une petite tape sur la joue.) De chez deux grands faiseurs…Allons, coquet, souris !

Chut !… pour vous un tailleur…

(Montrant Scarampi.) Chut !… pour vous un tailleur…Pour nous, une essayeuse !

Je crois que mon idée est vraiment !…

LE DUC, glacial.

Je crois que mon idée est vraiment !…Merveilleuse.

SCARAMPI, allant ouvrir la porte de l’appartement de Marie-Louise.

Entrez !

(Entrent une demoiselle — élégance de mannequin — qui porte de grands cartons à robes et à chapeaux, puis un jeune homme habillé comme une gravure de modes 1830, les bras chargés de vêtements pliés et de boîtes. Le tailleur descend vers le duc, tandis qu’au fond, l’essayeuse déballe les robes sur un canapé. Après un profond salut, il s’agenouille vivement, ouvrant les boîtes, défaisant les paquets, faisant bouffer des cravates, dépliant des vêtements.

LE TAILLEUR.

Entrez !Si Monseigneur daigne jeter les yeux…

J’ai là des nouveautés charmantes ! Ces messieurs

Ont assez confiance en mon goût. Je les guide.

Les cravates d’abord. — Un violet languide. —

Un marron sérieux. — On porte le foulard. —

(Regardant la cravate du duc.) Je vois avec plaisir que Son Altesse a l’art

De nouer son écharpe.

(Lui présentant un autre modèle.) De nouer son écharpe.Un dessin en quinconce !

(Regardant de nouveau la cravate du duc.) Oui, le nœud est parfait, il est noble, il engonce.

— Et comment Monseigneur trouve-t-il ce gilet

Sur lequel des bouquets s’effeuillèrent ?

LE DUC, impassible.

Sur lequel des bouquets s’effeuillèrent ?Très laid.

LE TAILLEUR, continuant à faire un étalage sur le tapis.

Ceux-ci laisseront-ils son Altesse de marbre ?

Poil de chèvre, pourtant ! Tissu d’écorce d’arbre !

— Redingote vert nuit. Les poignets très étroits.

Est-ce hautain ? — Gilet à six boutons, dont trois

Restent déboutonnés en haut (grande élégance !)

Est-ce spirituel, cette petite ganse ?

— Et ce frac par nos soins artistement râpé,

Bleu, sur un pantalon de fin coutil jaspé :

C’est tout à fait coquet, léger, garde française !

— Laissons cette jaunâtre et lourde polonaise

(Hamlet peut-il porter le pourpoint de Falstaff ?)

Et venons aux manteaux, prince. Grand plaid en staff,

Demi-collet figurant manches par derrière.

Trop excentrique ? Soit. — Cet autre, dit : Roulière,

Sobre, a je ne sais quoi de large et d’espagnol,

Bon pour rendre visite à quelque doña Sol !

(Il le jette sur ses épaules, et marche superbement.) Travail soigné, chaînette en argent, col en martre ;

Fait dans nos ateliers du boulevard Montmartre.

Simple, mais d’une coupe !… et la coupe, c’est tout !

MARIE-LOUISE, qui est restée debout près du duc, le voyant plus pâle, et les yeux fixes, comme s’il n’écoutait plus, — au tailleur.

Vous fatiguez le duc avec votre bagout !

LE DUC, se réveillant.

Non, laissez, je rêvais… car je n’ai pas coutume,

Quand mon tailleur viennois vient m’offrir un costume,

D’entendre tous ces mots pittoresques et vifs…

Tout cela… tout ce choix amusant d’adjectifs,

Tout cela, qui pour vous n’est qu’un bagout vulgaire,

Cela me… cela m’a…

(Ses yeux se sont remplis de larmes — et brusquement.) Cela me… cela m’a…Non, rien, laissez, ma mère.

MARIE-LOUISE, remontant vers Scarampi et l’essayeuse.

Regardons nos chiffons !… Des manches à gigot ?

L’ESSAYEUSE.

Toujours !

LE TAILLEUR, au duc, lui montrant des échantillons collés sur une feuille.

Toujours !Drap… Casimir… Marengo…

LE DUC.

Toujours ! Drap… Casimir… Marengo…Marengo ?

LE TAILLEUR, froissant l’échantillon entre ses doigts.

C’est un bon cuir de laine et défiant l’usure.

LE DUC.

Je suis de votre avis. Marengo, cela dure.

LE TAILLEUR.

Que nous commandez-vous ?

LE DUC.

Que nous commandez-vous ?Je n’ai besoin de rien.

LE TAILLEUR.

On a toujours besoin d’un habit allant bien !

LE DUC.

J’aimerais combiner…

LE TAILLEUR.

J’aimerais combiner…À votre fantaisie ?

Que toujours ta pensée, ô client, soit saisie !

Dites ! nous saisirons ; c’est l’art de ce métier !

— Nous habillons Monsieur Théophile Gautier.

LE DUC, ayant l’air de chercher.

Voyons…

L’ESSAYEUSE, au fond, exhibant d’énormes chapeaux, que Marie-Louise essaye, devant la psyché.

Voyons…Paille de riz — recouverte de blonde.

Ce n’est pas le chapeau, dame, de tout le monde !

LE DUC, rêvant.

Pouvez-vous faire ?…

LE TAILLEUR, précipitamment.

Pouvez-vous faire ?…Tout !…

LE DUC.

Pouvez-vous faire ?…Tout !…… un…

LE TAILLEUR.

Pouvez-vous faire ?…Tout !…… un…Tout ce que voudra

Son Altesse !

LE DUC.

Son Altesse !… un habit…

LE TAILLEUR.

Son Altesse !… un habit…Parfaitement !

LE DUC.

Son Altesse !… un habit…Parfaitement !… d’un drap…

Ah ! au fait, de quel drap ?… uni, tout simple !…

LE TAILLEUR.

Ah ! au fait, de quel drap ?… uni, tout simple !…Certe !

LE DUC.

Et la couleur, voyons, que diriez-vous de… verte ?

LE TAILLEUR.

L’idée est excellente !

LE DUC, rêveusement.

L’idée est excellente !Un petit habit vert…

Laissant peut-être voir le gilet…

LE TAILLEUR, prenant des notes.

Laissant peut-être voir le gilet…Très ouvert !

LE DUC.

Pour animer la basque, un peu, quand elle bouge,

Si la patte avait un… liséré rouge ?

LE TAILLEUR, étonné un instant.

Si la patte avait un… liséré rouge ?Rouge ?

— Ce sera ravissant.

LE DUC.

— Ce sera ravissant.Eh bien ! et le gilet ?

Comment est le gilet à votre avis ?

LE TAILLEUR, cherchant.

Comment est le gilet à votre avis ?Il est…

LE DUC.

Il est blanc.

LE TAILLEUR.

Il est blanc.Son Altesse a du goût !

LE DUC.

Il est blanc.Son Altesse a du goût !Puis je pense

Qu’une culotte courte…

LE TAILLEUR.

Qu’une culotte courte…Ah ?

LE DUC.

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