Histoire ecclésiastique (page 7)
CHAPITRE XI.
Sévérien et Antiochus entrent en mauvaise intelligence avec Jean Évêque de Constantinople. La haine que quelques-uns avaient conçue contre Jean Évêque de Constantinople s'accrut extrêmement par une occasion, dont je ferai ici le récit. Il y avait en ce temps-là deux Evêques fort célèbres, Sévérien et Antiochus, qui étaient tous deux Syriens de Nation. Le premier était Evêque de la ville des Gabaliens en Syrie, et le second de Ptolomaïde en Phénicie. Bien que Sévérien parût fort éloquent.il prononçait mal le Grec, et retenait quelque chose de l'accent Syriaque. Antiochus était venu le premier à Constantinople, et après y avoir prêché longtemps, et y avoir amassé de l'argent, il était retourné à son Eglise. Sévérien ayant appris qu'Antiochus s'était enrichies prêchant à la Cour, eut envie de l'imiter, et y vint avec quantité de Sermons qu'il avait préparés. Il y fut reçu très civilement par Jean, de qui il tâchait de gagner les bonnes grâces par ses caresses, et s'y fît connaître à plusieurs personnes de condition, et même à l'Empereur. L'Évêque d'Éphèse étant mort en ce temps,-là, Jean fut obligé d'aller à cette Ville-là, pour y donner un autre en sa place. Ayant trouvé que le peuple était divisé, et que les uns se déclaraient pour l'un et les autres pour l'autre , il se résolut d'apaiser leur
contestations sans bruit, et pour cet effet il imposa ses mains à un de ses Diacres nommé Héraclide, natif de l'île de Chypre, et termina par là tous les différends. Mais cette affaire l'obligea de demeurer longtemps à Ephèse. Durant son absence Sévérien prêcha toujours à Constantinople, et gagna l'estime, et l'affection de ses Auditeurs. Sérapion, de qui nous avons déjà parlé, ayant mandé à Jean que Sévérien faisait beaucoup de bruit, et troublait la paix de l'Eglise, il en fut sensiblement touché ; et ayant ôté plusieurs Eglises aux Novatiens, et à ceux qui célébraient la Fête de Pâques le quatorzième jour de la Lune, il revint à Constantinople, et reprit le gouvernement de son Eglise, comme auparavant. Personne ne pouvait plus supporter l'orgueil de Sérapion, ni l'absence avec laquelle abusant du crédit que lui donnait l'amitié de Jean, il méprisait tout le monde. Jean qui le soutenait devint odieux à plusieurs pour ce sujet. Un jour que Sévérien parlait, Sérapion au lieu de s'élever par honneur, demeura à sa place, dont Sévérien ayant conçu de l'indignation, il dit à haute voix devant tout le monde, si Sérapion meurt Chrétien, Jésus Christ ne s'est point fait homme. Sérapion prit occasion de cette parole pour mettre la division entre Jean et Sévérien ; car en supprimant une partie, il l'accusa d'avoir dit simplement, Jésus Christ ne s'est point fait homme, et produisit plusieurs témoins de sa faction, qui déposèrent la même chose., sur la foi desquels Jean chassa Sévérien de Constantinople. L'Impératrice Eudoxie, blâma cette action de Jean, et. fit revenir Sévérien à Constantinople. Mais Jean ne le voulut point voir, et. quelque prière qu'on lui fît, il refusa constamment de se réconcilier avec lui, jusques à ce que l'impératrice mit à ses pieds dans l'Église des Apôtres, Théodose son fils qui était alors enfant, et qui gouverne maintenant si heureusement l'Empire; et le conjura au nom de ce Jeune Prince de renoncer à la haine qu'il portait à Sévérien. Ils se réconcilièrent donc alors en apparence, et ne laissèrent pas de conserver tous deux de l'aversion l'un pour et l'autre.
CHAPITRE XII.
Epiphane fait des ordinations dans Constantinople, sans la permission de Jean.
Epiphane Evêque de Chypre vint bientôt après par le conseil de Théophile à Constantinople, et y apporta une copie de la Sentence, par laquelle, sans déclarer Origène retranché de la communion de l'Eglise, il avait condamne ses ouvrages. Quand il fut arrivé à l'Eglise de saint Jean, qui n'est qu'à sept milles de Constantinople ; il descendit de son Vaisseau, fit une assemblée, ordonna un Diacre, et entra dans la Ville. Il évita, par complaisance pour Théophile, de converser avec Jean, et au lieu d'accepter le logement qu'il lui offrait, il en prit un dans une maison particulière. Il assembla tous les Évêques qui étaient alors à Constantinople, leur lut la sentence qu'il avait prononcée contre les livres d'Origène, et n'en pût jamais rendre d'autre raison, qu'en disant que Théophile et lui avaient trouvé à propos de les condamner. Plusieurs signèrent cette sentence par respect pour Epiphane; mais d'autres refusèrent de la signer. Théotime Évêque de Scythie prit la liberté de lui dire, Je ne veux point déshonorer la mémoire d'un homme qui est mort saintement il y a longtemps, et je ne suis pas assez hardi pour condamner des ouvrages, que nos prédécesseurs n'ont point condamnés. Il ouvrit à l'heure-même un Livre d'Origène, le lut, et fit voir que la doctrine qu'il contenait était conforme à celle de l'Eglise. Il parla ensuite en ces termes : Quiconque déshonore ces Livres, ne prend pas garde qu'il déshonore la sainte Ecriture d'où leurs maximes sont tirées. Voila la réponse que Théotime, Prélat fort recommandable par sa piété, et par la sainteté de sa vie, fit à Epiphane.
CHAPITRE XIII.
Défense d'Origène.
Ceux qui se plaisent à répandre des calomnies, ayant détourné plusieurs personnes de la lecture des Livres d'Origène, comme d'une lecture impie, j'ai cru er devoir dire ici quelque chose. Des gens qui n'ont rien que de bas et de méprisable, s'imaginent qu'ils se pourront élever en décriant ceux qui sont au dessus d'eux. Méthodius Evêque d'Olympe en Lycie, Eustate Évêque d'Antioche, Apollinaire, et Théophile ont été de cette humeur, et ils se sont efforcés de noircir Origène par leurs calomnies, bien qu'ils ne les aient pas répandues tous quatre de la même sorte. Ils ne l'ont accusé que chacun en un point, et ont fait voir par là qu'ils l'approuvaient dans les autres. Méthodius après l'avoir longtemps déchiré rétracte en quelque sorte toutes les injures dans le dialogue intitulé, Xénon, où il parle de lui comme d'un homme admirable. Pour moi, je trouve la justification d'Origène dans les accusations de ses ennemis. Car parmi tout ce qu'ils reprennent dans ses livres, ils ne reprennent rien touchant la sainte Trinité, et partant ils reconnaissent que ce qu'il en a écrit est orthodoxe. Athanase ce généreux défenseur de la Consubstantialité du Fils de Dieu, le cite comme un témoin de
sa foi. Voici comme il en parle dans les Livres contre les Ariens. Origène, cet homme si laborieux et admirable, confirme notre doctrine, quand il dit que le Fils de Dieu est coéternel à son Père.
Ceux donc qui s'efforcent de
noircir Origène par leurs calomnies ne prennent
pas garde qu'ils attaquent aussi Athanase, qui
donné de grands éloges à Origène.
CHAPITRE XIV.
Jean Evêque de Constantinople avertit Epiphane des entreprises qu'il faisait dans son Diocèse. Epiphane retourne à son Eglise. Jean Évêque de Constantinople bien loin de s'emporter de colère de ce qu'Epiphane avait ordonné un Diacre dans son Diocèse, contre la disposition des Canons, le pria de venir loger avec lui dans la maison de l'Eglise.. Epiphane lui fit répondre que jamais il ne demeurerait, ni ne. prierait avec lui, qu'il n'eût auparavant chassé Dioscore et ses frères de Constantinople et signé la condamnation des ouvrages d'Origène. Comme, il différait de satisfaire à ces conditions, et qu'il disait qu'il ne fallait rien entreprendre légèrement avant la détermination d'un Concile général ; les. ennemis firent paraître Epiphane au milieu de l'Eglise des Apôtres, un jour que le peuple y était assemblé, où il condamna les livres d'Onglée, excommunia Dioscore, et reprit indirectement Jean de ce qu'il favorisait ses erreurs. Le jour suivant Sérapion l'alla trouver de sa part dans l'Eglise, et lui dit :
Vous contrevenez en plusieurs manières aux Canons. Premièrement vous avez
ordonné un Diacre dans une Église soumise à ma juridiction. En second lieu, vous y avez célébré les saints Mystères sans ma permission. Lorsque je vous ai prié autrefois d'y venir, vous l'avez refusé, et vous y venez maintenant de vous-même. Prenez garde de ne point exciter un tumulte qui vous pourrait mettre en danger.
Epiphane étonné de ce discours sortit de l'Eglise en reprenant Jean avec beaucoup d'aigreur, et se prépara à retourner en Chypre. Quelques-uns disent qu'étant prêt de partir, il envoya dire à Jean: J'espère que vous ne mourrez pas Evêque,
et que Jean lui fit répondre :
J'espère que vous ne retournerez jamais en votre pays.
Je ne sais si ceux qui m'ont rapporté cette circonstance m'ont rapporté la vérité. Mais enfin cela arriva à l'un et à l'autre. Car Epiphane mourut sur mer, et Jean fut chassé de son Siège, comme nous le verrons incontinent.
CHAPITRE XV.
Jean est chassé de son Eglise. Dés qu'Epiphane fut parti, quelques-uns rapportèrent à Jean que c'était l'Impératrice Eudoxie qui l'avait animé contre lui. Comme Jean était d'un naturel fort ardent, et qu'il était toujours prêt à parler en public, il fit un discours qui contenait une invective générale contre les femmes, et qui fut appliqué par le peuple à l'Impératrice. Dès qu'elle en eut été avertie elle en fit de grandes plaintes à l'Empereur, qui donna ordre à Théophile d'assembler un Concile contre Jean. Sévésien qui gardait toujours dans le fond de son cœur quelque reste d'aversion, poursuivait la convocation avec ardeur. Théophile arriva
bientôt après avec plusieurs Evêques qui avaient reçu ses lettres et celles de l'Empereur. La plupart d'entre eux avaient des raisons particulières d'inimitié contre Jean. Ceux qu'il avait déposés lorsqu'il alla à Éphèse pour imposer les mains à Héraclide ne manquèrent pas de s'y trouver. Ils s'assemblèrent à Calcédoine Ville de Bithynie, dont Cyrin Egyptien de nation était Evêque en ce temps-là. Il tenait plusieurs discours fort désavantageux à Jean, l'appelant orgueilleux, impie, et inflexible, et ces discours-là ne plaisaient pas aux Evêques. Marutas Évêque de Mésopotamie, ayant marché sans y penser sur le pied de Cyrin, le blessa si fort qu'il ne pût venir avec les autres à Constantinople. Lorsque Théophile y entra, les Ecclésiastiques qui le connaissaient pour l'ennemi déclaré de Jean, n'allèrent point au devant de lui, et ne lui rendirent aucun honneur, mais les matelots d'Alexandrie qui avaient amené du blé sur leurs vaisseaux, le reçurent avec de grands cris de joie. II refusa d'entrer à l'Eglise, et alla loger à une maison de l'Empereur, nommée Placidienne. On commença à l'heure même à intenter diverses accusations contre Jean Evêque de Constantinople, sans y mêler Origène. et on ne proposa rien que d'impertinent, et de ridicule. Les Évêques étant assemblés dans le Faubourg du Chêne, qui est un Faubourg de Calcédoine, firent citer Jean Évêque de Constantinople pour répondre aux accusations, et firent encore citer Sérapion, Tigris Eunuque, Prêtre, et Paul Lecteur qui étaient accusés aussi bien que lui. Jean ayant récusé ses ennemis, et appelé à un Concile général, on lui fit quatre citations; et parce qu'il persista dans la même réponse sans vouloir comparaître, on le condamna par contumace, et on le déposa sans marquer le crime pour lequel on le déposait. Dès que ce jugement eut été rendu public le peuple s'assembla pour empêcher qu'on ne le tirât de l'Eglise, et cria qu'il le fallait juger dans une plus grande assemblée. Mais parce que l'Empereur avait commandé qu'il fût mené en exil, il le mit lui-même, trois jours après, entre les mains de ceux qui devaient exécuter cet ordre, de peur d'être cause d'une sédition.
CHAPITRE XVI.
Sédition du peuple. Retour de Jean Évêque de Constantinople.
Le peuple s'émut alors avec une fureur extraordinaire, et ceux qui n'avaient jamais aimé Jean, et qui avaient souhaité de le voir chassé de son Siège, eurent compassion de la disgrâce, s'élevèrent contre l'Empereur, contre les Evêques qui l'avaient condamné, et principalement contre Théophile, dont la calomnie, et l'injustice était d'autant plus visiblement reconnue, qu'il avait communiqué avec Dioscore et ses frères, aussitôt après que Jean avait été déposé. Sévérien prêchant dans l'Eglise déclama contre Jean, et dit que quand il n'aurait été coupable d'aucun autre crime, il aurait mérité par son orgueil d'être déposé, et ajouta que les autres péchés sont pardonnables, mais que Dieu résiste aux superbes selon le témoignage de l'Ecriture. Cette déclamation n'ayant servi qu'à aigrir encore davantage le peuple, l'Empereur commanda de le ramener. Brison Eunuque de l'Impératrice l'alla prendre à Prénete, qui est un marché assis à l'opposite de Nicomédie, et le ramena vers Constantinople. Il demeura au Faubourg de Mariane, et refusa d'entrer dans la Ville, jusques à ce qu'il fût justifié en présence d'une plus grande assemblée. Mais sa résistance ayant augmenté la sédition, et fait avancer aux séditieux quantité de paroles insolentes contre l'Empereur, il fut contraint de rentrer. Une multitude incroyable de peuple courut au devant de lui pour le conduire à l'Eglise, le conjurant de remonter sur son Siège, et de lui donner la bénédiction. Comme il répondait que cela ne se pouvait faire sans l'ordre d'une assemblée légitime, et sans que ceux qui l'avaient condamné révoquassent leur jugement, le peuple le pressa si fort, qu'il l'obligea de remonter sur son Siège, de lui donner sa bénédiction, et de prêcher. Cette action servit depuis à ses ennemis de matière d'une nouvelle accusation.
CHAPITRE XVII.
Sédition entre les habitants de Constantinople, et ceux
d'Alexandrie. Retraite de Théophile et des
Evêques de son parti.
Théophile entreprit de faire examiner l'ordination d'Héraclide pour trouver moyen de déposer Jean. Héraclide était absent, et bien qu'absent, il était accusé d'avoir battu quelques personnes, et de les avoir fait traîner avec une corde dans les rues de la Ville d'Ephèse. Jean et ceux de son parti ayant soutenu qu'on ne devait point condamner un absent ; les habitants d'Alexandrie prétendirent au contraire, que les accusateurs devaient être écoutés. La contestation s'étant échauffée, on en vint aux mains, et plusieurs furent blessés, et quelques-uns tués de côté et d'autre. Théophile s'enfuit à l'heure-même à Alexandrie, et la plupart des Evêques, excepté ceux qui tenaient le parti de Jean. Théophile devint alors odieux à tout le monde, et l'assiduité avec laquelle il continua de lire les livres d'Origène, contribua beaucoup à exciter contre lui la haine publique. Quelqu'un lui ayant demandé pourquoi il lisait ces livres qu'il avait condamnés : Il répondit, Les ouvrages d'Origène sont semblables à une prairie émaillée de toute sorte de fleurs : Je choisis les plus belles, et quand )'s trouve des épines qui piquent, je les laisse.
En faisant cette réponse, il ne songeait pas à ce que dit Salomon, que les paroles des sages sont comme des aiguillons, et que quand on est piqué, il ne faut pas regimber contre.
Dioscore Evêque d'Ermopole mourut bientôt après le départ de Théophile, et fut enterré honorablement dans l'Eglise du Faubourg du Chêne, ou Jean Evêque de Constantinople avait été condamné. Il continuait cependant ses prédications. Il fit alors Sérapion Evêque d'Héraclée en Thrace.
CHAPITRE XVIII.
Statue de l'Impératrice Eudoxie. Exil de Jean Evêque de Constantinople.
On avait élevé en ce temps-là, sur une colonne de Porphyre, une statue d'argent de l'Impératrice Eudoxie, couverte d'une longue robe, assez proche de l'Eglise de sainte Sophie, bien qu'il y eut une rue entre deux. On faisait des jeux à l'entour par lesquels Jean ayant cru que le respect dû à l'Eglise était blessé, il usa de sa liberté ordinaire, et déclama contre ceux qui les faisaient. Au lieu de remontrer avec douceur à l'Empereur, et à l'Impératrice qu'il ne devaient pas autoriser ces spectacles, il le laissa emporter au torrent de son éloquence, et fit contre eux une véhémente invective. L'Impératrice Eudoxie fut vivement piquée
de ce discours de l'Evêque, et procura la convocation d'un nouveau Concile contre lui. Dès qu'il en eut avis, il fit un autre Sermon qu'il commença par ces paroles.
Hérodiade entre de nouveau en fureur, elle s'agite avec une nouvelle violence, elle danse, et demande une seconde fois qu'on lui apporte la tête de Jean sur un bassin.
La colère de l'Impératrice s'étant encore augmentée Léonce Evêque d'Ancyre en Galatie, Ainmonius Evêque de Laodicée en Pisidie, Brison Evêque de Philippes en Thrace, Acace Evêque de Bérée en Syrie, et quelques autres arrivèrent. Jean se présenta hardiment devant eux, et demanda qu'ils examinassent les accusations qui étaient formées contre lui. La Fête de la naissance du Sauveur étant arrivée, l'Empereur au lieu d'aller à l'Eglise selon sa coutume, fit dire à l'Evêque de Constantinople, qu'il ne communiquerait point avec lui, qu'il ne se fût justifié des crimes dont on l'accusait. L'assurance que Jean faisait paraître ayant ralenti l'ardeur de ses accusateurs, les Evêques sans s'arrêter aux autres accusations, dirent qu'il fallait examiner, si après avoir été déposé, il avait pu le remettre sur son Siège sans l'autorité d'un Concile. Jean ayant répondu, qu'il s'y était remis par l'autorité de soixante et quinze Evêques qui avaient communiqué avec lui ; Léonce lui repartit, que ceux qui l'avaient déposé étaient en plus grand nombre. Jean ayant soutenu que le Canon dont on se servait contre lui, avait été fait par les Ariens dans le Concile qu'ils avaient tenu à Antioche contre Athanase, pour ruiner la Consubstantialité du Fils de Dieu, les Evêques n'eurent aucun égard à ses défenses, et le condamnèrent sans considérer que c'était par le même moyen qu'Athanase avait été condamné. Cette condamnation ayant été prononcée un peu avant la Fête de Pâques, l'Empereur envoya dire à Jean qu'il
ce
ne pouvait aller à l'Eglise, parce qu'il avait été condamné par deux Conciles. Jean s'abstint depuis ce temps-là de s'y trouver, et ceux qui suivaient son parti célébrèrent la Fête de Pâques dans le bain de Constance, quantité d'Evêques, de Prêtres., et d'autres Ecclésiastiques qui s'y trouvèrent avec le peuple, et qui firent depuis leurs assemblées en divers lieux furent surnommés Joannites. Jean demeura deux mois sans paraître, jusques à ce qu'il fût mené en exil par le commandement de l'Empereur. Le jour qu' il partit quelques uns de ses amis mirent le feu à l'Eglise, qu'un vent de Levant qui régnait ce jour-là poussa vers le Sénat. Cet embrasement arriva le dixième jour du mois de Juin, sous le sixième Consulat d'Honorius, et le premier d'Aristénète. Je crois devoir passer sous silence les maux qu'Optat Gouverneur de Constantinople, Païen de Religion, et en cette qualité ennemi des Chrétiens, fit souffrir aux amis de Jean au sujet de cet incendie.
CHAPITRE XIX.
Ordination d'Arsace. Indisposition de Cyrin.
Arsace frère de Nectaire qui avait très bien gouverné l'Eglise de Constantinople avant Jean, fut sacré quelques jours après, bien qu'il eût plus de quatre-vingts ans. Pendant qu'il conduisait son peuple avec une singulière douceur, Cyrin Evêque de Calcédoine à qui Marutas Evêque de Mésopotamie avait sans y penser écrasé le pied, s'en trouva si mal que la gangrène s'y étant mise, il le fallut couper à plusieurs fois. Cette corruption lui courait de telle sorte par tour le corps, que l'autre pied s'en ressentait. J'ai cru devoir remarquer cette circonstance, à cause que
quelques-uns attribuaient cette maladie aux injures qu'il avait dites à Jean Evêque de Constantinople, qu'il ne se pouvait lasser d'appeler dur, et inflexible. Une grêle extraordinaire étant tombée le dernier jour du mois de Septembre sous le même Consulat, quelques-uns la regardèrent comme un châtiment de l'injustice commise dans la déposition de Jean, et leur opinion sembla confirmée par la mort prompte et précipitée de l'Impératrice qui arriva quatre jours après. D'autres soutenaient que Jean avait mérité d'être déposé, pour les violences qu'il avait exercées en Asie et en Lydie contre les Novatiens, et contre ceux qui célèbrent la Fête de Pâques le quatorzième jour de la Lune, en s'emparant de leurs Eglises, lorsqu'il alla imposer les mains à Heraclide, et qu'il le sacra Evêque d'Éphèse. Dieu qui connaît les choses les plus cachées, et qui est le souverain juge de la vérité, sait si la déposition de Jean fut juste ; si la maladie de Cyrin fut un châtiment de sa médisance; si la grêle ou la mort de l'Impératrice arrivèrent en punition de ce qui avait été ordonné contre l'Evêque. Il ne m'appartient pas d'en juger. C'est assez que j'aie rapporté ce qu'on en a dit.
CHAPITRE XX. Ordination d'Atticus.
Arsace ne jouit pas longtemps de sa dignité, étant mort l'onzième jour du mois de Novembre sous le Consulat suivant, qui était le second de Stilicon, et le premier d'Antème. Les brigues de ceux qui aspiraient à sa place la firent vaquer plus d'un an. Mais enfin Atticus homme d'une singulière piété fut choisi pour la remplir,
sous le sixième Consulat d'Arcade, et le premier de Probus. Il était d'une famille de Sébaste Ville d'Arménie ; s'était adonne dès sa jeunesse aux exercices de la vie Monastique, n'avait acquis qu'une capacité médiocre, mais avait fort bon sens.
CHAPITRE XXI.
Mort de Jean Évêque de Constantinople.
Jean mourut en exil à Comanes, Ville assise sur le Pont-Euxin, le quatorzième jour du mois de Septembre, sous le septième Consulat d'Honorius, et le second de Théodose. L'amour de l'abstinence lui donna, comme je l'ai déjà dit, plus d'emportement que de retenue ; et la sévérité de la vertu, une trop grande liberté de parler. Je me suis souvent étonné comment ayant un zèle si ardent pour la rigueur de la discipline, et pour la perfection de la vie Evangélique, il enseignait dans ses Sermons à la mépriser ; car bien qu'un Concile n'ait accordé qu'une seule fois la pénitence pour les péchés commis depuis le Baptême, il n'a point fait de difficulté de dire quand vous auriez fait mille fois pénitence, venez encore la faire. Cette parole a été reprise par plusieurs de ses amis, et entre autres par Sisinnius Évêque des Novatiens, qui fit un livre exprès pour la réfuter.
CHAPITRE XXII.
Réponses ingénieuses de Sisinnius.
Je crois qu'il ne sera pas hors du propos de dire ici quelque chose de ce Sisinnius. C'était un homme fort éloquent, et fort savant en Philosophie. Il s'était merveilleusement exercé en l'art de rationner, et avait acquis une connaissance fort profonde de la sainte Ecriture : de sorte qu'Eunome n'osa jamais entrer en conférence avec lui. Bien qu'il fût fort tempérant, il ne laissait pas de vivre dans une grande délicatesse, de s'habiller de blanc, et de se baigner tous les jours deux fois dans les bains publics. Quelqu'un lui ayant demandé pourquoi étant Evêque il se baignait tous les jours deux fois : il répondit, c'est que je ne saurais me baigner trois fois. Etant un jour allé voir Arsace, un des amis de cet Evêque lui demanda, pourquoi il n'avait pas l'habit Ecclésiastique, et où il avait trouvé écrit qu'un Prêtre dût être vêtu de blanc. On dit qu'il lui répondit, et vous dites-moi, où il est écrit qu'un Evêque doit être vêtu de noir? Celui à qui il parlait n'ayant rien pu lui répondre, il ajouta, vous ne sauriez me montrer qu'un Prêtre doive être vêtu de noir , mais Salomon m'apprend à me vêtir de blanc, quand il dit que vos vêtements soient blancs. Je trouve outre cela dans l'Evangile que le Sauveur était vêtu de blanc, et qu'il fit voir Moïse et Elie à ses Disciples, vêtus de blanc. Il se fit admirer par ces réponses, et par d'autres semblables qu'il fit sur le champ. Léonce Evêque d'Ancyre en Galatie ayant ôté une Eglise aux Novatiens, Sisinnius le vint trouver à Constantinople où il était alors, et le pria de la rendre. Léonce lui ayant refusé rudement sa demande, en lui disant :
Vous autres Novatiens qui ruinez le Sacrement de Pénitence, et fermez aux hommes la porte de la Miséricorde Divine, ne devez point avoir d'Eglises : il lui répondit : Personne ne fait mieux pénitence que moi; et Léonce lui ayant demandé comment la faites-vous? il lui repartit: Je la fais de ce que je vous suis venu voir. Jean Evêque de Constantinople étant un jour entré eu contestation avec lui, et lui ayant dit, cette Ville ne
saurait avoir deux Evêques, Sisinnius lui répondit : Elle n'en a pas aussi deux. Jean se mit en colère pour cette réponse en disant : Voyez-vous comme il prétend être seul Evêque : Sisinnius répartit : Je ne dis pas cela : mais c'est que je ne suis pas Evêque à votre jugement, bien que je le sois au jugement de tous les autres. Jean s'étant encore fâché de cette réponse, et lui ayant dit : Je vous empêcherai de prêcher. Car vous êtes hérétique, Sisinnius répartit gaiement : Je vous serai fort obligé, si vous me délivrez d'une aussi grande peine que celle-là. Jean s'étant un peu adouci, lui repartit : Je ne vous empêcherai point de prêcher puisque vous y trouvez de la peine. Je serais trop long, si je voulais rapporter tous les bons mots et toutes les réponses ingénieuses de Sisinnius. Celles-ci suffisent pour faire voir le caractère de son esprit. Je dirai seulement que sa rare érudition lui acquit l'estime et l'affection des Evêques, et des principaux du Sénat. Il a fait des livres où il a recherché avec trop d'affectation l'élégance du discours, et a employé des façons de parler trop Poétiques, et trop figurées. Ce qui a été cause qu'ils lui ont acquis moins de réputation que ses Sermons. Aussi les prononçait-il avec un ton, et un geste qui donnaient de l'admiration.
CHAPITRE XXIII.
Mort de l'Empereur Arcadius. L'empereur Arcadius mourut bientôt après Jean, Evêque de Constantinople. Ce Prince était fort doux de son naturel. Un accident qui arriva durant son règne, fit juger qu'il était fort aimé de Dieu. Il y a une grande mai son à Constantinople, qui a été nommée Carya, à cause d'un
noyer planté à l'entrée, où Acace souffrit autrefois le martyre. Proche de ce noyer est une petite Eglise bâtie en son honneur, où l'Empereur Arcadius alla un jour faire sa prière. Le peuple courut en foule dans les rues pour le voir passer, et ceux qui demeuraient dans la maison, dont je viens de parler, en sortirent pour le voir avec les autres. Ils n'en furent pas sitôt sortis qu'elle tomba, et tout le monde crut que leur conservation était un effet des prières de l'Empereur. Il mourut le premier jour du mois de Mai, sous le Consulat de Bassus et de Philippe, en la seconde année de la deux cent quatre-vingts dix-septième Olympiade, et en la trente et unième de son âge, et laissa Théodose son fils à l'âge de huit ans. Il régna treize ans avec Théodose son père, et quatorze depuis sa mort. Ce Livre contient l'Histoire de douze ans six mois.
On trouve en quelques Exemplaires ce qui suit.
L'Évêque d'Ephèse étant mort, Jean fut obligé d'aller en cette Ville pour en ordonner un autre. Quand il y fut, il y trouva de grandes contestations touchant l'élection, qui le portèrent à choisir Héraclide, un de ses Diacres, natif de l'île de Chypre, et à lui imposer les mains. Cette ordination augmenta le désordre ; parce que plusieurs jugeaient Héraclide indigne de cette place. Pendant que Jean demeura à Éphèse pour apaiser les esprits, Sévérien acquit une grande réputation à Constantinople par ses Sermons. Jean en fut averti par Sérapion son ami intime, homme d'une singulière piété, à qui il avait confié le soin de son Eglise durant son absence. Jean revint ensuite à Constantinople, et reprit la conduite de son peuple. Il s'émut alors un grand différend entre Sérapion Diacre, et Sévérien Évêque. Le premier s'opposait à Sévérien qui prétendait disputer à Jean la gloire de l'éloquence, et l'autre portait envie à Sérapion de ce qu'il était si avant dans les bonnes grâces de Jean, qu'il l'avait chois pour gouverner son Diocèse durant son voyage. Un jour que Sévérien passait, Sérapion ne se leva point pour le saluer, soit qu'il ne le vît point, comme il assura depuis avec serment dans une assemblée d'Evêques, ou qu'il le méprisât, comme Sévérien le prétendait. je ne dirai pas par quel motif il demeura en sa place au lieu de se lever, parce que je n'en sais rien. Dieu le sait. Sévérien piqué au vif de cette injure qu'il croyait avoir reçue, condamna Sérapion sans aucune assemblée d'Evêques, le déposa de l'ordre des Diacres, et le retrancha de la communion de l'Eglise. Jean fut très fâché de cette condamnation. L'affaire ayant depuis été examinée dans un Concile, Sérapion protesta qu'il n'avait point vu Sévérien lorsqu'il avait manqué de le saluer, et produisit des témoins. Les Evêques trouvèrent son excuse raisonnable, et prièrent Sévérien de s'en contenter. Jean pour lui donner une entière satisfaction suspendit Sérapion pendant une semaine des fonctions de Diacre, bien qu'il se servît de lui en toutes les affaires, et qu'il le trouvât fort propre à traiter les causes Ecclésiastiques. Sévérien n'ayant point voulu se laisser fléchir, et ayant insisté à ce que Sérapion fut déposé et retranché de la communion, Jean se leva en colère, et dit aux Evêques : Jugez cette affaire comme il vous plaira; pour moi je n'en veux point être Juge. Les Évêques se levèrent en même temps sans rien juger, et blâmèrent la dureté de Sévérien. Jean ne voulant plus parler depuis à Sévérien, lui envoya dire ce qui suit : il n'est pas juste que votre Eglise demeure si longtemps abandonnée et privée de la présence de son Évêque : Retournez la gouverner, et ne négligez point les dons que Dieu vous a faits. Dés que Sévérien fut parti, l'Impératrice Eudoxie le fit revenir de Calcédoine, et blâma Jean de l'avoir chassé. Quand Sévérien fut de retour, Jean refusa de le voir, et méprisa toutes les prières qu'on lui fit sur ce sujet, jusques à ce que l'Impératrice Eudoxie l'alla trouver dans l'Eglise des Apôtres, et ayant mis Théodose son fils à ses pieds, le conjura au nom de ce jeune Prince de se réconcilier avec Sévérien, et obtint enfin de lui cette grâce avec beaucoup de peine.
DE SOCRATE
CHAPITRE PREMIER.
Anthème Préfet du Prétoire est chargé du gouvernement de l'Empire. L'empereur Arcadius étant mort le premier jour du mois de Mai, sous le Consulat de Bassus et de Philippe, Honorius son frère continua de gouverner l'Occident, et Anthème Préfet du Prétoire gouverna l'Orient sous l'autorité de Théodose, qui n'avait encore que huit ans. Il était petit-fils de Philippe, qui sous le règne de Constance avait chassé Paul de L'Eglise de Constantinople, et établi Macédonius en sa place. Il fit fermer la Ville de murailles. Il était estimé avec raison un des plus prudents, et des plus habiles de son siècle. Il ne faisait rien sans en avoir mûrement délibéré avec ses amis et surtout avec le Sophiste Troïle, homme très-intelligent dans les affaires.
CHAPITRE II.
Mœurs d'Atticus Évêque de Constantinople. Lorsque l'Empereur Théodose était en la huitième année de son âge, Atticus était en la troisième de son Pontificat. Outre qu'il avait une profonde science, il avait encore une singulière piété et une rare prudence. Ce qui fut cause que l'état de l'Eglise fut fort florissant de son temps. Il ne se fit pas seulement aimer des Fidèles. Il se fit aussi admirer des hérétiques. Il ne voulut jamais les persécuter, et s'il leur donnait quelquefois de la crainte, il les rassurait aussitôt par sa douceur. Il était très assidu à l'étude, et passait les nuits entières à lire les ouvrages des Anciens. Il ne s'étonnait point aussi des arguments des Philosophes, ni des subtilités des Sophistes. Il était agréable dans la conversation, compatissait à la douleur des affligés, et se faisait tout à tous à l'imitation de l'Apôtre. Etant Prêtre il composa des Sermons qu'il apprit par cœur. Mais depuis il prêcha sur le champ. Ses Sermons n'étaient pas toutefois assez excellents pour exciter les applaudissements du peuple, ni pour être rédigés par écrit. Je ne dirai rien ici davantage de son esprit, de son érudition, ni de ses mœurs, mais je continuerai à rapporter ce qui se passa de son temps.
CHAPITRE III.
Théodose Évêque de Synnade persécute les Macédoniens. Agrapet s'empare de son Siège.
Théodose Évêque de Syannde Ville de la Phrygie Pacatienne, persécutait avec violence les Macédoniens, les chassant non seulement de la Ville, mais aussi de la campagne. Il n'agissait en cela ni selon la coutume de l'Église Catholique, qui n'a point accoutumé de persécuter les hérétiques, ni aussi par le zèle de la Religion, mais par un motif d'avarice, et à dessein de tirer de l'argent de ceux des autres sectes. Il fit aux Macédoniens tous les mauvais traitements dont il se pût imaginer, mit des armes contre eux entre les mains des Ecclésiastiques, et excita les juges séculiers à les inquiéter. Il tourmenta Agapet leur Evêque plus que tous les autres. Les Juges de la Province n'ayant pas une autorité assez absolue à son gré pour exercer ses violences, il vint à Constantinople pour y mander des Edits du Préfet du Prétoire. Durant son absence, Agapet Evêque des Macédoniens prit une résolution fort sage et fort prudente. Ayant assemblé son Clergé et son peuple, il leur proposa de faire profession de la doctrine de la Consubstantialité du fils de Dieu, et à l'heure-même, alla à l'Eglise suivi d'une multitude incroyable, y fit la prière, monta sur la Chaire de Théodose, y prêcha que le Fils de Dieu est de la même nature que son Père, et se rendit maître des Eglises du Diocèse. Théodose qui ne savait rien de tout ce qui était arrivé retourna à Synnade, avec un Edit du Préfet, mais ayant été chassé de L'Eglise, il revint à Constantinople, et se plaignit à Atticus de la violence qu'il avait soufferte. Cet Evêque considérait que ce changement était avantageux à la Religion, consola Théodose le mieux qu'il pût, l'exhorta à se tenir en repos, et à sacrifier ses intérêts à l'utilité de l'Eglise, et écrivit à Agapet qu'il demeurât en possession de la dignité Episcopale sans rien appréhender de la part de Théodose.
CHAPITRE IV.
Atticus guérit un Juif d'une paralysie, en lui conférant le Baptême. Si l'Eglise reçut cet avantage au temps d'Atticus, elle ne fut pas privée du don des miracles. Un Juif qui était retenu dans son lit par une paralysie depuis plusieurs années, sans que l'art des Médecins, ni les prières des autres Juifs lui eussent apporté aucun soulagement, eut enfin recours au Baptême, comme à un souverain remède. Atticus Évêque de Constantinople l'ayant instruit des vérités de notre Religion, le fit porter sur son lit aux fonds, et aussitôt qu'il eut reçu ce Sacrement avec une foi vive, il sortit de l'eau avec une parfaite santé. Dieu a bien voulu faire paraître en notre temps ce miracle de sa puissance par lequel plusieurs Païens furent attirés à la foi, bien que les Juifs qui demandent des miracles ne le fusent point.
CHAPITRE V.
Sabbatius Prêtre des Novatiens se sépare de leur communion.
Plusieurs demeurèrent obstinés dans leurs crimes sans être touchés de ce miracle. Non seulement les Juifs n'y ajoutèrent point de foi, mais ceux qui les suivent dans leur discipline les imitèrent encore dans leur infidélité. Sabbatius, dont nous avons parlé ci-devant, ne se contentant pas de l'honneur du Sacerdoce, et aspirant à la dignité Episcopale se sépara en ce temps-là de la communion des Novatiens, sous prétexte de célébrer la Fête de Pâques selon la coutume des Juifs. Comme il faisait des assemblées particulières, et sans la permission de Sisinnius son Évêque, dans un lieu nommé Xèrolophe, où est maintenant le marché d'Arcadius, il se porta à une action fort extraordinaire, et fort dangereuse. En lisant un jour d'assemblée l'endroit de l'Evangile où il est dit, c'était un jour de fête que l'on nomme la Pâques des Juifs, il ajouta de son Chef ces paroles qui n'avaient jamais été ni écrites, ni entendues, malheur à celui qui célébrera la Fête de Pâques en autre temps que celui auquel on ne mange point de levain. Ces paroles s'étant répandues parmi le peuple, les plus simples des Laïques parmi les Novatiens en furent trompés, et le suivirent. Mais la fausseté fut bientôt après découverte. Comme il célébrait la Fête de Pâques avant les Chrétiens, selon l'opinion dont il était prévenu, et qu'il passait la nuit en prières avec une grande multitude de peuple, cette multitude fut saisie tout d'un coup d'une vaine teneur et crut que l'Evêque Sisinnius devait les attaquer à main armée. Ayant l'esprit troublé par cette crainte, ils se pressèrent si fort dans un lieu étroit où ils étaient enfermés, qu'il y en eut soixante et dix écrasés. Cela fut cause que plusieurs quittèrent le parti de Sabbatius. Quelques-uns néanmoins» auxquels il avait inspiré les sentiments, demeurèrent avec lui. Nous verrons incontinent comment il parvint à la dignité Episcopale, et viola le serment par lequel il y avait renoncé.
CHAPITRE VI.
Evêques de la secte des Ariens.
Dorothée Évêque des Ariens, que nous avons dit ci-devant avoir été transféré par ceux de cette secte d'Antioche à Constantinople, étant mon à l'âge de cent dix-neuf ans, le sixième jour du mois de Novembre, sous le septième Consulat d'Honorius et le second de Théodose, Barbas fut élu pour lui succéder. Les Ariens, eurent en ce temps-là deux Prêtres fort éloquents, dont l'un se nommait Timothée, et l'autre George. Le premier excellait dans les sciences profanes, et le second dans les sacrées. L'un avait toujours entre les mains les Ouvrages d'Aristote et de Platon, et l'autre lisait continuellement Origène, expliquait l'Ecriture, et se servait fort bien de la teinture, quoique légère, qu'il avait acquise de la langue Hébraïque. Timothée avait été autrefois de la secte des Psarysienss, et George avait été ordonné par Barbas. J'ai conféré autrefois avec Timothée et reconnu par expérience combien il était prêt à répondre sur le champ aux plus difficiles questions qu'on lui faisait sur l'Ecriture, et à en expliquer les passages les plus obscurs. II confirmait toutes ces réponses par l'autorité d'Origène. Je me suis étonné que ces deux hommes, dont l'un lisait toujours Platon, et l'autre citait toujours Origène, soient demeurés dans la secte des Ariens. Car Platon ne dit point que la seconde cause, ni la troisième cause aient eu un commencèrent ; et Origène avoue en quantité d'endroits de ses Livres, que le Fils est éternel comme son Père. Mais étant demeurés dans cette secte, ils en ont reformé un grand nombre d'abus, et ont aboli par leurs Sermons une partie considérable des impiétés et des blasphèmes d'Arius. Sisinnius Evêque des Novatiens étant mort bientôt après sous le même Consulat, Chrysandre, dont nous parlerons dans la suite de nôtre Histoire, fut choisi pour lui succéder.
CHAPITRE VII.
Cyrille succède à Théophile au gouvernement de l'Eglise.
Théophile Evêque d'Alexandrie étant bientôt après tombé en léthargie, mourut le quinzième jour du mois d'Octobre, sous le neuvième Consulat d'Honorius, et le cinquième de Théodose. Il y eut contestation pour l'élection d'un successeur, les uns proposant Timothée Archidiacre, et les autres Cyrille neveu de Théophile. Timothée était appuyé par Abondantius Chef des troupes d'Egypte. Mais Cyrille ayant été mis en possession du Siège de Théophile son oncle, le troisième jour d'après sa mort, y exerça un pouvoir plus absolu que lui. Car depuis ce temps-là las Evêques d'Alexandrie s'élevèrent si fort au dessus des Prêtres, qu'ils se rendirent maîtres de toutes les affaires. Voila pourquoi Cyrille fit fermer les Eglises que les Novatiens avaient dans la Ville, qu'il enleva tous leu« vases et leurs ornements, et qu'il dépouilla Théopempte leur Evêque de tout son bien.
CHAPITRE VIII.
La Religion Chrétienne se répand dans la Perse. La Religion Chrétienne fit en ce temps-là des progrès en Perse, à l'occasion des Ambassades fréquentes que les Empereurs y envoyèrent. Marutas Evêque de Mésopotamie dont nous avons déjà parlé, y ayant été envoyé, y fut reçu très civilement par le Roi Isdigerde. Les Mages qui étaient en grand crédit dans le pays, eurent jalousie des honneurs que ce Prince lui rendait, et appréhendèrent qu'il ne le convertît à notre Religion, parce qu'il l'avait guéri par ses prières, d'une maladie dont ils n'avaient pu le soulager. Ayant donc entrepris de le faire chasser, ils usèrent de cet artifice de cacher un homme sous un lieu où l'on entretenait un feu perpétuel, et où le Roi avait accoutumé de l'aller adorer, et de faire crier à cet homme qu'il fallait chasser le Roi comme un impie, qui croyait que le Prêtre des Chrétiens était agréable à Dieu. Le Roi épouvanté par cet oracle avait envie de renvoyer Marutas. Mais ce saint Evêque découvrit dans la prière l'artifice des Mages, et ayant été trouvé le Roi le lui découvrit, et l'assura qu'il le reconnaîtrait s'il avait agréable de faire remuer la terre. Le Roi étant entré selon sa coutume dans le lieu où le feu bûllait toujours, et ayant entendu la même voix, commanda de creuser la terre, trouva l'imposteur, fit décimer les Mages, et permit à Marutas