Histoire ecclésiastique (page 6)

Socrate le Scolastique · Histoire

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — eglise/socrate · 9 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

CHAPITRE XIV.

Victoire de Théodose. Mort de Maxime.

Les préparatifs de l'Empereur épouvantèrent si fort les soldats de Maxime, qu'au lieu de le défendre ils le chargèrent de chaînes, et le mirent entre les mains de ses ennemis. Il fut exécuté à mort le dix-septième jour du mois d'Août sous le Consulat dont je viens de parler. Andragathius, qui avait tué Gratien de sa propre main, se jeta dans une rivière qui était proche, et se noya. Les Empereurs entrèrent victorieux à Rome avec Honorius, qui était encore enfant, et qui avait été mandé par Théodose son père, incontinent après qu'il eut remporté l'avantage sur Maxime. Ils y célébrèrent des jeux, et y firent des réjouissances publiques. Théodose usa d'une singulière clémence envers Symmaque Sénateur, fort estimé pour son éloquence, et qui a laissé un grand nombre d'Oraisons. Comme il en avait composé une à la louange de Maxime, et qu'il l'avait prononcée devant lui, il en fut depuis accusé comme d'un crime d'état, et pour éviter la mort il se réfugia dans l'Eglise. L'Empereur Théodose avait un si profond respect pour tout ce qui regarde la Religion, que non seulement il rendait de grands honneurs aux Evêques de sa communion, mais qu'il considérait aussi ceux des Novatiens qui faisaient profession de la doctrine de la Consubstantialité du Fils de Dieu. Il accorda donc la grâce de Symmaque à la prière de Léonce, Évêque des Novatiens de Rome: Symmaque composa une Apologie à la louange de Théodose. Voila comment cette guerre, qui dans le commencement avait paru terrible, fut si aisément terminée.

CHAPITRE XV. Flavien se rend seul Maître des Eglises d'Antioche. Paulin Evêque d'Antioche étant mort, le peuple qui avait été sous sa conduite refusa de soumettre à celle de Flavien, et fit en sorte qu'Evagre fut ordonné. Cet Evagre étant mort bientôt après, Flavien eut l'adresse d'empêcher que l'on n'en mît un autre en sa place ; et alors ceux qui évitaient la communion de Flavien en haine des parjures qu'il avait commis, s'assemblèrent à part. Il faisait cependant tous les efforts, et remuait toute sorte de machines, pour les attirer à son parti. Il en vint à bout quelque temps après, lorsqu'il eut apaisé la colère de Théophile Évêque d'Alexandrie, et que par son moyen il eut gagné les bonnes grâces de Damase Evêque de Rome, qui auparavant lui étaient tous deux contraires, tant pour le parjure qu'il avait commis, que pour le tumulte qu'il avait excité parmi le peuple. Quand Théophile fut apaisé, il envoya à Rome et un Prêtre nommé Isidore, qui apaise aussi Damase, en lui représentant que la faute de Flavien devait être dissimulée pour le bien de la paix, et pour la réconciliation des esprits. Flavien ayant été de la sorte rétabli dans la communion, les contestations qui avaient été parmi le peuple s'assoupirent. Les Ariens étaient alors chassés de la Ville, et ne faisaient leurs assemblées que dans les Faubourgs. Cyrille Evêque de Jérusalem étant mort au même temps, Jean lui succéda.

CHAPITRE XVI.

Temples démolis dans Alexandrie. Combat entre les Chrétiens et les Païens.

Théophile Evêque d'Alexandrie obtint en ce temps la permission de l'Empereur de faire démolir les Temples des Païens, et fit à l'heure même tout ce qu'il pût pour décrier et pour déshonorer leurs mystères. Il fit souiller l'antre de Mitras. Il fit abattre le Temple de Sérapis. Il découvrit l'extravagance des sacrifices de Sérapis et des autres Dieux, en faisant porter des Priapes au milieu de la Ville. Les Païens, et principalement les Philosophes, ne pouvant modérer la douleur qu'ils sentaient de ce que leur Religion était si outrageusement déshonorée en présence de tout le monde, se portèrent à des excès plus étranges que ceux qu'ils avaient commis par le passé. Car s'étant jetés sur les Chrétiens, ils en tuèrent un grand nombre. Ceux-ci augmentèrent le mal. Car s'étant opiniâtrement défendu, le combat dura jusques à ce que les deux partis fussent las de répandre le sang. Les Païens ne perdirent pas beaucoup de monde ; mais les Chrétiens en perdirent beaucoup. Il y eut une quantité incroyable de personnes blessées de côté et d'autre. Les Païens ayant ainsi satisfait leur rage, appréhendèrent les effets de la colère de l'Empereur, se cachèrent les uns dans la Ville, et les autres s'enfuirent. Deux Grammairiens, dont j'ai été écolier dans ma jeunesse à Constantinople, savoir Helladius Prêtre de Jupiter, et Ammonius Prêtre d'un Singe, à ce que l'on disait, furent de ce nombre. Le désordre ayant été apaisé de la sorte, le Gouverneur d'Alexandrie et. le Commandant des troupes d'Egypte prêtèrent main forte à Théophile pour la démolition des Temples des Idoles. Ils furent abattus, les statues furent fondues, et changées en marmites, et en autres vases propres à l'usage de l'Eglise d'Alexandrie. Car l'Empereur les avait donnés à Théophile pour le soulagement des pauvres. Au reste Théophile fit fondre toutes ces statues, à la réserve de celle du Dieu que je viens de nommer, qu'il garda pour être exposée en public, de peur que les Païens ne niassent à l'avenir qu'ils l'eussent jamais adoré, Je suis assuré qu'Ammonius en eut un sensible déplaisir. Car il avait accoutumé de dire, qu'on avait fait grande injure à la Religion en réservant cette Statue, pour servir comme d'un monument éternel de son infamie. Quant à Helladius, il se vanta en présence de quelques personnes, d'avoir tué neuf hommes dans le combat.

CHAPITRE XVII.

Lettres Hiéroglyphiques trouvées dans le Temple de Sérapis. En démolissant le Temple de Sérapis, on trouva des Hiéroglyphes en forme de Croix, gravés sur les pierres, que les Chrétiens et les Païens attribuaient également à leur Religion. Les uns soutirent que c'était le signe de la Passion salutaire du Sauveur, et les autres assurèrent que c'était un signe commun à Jésus Christ et à Sérapis, et qu'il représentait une chose aux Païens, et une autre aux Chrétiens. Quelques Païens qui savaient ces lettres mystérieuses s'étant convertis à la Religion Chrétienne durant cette contestation, découvrirent qu'elles signifiaient la vie à venir. Alors les Chrétiens tirant avantage de cette explication, qui paraissait sans doute plus favorable à leur Religion qu'à la Païenne, commencèrent à s'élever au dessus des Idolâtres. Mais lorsqu'on eut trouvé d'autres Hiéroglyphes, par lesquels il était prédit que quand le signe de la Croix qui signifie la vie à venir paraîtrait, le Temple de Sérapis serait détruit, il vint encore un plus grand nombre de Païens qui confessèrent leurs péchés, et reçurent le baptême. Voila ce que j'ai ouï dire de ces Hiéroglyphes faits en forme de Croix. Je ne saurais me persuader, que quand les Prêtres des Egyptiens ont gravé cette figure sur une pierre, ils aient eu connaissance de nos mystères. Comment l'avènement de Jésus Christ qui, comme dit l'Apôtre, a été caché aux générations et aux siècles, et inconnu au Prince de la malice, aurait-il été découvert à ces Prêtres d'Egypte qui n'étaient que les ministres de ce Prince ? La Providence Divine n'a permis que dans la découverte de cette figure, il arrivât quelque chose de semblable à ce qui était auparavant arrivé à Paul, lorsque parlant devant l'Aréopage, il se servit d'une inscription qu'il avait remarquée sur un Autel. Si ce n'est que quoiqu'un veuille dire, que Dieu prédisait l'avenir par ces et Prêtres Egyptiens, comme il avait autrefois parlé par Balaam et par Caïphe, qui prédirent la vérité malgré eux.

CHAPITRE XVIII.

Abus réformés à Rome par l'Empereur Théodose.

Bien que l'Empereur Théodose n'ait demeuré que fort peu de temps en Italie, il n'a pas laissé de procurer de grands avantages à la Ville de Rome, soit par la profusion de ses grâces, ou par le retranchement des désordres. Il abolit une infâme coutume qui s'y était introduite depuis une longue suite d'années. Il y avait de grandes maisons où l'on faisait autrefois le pain que l'on distribuait au peuple, donc ceux qui avaient la garde avaient fait des retraites de voleurs. On avait bâti à côté des tavernes, qui étaient toujours remplies de femmes débauchées, et où il y avait des trappes où l'on surprenait ceux qui allaient pour s'y divertir, car par une certaine machine on les faisait tomber au lieu où l'on faisait le pain; et quand ils y étaient enfermés on les faisait travailler toute leur vie sans que l'on entendît jamais de leurs nouvelles: Un soldat de l'Empereur Théodose ayant été pris dans ce piège-là, tira son poignard, blessa ceux qui le voulaient retenir et s'échappa. l'Empereur en ayant eu avis, châtia les Concierges de ces maisons, abattit les retraites des voleurs, purgea Rome de cette infamie. Voici un autre abus qu'il réforma. Quand une femme avait été surprise en adultère, on la punis soit par un châtiaient plus propre à augmenter son crime, qu'à le corriger. On l'enfermait dans un lieu de débauche, et à l'heure-même qu'on la prostituait, on sonnait des sonnettes, afin que ceux qui étaient dehors sussent ce qui se passait au dedans. L'Empereur fit démolir ces maisons de prostitution et de scandale, et ordonna d'autres peines contre les femmes qui seraient convaincues de ce crime. Après avoir établi une fort bonne police dans cette ancienne Capitale de l'Empire, il y laissa Valentinien pour y commander avec un pouvoir absolu, et retourna avec Honorius son fils à Constantinople, où il rentra le dixième jour du mois de Décembre, sous le Consulat de Tatien et de Symmaque.

CHAPITRE XIX.

Pénitenciers ôtés de l'Eglise.

On trouva à propos en ce temps-là d'ôter de l'Eglise les Prêtres qui y avaient été préposés pour imposer la pénitence. Depuis que les Novatiens s'étaient séparés de l'Eglise, parce qu'ils n'avaient pas voulu communier avec ceux qui avaient sacrifié aux Idoles durant la persécution de Dèce, les Evêques préposèrent un Prêtre pour entendre les confessions des Fidèles qui avaient péché depuis leur baptême. Cette discipline est encore en vigueur aujourd'hui dans les autres sociétés. Les Novatiens n'ont jamais reçu cet établissement. Les défenseurs de la Consubstantialité du Fils de Dieu qui sont d'accord avec eux touchant la foi, ne le retiennent plus, et l'ont aboli au temps de Nectaire, à l'occasion d'une Dame de qualité qui s'était confessée au Pénitencier, des péchés qu'elle avait commis depuis son baptême. Le Prêtre lui avait ordonné de les expier par des jeûnes, et par des prières. Elle se confessa depuis d'avoir eu une habitude criminelle avec un Diacre, ce qui fut cause que ce Diacre fut chassé, et que le peuple témoigna une grande indignation et d'un pêché si scandaleux. Comme les Ecclésiastiques étaient couverts de reproches, et piqués par de sanglantes railleries, un Prêtre nommé Eudemon, natif d'Alexandrie conseilla à Nectaire Évêque de Constantinople, d'ôter le Pénitencier, et de permettre aux Fidèles d'approcher des Sacrements selon qu'ils s'y trouveraient disposés en leur conscience ; ajoutant qu'il n'y avait point d'autre moyen d'ôter le scandale de l'Eglise. J'ai cru devoir insérer ceci dans mon Histoire, comme je l'ai appris d'Eudémon même. Car j'ai pris soin de m'instruire de ceux qui étaient les mieux informés, de peur d'avancer quelque chose contraire à la vérité. Je dis alors à Eudémon : Dieu sait si votre conseil est utile, ou préjudiciable à l'Eglise. Mais j'ai remarqué depuis que les Fidèles en ont pris occasion de ne se plus reprendre les uns les autres, et de ne plus observer ce précepte de l'Apôtre : Ne prenez point de part aux œuvres infructueuses des ténèbres : mais condamnez-les plutôt.

CHAPITRE XX. Division entre les Ariens et les Hérétiques. JE ne crois pas devoir passer sous silence ce qui est arrivé parmi les Ariens, les Novatiens, les Macédoniens, les Eunomiens, et les partisans des autres sectes. Car non contents de s'être séparés de l'Eglise, ils se sont encore divisés entre eux lorsqu'ils eu ont eu le moindre sujet. J'en remarquerai le détail dans la suite de cette Histoire, et dirai seulement en cet endroit que l'Empereur Théodose ne persécuta personne de toutes ces sectes, et n'exila qu'Eunome, parce qu'il assemblait le peuple de Constantinople dans des maisons particulières, où il lisait ses livres, et corrompait les esprits. Il n'inquiéta point du tout les autres, ne contraignit personne à entrer dans sa communion, mais il permit à tous de faire des assemblées, et de tenir ce qu'il leur plairait. Or comme les Novatiens étaient dans les mêmes sentiments que lui, il leur laissa les Eglises qu'ils avaient dans la Ville, ainsi que je l'ai déjà remarqué. J'ajouterai en cet endroit quelque chose qui les regarde, et reprendrai l'affaire d'un peu plus haut.

CHAPITRE XXI.

Différend particulier entre les Novatiens.

Agelius a gouverné l'espace de quarante ans l'Eglise des Novatiens à Constantinople, savoir depuis le règne de Constantin jusques à la sixième année de celui de Théodose, comme je me souviens de l'avoir déjà remarqué. Quand il se sentit proche de sa fin, il ordonna Sisiunius homme fort éloquent, et qui avait étudié avec Julien sous le Philosophe Maxime. Le peuple ayant trouvé à redire à cette ordination, et s'étant plaint de ce qu'il n'avait pas plutôt choisi Marcien qui s'était rendu fort célèbre par sa piété, et qui les avait exemptés de la persécution, sous le règne de Valens, Agelius pour l'apaiser, imposa les mains à Marcien : quand il se porta mieux il alla à l'Eglise, et dit: Après ma mort, Marcien sera votre Evêque, et Sisinnius après Marcien. Etant mort bientôt après, Marcien prit possession de son Siège, et conféra l'ordre de Prêtrise à un Juif nommé Sabatius, qui s'était converti à la Religion Chrétienne, et qui depuis son ordination ne laissait pas d'être toujours fort attaché à l'observation de la Loi Judaïque, Il avait de plus une grande ambition d'être Évêque, qu'il avait déclarée à deux Prêtres, dont l'un se nommait Théoctiste, et l'autre Macaire. Outre cela il descendit le changement que les Novatiens avaient apporté à Paze, petite Ville de Phrygie, sous le règne de Valens à la célébration de la Fête de Pâques, comme nous l'avons déjà dit. Il se sépara depuis de l'Eglise sous prétexte d'une plus grande perfection, et sur ce qu'il disait, qu'il ne pouvait y voir certaines personnes qui étaient indignes de la participation des Mystères. On reconnut depuis qu'il n'avait point d'autre dessein que de faire des assemblées particulières. Marcien avoua la faute qu'il avait faite en élevant au Sacerdoce des hommes si ambitieux, et dit qu'il aurait mieux fait de mettre les mains sur des épines, que de les imposer à Sabatius. Il assembla un Concile d'Evêques Novatiens à Sangare, Marché célèbre de Bithynie proche de la Ville d'Helénopole. Ces Evêques demandèrent à Sabatius le Sujet de son mécontentement. Quand il leur eut répondu, qu'il n'en avait point d'autre que le différend qui s'était ému touchant la célébration de la Fête de Pâques, et qu'il la fallait observer selon la coutume des Juifs, et selon ce qui avait été ordonné dans le Concile de Paze, ils se doutèrent qu'il déguisait la vérité, et que son mécontentement était de n'être point Evêque. Ils l'obligèrent donc de promettre avec serment de ne prétendre jamais à la dignité Episcopale. Après qu'il l'eut promis, ils déclarèrent que l'observation du jour de la Fête de Pâques était indifférente ; que le différend touchant ce jour-là n'était point un différend pour lequel il fût permis de rompre la communion de l'Eglise, que les Évêques assemblés à Paze, n'avaient fait aucun préjudice à la règle générale et universelle ; que les Anciens qui avaient approché du temps des Apôtres, avaient communié avec ceux, avec lesquels ils ne s'accordaient pas touchant la célébration de cette Fête, que les Novatiens de Rome n'avaient jamais suivi la coutume des Juifs, mais avaient toujours célébré la Fête après l'équinoxe, sans toutefois le séparer de ceux qui la célébraient en un autre temps. Ces Evêques ayant examiné avec soin toutes ces choses, prononcèrent, que l'observation du jour de la Fête de Pâques était indifférente, et que chacun devait avoir la liberté de la célébrer selon son opinion au jour qu'il lui plairait, sans rompre pour cela la communion. Sabatius prévenait en son particulier le temps du jeûne, lorsque la Fête de Pâques n'était pas célébrée par tout le monde au même jour, il passait la nuit en prières, et célébrait la Pâque le jour du Samedi, le lendemain il ailait à l'Eglise avec tout le monde, et participait aux saints Mystères. Il en a usé de la sorte plusieurs années, et ainsi la pratique n'a pat être ignorée du peuple. Les plus simples, et principalement ceux de Phrygie, et de Galatie suivirent son exemple, où ils croyaient trouver leur justification, et célébrèrent comme lui la Fête de Pâques en particulier. Sabatius violant depuis le serment par lequel il avait renoncé à sa dignité Episcopale, fit des assemblées particulières, et se fit ordonner Evêque par ceux de sa secte, comme nous le verrons dans la suite de cette Histoire.

CHAPITRE XXII.

Réfléxion de l'Auteur sur les différents usages de quelques Eglises touchant la célébration de la Fête de Pâques; et les cérémonies du baptème ; l'observation du jeûne, et quelques autres points de discipline. Je crois qu'il ne sera pas hors de propos d'exposer en cet endroit les pensées qui me sont venues dans l'esprit touchant la fête de Pâques. Il me semble, que ni les Anciens, ni les Modernes, qui ont affecté de suivre la coutume des Juifs, n'ont point eu de fondement raisonnable de contester aussi opiniâtrement qu'ils ont fait sur ce sujet ; car ils n'ont jamais considéré, que depuis que notre Religion a succédé à celle des Juifs, l'observation exacte et scrupuleuse de la Loi, qui n'était qu'une figure de la grâce, a cessé; et que la piété Chrétienne ne nous permet pas de pratiquer les cérémonies Judaïques. L'Apôtre a rejeté ouvertement la Circoncision, et a descendu aux Fidèles de disputer entre eux touchant l'observation des Fêtes. Voici comme il en parle dans l'Epître aux Galates :

Dites-moi, je vous prie, vous qui voulez être sous la Loi, n'entendez-vous point ce que dit la Loi ? Et après en avoir rapporté les paroles, il sait voir que les Juifs étaient dans la servitude, au lieu que les Chrétiens ont été appelés à la liberté; et il les exhorte à ne point observer les jours, les mois, et les années. II déclare ouvertement dans l'Epître aux Colossiens, que la Loi n'était qu'une ombre quand il leur dit :

Que personne donc ne vous condamne pour le manger, ou pour le boire, ou sur le sujet des jours de Fêtes, des nouvelles Lunes, et des jours de Sabbat, puisque toutes ces choses n'ont été que l'ombre de celles qui devaient arriver.

Il confirme la même doctrine dans l'Epître aux Hébreux par ces paroles :

Le Sacerdoce étant changé, il saut nécessairement que la Loi soit aussi changée.

L'Apôtre ni les Evangiles n'ont jamais imposé le joug de la servitude à ceux qui se convertissaient à la foi, et ils ont laissé à leur liberté de célébrer comme il leur plairait la Fête de Pâques et les autres, auxquelles et ils avaient reçu les Grâces de Dieu. Mais parce que les hommes aiment les Fêtes qui les exemptent du travail, chaque Eglise a fait comme il lui a plu, et par une certaine coutume, la mémoire de la Passion du Sauveur. Car le Sauveur ni les Apôtres n'en ont imposé aucun précepte, et n'ont établi aucune peine contre ceux qui l'omettraient, comme la Loi de Moïse fait pour l'ordinaire quand elle impose un Commandement. Il est seulement rapporté dans l'Evangile pour la vérité de l'Histoire, et pour la honte des Juifs qui avaient accoutumé de profaner leurs Fêtes par des meurtres, que ce fut au temps des Azymes que le Sauveur souffrit la mort. Les Apôtres n'ont point pensé à ordonner des Fêtes. Ils n'ont eu soin que de recommander la piété. Ainsi la célébration de la Fête de Pâque s'est introduite dans les Eglises de la même sorte que plusieurs autres coutumes. Plusieurs dans l'Asie Mineure ont observé le quatorzième jour de la Lune, sans avoir aucun égard au jour du Sabbat, et ne se sont jamais séparés de ceux qui avaient un autre usage, jusques à ce que Victor Evêque de Rome, transporté d'un zèle trop ardent, prononça une excommunication contre ceux qui observaient le quatorzième jour de la Lune. Irénée Evêque de Lyon l'en reprit très fortement, blâma sa chaleur, et lui fit voir que les anciens, qui ne s'étaient point accordés touchant la célébration de la Fête de Pâques, n'avaient pas laissé que d'entretenir la communion Ecclésiastique, que Polycarpe Evêque de Smyrne, qui souffrit le martyre sous le règne de l'Empereur Gordien, ne le sépara point de la Communion d'Anicet Evêque de Rome, bien qu'il célébrât la Fête de Pâques le quatorzième jour de la Lune, comme Eusèbe le rapporte dans son Histoire. Il y en avait donc quelques-uns en Asie, qui, comme et je viens de le dire, observaient le quatorzième jour de la Lune. Il y en avait d'autres en Orient qui célébraient la Fête le jour du Sabbat, mais qui ne l'observaient pas dans le même mois ; car les uns suivaient la coutume des Juifs, bien qu'elle ne fût pas exacte, et les autres négligeant de la suivre, ne célébraient la Fête, qu'après l'Equinoxe, et disaient qu'il la fallait toujours célébrer lorsque le Soleil était dans le signe du Bélier, au mois que les habitants d'Antioche appellent Xanthique, et que les Romains appelait Avril, et qu'en cela ils se conformaient non aux nouveaux Juifs qui se trompent presqu'en toutes choses, mais aux anciens, et à ce que Joseph en a écrit dans le troisième livre de ses Antiquités Judaïques. Les autres qui habitaient en Occident ne. célébraient la Fête qu'après l'Equinoxe, selon une tradition ancienne. Et tous ceux-là n'ont jamais rompu la communion pour ce sujet. Car il n'est pas vrai, comme quelques-uns le prétendent, que le Concile tenu sous le règne de Constantin ait apporté aucun changement. Cet Empereur même écrivant à ceux qui n'étaient pas d'accord sur ce point, les exhorte à suivre le plus grand nombre. Sa lettre est: rapportée par Eusèbe dans le troisième livre de sa vie. Voici comme il parle de la célébration de la Fête.

L'ordre que tiennent les Eglises d'Occident, de Midi, de Septentrion, et quelques-unes d'Orient, étant très bon, et très convenable, tous les Evêques ont jugé à propos que vous observassiez ce qui s'observe à Rome, .en Italie, en Afrique, en Egypte, en Espagne, en Gaule, en Angleterre, dans les deux Libyes, en Achaïe, en Asie, dans le Pont, en Cilicie, et j'ai promis que vous le feriez, non seulement parce que cette coutume est observée par le plus grand nombre, mais aussi parce qu'elle est plus raisonnable, et qu'il est plus juste de l'observer que de vouloir avoir rien de commun avec la perfidie des Juifs.

Au reste, ceux qui observent le quatorzième jour de la Lune rapportent l'origine de cette coutume à saint Jean l''Evangéliste, et les Romains et les autres peuples d'Occident assurent qu'ils ont reçu leur usage de saint Pierre, et de saint Paul. Il faut néanmoins avouer, que ni les uns, ni les autres ne produisent aucun témoignage par lequel ils puissent prouver ce qu'ils avancent. Quant à moi la diversité des usages que je remarque dans les Eglises où il n'y a qu'une même foi, me persuade que ce n'est que par coutume que la célébration de la Fête de Pâques a été introduite. Je crois devoir m'étendre un peu au long sur la diversité de ces coutumes, et de ces usages. Le jeûne que l'on observe avant la Fête de Pâques, n'est pas observé par tout de la même sorte. On jeûne à Rome durant trois semaines excepté le Samedi, et le Dimanche. En Illyrie, en Achaïe, et à Alexandrie on en jeune six, et on appelle ce jeûne-là, Carême. D'autres commencent leur jeûne sept semaines avant Pâques, et bien qu'ils ne jeûnent que quinze jours, ils ne laissent pas de donner le nom de Carême à leur jeûne. Je m'étonne quelquefois de ce nom, dont chacun apporte de différentes raisons selon Ion opinion. Il y a diversité d'usage dans l'abstinence des viandes, aussi bien que dans le nombre des jours. Les uns s'abstiennent de la viande de tous les animaux, et les autres ne s'abstiennent point des poissons. Quelques-uns mangent des oiseaux aussi bien que des poissons, parce qu'ils ont été fait des eaux, selon le témoignage de Moïse. Quelques-uns s'abstiennent d'œufs, et de toute sorte de fruits. Quelques-uns ne mangent que du pain, et d'autres même n'en mangent point. Quelques-uns jeûnent jusques à la neuvième heure du jour, et mangent après cela indifféremment de toutes sortes de viandes. Il y a parmi les peuples une infinité de coutumes différentes, dont on apporte différentes raisons. Mais parce que l'on ne saurait produire aucun commandement écrit par lequel elles soient autorisées, il est clair que les Apôtres ont laissé à la liberté des Fidèles d'en user, comme ils le trouveraient à propos, et de faire le bien sans crainte, ni sans contrainte. La manière de s'assembler dans l'Eglise, n'est pas moins différente que celle de jeûner. Bien que toutes les sociétés Chrétiennes du monde célèbrent les saints Mystères tous les Samedis de chaque semaine, les Fidèles d'Alexandrie et de Rome ne les célèbrent point ce jour-là, selon une ancienne tradition. Les .Egyptiens qui sont voisins d'Alexandrie, et ceux qui habitent la Thébaïde s'assemblent le Samedi, sans toutefois participer aux saints Mystères de la manière que les Chrétiens ont accoutumé d'y participer : Car après avoir mangé et s'être remplis de toute sorte de viandes, ils offrent le Sacrifice, et communient sur le soir. Le Jeudi et le Vendredi que l'on appelée la préparation ; c'est-à-dire la veille du jour du Sabbat, on lit la sainte Ecriture dans l'Eglise d'Alexandrie, les Docteurs l'expliquent, et on sait tout ce que l'on a accoutumé d'observer dans les assemblées, excepté que l'on ne participe point aux saints Mystères. Il est constant que c'était principalement en ces jours-là qu'Origène enseignait. Comme il était fort savant dans l'étude des Livres sacrés, il reconnut que ce qui est contenu dans les Ouvrages de Moïse touchant la célébration de la Fête de Pâques, ne peut être entendu à la lettre, et lui donna un sens spirituel, en disant qu'il n'y a jamais eu qu'une véritable Fête de Pâques, que le Sauveur a célébrée quand il a été attaché à la Croix, qu'il a détruit les puissances ennemies, et érigé contre elles ce trophée.

Dans la même Ville d'Alexandrie on choisit indifféremment des Catéchumènes et des Fidèles pour les faire Lecteurs et Chantres, bien qu'en toutes les autres Églises on ne choisisse jamais que des Fidèles pour cette fonction. Je sais qu'il y a encore une autre coutume différente en Thessalie. Quand un Clerc demeure depuis son ordination avec la femme avec laquelle il avait contracté auparavant un légitime mariage, il est déposé; au lieu qu'en Orient les Clercs et les Evêques mêmes s'abstiennent de leurs femmes selon qu'il leur plaît, sans y être obligés par aucune loi, ni par aucune nécessité. Car il y a eu parmi eux plusieurs Evêques qui, depuis qu'ils ont été élevés à cette dignité ont eu des enfants légitimes de leur mariage. On dit qu'Héliodore Évêque de Trica Ville de Thessalie, qui avait composé en sa jeunesse l'Histoire des amours de Théagéne et de Cariclée, fut auteur de cette coutume. Elle est observée à Thessalonique, en Macédoine, et en Achaïe. J'ai vu en Thessalie une autre coutume, qui est qu'ils ne confèrent le baptême que le jour de Pâques : ce qui est cause que plusieurs meurent sans le recevoir. L'Eglise d'Antioche est mal tournée, et l'Autel est à l'Occident au lieu d'être à l'Orient. En Achaïe, en Thessalie, et à Jérusalem, aussitôt que les cierges sont allumés on fait les prières de la même manière que les Novatiens les font à Constantinople. A Césarée en Cappadoce, et à l'île de Chypre, les Evêques, et les Prêtres expliquent l'Écriture sainte le Samedi et le Dimanche, au soir lorsque les cierges sont allumés. Les Novatiens de l'Hellespont ne font pas leurs prières de la même sorte que ceux de Constantinople, bien qu'ils suivent presqu'en tout l'usage de l'Eglise Catholique. Enfin parmi toutes les sectes, à peine trouvera-t-on deux Eglises qui gardent la même coutume dans la maniére.de prier. Les Prêtres ne prêchent plus à Alexandrie depuis qu'Arius a troublé la paix par la nouveauté de sa doctrine. On jeûne à Rome tous les Samedis. Ceux qui ont péché depuis leur baptême sont retranchés de la communion à Césarée en Cappadoce. de même que parmi les Novatiens. Les Macédoniens de l'Hellespont, et ceux qui célèbrent en Asie la Fête de Pâques le quatorzième jour de la Lune, gardent la même discipline. Les Novatiens de Phrygie n'admettent point à la communion ceux qui se sont mariés deux fois, au lieu que ceux de Constantinople ne les admettent, ni ne les en excluent ouvertement. En Occident ils y sont admis ouvertement. La diversité de ces usages procèdent comme je me le persuade, des Évêques qui ont gouverné les Eglises ; et ceux qui les avaient reçus d'eux, les ont transmis comme des Lois à ceux qui les ont suivis. II est difficile ou plutôt impossible de faire un exact dénombrement des pratiques différentes des Eglises. Ce que j'en ai rapporté suffit pour faire voir, que la Fête de Pâques n'a point été célébrée par tout de la même sorte. Ceux qui assurent que le Concile de Nicée y a apporté du changement se trompent, car les Evêques qui l'ont tenu, n'ont point eu d'autre dessein que de faire en sorte que les peuples qui avaient une coutume particulière, se conformassent au plus grand nombre. Il y a eu des différends et des contestations dès les premiers temps touchant l'observation de plusieurs coutumes, et les Apôtres ne l'ont point ignoré, comme il paraît par le livre de leurs Actes. Dés qu'ils se furent aperçus que ces concertations troublaient la paix des Fidèles, ils s'assemblèrent et firent une Loi par laquelle les délivrant de la servitude des observations inutiles, il leur prescrivirent ce qui était nécessaire pour la véritable piété. Bien que la lettre soit dans les Actes, je ne laisserai pas de la transcrire en cet endroit.

Les Apôtres, les Prêtres, et les Frères à nos Frères d'entre les Gentils, qui sont à Antioche, en Syrie, et en Cilicie, Salut.

Parce que nous ayons su que quelques-uns qui venaient d'avec nous, vous ont troublé par leurs discours, et ont renversé vos âmes en voulant vous obliger à être circoncis, à garder la Loi, sans toutefois que nous leur en eussions donné aucun ordre : après nous être assemblés dans un même esprit, nous avons résolu de vous envoyer des personnes choisies avec nos chers Frères Barnabé, et Paul, qui sont des hommes qui ont livré leurs âmes pour notre Seigneur Jésus Christ. Nous vous envoyons donc Jude, et Silas qui vous feront entendre les mêmes choses de vive voix. Car il a semblé bon au Saint Esprit et à nous, de ne vous point imposer d'autre charge, que celles-ci qui sont nécessaires : savoir de vous abstenir de ce qui aura été sacrifié aux Idoles, et du sang des chairs étouffées, et de la fornication, dont vous serez bien de vous garder. Adieu.

Voila ce que Dieu a trouvé bon. Car les Apôtres disent dans leur lettre, il a semblé bon au Saint Esprit de ne vous point imposer d'autre charge que celles-ci qui sont nécessaires. Il se trouve cependant des personnes qui méprisant des Lois si saintes, tiennent que la fornication est une action indifférente, qui disputent touchant la célébration des Fêtes avec la même chaleur que s'il s'agissait de leur propre vie, et qui se condamnent eux-mêmes, sans s'apercevoir qu'ils violent les commandements des Apôtres, et qu'ils contreviennent à ce que Dieu a approuvé. Il m'aurait été aisé de m'étendre sur la célébration de la Fête de Pâques, et de faire voir que l'usage que les Juifs observent n'est pas exact, et que les Samaritains qui se sont séparés des Juifs la célèbrent toujours après l'Equinoxe. Mais ce serait un dessein qui demanderait un ouvrage à part. Je me contenterai de dire, que ceux qui affectent si fort d'imiter les Juifs, et d'observer toutes les figures n'en devraient omettre aucune. Ils ne devraient pas observer seulement les jours et les mois ; mais tout ce que notre Seigneur Jésus Christ a observé selon la coutume des Juifs pendant qu'il a été sous la Loi, tout ce qu'il a souffert d'eux injustement, tout ce qu'il a fait en figure pour le bien des hommes : comme lorsqu'il est monté sur un vaisseau pour enseigner; lorsqu'il a commandé de préparer la Pâque dans une chambre haute toute meublée, et toute parée ; lorsqu'il a commandé à deux de ses Disciples de délier une ânesse qui était liée ; lorsqu'il leur a donné pour signe, qu'ils rencontreraient un homme qui porterait une cruche d'eau ; ou lorsqu'il a observé quelqu'une des autres choses qui sont écrites dans l'Evangile. Ceux qui prétendent être justifiés par l'observation de cette Fête, ne gardent rien de ces actions extérieures. Aucun Docteur n'a jamais prêché de dessus un vaisseau. Aucun n'a monté dans une chambre haute toute meublée pour y célébrer la Pâque. Aucun n'a délié une ânesse. Aucun n'a commandé à un autre de porter une cruche pleine d'eau pour accomplir la figure. Ils ont cru que ces cérémonies ne regardaient que les Juifs qui observent plutôt les préceptes à la lettre que selon l'esprit, et qui gardent la Loi de Moïse, non selon la vérité, mais seulement selon la figure, et pour ce sujet sont soumis à la malédiction. Ceux qui favorisent les Juifs donnent un sens allégorique à toutes ces choses, et combattent opiniâtrement pour l'observation des jours et des mois , sans vouloir leur donner de sens allégorique, et par là s'enveloppent eux-mêmes dans la condamnation prononcée contre les Juifs, et se soumettent comme eux à la malédiction. En voila assez sur ce sujet. Reprenons ce que nous avons dit, que de puis la division de l'Eglise, ceux qui s'en étaient nient, séparés se sont encore depuis partagés entre eux-mêmes. Les Novatiens ne sont point d'accord entre eux touchant la célébration de la Fête de Pâques. Les uns contestent non seulement touchant le mois, mais aussi touchant la semaine, et le jour, et d'autres points de légère importance, et en quelques endroits ils s'assemblent à part, au lieu qu'en d'autres ils communient ensemble.

CHAPITRE XXIII. Différends entre les Ariens de Constantinople. Les Ariens ont eu entre eux de grands différends, et la chaleur de la dispute leur a fait avancer des propositions fort impertinentes. L'Eglise ayant toujours cru que Dieu est Père de son Verbe, ils ont agité cette question, si Dieu pouvait être appelé Père, avant que son Verbe subsistât. Car comme ils disent que le Verbe n'est point engendré par le Père, mais qu'il a été fait de ce qui n'était point auparavant, ils ont manqué dans le point capital de la foi, et sont tombés dans une contestation impertinente qui n'est que de nom. Dorothée qu'ils avaient fait venir d'Antioche, disait que Dieu ne pouvait ni être Père, ni être appelé Père sans que le Fils subsistât. Marin qu'ils avaient fait venir auparavant de Thrace, et qui était fâché que Dorothée lui eût été préféré, soutenait l'opinion contraire. Il y eut contestation entre eux sur ce suit, et s'étant séparés pour un mot, s'assemblèrent à part .Ceux qui étaient sous la conduite de Dorothée, demeurèrent dans le lieu où ils avaient toujours été ; et ceux qui suivaient Marin, se bâtirent des Chapelles particulières, et soutinrent que le Père avait toujours été avant que le Fils fût. Ils furent surnommés Psatyriens, à cause que Théoctiste Psatyropole, c'est-à-dire vendeur de gâteaux, défendait opiniâtrement cette opinion. Sélénas Evêque des Goths, qui était né d'un père Goth, et d'une mère Phrygienne, et qui prêchait dans les deux langues était dans le même sentiment. Ces Psatyriens se divisèrent bientôt après, et Marin se sépara d'Agapius qu'il avait ordonné Evêque d'Ephèse. Leur différend ne regardait point le fond de la Religion ; ce n'était qu'une contestation touchant la primauté dans laquelle les Goths suivaient le parti d'Agapius. Plusieurs Ecclésiastiques ayant reconnu qu'ils n'agissaient en cela que par ambition, les abandonnèrent, et firent profession de la doctrine de la Consubstantialité du Fils de Dieu. Les Ariens ayant été divisés de la sorte l'espace de vint-cinq ans., se réunirent sous le Règne de Théodose et sous le Consulat de Plintas Maître de la milice, sous lequel les Psatyrien se rendirent à la raison, et cédèrent de contester. S'étant réunis, ils firent une Loi par laquelle ils défendirent de parler à l'avenir de la question qui les avait séparés. Leur union ne subsista néanmoins qu'à Constantinople ; car ailleurs, ils demeurèrent dans la même division qu'auparavant.

CHAPITRE XXIV.

Diffférends entre les Eunomiens.

Les Eunomiens ne purent non plus conserver l'union entre eux. Eunome s'était séparé d'Eudoxe, par qui il avait été ordonné Evêque de Cyzique, en haine de ce qu'il avait refusé de rétablir dans la communion de l'Eglise Aèce son maître, qui en avait été retranché. Les Eunomiens se divisèrent depuis en plusieurs partis. Théophrone natif de Cappadoce qui avait appris d'Eunome l'Art de raisonner, les Catégories d'Aristote, et le Livre de l'Interprétation, ayant composé quelques ouvrages sous le titre d'exercices de l'esprit, se rendit si odieux à ceux de sa secte, qu'ils le chassèrent. Ayant depuis fait des assemblées à part, il inventa une hérésie à laquelle son nom est demeuré. Eutychius s'est séparé des Eunomiens à Constantinople pour une dispute de peu d'importance, et fait maintenant des assemblées à part. Les Sectateurs de Théophrone sont ordinairement appelés Eunomiothrophoniens ; et ceux d'Eutychius Eunomieutychiens. J'ai cru qu'il était inutile de rapporter les termes qui sont leur contestation, de peur de m'éloigner trop de mon sujet. Je dirai seulement qu'ils ont corrompu le baptême, car au lieu de baptiser au Nom de la Trinité, ils baptisent au Nom de la mort de Jésus-Christ. Il y a eu aussi quelque division parmi les Macédoniens, un Prêtre nommé Eutrope ayant assemblé le peuple à part, et Carterius n'ayant point voulu le suivre. Il y a peut-être dans les autres Villes des sectes nées de celles-ci,- mais je ne me suis proposé de rapporter que ce qui s'est passé à Constantinople, où je suis né, où j'ai été élevé, où j'ai observé les choses moi-même, et où il est

arrivé des événements plus remarquables qu'en autre lieu du monde. Au reste ce que j'ai dit ici, n'est

pas arrivé dans le même temps. Si quelqu'un désire

savoir les noms des diverses sectes, il les pourra

et apprendre par la lecture du Livre d'Epiphane Evêque de l'île de Chypre, qui a pour titre Ancorat : pour moi je n'en dirai pas ici davantage. La paix

de l'Empire fut un peu ébranlée dans le même

temps, comme je le raconterai incontinent.

CHAPITRE XXV.

Eugène fait mourir le jeune Valentinien, et usurpe la puissance Souveraine. Il est vaincu par Théodose, et massacré à ses pieds.

Il y avait en Occident un Grammairien nommé Eugène, qui après avoir enseigné la langue Latine, se mit dans le Palais de l'Empereur, et parvint à la Charge de son Secrétaire. Ayant acquis un grand crédit par son éloquence, il ne put user modérément de sa fortune. Car s'étant joint à Arbogaste natif de Gaule, Maître de la milice, homme d'un naturel farouche, et prêt à répandre le sang, il se résolut d'usurper la Souveraine puissance. Etant convenus de se défaire de l'Empereur Valentinien, ils corrompirent les Eunuques de la chambre par de magnifiques promesses, et le firent étrangler. Eugène s'étant ainsi rendu maître de l'Empire en Occident, y disposa de tout avec un pouvoir tyrannique. Théodose fut dans une grande peine, quand il vit qu'après avoir défait Maxime, il était obligé de prendre les armes contre un autre. Ayant néanmoins assemblé ses troupes, il déclara Honorius son fils Empereur le dixième jour du mois de Janvier, dans son troisième Consulat, et dans celui d'Abondantius, et ayant laissé ses deux fils à Constantinople, il partit pour l'Occident. Quantité d'Etrangers qui habitent au delà du Danube, le suivirent volontairement pour le servir contre Eugène. Il arriva en peu de temps dans les Gaules, où le Tyran l'attendait à la tête d'une formidable armée. Le combat fut donné proche d'un fleuve nommé le Froie, à trente-six milles d'Aquilée. Il fut douteux à l'endroit où les Romains combattaient contre d'autres Romains. Mais à l'endroit où étaient les Etrangers qui avaient suivi Théodose, les Romains qui tenaient le parti d'Eugène eurent l'avantage. Quand l'Empereur vit que ces étrangers étaient taillés en pièces, il fut percé d'une vive douleur, se prosterna à terre, et fit une prière qui fut exaucée. Bacure Maître de sa milice, reprenant en même temps courage, courut avec quelques Officiers à l'endroit où les Etrangers étaient les plus faibles, les soutint, et mit en fuite ceux qui un peu auparavant les poursuivaient. Il arriva à la même heure un autre événement fort merveilleux ; c'est qu'un grand vent repoussa contre les soldats d'Eugène les traits qu'ils avaient tirés sur l'armée de l'Empereur, et accrut la force de ceux que les soldats de Théodose avaient tirés contre eux. Le sort du combat s'étant changé de la sorte, le Tyran se jeta aux pieds de l'Empereur, et lui demanda la vie. Mais les soldats lui coupèrent la tête sur la place même, le sixième jour du mois de Septembre, sous le troisième Consulat d'Arcadius, et le second d'Honorius. Arbogaste le principal auteur de tout le mal, s'étant enfui deux jours après le combat, et n'ayant point trouvé de moyen de se sauver, se tua de sa propre main.

CHAPITRE XXVI.

Mort de l'Empereur Théodose. Les fatigues que l'Empereur Théodose avait supportées durant cette guerre, lui causèrent une maladie qu'il jugea lui-même mortelle, et à l'heure même repassant par son esprit le nombre et l'excès des malheurs don les peuples sont souvent accablés après la mort des Princes, il se mit plus en peine de pourvoir aux nécessités de son Etat, qu'à la conservation de la vie. Comme il songeait principalement à mettre un bon ordre aux affaires d'Orient, il manda promptement Honorius son fils de Constantinople. Quand il fut arrivé à Milan, Théodose commença à se porter un peu mieux, et donna des jeux à cheval dans le Cirque en signe de réjouissance de sa victoire. Avant le dîner, et durant les jeux, il se trouva en assez bonne disposition. Mais son mal s'étant augmenté depuis le dîner, il ne pût continuer d'assister aux jeux, et y envoya son fils en sa place. Il mourut la nuit suivante, qui était celle d'entre le seizième et le dix-septième jour du mois de Janvier, sous le Consulat d'Olibrius et de Probin, en la première année de la deux cent quatre-vingt quatorzième Olympiade, en la soixantième.de son âge, et la seizième de son règne. Ce Livre comprend l'Histoire de ce qui s'est passé l'espace de seize ans huit mois.

DE SOCRATE

PREFACE J'ai suivi vos ordres, très saint Théodore, et j'ai achevé les cinq premiers Livres de l'Histoire de de l'Eglise. Vous savez que je n'ai point recherché les ornements du discours. Si j'avais voulu les rechercher, je n'aurais peut-être pu réussir; et quand j'aurais pu y réussir, je n'aurais pas égalé les anciens, que l'on croit avoir été capables de relever et d'agrandir leur sujet. D'ailleurs ce genre d'écrire aurait été inutile aux simples, qui n'admirant point la beauté des termes ne s'arrêtent qu'à la vérité des choses. Ainsi j'en ai choisi un qui étant moins sublime, est plus clair et plus aisé, au lieu que si j'en avais affecté un autre, je n'aurais contenté ni les savants, qui l'auraient trouvé trop inférieur à celui des anciens, ni les ignorants, qui auraient eu peine à découvrir les choses qui auraient été comme enveloppées sous la magnificence des paroles.

Ayant que de commencer le sixième livre, je suis obligé d'avertir ceux qui prendront la peine de le lire que j'appréhende que la manière dont j'écris ne déplaise à plusieurs personnes, soit parce que la vérité est souvent fâcheuse, ou parce que je ne donne pas des éloges à ceux qu'ils aiment, et que je ne relève pas leurs actions par des paroles fort avantageuses. Ceux qui ont un zèle ardent pour notre Religion me reprendront peut-être de ce que je n'ai point donné aux Evêques le titre de très saints, ou de très chéris de Dieu, et d'autres trouveront mauvais que je n'aie point appelé les Empereurs Seigneurs, très divins, ou autrement. Il me serait aisé de faire voir par le témoignage des Anciens que quand un esclave parle de son maître, il le nomme simplement sans exprimer sa dignité. Je suivrai les règles de l'Histoire qui se contente d'une narration simple et fidèle. J'écrirai ou ce que j'ai vu, ou ce que j'ai appris de ceux qui l'ont vu. J'ai examiné avec soin leurs témoignages, et ne les ai reçus qu'autant que je les ai trouvés conformes, et ai pris beaucoup de peine à discerner la vérité des faits dont quelques-uns m'assuraient avoir été témoins, et dont d'autres prétendaient être mieux informés que qui que ce soit.

CHAPITRE PREMIER. Rufin Préfet du Prétoire est tué aux pieds d'Arcadius. Théodose étant mort au temps que nous avons marqué, Arcadius prit possession de l'Empire d'Orient, et Honorius de celui d'Occident. Damase gouvernait alors l'Eglise de Rome, Théophile celle d'Alexandrie, Jean celle de Jérusalem, Flavien celle d'Antioche, et Nectaire celle de Constantinople la nouvelle Rome, comme nous l'avons vu dans le livre précédent. Le corps de l'Empereur Théodose ayant été apporté à. Constantinople le huitième jour du mois de Novembre sous le même Consulat, Arcadius eut soin de la pompe funèbre. Le dix-septième jour du même mois, l'armée qui avait servi contre Eugène arriva. L'Empereur étant allé au devant selon la coutume, les soldats tuèrent Rufin à ses pieds, parce qu'il était soupçonné d'aspirer à la souveraine puissance, et d'avoir fait entrer sur les terres de l'Empire les Huns, qui couraient et ravageaient l'Arménie, et quelques autres Provinces d'Orient. Marcien Evêque des Novatiens mourut le même jour, et Sisinnius de qui nous avons parle ci-dessus lui succéda.

CHAPITRE II. Mort de Nectaire. Ordination de Jean.

Nectaire Evêque de Constantinople mourut bientôt après, le dix-septième jour du mois de Septembre sous le Consulat de Césaire, et d'Atticus. On songea incontinent à lui élire un successeur, et après que plusieurs eurent été proposés, on convint enfin de mander Jean Prêtre d'Antioche, fort célèbre par sa doctrine, et par son éloquence. L'Empereur Arcadius l'envoya quérir bientôt après, du contentement unanime du Clergé et du peuple, et pour rendre l'ordination plus solennelle, il souhaita que quantité d'Evêques y assistassent, et entre autres Théophile d'Alexandrie qui faisait tout son possible pour diminuer la réputation de Jean ; et pour élever sur le Siège de la Ville Impériale., Isidore Prêtre de son Eglise, qui lui était très-cher à cause d'une affaire fâcheuse et difficile qu'il avait entreprise pour les intérêts. Je dirai ce que c'était. Pendant que Théodose faisait la guerre à Maxime, Théophile envoya Isidore en Occident, avec une lettre et des présents pour celui qui remporterait la victoire. Quand Isidore fut a Rome il attendit l'événement de la guerre. Mais son dessein ne demeura pas longtemps caché ; car un Lecteur qui l'accompagnait lui prit secrètement la lettre, ce qui fut cause qu'il s'en retourna à Alexandrie. Voila le sujet pour lequel Théophile favorisait Isidore avec tant de passion. Toute la Cour se déclara pour Jean, et comme plusieurs accusaient Théophile, et qu'ils donnaient aux Evêques des mémoires contre lui, Eutrope Cétonite de l'Empereur les lui montra, et lui donna le choix, ou de répondre aux accusations, ou d'imposer les mains à Jean. Théophile étonné de ces mémoires ordonna Jean. Il prit possession de l'Eglise de Constantinople le seizième jour du mois de Février, sous le Consulat suivant, qui fut célèbre par les jeux que l'Empereur Honorius donna à Rome et par ceux qu'Eutychien Préfet du Prétoire donna à Constantinople. Comme les ouvrages qu'il a laissés, et les persécutions qu'il a souffertes l'ont rendu fort célèbre, je ne saurais me dispenser de parler de lui, de décrire la manière dont il avait été élevé, et de représenter comment il fut placé sur le Siège de l'Eglise de Constantinople, comment il en fut chassé depuis, et enfin comment il reçut plus d'honneur après sa mort, qu'il n'en avait reçu durant la vie.

CHAPITRE III.

Naissance et éducation de Jean, Evêque de Constantinople.

Jean naquit à Antioche Ville de Syrie.

II était issu d'une noble famille. Son père se nommait Second, et sa mère Antuse. Il étudia en Rhétorique sous Libanius, et en Philosophie sous Andragathe. Comme il était prêt de plaider il fit réflexion que la profession du barreau est une profession inquiète, et tumultueuse, et se résolut de choisir un genre de vie plus tranquille, à l'imitation d'Evagre qui ayant étudié sous les mêmes maîtres que lui, s'était déjà retiré. Ayant donc changé d'habit, et de manière de vivre, il s'adonna à la lecture de la sainte Ecriture, et se rendit fort assidu à l'Eglise. Il persuada aussi à Théodore et à Maxime qui avaient étudié avec lui sous Libanius, de renoncer à une profession qui n'avaient point d'autre fin que le gain. Théodore fut depuis Évêque de Mopsueste en Cilicie, et Maxime Evêque de Séleucie en Isaurie. Aspirant alors à la persécution de l'Evangile, ils s'appliquèrent aux exercices de la vie Monastique sous la conduite de Diodore, et de Cartère. Le premier fut depuis élevé à l'Evêché de la Ville de Tarse, et composa plusieurs livres où il ne rechercha que le sens littéral de l'Ecriture, sans s'arrêter aux allégories. Comme Jean demeurait avec Basile qui avait été ordonné Diacre en ce temps-là par Méléce, et qui fut depuis fait Évêque de Césarée en Cappadoce, Zénon Evêque de Jérusalem le fit lecteur de l'Eglise d'Antioche. Il composa dans cet Ordre un livre contre les Juifs, et ayant été bientôt après ordonné Diacre par Méléce, il écrivit les livres du Sacerdoce, les livres contre Stagire de l'incompréhensibilité de la Nature divine, et des femmes qui demeuraient avec les Ecclésiastiques. Méléce étant mort à Constantinople où il avait été pour l'ordination de Grégoire de Nazianze, Jean évita la société des Méléciens sans entrer dans la communion de Paulin, et passa trois années dans un profond repos. Paulin étant mort il fut ordonné Prêtre par Evagre son successeur. Voici ce que l'on a remarqué dans sa conduite avant qu'il fût parvenu à la dignité Episcopale. L'amour qu'il avait pour la tempérance le rendait d'une humeur fâcheuse, et incommode, et comme disait un de ses amis particuliers, il avait fait paraître dès sa jeunesse plus d'emportement, que de retenue. Comme il était irrépréhensible dans les mœurs, il ne se mettait pas assez en peine de l'avenir, et avait en toutes choses une trop grande facilité. Il parlait aussi avec trop de liberté. Quand il prêchait il ne se proposait point d'autre fin que de réformer la vie de ceux qui l'écoutaient. Dans la conversation particulière il paraissait fier, et orgueilleux à ceux qui ne le connaissaient pas.

CHAPITRE IV.

Jean se rend odieux à ses Ecclésiastiques.

Quand il fut parvenu à la dignité Episcopale, il usa d'une trop grande sévérité pour réformer, comme il prétendait, la vie des Ecclésiastiques. Cela le rendit extrêmement odieux à plusieurs qui l'évitaient comme un homme fort sujet à la colère. Sérapion qu'il avait ordonné Diacre attira sur lui la haine des ecclésiastiques. Il lui dit une fois à haute voix en leur présence : Vous ne viendrez jamais à bout de tous ces gens-là, si vous ne les chassez avec une baguette. Il en chassa en effet plusieurs incontinent après pour divers sujets ; ceux qu'il avait chassés ne manquèrent pas de s'unir contre lui, comme l'on fait d'ordinaire, quand le gouvernement est trop rude, et de le décrier devant le peuple. Ce qui contribua le plus à donner quelque couleur aux plaintes qu'ils firent contre lui, est qu'il ne voulait jamais manger avec personne, lors même qu'il en était prié. Personne ne sait pour quelle raison il refusait de manger en compagnie. Ceux qui le voulaient défendre disaient que c'était qu'il avait l'estomac faible, et qu'il était délicat à son boire et à son manger. D'autres assuraient qu'il en usait de la sorte par l'amour de la tempérance. Enfin quelque motif qu'il eût, ceux qui ne l'aimaient pas en firent un des principaux chefs de leur plainte. Mais le peuple méprisant ces plaintes, estimait extrêmement les discours qu'il prononçait dans l'Eglise. Ce n'est pas ici le lieu de dire combien ceux qu'il a publiés, ou que d'autres ont écrits sous lui pendant qu'il les prononçait, sont éloquents et capables de charmer les esprits. Ceux qui désireront de le reconnaître les pourront lire, et ils tireront sans doute un grand fruit de leur lecture.

CHAPITRE V.

Jean Évêque de Constantinople offense quantité de personnes de grande qualité.

Tant que Jean Evêque de Constantinople n'attaqua que les Ecclésiastiques, les efforts que l'on fit contre lui ne furent que faibles et méprisables. Mais dès qu'il entrepris avec une trop grande véhémence les défauts de quelques personnes d'éminente qualité, la haine publique s'alluma contre lui avec une ardeur incroyable, et répandit des bruits désavantageux à sa réputation qui commencèrent à être crus. Le discours qu'il fit alors contre Eutrope contribua beaucoup à les confirmer. C'était un Eunuque qui avait soin de la chambre de l'Empereur, et qui entre tous les Eunuques avait été le premier honoré de la dignité de Consul. Ayant dessein de châtier quelques personnes qui s'étaient réfugiées aux Églises, il fit en sorte que l'Empereur publia une loi par laquelle il était défendu de s'y réfugier, et permis d'en tirer ceux qui s'y refugieraient. Mais il fut puni bientôt après ; car à peine la loi était-elle publiée, qu'il encourut les mauvaise grâces de l'Empereur, et qu'il fut obligé de rechercher le même asile que les autres. Comme il était caché sous l'Autel, et qu'il y tremblait de peur, Jean monta au pupitre d'où il avait accoutumé de prêcher pour être plus aisément entendu, et fit une inventive contre lui. Cette action choqua extrêmement plusieurs personnes qui ne pouvaient souffrir qu'il eût ainsi insulté à Eutrope dans le temps de sa disgrâce, au lieu d'en être touché de compassion. L'Empereur lui fit couper la tête et effacer son nom d'entre les Consuls, de sorte qu'il n'y demeura pour cette année-là que celui de Théodore son Collègue. On dit que Jean Evêque de Constantinople usant de sa liberté ordinaire, reprit injurieusement Gaïnas Maître de la milice, de ce qu'il avait demandé à l'Empereur une des Eglises de la Ville pour faire les assemblées des Ariens. Il reprit d'autres personnes de condition pour d'autres sujets, et eut avec eux des différends. Théophile Evêque d'Alexandrie rechercha incontinent après son ordination, les moyens de le perdre, en conféra secrètement avec ses amis, et en écrivit à ceux qui étaient éloignés. Il ne se souciait pas tant de la liberté excessive de Jean, qu'il soit fâché de n'avoir pu élever Isidore sur le Siège de l'Eglise de Constantinople. Voilà l'état des affaires de Jean Evêque de Constantinople, et le récit des peines qu'il eut à souffrir au commencement de son Pontificat. Nous en parlerons encore dans la suite de notre Histoire.

CHAPITRE VI.

Gainas entreprend d'usurper l'autorité Souveraine. Il remplit Constantinople de désordre, et est tué.

Je raconterai en cet endroit un événement singulier, par lequel on peut reconnaître le soin que la divine Providence prit de délivrer la Ville de Constantinople et tout l'Empire d'un péril évident, par des moyens extraordinaires Gainas était un étranger qui ayant suivi le parti des Romains, et ayant servi dans leurs armées, s'avança si fort en peu de temps, qu'il parvint jusqu'à la Charge de Maître de l'une et l'autre milice. Mais s'étant méconnu soi-même dans cette haute élévation, et n'ayant pu se modérer, il entreprit d'usurper un pouvoir absolu. Pour cet effet il fit entrer les Goths sur les terres de l'Empire, et donna toutes les Charges de l'armée à ses proches. Un de ses parents nommé Tribigilde, qu'il avait fait Tribun en Phrygie, ayant commencé à remplir ce pays-là de confusion et de désordre, l'Empereur Arcadius qui ne se défiait point de Gainas lui commanda de l'aller réprimer. Il partit en apparence pour ce dessein, à la tête d'une multitude incroyable de Goths, mais en effet pour établir son injuste domination; et dès qu'il fut arrivé en Phrygie il y renversa tout de fond en comble, de sorte que les Romains appréhendaient extrêmement que ce nombre innombrable d'Etrangers ne ruinassent ces riches Provinces d'Orient. L'Empereur prit un fort sage conseil pour la circonstance du temps, qui fut de vaincre Gainas par adresse. Il lui envoya donc proposer tout ce qu'il crut plus capable de l'adoucir. Gaïnas ayant demandé en otage Saturnin et Aurélien, deux des plus considérables du Sénat, qui avaient été Consuls, et .qu'il savait être les plus contraires à ses entreprises, l'Empereur les donna malgré lui. Ces deux grands hommes y consentirent, et s'exposèrent volontairement à la mort pour le bien de l'Empire. Ils allèrent au devant du Barbare, dans un champ nommé l'Hippodrome, allez loin de Calcédoine, résolus de souffrir tout ce qu'il lui plairait : mais ils ne souffrirent point de mal. Gaïnas ne se rendit à Calcédoine qu'à dessein de tromper. L'Empereur Arcadius s'y étant aussi rendu, ils entrèrent dans l'Eglise où repose le corps de sainte Euphémie martyre, et se promirent réciproquement avec serment, de ne se point tendre de piège. L'empereur qui était religieux observateur de ses serments, et pour cela fort chéri de Dieu, garda le lien. Mais Gaïnas au lieu de garder le sien, médita de mettre tout à feu et à sang aux environs de Constantinople et par toute l'étendue de l'Empire, s'il lui avait été possible. La Ville capitale était comme inondée par les barbares, et ses citoyens semblaient réduits à une condition aussi déplorable que celle des esclaves. Le danger qui menaçait cette maitresse de l'Univers avait été présagé par une comète d'une prodigieuse grandeur. Gainas entreprit d'abord de piller les boutiques et les banques des changeurs. Mais le bruit de ce dessein ayant empêché que les changeurs n'exposassent leur argent, selon leur coutume, il prit une autre résolution ; qui fut d'envoyer des soldats en pleine nuit mettre le feu au Palais. Dieu montra alors très clairement le soin qu'il prenait de la conservation de cette capitale de l'Empire. Car il envoya des Anges qui épouvantèrent de telle sorte les barbares par la hauteur de leur taille, et par l'éclat de leurs armes, qu'ils allèrent rapporter à Gainas, qu'ils avaient vu le Palais gardé par des gens de guerre. Cela lui parut incroyable, parce qu'il savait que les troupes Romaines étaient dispersées dans les Provinces. Il envoya donc d'autres soldats plusieurs nuits suivantes, et après qu'on lui eut toujours rapporté la même chose, il voulut être lui-même spectateur de ce miracle. S'étant imaginé que c'était une troupe de soldats Romains qui le cachaient le jour, et qui traversaient ses desseins la nuit, il prit une résolution qu'il croyait fort préjudiciable aux Romains, et qui par l'événement leur fut fort avantageuse. Il fit semblant d'être Energumène, et de vouloir aller faire sa prière dans l'Eglise de saint Jean l'Apôtre, qui est à sept milles de Constantinople. Les barbares qui étaient à sa suite cachèrent des armes dans des tonneaux. Mais les soldats qui gardaient les portes n'ayant pas voulu laisser passer ces armes, ils furent tués par les barbares, et il s'éleva un grand tumulte qui fit appréhender les dernières extrémités. Néanmoins les portes se trouvèrent si bien fermées que les citoyens ne souffrirent aucun mal. L'Empereur déclara Gaïnas ennemi de l'Etat, et commanda de faire main basse sur les Goths qui étaient enfermés dans Constantinople, et qui s'étaient retirés aux environs de leur Eglise. Le jour suivant les Romains en vinrent aux mains avec eux, en tuèrent un grand nombre, et mirent le feu à l'Eglise. Gainas ayant appris leur défaite, et reconnu que ses ruses lui réussissaient mal, partit de l'Eglise de saint Jean., alla vers la Chersonèse., à dessein de passer à Lampsaque et de s'emparer de l'Orient. Comme l'Empereur donnait les ordres .pour le poursuivre par mer et par terre, la divine Providence fit un miracle visible en notre faveur. Car les Goths ayant entrepris de passer la mer sur des barques, il s'éleva un vent favorable aux Romains qui poussa leur flotte contre eux, et leur donna le moyen d'en couler une partie à fond, et de faire passer l'autre au fil de l'épée. Une multitude incroyable de barbares étant péris dans ce passage, Gainas se retira en Thrace, où ayant rencontré d'autres troupes Romaines, il fut tué avec sa suite. Voila ce que j'avais à dire de lui comme en passant. Ceux qui désireront s'instruire des circonstances de cette guerre, peuvent lire la description qu'Eusèbe Scolastique (qui y avait été présent) a faite en vers héroïques, par lesquels il a acquis une grande réputation. Ammonius a composé depuis peu un autre Poème sur le même sujet, et l'a récité en présence de l'Empereur, sous le seizième Consulat du jeune Théodose, et le premier de Fauste. Cette guerre fut terminée sous le Consulat de Stilicon, et d'Aurélien. L'année suivante Fravitus fut élevé à cette dignité . en récompense de la fidélité qu'il avait gardée aux Romains, et des services qu'il avait rendus durant cette guerre, bien qu'il fût Goth de Nation. Le dixième jour du mois d'Avril de la même année, il naquit un fils à l'Empereur Arcadius, qui fut nommé Théodose. Pendant que la paix de l'Empire était troublée par cette guerre les Évêques firent des cabales les uns contre les autres, à la honte de la Religion.

CHAPITRE VII.

Différend entre Théophile Evêque d'Alexandrie, et les Moines. Condamnation des Livres d'Origène. Le désordre commença en Egypte. On avait agité un peu auparavant cette question : Si Dieu: est corporel et s'il a une figure humaine, où s'il est incorporel, et s'il n'a ni figure humaine, ni aucune autre. Plusieurs Moines impies et ignorants, assuraient qu'il a une figure corporelle, d'autres soutenaient qu'il n'a ni corps, ni figure. Théophile-Evêque d'Alexandrie était de ce sentiment, et réfuta un jour en prêchant l'opinion de ceux qui attribuaient à Dieu une figure corporelle. Les Moines en ayant eu avis, sortirent de leur solitude, allèrent à Alexandrie, accusèrent l'Evêque d'impiété, et menacèrent de le faire mourir. Théophile ne sachant que faire, s'avisa d'une ruse pour se délivrer du danger. Il alla au devant des Moines et leur dit : Quand je vous vois je crois voir la face de Dieu. Cette parole ayant un peu modéré leur impétuosité; S'il est vrai, lui dirent-ils, que le visage de Dieu est semblable au nôtre, condamnez les Livres d'Origène, d'où quelques-uns tirent des arguments pour réfuter notre opinion; sinon attendez-vous à être traité comme un impie, et un ennemi de Dieu. Ne vous fâchez point, repartit l'Evêque, je ferai ce qu'il vous plaira ; je n'approuve point les Livres d'Origène, et je blâme ceux qui les suivent. Il renvoya de la sorte les Moines, et le tumulte aurait été entièrement apaisé, s'il n'était rien survenu depuis. Mais voici ce qui survint. Les Monastères d'Egypte étaient gouvernés par quatre frères, Dioscore, Ammonius, Eusèbe, et Eutyme qui avaient été surnommés grands à cause de l'avantage de leur taille. Ils étaient tous quatre fort recommandables par la pureté de leur vertu, et par l'éminence de leur science, fort connus dans Alexandrie, et fort estimés par Théophile. Il ordonna Dioscore Évêque d'Ermopole, malgré qu'il en eût, et usa de son autorité pour en obliger deux autres à demeurer avec lui, à recevoir les ordres, et à prendre loin des affaires de l'Eglise. Ils s'acquittèrent très-bien de cet emploi, quoi qu'ils fussent fâchés de ne plus vaquer à la méditation, et aux autres exercices Monastiques, comme ils auraient souhaité. Ayant reconnu par la suite du temps que l'Evêque était extrêmement attaché à ses intérêts, et qu'il amassait du bien par toute sorte de moyens avec une avidité incroyable, ils lui déclarèrent qu'ils ne pouvaient plus demeurer avec lui sans blesser leur conscience, et qu'ils étaient résolus de renoncer au loin des affaires pour retourner dans leur solitude. Tant qu'il ignora le véritable motif de leur retraite, il les conjura de ne le point abandonner. Mais quand il sut qu'ils condamnaient sa conduite, il entra dans une furieuse colère, et menaça de les maltraiter. Ils ne laissèrent pas de se retirer sans le soucier de ses menaces. Alors Théophile, qui était d'un naturel fort prompt et fort ardent, excita une grande tempête contre eux, et commença à concevoir de l'aversion contre Dioscore Évêque d'Ermopole, pour qui les Moines avaient une estime et une vénération fort singulière. Jugeant qu'il ne leur pourrait rendre aucun mauvais office, tant qu'ils étaient soutenus par la multitude des Solitaires, il usa de cet artifice pour leur ôter cet appui. Il savait que Dioscore et ses frères, s'étant souvent entretenus de Théologie avec lui, lui avaient dit que Dieu n'a point de corps ni de figure humaine, et que s'il avait une figure, il aurait aussi les autres partions humaines, comme les anciens, et entre autres Origène, l'ont remarqué. Mais bien qu'il sût qu'ils étaient dans ce sentiment, et qu'il y eût toujours été lui-même, il renonça à la vérité pour satisfaire à sa vengeance, et ayant trompé des Moines impies et ignorants, entre lesquels plusieurs ne savaient pas lire, il les envoya publier dans les Monastères, qu'il ne fallait pas croire Dioscore, ni ses frères, qui disaient que Dieu n'a point de corps ; que l'Ecriture sainte témoigne qu'il a des yeux, des oreilles, des pieds et des mains ; et que les partisans de Dioscore soutenaient une doctrine impie après Origène, en disant que Dieu n'a point d'yeux, d'oreilles, de pieds, ni de mains. Ayant abusé de la sorte de l'ignorance de ces Moines, il excita parmi eux une grande contestation. Ceux qui avaient étudié ne donnèrent point dans ce piège, et demeurèrent attachés au sentiment de Dioscore, et d'Origène. Les autres qui faisaient le plus grand nombre étant transportés d'un zèle ardent, déchirèrent leurs frères, et les accusèrent d'impiété. Les uns étaient appelés Origénistes, et les autres Anthropomorphites. Théophile voyant que ses desseins réussissaient alla à Nitrie, et anima de telle sorte les Moines contre Dioscore et contre ses frères, qu'ils furent obligés de s'enfuir. Jean Evêque de Constantinople n'entendit point le bruit de ces contestations qui troublèrent les habitudes d'Egypte. La réputation de sa science, et de son éloquence augmentait de jour en jour.

CHAPITRE VIII.

Jean Evêque de Constantinople augmente le nombre des prières qui se faisaient durant la nuit. Il augmenta, pour le sujet que je vais dire, le nombre des prières qui se faisaient durant la nuit. Nous avons vu que les Ariens faisaient leurs assemblées hors de Constantinople. Ils s'assemblaient le Samedi et le Dimanche de chaque semaine aux environs des galeries publiques, et chantaient des Hymnes qu'ils avaient composées conformément à leur doctrine. Ils les chantaient encore le matin en partant en procession au milieu de la Ville pour aller au lieu où ils célébraient les Mystères. Mais, parce que ces Hymnes étaient injurieuses à ceux qui tiennent la doctrine de la Consubstantialité du Fils de Dieu, et qu'en chantant ils répétaient souvent, où sont ceux qui disent que trois ne font qu'une même puissance, Jean Evêque de Constantinople appréhendant que les impies ne fussent pervertis par le chant de ces Hymnes des Ariens, et ne sortissent de la communion de l'Eglise, choisit quelques personnes du peuple pour chanter d'autres Hymnes, pour ruiner ce que faisaient les Ariens, et pour confirmer la vérité de la foi. Bien que ce dessein semblât fort bon, il ne laissa pas d'être périlleux, et d'exciter de grands troubles. Comme les défenseurs de la Consubstantialité du Fils de Dieu chantaient leurs Hymnes durant la nuit avec plus de pompe et de magnificence que les Ariens, qu'ils portaient des croix d'argent, au haut desquelles il y avait des cierges allumés, et que l'Impératrice Eudoxie fournissait libéralement ce qui étaient nécessaire pour cette dépense, les Ariens qui se souvenaient du temps de leur crédit auquel ils possédaient les Eglises se résolurent de se venger; en étant donc venus aux mains dans l'obscurité de la nuit., ils blessèrent d'un coup de pierre au front,. Brison Eunuque de l'Impératrice, qui montrait au peuple le chant de ces Hymnes. Il y eut dans cette rencontre quelques personnes tuées de côté et d'autre, dont l'Empereur fut si fort fâché qu'il défendit aux Ariens de continuer à chanter des Hymnes durant la nuit. Je crois devoir remarquer en cet endroit l'origine de cette coutume. Ignace troisième Evêque d'Antioche, qui avait conversé familièrement avec les Apôtres, ayant un jour vu les Anges qui chantaient tour à tour des Hymnes en l'honneur de la sainte Trinité, introduira cette manière de. chanter à Antioche., d'où elle a passé aux autres Eglises.

CHAPITRE IX.

Théophile Evêque d'Alexandrie entreprend de déposer Jean, Évêque. de Constantinople. Quelque temps après Dioscore, ses frères, et quelques Moines quittèrent leur chère retraite pour aller à Constantinople. Isidore qui avait été autrefois ami intime de Théophile, et

qui depuis était devenu son ennemi, s'y trouva aussi avec eux. Je dirai ici par quelle occasion ils devinrent ennemis, d'amis qu'ils étaient auparavant. Théophile étant en colère contre Pierre Prêtre de son Eglise, résolut de le chasser, et prit pour prétexte qu'il avait admis une Manichéenne à la participation des saints Mystères, sans l'avoir fait renoncer à son erreur. Pierre le défendit, en disant qu'elle n'avait été admise à la participation des Mystères, qu'après avoir abjuré l'hérésie des Manichéens, et que du consentement de Théophile. Comme Théophile st fâchait de ce que Pierre disait qu'il avait consenti que cette femme participât aux saints Mystères, et qu'il soutenait que c'était une calomnie, Pierre s'en rapporta au témoignage d'Isidore qui savait comment l'affaire s'était passée. Isidore était alors à Rome où Théophile l'avait envoyé pour remettre la bonne intelligence entre Damase, et Flavien Evêque d'Antioche, de qui ceux qui sui-aient Mélécee s'étaient séparés en haine de son parjure. Quand il fut de retour, et que Pierre l'eut pris à témoin, il déclara que Théophile avait admis cette femme à la communion et à la participation des saints Mystères, en haine de quoi il fut chassé avec Pierre. Ce dernier vint à Constantinople avec Dioscore et ses frères, pour faire voir à l'Empereur et à Jean, l'injustice et la violence avec laquelle Théophile les avait traités. Jean Evêque de Constantinople les reçut fort civilement, les admit à la communion de la prière, et différa de les admettre à la participation des Mystères, jusques à ce que leur affaire eût été examinée. Dans le même-temps cm rapporta faussement à Théophile, que Jean les avait admis à la participation des Mystères, et pris leur protection : ce qui fut cause qu'il se résolut non seulement de se venger d'Isidore, et de Dioscore, mais aussi de Jean, et de, le faire chasser de son Siège. Il écrivit pour cet effet à tous les Evêques, et cachant son intention, il condamna par ses lettres les livres d'Origène, bien qu'Athanase en eût tiré des arguments contre les erreurs d'Arius, pour l'établissement de la doctrine de l'Église.

CHAPITRE X.

Epiphane Évêque de Chypre assemble des Évêques pour condamner les livres d'Origène.

Il se réconcilia avec Epiphane Évêque de Chypre, qu'il avait autrefois accusé de l'erreur des Antropomorphites, et bien qu'il crût que Dieu n'a point de corps, et qu'il blâmât ceux qui tiennent qu'il en a un, il renonça à la vérité qu'il connaissait, et persuada Epiphane d'assembler un Concile pour condamner Origène. Epiphane qui était un homme fort simple se laissa tromper par les lettres de Théophile, assembla un Concile où il défendit de lire les livres d'Origène, et écrivit à Jean Evêque de Constantinople pour l'exhorter à ne les plus lire, et à assembler un Concile pour ordonner la même chose. Théophile ayant surpris de la sorte Epiphane qui était en grande réputation de piété, et voyant que ses desseins lui réussissaient en devint plus hardi, et assembla un grand nombre d'Evêques par lesquels il fit prononcer la même condamnation contre Origène, prés de deux cents ans après la mort de cet Auteur, bien qu'il fût persuadé qu'ils ne contenaient aucune erreur, et qu'il ne cherchât qu'à se venger de Dioscore. Jean se fondant fort peu des avis d'Epiphane et de Théophile, prêchait à son ordinaire, acquerit de jour en jour une plus grande réputation, et méprisait les entreprises que l'on faisait contre lui. Lorsque le dessein que Théophile avait de faire déposer Jean eut éclaté, ceux qui ne l'aimaient pas en prirent occasion de former contre lui des accusations, et plusieurs tant du Clergé, que de la Cour, procurèrent la convocation d'un Concile à Constantinople.

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