Annales (page 7)

Tacite · Histoire

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — trad. Nisard · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

L. M. Lépidus fut d'un avis contraire. "Pères conscrits, dit-il, si nous n'envisageons que l'horrible pronostic dont C. Lutorius a souillé son imagination et les oreilles qui l'ont entendu, ni le cachot, ni le lacet des criminels, ni les tortures des esclaves ne suffisent pour l'en punir. Mais si la modération du prince, si les exemples de vos ancêtres et les vôtres ont mis des bornes aux remèdes et aux châtiments, quand les désordres et les forfaits n'en ont point, s'il y a loin de l'indiscrétion au crime, des paroles aux attentats ; nous pouvons prononcer un arrêt tel que, sans laisser impunie la faute de Lutorius, nous n'ayons à nous reprocher ni trop d'indulgence ni trop de rigueur. J'ai plus d'une fois entendu le chef de cet empire se plaindre de ceux qui, par une mort volontaire, s'étaient dérobés à sa clémence : Lutorius est encore vivant, et sa vie ne peut être un danger, ni son supplice une leçon. Tout condamnable qu'est son délire, les oeuvres en sont vaines et promptement oubliées. Quelle crainte sérieuse pourrait inspirer un insensé qui se trahit lui-même, et qui, n'osant s'adresser aux hommes, va mendier l'approbation de quelques femmes ? Toutefois qu'il s'éloigne de Rome ; qu'il perde ses biens, et qu'il soit privé du feu et de l'eau (1). Et cet avis, je le donne comme si la loi de majesté lui était réellement applicable."

1. C'était la formule de l'exil : cette interdiction du feu et de l'eau s'étendait à une certaine distance de Rome ou de l'Italie, distance au-delà de laquelle le condamné était libre de choisir sa résidence.

LI. Seul de tous les sénateurs, le consulaire Rubellius Blandus partagea l'opinion de Lépidus : les autres se rangèrent à celle d'Agrippa. Lutorius fut conduit en prison et mis à mort sur-le-champ. Tibère, dans une lettre pleine de ses ambiguïtés ordinaires, en fit reproche au sénat, exaltant le zèle pieux avec lequel il vengeait les moindres injures du prince, le priant de ne pas punir avec tant de précipitation de simples paroles, louant Lépidus, ne blâmant point Agrippa. Alors il fut résolu que les décrets du sénat ne seraient portés au trésor qu'après dix jours (1), et qu'on laisserait aux condamnés cette prolongation de vie. Mais ni les sénateurs n'avaient la liberté de révoquer leurs arrêts, ni le temps n'adoucissait Tibère.

1. Dans l'origine, les sénatus-consultes étaient déposés dans la temple de Cérès, sous la garde des édiles plébéiens. Dans la suite, ils furent portés au trésor public, et ce n'était qu'après cette formalité qu'ils étaient exécutoires.

Discours de Tibère sur le luxe à table

LII. Le consulat suivant fut celui de

C. Sulpicius et de Décimus Hatérius. L'année, sans troubles au dehors, ne fut pas au-dedans sans alarmes : on craignit des rigueurs contre le luxe, dont les prodigalités en tout genre ne connaissaient plus de mesure. Il est vrai qu'en dissimulant le prix des achats on tenait cachées les profusions les plus ruineuses, mais les folles dépenses de la table étaient le sujet de tous les entretiens, et l'on tremblait que le prince, d'une économie antique, ne les réprimât durement. Bibulus et, après lui, les autres édiles avaient représenté que la loi somptuaire était méprisée, que les prix illicites qu'on mettait aux denrées s'élevaient de jour en jour, et que des remèdes ordinaires seraient impuissants. Le sénat consulté remit l'affaire à la décision du prince. Tibère réfléchit longtemps s'il était possible d'arrêter cette licence effrénée, si la réforme ne serait pas plus dangereuse que l'abus, combien serait humiliante une tentative sans succès ou un succès qui couvrirait d'opprobre et d'infamie les premiers de l'état. Enfin il écrivit au sénat une lettre dont voici à peu près le sens :

LIII. "Dans toute autre délibération, pères conscrits, le mieux serait peut-être que mon avis sur ce qui convient à l'intérêt public fût demandé et reçu de vive voix. Dans celle-ci, mon absence est préférable : au moins, s'il est des hommes coupables d'un luxe honteux, je ne les verrai pas, désignés par vos regards, rougir devant moi et me rendre témoin de leurs frayeurs. Si les édiles, dont j'estime le courage, en avaient d'abord conféré avec moi, peut-être leur aurais-je conseillé de laisser leur cours à des vices si anciens et si accrédités, plutôt que de nous mettre au hasard de montrer que nous ne pouvons rien contre certains désordres. Mais les édiles ont fait leur devoir comme je voudrais que tous les magistrats s'acquittassent du leur. Quant à moi, je ne puis me taire avec bienséance, et il m'est difficile de parler ; car mon langage ne peut être celui d'un édile ou d'un préteur ou d'un consul : on exige d'un prince des vues plus grandes et plus élevées ; et, quand chacun s'attribue l'honneur du bien qui s'opère, les fautes de tous retombent sur lui seul. Par où commencer la réforme, et que faut-il réduire d'abord à l'antique simplicité ? Sera-ce l'étendue sans limites de nos maisons de campagne? Cette multitude ou plutôt ces nations d'esclaves ? Ces masses d'or et d'argent? Ces bronzes précieux et ces merveilles du pinceau ? Ces vêtements qui nous confondent avec les femmes, et la folie particulière à ce sexe, ces pierreries pour lesquelles on transporte chez des peuples étrangers ou ennemis les trésors de l'empire ?

LIV. "Je n'ignore pas que, dans les festins et dans les cercles, un cri général s'élève contre ces abus et en demande la répression : mais faites une loi, prononcez des peines, et les censeurs eux-mêmes s'écrieront que l'État est bouleversé, qu'on prépare la ruine des plus grandes familles, qu'il n'y aura plus personne d'innocent. Cependant, lorsque les maladies du corps sont opiniâtres et invétérées, un traitement sévère et rigoureux peut seul en arrêter le progrès ; ainsi, quand l'âme, à la fois corrompue et corruptrice, nourrit elle-même le feu qui la dévore, il faut, pour éteindre cette fièvre, des remèdes aussi forts que les passions qui l'allumèrent. Tant de lois, ouvrage de nos ancêtres, tant d'autres qu'institua la sagesse d'Auguste, tombées en désuétude ou, ce qui est plus honteux, abrogées par le mépris, n'ont fait qu'enhardir le luxe. Car le vice, encore libre du frein des lois, appréhende de s'y voir soumis ; mais, s'il a pu le briser impunément, ni crainte ni pudeur ne le retiendront plus. Pourquoi donc l'économie régnait-elle autrefois ? C'est que chacun réglait ses désirs ; c'est que nous étions tous citoyens d'une seule ville. Même quand notre domination embrassa l'Italie, la soif des plaisirs n'était pas irritée à ce point. Nos victoires lointaines nous ont appris à dissiper le bien d'autrui, les guerres civiles à prodiguer le nôtre. Qu'est-ce, après tout, que le mal dont se plaignent les édiles ? Combien il paraîtra léger, si l'on porte plus loin ses regards ! Eh ! Personne ne se lève pour nous dire que l'Italie attend sa subsistance de l'étranger ; que chaque jour de la vie du peuple romain flotte à la merci des vagues et des tempêtes ; que, si l'abondance des provinces ne venait au secours et des maîtres, et des esclaves, et de ces champs qui ne produisent plus, ce ne seraient pas sans doute nos parcs et nos maisons de plaisance qui fourniraient à nos besoins. Voilà, pères conscrits, les soins qui occupent le prince ; voilà ce qui, négligé un instant, entraînerait la chute de la république. Pour le reste, il faut chercher le remède en soi-même. Que l'honneur accomplisse notre réforme, la nécessité celle du pauvre, la satiété celle du riche. Ou si quelqu'un des magistrats nous promet assez d'habileté et de vigueur pour s'opposer au torrent, je le loue de son zèle, et je confesse qu'il me décharge d'une partie de mes travaux. Mais si, en voulant se donner le mérite d'accuser le vice, l'on soulève des haines dont on me laissera tout le poids, croyez, pères conscrits, que je suis aussi peu avide d'inimitiés que personne. J'en brave pour la république d'assez cruelles et, trop souvent, d'assez peu méritées ; mais celles qui seraient sans objet, et dont ni moi ni vous ne recueillerions aucun fruit, il est juste qu'on me les épargne."

LV. Après la lecture du message impérial, on dispensa les édiles du soin qu'ils prenaient, et le luxe de la table, qui, depuis la bataille d'Actium jusqu'à la révolution qui donna l'empire à Galba, s'était signalé par d'énormes profusions, est tombé peu à peu. Je crois à propos de rechercher les causes de ce changement. Autrefois les familles qui joignaient la richesse à la naissance ou à l'illustration s'abandonnaient sans réserve au goût de la magnificence. Alors encore il était permis de se concilier le peuple, les alliés, les rois, et d'en recevoir des hommages. L'opulence, une maison splendide, l'appareil de la grandeur, attiraient de la popularité, des clientèles, qui en rehaussaient l'éclat. Quand des flots de sang coulèrent et qu'une brillante renommée fut un arrêt de mort, le danger rendit les hommes plus sages. En outre, ces nouveaux sénateurs qu'on appelait chaque jour des municipes, des colonies et même des provinces, apportèrent à Rome l'économie de leur pays ; et, quoiqu'on vît la plupart d'entre eux, aidés par la fortune ou par le talent, parvenir à une vieillesse opulente, leur premier esprit se conservait toujours. Mais le principal auteur de la réforme fut Vespasien, qui, à sa table et dans ses vêtements, donnait l'exemple de la simplicité antique. Le désir de plaire au prince et l'empressement de l'imiter furent plus efficaces que la crainte des lois et des châtiments. Ou peut-être les choses humaines sont-elles sujettes à des vicissitudes réglées ; peut-être les mœurs ont-elles leurs périodes comme les temps. Tout ne fut pas mieux autrefois ; notre siècle aussi a produit des vertus et des talents dignes d'être un jour proposé pour modèles. Puisse durer toujours cette rivalité glorieuse avec nos ancêtres !

Drusus tribun du peuple

LVI. Tibère, après avoir fait applaudir sa modération en arrêtant les dénonciateurs prêts à tomber sur leur proie, écrivit au sénat une lettre où il demandait pour Drusus la puissance tribunitienne. C'est le titre qu'avait attaché au rang suprême la politique d'Auguste, qui, sans prendre le nom de roi ni de dictateur en voulait un cependant par lequel il dominât tous les autres pouvoirs. Auguste partagea d'abord cette dignité avec M. Agrippa, et, ce dernier étant mort, il y associa Tibère, afin qu'il ne restât sur son successeur aucune incertitude. Il croyait ainsi contenir des ambitions perverses, et il se reposait sur la fidélité de Tibère et sur sa propre grandeur. À son exemple, le prince approchait alors Drusus du trône impérial, après avoir, pendant la vie de Germanicus, tenu son choix indécis entre les deux frères. Il commençait sa lettre par prier les dieux de faire tourner ses desseins à la prospérité de la république ; ensuite il parlait modestement et sans exagération des qualités de son fils, ajoutant "qu'il avait une femme, trois enfants, et l'âge où lui-même fut appelé par Auguste à ces hautes fonctions ; que cette élévation d'ailleurs n'était point prématurée ; que Drusus, éprouvé par huit ans de travaux, ayant réprimé des séditions, terminé des guerres, mérité un triomphe et deux consulats, partagerait des soins qui lui étaient connus."

LVII. Les sénateurs s'attendaient à cette demande ; aussi l'adulation avait-elle étudié son langage. Elle n'imagina pourtant rien de plus que les honneurs accoutumés, des statues aux deux princes, des autels aux dieux, des temples, des arcs de triomphe. Seulement M. Silanus chercha dans l'avilissement du consulat un moyen d'honorer les empereurs : il fit la proposition que, au lieu de dater par les consuls de l'année, on inscrivît à l'avenir, sur les monuments et les actes soit publics, soit particuliers, les noms de ceux qui exerceraient la puissance tribunitienne. Q. Hatérius voulut aussi que les décrets de ce jour fussent gravés en lettres d'or dans le sénat ; et cette basse flatterie couvrit de ridicule un vieillard qui, à son âge, ne pouvait en recueillir que la honte.

Un flamine de Jupiter veut devenir proconsul

LVIII. Cependant, Junius Blésus ayant été continué dans le gouvernement de l'Afrique, Servius Maluginensis, flamine de Jupiter, demanda la province d'Asie. Selon lui, "on avait tort de croire que les ministres de ce dieu ne pouvaient sortir de l'Italie : le droit n'était pas autre pour lui que pour les flamines de Mars et de Quirinus ; or, si ces derniers obtenaient des provinces, pourquoi ceux de Jupiter en seraient-ils privés ? Aucun décret du peuple, aucun livre sur les rites ne prononçait leur exclusion. Souvent les pontifes (1) avaient desservi les autels de Jupiter, lorsque la maladie ou des fonctions publiques en éloignaient le flamine. Après le meurtre de Cornélius Mérula (2), ce sacerdoce avait vaqué soixante et douze ans, et l'on n'avait point vu les sacrifices interrompus. Si le culte du dieu s'était maintenu si longtemps, sans que l'on créât de prêtre, combien serait moins sensible l'absence d'une année qu'exigeait le proconsulat ! C'était pour satisfaire des ressentiments personnels que les grands pontifes avaient interdit les provinces au flamine : maintenant, grâce aux dieux, le premier des pontifes était aussi le premier des hommes ; ni rivalités, ni haines, ni aucune des passions de la condition privée, n'avaient d'empire sur lui."

1. Les pontifes avaient dans leurs attributions le culte de tous les dieux, tandis que les flamines étaient attachés à tel ou tel dieu en particulier. En outre, le collège des pontifes décidait souverainement de toutes les affaires qui intéressaient la religion.

2. Après le retour de Marius, en 667, Cornélius Mérule se donna la mort au pied de l'autel de Jupiter, dont il était flamine, en priant le dieu que son sang retombât sur Cinna et sur tout son parti.

LIX. À ces raisonnements l'augure

Lentulus et d'autres sénateurs opposaient des réponses diverses, et l'on résolut enfin d'attendre la décision du souverain pontife. Tibère, différant cet examen, apporta quelques restrictions aux décrets rendus pour honorer la puissance tribunitienne de son fils. Il blâma spécialement la proposition de Silanus comme étrange, et dit que l'inscription en caractères d'or serait contraire aux anciens usages. Une lettre de Drusus, lue ensuite, quoique d'une modestie étudiée, fut trouvée pleine d'orgueil. "Voilà donc, disait-on, l'abaissement où Rome est descendue ! Un jeune homme est élevé au faîte des honneurs, et il ne daigne pas visiter les dieux de la cité, venir au sénat, inaugurer du moins sa nouvelle dignité sur le sol de la patrie. La guerre sans doute ou un voyage lointain le retiennent, lui qui parcourt à loisir les rivages et les lacs de la Campanie ! C'est ainsi qu'on forme le maître du monde ; voilà les premières leçons qu'il reçoit de son père : Qu'un vieil empereur fuie comme une vue importune l'aspect des citoyens, il a pour prétexte l'accablement de l'âge et ses travaux passés : mais Drusus, qui peut l'éloigner d'eux, si ce n'est l'arrogance ?"

L'anarchie dans les provinces

LX. Cependant Tibère, content de fortifier dans ses mains les ressorts du pouvoir, offrait au sénat l'image des temps qui n'étaient plus, en renvoyant à sa décision les demandes des provinces. Les asiles se multipliaient sans mesure dans les villes grecques, et cet abus était enhardi par l'impunité. Les temples se remplissaient de la lie des esclaves ; ils servaient de refuge aux débiteurs contre leurs créanciers, aux criminels contre la justice. Point d'autorité assez forte pour réprimer les séditions du peuple, qui, par zèle pour les dieux, protégeait les attentats des hommes. Il fut résolu que chaque ville enverrait des députés avec ses titres. Quelques-unes renoncèrent d'elles-mêmes à des prérogatives usurpées. D'autres invoquaient d'anciennes croyances ou des services rendus au peuple romain. Ce fut un beau jour que celui où les bienfaits de nos ancêtres, les traités conclus avec nos alliés, les décrets mêmes des rois qui avaient eu l'empire avant nous, et le culte sacré des dieux, furent soumis à l'examen du sénat, libre comme autrefois de confirmer ou d'abolir.

LXI. Les Éphésiens eurent audience les premiers. Ils représentèrent "que Diane et Apollon n'étaient point nés à Délos, comme le pensait le vulgaire ; qu'on voyait chez eux le fleuve Cenchrius et le bois d'Ortygie, où Latone, au terme de sa grossesse, et appuyée contre un olivier qui subsistait encore, avait donné le jour à ces deux divinités ; que ce bois avait été consacré par un ordre du ciel ; qu'Apollon lui-même, après le meurtre des Cyclopes, y avait trouvé un asile contre la colère de Jupiter ; que Bacchus victorieux avait épargné celles des Amazones qui s'étaient réfugiées au pied de l'autel ; que dans la suite Hercule, maître de la Lydie, avait accru les privilèges du temple, privilèges restés sans atteinte sous la domination des Perses, respectés par les Macédoniens, et maintenus par nous."

LXII. Immédiatement après, les Magnésiens

(1) firent valoir des ordonnances de L. Scipio (2) et de L. Sylla, qui, vainqueurs l'un d'Antiochus l'autre de Mithridate, honorèrent le dévouement et le courage de ce peuple en déclarant le temple de Diane Leucophryne (3) un asile inviolable. Les députés d'Aphrodisias (4) et de Stratonice (5) présentèrent un décret du dictateur César, prix de services anciennement rendus à sa cause, et un plus récent de l'empereur Auguste : ces villes y étaient louées d'avoir subi une irruption des Parthes, sans que leur fidélité envers la république en fût ébranlée. Les Aphrodisiens défendirent les droits de Vénus, les Stratoniciens ceux de Jupiter et d'Hécate. Remontant plus haut, les orateurs d'Hiérocésarée (6) exposèrent que Diane Persique avait chez eux un temple dédié sous le roi Cyrus ; ils citèrent les noms de Perpenna, d'Isauricus (7) et de plusieurs autres généraux, qui avaient étendu jusqu'à deux mille pas de distance la sainteté de cet asile. Les Cypriotes parlèrent pour trois temples, élevés, le plus ancien à Vénus de Paphos par Aérias, le second par Amathus, fils d'Aérias, à Vénus d'Amathonte, le troisième à Jupiter de Salamine par Teucer, fuyant la colère de son père Télamon.

1. Magnésie, sur le Méandre.

2. Scipion l'Asiatique, qui remporta sur Antiochus, près de Magnésie de Sipyle, la célèbre victoire qui soumit aux Romains toute l'Asie mineure.

3. Il y a plusieurs traditions sur ce surnom de Leucophryne donné à Diane. Il paraîtrait assez naturel de le rapporter à la ville de Leucophrys, située dans les plaines du Méandre, où la déesse avait un temple fort révéré. Leucophrys était aussi l'ancien nom de l’île de Ténédos.

4. Aphrodisias, ville considérable de Carie.

5. Autre ville de Carie, fondée par les Séleucides, et qui tire son nom de Stratonice, femme d'Antiochus Soter.

6. Voy. la note 1 de la page 76.

7. Perpenna ou Perperna, vainquit Aristonicus ; qui se prétendait héritier d'Attale, et le fit prisonnier dans Stratonice (an de Rome 624). - P. Servilius Isauricus fit la guerre aux pirates de Cilicie et subjugua la nation des Isauriens, d'où il tira son surnom (an de Rome 676).

LXIII. On entendit aussi les députations des autres peuples. Fatigué de ces longues requêtes et des vifs débats qu'elles excitaient, le sénat chargea les consuls d'examiner les titres, et, s'ils y démêlaient quelque fraude, de soumettre de nouveau l'affaire à sa délibération. Outres les villes que j'ai nommées, les consuls firent connaître "qu'on ne pouvait contester à celle de Pergame son asile d'Esculape, mais que les autres cités ne s'appuyaient que sur de vieilles et obscures traditions. Ainsi les Smyrnéens alléguaient un oracle d'Apollon, en vertu duquel ils avaient dédié un temple à Vénus Stratonicienne ; ceux de Ténos (1) une réponse du même dieu, qui leur avait enjoint de consacrer une statue et un sanctuaire à Neptune. Sans remonter à des temps si reculés, Sardes se prévalait d'une concession d'Alexandre victorieux, Milet d'une ordonnance du roi Darius : ces deux villes étaient vouées l'une et l'autre au culte de Diane et d'Apollon. Enfin les Crétois formaient aussi leur demande pour la statue d'Auguste." Des sénatus-consultes furent rédigés dans les termes les plus honorables, et restreignirent cependant toutes ces prétentions. On ordonna qu'ils seraient gravés sur l'airain et suspendus dans chaque temple, afin que la mémoire en fût consacrée, et que les peuples ne se créassent plus, sous l'ombre de la religion, des droits imaginaires.

1. Ténos, île de la mer Égée, l'une des Cyclades, à 4 milles d'Andros, à 15 milles de Délos.

Maladie d'Augusta

LXIV. Vers le même temps, une maladie dangereuse d'Augusta mit le prince dans la nécessité de revenir promptement à Rome ; soit qu'une sincère union régnât encore entre la mère et le fils, soit que leur haine ne fût que déguisée. En effet, lors de la dédicace qu'elle avait faite récemment d'une statue d'Auguste, près du théâtre de Marcellus, Augusta n'avait inscrit le nom de Tibère qu'après le sien ; et l'on croyait que le prince, offensé de ce trait comme d'une insulte à sa majesté, en gardait au fond du cœur un vif ressentiment. Au reste, un sénatus-consulte ordonna des prières solennelles et la célébration des grands jeux (1) dont on chargea les pontifes, les augures et les quindécemvirs, conjointement avec les septemvirs (2) et les prêtres d'Auguste. L. Apronius avait proposé que les féciaux y présidassent aussi. Tibère lui opposa les attributions diverses des sacerdoces et l'autorité des exemples : il dit "que jamais les féciaux n'avaient été admis à de si hautes fonctions ; que, si l'on y appelait cette fois les prêtres d'Auguste, c'était comme attachés par leur institution à la famille pour laquelle s'acquittaient les vœux."

1. Les jeux du cirque.

2. On appelait septemviri epulones des prêtres chargés spécialement de présider aux banquets sacrés que l'on offrait aux dieux dans les solennités religieuses. Les pontifes, les augures, les quindécemvirs et les septemvirs formaient ce qu'on appelait les quatre grands collèges de prêtres, sacerdoces summorum collegiorum.

Adulation et bassesse

LXV. Mon dessein n'est pas de rapporter toutes les opinions : je me borne à celles que signale un caractère particulier de noblesse ou d'avilissement, persuadé que le principal objet de l'histoire est de préserver les vertus de l'oubli, et d'attacher aux paroles et aux actions perverses la crainte de l'infamie et de la postérité. Au reste, dans ce siècle infecté d'adulation et de bassesse, la contagion ne s'arrêtait pas aux premiers de l'État, qui avaient besoin de cacher un nom trop brillant sous l'empressement de leurs respects : tous les consulaires, une grande partie des anciens préteurs, et même beaucoup de sénateurs obscurs, se levaient à l'envi pour voter les flatteries les plus honteuses et les plus exagérées. On raconte que Tibère, chaque fois qu'il sortait du sénat, s'écriait en grec : "O hommes prêts à tout esclavage !" Ainsi, celui même qui ne voulait pas de la liberté publique ne voyait qu'avec dégoût leur servile et patiente abjection.

Procès de C. Silanus, proconsul d'Asie

LXVI. De la bassesse, un insensible progrès les menait à la cruauté. C. Silanus, proconsul d'Asie, était dénoncé par la province comme concussionnaire ; le consulaire Mamercus Scaurus, le préteur Junius Otho, l'édile Brutidius Niger, s'emparent de cette victime, et l'accusent d'avoir offensé la divinité d'Auguste, manqué de respect à la majesté de Tibère. Mamercus, s'autorisant d'illustres exemples, citait L. Cotta, accusé par Scipion l'Africain, Serv. Galba par Caton le Censeur, P. Rutilius par M. Scaurus ; comme si c'étaient des crimes de cette espèce qu'eussent poursuivis et Scipion, et Caton, et cet ancien Scaurus que son arrière-petit-fils Mamercus, l'opprobre de ses aïeux, déshonorait par l'infamie de ses oeuvres. Junius Otho avait été d'abord maître d'école : devenu sénateur par le crédit de Séjan, il cherchait à pousser, à force d'impudence et d'audace, une fortune sortie du néant. Brutidius, rempli de belles qualités, pouvait, en suivant le droit chemin, arriver à la situation la plus brillante ; mais une impatiente ambition le sollicitait à surpasser d'abord ses égaux, puis ceux d'un rang supérieur, enfin ses propres espérances. Et la même cause a fait la ruine de bien des hommes, d'ailleurs estimables, qui, dédaignant une élévation tardive et sans péril, courent, au risque de se perdre, à des succès prématurés.

LXVII. Gellius Publicola et M.

Paconius grossirent le nombre des accusateurs : le premier était questeur de Silanus, l'autre son lieutenant. Il ne paraissait pas douteux que ce proconsul ne fût coupable d'exactions et de violences ; mais l'orage amassé sur sa tête eût fait trembler l'innocence elle-même. À tant de sénateurs ligués contre lui, aux plus habiles orateurs de l'Asie entière, choisis pour l'accuser, il fallait qu'il répondît seul, sans connaître l'art de la parole, et cela dans un danger personnel, circonstance qui intimide l'éloquence la mieux exercée. Et Tibère l'accablait encore de sa voix, de ses regards, le pressant de questions multipliées, sans qu'il lui fût permis de rien éluder, de rien combattre : souvent même il était contraint d'avouer, pour que le prince n'eût pas interrogé vainement. En outre, un agent du fisc avait acheté les esclaves de Silanus, afin qu'on pût les mettre à la torture ; et, de peur qu'un ami généreux ne vînt à son secours, l'accusation de lèse-majesté, supplément aux autres griefs, enchaînait le zèle et faisait du silence une nécessité. Aussi, après avoir demandé une remise de quelques jours, Silanus abandonna sa propre défense : il hasarda toutefois une lettre à César, où il mêlait la plainte aux prières.

LXVIII. Tibère, afin de pallier, à la faveur d'un exemple, l'odieux du traitement qu'il préparait à Silanus, fit lire un mémoire de l'empereur Auguste au sujet de Volésus Messala, aussi proconsul d'Asie, et un sénatus-consulte rendu contre ce magistrat. Ensuite il demanda l'avis de Lucius Piso. Celui-ci, après un éloge pompeux de la clémence du prince, proposa d'interdire à l'accusé le feu et l'eau, et de le reléguer dans l’île de Gyare. Les autres furent du même avis : seulement Cn. Lentulus ajouta que, Silanus étant né d'une mère sans reproche, il était juste d'excepter de la confiscation ses biens maternels et de les rendre à son fils ; ce qui fut approuvé de Tibère. Cornelius Dolabella voulut pousser plus loin l'adulation : il commença par censurer les mœurs de Silanus ; puis il demanda que nul homme d'une vie scandaleuse et d'une réputation décriée ne pût obtenir un gouvernement, exclusion dont le prince serait juge. "En effet, disait-il, si les lois punissent les délits, n'y aurait-il pas bienveillance pour les candidats, avantage pour les provinces, à faire en sorte qu'il ne s'en commît point ?"

LXIX. Tibère combattit cette proposition. Il dit "qu'il n'ignorait pas ce que la renommée publiait de Silanus ; mais que la renommée ne devait pas être la règle de nos jugements ; que beaucoup de gouverneurs avaient agi, dans leurs provinces, autrement qu'on ne l'avait craint ou espéré ; que certaines âmes s'élevaient avec la fortune, et devenaient meilleures où d'autres perdaient leur vertu ; qu'il était impossible que le prince connût tout par lui-même, dangereux qu'il se laissât guider aux passions d'autrui ; que les lois avaient pour objet les faits accomplis, parce que les actes futurs étaient incertains ; qu'ainsi l'avaient voulu nos ancêtres : le délit d'abord, ensuite la peine ; qu'il ne fallait pas changer des institutions sages et consacrées par le temps ; que les princes avaient assez de devoirs, assez même de puissance ; que la justice perdait tout ce que gagnait le pouvoir, et que l'autorité n'avait rien à faire où les lois conservaient leur action." Des paroles si généreuses sortaient rarement de la bouche de Tibère : celles-ci en furent accueillies avec plus de joie. Le prince, qui savait modérer les sévérités, quand il n'était pas animé par des ressentiments personnels, ajouta "que Gyare était une île sauvage et déserte ; qu'on devait à la famille des Junius, à un homme qui avait été sénateur, de le reléguer plutôt à Cythnos ; que la soeur de Silanus, Torquata, Vestale d'une vertu antique, demandait aussi cette grâce." Cet avis fut adopté.

LXX. On donna ensuite audience aux Cyrénéens

; et Césius Cordus, accusé par Ancharius Priscus, fut condamné pour concussion. L. Ennius, chevalier romain, était dénoncé comme coupable de lèse-majesté, pour avoir converti en argenterie une statue du prince, et Tibère ne voulait pas qu'on admît l'accusation : il fut hautement combattu par Atéius Capito, qui, avec une fausse indépendance, s'écria "qu'on ne devait pas enlever au sénat sa juridiction, ni laisser un si grand forfait impuni. Que César mît, s'il le voulait, de la mollesse à poursuivre ses injures personnelles ; mais qu'il ne fût pas généreux au préjudice de la vengeance publique." Tibère prit ces paroles pour ce qu'elles étaient, et persista dans son opposition. Quant à Capito, son ignominie fut d'autant plus éclatante, que, profondément versé dans les lois divines et humaines, il déshonorait un grand mérite d'homme d'État et de belles qualités domestiques.

LXXI. Un doute s'éleva sur le temple où l'on placerait une offrande vouée par les chevaliers romains à la Fortune Equestre pour le rétablissement d'Augusta. La déesse avait des sanctuaires en plusieurs endroits de Rome, mais dans aucun elle n'était adorée sous ce titre. On trouva qu'un temple ainsi nommé existait à Antium, et qu'il n'était point en Italie d'institution religieuse, de lieu sacré, d'image des dieux qui ne fût sous la juridiction suprême du peuple romain ; et le don fut porté à Antium. Pendant qu'on s'occupait de religion, le prince fit connaître sa réponse, différée jusqu'alors, sur l'affaire de Servius Maluginensis, flamine de Jupiter. Il lut un décret des pontifes qui autorisait le ministre de ce dieu à s'absenter plus de deux nuits, pour cause de maladie et avec le consentement du grand pontife, pourvu que ce ne fût point dans le temps des sacrifices publics, ni plus de deux fois par an. Ce règlement, établi sous Auguste, prouvait assez que les prêtres de Jupiter ne pouvaient être absents une année entière, ni gouverner les provinces : on citait même l'exemple d'un grand pontife, L. Métellus. qui avait retenu à Rome le flamine Aulus Postumius (1). Ainsi l'Asie fut donnée au consulaire le plus ancien après Maluginensis.

1. L'an de Rome 512, pendant la première guerre punique, le consul A. Postumius Albinus se préparait à partir pour la Sicile. Le grand pontife Métellus l'en empêcha, parce qu'il était flamine du dieu Mars.

Embellissement de Rome

LXXII. À la même époque, Lépidus demanda la permission de réparer et d'embellir à ses frais la basilique de Paulus, ouvrage des Emiles et monument de leur nom. Alors encore la munificence privée s'exerçait au profit du public ; et Auguste n'avait pas empêché Taurus, Philippe, Balbus, de consacrer à l'ornement de Rome et à l'illustration de leur postérité les dépouilles ennemies et le superflu d'une immense fortune. C'est dans le même esprit que Lépidus, quoiqu'il eût peu de richesses, voulut renouveler les titres de sa maison. Quant au théâtre de Pompée, qu'un incendie avait réduit en cendres, Tibère déclara qu'aucun membre de la famille ne pouvant suffire aux dépenses de sa reconstruction, il le rebâtirait lui-même, et n'en laisserait pas moins subsister le nom du fondateur. Il fit aussi un grand éloge de Séjan, dont les efforts et la vigilance avaient su, disait-il, borner à un seul édifice les ravages de la flamme. Les sénateurs décernèrent à Séjan une statue, qui serait placée dans le théâtre de Pompée ; et, peu de temps après, Tibère, en décorant des insignes du triomphe Junius Blésus, proconsul d'Afrique, dit qu'il le faisait par estime pour Séjan, dont Blésus était l'oncle.

De nouveau Tacfarinas

LXXIII. Cependant les exploits de Blésus méritaient que cet honneur lui fût personnel. Tacfarinas, souvent chassé par nos troupes, et toujours revenu du fond de l'Afrique avec de nouvelles forces, avait enfin poussé l'insolence jusqu'à envoyer à César une ambassade, qui demandait un établissement pour lui et pour son armée, on menaçait d'une guerre interminable. On rapporte que jamais insulte à l'empereur et au peuple romain n'indigna Tibère comme de voir un déserteur et un brigand ériger en puissance ennemie. "Il n'avait pas été donné à Spartacus lui-même, lorsque, après la défaite de tant d'armées consulaires, il saccageait impunément l'Italie, lorsque les grandes guerres de Sertorius et de Mithridate ébranlaient la république, d'obtenir un traité qui lui garantît le pardon ; et l'empire au faîte de la puissance se rachèterait, par la paix et par des concessions de territoire, des brigandages de Tacfarinas !"Il chargea Blésus d'offrir l'impunité à ceux qui mettraient bas les armes, mais de s'emparer, du chef à quelque prix que ce fût.

LXXIV. Beaucoup de rebelles profitèrent de l'amnistie bientôt, aux ruses du Numide, on opposa le genre de guerre dont il donnait l'exemple. Comme ses troupes, moins fortes que les nôtres, et meilleures pour les surprises que pour le combat, couraient par bandes détachées, attaquant tour à tour ou éludant les attaques et dressant des embuscades, l'armée romaine se mit en marche dans trois directions et sur trois colonnes. Le lieutenant Cornélius Scipio ferma les passages par où l'ennemi venait piller le pays de Leptis (1) et se sauvait ensuite chez les Garamantes : du côté opposé, le fils de Blésus alla couvrir les bourgades dépendantes de Cirta : au milieu, le général lui-même, avec un corps d'élite, établissait dans les lieux convenables des postes fortifiés ; de sorte que les barbares, serrés, enveloppés de toutes parts, ne faisaient pas un mouvement sans trouver des Romains en face, sur leurs flancs, souvent même sur leurs derrières. Beaucoup furent tués ainsi ou faits prisonniers. Alors Blésus subdivisa ses trois corps en plusieurs détachements, dont il donna la conduite à des centurions d'une valeur éprouvée ; et, l'été fini, au lieu de retirer ses troupes suivant la coutume, et de les mettre en quartier d'hiver dans notre ancienne province, il les distribua dans des forts qui cernaient, pour ainsi dire, le théâtre de la guerre. De là, envoyant à la poursuite de Tacfarinas des coureurs qui connaissaient les routes de ces déserts, il le chassait de retraite en retraite. Il ne revint qu'après s'être emparé du frère de ce chef ; et ce fut encore trop tôt pour le bien des alliés, puisqu'il laissait derrière lui des ennemis prêts à recommencer la lutte. Tibère la considéra cependant comme terminée, et permit que Blésus fût salué par ses légions du nom d'imperator : c'est un titre que les armées, dans l'enthousiasme et les acclamations de la victoire, donnaient jadis aux généraux qui avaient bien mérité de la république. Plusieurs en étaient revêtus à la fois, sans cesser d'être les égaux de leurs concitoyens. Auguste l'avait même accordé à quelques-uns : Blésus le reçut alors de Tibère, et nul ne l'obtint après lui.

1. On connaît, dans l'antiquité, deux villes de Leptis, la grande, aujourd'hui Lebeda, dans le pays de Tripoli et la petite, beaucoup plus à l'ouest, dans la province que les Romains nommaient proprement Afrique.

Mort d'un grand légiste

LXXV. La mort enleva cette année deux hommes d'un grand nom, Asinius Saloninus et Atéius Capito. Petit-fils de M. Agrippa et d'Asinius Pollio, Saloninus était de plus frère de Drusus, et l'empereur lui destinait une de ses petites-filles. Capito, dont j'ai parlé déjà (1), s'était placé par ses vastes connaissances au rang des premiers citoyens. Du reste il avait pour aïeul un centurion de Sylla, et pour père un simple préteur. Auguste l'éleva de bonne heure au consulat, afin que l'éclat de cette dignité lui donnât la prééminence sur Antistius Labéo, son rival dans la science des lois. Car le même siècle vit briller ces deux ornements de la paix : mais Labéo, d'une liberté inflexible, avait une renommée plus populaire ; Capito, habile courtisan, était plus avant dans la faveur du maître. L'un ne parvint qu'à la préture, et cette injustice accrut sa considération ; l'autre fut consul, et l'opinion jalouse s'en vengea par la haine.

1. Voy. chap. LXX.

Des rancuniers

LXXVI. Ce fut cette même année, la soixante-quatrième après la bataille de Philippes (1), que Junie, sœur de Brutus, veuve de Cassius et nièce de Caton, finit sa carrière. Son testament fut le sujet de mille entretiens, parce que, étant fort riche, et mentionnant honorablement dans ses legs presque tous les grands de Rome, elle avait omis l'empereur. Tibère prit cet oubli en citoyen, et n'empêcha pas que l'éloge fût prononcé à la tribune, que la pompe accoutumée décorât les funérailles. On y porta les images de vingt familles illustres : les Manlius, les Quintius y parurent, avec une foule de Romains d’une égale noblesse ; mais Cassius et Brutus, qui n’y furent pas vus, les effaçaient tous par leur absence même.

1. La bataille de Philippes eut lieu l’an de Rome 712.

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ANNALES DE TACITE : TRADUCTION DU LIVRE IV

TACITE

ANNALES

LIVRE QUATRIÈME

Ce livre renferme un espace de six ans

An. de Rome de J.-C. Consul

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