Annales (page 6)

Tacite · Histoire

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — trad. Nisard · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

XXII. Cependant à Rome, Lépida, en qui l'honneur d'avoir Sylla et Pompée pour bisaïeuls rehaussait l'éclat du nom Émilien, fut accusée d'avoir supposé un fruit de son mariage avec P. Quirinus, homme riche et sans enfants. On lui reprochait encore l'adultère, le poison, et des questions criminelles adressées aux astrologues sur la maison de César. Elle fut défendue par Manius Lépidus, son frère. Quoique décriée et coupable, l'acharnement de Quirinus à la poursuivre après l'avoir répudiée lui conciliait la pitié publique. Il serait difficile de discerner quels furent, dans ce procès, les vrais sentiments du prince, tant il sut varier et entremêler les signes de colère et de clémence. Il pria d'abord le sénat de ne point avoir égard à l'accusation de lèse-majesté ; ensuite il fit adroitement dénoncer par le consulaire M. Servilius, et par d'autres témoins, ce qu'il semblait avoir voulu taire. D'un autre côté, il transféra les esclaves de Lépida de la garde des soldats à celle des consuls (1), et il ne souffrit pas qu'à la question ils fussent interrogés sur ce qui touchait la famille impériale. Il ne voulut pas non plus que Drusus, consul désigné, opinât le premier ; exception où les uns virent une garantie donnée à la liberté des suffrages, et les autres une intention cruelle. Ceux-ci pensèrent que Drusus n'aurait pas cédé son rang, s'il n'eût fallu condamner.

1. Trois modes de détention étaient en usage à Rome : 1° renfermer le détenu dans la prison publique; 2° le confier à la garde d'un magistrat; 3° le remettre à un soldat, qui répondait de sa personne.

XXIII. Lépida, pendant les jeux (1) qui suspendirent le cours du procès, se rendit au théâtre, accompagnée de femmes du plus haut rang. Là, invoquant avec des cris lamentables le nom de ses ancêtres, celui du grand Pompée, fondateur de ce monument et dont les images frappaient de tous côtés les regards, elle excita une émotion si profonde que les spectateurs, fondant en larmes, chargèrent d'invectives et de malédictions Quirinus, "ce vieillard sans naissance, auquel on immolait, parce qu'il n'avait pas d'héritiers (2), une femme destinée jadis à être l'épouse de L. César et la bru d'Auguste." Les esclaves révélèrent à la torture les débordements de leur maîtresse; et l'on adopta l'avis de Rubellius Blandus, qui lui interdisait le feu et l’eau. Drusus s'y rangea lui-même, quoique d'autres en eussent ouvert de plus doux. En considération de Scaurus, qui avait une fille de Lépida, les biens ne furent pas confisqués. Le jugement prononcé, Tibère déclara savoir encore, par les esclaves de Quirinus, que Lépida avait essayé d'empoisonner leur maître.

1. Les grands jeux, les jeux romains, qui se célébraient au cirque et au théâtre depuis le 5 jusqu'au 13 de septembre (des nones aux ides).

2. L’avarice avait fini par gagner Tibère; et il était bien aise de faire plaisir à un vieux riche sans héritiers, qui, par reconnaissance, ne manquerait pas de tester en sa faveur.

Décimus Silanus

XXIV. Les revers qui venaient d'accabler presque en même temps deux illustres maisons, en enlevant Pison aux Calpurnius, Lépida aux Emiles, eurent une compensation dans le rappel de Décimus Silanus, qui fut rendu à la famille Junia. Je reprendrai en peu de mots son histoire. La fortune, toujours fidèle à Auguste contre la république, le rendit malheureux dans sa vie privée, par les dérèglements de sa fille et de sa petite-fille. Il les chassa de Rome et punit leurs séducteurs de la mort ou de l'exil ; car, en donnant à une faute que les vices des deux sexes ont rendue si commune les noms aggravants de sacrilège et de lèse-majesté, il y appliquait des peines inconnues à la clémence de nos ancêtres et à ses propres lois. Mais je raconterai le châtiment des autres coupables et les événements de ce siècle, si, parvenu au terme de mon travail, il me reste assez de vie pour une tâche nouvelle. D. Silanus, à qui son commerce avec la petite-fille d'Auguste n'attira d'autre rigueur que la disgrâce du prince, se tint néanmoins pour averti d'aller en exil ; et ce ne fut que sous Tibère qu'il osa implorer le sénat et l'empereur. Il dut son rappel au crédit de Marcus Silanus, son frère, homme aussi éminent par son éloquence que par l'éclat de sa noblesse. Tibère, auquel Marcus adressait des remerciements, lui répondit en plein sénat, "qu'il se réjouissait avec lui de ce que son frère était revenu d'un long voyage ; que Décimus avait usé de son droit, puisque ni loi ni sénatus-consulte ne l'avaient banni ; que cependant il ne lui rendait pas l'amitié que son père lui avait retirée, et que les volontés d'Auguste n'étaient pas révoquées par le retour de Silanus." Décimus acheva sa vie à Rome, sans parvenir aux honneurs.

Allégement des lois contre le célibat

XXV. On parla ensuite d'adoucir la loi

Papia Poppea (1) qu'Auguste, déjà vieux, avait ajoutée aux lois Juliennes (2), pour assurer la punition du célibat et accroître les revenus du trésor public (3). Cette loi ne faisait pas contracter plus de mariages ni élever plus d'enfants (on gagnait trop à être sans héritiers); mais elle multipliait les périls autour des citoyens, et, interprétée par les délateurs, il n'était pas de maison qu'elle ne bouleversât : alors les lois étaient devenues un fléau, comme autrefois les vices. Cette réflexion me conduit à remonter aux sources de la législation, et aux causes qui ont amené cette multitude infinie de lois différentes.

1. Cette loi fut portée en 762, sous les consuls subrogés M. Papius Mutilus, et Q. Poppéus Sécundus.

2. La loi Julia, de Maritandis ordinibus, fut portée par Auguste en 736, pour encourager les mariages et punir le célibat. Son principal but était de réparer la population épuisée par les guerres civiles, où il avait péri 80.000 hommes armés.

XXVI. Les premiers hommes, encore exempts de passions désordonnées, menaient une vie pure, innocente, et libre par là même de châtiments et de contrainte. Les récompenses non plus n'étaient pas nécessaires, puisqu'on pratiquait la vertu par instinct ; et comme on ne désirait rien de contraire au bon ordre, rien n'était interdit par la crainte. Quand l'égalité disparut, et qu'à la place de la modération et de l’honneur régnèrent l'ambition et la force, des monarchies s'établirent, et chez beaucoup de peuples elles se sont perpétuées. D'autres dès l'origine ou après s'être lassés de la royauté, préférèrent des lois. Elles furent simples d'abord et conformes à l'esprit de ces siècles grossiers. La renommée a célébré surtout celles que Minos donna aux Crétois, Lycurgue aux Spartiates, et plus tard Solon aux Athéniens : celles-ci sont déjà plus raffinées et en plus grand nombre. Chez nous, Romulus n'eut de règle que sa volonté. Numa, qui vint après, imposa au peuple le frein de la religion et des lois divines : quelques principes furent trouvés par Tullus et par Ancus; mais le premier de nos législateurs fut Servius Tullius, aux institutions duquel les rois même devaient obéissance.

XXVII. Après l'expulsion de Tarquin, le peuple, en vue d'assurer sa liberté et d'affermir la concorde, se donna, contre les entreprises des patriciens, de nombreuses garanties. Des décemvirs furent créés, qui, empruntant aux législations étrangères ce qu'elles avaient de meilleur, en formèrent les Douze Tables, dernières lois dont l'équité soit le fondement, car si celles qui suivirent eurent quelquefois pour but de réprimer les crimes, plus souvent aussi, nées de la division entre les ordres, d'une ambition illicite, de l'envie de bannir d'illustres citoyens ou de quelque motif également condamnable, elles furent l'ouvrage de la violence. De là les Gracques et Saturninus semant le trouble dans la multitude ; et Drusus non moins prodigue de concessions au nom du sénat ; et les alliés gâtés par les promesses, frustrés par les désaveux. Ni la guerre italique, ni la guerre civile, qui la suivit de près n'empêchèrent d'éclore une foule de lois, souvent contradictoires; jusqu'à ce que L. Sylla, dictateur, après en avoir aboli, changé, ajouté un grand nombre, fît trêve aux nouveautés, mais non pour longtemps, car les séditieuses propositions de Lépidus (1) éclatèrent aussitôt, et la licence ne tarda pas à être rendue aux tribuns d'agiter le peuple au gré de leur caprice. Alors on ne se borna plus à ordonner pour tous ; on statua même contre un seul, et jamais les lois ne furent plus multipliées que quand l'État fut le plus corrompu.

1. Lépidus, père de celui qui fut triumvir avec Marc-Antoine et Octave, voulut, après la mort de Sylla, faire revivre le parti de Marius et abolir les lois du dictateur.

XXVIII. Pompée, chargé dans son troisième consulat de réformer les mœurs, employa des remèdes plus dangereux que les maux ; et, premier infracteur des lois qu'il avait faites, il perdit par les armes un pouvoir qu'il soutenait par les armes. Puis succédèrent vingt années de discordes (1) : plus de frein, plus de justice ; le crime restait impuni, et trop souvent la mort était le prix de la vertu. Enfin, consul pour la sixième fois, César Auguste, sûr de sa puissance, abolit les actes de son triumvirat, et fonda une constitution qui nous donnait la paix sous un prince. Dès ce moment les liens de l'autorité se resserrèrent, des gardiens veillèrent pour elle, et la loi Papia Poppéa les intéressa par des récompenses à ce que les héritages laissés à quiconque n'aurait pas les privilèges des pères fussent déclarés vacants, et dévolus au peuple romain, à titre de père commun. Mais la délation allait plus loin que la loi ; elle envahit Rome, l'Italie, tout l'empire : déjà beaucoup de fortunes avaient été renversées, et la terreur était dans toutes les familles, quand Tibère, pour arrêter ce désordre, fit désigner par le sort quinze sénateurs, dont cinq anciens préteurs et cinq consulaires, qui, en exceptant beaucoup de cas des gênes de la loi, ramenèrent pour le présent un peu de sécurité.

1. Du troisième consulat de Pompée à la bataille d'Actium, en 723.

Néron, le fils de Germanicus nommé questeur, pontife et se marie avec Julie, fille de Drusus

XXIX. Vers le même temps, le prince recommanda aux sénateurs Néron, l'un des fils de Germanicus, déjà sorti de l'enfance, et sollicita pour lui la dispense d'exercer le vigintivirat (1), et le droit de briguer la questure cinq ans avant l'âge légal ; demande qu'on ne pouvait guère écouter sans rire. Il alléguait que lui-même et son frère avaient obtenu la même faveur par l'intercession d'Auguste : mais dès lors une telle prière donna lieu sans doute a plus d'une raillerie secrète ; et cependant la grandeur des Césars ne faisait que de naître, les souvenirs de la république étaient plus rapprochés, et un beau-père tenait par des liens moins étroits aux enfants de sa femme qu'un aïeul à son petit-fils. Le sénat ajouta la dignité de pontife, et, le jour où Néron fit son entrée au Forum, des largesses furent distribuées au peuple, que la vue d'un fils de Germanicus arrivé à cet âge remplissait d'allégresse. La joie fut redoublée par le mariage de Néron avec Julie, fille de Drusus. Mais, si cette alliance eut l'approbation générale, on vit avec déplaisir Séjan destiné pour beau-père au fils de Claude. On jugea que Tibère souillait la noblesse de sa race, et qu'il élevait beaucoup trop un favori déjà suspect d'une ambition démesurée.

1. C'est une dénomination collective, qui comprenait les triumviri capitales, les triumviri monetales, les quatuorviri viales, et les decemviri litibus judicandis. Les premiers étaient des magistrats inférieurs, chargés de surveiller la prison publique, et de faire exécuter les jugements criminels.

Morts de L. Volusius et de Sallustius Crispus

XXX. À la fin de l’année moururent deux hommes distingués, L. Volusius et Sallustius Crispus. La famille de Volusius, quoique ancienne n'avait jamais dépassé la préture : il y fit entrer le consulat. Il exerça même le pouvoir de la censure pour composer les décuries de chevaliers, et il accumula le premier les immenses richesses qui ont donné tant d'éclat à cette maison. Sallustius, d'origine équestre, avait pour aïeule une soeur de l'illustre historien C. Sallustius, par lequel il fut adopté. Quoique la carrière des honneurs fût ouverte devant lui, il prit Mécène pour modèle, et, sans être sénateur, il surpassait en crédit beaucoup de triomphateurs et de consulaires. Sa manière de vivre n'avait rien d'un ancien Romain ; les recherches de sa parure, le luxe de sa maison, le rendaient plus semblable à un riche voluptueux. Toutefois ces dehors cachaient une vigueur d'esprit capable des plus grandes affaires, et une âme d'autant plus active qu'il affectait davantage le sommeil et l’indolence. Le second dans la confiance du prince tant que vécut Mécène, il fut après lui le principal dépositaire des secrets du palais, et il eut part au meurtre d'Agrippa Postumus. Sur le déclin de son âge, il conserva l’apparence plutôt que la réalité de la faveur, et c'est aussi ce qui était arrivé à Mécène. Est-ce donc la destinée du pouvoir d'être rarement durable ? ou bien le dégoût s'empare-t-il des princes quand ils ont tout accordé, ou des favoris quand ils n'ont plus rien à prétendre?

Tibère et son fils Drusus consuls en même temps. Une affaire de préséance.

XXXI. Viennent ensuite le quatrième consulat de Tibère et le second de Drusus, remarquables en ce que le père eut son fils pour collègue. Il est vrai que, deux ans auparavant, Tibère avait partagé la même dignité avec Germanicus ; mais c'était à regret, et, après tout, il n'était que son oncle. Au commencement de l’année, Tibère, sous prétexte de rétablir sa santé, se retira dans la Campanie, soit que déjà il préludât à sa longue et continuelle absence (1), soit pour laisser Drusus remplir seul et sans l’appui d'un père les fonctions du consulat. Une affaire peu importante, mais qui excita de grands débats, fournit en effet au jeune homme l'occasion de se faire honneur. Domitius Corbulo qui avait exercé la préture, se plaignit au sénat de ce qu'à un spectacle de gladiateurs un jeune noble, nommé Sylla, n'avait pas voulu lui céder sa place. Corbulon avait pour lui son âge, la coutume ancienne, la faveur des vieillards ; Sylla était soutenu par Mamercus Scaurus, L. Arruntius et ses autres parents. Il y eut, des deux côtés, des discours pleins de chaleur : on alléguait les exemples de nos ancêtres, qui avaient réprimé, par de sévères décrets, l'irrévérence de la jeunesse. Enfin Drusus fit entendre des paroles conciliantes, et satisfaction fut donnée à Corbulon par l’organe de Scaurus, oncle et beau-père de Sylla, et le plus fécond des orateurs de son temps. Le même Corbulon ne cessait de dénoncer le mauvais état des chemins, qui, par la fraude des entrepreneurs et la négligence des magistrats, étaient rompus et impraticables dans presque toute l'Italie. Il se chargea volontiers d'y pourvoir ; ce qui tourna moins à l'avantage du public qu'à la ruine de beaucoup de particuliers, auxquels il ôta la fortune et l'honneur par des condamnations et des ventes à l'encan.

1. Ce fut cinq ans après cette époque que Tibère quitta Rome pour ne plus y rentrer. Voy. liv. IV, ch., LVII.

Nouveaux troubles en Afrique

XXXII. Peu de temps après, un message de Tibère informa les sénateurs que l'Afrique était de nouveau troublée par une incursion de Tacfarinas, et qu'il importait que leur choix désignât un proconsul qui sût la guerre, et dont la force de corps suffît à une telle expédition. Sextus Pompéius saisit cette occasion d'exhaler sa haine contre Manius Lépidus, et le peignit comme "un lâche, un indigent, opprobre de ses ancêtres, qu'il fallait écarter même du proconsulat d'Asie ", reproches désavoués par le sénat, qui trouvait Lépidus plus doué que nonchalant, et lui faisait un honneur plutôt qu'un crime d'une pauvreté héréditaire qui n'avait pas entaché sa noblesse. Lépidus fut donc envoyé en Asie ; et, quant à l'Afrique, on décida que César en choisirait lui-même le gouverneur.

Cécina essaie de faire passer une proposition interdisant à un magistrat d'une province d'y amener son épouse.

XXXIII. Dans cette discussion, Cécina

Sévérus demanda qu'il fût interdit à tout magistrat chargé d'une province d'y mener sa femme avec lui. Il déclara d'abord, à plusieurs reprises "qu'il avait une épouse d'une humeur assortie à la sienne, mère de six enfants, et que, ce qu'il exigeait des autres, il se l'était prescrit à lui-même, l'ayant toujours retenue en Italie, quoiqu'il eût fait quarante campagnes dans différentes provinces. Nos ancêtres avaient eu raison de ne pas vouloir qu'on traînât des femmes avec soi chez les alliés ou les nations étrangères. Une telle compagnie embarrassait en paix par son luxe, en guerre par ses frayeurs, et donnait à une armée romaine l'apparence d'une marche de barbares. Leur sexe n'était pas seulement faible et incapable de soutenir la fatigue : il devenait, quand on le laissait faire, cruel, ambitieux, dominateur. Elles se promenaient parmi les soldats ; les centurions étaient à leurs ordres. Une femme (1) avait présidé naguère aux exercices des cohortes, à la revue des légions. Le sénat savait que, dans tous les procès de concussion, la femme était la plus accusée. C'était à l'épouse du gouverneur que s'attachaient d'abord les intrigants d'une province ; elle s'entremettait des affaires, elle les décidait. À elle aussi on faisait cortège en public ; elle avait son prétoire, et ses ordres étaient les plus absolus, les plus violents. Enchaînées jadis par la loi Oppia (2) et par d'autres non moins sages, les femmes, depuis que ces liens étaient rompus, régnaient dans les familles, dans les tribunaux et jusque dans les armées."

1. Plancine, femme de Pison.

2. La loi Oppia fut portée en 541, au plus fort de la seconde guerre punique, par le tribun C. Oppius. Elle défendait aux femmes d'avoir à leur usage plus d'une demi-once d'or, de porter des habits de diverses couleurs, de se faire voiturer à Rome ou à mille pas à la ronde, dans un char attelé de chevaux, si ce n'était pour se rendre aux sacrifices publics. Cette loi fut révoquée en 559, malgré l'opposition énergique du vieux Caton, alors consul.

XXXIV. Ce discours eut peu d'approbateurs : on criait de toutes parts que ce n'était pas là le sujet de la délibération, qu'il fallait une autorité plus imposante que celle de Cécina pour une si grande réforme. Bientôt Valérius Messalinus, en qui l'on retrouvait une image de l'éloquence de son père Messala, répondit "que d'heureuses innovations avaient adouci en beaucoup de points la dureté des anciennes mœurs ; qu'en effet Rome n'avait plus, comme autrefois, la guerre à ses portes ou ses provinces pour ennemies ; qu'on faisait aux besoins des femmes certaines concessions, qui, loin d'être à charge aux alliés, ne l'étaient pas même à leurs époux ; qu'en tout le reste la communauté était entière, et que leur présence n'avait rien de gênant dans la paix. À la guerre sans doute il fallait être libre de tout embarras ; mais, au retour des travaux, quel délassement plus honnête que la société d'une épouse ? Quelques femmes peut-être avaient cédé à l'avarice ou à l'ambition, mais les magistrats eux-mêmes n'étaient-ils pas sujets à mille passions diverses ? Cependant on ne laissait pas pour cela les provinces sans gouverneurs. Souvent les vices des femmes avaient corrompu les maris : mais tous ceux qui n'avaient pas de femmes étaient-ils donc irréprochables ? Les lois Oppiennes, disait-il encore, ont été trouvées bonnes jadis, parce que le malheur des temps les rendait nécessaires ; d'autres convenances en ont fait depuis modérer la rigueur. En vain nous voulons déguiser notre faiblesse sous des noms empruntés ; c'est la faute du mari si la femme sort des bornes prescrites. Faut-il, pour un ou deux caractères pusillanimes, ravir aux maris la compagne de leurs plaisirs et de leurs peines ? On doit craindre aussi d'abandonner un sexe naturellement fragile, et de le livrer à son goût pour le luxe et aux passions d'autrui. À peine, sous les yeux surveillants d'un époux, la sainteté du mariage est-elle respectée : que sera-ce, si plusieurs années de séparation et presque de divorce en relâchent les nœuds ? Que l'on remédie aux abus des provinces, mais sans oublier les désordres de Rome." Drusus ajouta quelques mots comme mari lui-même. Il dit "que le devoir des princes les appelait souvent aux extrémités de l'empire. Combien de fois Auguste n'avait-il pas visité l'Occident et l'Orient, accompagné de Livie ? Lui aussi était allé en Illyrie, et au besoin il irait dans d'autres contrées ; mais ce ne serait pas toujours de bon gré, si on le séparait d'une épouse chérie, qui l'avait rendu père de tant d'enfants. " Ainsi fut éludée la proposition de Cécina.

Tibère nomme deux candidats comme proconsuls en Afrique.

XXXV. Dans la séance suivante, on reçut une lettre de Tibère où, après avoir indirectement reproché au sénat de rejeter tous les soins sur le prince, il désignait deux candidats au proconsulat d'Afrique, M. Lépidus et Junius Blésus. Tous deux furent entendus : Lépidus s'excusa en termes pressants, alléguant une santé faible, l'âge de ses enfants, une fille à marier. Une raison qu'il ne disait pas, et que tout le monde devinait, c'est que Blésus était oncle de Séjan, titre certain à la préférence. Blésus feignit aussi de refuser, mais il insista beaucoup moins, et les flatteurs s'accordèrent à ne pas le soutenir.

L'image de l'empereur comme sauf-conduit

XXXVI. Ensuite on donna cours à des plaintes renfermées jusqu'alors dans le secret des entretiens privés. Le dernier scélérat, pourvu qu'il tînt une image de l'empereur, était en possession de charger impunément les honnêtes gens d'outrages et d'invectives. L'affranchi même et l'esclave, en menaçant un maître, un patron, du geste ou de la voix, se faisaient redouter. Le sénateur C. Cestius représenta "qu'à la vérité les princes étaient comme des dieux, mais que les dieux n'écoutaient les prières que quand elles étaient justes, que personne ne se réfugiait dans le Capitole ou dans les autres temples pour faire de son asile le théâtre de ses crimes, que les lois étaient renversées, anéanties, depuis qu'Annia Rufilla, condamnée pour fraude à sa requête, venait en plein Forum, à la porte du sénat, l'insulter et le menacer, sans qu'il osât invoquer la justice : cette femme se couvrait d'une image de l'empereur (1). Une foule de voix dénoncèrent des traits pareils ou de plus révoltants, et prièrent Drusus de faire un exemple. Rufilla fut mandée, convaincue et mise en prison.

1. Les triumvirs élevèrent à Jules César un temple avec droit d'asile. Cet exemple eut des suites, et bientôt l'impunité fut assurée à tout malfaiteur qui se réfugiait auprès d'une statue de l'empereur régnant. Il paraît même qu'il suffisait, pour se rendre inviolable, de tenir une image du prince dans ses mains.

Drusus se fait bien voir.

XXXVII. En même temps Considius

Aequus et Célius Cursor, chevaliers romains, qui avaient forgé contre le préteur Magius Cécilianus une accusation de lèse-majesté, furent punis, sur la demande du prince, par un décret du sénat. Ces deux actes tournèrent à la louange de Drusus. Vivant au milieu de Rome, se mêlant aux réunions, aux entretiens de la ville, il passait pour adoucir l'humeur concentrée de son père ; on pardonnait même volontiers à sa jeunesse le goût du plaisir : "Puisse-t-il, disait-on, se livrer à ce penchant, consumer les jours en spectacles, les nuits en festins, plutôt que d'entretenir, seul et loin de toutes les distractions, une vigilance chagrine et des soucis malfaisants !"

Problèmes en Macédoine et en Thrace

XXXVIII. En effet, ni Tibère ni les accusateurs ne se lassaient. Ancharius Priscus avait dénoncé Césius Cordas, proconsul de Crète, comme coupable de concussion, crime auquel il ajoutait celui de lèse-majesté, alors complément nécessaire de toutes les accusations. Tibère, informé qu'Antistius Vétus, un des principaux de la Macédoine, venait d'être absous dans un procès d'adultère, réprimanda les juges, et, sous le même prétexte de lèse-majesté, le ramena devant la justice, comme un factieux, mêlé aux complots de Rhescuporis à l'époque où ce prince, après avoir tué Cotys son neveu, songeait à nous faire la guerre. L'eau et le feu furent interdits à Antistius, et l'on décida qu'il serait confiné dans une île qui ne fût à portée ni de la Thrace ni de la Macédoine. Car, depuis que la Thrace était partagée entre Rhémétalcès et les enfants de Cotys, auxquels on avait donné pour tuteur, à cause de leur bas âge, Trébelliénus Rufus, ces peuples, peu faits à notre présence, étaient mécontents, et ils n'accusaient pas moins Rhémétalcés que Trébelliénus de laisser leurs injures sans vengeance. Les Célètes, les Odruses (1) et d'autres nations puissantes, prirent les armes sous des chefs différents, égaux entre eux par leur obscurité ; ce qui, en tenant leurs forces désunies, nous préserva d'une guerre sanglante. Les uns soulèvent le pays, les autres franchissent le mont Hémus (2), afin d'appeler à eux les populations éloignées ; les plus nombreux et les mieux disciplinés assiègent le roi dans Philippopolis (3), ville bâtie par Philippe de Macédoine.

1. Les Célétes étaient divisés en majores et minores. Les grands Célétes habitaient au pied du mont Hémus, qui borne la Thrace vers le nord, et les petits au pied du mont Rhodope qui la traverse. - Les Odryses étaient plus voisins des sources de l'Hèbre, aujourd'hui la Maritza.

2. Le Balkan.

3. Maintenant Philippopoli, sur l'Hèbre, à environ 30 lieues ouest-nord-ouest d'Andrinople.

XXXIX. À cette nouvelle P. Velléius, qui commandait l'armée la plus voisine, détache les auxiliaires à cheval et les cohortes légères contre les bandes qui couraient le pays pour le piller ou en tirer des renforts. Lui-même s'avance avec le gros de l'infanterie pour faire lever le siège. Tout réussit à la fois : les coureurs furent taillés en pièces ; la discorde éclata parmi les assiégeants, et le roi fit une sortie heureusement combinée avec l'arrivée de la légion. On ne saurait donner le nom de bataille ou de combat à une rencontre où fut massacrée, sans qu'il nous en coûtât de sang, une multitude éparse et mal armée.

Révolte en Gaule

XL. Cette même année les cités gauloises, fatiguées de l'énormité des dettes, essayèrent une rébellion, dont les plus ardents promoteurs furent, parmi les Trévires, Julius Florus, chez les Éduens, Julius Sacrovir, tous deux d'une naissance distinguée, et issus d'aïeux à qui leurs belles actions avaient valu le droit de cité romaine, alors que, moins prodigué, il était encore le prix de la vertu. Dans de secrètes conférences, où ils réunissent les plus audacieux de leurs compatriotes, et ceux à qui l'indigence ou la crainte des supplices faisait du crime un besoin, ils conviennent que Florus soulèvera la Belgique, et Sacrovir les cités les plus voisines de la sienne. Ils vont donc dans les assemblées, dans les réunions, et se répandent en discours séditieux sur la durée éternelle des impôts, le poids accablant de l'usure, l'orgueil et la cruauté des gouverneurs ; ajoutant "que la discorde est dans nos légions depuis la mort de Germanicus ; que l'occasion est belle pour ressaisir la liberté, si les Gaulois considèrent l'état florissant de la Gaule, le dénuement de l'Italie, la population énervée de Rome, et ces armées où il n'y a de fort que ce qui est étranger."

XLI. Il y eut peu de cantons où ne fussent semés les germes de cette révolte. Les Andécaves et les Turoniens (1) éclatèrent les premiers. Le lieutenant Acilius Aviola fit marcher une cohorte qui tenait garnison à Lyon, et réduisit les Andécaves. Les Turoniens furent défaits par un corps de légionnaires que le même Aviola reçut de Visellius, gouverneur de la basse Germanie, et auquel se joignirent des nobles Gaulois, qui cachaient ainsi leur défection pour se déclarer dans un moment plus favorable. On vit même Sacrovir se battre pour les Romains, la tête découverte, afin, disait-il, de montrer son courage ; mais les prisonniers assuraient qu'il avait voulu se mettre à l'abri des traits en se faisant reconnaître. Tibère, consulté, méprisa cet avis, et son irrésolution nourrit l'incendie.

1. L’Anjou et la Touraine

XLII. Cependant Florus, poursuivant ses desseins, tente la fidélité d'une aile de cavalerie levée à Trèves et disciplinée à notre manière, et l'engage à commencer la guerre par le massacre des Romains établis dans le pays. Quelques hommes cédèrent à la corruption ; le plus grand nombre resta dans le devoir. Mais la foule des débiteurs et des clients de Florus prit les armes, et ils cherchaient à gagner la forêt d'Ardenne, lorsque des légions des deux armées de Visellius et de C. Silius, arrivant par des chemins opposés, leur fermèrent le passage. Détaché avec une troupe d'élite, Julius Indus, compatriote de Florus, et que sa haine pour ce chef animait à nous bien servir, dissipa cette multitude qui ne ressemblait pas encore à une armée. Florus, à la faveur de retraites inconnues, échappa quelque temps aux vainqueurs. Enfin, à la vue des soldats qui assiégeaient son asile, il se tua de sa propre main. Ainsi finit la révolte des Trévires.

XLIII. Celle des Éduens fut plus difficile à réprimer, parce que cette nation était plus puissante, et nos forces plus éloignées. Sacrovir, avec des cohortes régulières s’était emparé d'Augustodunum (1), leur capitale, où les enfants de la noblesse gauloise étudiaient les arts libéraux : c'étaient des otages qui attacheraient à sa fortune leurs familles et leurs proches. Il distribua aux habitants des armes fabriquées en secret. Bientôt il fut à la tête de quarante mille hommes, dont le cinquième était armé comme nos légionnaires : le reste avait des épieux, des coutelas et d'autres instruments de chasse. Il y joignit les esclaves destinés au métier de gladiateur, et que dans ce pays on nomme cruppellaires. Une armure de fer les couvre tout entiers, et les rend impénétrables aux coups, si elles les gêne pour frapper eux-mêmes. Ces forces étaient accrues par le concours des autres Gaulois, qui, sans attendre que leurs cités se déclarassent, venaient offrir leurs personnes, et parla mésintelligence de nos deux généraux, qui se disputaient la conduite de cette guerre. Varron, vieux et affaibli, la céda enfin à Silius, qui était dans la vigueur de l'âge.

1. La même ville que Bibracte, maintenant Autun.

XLIV. Cependant à Rome ce n'étaient pas seulement les Trévires et les Éduens qu'on disait soulevés : à en croire les exagérations de la renommée, les soixante-quatre cités de la Gaule étaient en pleine révolte ; elles avaient entraîné les Germains, et l’Espagne chancelait. Les gens de bien gémissaient pour la république. Beaucoup de mécontents, en haine d'un régime dont ils désiraient la fin, se réjouissaient de leurs propres périls. Ils s'indignaient que Tibère consumât son temps à lire des accusations, quand le monde était en feu : "Citerait-il Sacrovir devant le sénat comme criminel de lèse-majesté. Il s'était enfin trouvé des hommes qui allaient arrêter par les armes le cours de ses messages sanglants. Mieux valait la guerre qu'une paie misérable." Tibère, affectant plus de sécurité que jamais, passa ces jours d'alarmes dans ses occupations ordinaires, sans quitter sa retraite, sans changer de visage. Était-ce fermeté d'âme? ou savait-il combien la voix publique grossissait le danger?

XLV. Pendant ce temps Silius s'avançait avec deux légions précédées d'un corps d'auxiliaires, et ravageait les dernières bourgades des Séquanes, qui, voisines et alliées des Éduens, avaient pris les armes avec eux. Bientôt il marche à grandes journées sur Augustodunum : les porte-enseigne disputaient de vitesse ; le soldat impatient ne voulait ni du repos accoutumé, ni des longues haltes de la nuit : "qu'il vît seulement l'ennemi, qu'il en fût aperçu, c'était assez pour vaincre." À douze milles d'Augustodunum, on découvrit dans une plaine les troupes de Sacrovir. Il avait mis en première ligne ses hommes bardés de fer, ses cohortes sur les flancs, et par derrière des bandes à moitié armées. Lui-même, entouré des principaux chefs, parcourait les rangs sur un cheval superbe, rappelant les anciennes gloires des Gaulois, les coups terribles qu'ils avaient portés aux Romains, combien la liberté serait belle après la victoire, mais combien, deux fois subjugués, leur servitude serait plus accablante.

XLVI. Il parla peu de temps et fut écouté avec peu d'enthousiasme : nos légions s'avançaient en bataille, et cette multitude sans discipline et sans expérience de la guerre ne pouvait plus rien voir ni rien entendre. De son côté Silius, à qui l'assurance du succès permettait de supprimer les exhortations, s'écriait cependant "qu'un ennemi comme les Gaulois devait faire honte aux conquérants de la Germanie. Une cohorte vient d'écraser le Turonien rebelle ; une aile de cavalerie a réduit les Trévires, et quelques escadrons de notre armée ont battu les Séquanes : plus riches et plus adonnés aux plaisirs, les Éduens sont encore moins redoutables. Vous êtes vainqueurs ; songez à poursuivre." L'armée répond par un cri de guerre. La cavalerie investit les flancs de l'ennemi, l'infanterie attaque le front. I1 n'y eut point de résistance sur les ailes ; mais les hommes de fer, dont l'armure était à l'épreuve de l'épée et du javelot, tinrent quelques instants. Alors le soldat, saisissant la hache et la cognée comme s'il voulait faire brèche à une muraille, fend l'armure et le corps qu'elle enveloppe ; d'autres, avec des leviers ou des fourches, renversent ces masses inertes, qui restaient gisantes comme des cadavres, sans faire aucun effort pour se relever. Sacrovir se retira d'abord à Augustodunum ; ensuite, craignant d'être livré, il se rendit, avec les plus fidèles de ses amis, à une maison de campagne voisine. Là il se tua de sa propre main : les autres s'ôtèrent mutuellement la vie ; et la maison, à laquelle ils avaient mis le feu, leur servit à tous de bûcher.

XLVII. Alors seulement Tibère écrivit au sénat pour lui annoncer le commencement et la fin de la guerre. Il en parlait sans rien taire, sans rien exagérer. "Du reste, ajoutait-il, le dévouement et le courage de ses lieutenants, et les mesures prescrites par lui-même, avaient triomphé de tout." Il expliquait ensuite pourquoi ni lui ni Drusus n'étaient allés dans les Gaules, exaltant "la grandeur de l'empire, dont les chefs oublieraient leur dignité si, pour un ou deux cantons soulevés, ils quittaient la ville d'où partent les ordres qui régissent le monde. Maintenant que la crainte ne pouvait plus le conduire, il irait voir l'état du pays et consolider la paix." Le sénat décréta des vœux pour son retour, des actions de grâces aux dieux, et d'autres honneurs où les convenances étaient gardées. Le seul Cornélius Dolabella, tombant par émulation de zèle dans une absurde flatterie, proposa que Tibère, à son retour de Campanie, entrât avec l'appareil de l'ovation. Aussi le prince ne tarda-t-il pas à écrire "qu'après avoir dompté les nations les plus belliqueuses, et reçu dans sa jeunesse ou refusé tant de triomphes, il ne se croyait pas assez dépourvu de gloire pour ambitionner à son âge cette vaine récompense d'une promenade aux portes de Rome."

Mort de Sulpicius Quirinus

XLVIII. À peu près dans le même temps, il demanda au sénat que la mort de Sulpicius Quirinus fût honorée par des funérailles publiques. Quirinus, né à Lanuvium, n'était point de l'ancienne famille patricienne des Sulpicius ; mais sa bravoure à la guerre, et des commissions où il avait montré de l'énergie, lui avaient valu le consulat sous Auguste. Il avait obtenu les ornements du triomphe pour avoir enlevé aux Homonades (1), nation de Cilicie, toutes leurs forteresses. Donné pour conseil à Caïus César, lorsque celui-ci commandait en Arménie, il n'en avait pas moins rendu des hommages à Tibère dans sa retraite de Rhodes. Le prince fit connaître ce fait au sénat, louant l'attachement de Quirinus pour sa personne, et accusant M. Lollius, aux suggestions duquel il attribuait l'injuste inimitié du jeune César. Mais la mémoire de Quirinus n'était point agréable aux sénateurs, tant à cause de ses persécutions contre Lépida, dont j'ai parlé plus haut, que de sa vieillesse avare et odieusement puissante.

1. Peuple de la Cilicie Trachée, dont la capitale était Homonada, aujourd'hui Ermenek.

Crime de lèse-majesté de C. Lutorius Priscus

XLIX. À la fin de l'année, C.

Lutorius Priscus, chevalier romain, auteur d'un poème où il avait déploré avec succès la mort de Germanicus, et pour lequel il avait reçu du prince une gratification, tomba dans les mains d'un délateur. Son crime était d'avoir fait d'autres vers pendant une maladie de Drusus, dans l'espoir que, s'il mourait, ils seraient encore mieux récompensés. Lutorius avait eu l'indiscrète vanité de les lire chez P. Pétronius, devant Vitellia, belle-mère de ce dernier, et beaucoup de femmes de distinction. Quand celles-ci virent le fait dénoncé, la frayeur les saisit, et elles avouèrent tout. Vitellia seule protesta qu'elle n'avait rien entendu ; mais les dépositions qui perdaient l'accusé furent plus écoutées, et Hatérius Agrippa, consul désigné, opina pour le dernier supplice.

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