Sermons du curé d'Ars (page 46)
Nous pouvons dire que le triomphe de la sainte Vierge dans le ciel, est la consommation de tous les mérites de cette auguste Reine du ciel et de la terre. Ce fut dans ce moment qu'elle reçut le dernier ornement de son incom-parable dignité de Mère de Dieu. Après avoir subi quel-que temps les misères diverses de la vie et les humi-liations de la mort, elle alla jouir d'une vie, la plus glorieuse et la plus heureuse dont une créature puisse jamais jouir. Nous nous étonnons parfois que Jésus, qui aimait tant sa mère, l'ait laissée si longtemps sur la terre après sa résurrection. La raison de ceci, c'est qu'il voulait, par ce retard, lui procurer une plus grande gloire, et que du reste, les apôtres avaient encore besoin de sa personne pour être consolés et conduits. C'est Marie qui a révélé aux apôtres les plus grands secrets de la vie cachée de Jésus-christ. C’est encore Marie qui a levé l'étendard de la virginité, qui en a fait connaître tout l'éclat, toute la beauté, et nous montre l'inestimable récompense réservée à ce saint état.
Mais reprenons, M.F., continuons à suivre Marie jusqu'au moment où elle quitte ce monde. Jésus-Christ voulut qu'avant d'être élevée au ciel, elle pût revoir encore une fois tous ses apôtres. Tous, saint Thomas excepté, furent miraculeusement transportés autour de son pauvre lit. Par un excès de cette humilité qu'elle avait toujours portée à un très haut degré, elle leur baisa à tous les pieds, et leur demanda leur bénédiction. Cet acte la préparait à l'éminente gloire à laquelle son Fils devait l'élever. Ensuite Marie leur donna à tous sa bénédiction. Il me serait impossible de vous faire com-prendre les larmes que répandirent en ce moment les apôtres, sur la perte qu'ils allaient faire. La sainte Vierge n'était-elle pas, après le Sauveur, tout leur bonheur, toute leur consolation ? Mais Marie, pour adoucir un peu leur peine, leur promit de ne pas les oublier auprès de son divin Fils. On croit que le même ange qui lui avait annoncé le mystère de l'Incarnation, vint lui marquer, de la part de son Fils, l'heure de sa mort. La sainte Vierge répondit à l'ange : « Ah ! quel bonheur ! et combien je désirais ce moment ! » Après cette heureuse nouvelle, elle voulut faire son testament, qui fut bientôt fait. Elle avait deux tuniques, elle les donna à deux vierges, qui la servaient depuis longtemps. Elle se sentit alors brûler de tant d'amour que son âme, semblable à une fournaise ardente, ne pouvait plus res-ter dans son corps. Heureux moment !...
Pouvons-nous voir, M.F., les merveilles qui s'opèrent à cette mort, sans nous sentir un ardent désir de vivre saintement pour mourir saintement ? C'est vrai, nous ne devons pas nous attendre à mourir d'amour, mais au moins ayons l'espérance de mourir dans l'amour de Dieu. Marie ne craint nullement la mort, puisque la mort va la mettre en possession du bonheur parfait ; elle sait que le ciel l'attend, et qu'elle en sera un des plus beaux ornements. Son Fils et toute la cour céleste s'avancent pour célébrer cette brillante fête, tous les saints et saintes du ciel n'attendent que les ordres de Jésus, pour venir chercher cette Reine et l'emmener en triomphe dans son royaume. Tout est préparé dans le ciel pour la recevoir ; elle va goûter des honneurs au-dessus de tout ce que l'on peut concevoir. Pour sortir de ce monde, Marie ne subit point la maladie, car elle est exempte de péché. Malgré son grand âge, son corps ne fut jamais décrépit comme celui des autres mortels, au contraire, il semblait qu'à mesure qu'il approchait de la fin, il prenait un nouvel éclat. Saint Jean Damascène nous dit que ce fut Jésus-Christ lui-même qui vint cher-cher sa mère. Ainsi disparaît ce bel astre qui pendant soixante et douze ans a éclairé le monde. Oui, M.F., elle revoit son Fils, mais sous un aspect bien différent de celui où elle l'avait vu, lorsque, tout couvert de sang, il était cloué à la croix.
O Amour divin, voilà la plus belle de vos victoires et de toutes vos conquêtes ! Vous ne pouviez rien faire de plus, mais aussi vous ne pouviez rien faire de moins. Oui, M F., s'il fallait que la mère d'un Dieu mourût, elle ne pouvait mourir que d'un transport d'amour. O belle mort ! ô mort heureuse ! ô mort désirable ! Ah ! qu'elle est dédommagée de ce torrent d'humiliations et de douleurs dont sa sainte âme a été inondée pendant sa vie mortelle ! Oui, elle revoit son Fils, mais tout autre que le jour où elle l'avait vu pendant sa douloureuse passion, entre les mains de ses bourreaux, portant sa croix, couronné d'épines, sans pouvoir le soulager. Oh ! non, elle ne le voit plus sous ce triste appareil, capable d'anéantir les créatures tant soit peu sensibles ; mais elle le voit, dis-je, tout brillant de lumière, revêtu d'une gloire qui fait toute la joie et le bonheur du ciel ; elle voit les anges et les saints qui tous l'environnent, le louent, le bénissent et l'adorent jusqu'à l'anéantissement. Oui, elle revoit ce tendre Jésus, exempt de tout ce qui peut le faire souffrir. Ah ! qui de nous ne voudrait pas travailler à aller rejoindre la Mère et le Fils dans ce lieu de délices ? Quelques moments de combats et de souf-frances sont grandement récompensés.
Ah ! M.F., quelle mort heureuse ! Marie ne craint rien, parce qu'elle a toujours aimé son Dieu ; elle ne regrette rien, parce qu'elle n'a jamais rien possédé que son Dieu., Voulons-nous mourir sans crainte ? Vivons, comme Marie, dans l'innocence ; fuyons le péché, qui fait tout notre malheur pour le temps et pour l'éternité. Si nous avons été assez malheureux pour le commettre, à l'exem-ple de saint Pierre, pleurons jusqu'à notre mort, et que nos regrets ne finissent qu'avec la vie. A l'exemple du saint roi David, descendons dans le tombeau en versant des pleurs ; lavons nos âmes dans l'amertume de nos larmes . Voulons-nous, comme Marie, mourir sans chagrin ? Vivons comme elle, sans nous attacher aux choses créées ; faisons comme elle, n'aimons que Dieu seul, ne désirons que lui seul, ne cherchons qu'à lui plaire dans tout ce que nous faisons. Heureux le chrétien, qui ne quitte rien pour trouver tout !...
Approchons encore un instant de ce pauvre grabat, qui est si heureux de soutenir cette perle précieuse, cette rose toujours fraîche et sans épines, ce globe de gloire et de lumière, qui doit donner un nouvel éclat à toute la cour céleste. Les anges, dit-on, entonnèrent un can-tique d'allégresse dans l'humble demeure où était le saint corps, et elle était remplie d'une odeur si agréable, qu'il semblait que toutes les douceurs du ciel y fussent descendues. Allons, M.F., accompagnons du moins en esprit, ce convoi sacré ; suivons ce tabernacle où le Père avait renfermé tous ses trésors, et qui va être caché, pour quelque temps, comme l'a été le corps de son divin Fils. La douleur et les gémissements rendirent silencieux les apôtres et tous les fidèles venus en foule pour voir encore une fois la Mère de leur Rédempteur. Mais étant revenus à eux-mêmes, ils commencèrent tous à chanter des hymnes et des cantiques pour honorer le Fils et la Mère. Une partie des anges monta au ciel pour conduire en triomphe cette âme sans égale ; l'autre, resta sur la terre pour célébrer les obsèques du saint corps. Je vous le demande, M.F., qui serait capable de nous faire la peinture d'un si beau spectacle ? D'un côté, l'on entendait les esprits bienheureux employer toute leur industrie céleste, pour témoigner la grande joie qu'ils avaient de la gloire de leur Reine ; de l'autre, on voyait les apôtres et un grand nombre de fidèles, élever aussi leurs voix pour seconder l'harmonie de ces chantres célestes. Saint Jean Damascène nous dit qu'avant de mettre le saint corps dans le tombeau, ils eurent tous le bonheur de baiser ses mains saintes et sacrées, qui, tant de fois, avaient porté le Sauveur du monde. Dans ce moment, il n'y eut pas un malade qui ne reçût sa gué-rison ; il n'y eut pas une personne dans Jérusalem qui ne demandât quelque grâce au bon Dieu par la média-tion de Marie et qui ne l'obtînt. Dieu le voulait ainsi pour nous montrer que tous ceux qui, dans la suite, auraient recours à elle, étaient bien sûrs de tout obtenir.
Quand chacun, nous dit le même saint, eut contenté sa dévotion et reçu l'effet de ses demandes, l'on pensa à la sépulture de la Mère de Dieu. Les apôtres, selon la coutume des Juifs, ordonnèrent de laver le saint corps et de l'embaumer. Ils chargèrent donc de cet office deux vierges au service de Marie. Celles-ci, par un fait tout miraculeux, ne purent voir ni toucher le saint corps. L'on crut reconnaître en cela la volonté de Dieu, et l'on ensevelit le corps avec tous ses vêtements. Si Marie, sur la terre, fut d'une humilité sans égale, sa mort et sa sépulture furent aussi sans égales, par la grandeur des merveilles qui s'opérèrent alors. Ce furent les apôtres eux-mêmes qui portèrent le précieux dépôt, et ce cortège saint et sacré traversa la ville de Jérusalem jusqu'au lieu de la sépulture, qui était le bourg de Gethsémani, dans la vallée de Josaphat.
Tous les fidèles l'accompagnèrent avec des flambeaux à la main, plusieurs se joignaient à cette troupe pieuse, qui portait l'arche de la nouvelle alliance et la conduisait au lieu de son repos. Saint Ber-nard nous dit que les anges faisaient eux-mêmes leur procession, précédant et suivant le corps de leur Souve-raine avec des cantiques d'allégresse ; tous ceux qui étaient présents entendaient le chant de ces anges, et partout où passait ce saint corps, il répandait une odeur délicieuse, comme si toutes les douceurs et les parfums célestes étaient descendus sur la terre. Il y eut, ajoute ce saint, un malheureux juif, qui, mourant de rage de voir que l'on rendait tant d'honneurs à la Mère de Dieu, se jeta sur le corps pour le faire tomber dans la boue ; mais il ne l'eut pas plus tôt touché, que ses deux mains tombèrent desséchées. S'étant repenti, il pria saint Pierre qu'on le fît approcher du corps de la sainte Vierge. En le touchant, ses deux mains se replacèrent d'elles-mêmes sans qu'elles parussent avoir été jamais séparées. Le corps de la Mère de Dieu ayant été déposé avec respect dans le sépulcre, les fidèles se retirèrent à Jérusalem ; mais les anges continuèrent à chanter, pendant trois jours, les louanges de Marie. Les apôtres venaient les uns après les autres, pour s'unir aux anges qui restaient au-dessus du tombeau. Au bout de trois jours, saint Thomas, qui n'avait pas assisté à la mort de la Mère de Dieu, vint demander à saint Pierre le bonheur de voir encore une fois le corps virginal. Ils allèrent donc au sépulcre, et n'y trouvèrent plus que les vêtements. Les anges l'avaient emportée dans le ciel, car on ne les en-tendait plus. Pour vous faire une fidèle description de son entrée glorieuse et triomphante dans le ciel, il fau-drait, M.F., être Dieu lui-même, qui, dans ce moment, voulut prodiguer à sa Mère toutes les richesses de son amour, de sa reconnaissance. Nous pouvons dire qu'il rassembla alors tout ce qui fut capable d'embellir son triomphe dans le ciel. « Ouvrez-vous, portes du ciel, voici votre Reine qui quitte la terre pour embellir les cieux par la grandeur de sa gloire, par son immensité de mérites et de dignité.
» Quel spectacle ravissant ! jamais le ciel n'avait vu entrer dans son enceinte une créature si belle, si accomplie, si parfaite et si riche de vertus. « Quelle est celle-ci, dit l'Esprit-Saint, qui s'élève du désert de cette vie, toute comblée de délices et d'amour, appuyée sur le bras de son bien-aimé ?... » Approchez, les portes du ciel s'ouvrent, et toute la cour céleste se prosterne devant elle comme devant sa Sou-veraine. Jésus-Christ lui-même la conduit dans son triomphe, et la fait asseoir sur le plus beau trône de son royaume. Les trois Personnes de la Très Sainte Trinité lui mettent sur la tête une brillante couronne et la ren-dent dépositaire de tous les trésors du ciel. Oh ! M.F., quelle gloire pour Marie ! mais aussi quel sujet d'espé-rance pour nous, de la savoir si élevée en dignité, et de connaître le grand désir qu'elle a de sauver, nos âmes !
II. – Quel amour n’a-t-elle pas pour nous ? Elle nous aime comme ses enfants ; elle aurait voulu mourir pour nous si cela eût été nécessaire. Adressons-nous à elle avec une grande confiance, et nous sommes sûrs que, quelque misérables que nous soyons, elle nous obtiendra la grâce de notre conversion. Elle prend tant de soin du salut de notre âme, elle désire tant notre bonheur !… Nous lisons dans la vie de saint Stanislas, grand dévot envers la Reine du ciel , qu'un jour, étant en prière, il dit à la Sainte Vierge de vouloir bien se montrer à lui avec le saint Enfant Jésus. Cette prière fut si agréable au bon Dieu, que dans le même moment Stanislas vit paraître devant lui la sainte Vierge, tenant le saint Enfant entre ses bras. Une autre fois, se trouvant malade dans une maison de luthériens qui ne voulaient pas lui permettre de communier, il s'adressa à la sainte Vierge, et la pria de lui procurer ce bonheur. Sa prière à peine achevée, il vit venir un ange qui lui apportait la sainte Hostie et qui était accompagné de la sainte Vierge. Dans une circons-tance à peu près semblable, la même chose lui arriva, un ange lui apporta Jésus-Christ et lui donna la sainte communion. Voyez, M.F., combien Marie prend soin du salut de ceux qui ont confiance en elle !
Que nous sommes heureux, d'avoir une Mère pour nous précéder dans la pratique des vertus que nous de-vons avoir, si nous voulons aller au ciel et plaire à Dieu ! Mais prenons bien garde de ne jamais mépriser ni elle, ni le culte qu'on lui rend. Saint François de Borgia nous raconte qu'un grand pécheur, à son lit de mort, ne vou-lait entendre parler ni de Dieu, ni de son âme, ni de confession. Saint François qui se trouvait alors dans le pays de ce malheureux, se mit à prier Dieu pour lui ; comme il priait avec larmes, il entendit une voix qui lui dit: « Allez, François, allez porter ma croix à ce malheu-reux, exhortez-le à la pénitence. » Saint François court vers le malade déjà dans les bras de la mort. Hélas ! il avait déjà fermé son cœur à la grâce.
Saint François le pria d'avoir pitié de son âme, de demander pardon au bon Dieu ; mais non, tout était perdu pour lui. Le saint entendit encore deux fois la même voix qui lui dit « Allez, François, portez ma croix à ce malheureux. »
Le saint montra encore son crucifix, qui se trouva tout cou-vert de sang et qui coulait de toutes parts ; il dit au pécheur que ce sang adorable lui obtiendrait son pardon s'il voulait lui demander miséricorde. Mais non, tout fut perdu pour lui, il mourut en blasphémant le saint nom de Dieu: et son malheur venait de ce qu'il avait raillé et méprisé la sainte Vierge, dans les honneurs qu'on lui rendait. Ah ! M.F., prenons bien garde de ne jamais rien mépriser de ce qui se rapporte au culte de Marie, cette Mère si bonne, si portée à nous secourir à la moindre confiance que nous avons en elle ! Voici quelques exem-ples qui vous montreront que, si nous avons été fidèles à la moindre pratique de dévotion envers la sainte Vierge, jamais elle ne permettra que nous mourions dans le péché.
Il est rapporté dans l'histoire qu'un jeune libertin se livrait, sans aucun remords, à tous les vices de son cœur. Une maladie l'arrêta au milieu de ses désordres ; tout libertin qu'il était, il n'avait pourtant jamais manqué de dire tous les jours un Ave Maria ; c'était la seule prière qu'il faisait, et encore la faisait-il bien mal : ce n'était pas autre chose qu'une simple habitude. Dès que l'on sut que sa maladie était sans espérance de guérison, on alla chercher le prêtre de la paroisse qui vint le visiter, et l'exhorta à se confesser. Mais le malade lui répondit que s'il avait à mourir, il voulait mourir comme il avait vécu, et que, s'il venait à en échapper, il ne voulait pas vivre autrement que jusqu'alors. Ce fut la réponse qu'il fit à tous ceux qui voulurent lui parler de confession. On était dans une grande consternation ; personne n'o-sait plus lui en parler, dans la crainte de lui donner occasion de vomir les mêmes blasphèmes et les mêmes impiétés.
Sur ces entrefaites, un de ses camarades, mais plus sage que lui, qui souvent l'avait repris de ses désordres, alla le trouver. Après lui avoir parlé de diffé-rentes choses, il lui dit sans détours : « Tu devrais bien, mon camarade, penser à te convertir. » – « Mon ami, répliqua le malade, je suis un trop grand pécheur ; tu sais bien la vie que j'ai menée. » – « Eh bien ! prie la sainte Vierge qui est le refuge des pécheurs. » – « Ah ! j'ai bien dit tous les jours un Ave Maria ; mais voilà toutes les prières que j'ai faites. Crois-tu que cela me serve de quelque chose ? » – « Comment ! répliqua l'au-tre, cela te servira de tout. Ne lui as-tu pas demandé de prier pour toi à l'heure de la mort ? C'est donc à présent qu'elle va prier pour toi. » – « Puisque tu penses que la sainte Vierge prie pour moi, va chercher M. le curé pour me confesser tout de bon. » En prononçant ces paroles, il se mit à verser des torrents de larmes. « Pour-quoi pleurer ? lui dit son ami. » – « Ah ! pourrais-je jamais assez pleurer, après avoir mené une vie si crimi-nelle, après avoir offensé un Dieu si bon, qui veut encore me pardonner ! Je voudrais pouvoir pleurer des larmes de sang pour montrer au bon Dieu combien je suis lâché de l'avoir tant offensé ; mais, mon sang est trop impur pour être offert à Jésus-Christ en expiation de mes péchés.
Ce qui me console, c'est que Jésus-Christ mon Sauveur a offert le sien à son Père pour moi, c'est en lui que j'espère.
» Son ami entendant ce discours, et voyant couler ses larmes, se mit à pleurer de joie avec lui. Ce changement était si extraordinaire, qu'il l'attribua à la protection de la sainte Vierge. Dans ce moment, le curé revint, et, fort étonné de les voir pleurer tous deux, il leur demanda ce qui était arrivé. – « Ah ! Monsieur, répondit le malade, je pleure mes péchés ! Hélas ! je commence bien tard à les pleurer ! Mais je sais que les mérites de Jésus-Christ sont infinis et que sa miséricorde est sans bornes ; j'ai encore espoir que le bon Dieu aura pitié de moi. » Le prêtre, étonné, lui demanda qui avait fait en lui un pareil changement ? « La sainte Vierge, dit le malade, a prié pour moi, c'est ce qui m'a fait ouvrir les yeux sur mon misérable état. » – « Vous voulez bien vous confesser ? » – « Oh ! oui, Monsieur, je veux me confesser, et même tout haut ; puisque j'ai scandalisé par ma mauvaise vie, je veux que l'on soit témoin de non repentir. » Le prêtre lui dit que cette mesure n'était pas nécessaire, qu'il suffisait, pour réparer les scandales, de savoir qu'il avait été administré. Il se con-fessa avec tant de douleur et de larmes, que le prêtre fut obligé plusieurs fois de s'arrêter pour le laisser pleurer. Il reçut les sacrements avec de si grandes marques de repentir, qu'on aurait cru qu'il allait en mourir.
Saint Bernard n'avait-il pas raison de nous dire que celui qui est sous la protection de Marie est en sûreté ; et que jamais l'on a vu la sainte Vierge abandonner une personne qui a fait quelque acte de piété en son honneur ? Non, M.F., jamais cela ne s'est vu et ne se verra. Voyez comme la sainte Vierge a récompensé un Ave Maria, que ce jeune homme avait dit tous les jours et encore, comment le disait-il ? Cependant, vous venez de voir qu'elle fit un miracle, plutôt que de le laisser mourir sans confession. Quel bonheur pour nous d'invoquer Marie, puisque ainsi elle nous sauve et nous fait persé-vérer dans la grâce ! Quel sujet d'espérance de penser que malgré nos péchés, elle s'offre sans cesse à Dieu pour demander notre pardon ! Oui, M.F., c'est elle qui ranime notre espérance en Dieu, c'est elle qui lui pré-sente nos larmes, c'est elle qui nous empêche de tomber dans le désespoir à la vue de nos péchés.
Le bienheureux Alphonse de Liguori raconte qu'un de ses compagnons, prêtre, vit un jour entrer dans une église un jeune homme dont l'extérieur annonçait une âme dévorée de remords. Le prêtre s'approcha du jeune homme et lui dit : « Voulez-vous vous confesser, mon ami ? » Celui-ci répond que oui, mais, en même temps, il demande à être entendu dans un lieu retiré, car sa confession devait être longue. Quand ils furent seuls, le nouveau pénitent parla en ces termes : « Mon père, je suis étranger et gentilhomme ; mais je ne crois pas pouvoir jamais devenir l'objet des miséricordes d'un Dieu que j'ai tant offensé par ma vie si criminelle. Sans vous parler des meurtres et des infamies dont je me suis rendu coupable, je vous dirai qu'ayant désespéré de mon salut, je me suis livré à toutes sortes de péchés, moins pour contenter mes passions, que pour outrager le bon Dieu et satisfaire la haine que j'avais contre lui. J'avais un crucifix sur moi, je l'ai jeté par mépris. Ce matin même, je suis allé à la table sainte pour commettre un sacrilège, mon intention était de fouler aux pieds la sainte hostie, si les personnes qui étaient présentes ne m'en avaient empêché ; et dans ce moment, il remit à son confesseur la sainte hostie qu'il avait conservée dans un papier. En passant devant cette église, ajouta-t-il, je me suis senti pressé d'entrer, au point que je n'ai pu résister ; j'ai éprouvé des remords si violents, ils déchiraient tellement ma conscience, qu'à mesure que je me suis approché de votre confessionnal, je tombai dans un grand désespoir. Si vous n'étiez pas sorti pour venir à moi, j'allais m'en aller de l'église, je ne sais vraiment pas comment il a pu se faire que je sois ainsi à vos genoux pour me confesser. » Mais le prêtre lui dit : « N'avez-vous pas fait quelques bonnes oeuvres qui vous ont mérité une telle grâce ? peut-être avez--vous offert quelques sacrifices à la sainte Vierge ou imploré son assistance, car de telles conversions ne sont ordinairement que des effets de la puissance de cette bonne mère ? » – « Mon père, vous vous trompez, j'avais un crucifix, je l'ai jeté par mépris. » – « Mais, réfléchissez bien, ce miracle ne s'est pas fait sans quelque raison. » – « Mon père, dit le jeune homme portant la main sur son scapulaire, voilà tout ce que j'ai conservé. » – « Ah ! mon ami, lui dit le prêtre en l'embrassant, ne voyez-vous pas que c'est la sainte Vierge qui vous a obtenu cette grâce, que c'est elle qui vous a attiré dans cette église qui lui est consacrée ? » A ces paroles, le jeune homme fondit en larmes ; il entra dans tous les détails de sa vie criminelle, et sa douleur croissant toujours, il tomba aux pieds de son confesseur comme mort ; revenu à lui, il acheva sa confession. Avant de quitter l'église, il promit de raconter partout la grande miséricorde que Marie avait obtenue de son Fils pour lui.
III. – Que nous sommes heureux, M.F., d'avoir une Mère si bonne, si dévouée au salut de nos âmes ! Cependant il ne faut pas se contenter de la prier, il faut encore pratiquer toutes les autres vertus que nous savons être agréables à Dieu. Un grand serviteur de Marie, saint François de Paule, fut un jour appelé par Louis XI, espérant obtenir de lui sa guérison. Le saint trouva dans le roi toutes sortes de bonnes qualités, il s'adonnait à quantité de bonnes couvres et de prières en l'honneur de Marie. Il disait tous les jours son chapelet, faisait beaucoup d'aumônes pour honorer la sainte Vierge, portait sur lui plusieurs reliques ; mais sachant qu'il n'avait pas assez de modestie et de retenue dans ses paroles, et qu'il souffrait chez lui des gens de mau-vaise vie, saint François de Paule lui dit en pleurant : « Prince, croyez-vous que toutes vos dévotions soient agréables à la sainte Vierge ? Non, non, prince, com-mencez à imiter Marie, et vous êtes sûr qu'elle vous tendra les mains. » En effet, ayant fait une confession de toute sa vie, il reçut tant de grâces et tant de moyens de salut, qu'il mourut de la manière la plus édifiante, en disant que Marie lui avait valu le ciel par sa protection. Le monde est plein de monuments qui nous attestent les grâces que la sainte Vierge nous obtient ; voyez tous ces sanctuaires, tous ces tableaux, toutes ces chapelles en l'honneur de Marie. Ah ! M.F., si nous avions une tendre dévotion envers Marie, que de grâces nous obtiendrions tous pour notre salut ! Oh ! pères et mères, si tous les matins vous mettiez tous vos enfants sous la protection de la sainte Vierge, elle prierait pour eux, elle les sauverait et vous aussi. Oh ! comme le démon redoute la dévotion envers la sainte Vierge !... Il se plai-gnait un jour hautement au bienheureux François que deux sortes de personnes le faisaient bien souffrir. D'abord, celles qui contribuent à répandre la dévotion à la sainte Vierge, puis celles qui portent le saint Scapu-laire.
Ah ! M.F., en faut-il davantage pour nous inspirer une grande confiance à la sainte Vierge et le désir de nous consacrer entièrement à elle en mettant notre vie, notre mort et notre éternité entre ses mains ? Quelle conso-lation pour nous dans nos chagrins, dans nos peines, de savoir que Marie veut et peut nous secourir ! Oui, nous pouvons dire que celui qui a le bonheur d'avoir une grande confiance en Marie a son salut en sûreté ; et jamais on n'aura entendu dire que celui qui a mis son salut entre les mains de Marie, ait été damné. Nous reconnaîtrons à l'heure de la mort combien la sainte Vierge nous a fait éviter de péchés, et comme elle nous a fait faire du bien que nous n'aurions jamais fait sans sa protection. Prenons-la pour notre modèle, et nous sommes sûrs de bien marcher dans le chemin du ciel. Admirons en elle cette humilité, cette pureté, cette charité, ce mépris de la vie, ce zèle pour la gloire de son Fils et le salut des âmes. Oui, M.F., donnons-nous et consacrons-nous à Marie pour toute notre vie. Heureux celui qui vit et meurt sous la protection de Marie, le ciel lui est assuré ! C'est ce que je vous souhaite.
8 SEPTEMBRE
FêTE DE LA NATIVITé DE LA STE VIERGE
De qua natus est Jesus.
C'est de Marie qu'il nous est né un Sauveur.
(S. Matth., I, !6.) Voilà, M.F., en deux mots, l'éloge le plus complet que l'on puisse faire de Marie, en disant que c'est d'elle que nous est né Jésus Fils de Dieu. Oui, Marie est la plus belle créature qui soit jamais sortie des mains du Créa-teur. Dieu lui-même la choisit, pour être le canal par lequel il devait faire couler ses grâces les plus pré-cieuses et les plus abondantes sur tous ceux qui au-raient confiance en elle. Dieu nous la représente comme un beau miroir où il se reflète comme un modèle accom-pli de toutes les vertus. Aussi voyons-nous que l'église la considère comme sa Mère, sa patronne et sa puissante protectrice contre ses ennemis ; qu'elle s'empresse de célébrer avec la plus grande pompe le jour heureux où ce bel astre commença à briller sur la terre. La naissance des grands du monde nous inspire des craintes et des alarmes, parce que nous ne savons pas s'ils seront justes ou pécheurs, sauvés ou réprouvés ; nous ne savons pas, dis-je, s'ils rendront leurs peuples heureux ou mal-heureux. Mais pour Marie nous n'avons nulle crainte.
Elle naît pour être Mère de Dieu, et, par sa naissance, nous apporte toutes sortes de biens et de bénédictions. Dieu nous la propose pour modèle, dans quelque état et dans quelque condition que nous puissions être. Livrons-nous donc, M.F., avec toute l'église, à une sainte joie, et ! admirons dans cette Vierge sainte le modèle des vertus les plus parfaites ; 2 considérons Marie comme ayant été destinée de toute éternité à être la mère du Fils de Dieu et la nôtre ; 3 enfin, contemplons avec reconnaissance les dons et les grâces renfermés dans la Médiatrice que Dieu a préparée aux hommes.
Mais prêtez-moi votre attention ; car, vous parler de Marie, n'est-ce pas intéresser vos cœurs en vous entre-tenant de l'objet de votre confiance et de votre amour.
I. – M.F., s'il était nécessaire pour vous inspirer une tendre dévotion à Marie, de vous montrer combien est grand le bonheur de ceux qui ont confiance en elle ; com-bien sont nombreux les secours, les grâces et les avan-tages qu'elle nous peut obtenir ; s'il était nécessaire, dis-je, de vous montrer l'aveuglement et le malheur de ceux qui n'ont que de l'indifférence et du mépris pour une Mère si bonne et si tendre, si puissante et si portée à nous faire éprouver les effets de sa tendresse, je n'aurais qu'à interroger les patriarches et les prophètes, et vous verriez dans toutes les grandes choses que l'Esprit-Saint leur a fait dire sur Marie, un sujet de confusion à la vue des bas sentiments dont vous n'êtes que trop souvent remplis pour cette bonne Mère. Ensuite, si je vous faisais le récit de tous les exemples que les saints en ont tirés nous ne pourrions que déplorer notre aveuglement et ra-nimer notre confiance envers elle. D'abord, rien n'est plus capable de nous inspirer une tendre dévotion à la sainte Vierge, que le premier trait que nous lisons dans l’écriture sainte, où nous voyons Dieu lui-même annon-cer le premier, la naissance de Marie.
Lorsque nos premiers parents eurent le malheur de tomber dans le péché, Dieu, touché de leur repentir, promit qu'un jour viendrait où naîtrait une Vierge qui enfanterait un fils, pour réparer le malheur causé par leur péché . Dans la suite, les prophètes, après lui, n'ont cessé d'annoncer de siècles en siècles, pour conso-ler le genre humain qui gémissait sous la tyrannie du démon, qu'une Vierge enfanterait un fils, qui serait le Fils du Très-Haut, et envoyé par le Père pour racheter le monde, perdu par le péché d'Adam . Tous les prophètes annoncent qu'elle sera la plus belle créature qui ait jamais paru sur la terre. Tantôt ils l'appellent l'étoile du matin, qui éblouit toutes les autres par son éclat et sa beauté, et qui, en même temps, sert de guide au voyageur sur la mer ; afin de nous montrer par là, qu'elle serait un mo-dèle accompli de toutes les vertus. C'est donc avec rai-son que l'église dit à la sainte Vierge, dans un tressaille-ment d'allégresse : « Votre naissance, ô Vierge sainte Marie, remplit le monde entier d'une douce consolation et d'une sainte allégresse, parce que c'est de vous qu'il nous est né ce Soleil de justice, notre Jésus, notre Dieu, qui nous a tirés de la malédiction où nous étions plongés par le péché de nos premiers parents, et nous a comblés de toutes sortes de bénédictions. » Oui, c'est vous, Vierge sans pareille, Vierge incomparable, qui avez détruit l'empire du péché et rétabli le règne de la grâce. « Levez-vous, dit l'Esprit-Saint, sortez du sein de votre mère, vous qui êtes ma plus chère, aussi bien que ma plus belle amante, venez, tendre colombe, dont la pureté et la modestie sont sans égales, montrez-vous sur la terre, paraissez au monde comme celle qui doit embellir le ciel et rendre la terre heureuse. Venez et paraissez avec tout l'éclat dont Dieu vous a ornée, car vous êtes le plus bel ouvrage de votre Créateur. »
En effet, quoique la sainte Vierge fût dans les voies ordinaires, l'Esprit--Saint voulut que son âme fût la plus belle et la plus riche en grâces ; il voulut aussi que son corps fût le plus beau corps qui ait jamais paru sur la terre. L'écriture la compare à l'aurore dans sa naissance, à la lune dans son plein, au soleil dans son midi . Elle nous dit encore qu'elle a une couronne de douze étoiles , et est établie dispensatrice de tous les trésors du ciel. Depuis la chute d'Adam, le monde était couvert de ténèbres affreuses ; alors Marie paraît, et, comme un beau soleil dans un jour serein, dissipe les ténèbres, ranime l'espérance et donne la fécondité à la terre. Dieu, M.F., ne devait-il pas dire à Marie, comme à Moïse : « Va délivrer mon peuple, qui gémit sous la tyrannie de Pharaon ; va lui annoncer que sa délivrance est proche, et que j'ai entendu sa prière, ses gémissements et ses larmes. Oui, Marie, sem-ble-t-il dire, j'ai entendu les gémissements, j'ai vu les larmes des patriarches, des prophètes et de tant d'âmes qui soupirent après l'heureux moment de leur déli-vrance.
» En effet, M.F., Marie, encore bien mieux que Moïse, annonce que bientôt nos malheurs vont cesser et que le ciel va se réconcilier avec la terre. O quels trésors apporte au ciel et à la terre la naissance de Marie ! Le démon frémit de rage et de désespoir, parce que, dans Marie, il voit celle qui doit l'écraser et le confondre. Au contraire, les anges et les bienheureux font retentir la voûte des cieux de chants d'allégresse en voyant naître une Reine qui doit donner à leur beauté un nouvel éclat.
Mais, comme Dieu voulait commencer à nous montrer que le ciel ne nous serait donné que par l'humilité, le mépris, la pauvreté et les souffrances, il voulut que la naissance de la sainte Vierge n'eût rien d'extraordinaire. Elle naît dans un état de faiblesse, son berceau est arrosé de larmes comme celui des autres enfants, qui semblent prévoir, en naissant, les misères dont ils seront accablés pendant leur vie ; c'est en ce sens que l'Esprit-Saint nous dit par la bouche du Sage : « Que le jour de la mort est préférable à celui de la naissance » Marie naît dans un état d'obscurité. Quoiqu'elle fût de la race de David, et qu'elle pût compter parmi ses ancêtres des patriar-ches, des prophètes et des rois : tous ces titres, si recher-chés des gens du monde, étaient tombés dans l'oubli ; elle n'avait rien d'éclatant que la vertu, qui, aux yeux des hommes, n'est pas une grande distinction. Dieu l'avait ainsi permis, afin que cette naissance fût plus conforme à celle de son divin Fils, dont les prophètes avaient annoncé qu'il n'aurait pas où reposer sa tête. Mais si elle vient au monde si pauvre des biens de la terre, elle est riche des biens de celui qui, de toute éternité, l'avait choisie pour être sa Mère. Saint Jean Damascène nous dit que les siècles se disputèrent à l'envi, qui d'entre eux aurait le bonheur de la voir naître. Voulons-nous, dit un de ses grands serviteurs, le saint évêque de Genève, savoir quelle est cette Vierge couronnée à son berceau ? Interrogeons les anges, ils nous diront qu'elle les sur-passe infiniment en grâce, en mérites, en dignité et en toutes sortes de perfections. Saint Basile nous dit que, depuis la création du monde jusqu'à la venue de Marie, le Père éternel n'avait point trouvé de créature assez pure et assez sainte, pour être la Mère de son Fils.
Combien de fois les patriarches et les prophètes ne se sont--ils pas écriés dans leurs soupirs et dans leurs larmes : Ah !
quand donc viendra l'heureux moment où cette Vierge sainte paraîtra dans le monde ? Oh ! qu'ils seront heureux les yeux qui verront cette créature, qui doit être la Mère du Sauveur des hommes ! »
II. – Il serait impossible, M.F., de ne pas aimer Marie, si nous voulions réfléchir un instant sur sa ten-dresse pour nous, et sur les bienfaits dont elle n'a cessé de nous combler. En effet, si Jésus-Christ a répandu son sang précieux pour nous sauver, qui a produit ce sang adorable, n'est-ce pas Marie ? Si nous suivons les traces de sa vie mortelle, que de chagrins, que de douleurs, que d'angoisses n'a-t-elle pas endurés ? Toutes les fois qu'elle portait ses tendres regards sur son divin Fils, elle souf-frait, nous disent les saints Pères, plus que tous les mar-tyrs ensemble. – Et comment, me direz-vous ? – Dieu, pour accomplir cette prophétie, voulut lui faire connaître d'avance toutes les souffrances, les outrages et les tour-ments que son divin Fils devait endurer avant de mou-rir . Toutes les fois qu'elle touchait les pieds et les mains adorables de Jésus, elle se disait à elle-même « Hélas ! ces pieds et ces mains qui, pendant trente-trois ans, ne seront occupés qu'à porter les grâces et les béné-dictions, seront un jour percés et cloués à un bois infâme ; ses yeux d'amour seront couverts de crachats ; son visage, plus beau que les cieux, sera tout meurtri par les souf-flets qu'on lui donnera. Tout ce corps doit être flagellé avec tant de cruauté, qu'il sera presque impossible de le reconnaître pour un homme ; cette tête, toute rayon-nante de gloire, sera percée d'une cruelle couronne d'épines. » Lorsqu'elle passait par les rues de Jérusalem, elle se disait : « Un jour viendra où je verrai ces pavés tout arrosés de son sang précieux.
Il sera étendu sur l'arbre de la croix, j'entendrai les coups de marteau, et ne pour-rai lui apporter du secours. » « O douleur incompréhen-sible ! O martyre ineffable, nous dit un saint Père, il n'y a que Dieu qui puisse en comprendre toute l'étendue ! » Oui, M.F., nous disons que Jésus-Christ a fait éprouver en particulier à sa Mère chacune des douleurs de sa pas-sion ; car Marie avait continuellement à l'esprit les sup-plices qu'on devait faire endurer à son Fils. « Ah ! s’écrie saint Bernard, ce grand serviteur de Marie, que nous som-mes aveugles et malheureux, de ne pas aimer une Mère si bienfaisante et si bonne ! Depuis longtemps, sans les prières de Marie, le monde n'existerait plus et serait tombé en ruines à cause de nos péchés. »
En effet, il est rapporté que, du temps de saint Dominique et de saint François, Dieu était tellement irrité contre les hommes, qu'il avait résolu de les faire périr tous. Ces deux saints virent la sainte Vierge se jeter aux pieds de son divin Fils : « Mon Fils, lui dit-elle, souvenez-vous que c'est pour ce peuple que vous êtes mort ; j'enverrai mes deux grands serviteurs, en lui montrant saint Dominique et saint François, oui, ils iront partout le monde inviter tous les hommes à se convertir et à faire pénitence. » Hélas ! combien de fois n'a-t-elle pas présenté à son Fils les entrailles où il a été conçu, les mamelles qui l'ont allaité, les bras qui l'ont porté ? Combien de fois ne lui a-t-elle pas dit : « Mon Fils, laissez-vous toucher par les prières de celle qui vous a porté neuf mois dans son sein, qui vous a nourri avec tant de tendresse, et qui aurait donné sa vie avec tant de joie pour sauver la vôtre ; épargnez, s'il vous plaît, ce peuple qui vous a tant coûté. » O ingratitude ! O aveuglement des pécheurs, que tu es grand et incompréhensible ! N'avoir que du mépris pour celle qui aurait si volontiers donné sa vie pour nous ! Les saints, M.F., ont bien agi autrement envers Marie. Ah ! c'est qu'ils étaient persuadés que sans Marie, il leur était presque impossible de pouvoir résister aux attaques que le démon leur livrait pour les perdre. Saint Bernard nous dit que toutes les grâces que nous recevons du ciel, passent par les mains de Marie. Oui, nous dit un autre Père de l'église, « Marie est comme une bonne mère de famille qui ne se contente pas de prendre soin de tous ses enfants en général, mais qui veille sur chacun d'eux en particulier. » Si Dieu nous avait traités après chaque péché comme nous le méritions, depuis longtemps nous brûlerions dans les enfers. Oh ! combien sont dans les flammes, et qui n'y seraient pas, s'ils avaient eu recours à Marie ! Elle aurait prié son Fils de prolonger leurs jours pour leur donner le temps de faire pénitence. Si ce malheur, M.F., ne nous est pas arrivé, remercions Marie ; c'est véritablement à elle que nous en sommes redevables. Nous lisons dans l'évangile , « qu'un homme avait planté un arbre dans son jardin : quand le temps des fruits fut venu, il alla voir si cet arbre en avait ; mais il n'en trouva point. Il y alla une seconde et une troisième fois sans en trouver, alors il dit au jardinier : « Voilà trois fois que je viens en vain pour chercher du fruit, pourquoi laissez-vous cet arbre occuper la place d'un autre qui en porterait ? coupez-le et jetez-le au feu. » Que fait le jardinier ? Il se jette aux pieds de son maître pour le prier d'attendre encore quelque temps ; car il redoublera ses soins ; il travaillera la terre qui est autour ; il fumera l'arbre et n'oubliera rien pour lui faire porter du fruit. « Mais, ajoute-t-il, si l'année prochaine, lorsque vous viendrez, il n'a point de fruit, on le coupera et on le jettera au feu. » Image sensible, M.F., de ce qui se passe entre Dieu, la sainte Vierge et nous : Le Maître de ce jardin, c'est Dieu lui-même ; le jardin, c'est toute son église, et nous-mêmes sommes les arbres plantés dans ce jardin. Il prétend et il veut que nous portions du fruit, c'est-à-dire que nous fassions de bonnes oeuvres pour le ciel. Comme ce maître du jardin, il attend deux, trois, hélas ? peut-être vingt ou trente ans, pour nous donner le temps de nous convertir et de faire pénitence. Quand il voit que nous ne faisons qu'augmenter nos péchés, au lieu de nous corriger et de faire pénitence, il commande qu'on coupe cet arbre et qu'on le jette au feu ; c'est-à-dire, que Dieu permet au démon de prendre ces pécheurs pour les jeter en enfer.
Mais que fait Marie, M.F. ? Elle fait ce que fit ce bon jardinier, elle se jette aux pieds de son divin Fils : « Mon Fils, lui dit-elle, grâce encore pour quelque temps à ce pécheur, peut-être qu'il se conver-tira, peut-être qu'il fera mieux qu'il n'a fait. » Que fait--elle pour apaiser la colère du Père ? Elle lui remet devant les yeux tout ce que son Fils a fait et souffert pour réparer la gloire que le péché lui a ravie ; elle se hâte de représenter à son Fils tout ce qu'elle a souffert pendant sa vie mortelle pour l'amour de lui : « Mon Fils, lui dit-elle à chaque instant, encore quelques jours, peut-être qu'il se repentira. » O tendresse de Mère, que tu es grande ! mais que tu es payée d'ingratitude ! Les uns la méprisent, les autres, non contents de la mépriser, méprisent encore par leurs railleries ceux qui ont confiance en elle ! Eh bien ! M.F., quoique nous n'ayons que du mépris pour elle, elle ne nous a pas encore abandonnés ; car, si cela était, nous serions déjà en enfer ; la preuve en est bien convaincante. Voici ce que nous lisons dans la vie de Monsieur de Q….. Il rapporte lui-même, que le démon fit tout ce qu'il put pour le faire mourir dans le péché. Une nuit, le tonnerre faillit l'écraser : il perça plusieurs planches et emporta la moitié de son lit. Quelque temps après il se trouvait dans un endroit où l'on chassait le démon du corps d'un possédé, il lui demanda qui l'avait garanti de la foudre. Le démon lui répondit : « Remerciez la sainte Vierge, sans elle depuis longtemps nous vous tiendrions en enfer, nous avons bien cru vous avoir ce jour-là. » Eh bien ! M.F., je pourrais vous dire la même chose, et si vous vivez encore, malgré tant de péchés dont votre conscience est chargée, vous êtes sûrs que depuis longtemps vous souffririez dans l'autre vie, sans la pro-tection de Marie auprès de son divin Fils, qu'elle prie de prolonger vos jours, pour voir si vous vous convertirez.
Ah ! M.F., pourquoi n'aurions-nous pas sans cesse recours à la sainte Vierge, puisque nous avons toujours besoin de sa protection, et qu'elle est toujours portée à nous secourir ? Nous lisons dans la vie de sainte Marie égyptienne , qu'elle mena jusqu'à l'âge de dix-neuf ans une vie honteuse. Un jour de Vendredi saint, elle voulut aller, comme les autres, adorer le bois précieux de la vraie croix. A mesure qu'elle entre dans l'église, elle sent une main invisible qui la repousse dehors, et cela par trois fois. Effrayée, elle va se retirer au coin de la place, et se met à examiner d'où pouvait venir un événement si extraordinaire : tout le monde entrait sans difficulté, elle seule était repoussée avec tant de vio-lence. « Ah !, s'écria-t-elle en soupirant, mes crimes, je le vois bien, en sont la cause ! n'y aura-t-il plus de ressources ? Oserais-je me présenter devant Dieu, après lui avoir ravi tant d'âmes rachetées par son sang pré-cieux ? Souffrira-t-il que mon corps, qui n'a servi qu'au crime, s'approche de son bois sacré, lui, si saint et si pur ? Oh ! se dit-elle en pleurant amèrement, j'ai souvent entendu dire que la sainte Vierge avait une grande bonté pour les plus grands pécheurs, et que jamais personne ne l'avait priée sans avoir obtenu grâce et miséricorde, j'irai donc aussi la prier. »
Et elle se retire toute trem-blante, auprès d'une image de la sainte Vierge ; elle se prosterne le visage contre terre, qu'elle arrose de ses larmes : « O Vierge sainte, vous avez devant vous la plus grande pécheresse du monde ; oserais-je encore implorer votre secours et celui de votre divin Fils, m'aurait-il abandonné pour toujours ? O Vierge sainte, si vous m'obtenez miséricorde auprès de Jésus-Christ, et le bonheur d'aller adorer ce bois sacré sur lequel il s'est immolé, j'irai dans le lieu qu'il vous plaira pour faire pénitence. » Après cette protestation, elle va se représenter toute tremblante à la porte de l'église, pour voir si elle pourra entrer sans être repoussée, comme les autres fois. Elle entre sans nulle difficulté. Pleine de reconnaissance, elle adore le bois sacré, arrose le pavé de ses larmes, et se confesse pour recevoir le pardon de ses péchés. Dans la suite, elle se retira dans un bois où elle demeura pendant quarante ans, faisant retentir le désert de ses cris et de ses sanglots, ne se nourrissant que d'herbes sauvages. Elle rapporte elle-même que le démon la tenta pendant dix-neuf ans de toutes sortes de manières ; et, à mesure que le démon la tourmentait, elle redoublait ses pénitences ; parfois le matin, en se levant, elle était toute couverte de neige, et, dans son désert, le froid était si rigoureux, que son corps tombait par lambeaux. Elle méditait soir et matin, tantôt sur ses fautes passées, tantôt sur les grâces que Marie lui avait obtenues, ou encore sur l'espoir qu'elle avait d'aller chanter au ciel les miséricordes du Seigneur. Oh ! que nous serions heureux, M.F., si nous imitions cette grande pénitente dans son repentir et sa confiance envers Marie !
Quand on aime quelqu'un, on s'estime heureux d'en avoir quelque objet à titre de souvenir. De même, M.F., si nous aimons la sainte Vierge, nous devons nous faire un honneur et un devoir d'avoir dans nos maisons quel-ques-unes de ses images, qui, de temps en temps, nous rappellent cette bonne Mère. De plus, les parents vrai-ment chrétiens ne doivent jamais manquer d'inspirer à leurs enfants une tendre dévotion à la Sainte Vierge ; c'est le véritable moyen d'attirer sur leur famille les bé-nédictions du ciel et la protection de Marie. Nous lisons dans la vie de saint Jean Damascène , que l'empereur avait conçu contre les saintes images une telle aversion, qu'il avait commandé, sous peine de mort, de les dé-truire ou de les brûler. Saint Jean aussitôt se mit à écrire que l'on devait avoir des images et les honorer. L'empereur fut tellement irrité contre le saint, qu'il lui fit couper le poignet pour l'empêcher d'écrire. Le saint alla se prosterner devant une image de la sainte Vierge en lui disant : « Vierge sainte, je viens vous demander la main que l'on m'a coupée, parce que je voulais soutenir l'honneur que l'on rend à vos images, je sais que vous êtes assez puissante pour me la rendre. » Cette prière achevée, il s'endormit, et, pendant son sommeil, il vit la sainte Vierge ; elle lui dit que sa prière était exaucée.
Quand il s'éveilla, il trouva sa main parfaitement ratta-chée au bras, seulement Dieu lui avait laissé, à l'endroit où elle s'était rejointe à son bras, une petite raie rouge, pour le faire se souvenir de la grâce que la sainte Vierge lui avait obtenue. Par ce miracle, elle voulut montrer combien lui est agréable l'honneur que l'on rend à ses représentations, c'est-à-dire à ses images.
écoutez ce que nous dit saint Anselme : « Ceux qui seront assez malheureux pour mépriser la Mère, sont sûrs d'être méprisés du Fils. Oui, il n'y a que les dé-mons, les réprouvés et les grands pécheurs, plongés dans les ordures de leurs crimes, qui n'aiment pas Marie et qui n'ont pas confiance en elle. Vous connaîtrez facile-ment si un chrétien est dans la voie du ciel, ou s'il marche dans le chemin de la perdition : demandez-lui s'il aime Marie ; s'il vous dit que oui, et que ses actions le prouvent, bénissez le Seigneur, cette âme est pour le ciel. Mais s'il vous dit que non, et qu'il ne paraisse avoir que du mépris pour ce qui regarde son culte, jetez-vous aux pieds de votre crucifix, et pleurez amèrement ; car il est abandonné de Dieu, et prêt à tomber dans les abîmes. Oui, quand vous seriez plongés dans les habi-tudes les plus honteuses, si vous avez confiance en elle, ne désespérez pas, elle vous obtiendra tôt ou tard votre pardon. » Nous lisons dans l'histoire que saint Denis l'Aréopagite fut grand dévot envers Marie. Il eut le bon-heur de vivre du temps que la sainte Vierge était encore sur la terre. Il pria saint Jean l'évangéliste, à qui Dieu avait confié Marie avant de mourir, de lui procurer le bonheur de voir la sainte Vierge. Saint Jean le fit donc entrer dans la chambre où elle était. Saint Denis fut si ébloui de sa présence, que tout à coup il se vit tout en-vironné d'une lumière céleste : « Je me perdais, disait-il, je sentais sortir de son corps une odeur si agréable, que je croyais mourir d'amour ; mon esprit et mon cœur étaient tellement frappés de la grandeur de sa gloire, que je tombais en défaillance. Je voyais sortir de son corps sacré un si grand éclat de lumière, que si la foi ne m'avait pas enseigné qu'il n'y a qu'un Dieu, je l'aurais vraiment prise pour une divinité. Tout le reste de ma vie, il me semblait l'avoir présente à mes yeux ; mon esprit et mon cœur étaient constamment dans cette chambre où j'ai eu le bonheur de la contempler ! Oh ! que sera-ce donc, quand nous la verrons dans le ciel, auprès de son Fils, sur le beau trône de la cour céleste, et revêtue de la gloire de Dieu même.
» Eh quoi ! M.F., après tout ce que nous venons de dire, nous n'aimerions pas Marie, elle qui semble ne se réjouir d'être Mère de Dieu, qu'afin de nous obtenir plus de grâces ? O aveu-glement ! .... Ne pas aimer celle qui ne veut que notre bonheur, cette mère qui aurait donné sa vie pour nous sauver !...
III. – La sainte Vierge est encore un rempart conti-nuel contre les attaques du démon ! Un jour saint Domi-nique, son grand serviteur, étant prié de chasser le dé-mon du corps d'un possédé en présence d'une foule immense de personnes, qui étaient venues pour être témoins de cette action ; le démon avoua devant tout le monde que la sainte Vierge était sa plus cruelle enne-mie, qu'elle renversait tous ses desseins ; que, sans elle, depuis longtemps, il n'y aurait plus de religion, et qu'il aurait bouleversé l'église par les schismes, les hérésies. Marie, à chaque instant, lui arrachait des âmes qu'il espérait un jour avoir en enfer ; que plusieurs, à l'heure de la mort, en réclamant son secours, avaient obtenu miséricorde, et qu'aucun de ceux qui avaient confiance en elle n'avait été perdu. Voilà, M.F., ce que le démon avoua devant tous ceux qui étaient pré-sents. Et s'il faut vous en convaincre encore mieux, voyons cette femme qui fut accusée faussement par son mari et condamnée à mourir sur l'échafaud : elle alla se jeter au pied d'une image de la sainte Vierge, la priant de ne pas la laisser mourir, puisqu'elle était innocente. Or, au moment où le bourreau voulut l'exécuter, jamais il ne put en venir à bout. La croyant morte pourtant, on la détacha, et lorsqu'on la porta à l'église pour la mettre en terre, non seulement elle donna des signes de vie, mais elle se leva et courut auprès d'une image de la sainte Vierge : « O Vierge sainte, s'écria-t-elle, vous êtes ma libératrice ? »
Se tournant vers le peuple qui remplissait l'église : « Oui, lui dit-elle, j'ai vu Marie qui arrêtait la main du bourreau, et qui me consolait pen-dant que j'étais suspendue au gibet. »
Tous ceux qui furent témoins de ce miracle sentirent redoubler leur confiance envers la sainte Vierge.
Mais, diront quelques hommes ignorants et sans reli-gion, tout cela est bon pour ceux qui ne savent pas lire, ou pour des pauvres d'esprit et de biens. – Ah ! M.F., si je voulais, je vous prouverais que dans tous les états il y a eu de grands serviteurs de la sainte Vierge ; je vous en trouverais parmi ceux qui mendient leur pain de porte en porte ; je vous en trouverais parmi ceux qui sont dans un état tel que celui de la plupart d'entre vous ; je vous en trouverais parmi les riches, et en grand nombre. Nous lisons dans l'évangile que Notre-Sei-gneur a toujours traité tout le monde avec une grande douceur, excepté une sorte de personnes qu'il a traitées durement : c'étaient les Pharisiens ; et cela parce qu'ils étaient des orgueilleux et des pécheurs endurcis. Ils l'auraient volontiers empêché, s'ils l'avaient pu, d'ac-complir la volonté de son Père ; aussi les appelait-il des « sépulcres blanchis, des hypocrites, des races de vi-pères, des vipereaux, qui déchirent le sein de leur mère. » Nous pouvons dire la même close au sujet de la dévotion envers la sainte Vierge. Les chrétiens ont tous une grande dévotion à Marie, excepté ces vieux pécheurs endurcis, qui, depuis longtemps, ayant perdu la foi, se roulent dans les ordures de leur brutale pas-sion. Le démon tâche de les tenir dans l'aveuglement jusqu'au moment où la mort leur fera ouvrir les yeux. Ah ! s'ils avaient le bonheur d'avoir recours à Marie, ils ne tomberaient pas en enfer, comme il leur arrivera ! Non, M.F., n'imitons pas ces gens-là ! au contraire, suivons les traces de tous les vrais serviteurs de Marie. De ce nombre était saint Charles Borromée, qui disait toujours son chapelet à genoux ; bien plus, il jeûnait toutes les veilles des fêtes de la sainte Vierge. Il était si exact à la saluer au son de la cloche, que quand l'Ange-lus sonnait, dans quelque lieu qu'il se trouvât, il se met-tait à genoux, quelquefois même au milieu de la rue toute pleine de boue. Il voulait que dans tout son diocèse l'on eût une grande dévotion à Marie, et qu'on pronon-çât son saint nom avec beaucoup de respect. Il fit bâtir une quantité de chapelles en son honneur. Eh bien ! M.F., pourquoi n'imiterions-nous pas ces grands saints qui ont obtenu de Marie tant de grâces pour se préser-ver du péché, n'avons-nous pas les mêmes ennemis à combattre, le même ciel à espérer ? Oui, Marie a tou-jours les yeux sur nous : sommes-nous tentés, tour-nons notre cœur vers Marie et nous sommes sûrs d'être délivrés.
Mais ce n'est pas encore assez, M.F. ; pour mériter sa protection, il faut imiter les vertus dont elle nous a donné l'exemple. Il faut imiter sa grande humilité. Elle ne méprisait jamais personne : quoiqu'elle sût très bien que Dieu l'avait élevée à la plus grande de toutes les dignités, celle de Mère de Dieu, de Reine du ciel et de la terre, cependant elle se regardait comme la dernière des créatures. Il faut imiter son admirable pureté, qui l'a rendue si agréable à Dieu. Sa modestie était si grande, que Dieu prenait plaisir à la contempler. Il faut, M.F., à son exemple, nous détacher des choses de ce monde, et ne plus penser qu'au ciel, notre véritable patrie. De-puis l'Ascension de son divin Fils, elle ne faisait que languir sur la terre. Elle supportait la vie avec patience, il est vrai ; mais attendait avec ardeur la mort qui devait la réunir à son divin Fils, unique objet de son amour. Combien de fois ne s'est-elle pas écriée comme le pro-phète : « Mon Dieu, jusques à quand prolongerez-vous mon exil ! Oh ! quand viendra l'heureux moment où je vous serai réunie pour toujours ? Oh ! si vous voyez mon époux, dites-lui que je languis d'amour ! » Dieu la retira de ce monde où elle avait tant souffert pendant son long pèlerinage ; elle mourut, mais ni les infirmités de l'âge, ni les défaillances de la nature ne lui donnèrent la mort, ce fut le seul amour de son divin Fils. Son pre-mier souffle avait été un souffle d'amour, il était bien juste que son dernier fût aussi un souffle d'amour. Si nous voulons nous en convaincre, M.F., jetons un coup d’œil sur le lit de mort de Marie. O spectacle nouveau ! le ciel et la terre sont ravis d'admiration ; les fidèles accourent de toutes parts ; les apôtres se trouvent réunis par miracle dans cette pauvre maison. L'on ne voit pas dans la mort de Marie ce qui fait horreur dans la nôtre : cette pâleur effrayante, cette défaillance universelle, ces douloureuses convulsions de l'agonie ; à la mort de Marie tout est tranquille, son visage est plus brillant que jamais, ses grâces modestes se manifestent encore avec plus d'éclat que pendant sa vie, une aimable pudeur brille sur son front, une douce majesté couvre son saint corps ; ses yeux, tendrement fixés vers le ciel, en ont déjà toute la sérénité ; son esprit, abîmé en Dieu, semble déjà le voir face à face ; son tendre cœur, pressé d'un amour également doux et fort, goûte par avance les torrents de délices éternelles que son Dieu lui préparait dans le ciel. Elle n'a point de crainte, parce qu'elle n'a jamais offensé son Dieu ; elle n'a point de chagrin, parce qu'elle ne s'est jamais attachée aux choses terrestres ; elle ne soupire qu'après son Jésus, et la mort lui pro-cure ce bonheur ; elle le voit venir au devant d'elle, avec toute la cour céleste, pour honorer son entrée triom-phante dans le ciel. Ainsi s'endort dans le baiser du Seigneur cette amante sacrée, ainsi disparaît ce bel astre qui a éclairé le monde pendant soixante et douze ans. Ainsi triomphe de la mort celle qui a enfanté l'Auteur de la vie... Que conclure de tout cela, M.F. ? Que nous devons, à l'exemple de Marie, soupirer et travailler à mériter le même bonheur. C'est ce que je vous souhaite.
PREMIER DIMANCHE D'OCTOBRE
FêTE DU SAINT ROSAIRE
Dicit discipulo : Ecce mater tua.
Jésus dit au disciple qu'il aimait : Mon Fils, voilà votre Mère.
(S. Jean, XIX, 27.)
Que ces paroles, M.F., sont douces et consolantes, pour un chrétien qui peut comprendre toute l'étendue de l'amour qu'elles renferment ! Oui, Jésus-Christ, après nous avoir donné tout ce qu'il pouvait nous donner, c'est-à-dire, les mérites de tous ses travaux, de ses souffrances, de sa mort douloureuse, ah ! vous le dirai-s-je, son Corps adorable et son Sang précieux pour servir de nourriture à nos âmes, il veut encore nous faire héritiers de ce qu'il a de plus précieux, c'est-à-dire sa sainte Mère. Ne semble-t-il pas lui dire : « Ma Mère, il faut que je retourne à mon Père et que je quitte mes enfants ; le démon va faire tout ce qu'il pourra pour les perdre ; mais, ce qui me console, c'est que vous en prendrez soin, que vous les défendrez et que vous les soutiendrez dans leurs peines. » Et la sainte Vierge ne lui dit-elle pas de son côté : « Non, mon Fils, je ne cesserai jamais d'en avoir soin, jusqu'à ce qu'ils soient arrivés dans votre royaume, dans ce royaume que vous leur avez acquis par vos souffrances ? » Oh ! Quel bonheur pour nous, M.F. ! quelle ressource ! et quelle espérance nous trouvons dans Marie pour vaincre le démon, nos passions et le monde ! « Avec un tel guide, nous dit saint Bernard, l'on ne peut pas s'égarer ; avec une telle protection, il est impossible de périr. » Oh ! M.F., comme il est en sûreté, celui qui a une vraie confiance en la sainte Vierge ! Toutes les fêtes de la sainte Vierge nous annoncent quelque nouveau bienfait du ciel. Sa Conception, sa Naissance, sa Présentation au temple, sa Visitation à sainte élisabeth, la fête de sa Compassion, et enfin son Assomption ; mais nous pouvons dire que la fête du saint Rosaire est comme un résumé de toutes les grâces que le bon Dieu lui a accordées pendant sa vie, et elle nous rappelle que son divin Fils lui a mis entre les mains tous ses trésors. En conséquence, M.F., voulons-nous devenir riches des biens du ciel ? Allons à Marie, nous trouverons auprès d'elle toutes les grâces que nous pouvons désirer : grâces d'humilité, de pureté, de chasteté, d'amour de Dieu et du prochain, de mépris de la terre et de désir du ciel. Mais, pour mieux vous en convaincre, je vais vous montrer 1 que toutes les grâces nous viennent par elle ; et 2 que toutes les confréries qui sont établies en son honneur, et en particulier celle du saint Rosaire, nous attirent les faveurs les plus abondantes.
I. – Nous avons besoin d'un puissant secours dans trois différents états. Le premier est celui où nous nous trouvons pendant que nous sommes sur la terre, où le démon ne cesse de nous tendre mille pièges pour nous tromper et nous perdre. Le deuxième état, c'est celui où nous serons quand nous paraîtrons devant le juge, et que nous rendrons compte d'une vie qui peut-être ne sera qu'un tissu de péchés. Enfin, le troisième état est celui où nous nous trouverons quand, après avoir été jugés, nous irons passer peut-être un nombre infini d'années dans les flammes du purgatoire. Ah ! malheur à nous, si dans tous ces états nous n'avions pas la sainte Vierge pour venir à notre secours, pour solliciter la miséricorde de son Fils en notre faveur ! Mais nous sommes sûrs qu'elle sera avec nous si, pendant notre vie, nous avons eu une grande confiance en elle, si nous avons tâché d'imiter ses vertus aussi fidèlement que possible.
1 Je dis que notre vie est une chaîne de misères, de maladies, de chagrins et de mille autres peines, ainsi que le Saint-Esprit nous le dépeint si bien par la bouche du saint homme Job : « L'homme... souffre beau-coup . » Mais sans remonter si loin, rentrons dans notre propre cœur, et nous verrons des familles de pé-chés qui en naissent sans cesse. En effet, combien, pen-dant notre vie, n'éprouvons-nous pas de mauvaises pen-sées, et de ces mauvais désirs que bien souvent nous ne voudrions pas avoir ; combien de pensées de haine, de vengeance, d'orgueil, de vanité ; combien de mur-mures dans les petites peines que le bon Dieu nous envoie ; combien de dégoûts pour le service de Dieu, même pendant la Messe, temps si précieux où Jésus--Christ s'immole pour nous à la justice de son Père ? Combien de fois ne nous sentons-nous pas comme en-traînés par les mauvais exemples de ceux qui nous environnent, et surtout par leur conduite toute impie, toute mondaine ? Mais, sans sortir de nous-même, tous nos sens ne sont-ils pas comme autant de cordes qui nous traînent au mal, presque malgré nous ? De ceci je conclus que, si nous sommes seuls pour combattre, il nous est très difficile d'échapper au danger. Voici un exemple qui va bien nous le démontrer. Saint Philippe de Néri méditait un jour sur le danger continuel où nous sommes de nous perdre ; il s'étonnait de ce que déjà si portés au mal de nous-mêmes, nous fussions encore environnés de si nombreux et si mauvais exem-ples. Une fois, il sortit dans un lieu retiré pour mieux pleurer à son aise ; se croyant seul, il s'écria : « Hélas ! mon Dieu, je suis perdu !
je suis damné ! » Une per-sonne l'ayant entendu, courut à lui. « Mon père, est-ce que vous vous laissez aller au désespoir ? Vous savez bien que la miséricorde de Dieu est infinie ! » Oh ! non, mon ami, je ne désespère pas, au contraire, j'es-père beaucoup ; mais la pensée que je suis seul pour combattre m'effraye, à la vue de tant de dangers qui m'environnent. »
Dites-moi, M.F., comment pouvoir échapper à tous les pièges que nous tendent le démon, le monde et nos penchants ! Hélas ! si nous sommes seuls pour com-battre, si nous n'avons pas quelqu'un de puissant pour nous aider, il est bien à craindre que jamais nous n'allions jusqu'au bout ! Et pour cela, que pouvons-nous trouver de plus puissant pour vaincre nos ennemis, sinon la sainte Vierge ? Si malheureux que nous soyons, M.F., nous avons cependant de grandes ressources. écoutez saint Bernard : « Mes enfants, êtes-vous tentés ? Appelez Marie à votre secours, et le tentateur disparaîtra. Elle est cette Vierge sans pareille qui a enfanté Celui qui a enchaîné le démon. Etes-vous dans la peine ? Regardez Marie, elle est la consolatrice des affligés, elle est aussi mère de douleur, puisque sa vie n'a été qu'un abîme d'amertume. êtes-vous attaqués par le démon d'impureté ? Jetez-vous aux pieds de Marie ; elle a trop à cœur de vous conserver cette belle vertu si agréable à son Fils. » Disons plus, M.F., avec l'aide de Marie, nous n'avons qu'à vouloir vaincre pour être sûrs d'être victorieux. Oh ! M.F., que nous sommes heureux d'avoir tant de moyens de faire notre salut, si nous savons en profiter. Hélas ! que d'âmes brûleraient maintenant en enfer, sans la protection de Marie !
2 Nous venons de voir, M.F., que pendant notre vie, mille dangers nous environnent pour nous perdre ; mais, en revanche, nous avons de grandes ressources pour nous aider à vaincre. Lorsque nous sortons de ce monde, nous allons rendre compte à Dieu de toutes nos oeuvres. Ce moment est effrayant, puisqu'il décide de notre sort ou pour le ciel ou pour l'enfer, sans appel, sans espérance de jamais changer notre arrêt. Le dé-mon, qui en connaît bien mieux que nous les dangers, redouble ses efforts pour nous tromper ; car, s'il peut nous gagner, il nous traîne aussitôt en enfer. C'est la pensée de ce terrible moment qui a porté tant de grands du monde à tout quitter, pour aller passer le reste de leur vie dans les larmes et les pénitences, et avoir ainsi quelque espérance à ce moment si redoutable au pé-cheur. Voyez un saint Hilarion (Citer sa vie), un saint Arsène (Citer...). Ah ! M.F., que sera-t-il de nous qui serons tout couverts de péchés, et qui n'aurons rien fait de bon ?...
Ce qui pourra cependant nous rassurer, c'est que, pendant que nous serons devant le tribunal de Jésus--Christ, un grand nombre d'âmes seront en prières, de-mandant grâce pour nous ; je dis plus, c'est la sainte Vierge elle-même qui présentera nos âmes à son Fils, notre juge. Oh ! M.F., quelle espérance pour nous dans ce moment terrible ! (Citer le trait de saint Jérôme de-vant le tribunal de Jésus-Christ).
3 Après que ce moment redoutable sera passé, quoi-que jugés dignes pour le ciel, combien d'années n'au-rons-nous pas à souffrir en purgatoire, où la justice de Dieu se fait sentir avec tant de rigueur ? (Citer l'exemple de sainte Hildegarde). Mais, dites-moi, quelle plus grande consolation pour un chrétien dans les flammes, que de savoir et de sentir que de si puissantes prières sont dites pour lui, et lorsqu'il voit le temps de sa peine s'écouler avec rapidité ?...
II. – Nous pouvons dire, M.F., que toutes les con-fréries établies par l'église, sont des moyens que le bon Dieu nous fournit pour nous aider à faire notre salut, et des moyens d'autant plus puissants, que les membres, qu'ils soient sur la terre, qu'ils soient dans le ciel, réunissent ensemble toutes leurs prières. Chaque con-frérie a un but particulier. Ceux qui font partie de la confrérie du Saint-Sacrement ont pour but de dédom-mager Jésus-Christ des outrages qu'il reçoit dans la récep-tion des sacrements, et surtout dans le sacrement ado-rable de l'Eucharistie. Ils se réunissent pour faire amende honorable à Jésus-Christ de tant de communions et de confessions sacrilèges ; ils doivent aussi faire des péni-tences, des aumônes... Ceux qui sont de la sainte con-frérie du Cœur de Jésus-Christ, veulent dédommager le divin Maître du mépris que l'on fait de son amour pour les hommes. Ils doivent souvent faire des actes d'amour de Dieu, et se plaindre auprès de lui de ce que les hommes ont si peu d'amour pour celui qui nous a tant aimés. Ceux qui sont de la confrérie du saint Esclavage, déposent entre les mains de la sainte Vierge toutes leurs actions, afin qu'elle les présente elle-même à son divin Fils ; ils se regardent comme ne s'appartenant plus à eux-mêmes, mais tout à la sainte Vierge. Dans la con-frérie du Saint-Scapulaire, nous nous faisons un hon-neur de porter sur nous un signe, par lequel nous re-connaissons que Marie est notre souveraine, et que nous lui appartenons d'une manière toute particulière. De son côté, elle s'engage à ne jamais nous refuser sa pro-tection, pendant notre vie et à l'heure de notre mort. Quant à la confrérie du Saint-Rosaire, c'est une des plus étendues. Elle est, pour ainsi dire, établie dans tout le monde catholique, et se compose de tout ce qu'il y a de plus fervents chrétiens. Nous pouvons dire que si quel-qu'un a le bonheur d'être de cette sainte confrérie, dans tous les coins du monde chrétien il y a des âmes qui prient pour sa conversion, s'il est assez malheureux d'être dans le péché ; pour sa persévérance, s'il a le bonheur d'être dans la grâce du bon Dieu, et pour sa délivrance, s'il est dans les flammes du purgatoire. Cela seul devrait nous faire sentir combien nous en recevons de secours, pour nous aider à opérer notre salut.
Le Rosaire est composé de trois parties, qui sont consacrées à honorer les trois différents états de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La première est pour honorer son Incarnation, sa Naissance, sa Circoncision, sa fuite en égypte, sa Présentation, sa perte dans le temple. Il faut alors demander à Dieu la conversion des pécheurs et la persévérance des justes. La seconde est pour honorer sa vie souffrante et sa mort douloureuse sur la croix, en demandant les grâces nécessaires pour les affligés, pour les agonisants et pour ceux qui vont paraître devant le tribunal de Dieu et y rendre compte de leur vie. La troisième est consacrée à honorer sa vie glorieuse, en priant pour la délivrance des âmes du pur-gatoire. Oui, M.F., tous ces mystères bien médités seraient capables de toucher les cœurs les plus endur-cis, et d'en arracher les habitudes les plus invétérées.
Je dis d'abord que, dans la première partie, nous demandons à Dieu la conversion des pécheurs et la persévérance des justes. En effet, dès que nous sommes dans le péché, nous n'avons plus que l'enfer à attendre: la foi s'éteint en nous peu à peu, l'horreur du péché dimi-nue et la pensée du bonheur du ciel s'affaiblit ; de sorte que nous tombons dans le péché sans presque nous en apercevoir ; et, ce qui est bien plus malheureux encore, un grand nombre prennent plaisir à y rester. Voyez-en un exemple dans la personne de David, qui demeura dans son péché jusqu'à ce que le prophète vint le faire rentrer en lui-même . (Citer le trait.) Eh bien ! M.F., qui nous aidera à sortir de cet abîme ? Ce n'est pas nous, puisque nous ne connaissons pas même notre état ; or, qu'arrive-t-il ? Pendant que nous sommes dans un état si malheureux, un grand nombre d'âmes, dans tous les lieux du monde, sont en prières pour demander à Dieu d'avoir pitié de nous. II est impossible qu'il ne se laisse pas toucher par cette union de prières. Que de remords de conscience, que de bonnes pensées, que de bons désirs, que de moyens se présentent à nous pour nous faire sortir du péché ! Ne sommes-nous pas étonnés de voir comment nous avons pu rester dans un état si mal-heureux et qui nous exposait à nous perdre à tout mo-ment ? Si nous nous damnons étant de cette confrérie, il faudra autant nous faire violence que pour nous sauver, tant les grâces et les secours y sont grands et abondants. Ce qu'il y a encore de consolant, c'est qu'il n'y a pas une minute dans le jour et la nuit où l'on ne prie pour nous ; comment donc pourrait-on rester dans le péché et se damner ?
Nous disons que cette partie est encore offerte pour demander au bon Dieu la persévérance de ceux qui ont le bonheur d'être dans sa grâce. Mais, M.F., quand nous aurions ce bonheur, nous ne sommes pas tout à fait délivrés pour cela ; le démon ne laisse pas que de reve-nir pour nous porter au mal s'il le peut. Combien de fois ne nous sommes-nous pas trouvés dans de si grands dangers, que nous sommes étonnés de n'y avoir pas succombé ! Ah ! la véritable cause de notre résistance c'est que, dans le temps où nous étions tentés, il y avait un nombre presque infini d'âmes, qui, par leurs prières, leurs pénitences et toutes leurs saintes commu-nions, ont opposé aux efforts du démon un rempart impénétrable !