Sermons du curé d'Ars (page 53)
Dites-moi, M.F., dans vos confessions et avant vos confessions avez-vous eu soin de demander à Dieu ses grâces et ses lumières pour ne pas profaner ce sacre-ment de miséricorde ? Oui, nous oublions peut-être que sans Dieu nous ne pouvons rien que faire mal. Avez--vous fait comme l'aveugle de Jéricho, qui reconnut son aveuglement et qui le déplora amèrement ? Avez-vous fait comme lui, qui s'adressa à Dieu avec tant de sincérité, animé d'une foi si vive, qu'il mérita de recouvrer la vue ? « O Jésus ! fils de David, ayez pitié de moi ! » Cela plusieurs fois de suite : « O Jésus ! fils de David, ayez pitié de moi. » Jésus, touché, toujours prêt à nous écouter et à nous accorder l'effet de nos demandes, se tourne contre lui en lui disant : «Que voulez-vous de moi ? » – « Mon Dieu, lui répond l'aveugle, faites que je voie. » – « Eh bien, lui dit ce bon Jésus, voyez ! » Hélas ! M.F., si lorsque nous sommes dans le péché nous sommes dans les ténèbres, nous pouvons nous adresser à Dieu comme l'aveugle : « Mon Dieu, devons--nous lui dire, faites que je voie le nombre et la malice de mes péchés. » Disons encore comme le saint roi David : « Mon Dieu, vous êtes ma lumière, éclairez mes ténèbres. » Et avec le saint homme Job : « Seigneur, montrez-moi mes péchés et toutes mes fautes . » Dieu qui désire mille fois mieux notre salut que nous le désirons nous-mêmes, ne manquera pas certainement de nous accorder la grâce que nous demandons.
Aussi, M.F., étant seuls et en la présence de Dieu, il faut commencer notre examen de conscience et re-chercher tous nos péchés ; prenez les commande-ments de Dieu et ceux de l'Eglise et les péchés capi-taux, et voyez comment et en combien de manières vous avez péché contre ces commandements. Examinez les devoirs de votre état, comparez votre vie avec vos devoirs ; remarquez avec soin, sans vous presser, en quoi vous vous en êtes écartés par pensées, par désirs, par actions et omissions. Pour vous faciliter cette recherche, examinez quelles sont vos occupations les plus ordinaires, les lieux où vous allez, les personnes que vous voyez.
Je n'entrerai pas dans tous ces détails, cela ne finirait plus ; c'est à chacun de vous à vous examiner là-dessus, et à voir en quoi vous êtes coupable. D'abord, examinez--vous sur vos confessions passées et voyez si vous avez assez accusé tous vos péchés mortels, avec une véritable douleur d'avoir offensé Dieu et un ferme propos de vous corriger et de quitter non seulement le péché, mais encore l'occasion prochaine du péché ; comme, par exemple, si vous demeuriez dans une maison où il y avait quelques personnes qui vous sollicitaient au mal ; que vous eussiez manqué de le dire par crainte que l'on vous en fît sortir : votre confession ne vaudrait rien. Voyez si vous avez bien fait votre pénitence dans le temps qu'on vous l'avait ordonnée ; si vous avez fait toute réparation et les restitutions que vous pouviez et deviez faire, qui vous étaient commandées par votre confesseur.
2 Examinez-vous sur les devoirs de votre état, com-ment vous les avez remplis, c'est à quoi beaucoup de personnes ne font pas attention, et ce qui en jettera un grand nombre en enfer. – Mais, me direz-vous, comment faut-il donc s'examiner sur les devoirs de son état ? -Et comment ? Cela n'est pas bien difficile. Vous savez bien à quoi vous vous occupez, qui sont ceux qui sont sous votre conduite, dont Dieu vous demandera compte un jour. êtes-vous père ou mère de famille ? Hé bien ! examinez-vous, comment vous vous êtes conduits envers vos enfants. Les avez-vous instruits de tous leurs de-voirs de religion ? Avez-vous eu soin de leur apprendre leurs prières dès qu'ils ont commencé à parler ? Leur avez-vous inspiré le respect qu'ils devaient avoir en la sainte présence de Dieu ? Ne leur avez-vous pas fait prier le bon Dieu sans prendre de l'eau bénite, sans leur dire pourquoi l'on prenait de l'eau bénite et les grâces qu'elle nous procurait ? Leur avez-vous appris les prin-cipaux mystères de la religion, nécessaires pour être sauvés ? Ne les avez-vous pas laissés dans une ignorance crasse, ne prenant pas tant à cœur le salut de leur âme que la conservation de vos bêtes ? Les avez-vous fait travailler, avant de les faire prier le bon Dieu ? Avez-vous négligé de les corriger les voyant offenser le Bon Dieu ? En avez-vous ri au lieu de les châtier chrétien-nement ? Leur avez-vous donné le mauvais exemple en vous mettant en colère, en vous disputant avec votre mari, vos voisins ou voisines ? N'avez-vous pas médit ou calomnié en leur présence ? Leur avez-vous appris à ne jamais mépriser les pauvres, en leur faisant donner l'aumône aux pauvres ? Avez-vous fait tout ce que vous avez pu pour les rendre agréables à Dieu et assurer leur salut ? Avez-vous manqué un jour de prier le bon Dieu pour eux ? Avez-vous manqué de les mettre sous la pro-tection de la Sainte Vierge quand ils sont venus au monde ?
Si vous avez des domestiques, avez-vous eu bien soin de les instruire ou de les faire instruire ? Les avez--vous fait assister aux catéchismes ? N'avez-vous rien négligé pour leur apprendre les moyens nécessaires pour se sauver ? Ne les avez-vous pas laissés dans l'ignorance crasse qui, de la mort, les traînera en enfer ? Avez-vous préféré le soin de vos bêtes au soin de leurs pauvres âmes qui ont tant coûté à Jésus-Christ, et que vous laissez perdre si misérablement en leur faisant manquer les offices et les instructions ? Avez-vous bien veillé sur leur conduite ? Leur avez-vous bien payé tous leurs gages ? En avez-vous eu soin dans leurs maladies ?
Et vous, ouvriers, en vous faisant bien payer, avez--vous eu soin de bien faire l'ouvrage tel que vous l'aviez promis ? Et vous, domestiques, examinez en quoi vous avez manqué envers vos maîtres : défaut de respect, murmure en obéissant, temps perdu : ne leur auriez--vous pas désobéi lorsqu'ils vous envoyaient aux offices ou aux catéchismes ? Ne les avez-vous pas décriés auprès des autres domestiques, pour leur donner mauvaise réputation ? Que chacun, M.F., sonde sa conscience, afin de pouvoir se rendre compte à soi-même, afin de pouvoir se connaître, dans le tribunal de la pénitence, aussi coupable que l'on est.
3 Je dis qu'il faut encore s'examiner sur les péchés d'omission, et presque personne n'y pense. Par exemple : pouvant faire l'aumône, avez-vous négligé de la faire ? Pouvant assister à la messe les jours ouvriers, y avez--vous manqué ? Pouvant rendre quelques services à votre prochain, l'avez-vous refusé ? Avez-vous donné de bons exemples à vos enfants, à vos domestiques ? Vous ont-ils vu manquer la Messe, les Vêpres, vos prières le matin et le soir ? êtes-vous fidèles à fuir les occasions de péché, telles que la danse, le cabaret et les jeux ? Avez-vous travaillé à vous rendre agréables à Dieu ?
4 Je dis qu'il faut encore vous examiner sur vos péchés d'habitude. Sur chaque péché que l'on découvre, il faut encore examiner les circonstances nécessaires pour les bien faire connaître, et le nombre de fois que l'on y est tombé ; déclarer qui nous a donné l'occasion et quelles ont été les suites. Comme par exemple : si l'on vous avait confié un secret, il ne suffirait pas de dire que vous avez violé le secret, mais il faudrait encore dire quel mal cela a fait, sur quelle personne le mal est tombé. Si vous avez maudit, il faut dire si c'est par haine ou par ressentiment, ou simplement par légèreté si c'est en présence de plusieurs personnes, si cela a été applaudi par plusieurs, si votre mauvais exemple les a portés à maudire, combien de personnes et combien de fois. Si c'est un péché d'habitude, il faut dire combien a duré cette habitude, dans quel temps et dans quel lieu on l'a commis, ce qui est encore nécessaire pour en fixer la malice.
Vous conviendrez avec moi, M.F., que pour un tel examen il faut du temps, de l'application et de l’instruc-tion. Pour savoir combien il faut de temps, il est bien difficile de le savoir : il n'est pas douteux que ceux qui ne se confessent que rarement, il leur faut plus de temps qu'à ceux qui se confessent souvent. – Mais quelle application ou quels soins faut-il donner ? – Ce que vous donneriez pour faire une affaire que vous auriez à cœur de faire réussir, et que vous regarderiez comme un grand malheur si elle manquait.
Il n'est pas nécessaire, M.F., de vous parler longtemps du bonheur d'une bonne confession, ni du malheur d'une mauvaise. Vous savez qu'une bonne confession nous rend le ciel et l'amitié de notre Dieu, et qu'une mauvaise nous chasse du Paradis et nous précipite au plus profond des enfers. Cette seule pensée doit nous faire comprendre le temps et le soin que nous devons y apporter pour la faire saintement. Hélas ! M.F., combien de pécheurs qui s'aveuglent quand ils n'ont pas ces gros péchés que souvent même des païens honnêtes ne com-mettraient pas ! Il n'ont rien à dire. Cependant on les verra, pendant les saints offices, sans respect, sans dévo-tion, vivant dans une négligence habituelle de leur salut : et ils n'ont rien ! Hélas ! c'est qu'ils ne veulent pas se donner la peine de descendre dans leur cœur, où ils trouveraient de quoi les faire mourir d'horreur. Hélas ! combien de mensonges pernicieux, combien d'injustices, combien d'usures dans leurs prêts ! Combien de torts et, par conséquent, de restitutions à faire. Il en est de même pour ceux qui mènent une vie lâche et sensuelle ; qui croient que c'est assez d'une messe ; encore Dieu seul sait comment ils l'entendent ! Point de difficulté de manquer les vêpres, les catéchismes et les autres exercices de piété ! Hélas ! ils ne veulent pas chercher leurs fautes, parce qu'ils ne veulent pas changer de vie continuant à vivre dans une ignorance crasse et des plus criminelles. Mais, sans aller plus loin, une partie des chrétiens ne voient pas leurs péchés, parce qu'ils ne veillent pas assez sur eux-mêmes ; ils ne veulent pas prendre la peine de se faire instruire de leurs devoirs et de leur religion. Que s'ensuit-il de là, M.F., sinon une chaîne de confessions sacrilèges ? O mon Dieu, que de chrétiens damnés à cause de leur ignorance ! qui, en sortant du tribunal de la pénitence, sortent plus cou-pables qu'ils ne sont entrés.
Et que devez-vous faire pour éviter un si grand mal-heur ? M.F., le voici : ayez un grand soin de vous bien faire instruire de vos devoirs ; et, pour cela, soyez assi-dus et attentifs à écouter les instructions, catéchismes, lectures de piété. Soyez de bonne foi avec vous-mêmes, ayez une volonté ferme de sauver votre pauvre âme. Prenez l'habitude de vous examiner le matin, à midi et le soir, comment vous avez passé la journée. Le di-manche, rappelez à votre mémoire les plus gros péchés de la semaine : en suivant cette marche vous ne per-drez jamais vos péchés pour les déclarer ; vous vous en rappellerez, et, en vous en rappelant, vous ne pourrez pas vous empêcher de les détester et de faire tous vos efforts pour vous en corriger. Oui, M.F., lors-que vous pensez de vous approcher du sacrement de pénitence, il faut apporter, si vous le pouvez, la même diligence et la même rigueur que celle avec laquelle Jésus-Christ nous examinera au grand jour. Oh ! qu'il y a de quoi trembler, puisque Dieu nous y demandera compte même d'une parole inutile ! Hélas ! que vont devenir ceux qui seront coupables de tant de blas-phèmes, de jurements et de scandales ? Oui, M.F., crai-gnez, avec le saint roi David , que, malgré tous les soins que vous prendrez pour vous examiner, vous ne laissiez encore bien des péchés que vous ne connaîtrez qu'à la mort pour en rendre compte.
Dites souvent avec le roi David : « Mon Dieu, pardonnez-moi les péchés que je ne connais pas. » Oui, M.F., soyons parfaitement sûrs qu'il y a beaucoup de péchés que nous ne connaî-trons jamais en ce monde. Comme, par exemple, un homme qui se livre à l'ivrognerie ne saura qu'au juge-ment de Dieu toutes les suites de ses intempérances et de ses excès. Celui qui se sera abandonné au vice infâme d'impureté ne saura jamais qu'au moment où il paraîtra devant son souverain Juge, les péchés sans nombre qu'il aura commis. Une fille mondaine ne connaîtra bien qu'après sa mort toutes les suites malheureuses de sa vanité, de ses immodesties et de son peu de pudeur. Les parents, les maîtres qui auront négligé de veiller sur leurs enfants et leurs domestiques et ne les ont pas instruits, qui les ont laissés courir dans les jeux, les cabarets et les danses, ne sauront qu'au tribunal de Dieu les suites funestes de leur négligence, et de tous les désordres dont ils ont été la cause et l'occasion. O mon Dieu, quelle sera pour lors leur surprise ! Quel désespoir effroyable d'un pécheur qui n'ouvre les yeux sur l'état de son âme qu'après sa mort, quand il n'y a plus de remède ! M.F., n'attendons pas ce moment mal-heureux qui nous causera tant de regrets ; profitons du temps que Dieu veut bien encore nous donner pour purifier notre conscience, afin de la faire connaître au ministre du Seigneur telle qu'elle est. Faisons comme dit saint Paul : Jugeons-nous rigoureusement nous--mêmes, afin que Dieu nous épargne dans son juge-ment . Cependant, M.F., malgré qu'il soit si difficile de connaître nos fautes, si nous agissons de bonne foi, si nous faisons ce que nous pouvons pour nous montrer tels que nous sommes, soyons tranquilles : Dieu est un père plein de miséricorde, qui nous aime infiniment et qui ne nous demandera jamais ce que nous n'avons pas pu faire.
Que devons-nous faire, M.F., après nous être bien examinés ? Le voici : c'est de demander à Dieu de tout notre cœur la contrition de nos fautes et un ferme propos, c'est-à-dire une bonne résolution de n'y plus retomber. Voilà, M.F., ce qui regarde l'examen de conscience.
II. – Que devons-nous faire après cela ? Le voici c'est de nous approcher du tribunal de la pénitence avec respect et une espèce de tremblement, et ne pas faire comme les enfants qui tournent la tête, qui parfois rient et parlent Cela annoncerait que vous ne comprenez pas mieux qu'eux la grandeur de l'action que vous allez faire. Au contraire, M.F., imitez le publicain qui se regardait indigne de porter ses yeux vers le ciel, baissait les yeux vers la terre, avec une profonde humilité . En attendant de vous confesser, repassez dans votre mémoire tous les péchés que vous avez trouvés dans votre examen ; renouvelez votre con-trition, prenez-là de bonnes résolutions de mieux vivre, que vous n'avez fait jusqu'à présent ; priez avec ferveur le bon Dieu, afin qu'il daigne avoir pitié de vous. Prenez garde de ne jamais ni pousser, ni presser les personnes qui se confessent ; ni vous tenir trop près du confessionnal, crainte d'entendre la confession des autres. Si vous aviez entendu quelques péchés, n'oubliez pas que vous êtes obligés au même secret que le prêtre ; mais si vous les aviez écoutés exprès et que vous les disiez à un autre, c'est un gros péché qui vous damnerait, si vous aviez le malheur de ne pas vous en accuser avant de mourir. Il faut encore dire si vous avez eu la volonté d'entendre les péchés des autres.
Lorsque vous êtes au confessionnal, ne regardez que Jésus-Christ dans la personne du prêtre qui tient sa place. Faites le signe de la croix avec respect et un peu incliné, en disant : « Mon Père, bénissez-moi parce que j'ai beaucoup péché » ; et là, pénétré du regret que doivent vous donner vos péchés et la grande charité de Jésus-Christ qui veut bien, tout coupable que vous êtes, vous souffrir à ses pieds, pensant que vos crimes vous mériteraient d'être précipité dans les enfers, récitez votre Confesse à Dieu jusqu'à ces mots : C'est ma faute. Ensuite, sans attendre que le prêtre vous interroge, dites depuis quel temps vous ne vous êtes pas con-fessé, si vous avez reçu l'absolution ou si vous ne l'avez pas reçue, en lui disant pourquoi on vous l'a refusée ; si vous avez fait votre pénitence dans le temps qu'on vous l'avait commandée ; de même si vous avez manqué de faire les aumônes, les restitutions, les réconciliations que vous deviez faire avant de revenir vous confesser ; si vous avez laissé quelques péchés mortels dans vos dernières confessions ; si c'est invo-lontairement, par négligence, faute de ne vous être pas assez examiné, ou si c'est par honte ou par crainte ; bien lui expliquer tout cela. Ensuite, autant bien que vous le pourrez, lui accuser tous les péchés que vous avez commis depuis votre dernière confession, vous rappelant qu'il faut les avouer humblement, entière-ment, avec simplicité et avec prudence ; et après avoir déclaré tant que vous pouvez vos péchés, vous dites Mon Père, je m'accuse de tous ces péchés et de tous ceux de ma vie, tous ceux dont je ne me souviens pas ; j'en demande bien pardon à Dieu de tout mon cœur et à vous la pénitence et l'absolution, si vous le jugez à propos .
Votre confession étant faite, le prêtre vous fera les interrogations qu'il vous croira nécessaires. Il faut lui répondre avec vérité. S'il vous donne quelques avis, il faut les écouter avec attention sans vous occuper à chercher vos péchés que vous pourriez avoir oubliés et ne jamais l'interroger mal à propos. Lorsque vous recevez votre pénitence, il faut la recevoir avec un ferme désir de l'accomplir le mieux que vous pourrez. S'il vous refuse l'absolution, il faut s'y soumettre avec humilité, parce que s'il vous la donnait lorsque vous ne la méritez pas, il vous perdrait et se perdrait lui-même, c'est-à-dire que vous vous damneriez tous les deux. Faites bien atten-tion aux raisons pourquoi il vous refuse l'absolution afin de bien employer le temps que vous devez passer sans revenir vous confesser, à vous corriger, afin qu'il ne soit pas obligé de vous la refuser encore une fois. S'il jugeait à propos de vous la donner, achevez votre Confesse à Dieu. Dans ce moment précieux, M.F., renou-velez tous les sentiments de piété dont vous êtes capables ; faites votre acte de contrition de tout votre cœur, unissez votre douleur à celle que Jésus-Christ eut de vos péchés au jardin des Olives. Demandez ardemment à Dieu qu'il veuille bien ratifier dans le ciel l'absolution que le prêtre vient de vous donner.
Après cela, il faut se retirer du confessionnal avec modestie, se prosterner humblement aux pieds du bon Dieu, le remercier de la grâce qu'il vient de vous faire. Rappelez-vous bien des moyens que le prêtre vous a donnés pour vous corriger ; et puis vous prenez de bonnes résolutions de les mettre en pratique. Avant de sortir de l'église, commencez à faire votre pénitence qui vous a été imposée. Prenez une bonne résolution de veiller désormais sur vous-même, pour ne pas perdre la grâce précieuse que vous venez de recevoir. – Et que faut-il faire pour cela ? – M.F., le voici : C'est de se défier beau-coup de soi-même, et se tenir continuellement sur ses gardes. Oui, la vue de notre faiblesse doit nous faire trembler. Non. seulement nous sommes continuellement portés au mal ; mais le démon, après une bonne con-fession, redouble tous ses efforts afin de nous faire retomber dans les péchés que nous avons confessés. Cette seule pensée faisait trembler les plus grands saints. Hélas ! que devons-nous faire, nous qui tombons presque chaque fois que le démon nous tente ? Que devons-nous faire encore ? C'est d'éviter, autant que nous pouvons, les occasions et les personnes qui nous ont portés au mal ; sans quoi, jamais nous n'exécuterons nos bonnes résolu-tions. Hélas ! M.F., combien de pécheurs qui aidés de la grâce sont rentrés dans le bon chemin du salut, mais qui, n'ayant pas fui les occasions, sont retombés, et ne sont sortis du péché que pour aller brûler dans les enfers ! Troisièmement, il faut avoir grandement recours à la prière et Jésus-Christ nous le dit lui-même : « Veillez et priez sans cesse, de crainte que vous ne succombiez à la tentation. » Enfin, si vous aviez le malheur de retomber, hâtez-vous de vous relever ; parce que plus vous resterez dans votre péché, plus il vous sera difficile d'en sortir. Oui, M.F., si nous employons tous ces moyens, nous sommes sûrs de nous corriger, quelque forte que soit notre mauvaise habitude. Il n'en est pas des maladies de l'âme comme de celles du corps. Celles-ci quelquefois n'ont point de guérison, mais celles de l'âme ne sont jamais sans remède, si le pécheur le veut sincère-ment ; et cette guérison vous sera très certainement ac-cordée, si vous le voulez. O mon Dieu ! quel bonheur pour un pécheur qui désire de regagner le ciel et l'amitié de Dieu qu'il a perdus par le péché, d'être sûr de réussir dans son entreprise ! Voilà donc, M.F., ce que vous devez faire avant et pendant votre confession.
III. – Je vous ai dit que je vous montrerais qui sont ceux qui font de mauvaises confessions, et ce qu'il fallait faire pour les réparer et n'être pas damné.
J'en trouve sept sortes, de ceux qui profanent ce sacrement et qui s'abîment au plus profond des enfers. Ecoutez-le bien, afin que vous puissiez connaître si vous êtes de ce nombre. D'abord je suis sûr qu'il y en a de ceux qui m'écoutent qui sont de ce nombre, qui peut-être n'ou-vriront pas encore les yeux aujourd'hui sur cet état affreux et malheureux, parce qu'ils sont sourds et aveu-gles pour comprendre ; la parole de Dieu ne les touche pas ; et les lumières de l'Esprit-Saint, à qui ils ont fermé la porte de leur cœur, ne leur montrera pas l'état épou-vantable où le péché les a précipités. Ils mourront comme ils ont vécu, c'est-à-dire « vivre en pécheur et mourir en réprouvé.
» Ecoutez-moi bien, et ensuite vous descen-drez dans vos consciences avec le flambeau d'une main et la balance de l'autre : ensuite vous jugerez vous--mêmes, avant que Dieu vous juge et vous jette en enfer.
Les premiers sont ceux qui par honte ou par crainte ont volontairement caché quelques péchés dans leurs confessions, ou quelques circonstances considérables, ceux qui n'ont pas dit le nombre de leurs péchés mor-tels ; ceux qui n'ont pas déclaré quelques péchés mor-tels ; ceux qui vont confessera à un autre quelques gros péchés et reviennent au même dire leurs petits péchés ; ceux qui à confesse pensent qu'on aura bonne opinion d'eux, s'ils les conservent, parce qu'ils ont négligé de se faire instruire ou de profiter des instructions ; ceux qui n'ont déclaré un péché mortel que parce que le con-fesseur le leur a demandé, et qui, sans cette demande, ne l'auraient pas dit. – 2 Je dis que ceux-là font de mau-vaises confessions, qui ne donnent pas tout le temps nécessaire pour connaître leurs péchés mortels ; ceux qui se confessent par routine, par habitude, sans avoir une véritable douleur de leurs péchés, ni le ferme propos de ne plus les commettre, de préférer la mort même, s'il le faut, plutôt que d'y retomber. – 3 Ceux qui vont chercher les confesseurs pour passer plus faci-lement. O mon Dieu ! que de confessions sacrilèges ! O mon Dieu ! que de chrétiens damnés ! – 4 Ceux qui, ayant quelques restitutions, ne veulent pas ou ne font pas tous leurs efforts pour les faire ; comme ceux encore qui ont été chargés de faire des aumônes, de faire dire des Messes, et laissent tout cela de côté. – 5 Ceux qui croient qu'il n'y a point de mal de tirer intérêt de leur argent, sans avoir les titres légitimes. – 6 Ceux qui ont conti-nué à vivre dans l'occasion du péché, pouvant la quitter comme serait une personne qui est dans une maison où il y a une peste et qui n'en sort pas ; comme ceux qui vont dans les veilles, où ils sont sûrs de n'y entendre que de mauvais propos contre la religion et contre la pureté, qui continuent d'y aller malgré leurs remords de conscience et la défense de leur confesseur. Ceux qui ont continué à vivre dans les habitudes du péché, comme les pensées volontaires, les désirs, les paroles et les actions déshonnêtes ; qui ne font pas d'efforts pour se corriger : comme un ivrogne qui tombe toujours à peu près de même ; ceux qui jurent le saint nom de Dieu ; et ainsi des autres péchés mortels. Ceux qui vivent sans se réconcilier avec leur prochain, qui ne veulent pas pardonner ou qui ne pardonnent qu'à moitié. Ceux qui ont flétri la réputation du prochain et ne font ce qu'ils peuvent pour la rétablir. Ne vouloir pas faire sa pénitence, pensant que le prêtre n'a pas entendu ou com-pris un péché mortel. – 7 Tous ceux qui fréquentent les sacrements sans être suffisamment instruits des prin-cipaux mystères de la religion, ou qui ignorent, par leur faute, ce qui regarde les sacrements qu'ils reçoivent.
Les pères et les mères, les maîtres et maîtresses qui ne connaissent leurs devoirs envers leurs enfants et leurs domestiques, toutes ces personnes sont indignes d'absolution ; et toutes les absolutions qu'ils ont reçues jusqu'à ce moment sont autant de sacrilèges qui ne leur serviront qu'à les jeter plus profond dans les enfers. Ces sortes de chrétiens ont donc, dans ce moment, la conscience chargée de mille et mille sacrilèges, et encore sont couverts de tous les péchés qu'ils ont commis et confessés jusqu'à présent, comme de ceux qu'ils n'ont pas confessés.
Que conclure de cela, M.F. ? Rien autre, qu'après tant de sacrilèges, après tant de péchés cachés ou confessés sans contrition, ni résolution de préférer même la mort que de les recommettre, ils ne craignent pas si la mort les attrape dans cet état malheureux, d'être précipités dans les flammes pendant toute l'éternité. O mon Dieu, que de chrétiens qui sont dans cet abîme et qui ne le croient pas, parce qu'ils ne veulent pas prendre la peine de des-cendre dans l'intérieur de leur cœur pour y reconnaître les maux infinis que le péché leur a faits ! Hélas ! que la lumière du grand jour des vengeances va faire trouver de sacrilèges !
D'après cela, M.F., il vous est donc extrêmement nécessaire de vous examiner avec soin, si vous n'êtes pas dans quelques-uns des cas dont je viens de vous parler. Si vous doutez de la moindre chose , ne vous endormez pas là-dessus, enfoncés dans vous-mêmes. Peut-être qu'examinant bien, vous verrez ce que vous n'avez jamais vu ; peut-être qu'au premier coup d’œil vous allez frémir et trembler de trouver des crimes auxquels vous n'aviez jamais réfléchi. Revenez, M.F., sur vos pas ; si vous doutez de toute votre vie, refaites vos confessions de toute votre vie, ou au moins consi-dérez bien depuis quel temps vous êtes coupable : si c'est toute votre vie, il faut redire tous vos péchés mor-tels que vous avez commis, le nombre et les circons-tances autant que vous pourrez, accusez toutes vos confessions et communions qui sont autant de sacri-lèges .
IV. – Je ne doute pas, M.F., que si vous n'avez pas encore entièrement perdu la foi, cela vous trouble et vous inquiète sur vos confessions et communions passées.
– Comment pouvoir me rappeler de tout ce que j'ai fait à quatorze ou vingt ans, et peut-être à cin-quante ou soixante ans ?
– M.F., ce qui nous parait tout à fait impossible à nous-mêmes, nous est non seule-ment possible, mais facile avec la grâce de Dieu. Est-ce l'examen de votre conscience qui vous effraie ? Main-tenant vous allez voir qu'il n'est pas si difficile que vous vous le représentez. Je vous dirai que pour faire une confession générale il n'est pas nécessaire d'accuser ses péchés véniels en particulier, c'est-à-dire d'en dire le nombre, toutes les circonstances, comme sont les petites désobéissances, les mensonges, les médisances qui ne portent perte à personne, c'est-à-dire en matière légère, les distractions dans ses prières, faute de s'y être, bien préparé, et autres péchés semblables. Il vous suffira de vous en accuser en général à la fin de votre confession. Votre examen ne va donc rouler que sur vos péchés mortels. Tous vos péchés sont ou des péchés que vous ne commettez que rarement, ou sont des péchés d'habi-tude : ou votre habitude n'a duré qu'un certain temps, ou elle a duré toujours depuis que vous l'avez com-mencée.
1 Si vous n'avez commis certains péchés que rare-ment, comme serait par exemple de jurer le saint nom de Dieu, de vous mettre en colère, de maudire votre travail, vos enfants ou vos bêtes, il n'est pas bien difficile de dire combien de fois à peu près vous y êtes tombé par année, par mois ou par semaine. Si c'est un péché d'habitude, vous savez bien combien d'années a duré cette habitude, à quel âge vous l'avez commencée, à peu près quel temps elle a duré, si vous l'avez perdue pen-dant quelque temps dans le temps que vous tombiez ; il n'est pas difficile de dire combien vous avez commis ce péché par mois et par semaine et par jour. Hé bien ! M.F., voilà tout ce qu'il faudrait faire pour avoir le bonheur de réparer toutes vos confessions et communions mauvaises, en les accusant en disant : « Mon père, je m'accuse d'avoir fait tant de confessions et de commu-nions pendant ma vie, ou par année ou par mois . » Lorsque vous ne pouvez vous rappeler au juste, dites seu-lement : « Mon père, je m'accuse à peu près tant de fois. » Dieu n'en demande pas davantage :
pourvu que vous ayez donné à votre examen tout le temps et tous les soins qu'il faut et que vous soyez de bonne foi, c'est-à-dire sincère dans vos accusations et dans votre repentir, vous êtes sûr que quand toutes vos confessions et communions seraient des sacrilèges, que le bon Dieu vous pardonnera et que vous serez sauvés. D'un autre côté, le confesseur, qui désire autant que vous le salut de votre bonne âme, ne manquera pas de faire tout ce qu'il pourra pour vous aider, soit par ses interrogations, soit par ses prières, surtout pendant la sainte Messe, en demandant à Dieu pour vous les grâces et les forces qui vous sont nécessaires pour bien faire votre confession.
Prenez bien garde de ne pas vous laisser prendre à ce piège du démon qui en perd un grand nombre, qui est de leur faire commencer à accuser tous leurs petits péchés les premiers, afin qu'ils n'aient pas la force de dire les gros ensuite. Commencez, M.F., à dire au con-traire tous vos plus gros péchés les premiers, alors, vous ôtez tout au démon. – Mais, me direz-vous, cela est bien aisé à dire, mais le faire c'est bien autre chose. Com-ment avoir la force de dire tant de péchés, si affreux qui font horreur rien que d'y penser. – Voulez-vous, M.F. , une vérité bien claire ? C'est que ce n'est qu'un orgueil-leux qui a honte de dire ses péchés ou qui les a cachés. Otez cet orgueil de votre cœur, et vous vous accuserez de vos péchés tels que vous voudriez les avoir accusés à l'heure de la mort. Toute personne qui désire vérita-blement à cœur son salut, ne craint nullement d'en faire l'accusation. En voici un exemple bien frappant, rapporté par saint Jean Climaque : Me trouvant un jour, nous dit ce grand saint, dans un monastère, il vint un homme se présenter afin de passer sa vie dans la pénitence ; pen-dant toute sa vie il n'avait fait que brigandages. Le supé-rieur lui ordonna de passer sept jours à la porte du monastère. Voyant qu'il persévérait, il lui ordonna de déclarer devant tout le monde tous les péchés qu'il avait commis. Ce voleur avoua sincèrement tout ce qu'il avait fait. Le supérieur, pour éprouver si sa conversion était bien sincère, lui commanda de les accuser encore devant les religieux du monastère. Cet homme, qui était véritablement touché, qui ne cherchait que les moyens de fléchir la justice divine, répondit au supérieur que non seulement il était prêt à les déclarer devant les reli-gieux, mais au milieu de toute la ville d'Alexandrie. Alors le supérieur fit assembler tous les religieux qui étaient plus de trois cents. Comme c'était un dimanche, après l'évangile, il commande qu'on lui amène ce cou-pable déjà justifié, les mains liées, revêtu d'un cilice, la tête couverte de cendres, conduit par plusieurs reli-gieux qui le frappaient à coups de verges. Ce spectacle attendrit si fort les assistants que tous fondaient en larmes. Le supérieur lui dit de rester à la porte de l'église, qu'il ne méritait pas d'y entrer. Ces paroles le frappèrent si fortement qu'il tomba la face contre terre. Le supérieur, le voyant en cet état, lui commanda de dire publiquement ses péchés. Il le fit avec tant de larmes et de douleur, qu'il lui semblait perdre la vie, tant la dou-leur de ses péchés était grande. L'on fut obligé de lui dire de cesser.
Voyez encore saint Augustin, a-t-il craint, a-t-il eu honte de faire l'aveu de ses péchés, non seulement à un prêtre, mais à tout l'univers ? M.F., non, nous n'aurons point de honte et de crainte, si nous avons l'humilité et la connaissance de nous-même.
De là je conclus que tout chrétien qui, après avoir péché, craint de s'accuser, n'est qu'un orgueilleux. Voyez-vous, M.F., un motif bien capable de nous engager à une confession de toute notre vie, si vous vous sentez coupable ; c'est de là que dépend votre bonheur ou votre malheur éternel. Ce soir, lorsque vous serez au lit, mettez-vous dans la posture où vous serez un jour dans la bière, le corps étendu, les mains croisées sur la poi-trine, les yeux fermés et tout enveloppé dans un suaire, ensuite dites-vous à vous-même : Que voudrai-je avoir fait lorsque je me trouverai à ce moment ? Mon âme est souillée de tant de péchés qui ne me sont pas pardonnés, voudrais-je bien paraître devant le tribunal de Dieu en cet état ? Reverrai-je un confesseur à l'heure de la mort ? Si je venais à mourir de mort subite et que je n'aie pas le temps de le faire, il faudrait tomber en enfer ! Non, mon Dieu, plus de retard, je vais commencer aujour-d'hui à m'y préparer et je le ferai tant, que je pourrai regagner votre amitié et mériter le ciel à la fin de ma vie, en assurant mon salut. Amen. SERMON
SUR LES QUALITéS DE LA CONFESSION
Surgam, et ibo ad patrem meum, et dicam ei : Pater, peccavi in cœlum et coram te.
Je me lèverai, et j'irai me jeter aux pieds de mon père en lui disant : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous.
(S. Luc, XV, 18.) Tels sont, M.F., la douleur et le regret que la pensée de nos péchés doit produire dans nos cœurs, et telle fut la démarche que fit l'enfant prodigue, lorsque, rentrant en lui-même, il reconnut sa profonde misère et les biens qu'il avait perdus en se séparant d'un si bon père. Oui, s'écrie-t-il, je me lèverai et j'irai retrouver ce bon père ; me jetant à ses pieds, je les arroserai de mes larmes « O mon père, couvert de péchés et de la honte qui m'accable, je n'ose plus regarder le ciel, ni vous comme mon père, puisque je vous ai si affreusement méprisé ; mais trop heureux si vous voulez bien me ranger au nombre de vos serviteurs. » Beau modèle, M.F., pour un pécheur qui, étant touché de la grâce, éprouve la profondeur de sa misère et le poids de ses péchés et de ses remords qui le dévorent : Heureux et mille fois heu-reux le pécheur qui s'approche de son Dieu avec les mêmes sentiments de douleur et de confiance que ce grand pénitent. Oui, M.F., comme lui il est sûr de trouver en Dieu un père plein de bonté et de tendresse, qui lui remettra volontiers ses péchés et lui rendra tous les biens que le péché lui avait ravis.
Mais de quoi vais-je donc vous parier ? Ah ! consolez-vous, je viens vous annoncer le plus grand de tous les bonheurs. Ah ! que dis-je ? je viens étaler à vos yeux la grandeur des miséricordes de Dieu. Ah ! pauvre âme, consolez-vous ; il me semble que je vous entends vous écrier comme l'aveugle de Jéricho : « Ah ! Jésus, fils de David, ayez pitié de moi » Oui, pauvre âme, vous trouverez... Quel est mon dessein ? M.F., le voici : c'est de vous montrer, de la manière la plus simple et la plus familière, les dispositions que vous devez apporter en vous approchant du sacrement de pénitence. Il en est cinq, et les voici : notre confession, pour être bonne et nous mériter le pardon de nos péchés, doit être : 1 humble, 2 simple, 3 prudente, 4 entière, 3 sincère.
Si vos confessions sont accompagnées de ces conditions, vous êtes sûrs de votre pardon. Nous verrons ensuite de quelles manières l'absence de ces conditions peut rendre nos confessions sacrilèges. I. – Parlant, M.F., à des chrétiens qui ne cherchent que les moyens de sauver leurs pauvres âmes, il n'est pas nécessaire de vous prouver la divinité de la confession, il suffit de vous dire que c'est Jésus-Christ lui-même qui l'a établie, en disant à ses apôtres ainsi qu'à tous leurs successeurs : « Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez et retenus à ceux à qui vous les retiendrez » ; ou bien encore, si vous voulez, lorsqu'il dit : « Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel ; et tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel » ; parole qui nous montre véritablement la divinité de la confession et la nécessité de la confession.
En effet, comment pouvoir remettre ou retenir les péchés si on ne les faisait pas connaître à ceux qui ont ce pouvoir sublime et admi-rable ? Il n'est pas encore nécessaire de vous montrer les avantages de la confession ; un mot suffit, puisque, après un seul péché mortel, sans la confession, jamais nous ne verrons Dieu, et que, pendant toute l'éternité, nous serons condamnés à éprouver toutes les rigueurs de sa colère et à être maudits. Je ne vous dirai pas encore que la confession nous fait regagner l'amitié de notre Dieu et redonne à notre âme la vie et toutes nos œuvres que le péché avait fait mourir.
Si vous ne sentez pas tout ce bon-heur, tous les avantages de la confession, allez interroger les démons qui brûlent, ils vous apprendront à l'estimer et à en profiter. Oui, M.F., si nous interrogeons tous les chrétiens damnés, pourquoi ils brûlent, tous nous diront que la cause de leur malheur vient ou de ce qu'ils ont méprisé le sacrement de pénitence qui est la con-fession, ou qu'ils n'avaient pas les dispositions néces-saires lorsqu'ils s'en sont approchés. Si de ce lieu d'horreur vous montez dans le ciel, que vous deman-diez à tous ces anciens pécheurs qui ont passé vingt ou trente ans dans le désordre, ce qui leur procure tant de joie et de plaisirs, tous vous diront que ce seul sacre-ment de pénitence leur a valu ces biens infinis. Non, M.F., personne ne doute d'une vérité si consolante pour un pécheur qui a perdu son Dieu par le péché, de trouver un moyen si facile et si efficace pour regagner ce que le péché lui avait ravi . Si je demandais à un enfant : Qu'est-ce que la confes-sion ? Il me répondrait simplement que c'est l'accusation de ses péchés faite à un prêtre approuvé, pour en rece-voir l'absolution, c'est-à-dire le pardon. – Mais pour-quoi, me direz-vous, est-ce que Jésus-Christ nous assu-jettit à une accusation si humiliante, qui coûte tant à notre amour-propre ? Mon ami, je vous répondrai que c'est précisément pour nous humilier que Jésus-Christ nous y a condamnés. II n'est pas douteux qu'il est pénible à un orgueilleux d'aller dire à un confesseur tout le mal qu'il a fait, tout celui qu'il a eu dessein de faire, tant de mauvaises pensées, tant de désirs corrompus, tant d'actions injustes et honteuses qu'on voudrait pou-voir se cacher à soi-même. Mais vous ne faites pas atten-tion que l'orgueil est la source de tous les péchés, et que tout péché est une orgueilleuse révolte de la créature contre le Créateur ; il est donc juste que Dieu nous ait condamnés à cette accusation si humiliante pour un orgueilleux. Mais regardons cette humiliation des yeux de la foi, est-ce une chose bien pénible que de changer une confusion publique et éternelle, avec une confusion de cinq minutes qu'il nous faut pour dire nos péchés à un ministre du Seigneur, pour regagner le ciel et l'amitié de notre Dieu ! – Pourquoi est-ce, me direz-vous, qu'il y en a qui ont tant de répugnance pour la confession, et que la plupart s'en approchent mal ? Hélas ! M.F., c'est que les uns ont perdu la foi, les autres sont orgueilleux et d'au-tres ne sentent pas les plaies de leur pauvre âme, ni les consolations que la confession procure à un chrétien qui s'en approche dignement. Qui est celui, M.F., qui nous commande de nous confesser de tous nos péchés sous peine de damnation éternelle ? Hélas ! M.F., vous le savez aussi bien que moi, c'est Jésus-Christ lui-même ; et tous y sont obligés, depuis le Saint Père jusqu'au dernier des artisans. Mon Dieu, quel aveuglement de mépriser et de ne faire pas cas d'un moyen si facile et si efficace pour gagner un bonheur infini, en se délivrant du plus grand de tous les malheurs qui est la colère éternelle.
Mais tout ceci, M.F., n'est pas encore ce qui vous parait le plus nécessaire à savoir, puisque vous savez que la confession est le seul moyen qui nous reste pour sortir du péché : ou nous confesserons nos péchés, ou nous irons brûler dans les enfers ; nous savons que, quelques grands, énormes et nombreux que soient nos péchés, nous sommes sûrs de notre pardon, si nous les con-fessons. Voici ce que vous devez absolument savoir écoutez-moi bien. En premier lieu, je dis que la confes-sion doit être humble, c'est-à-dire que nous devons nous regarder dans le tribunal de la pénitence comme un criminel devant son juge, qui est Dieu lui-même, nous devons accuser nous-mêmes nos péchés, sans attendre que le prêtre nous interroge, à l'exemple de David qui disait : « Oui, mon Dieu, j'accuserai moi--même mes péchés au Seigneur », et ne pas faire comme font la plupart des pécheurs qui racontent leurs péchés comme une histoire indifférente, qui ne montrent ni douleur ni regret d'avoir offensé Dieu, qui semblent ne se confesser que pour commettre des sacri-lèges. O mon Dieu, peut-on bien y penser sans mourir d'horreur ! Si le confesseur se voit forcé de vous faire quelques remontrances qui blessent un peu votre amour propre ; s'il vous impose quelque pénitence qui vous répugne, ou même s'il vous diffère l'absolution : prenez garde de ne jamais murmurer ; soumettez-vous humble-ment ; prenez encore bien garde de ne pas murmurer et encore moins de vous disputer avec lui, en lui répondant avec arrogance, comme font quelques pécheurs endurcis et vendus à l'impiété ; qui même sortiront de l'église en colère, sans se mettre à genoux. N'oubliez jamais que le tribunal de la pénitence où le prêtre est assis, c'est véritablement le tribunal de Jésus-Christ ; qu'il écoute votre accusation, qu'il vous interroge, qu'il vous parle et qu'il prononce la sentence d'absolution. Je dis qu'il faut s'accuser avec humilité, c'est-à-dire ne jamais rejeter ses fautes sur les autres, comme font plusieurs à confesse, semblables à Adam, qui s'excusa sur ève et ève sur le serpent, au lieu de s'avouer humblement coupables, en disant que ce n'est que par leur faute qu'ils ont péché ; ils font tout le contraire. Un homme sujet à la colère s'excusera sur sa femme et ses enfants ; un ivro-gne sur la compagnie qui l'a sollicité à boire ; un vindi-catif, sur une injure qui lui a été faite ; un médisant, sur ce qu'il ne dit que la vérité ; un homme qui travaille le dimanche, sur ses affaires qui pressent ou qui se gâtent. Une mère qui fait manquer les prières à ses enfants s'excusera sur ce qu'elle n'a pas eu le temps. Dites-moi, M.F., est-ce-là une confession humble. Vous voyez clairement que non. « Mon Dieu, disait le saint roi David, mettez, s'il vous plaît, une garde à ma bouche, afin que la malice de mon cœur ne trouve point d'excuses à mes péchés . » Je dis donc que nous devons nous faire connaître tels que nous sommes, afin que notre confession soit bonne et capable de nous regagner l'ami-tié du bon Dieu.
2 Je dis qu'il faut qu'elle soit simple ; c'est-à-dire éviter toutes ces accusations inutiles, tous ces scrupules qui font dire cent fois la même chose, qui font perdre le temps au confesseur, fatiguent ceux qui attendent pour se confesser, et éteignent la dévotion. Il faut se montrer tel que l'on est par une déclaration sincère ; il faut accuser ce qui est douteux comme douteux, ce qui est certain comme certain ; par exemple : si vous disiez que vous ne vous êtes pas arrêtés à de mauvaises pensées, tandis que vous doutez que vous y ayez pris plaisir, ce serait manquer de sincérité de dire que vous n'avez eu que la pensée ; dire que ce que vous avez pris ne vaut que tant, pensant que peut-être cela valait plus ; ou bien de dire : « Mon père, je m'accuse d'avoir oublié un péché dans une de mes confessions, » tandis que c'était par une mauvaise honte ou par négligence. Ces manières de vous accuser seraient cause que vous commettriez un horrible sacrilège. Je dis encore que c'est manquer de sincérité que d'attendre que le confesseur vous interroge sur certains péchés ; si vous aviez eu la volonté de ne pas le dire, il ne suffirait pas de le déclarer parce que le confesseur vous le demande, il faudrait encore dire « Mon père, si vous ne m'aviez pas interrogé sur ce péché, je ne vous l'aurais pas dit. » Si vous manquiez de cette sincérité, votre confession serait nulle et sacrilège.
Evitez, M.F., évitez tous ces déguisements : que votre cœur soit sur vos lèvres. Vous pouvez bien tromper votre confesseur, mais rappelez-vous bien que vous ne tromperez pas le bon Dieu, qui voit et connaît vos péchés mieux que vous. Si quelquefois le démon, ce maudit Satan, vous tentait pour vous faire cacher où déguiser quelque péché, faites vite cette réflexion : Mais je vais me rendre encore bien plus coupable que je n'étais ; je vais commettre un péché bien plus affreux que celui que je vais cacher, puisque ce sera un sacri-lège ; je puis bien le cacher au prêtre, mais Dieu le connaît mieux que moi ; tôt ou tard il faudra bien que je le déclare, ou me résoudre d'aller éternellement brûler dans les enfers.
Il me faudra avoir une petite humiliation en le déclarant, il est vrai ; mais qu'est cela en compa-raison de cette confusion publique et éternelle ? Un malade, devez-vous dire, qui désire sa guérison ne craint pas de découvrir les maladies les plus honteuses et les plus secrètes, afin d'y faire appliquer les remèdes ; et moi je craindrais de découvrir les plaies de ma pauvre âme à mon médecin spirituel afin de la guérir ? Pourrais-j-e bien rester dans un état de damnation pendant le reste de ma vie ! Si vous ne vous sentez pas le courage de déclarer certains péchés, dites au prêtre : « Mon père, j'ai un péché que je n'ose pas vous dire, aidez--moi, s'il vous plaît. »
Quoique cette disposition soit imparfaite, néanmoins cela vous le fera accuser : ce qui est absolument nécessaire.
En troisième lieu, je dis que la confession doit être prudente : cela veut dire qu'il faut accuser ses péchés en termes honnêtes ; ensuite, qu'il ne faut pas faire con-naître les péchés des autres sans nécessité. Je dis sans nécessité, parce qu'il y a quelquefois qu'il est nécessaire, quand on ne peut pas faire autrement, de faire connaître les fautes, comme par exemple : vous avez eu le malheur de commettre un péché contre la sainte vertu de pureté, et cela avec un ou une de vos parents ; il faut bien dire cette circonstance, sans quoi vous feriez un sacrilège. Vous vous trouvez dans une maison où il y a une per-sonne qui vous porte au mal, vous êtes encore obligé de le dire, parce que vous vous trouvez dans l'occasion prochaine du péché. Mais en disant cela, il faut avoir en vue d'accuser vos péchés et non ceux des autres.
En quatrième lieu, je dis qu'il faut que la confession soit entière, c'est-à-dire qu'il faut déclarer tous ses péchés mortels, l'espèce, le nombre et les circonstances nécessaires.
Je dis d'abord l'espèce : ce n'est pas assez de dire en général que l'on a beaucoup péché, mais il faut encore dire quelles sont ces sortes de péchés que l'on accuse, si c'est vol, mensonge, impureté, et le reste. Ce n'est pas encore assez de dire l'espèce, il faut encore dire le nombre ; par exemple, si vous disiez : Mon père, je m'accuse d'avoir manqué la messe, d'avoir volé, d'avoir médit, d'avoir fait des choses deshonnêtes : tout cela ne serait pas bien ; il faut dire combien de fois vous les avez commis ; il faut encore entrer dans les détail, dire certaines circonstances.
Peut-être que vous ne comprenez pas ce que c'est qu'une circonstance : c'est-à-dire les particularités qui accompagnent nos péchés, qui les rendent plus ou moins considérables ou plus ou moins excusables ; et ces cir-constances se tirent d'abord de la personne qui pèche avec une autre, si c'est une parente, à quel degré, père et mère, frère ou sœur, une filleule avec son parrain, un filleul avec sa marraine, un beau-frère avec sa belle-sœur ; 2 de la qualité ou quantité de l'objet qui est la matière du péché ; 3 du motif qui vous porte au péché ; 4 du temps où vous avez péché, si c'est un dimanche, si c'est pendant les offices ; 5 du lieu : si c'est dans un endroit consacré à la prière, c'est-à-dire une église ; 6 de la manière dont on a commis le péché, et enfin quelles ont été les suites du péché. Il y a encore des circonstances qui changent l'espèce du péché, c'est--à-dire qui font un péché d'une autre nature.
Par exemple : commettre l'impureté avec une personne mariée, c'est un adultère ; avec une parente, c'est un inceste ; s'arrêter à une mauvaise pensée, consentir à un mauvais désir, à un mauvais regard, c'est un péché contre la chasteté.
Mais si c'est dans une église c'est une profanation du lieu saint, c'est une espèce de sacrilège. Voilà les circonstances qui changent l'espèce du péché. Il y en a qui, sans la changer, l'aggravent beaucoup, par exemple : celui qui fait quelque péché en présence de plusieurs personnes, devant ses enfants ; celui qui a juré le saint nom de Dieu, tenu des propos deshon-nêtes, fait des médisances devant plusieurs, a fait un plus grand péché que celui qui l'a fait devant peu de personnes ; celui qui a dit des paroles déshonnêtes pen-dant des heures entières a fait un plus grand péché que s'il n'en avait dit guère. Médire par haine, par envie, par ressentiment, c'est un péché bien plus grave que si ce n'était que par légèreté. S'enivrer, aller à la danse, au bal, au cabaret un dimanche, est un plus gros péché qu'un jour d'œuvre, à cause que ce jour est consacré à Dieu d'une manière particulière. Voilà, M.F., des cir-constances qu'il faut déclarer ; sans quoi tremblez pour vos confessions. Hélas ! où sont ceux qui ont ces pré-cautions ? mais aussi où sont ceux qui font les bonnes confessions ? on le voit bien par la manière de vivre.