Sermons du curé d'Ars (page 54)
Il faut encore accuser si c'est un péché d'habitude, et combien de temps cette habitude a duré ; si les péchés que l'on a commis, on les a faits par malice ou avec réflexion, et les suites des péchés que l'on a commis parce que ce n'est que de cette manière que nous pou-vons nous faire connaître. Voyez un malade à l'égard de son médecin, comment se comporte-t-il ? Il lui découvre non seulement son mal ; mais encore le commencement et les progrès ; il ne se sert que des termes les plus clairs. Si le médecin ne le comprend pas, il répète, il ne cache et il ne déguise rien de tout ce qu'il croit être nécessaire pour faire connaître sa maladie et procurer sa guérison. Voilà, M.F., comment nous nous devons comporter envers notre médecin spirituel, afin de le mettre en état de bien connaître les plaies de notre âme, c'est-à-dire tels que nous nous connaissons devant Dieu.
3 Je dis qu'il faut dire le nombre. Rappelez-vous bien que si vous ne dites pas le nombre de vos péchés mortels, vos confessions ne valent rien ; il faut dire combien de fois l'on est tombé dans le même péché, parce que chaque fois c'est un nouveau péché. Si vous aviez commis trois fois un péché et que vous ne disiez que deux fois, celui que vous laisseriez serait cause que votre confession serait un sacrilège, si c'est un péché mortel, comme on le suppose. Hélas ! M.F., combien de ceux qui sont tombés dans ces fautes, les uns brûlent en enfer et les autres peut-être ne répareront jamais cette chaîne de confessions et de communions sacrilèges ! Ils se contenteront de dire : « Mon père, je m'accuse d'avoir médit, d'avoir juré. » – « Mais combien de fois ? » leur dira le prêtre. – « Pas souvent, toujours quelquefois. » Est-ce là, M.F., une confession entière ? Hélas ! que de damnés ! que d'âmes réprouvées. Savez--vous, M.F., quand il est permis de dire « tant de fois, à peu près ? » c'est lorsque vous faites une confession longue, qu'il vous est impossible de dire au juste que vous avez fait tel péché : alors, voilà ce que vous faites, vous dites combien de temps a duré l'habitude, com-bien de fois à peu près vous y avez tombé par semaine, par mois, ou par ,jour ; si l'habitude a été interrompue pendant quelque temps ; et de cette manière vous approchez du nombre autant que vous le pouvez. Si malgré tous les soins que vous avez donnés à votre examen, il vous est resté quelques péchés, votre confession ne laisserait pas d'être bonne, il vous suffirait de dire dans votre prochaine confession : « Mon père, je m'accuse d'avoir oublié involontairement un péché dans ma dernière confession, il est ainsi compris avec ceux que vous avez accusés. C'est pour cela que, quand vous vous accusez, vous dites : « Mon père, je m'accuse de ces péchés et de ceux dont je ne me souviens pas. »
Quant aux péchés véniels, où l'on tombe si souvent, l'on n'est pas obligé de s'en confesser parce que ces péchés ne nous font pas perdre la grâce et l'amitié du bon Dieu, et qu'on peut en obtenir le pardon par d'autres moyens, je veux dire par la contrition du cœur, la prière, le jeûne, l'aumône et le saint sacrifice. Mais le saint Concile de Trente nous enseigne qu'il est très utile de s'en confesser . En voici les raisons : c'est que souvent un péché que nous croyons véniel se trouve mortel devant Dieu ; 2 que nous en recevons beaucoup plus facilement le pardon par le sacrement de pénitence ; 3 que la confession de nos péchés véniels nous rend plus vigilants sur nous-mêmes ; 4 que les avis du confesseur peuvent beaucoup nous aider à nous cor-riger ; 5 que l'absolution que nous recevons, nous donne des forces pour nous les faire éviter. Mais si nous nous en confessons, il faut le faire avec regret et désir de s'en corriger : sinon, nous nous exposerions à com-mettre des sacrilèges. C'est pour cela que, selon le conseil de saint François de Sales, lorsque vous n'avez que des péchés véniels à vous reprocher, il faut, à la fin de votre confession, vous accuser d'un gros péché de votre vie passée, en disant : « Mon père, je m'accuse d'avoir autrefois commis un tel péché ; » en le disant comme si nous ne l'avions jamais confessé, les circons-tances et le nombre de fois que nous l'avons commis.
Voilà à peu près, M.F., les qualités que doit avoir une confession pour être bonne. C'est maintenant à vous à examiner si vos confessions passées ont été accompa-gnées de toutes les qualités dont nous venons de parler. Si vous vous trouvez coupables, ne perdez pas de temps peut-être que le moment où vous vous promettez de revenir sur vos pas, vous ne serez plus au monde, vous brûlerez dans les enfers avec le regret de n'avoir pas accompli ce que vous pouviez si bien, étant encore sur la terre et ayant tous les moyens nécessaires pour cela.
Il. – Voyons maintenant un mot en combien de manières on pèche contre ces dispositions ? Vous savez, M.F., on vous l'a appris dès votre enfance, que l'inté-grité et la sincérité sont les qualités absolument néces-saires pour faire une bonne confession, c'est-à-dire pour avoir le bonheur de recevoir le pardon de vos péchés. Le moyen le plus sûr de faire une bonne confession est de déclarer vos péchés avec simplicité, après vous être bien examinés ; car un péché laissé par faute de vous être examinés, quoique si vous l'aviez connu, vous l'eussiez dit, ne laisserait pas tout de même que de rendre votre confession sacrilège. Cependant, M.F., on trouve un grand nombre de chrétiens qui vont se confesser souvent sans même penser à leurs fautes, ou du moins, d'une manière si légère, que quand ils se confessent ils n'ont rien à dire si le prêtre ne les examine pas lui-même. C'est surtout parmi ceux qui ne se confessent que rarement, qui souvent ne craignent pas de mentir à Dieu même, en cachant volontairement des péchés, que leur conscience leur reproche, et qui, après une pareille confession, ont la hardiesse d'aller se pré-senter à la Table sainte pour manger, comme le dit saint Paul, leur condamnation . Mais voilà, M.F., ceux qui sont les plus sujets à faire de mauvaises confessions : ce sont ceux qui pendant quelque temps ont rempli fidè-lement leurs devoirs de religion. Le démon, qui n'épargne rien pour les perdre, les tente affreusement. S'ils vien-nent à succomber : d'un côté, effrayés par honte de leur péché, de l'autre par la crainte de se faire connaître aussi coupables, ils sont conduits à une fin bien malheu-reuse. Ils ont la coutume d'aller à confesse une telle fête, cependant ils craignent qu'on les remarque s'ils n'y vont pas ; mais ils ne voudraient pas s'avouer coupables, et que font-ils ? ils ne disent pas leur péché et commen-cent une chaîne de sacrilèges qui peut-être durera jusqu'à la mort, sans avoir la force de la rompre une autre fois. Ce sera un homme qui n'est pas disposé à restituer une chose qu'il aura dérobée, à réparer une injustice qu'il a faite, à ne plus retirer intérêt de son argent ; ou, si vous voulez encore, une femme ou une fille, qui a quelque fréquentation mauvaise et ne voudra pas la rompre. Et quel parti prennent ces personnes-là ? Le voici : c'est de ne rien dire, et de s'engager volontai-rement dans la route de l'enfer.
Mes amis, je vous dirai : vous vous aveuglez affreuse-ment ; qui est celui que vous croyez tromper, et à qui vous voulez cacher votre péché ? ce n'est pas à un homme, mais à Dieu lui-même, qui les connaît bien mieux que vous, qui vous attend dans l'autre vie pour vous punir non un moment, mais une éternité. Combien encore sont de ce nombre ! des personnes qui font pro-fession de piété et qui se laissent tromper par ces misé-rables considérations : « Que pensera-t-on de moi, si l'on ne me voit pas communier comme à mon ordinaire ? » Cette considération les arrête et les jette dans le sacri-lège. O mon Dieu, peut-on après cela vivre tranquille ? Mais, grâce à Dieu, ces âmes noires et vouées à l'iniquité ne sont pas les plus nombreuses. Mais voici la corde par laquelle le démon en entraîne le plus en enfer : ce sont ceux qui, en déclarant leurs péchés, les cachent par la manière dont ils les accusent ; on ne les connaît guère mieux après leur confession qu'avant. Qui pourrait raconter tous les déguisements, tous les artifices que le démon leur inspire pour les perdre et tromper leur con-fesseur. Vous allez le voir :
Je dis 1 déguisement dans la manière de les accuser, ils se serviront de termes les plus capables d'en dimi-nuer la honte. Quelle est la préparation de certains ? Ce n'est pas de demander à Dieu la grâce de bien con-naître leurs péchés ; mais de se tourmenter comment ils pourront les dire pour éprouver moins de honte. Sans presque s'en apercevoir, ils les affaiblissent considéra-blement ; les emportements de la colère ne seront que des impatiences, les discours les plus indécents ne seront que des paroles un peu trop libres ; les désirs les plus honteux, les actions les plus infâmes, ne seront que des familiarités peu décentes ; les injustices les plus mar-quées ne seront que de petits torts ; les excès de l'avarice ne seront qu'un attachement un peu trop grand aux biens de la terre. De sorte que, quand la mort arrivera et que Dieu leur fera voir leurs péchés tels qu'ils sont, ils recon-naîtront alors qu'ils n'ont dit leurs péchés qu'à moitié dans presque toutes leurs confessions. Et que s'ensui-vra-t-il de là, sinon une chaîne de sacrilèges ? O mon Dieu, peut-on bien y penser et ne pas mieux être sincère dans ses confessions pour avoir le bonheur d'en recevoir le pardon ?
2 Je dis que l'on déguise ses péchés dans les circons-tances que l'on a bien soin de ne pas déclarer, qui sou-vent sont plus criminelles que les actions mêmes, par exemple une personne dont l'occupation est de médire, de censurer, ou peut-être même de calomnier, s'accusera d'avoir dit des paroles désavantageuses au prochain ; mais elle ne dit pas que cela était par orgueil, par envie, par haine et par ressentiment ; mais ne dit pas quelle perte elle a portée à sa réputation. Au contraire, si on lui demande si ces paroles ont nui au prochain, elle répond tranquillement que non, sans avoir examiné le oui ou le non. Vous dites bien que vous avez médit, vous ne dites pas que c'était contre votre pasteur ou une autre per-sonne consacrée à Dieu, dont la réputation est absolu-ment nécessaire pour le bien de la religion. Mais vous ne dites pas que ce que vous avez dit était faux, c'est-à-dire une calomnie ; vous vous accusez bien d'avoir dit des paroles contre la religion et contre la modestie, mais vous ne dites pas que votre intention était d'ébranler la foi de cette jeune personne, afin de lui persuader de consentir à vos mauvais désirs, en lui disant qu'il n'y avait point de mal en cela, qu'il ne fallait pas s'en confesser. Une jeune fille dira bien qu'elle s'est habillée avec le désir de plaire ; mais elle ne dira pas que son intention était de donner lieu aux mauvaises pensées. O mon Dieu, ne devrait-on pas les reléguer au fond des forêts où les rayons du soleil n'ont jamais pu pénétrer ?
Un père s'accusera bien d'avoir été au cabaret, de s'être enivré ; mais il ne dira pas qu'il a servi de scandale à toute sa famille. Une mère dira bien qu'elle a dit des paroles contre le prochain et qu'elle s'est mise en colère ; mais elle ne dit pas que ses enfants et ses voisines en ont été témoins. Un autre s'accusera bien d'avoir eu ou per-mis des familiarités peu décentes ; mais ne dira pas que son intention était de pécher avec la personne, s'il avait pu la séduire, ou s'il n'avait pas craint le monde. Celui-ci dira bien qu'il a manqué la sainte Messe le dimanche, mais il ne dira pas qu'il l'a fait manquer à d'autres, ou bien que plusieurs personnes l'ont vu, ce qui les a scan-dalisées, et peut-être même ses enfants ou ses domesti-ques. Vous vous accusez bien d'avoir été au cabaret ; mais vous ne dites pas que c'est un dimanche et pendant la messe ou les vêpres ; que votre intention était d'en amener d'autres avec vous, si vous aviez pu. Vous ne dites pas encore que vous êtes sorti de l'église pour aller au cabaret, et que c'était pendant l'instruction, en vous raillant de ce que disait votre pasteur. Vous vous accusez bien d'avoir mangé de la viande les jours défendus ; mais vous ne dites pas que c'est pour vous moquer de la reli-gion et mépriser ses lois saintes. Vous dites bien que vous avez prononcé des paroles sales ; mais vous ne dites pas que c'est parce qu'il y avait devant vous une personne de piété, afin de pouvoir décrier la religion et la détruire de son cœur. Vous dites bien encore que vous travaillez le dimanche ; mais vous ne dites pas que c'est par avarice, en méprisant les défenses de l'Eglise. Vous vous accu-serez bien d'avoir eu de mauvaises pensées ; mais vous ne dites pas que vous y avez donné occasion en allant volontairement avec des personnes que vous saviez très bien n'avoir que de mauvais propos à débiter. Vous dites bien que vous n'avez pas entendu la sainte Messe comme il faut ; mais vous oubliez de dire que vous y aviez donné occasion en venant jusqu'à la porte de l'église sans vous y préparer ; peut-être vous entrez sans faire un acte de contrition, et vous ne dites rien de tout cela : et cepen-dant une bonne partie de ces circonstances manquant peuvent rendre vos confessions sacrilèges. O que de chrétiens damnés, parce qu'ils n'auront pas su se con-fesser ! Vous vous êtes peut-être bien accusé de n'être pas bien instruit ;
mais vous avez manqué de dire que vous ne saviez pas les principaux mystères, ce qu'il faut absolument pour être sauvé.
Vous avez manqué de dire que vous n'osez pas bien demander à votre confesseur de vous interroger, pour savoir si vous êtes suffisamment instruit pour ne pas vous damner et pour recevoir les sacrements dignement ; peut-être n'y avez-vous jamais pensé ! O mon Dieu, que de chrétiens perdus !
En troisième lieu, je dis déguisement dans le ton de la voix que l'on emploie pour déclarer certains péchés les plus humiliants, dans le soin que l'on prend de les placer de manière que le confesseur puisse les entendre sans y faire attention. L'on commencera à accuser beau-coup de petits péchés, comme : « Mon père, je m'accuse d'avoir manqué de prendre de l'eau bénite le matin et le soir, d'avoir eu des distractions pendant mes prières, et autres choses semblables, après avoir endormi, autant qu'ils peuvent, l'attention du confesseur, d'une voix un peu plus basse et de la manière la plus rapide, on glisse des abominations et des horreurs. » Insensés, pourrait-on leur dire, quel est donc le démon qui vous a ainsi séduits pour vous porter à trahir misérablement la vérité ? Dites-moi, M.F., quel est le motif qui peut vous porter à mentir de la sorte en confession ? Est-ce la crainte que le confesseur ait mauvaise opinion de vous ? Vous vous trompez. Est-ce que vous espérez que les péchés que vous dites vous seront pardonnés ?
Vous vous trompez encore grossièrement. Mais, dites-moi, pourquoi est-ce que vous venez dire au confesseur une partie de vos péchés avec l'espérance de le tromper ? mais vous savez bien que vous ne tromperez pas Dieu, de qui vous devez recevoir votre pardon. Dites-moi, cette absolution que vous aurez surprise, pouvez-vous bien espérer qu'elle sera ratifiée dans le ciel ? Hélas ! M.F., tel est l'aveu-glement de certains pécheurs qui osent se persuader que, pourvu qu'ils aient obtenu une absolution, n'importe qu'ils aient dit ou pas dit tous leurs péchés, qu'ils aient trompé ou non leur confesseur, ils se croient pardonnés. Mais, dites-moi, pécheurs aveugles, pécheurs endurcis et vendus à l'impiété, je vous le demande, êtes-vous bien contents de cette absolution, lorsque vous êtes sortis du tribunal de la pénitence ? Avez-vous éprouvé cette paix et cette douce consolation qui est la récompense d'une confession bien faite ? N'avez-vous pas été, au contraire, obligés, pour calmer vos remords de conscience, de vous dire en vous-mêmes qu'un jour vous referiez la confession que vous veniez de faire ? Mais, mon ami, tout bien examiné, vous auriez mieux fait cent fois de ne pas vous confesser. Vous savez très bien que tous les péchés que vous avez ainsi confessés ne sont pas pardonnés, sans parler de ceux que vous avez voulu cacher. Vous n'étiez pas assez coupables ? et vous avez voulu ajouter à tous vos énormes péchés un affreux sacrilège ! – Mais, me direz-vous, je voulais commu-nier, parce que j'avais l'habitude de communier ce jour--là. – Vous vous trompez ; il faut dire que vous vouliez commettre un sacrilège, vous enfoncer plus profond dans les enfers ; vous aviez peut-être peur de n'être pas assez coupables pour aller en enfer ; vous aviez peut--être peur d'aller au ciel. Ah ! ne vous tourmentez pas tant, vous avez assez de péchés pour ne pas aller au ciel et pour être précipités dans les flammes.
Hélas ! je ne vous dis rien de toutes ces confessions sacrilèges par défaut de contrition, qui, seules, damnent plus de monde que tous les autres péchés. J'espère qu'un jour je vous en parlerai. N'est-ce pas, mon ami, que vous espérez de réparer le mal que vous avez fait ? – Oui, me direz-vous. – Hélas ! mon ami, tremblez que ce temps ne vous soit pas donné et que, pour toute préparation, vous n'ayez à la mort que vos sacrilèges. Voulez-vous savoir la récompense de ces profanations ? La voici : endurcissement pendant la vie et désespoir à l'heure de la mort. Vous avez trompé votre confesseur, mais non le bon Dieu, et c'est lui qui vous jugera.
Que devez-vous faire, M.F., pour éviter un mal aussi effroyable ? Hâtez-vous de réparer tous ces défauts de vos confessions passées, par une accusation sincère et entière. Comprenez que jamais Dieu ne vous pardonnera ni vos péchés cachés, ni vos confessions sacrilèges. Vos péchés cachés seront publiés à la face de tout l'univers ; au lieu que si vous les avez bien confessés, jamais on ne pourrait vous les reprocher. Frémissez, M.F., à la vue de l'affreux désespoir qui vous attend à l'heure de la mort, lorsque tous vos sacrilèges vont venir se préci-piter sur vous pour vous ôter toute espérance de pardon. Rappelez-vous l'exemple d'Ananie et de sa femme qui tombèrent morts aux pieds de saint Pierre pour lui avoir menti. Rappelez-vous encore la terrible punition de cette fille rapportée par Saint Antonin...
M.F., que toutes ces considérations vous engagent à faire toutes vos confessions d'après les règles que je viens de vous tracer, et vous êtes sûrs de trouver dans vos confessions le pardon de vos péchés, la paix de l'âme et la vie éternelle à la fin de vos jours. Ce que je vous souhaite. SERMON
SUR LE PéCHé MORTEL
Vœ nobis, quia peccavimus.
Malheur à nous, parce que nous avons péché.
(Lament. v, 16.)
Le prophète Jérémie, M.F., se regardait comme chargé des péchés de son peuple ; il s'écrie, en pleurant amèrement : « Enfin, enfin, nous avons perdu par nos péchés ces plaisirs purs dont nos cœurs jouissaient, nos joies se sont changées en tristesse, et la couronne de gloire que nous avions sur nos têtes est tombée. Malheur à nous, parce que nous avons pêché.»
Quoi, M.F., de plus digne de nos réflexions et de nos larmes que ces paroles du prophète, qui nous montre les ravages effroyables que le péché fait dans celui qui est si malheureux que de le commettre ? Comment, M.F., oserai-je vouloir entreprendre de vous parler de la grandeur, de la malice du péché envers Dieu contre qui il est commis et des malheurs qu'il attire à celui qui le commet. Hélas ! M.F., vous parler de détruire en vous le péché, de le noyer dans vos larmes, et de l'anéantir par vos pénitences c'est vouloir entreprendre de détruire ce que les rois, quelque puissants qu'ils aient été, n'ont jamais pu ren-verser, ni par la sévérité des supplices, ni par la rigueur et la multitude de leurs ordonnances ; c'est vouloir empêcher ce que les prophètes de l'Ancien Testament n'ont jamais pu empêcher par la force de leur éloquence toute divine ; c'est vouloir détruire ce que les apôtres, enflammés par l'amour de Dieu et animés par la force de l'Esprit-Saint, n'ont jamais pu détruire. Hélas ! M.F., c'est vouloir anéantir ce que tous les martyrs n'ont jamais pu étouffer dans l'effusion de tout leur sang. Ah ! que dis-je ? C'est vouloir exterminer ce que Jésus-Christ lui-même, tout Dieu qu'il est, n'a pas entiè-rement exterminé par tous ses tourments et les rigueurs inexprimables de sa douloureuse et cruelle passion. Oui, M.F., je vais donc vous parler du péché, c'est-à--dire de ce que le bon Dieu lui-même, depuis plus de six mille ans, n'a pas renversé par toutes les grâces de sa religion sainte et divine, par toutes les forces de ses sacrements et par tout le zèle de ses ministres. O péché ! ô maudit péché mortel, si familier aux hommes et si peu connu des hommes ! O maudit péché, destructeur de notre sainte religion, cruel bourreau de nos âmes !... germe de réprobation ! Horreur du ciel et désolation de la terre ! O maudit péché, qui est la cause de tous nos malheurs pour le temps et pour l'éternité ! ô sanglant meurtrier de Jésus-Christ même ! ô mon Dieu, si nous con-naissions bien ce que c'est que le péché, pourrions-nous le commettre avec plaisir ; et, après l'avoir commis, pourrions-nous vivre tranquilles ! Mon Dieu, que nous sommes aveugles ! Voyons donc tous ensemble ce que c'est que le péché mortel, sa malice, ensuite l'aveugle-ment de celui qui le commet et les maux qu'il nous attire. I. – Non, M.F., jamais il ne sera donné aux mortels de comprendre la grandeur de la malice du péché mortel. Quand j'aurais le pouvoir d'ouvrir les portes de l'enfer, et de vous faire environner de toutes ces malheureuses victimes de la juste colère de Dieu, que chacune vous ferait de la manière la plus déchirante la peinture des larmes qu'elles ont répandues, des soupirs et des cris qu'elles ont poussés, des douleurs qu'elles ont ressenties et qu'elles endureront jusqu'à la fin de l'éternité, s'il était possible qu'il y eût fin. Tout cela ne serait encore rien. Et si vous m'en demandez la raison, la voici c'est qu'il faudrait pouvoir vous faire comprendre d'un côté jusqu'à quel degré le péché outrage le bon Dieu, et d'un autre côté jusqu'à quel degré la puissance infinie de Dieu punit le péché ; ce qui ne sera jamais donné, même aux anges, de savoir. Tout ce que je vais vous en dire ne sera donc rien en comparaison de ce qu'il est.
Si vous demandez, M.F., ce que c'est que le péché mortel, voici ce que saint Augustin nous en dit : C'est une aversion de Dieu et un attachement déréglé et cri-minel aux créatures. Voilà donc, M.F. la matière du péché, non seulement s'éloigner de Dieu, mais encore le haïr. O mon Dieu, quel malheur est comparable à celui-là, s'attacher à une vile créature, lui donner toutes les affections de son cœur, au mépris de son Créateur, de son Dieu ? Pouvons-nous, M.F., nous figurer une plus noire malice et une plus effroyable énormité ! Mais encore, M.F., qui nous dira ce que c'est que ce mal d'aversion de Dieu ? Le voici : c'est une opposition uni-verselle à la volonté de Dieu. Voilà le langage que nous tenons à Dieu en péchant : « Retirez-vous de moi, je ne veux plus que vous soyez mon Dieu, ni moi être votre serviteur : je vous méprise avec tous vos biens. Vous voulez cela ; eh bien ! moi je ne le veux pas. Vous ne voulez pas cela ; eh bien ! moi je le veux. Vous me com-mandez de faire cela, je ne veux pas le faire. » Voulez-vous mieux le comprendre ? Ecoutez-moi un instant : Vous me commandez, disons-nous à Dieu, de vous prier matin et soir ; eh bien ! moi je ne veux pas vous prier. Vous voulez que je sanctifie le saint jour de dimanche ; eh bien ! moi je ne veux pas, je veux le profaner par les travaux que vous m'avez défendus, encore plus, en me livrant aux plaisirs et à la débauche. Vous me commandez de conserver mon corps et mon âme purs et chastes ; eh bien ! moi je ne veux pas ; je les profanerai par les pensées, les désirs sales et honteux, par les actions les plus infâmes.
Vous voulez que je pardonne à mon ennemi ; eh bien ! moi je veux me venger. Vous voulez que je vous aime ; eh bien ! je vous méprise et me donne aux créatures. Vous voulez que je profite de votre sainte parole, que vos ministres m'an-noncent pour me faire connaître les moyens de bien me conduire ; vous voulez que je profite des grâces que la religion nous présente pour nous aider à vaincre nos penchants ; eh bien ! moi je veux mépriser votre parole et celui qui l'annonce et fouler aux pieds toutes vos grâces. Voilà, M.F., le langage que nous tenons au bon Dieu toutes les fois que nous péchons ; c'est pour cela que le prophète Isaïe appelle les pécheurs des rebelles qui font toujours le contraire de la volonté du Sei-gneur .
En deuxième lieu, je dis que ce mot d'aversion veut encore dire un dégoût, un soulèvement de cœur contre tout ce qui a rapport à la religion : la pénitence, les morti-fications, le pardon des ennemis, les violences qu'il faut se faire pour vaincre les penchants corrompus de son cœur, la privation de certains plaisirs, ainsi que du reste, cela nous fait peur, nous rend malades d'y penser ; l'on trouve que le bon Dieu exige trop, qu'il est trop difficile de servir le bon Dieu ; nous aimons mieux nous exposer d'aller souffrir pendant toute l'éternité que de nous faire quelques violences pour plaire à Dieu en évitant le péché. O mon Dieu, que l'homme est aveugle ! Est-il bien possible qu'une vile créature ose se révolter contre son Créateur, qui d'un seul regard l'anéantirait à l'instant même.
En troisième lieu, je dis que non seulement le pécheur en péchant préfère la créature à la majesté de Dieu : quelle honte !
quelle horreur pour un chrétien, s'il connaissait ce qu'il fait en péchant ! Mais encore saint Augustin dit : « Autant de passions nous contentons, autant de dieux étrangers nous adorons. » Oh ! quelle injustice le pécheur ne fait-il pas à Dieu, de le mettre au-dessous de sa passion ! Oui, nous dit ce saint, ce mal-heureux impudique met son Dieu au chevet d'une femme infâme... oui, il met son Dieu dans les regards d'un impudique, dans les plaisirs brutaux et infâmes d'un homme lascif. Qu'est-ce qu'un impudique ? nous dit saint Augustin ; c'est un homme pauvre et mal-heureux qui ne respire que la chair et l'ordure. Qu'est-ce qu'un emporté ? C'est un homme qui jette le feu par les yeux et les narines. Qu'est-ce qu'un envieux ? C'est un homme qui crève de dépit et qui se consume de rage.
Qu'est-ce qu'un ambitieux ? C'est, nous dit-il, un homme qui n'est rempli que de fumée. Eh bien ! où pensez-vous que le pécheur mette son Dieu ? croyez-vous que c'est dans ses yeux ? Encore plus bas. Est-ce dans son cœur ? Non, nous dit-il, encore plus bas. Est-ce dans le fond des abîmes ? Non, nous dit-il, encore plus bas... Où est-ce donc ? Ah ! malheureux, le voici : si tu peux l'entendre sans mourir d'horreur, malheur à toi. Ah ! malheureux pécheur, tu places ton Dieu sous l'écume de tes emportements, sous la sordide passion de ton avarice ; mal-heureux, c'est sous la bile de ta fureur, sous la rage de ton envie, sous la fumée de ton ambition. Ah ! que dis-je ? tu le places et tu voudrais le noyer dans le jus de tes tur-pitudes impures et infâmes. O mon Dieu, qui comprendra ce que c'est que le péché et pourra encore le commet-tre ?
J'ai appris, M.F., dans l'écriture sainte, que le ciel et la terre, ne peuvent renfermer la grandeur de la majesté de Dieu. J'ai bien appris qu'il a son trône dans le soleil et qu'il est environné de lumières ; mais je n'avais jamais vu que la divinité d'un Dieu trois fois saint pût être salie, tachée d'ordures, noircie de la fumée des passions des hommes infâmes. O péché ! ô maudit péché ! que tu fais bien voir ce que nous ne comprendrons jamais ! O quelle horreur, M.F., que la divinité soit arrachée de son trône par un infâme pécheur pour la mettre sous les pieds de ses passions ! O éternité ! seras-tu assez longue pour punir ces malheureux ? Saint Paul, voulant nous décrire l'énormité du péché de la chair, nous dit des paroles si étonnantes, que si vous pouviez bien les comprendre, il vous serait impossible de jamais tomber dans ce péché « Ne savez-vous pas que votre corps est un membre de Jésus-Christ ? » De sorte qu'un impudique qui s'aban-donne à une infâme créature, de son corps qui est un membre de Jésus-Christ, il en fait le membre d'une infâme prostituée. O horreur ! ô abomination, qui doit faire même frémir l'enfer d'horreur ! Dites-moi, M.F., que penseriez-vous d'un homme qui serait assez enragé, que de prendre du sang le plus impur des sales animaux et de le mettre dans le calice avec le sang précieux de Jésus-Christ après la consécration ? Cela seul vous fait horreur ; et cependant le pécheur va encore plus loin en préférant le démon au Fils de Dieu, et les mouvements de Satan aux mouvements de la grâce de Jésus-Christ.
En quatrième lieu, je dis que le péché mortel nous aveugle de manière que nous ne connaissons presque plus le mal que nous faisons ; du moins d'une manière si faible que nous péchons presque sans nous en aper-cevoir. Le péché se présente-t-il, nous le recevons ; la grâce vient, nous la méprisons ; de sorte qu'une fois aveuglés et endurcis nous faisons autant de chutes que de pas. Le bon Dieu, en punition de nos péchés, nous rejette de sa présence et nous livre entre les mains de nos passions. D'après cela, notre vie n'est autre chose qu'un tissu de crimes et une suite et un enchaînement de péchés. Le cœur de l'homme est semblable à une mer agitée par d'horribles tempêtes dont un flot en produit un autre : de même en arrive-t-il au pécheur. Le premier péché en produit un autre, ainsi ils se poussent les uns les autres, et le dernier pousse à l'impénitence finale, et l'impénitence finale à la mort, et la mort à l'éternité malheureuse. De sorte, nous dit Tertullien, qu'un péché devient la matière d'un autre. De là je conclus, M.F., que le pécheur ne cesse de pécher que dans le moment où il cesse de vivre ; toute sa vie n'est qu'un enchaînement de crimes, jusqu'à ce qu'il soit arrivé au dernier.
L'Ecriture sainte nous en fournit un fameux exemple dans la personne de l'infortuné Amasias, roi de Juda. Ce prince avait toutes les qualités naturelles que l'on pour-rait souhaiter pour un bon roi, et, selon toute apparence, avait les meilleures dispositions. Il monta sur le trône à l'âge de 25 ans.
Jusqu'alors il avait assez bien vécu ; mais, hélas ! à peine fut-il élevé, que l'orgueil et l'ambi-tion se saisirent de lui. Il voulut savoir à combien de personnes il aurait droit de commander ; il en eut trois cent mille capables de porter les armes : « Voilà bien du monde, se dit-il en lui-même ; mais où vais-je trouver de l'argent pour les payer ? Il fait établir un impôt dont il écrasa son peuple, et le fit exécuter avec la dernière cruauté. Le Seigneur lui envoya un prophète pour le reprendre ; mais non, un aveugle, rien ne peut le tou-cher ; il méprise les réprimandes du prophète ; même il le menace de mort, se baignant pour ainsi dire dans le vice de son orgueil. Voyant que le prophète le reprenait, il lui dit : « Vous ne cessez de m'importuner ; eh bien ! j'abandonnerai le vrai Dieu et j'adorerai les idoles. » En effet il le fit. Se voyant à la tête d'une superbe armée, bien équipée, il croit que rien n'est capable de lui résister. Il va attaquer le roi d'Israël : il veut se rendre maître de ses états et faire mourir le roi ; mais, hélas ! son armée fut taillée en pièces et lui-même fut pris et conduit en captivité, ce qui dura quinze ans ; enfin ses propres domestiques l'égorgèrent .
Voilà, M.F., précisément l'image d'un pécheur endurci, dont l'endur-cissement consiste dans un certain enchaînement de crimes et dans une suite continuelle de mauvaises actions, et dans un certain flux et reflux d'impiété ; il ne cesse de pécher qu'en cessant de vivre ; il n'y a que la mort qui lui fasse ouvrir les yeux sur son état.
En cinquième lieu, ce qui rend cet endurcissement si terrible, c'est l'abandon de Dieu qui se retire du pécheur et qui finit par le livrer entre les mains de ses passions. Une fois arrivé à ce degré d'aveuglement, hélas ! rien ne le touche et rien n'est capable de lui faire connaître l'état malheureux où le péché le conduit ;
il méprise tout ce qui est capable de le rappeler à Dieu ; il rejette la grâce autant de fois qu'elle vient. Cependant il sait qu'il est dans le péché, il sait qu'il n'a point fait de pâques, il sait qu'il a caché ses péchés en confession, il sait qu'il possède le bien de son prochain, il sait que s'il meurt dans cet état il sera perdu. Il entend le ministre du Seigneur qui lui montre au doigt l'état épouvantable de son âme et ne cesse de le lui représenter. Oui, il sait tout cela ; mais il ne l'entend que pour railler et mépriser même celui qui voudrait lui tendre la main ; il ne recevra les grâces du salut que pour les fouler sous ses pieds. écoutez parler cet aveugle, cet endurci : « Tout ce que les prêtres disent n'est que des mensonges ; c'est leur métier. » Si dans une instruction il y a quelque chose qui les regarde ou qui les touche un peu de près, il n'y a sortes d'abominations qu'ils ne vomissent contre le prêtre. Vous les voyez sortir et faire tout ce qu'ils peuvent pour en entraîner d'autres dans leur répro-bation. Ils ont une telle fureur contre Dieu et sa religion, qu'ils affecteront de faire le mal devant les gens de bien, c'est-à-dire de débiter des impiétés contre la religion, contre ses ministres, de travailler les saints jours du dimanche et de faire gras les jours défendus. Dites-moi, M.F., auriez-vous pu vous former une idée qu'une personne fût capable d'arriver à cet état d'aveu-glement et d'endurcissement ?
Ce qui met le comble à leur malheur, c'est qu'ils sont peut-être tranquilles, et peut-être le seront-ils jusqu'au moment où ils tomberont entre les mains de leur ennemi éternel. Nous en avons un bel exemple dans l'écriture sainte, où nous lisons que le roi de Syrie, ayant conçu le dessein d'assiéger une ville de la Judée , fit mettre ses soldats en embuscade. Le prophète élisée, à qui le Seigneur le fit savoir, se mit en prières en demandant au bon Dieu d'aveugler tous ceux qui venaient le chercher. Après avoir fait sa prière, il va trouver ces gens et leur dit : « Vous vous trompez : suivez-moi, vous n'avez pas pris la route qu'il fallait prendre, ce n'est pas ici la ville que vous aviez dessein d'assiéger. Venez et suivez-moi, et je vous conduirai où il faut que vous alliez. Le prophète se mit à leur tête et les mena droit à Samarie, et après les avoir mis entre les mains de leurs ennemis qui avaient résolu de les perdre, il s'en alla . Image terrible de ce qui se passe ordinairement à la mort de ce pécheur endurci : s'il est assisté d'un prêtre, ce n'est souvent que pour son malheur. Le prêtre le console, en lui fai-sant envisager la grandeur de la miséricorde de Dieu ; les assistants se consolent en voyant les faveurs qui lui sont prodiguées dans ce terrible moment ; mais le prêtre ne fait que l'endormir dans une fausse paix, et les sacrements ne font pas autre chose que de l'aveugler davantage. Il reçoit le prêtre avec une hospitalité extraor-dinaire ; et les démons n'attendent que le moment où la mort le frappe pour le traîner en enfer. Il a tout méprisé, il s'est moqué de tout, le voilà réduit, sous la rigueur de la justice de celui contre qui il a tant vomi d'impiétés. Mon Dieu, que l'état de ce pauvre malheureux est digne de nos prières et de nos larmes !
II. – Mais peut-être que cela vous a peu touchés, M.F. ; voyons et considérons le péché sous un autre rapport. Je veux dire les maux qu'il entraîne avec lui.
Je dis donc 1 que le péché est la source de toutes les misères temporelles que nous éprouvons pendant notre vie. Le Saint-Esprit nous assure que le péché nous rend malheureux, même dès ce monde ; la pauvreté, les maladies, les afflictions, les autres maux et surtout la mort, c'est le péché qui en est la cause. Le Saint-Esprit nous dit dans plusieurs endroits de l'écriture sainte, que si vous gardez mes commandements, je ferai que tout réussira chez vous, vos terres produiront des grains en abondance et vos arbres seront chargés de fruits ; mais si vous m'offensez je vous accablerai de toutes sortes de maux ; tout périra chez vous . Cela est facile à comprendre, que tous nos maux spirituels et tem-porels nous soient donnés en punitions de nos péchés. Qu'est-ce qui a été cause que les anges sont tombés du ciel dans les enfers ? Qu'est-ce qui a chassé Adam du paradis terrestre, et qui lui attira tant de malheurs et à tous ses descendants ? Rien autre que le péché . Qui força le Seigneur à faire périr tout l'univers par un déluge universel, sinon les crimes des hommes qui étaient sur la terre ? Qui a été la cause de l’embrasement de Sodome, de Gomorrhe et de tant d'autres villes, sinon le péché ? Ah ! maudit péché, qui te pourrait connaître et te commettre ? Le prophète Nathan dit à David : « Puisque vous avez commis un adultère et fait mourir le mari de cette femme, les fléaux de Dieu ne sortiront point de votre maison ». Le Saint--Esprit nous dit que la misère et la pauvreté viendront de la part de Dieu dans la maison du pécheur et que les maisons des gens de bien seront bénies . Oui, M.F., nous devrions éviter le péché, quand ce ne serait que pour n'être pas malheureux pendant notre vie.
En deuxième lieu, je dis que le péché abrège même la vie de celui qui le commet, puisque le Saint-Esprit nous assure que les années du pécheur seront abrégées. Le Seigneur nous dit par la bouche du prophète Isaïe que la vie d'un pécheur est coupée comme le fil du tisserand, lequel ne pouvant le débrouiller, le coupe. Le bon Dieu souffre longtemps un pécheur ; mais voyant qu'il ne veut pas se convertir, il l'ôte de ce monde. Le roi Ezéchias étant malade, le prophète Isaïe lui dit de mettre ordre à ses affaires, parce qu'il allait mourir dans peu de temps. Ce roi se tourna du côté de la muraille, et se mit à pleurer ses péchés : « Quoi, se disait-il, faut--il que mes péchés soient cause que je meure au milieu de mes années ? » Le Seigneur, touché de sa pénitence, prolongea sa vie encore de quinze ans . Mais le roi Sédécias n'en fit pas de même ; ses crimes furent la cause qu'il fut fait prisonnier avec tous ses enfants ; on lui creva les yeux et il mourut misérablement . Le roi Antiochus reconnut bien que ses péchés étaient la cause qu'il mourait avant le temps. Il s'écria : « Ah !
que je me souviens bien que les maux que j'ai faits à Jérusalem font que je meurs ! » Et sa mort fut si cruelle que les vers le rongeaient tout vivant . L'histoire nous apprend que l'empereur Anastase étant tombé malade la nuit, il vit dans sa chambre un homme horrible tenant un livre où tous ses péchés étaient écrits, et cet homme lui dit : « Ta vie est abrégée de 40 ans, à cause de tes péchés. » Hélas ! M.F., tout ceci, il est vrai, est bien effrayant, surtout pour une personne qui aime la vie ; mais, un peu plus tôt ou plus tard, il faut toujours mourir ; et désirer de vivre plus longtemps, c'est désirer de prolonger ses misères et de multiplier ses fautes.
Mais je dis en troisième lieu, que les maux que le péché fait à notre pauvre âme sont bien plus déplo-rables. Ecartez de lui la mort, notre corps vit, c'est le bien le plus précieux de l'homme en ce monde ; un corps sans âme n'est capable de jouir d'aucun bien ni de rien faire, ce n'est plus qu'un cadavre puant. De même, M.F., le péché qui ôte la vie à notre âme la rend incapable de faire le moindre bien qui soit récompensé pour le ciel. Hélas ! M.F., une âme privée de la grâce de Dieu est comme un corps privé de son âme, ce n'est plus qu'un cadavre qui fait horreur à Dieu, aux anges mêmes. Non, M.F., rien de si beau qu'une âme dans la grâce ; mais rien de si horrible qu'une âme dans le péché. Nous lisons, dans la vie de sainte Catherine de Sienne, que le bon Dieu lui ayant fait voir en esprit une âme dans la grâce, elle en fut si charmée et si ravie, qu'elle s'écria : « Ah ! Seigneur, si la foi ne m'apprenait pas qu'il n'y a qu'une divinité, je croirais que c'est un Dieu. Ah ! non, mon Dieu, je ne m'étonne plus de ce que vous êtes mort pour une si belle âme. » Mais, hélas, M.F., dès qu'une âme vient à tomber dans le péché, ô Dieu, cette beauté, cette âme, plus blanche que la neige, qui était semblable aux anges, est devenue semblable aux démons. Elle nous dit qu'une âme dans le péché est aussi horrible aux yeux de Dieu, qu'une charogne traînée pendant huit jours à la rigueur du soleil l'est aux yeux du monde. Ah ! pauvre âme, qu'es-tu devenue ? Nous voyons que la mort dépouille un homme de tous ses biens, de même quand une âme a le malheur de tomber dans le péché, elle perd le mérite de tout le bien qu'elle a pu faire pendant toute sa vie, quand elle seule serait aussi riche que tous les anges et les saints ensemble ; si elle tombe dans un péché mortel, tout est perdu pour elle, plus que l'enfer pour elle ! Ah ! maudit péché, que les ravages que tu fais dans une âme sont terribles ! Hélas ! M.F., que de chrétiens qui m'écoutent sont morts de cette manière, et qui n'y pensent pas ! Ah ! plût à Dieu que l'on eût autant de crainte de la mort de l'âme que de celle du corps
Mais je vais plus loin, en disant que le péché mortel nous prive de la paix de l'âme. Le Saint-Esprit nous dit que celui qui a son âme en paix est en un festin conti-nuel . Et saint Paul nous dit que la paix d'une âme qui est bien avec le bon Dieu surpasse tous les plaisirs que l'on peut goûter par ses sens . Mais au contraire, le pro-phète Isaïe nous dit que le cœur d'un pécheur souffre des douleurs inconcevables . Saint Paul, écrivant aux Romains, leur dit que les tribulations accableront les pécheurs tous les jours de leur vie . Ah ! mon ami, pourquoi rester dans le péché, puisque vous y êtes si malheureux ?
Mais je vais encore plus loin, en vous disant que le péché mortel vend notre âme au démon et la rend son esclave. Oui, M.F., une personne qui est dans la grâce de Dieu, est un enfant de Dieu ; mais dès qu'elle tombe dans le péché, elle devient un enfant du démon et un esclave de Satan. Saint Jean nous assure que celui qui commet le péché est un démon, parce que, nous dit-il, il n'y a que le démon qui ait péché dès le commence-ment . Saint Augustin nous dit que celui qui commet un péché mortel vend son âme au démon. Cela est si vrai que, si l'on vient à mourir dans ce péché, le démon aura notre âme pendant toute l'éternité. Ah ! pauvre âme, que l'on te vend pour bien peu de chose ; puisque un ivrogne te vend pour un verre de vin, un avare pour une poignée de foin, un gourmand pour un bon repas et un impudique pour un plaisir infâme ! Ah ! pauvre âme, que l'on t'estime peu de chose !
Si nous allons plus loin, nous voyons que le péché mortel nous rend ennemis de Dieu et nous ferme la porte du ciel. Oui, M.F., une âme qui a le bonheur d'être dans la grâce est dans l'amitié de Dieu et elle porte avec elle le gage du bonheur des saints. Mais, dès que nous com-mettons le péché mortel, nous perdons la grâce et l'ami-tié de Dieu et le gage de la vie éternelle. O mon Dieu, quel malheur d'être votre ennemi, vous qui êtes si bon, si aimable et seul capable de faire notre bonheur ! Ah ! M.F., si nous connaissions ce que c'est que de perdre le bon Dieu, nous aimerions mieux perdre tout plutôt que de tomber dans ce malheur. Voyez les trois enfants, ils aimèrent mieux être jetés dans une fournaise ardente . Oui, M.F., tous les martyrs ont mieux aimé souffrir toutes sortes de tourments que de perdre l'amitié de leur Dieu. Voyez, M.F., ce qu'ont souffert les martyrs pour ne pas perdre l'amitié du Sauveur. Aux uns, l'on mettait sur leur tête des coins que l'on avait fait rougir au feu, comme on fit à saint Clément, évêque d'Ancyre, à saint Sabinien et à saint Christophe ; à d'autres, on leur arrachait les dents, on les leur cassait à coup de pierre, comme on fit à sainte Apollonie, à saint Janvier . Que vous dirai-je encore ? on les écorchait tout en vie, comme on fit à un saint Barthélemy, à une sainte Reine ; voyez un saint Venant qui aima mieux se laisser arracher les entrailles, et brûler avec des torches ardentes, que de perdre la grâce du bon Dieu par le péché. Disons mieux, M.F., il n'y a sortes de tourments qu'ils n'étaient prêts à endu-rer pour ne pas pécher.
O mon Dieu, qu'ils connaissaient donc bien mieux que nous la grandeur du malheur de celui qui perd la grâce par le péché. Hélas ! M.F., quel malheur pour nous, puisqu'en péchant nous renonçons à notre place dans le ciel et nous nous en marquons une en enfer. O beau ciel, ne te voir jamais ! Y a-t-il un malheur comparable à celui-là ? Que penseriez-vous, M.F., d'une personne qui dirait au bon Dieu : Je ne veux point du ciel, je choisis l'enfer pour mon partage, je renonce à la compagnie des anges et des saints ; j'aime mieux contenter ma passion et aller en enfer avec les démons pour y brûler pendant toute l'éternité. J'aime mieux aller dans ces feux éternels que de me priver de ces plaisirs, que de renoncer à ma volonté, que de par-donner à mon ennemi et que de rendre ce bien. – Mais, me direz-vous, je ne dis pas cela. – Mon ami, je vous réponds que votre péché le dit. Oui, cet impudique dit dans son langage : j'aime mieux prendre mon plaisir charnel et aller en enfer, que de m'en priver pour aller au ciel. Un avare dit : j'aime mieux jouir des biens de ce monde, que d'aller en paradis. Un ivrogne dit : j'aime mieux contenter mon ventre et aller en enfer souffrir une faim et une soif enragées, que d'aller en paradis.
Comprenez, M.F., si vous le pouvez, quel est l'aveugle-ment du pécheur de préférer un plaisir d'une bête à des joies éternelles ; de préférer un peu de bien à un royaume éternel, une gourmandise au rassasiement qu'éprouvent les bienheureux dans cette belle cité. O mon Dieu, que nous sommes aveugles lorsque nous péchons !
Si nous allons plus loin, nous voyons que le péché est le plus grand mal qui puisse jamais nous arriver dans ce monde. Sainte Thérèse nous dit que le bon Dieu lui ayant fait voir une âme en état de péché mortel, elle en fut si effrayée qu'elle souffrirait plutôt tout ce que jamais l'enfer pourrait inventer de tourments que d'en commettre un seul. Saint Thomas s'étonnait qu'une per-sonne qui avait commis un péché pût rire une fois dans sa vie. Sainte Catherine de Sienne, à qui le bon Dieu avait fait voir une partie de la malice du péché mortel, nous dit que Dieu, tout Dieu qu'il est, ne pourra jamais tant faire de mal à une âme qu'elle s'en fait elle-même par le péché. Sainte Catherine de Gênes s'écriait : « Ah ! plût à Dieu que je pusse vous faire comprendre ce que le bon Dieu m'a fait connaître de la malice du péché ! Non, non, s'écriait-elle, je ne m'étonne plus des peines de l'enfer, elles me semblent plus douces et plus tolé-rables que le péché. O mon Dieu, j'aimerais mieux être abîmée en enfer que de vous voir offensé. Saint Anselme nous dit qu'il aimerait mieux passer toute son éternité dans les enfers que de commettre un seul péché mortel Sainte Madeleine de Pazzi nous dit qu'elle n'a jamais pu concevoir que l'on puisse offenser un Dieu si faci-lement, et que Jésus-Christ soit mort pour racheter de si chétives créatures. Nous lisons dans l'histoire qu'une religieuse carmélite, n'étant âgée que de quatre ans, une autre religieuse lui dit : « Ah ! pauvre enfant, que tu serais heureuse de mourir à présent, n'ayant pas encore offensé le bon Dieu ! » Ces paroles la pénétrèrent si fort qu'elle leva les yeux au ciel, elle le vit ouvert, et Notre--Seigneur, dans une grande majesté, qui lui fit connaître qu'elle aurait une grande ; récompense si elle avait le bonheur de ne jamais l'offenser. Cela lui donna une si grande horreur du péché, qu'elle pleura toute sa vie. On lui demanda un jour pourquoi elle pleurait, elle ré-pondit : « Hélas ! j'appréhende d'offenser le bon Dieu. »
Oui, M.F., tous les saints n'ont rien craint en ce monde que le péché. Ah ! si Dieu, M.F., nous faisait voir combien le péché lui déplait et les maux qui le suivent, nous choisirions mille fois la mort plutôt que d'en commettre un seul. Voulez-vous, M.F., vous don-ner une nouvelle horreur du péché ? Rappelez-vous que c'est le péché qui est la cause de la mort de Jésus--Christ. Considérons tous ensemble, M.F., Jésus-Christ mourant en croix, le corps tout déchiré de coups de fouet, le visage tout meurtri et couvert de sales cra-chats, la tête toute percée et couronnée d'épines, ce pauvre corps tout en lambeaux, qui ne ressemble plus qu'à un monceau de chair découpé. Rappelez-vous, M.F., que cette mort jeta la confusion et la consternation dans tout le monde : le soleil se couvre de ténèbres, la terre tremble et semble frémir, les rochers se brisent, les tombeaux s'ouvrent et les morts se promènent par les rues de Jérusalem. Si cela vous étonne, M.F., demandez à Jésus-Christ lui-même pourquoi il souffre une mort si ignominieuse et si cruelle : « Ah ! mon fils, vous répon-dra-t-il, c'est le péché qui en est la cause, c'est pour satisfaire pour les péchés des hommes, c'est pour dé-truire ce maudit péché... Non, non, mon fils, nous dit ce tendre Sauveur, quand toutes les créatures du ciel et de la terre se seraient réunies ensemble et qu'elles auraient donné leur vie, enduré ce que jamais les bourreaux, guidés par l'enfer, auraient inventé, elles n'auraient pas été capables de satisfaire pour un seul péché véniel. Voilà, mon fils, nous dit Jésus-Christ, pourquoi j'ai tant souffert. Ah ! si du moins l'on cessait de me faire souffrir ! » O mon Dieu, que l'homme est in-grat de n'être pas encore content de tout ce que Jésus--Christ a souffert pour nous ! Mais, ô éternité, que tu seras longue pour venger l'outrage que le péché a fait à un Dieu si bon, si patient et si charitable !
Finissons, M.F. : ce langage fait frémir. Jusqu'à quand, M.F., vivrons-nous en aveugles ? jusqu'à quand tien-drons-nous notre Dieu sur la croix ? Non, M.F., n'atten-dons pas la mort où tous nos efforts, nos larmes et notre repentir ne nous serviront de rien. Ouvrons les yeux, M.F., reconnaissons nos égarements, pleurons nos crimes commis, livrons-nous à la pénitence, profi-tons de tout ce que le bon Dieu a mis à notre dispo-sition ; venons pleurer nos péchés passés et cessons de pécher ; perdons tout plutôt que de recommettre le moindre péché et ne cessons de pleurer tant que Dieu ne nous dira pas que c'est assez. Allons, M.F., au pied de la croix pour y mêler au moins nos larmes avec le sang adorable de Jésus-Christ : écoutons un instant les réprouvés qui pleurent, qui crient, qui hurlent et qui demandent miséricorde sans pouvoir l'obtenir. Mais pour nous, nous le pouvons encore, il nous appelle, ce tendre Sauveur, il vient au-devant de nous pour nous dire qu'il nous aime. Ah ! M.F., ne perdons jamais de vue ce qu'est le péché, les maux qu'il nous prépare pour l'autre vie, les biens qu'il nous fait perdre pour l'éter-nité. Nous voulons tous le ciel ; mais jamais le péché ne pourra entrer dans le séjour de délices. Oui, M.F., tout nous invite à quitter le péché ; le Fils de Dieu du haut de sa croix nous conjure de ne pas faire que les mérites de sa mort soient perdus pour nous ; les anges et les saints nous crient du haut du ciel combien est grand le bonheur qui nous est préparé, si nous évitons le péché. Les réprouvés, eux, nous disent d'être sages à leurs dépens, de ne pas les imiter, de ne pas venir dans ces lieux où les ont renfermés toute la puissance et la colère d'un Dieu . Ah ! M.F., encore un instant, et nous ne serons plus de ce monde, encore quelques mi-nutes et nous serons du nombre ou des saints ou des réprouvés. Tenons-nous bien sur nos gardes, M.F., puisque le moment de notre départ nous est inconnu. Heureux et mille fois heureux qui tiendra son âme tou-jours prête à paraître devant son Dieu. C'est tout le bonheur que je vous souhaite.
SERMON
SUR LA COMMUNION INDIGNE
Anima quæ peccaverit, ipsa morietur.
L'âme qui péchera, mourra.
(Ez. XVIII, 6.)
Si tout péché mortel, M.F., donne la mort à notre âme, la sépare de Dieu pour jamais, la précipite dans toutes sortes de malheurs, dans quel état doit donc réduire le plus affreux de tous les crimes, qui est le sacrilège ? O mon Dieu, quel est celui qui pourra jamais se former une idée de l'état épouvantable d'une âme couverte de sacrilèges ? Oui, nous dit Jésus-Christ, lorsque vous verrez l'abomination de la désolation dans le lieu saint, prédite par le prophète Daniel, comprenez-le bien . Hélas ! M.F., s'étant choisi le cœur de l'homme pour en faire sa demeure et son temple, Jésus- Christ prévoyait sans doute les profanations et les désastreuses abominations que le démon en ferait par le péché ; quelle triste et désolante pensée pour un Dieu ! Mais la plus grande et la plus terrible de toutes les douleurs est de prévoir que l'on profanerait son corps adorable et son sang précieux. O mon Dieu ! O malheur incompréhensible ! des chrétiens peuvent-ils bien se rendre coupables d'un tel crime, dont jamais l'enfer n'a jamais pu inventer de semblable ! Hélas ! saint Paul le déplorait déjà de son temps. Ne pouvant un jour leur faire sentir toute la noirceur de ce crime épouvantable, il leur disait en pleurant amèrement : Quel supplice ne recevrait pas celui qui porterait une main parricide sur le corps d'un Dieu fait homme, qui frapperait ce cœur... Ah ! ce tendre cœur qui nous aime jusqu'à la croix, et qui lui arracherait le sang de ses veines !... Ah ! ce sang adorable versé pour nous, qui nous a sanctifiés dans le saint baptême, qui nous a purifiés dans le sacrement de pénitence... ; il semblerait être impossible de trouver des châtiments assez rigoureux et des chrétiens capables d'un tel crime. Hélas ! s'écrie-t-il, en voilà un encore infiniment plus épouvantable, c'est de recevoir indigne-ment le corps adorable et le sang précieux de Jésus--Christ, c'est le profaner, le souiller, l'avilir ; ce crime est-il possible ?... Ah ! du moins, l'est-il à des chrétiens ? Oui, il y en a de ces monstres d'ingratitude qui portent leur fureur jusqu'à un tel excès ! Oui, M.F., si le bon Dieu, dans ce moment, montrait les communions de tous ceux qui sont ici, à découvert, hélas ! combien qui paraîtraient avec leur sentence de réprobation écrite dans leur conscience criminelle avec le sang d'un Dieu fait homme ! Cette pensée fait frémir, et cependant rien de si commun que ces communions indignes ; combien qui ont la témérité de s'approcher de la Table sainte avec des péchés cachés et déguisés en confession ! Com-bien qui n'ont pas cette douleur que le bon Dieu demande d'eux ; combien qui ne font pas tous leurs efforts pour se corriger ! combien qui conservent une volonté secrète de retomber dans le péché ! Combien qui n'évitent pas les occasions du péché, pouvant le faire ; combien qui conservent jusqu'à la Table sainte des inimitiés dans leur cœur ! Sondez vos consciences, M.F., et voyez si vous n'avez jamais été dans une de ces dispositions en vous approchant de la sainte communion ; si vous aviez eu ce malheur, M.F., de quels termes pourrais-je donc me servir pour vous en faire sentir toute l'horribilité ? Ah ! s'il m'était permis, j'irais en enfer pour y arracher un infâme et un traître Judas encore tout fumant du sang adorable de Jésus-Christ qu'il a si horriblement profané. Ah ! si vous pouviez entendre les cris et les hurlements qu'il pousse ; ah ! si vous pouviez com-prendre les tourments qu'il endure à cause de son sacri-lège, vous mourriez de frayeur. Hélas ! que sera-ce donc de ceux qui, peut-être toute leur vie, n'ont fait que des sacrilèges ! des chrétiens qui vont m'entendre et qui sont coupables, pourront-ils bien vivre encore ? Oui, M.F., le sacrilège est le plus grand de tous les crimes, puisqu'il attaque un Dieu et lui donne la mort, et nous attire tous les plus grands malheurs.
I. – Si je parlais à des idolâtres ou même à des héré-tiques, je commencerais à leur prouver la réalité de Jésus-Christ dans le sacrement adorable de l'Eucharistie ; mais non, personne n'a le moindre doute là-dessus. Hélas ! il faudrait que pour ceux qui l'approchent en de mauvaises dispositions, Jésus-Christ n'y fût pas ; mais non, il y est aussi bien pour ceux qui osent se présenter avec le péché dans le cœur, que pour ceux qui sont en état de grâce. Je veux seulement, en commençant, vous citer un exemple qui fortifiera votre foi là-dessus, et vous donnera une idée des dispositions que vous devez y apporter, pour ne pas profaner ce grand Sacrement d'amour. Il est rapporté, dans l'histoire, qu'un prêtre qui disait la sainte Messe, après avoir prononcé les paroles de la consécration, douta si Jésus-Christ était réellement présent en corps et en âme dans la sainte Hostie ; à l'instant même la sainte Hostie fut toute teinte de sang. Jésus-Christ semblait vouloir par un si grand miracle reprocher à son ministre son peu de foi et affermir les chrétiens dans cette vérité de foi, qu'il est réellement présent dans la sainte Eucharistie. La sainte Hostie versa du sang avec tant d'abondance que le corporal, les nappes de l'autel, et l'autel même en furent rougies. Le Saint Père, en étant informé, fit apporter dans une église le corporal, que l'on portait tous les ans le jour de la Fête--Dieu, en grande vénération . Non, M.F., tout ceci n'est pas ce qui vous est le plus nécessaire, parce que personne n'en doute ; mais mon intention est de vous montrer autant qu'il me sera possible la grandeur et l'horribilité du sacrilège. Non, jamais cette connaissance ne sera donnée à l'homme mortel ; il faudrait être Dieu lui-même, afin de pouvoir le comprendre ; cependant, pour vous en donner une faible idée, je vous dirai que celui qui a ce grand malheur, fait un péché qui outrage plus le bon Dieu que tous les péchés mortels qui se sont commis depuis le commencement du monde et que ceux qui pourront se commettre jusqu'à la fin des siècles . Il est donc tout à fait impossible de vous le montrer dans toute sa noirceur ; hélas ! cependant, rien de si commun que ces sacrilèges.
Si je voulais, M.F., vous parler de la mort corporelle de Jésus-Christ, je n'aurais qu'à vous faire la peinture des tourments qu'il a endurés pendant sa vie ; je n'au-rais qu'à vous montrer ce pauvre corps tout en lam-beaux, tel qu'il était après sa flagellation, tel qu'il est maintenant sur l'arbre de la croix ; il n'en faudrait pas davantage pour vous toucher le cœur et faire couler vos larmes. En effet, quel est le pécheur le plus en-durci qui pourrait y résister et qui ne mêlerait pas ses larmes avec ce sang adorable ? Quelle est la jeune per-sonne, si j'allais me jeter à ses pieds avec un Dieu qui pleure ses péchés, en la priant en grâce de ne pas lui donner la mort, son cœur fût-il plus dur qu'un rocher, que de suite ses larmes couleraient, et, foulant aux pieds ses plaisirs, elle leur dirait adieu pour jamais. Quel est l'avare, à qui je présenterais un Dieu dépouillé de toutes choses, tout nu sur une croix, qui pourrait encore aimer les biens de ce monde ? Quel est l'im-pudique que j'irais attendre à son passage, qui court comme un désespéré vers l'objet de sa passion, si je lui présentais son Dieu tout couvert de plaies, de sang, lui demandant en grâce de ne pas lui ôter la vie, ne tomberait-il pas à ses pieds en criant miséricorde ? Hélas ! M.F., la mort que nous donnons à Jésus-Christ par la communion sacrilège est encore infiniment plus affreuse et douloureuse. Lorsqu'il était sur la terre, il n'a souffert qu'un certain temps, et il n'est mort qu'une fois ; encore, c'est son amour qui l'a fait souffrir et mourir ; mais, ici, ce n'est plus la même chose. Il meurt malgré lui, et sa mort, bien loin d'être pour nous avantageuse comme la première fois, tourne à notre malheur en nous attirant toutes sortes de châtiments et dans ce monde et dans l'autre. O mon Dieu ! que nous sommes cruels envers un Dieu si bon ! Oui, M.F., lorsque nous réfléchissons sur la conduite de cet apôtre perfide qui trahit et vendit son divin Maître, qui, depuis plusieurs années, l'avait admis au nombre de ses plus chers favoris, qui l'avait comblé de tant de bienfaits, qui lui avait donné une charge de préférence aux autres, qui avait été témoin de tant de miracles ; lorsque nous nous rappelons, dis-je, les cruautés et la barbarie des juifs qui firent à ce divin Sauveur tout ce que leur rage put inventer de plus cruel, à ce divin Sauveur qui n'était venu dans ce monde que pour les arracher à la tyrannie du démon, les élever à la glorieuse qualité d'enfants de Dieu, de cohéritiers de son royaume, nous ne pouvons les considérer que comme des monstres d'ingratitude, dignes de l'exécration du ciel et de la terre et des châtiments les plus rigoureux que le bon Dieu puisse faire sentir aux réprouvés dans toute sa puis-sance et sa juste colère.
Je dis d'abord, M.F., que celui qui a le grand malheur de communier indignement, son crime est encore infi-niment plus horrible que celui de Judas qui trahit et vendit son divin Maître, et que celui des juifs qui le crucifièrent ; parce que Judas et les juifs semblaient encore avoir quelque excuse de douter s'il était vérita-blement le Sauveur. Mais ce chrétien, mais ce malheu-reux profanateur, peuvent-ils en douter ? Les preuves de sa divinité ne sont-elles pas assez évidentes ? Ne savent-ils pas qu'à sa mort toutes les créatures parurent s'en attendrir, que la nature entière parut s'anéantir en voyant expirer son Créateur ? Sa résurrection ne fut--elle pas manifestée par une infinité de prodiges les plus frappants, qui ne pouvaient laisser aucun doute de sa divinité ? Son ascension ne se fit-elle pas en présence de plus de 500 personnes, qui, presque toutes, ont versé leur sang pour soutenir ces vérités ? Mais le malheureux profanateur n'ignore rien de tout cela, et avec toutes ses connaissances il trahit et vend son Dieu et son Sauveur au démon et le crucifie dans son cœur par le péché. Judas se servit d'un baiser de paix pour le livrer à ses ennemis ; mais l'indigne communiant porte encore plus loin sa cruauté : après avoir menti au Saint-Esprit dans le tribunal de la pénitence en cachant ou déguisant quelque péché, il ose, ce malheureux, aller se placer parmi les fidèles destinés à manger ce pain, avec un respect hypocrite sur le front ! Ah ! non, non, rien ne l'arrête, ce monstre d'ingratitude ; il s'avance et va consommer sa réprobation. En vain, ce tendre Sauveur, le voyant venir à lui, crie-t-il du fond de son tabernacle comme au perfide Judas : « Mon ami, que viens-tu faire ici ? Quoi, mon ami, tu vas trahir ton Dieu et ton Sau-veur par un signe de paix ? Arrête, arrête, mon fils ; ah ! de grâce, épargne-moi. » Mais, non, non, ni les remords de sa conscience, ni les tendres reproches que lui fait son Dieu ne peuvent arrêter ses pas criminels. Ah ! il s'avance, il va poignarder son Dieu et son Sau-veur ! Oh ciel ! quelle horreur ! pouvez-vous bien soutenir sans trembler ce malheureux meurtrier de votre Créa-teur ? Ah ! n'est-ce pas là le comble du crime et de l'abomination dans le lieu saint ? Ah ! non, non, jamais l'enfer dans toute sa fureur n'a rien pu inventer de semblable ; non, non, jamais les nations idolâtres n'ont pu inventer rien de semblable en haine du vrai Dieu, si nous le comparons aux outrages qu'un chrétien qui communie indignement fait à Jésus-Christ.