Sermons du curé d'Ars (page 55)

Jean-Marie Vianney · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Sermons de saint Jean-Marie Vianney, tomes 1 à 4 · 56 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Cependant nous lisons dans l'histoire des exemples qui font frémir. Nous voyons qu'un empereur païen, en haine de Jésus-Christ, plaça des idoles infâmes sur le Calvaire et sur le Saint Sépulcre, et il crut en cela ne pas pouvoir porter plus loin sa fureur envers Jésus--Christ. Hé ! grand Dieu ! y a-t-il quelque chose de compa-rable avec l'indigne communiant ! Ah ! non, non, ce n'est plus parmi des idoles muettes et insensibles qu'il place son Dieu, mais, hélas ! au milieu de ses passions infâmes et vivantes, qui sont autant de bourreaux qui crucifient son Sauveur ! Hélas ! que dis-je ? ce malheu-reux unit le Saint des saints à des meurtriers prostitués et le vend à l'iniquité. Oui, ce malheureux plonge son Dieu dans un enfer intense. Peut-on bien concevoir quelque chose de plus épouvantable ? Oui, M.F., nous sommes saisis d'horreur en voyant dans l'histoire les profanations que l'on a faites des saintes Hosties .

Je vais vous en citer une qui vous fera horreur. Il est rapporté qu'une femme chrétienne, qui était pauvre, avait emprunté d'un Juif une petite somme d'argent, et lui avait laissé pour gage une de ses robes. La fête de Pâques étant proche, elle pria le Juif de lui remettre pour ce jour les affaires qu'elle lui avait données. Le Juif lui dit qu'il lui donnerait tout et la tiendrait quitte si, après avoir communié, elle lui apportait la sainte Hostie. Cette malheureuse, pour n'être pas obligée de lui rendre la somme, lui dit que oui. Dès le lendemain, elle alla à l'église, et, après avoir reçu la sainte Hostie dans sa bouche, de suite elle la retire, la met dans son mouchoir et la porte au malheureux Juif qui ne la lui avait demandée que pour exercer sa fureur contre Jésus-Christ.

L'ayant une fois entre les mains, il la traita avec la dernière cruauté. Nous voyons que Jésus-Christ lui montra constamment combien il était sensible aux outrages que ce malheureux lui faisait. Le Juif mit la sainte Hostie sur une table, et lui donna quantité de coups de canifs ; il en sortit une si grande quantité de sang que la table en fut toute couverte. Il la prit et la suspendit par un clou, lui donna des coups de fouet jusqu'à ce qu'il fût content ; il la perça avec une lance, il en sortit du sang comme au moment où il fut cru-cifié ; ensuite, il la jeta dans le feu, où on la voyait voltiger ça et là parmi les flammes sans en recevoir aucun dommage ; sa rage le porta à la jeter dans une chaudière d'huile bouillante : l'eau sembla être changée en sang. La sainte Hostie, dans ce moment, prit la forme de Jésus-Christ en croix. Ce malheureux, frappé de ter-reur, court se cacher dans un réduit de sa maison. Cependant, un des enfants du Juif voyant des chrétiens qui allaient à l'église, leur dit : « Vous ne devez plus aller chercher votre Dieu, mon père l'a fait mourir. » Une femme écoutant cet enfant, entra dans la maison, vit encore la sainte Hostie qui était en forme de croix ; cette femme court prendre un petit vase ; dans le mo-ment qu'elle présenta son vase, la sainte Hostie reprit son ancienne forme et se plaça dans le vase qu'elle avait apporté. Ce malheureux Juif fut si endurci qu'il aima mieux se laisser brûler vif que de se faire baptiser.

Nous ne pouvons penser à ces horreurs sans frémir. Hélas ! M.F., si nous connaissions ce que c'est que le sacrilège, c'est-à-dire l'outrage que fait à Jésus-Christ celui qui communie indignement, la seule pensée nous ferait mourir de frayeur. Ce Juif, après avoir assouvi toute sa fureur contre Jésus-Christ en traitant si indi-gnement cette sainte Hostie, ressemble à peu près comme un péché véniel a ressemblance avec un péché mortel, si nous le comparons avec un sacrilège que fait un mauvais chrétien qui a le malheur de s'appro-cher de la Table sainte sans être en état de grâce. Ah ! non, non, jamais l'enfer n'a pu rien inventer de plus affreux que le sacrilège pour faire souffrir Jésus-Christ.

2 Je dis qu'à la perfidie de Judas l'indigne commu-niant ajoute l'ingratitude, la fureur et la malice des Juifs. écoutons le tendre reproche que Jésus-Christ faisait aux Juifs : « Pourquoi me persécutez-vous ? Est-ce parce que j'ai éclairé les aveugles, redressé les boiteux, rendu la santé aux malades, ressuscité les morts ? Est-ce donc un crime de vous avoir tant aimés ?» Tel est le langage que Jésus-Christ adresse aux profa-nateurs de son corps adorable et de son sang précieux. Encore, nous dit-il par la bouche d'un de ses pro-phètes , si cet outrage et cet affront m'avaient été faits par des ennemis ou par des idolâtres qui n'ont jamais eu le bonheur de me connaître, ou même par des hérétiques nés dans l'erreur, cela m'aurait été moins sensible ; mais vous, nous dit-il, que j'ai placés dans le sein de mon église, vous que j'ai enrichis de mes dons les plus précieux ; vous qui, par le Baptême, étiez deve-nus mes enfants, les héritiers de mon royaume !... Quoi '. mon fils, c'est vous qui osez m'outrager par le sacrilège le plus horrible ; quoi ! mon fils, vous pouvez encore frapper le cœur du meilleur de tous les pères, qui vous a aimé jusqu'à la mort. Hé quoi ! ingrats, vous n'êtes pas encore satisfaits de toutes les cruautés que l’on a exercées sur mon corps innocent pendant ma doulou-reuse passion ! Avez-vous oublié l'état pitoyable où je fus réduit après ma douloureuse et sanglante flagel-lation, où mon corps fut semblable à un morceau de viande découpée ? Hé quoi !

ingrats, avez-vous oublié les souffrances que je ressentis en portant ma croix ; autant de pas, autant de chutes, et autant de fois relevé à coups de pieds ? Avez-vous oublié que c'est pour vous arracher de l'enfer et vous ouvrir le ciel que je suis mort sur le bois infâme de la croix ? Ah ! mon fils, ne seras-tu pas encore touché ? Pouvais-je porter plus loin mon amour pour toi ? Arrête, mon fils. Ah ! de grâce, épargne ton Dieu qui t'a tant aimé ; pourquoi veux-tu me donner une seconde fois la mort, en me recevant avec le péché dans ton cœur ?

Dites-moi, quel est celui d'entre nous qui aurait le courage, après des reproches si tendres et si amoureux de son Dieu, qui pourrait encore avoir la fureur d'aller se présenter à la Table sainte avec une conscience souillée de péchés ? Mon Dieu, qui pourra comprendre l'aveuglement de ces malheureux ! Ah ! si encore, avant de se lever pour aller donner la mort à leur Dieu, ils pensaient à ces terribles paroles de saint Paul, qu'ils vont s'incorporer leur jugement et leur condamna-tion , oseraient-ils bien porter leur audace jusqu'à un tel excès ? Ce Dieu d'amour aurait-il pu penser, je ne dis pas que ceux qui n'ont pas le bonheur de le connaître, mais que des chrétiens ne soient pas encore satisfaits de ce que les Juifs lui ont fait endurer pendant sa dou-loureuse passion ? Sur le Calvaire, aurait-il pu penser que le plus grand nombre des chrétiens deviendraient ses bourreaux, attenteraient à ses jours, et le cruci-fieraient dans leur cœur en le recevant dans leur cons-cience souillée de péchés ? écoutez ce qu'il nous dit par la bouche d'un prophète : Guérira-t-il une âme qui aime ses blessures, c'est-à-dire ses passions ? Enflammera-t-il de l'ardeur de son amour un cœur qui brûle de l'amour profane du monde ? Non, non, dit-il, tout Dieu qu'il est, il ne le fera jamais.

Oui, M.F., Jésus-Christ, dans un cœur criminel, est sans action et sans mouvement, de sorte que celui qui est assez malheureux que de communier indignement, la mort spirituelle qu'il donne à son Dieu est encore plus surprenante que celle qu'il a endurée sur la Croix. En effet, M.F., si les Juifs le persécutèrent d'une manière si indigne, ce ne fut du moins que pendant sa vie mor-telle, mais l'indigne communiant l'outrage dans le séjour de sa gloire. Si la mort de Jésus-Christ sur le Calvaire parut si violente et si douloureuse, du moins la nature entière parut en témoigner sa douleur, et les créatures les plus insensibles parurent s'en attendrir et semblaient en cela vouloir partager ses souffrances. Mais ici, rien de tout cela ne paraît, il est insulté, il est outragé, meurtri ; ah ! que dis-je ? il est égorgé par un vil néant ; tout est dans le silence et tout paraît insensible à ses souffrances. Le soleil ne s'éclipse point, la terre ne tremble pas, l'autel ne se renverse pas ; ce Dieu de bonté si indigne-ment outragé ne peut-il pas se plaindre à plus juste titre que sur l'arbre de la Croix qu'il est abandonné ? ne devrait-il pas s'écrier : « Ah ! mon Père, pourquoi m'avez--vous abandonné à la fureur de mes ennemis, faut-il que je meure à chaque instant ? » Mais, mon Dieu, comment est-ce qu'un chrétien peut avoir le courage d'aller à la Table sainte avec le péché dans le cœur pour y donner la mort à son Dieu ?... Mon Dieu, quel malheur ! Non, non, jamais l'enfer dans sa fureur ne put rien inventer de plus outrageant à Jésus-Christ que le sacrilège commis par les chrétiens.

Mais, me direz-vous, qui sont donc ceux qui ont ce grand malheur ? – Hélas ! M.F., que le nombre en est grand ! – Mais, me direz-vous, qui pourrait donc en être capable ? – Qui pourrait en être capable ? C'est vous, mon ami, qui avez conté vos péchés avec si peu de douleur qu'une histoire indifférente. Qui est coupable ? Mon ami n'est-ce pas vous qui après vos confessions retombez avec la même facilité ; qu'on n'aperçoit aucun changement dans votre manière de vivre ; qui avez toujours les mêmes péchés à dire dans toutes vos confessions ? Qui en est coupable ? C'est vous, misérable, qui avez fermé la bouche avant d'avoir accusé vos péchés. Qui en est coupable ? C'est vous, pauvres aveugles, qui avez bien compris que vous ne disiez pas vos péchés tels que vous les connaissiez. Dites-moi, pourquoi est-ce que dans cet état vous osez aller à la Table sainte ? – C'est, dites-vous, parce que je veux faire mes pâques, je veux commu-nier. – Vous voulez communier : mais, malheureux, où voulez-vous mettre votre Dieu ? Est-ce dans vos yeux, que vous avez souillés par tant de regards impurs et adultères ? Vous voulez communier : mais où mettrez--vous donc votre Dieu ? Est-ce dans vos mains, que vous avez souillées par tant d'attouchements infâmes ?

Vous voulez communier : mais où allez-vous mettre votre Dieu ? Est-ce dans votre bouche et sur votre langue ? Hé ! grand Dieu, une bouche et une langue que vous avez tant de fois profanées par des baisers impurs ! Vous vou-lez communier : mais où espérez-vous donc placer votre Dieu ? Est-ce dans votre cœur ? O horreur ! O abomina-tion ! Un cœur qui est rembruni et noirci par le crime, semblable à un tison, qui depuis quinze jours ou trois semaines roule dans le feu. Vous voulez communier, mon ami ; vous voulez faire vos pâques ? Allons, lève-toi, avance, malheureux ; quand Judas, l'infâme Judas, eut vendu son divin Maître, il fut comme un désespéré, tant qu'il ne l'eût pas livré à ses bourreaux pour le faire condamner à la mort. Avance, malheureux, lève-toi, tu viens de le vendre au démon, au tribunal de la péni-tence, en cachant et en déguisant tes péchés, cours, malheureux, le livrer au démon. Ah ! grand Dieu, tes nerfs pourront-ils bien soutenir ce corps qui va com-mettre le plus grand de tous les crimes ? Levez-vous, malheureux, avancez, puisque le Calvaire est dans votre cœur, et que la victime est devant vous, marchez tou-jours, laissez crier votre conscience, tâchez seulement d'en étouffer les remords autant que vous le pourrez. Va, malheureux, t'asseoir à la Table sainte, va manger le pain des anges ; mais, avant que d'ouvrir ta bouche souillée par tant de crimes, écoute ce que va te dire le grand saint Cyprien, et tu verras la récompense de tes sacrilèges. Une femme, nous dit-il, qui osa se présenter à la Table sainte avec une conscience souillée de péchés, dans le moment où je lui donnais la sainte communion, un coup de foudre du ciel lui tomba dessus et l'écrasa à mes pieds. Hélas !

mon Dieu, comment une personne qui est coupable peut-elle aller à la sainte communion pour commettre le plus grand de tous les sacrilèges ? Oui, M.F., saint Paul nous dit que si les Juifs avaient connu Jésus-Christ pour le Sauveur, ils ne l'auraient jamais fait souffrir, ni mourir ; mais vous, mon ami, pouvez-vous ignorer celui que vous allez recevoir ? Si vous n'y pensiez pas, écoutez le prêtre qui vous crie à haute voix : « Voici l'Agneau de Dieu, voici Celui qui efface les péchés du monde. » Il est saint, il est pur. Si vous êtes coupables, malheureux, n'avancez pas : sinon, tremblez que les foudres du ciel ne viennent se précipiter sur votre tête criminelle pour vous punir et jeter votre âme en enfer.

II. – Non, non, M.F., je ne parle pas ici des maux temporels que les sacrilèges attirent dans le monde ; je passerai sous silence les châtiments épouvantables que les Juifs éprouvèrent après avoir fait mourir Jésus--Christ. Le seul récit fait frémir : ils s'égorgeaient les uns les autres ; les rues étaient couvertes de cadavres, le sang coulait dans les rues comme l'eau d'une rivière ; la famine fut si grande que les mères allèrent jusqu'à manger leurs enfants.

Saint Jean Damascène nous dit que le sacrilège est un crime si épouvantable, qu'un seul sacrilège est capable d'attirer toutes sortes de malheurs dans le monde ; il nous dit que c'est principalement sur les profanateurs que Jésus-Christ versera pendant toute l'éternité le fiel de sa fureur. Voici un exemple qui va vous montrer l'état d'un profanateur à l'heure de la mort. Il est rap-porté qu'un pauvre malheureux qui avait fait des com-munions sacrilèges pendant sa vie, vit un démon qui s'approcha de lui en lui disant : Parce que tu as com-munié indignement pendant ta vie, tu recevras aujour-d'hui la communion de ma main ; ce pauvre malheureux s'écria : Hélas ! la vengeance de Dieu est sur moi, et mourut dans le désespoir en prononçant ces paroles. Oui, M.F., si nous pouvions nous former une idée de la grandeur du sacrilège, nous mourrions plutôt mille fois que de le commettre. En effet, un chrétien qui est si malheureux que de communier indignement, se rend coupable du plus détestable de tous les sacrilèges, de la plus noire de toutes les ingratitudes ; disons mieux, il empoisonne son cœur, il tue son âme, il ouvre la porte de son cœur au démon, et se rend volontairement son esclave. Oui, M.F., l'horreur de son sacrilège vient de ce qu'il profane non un lieu ou un vase saint, mais un corps qui est la source de toute sainteté, qui est celui de Jésus-Christ. L'énormité de son ingratitude paraît en ce qu'il outrage son bienfaiteur par le plus signalé de ses bienfaits ; et bien plus, il se sert de lui-même pour l'ou-trager. La communion sacrilège est semblable à une épée très aiguë qu'il enfonce dans ses entrailles, elle l'em-poisonne comme Judas fut empoisonné par la sienne, elle donne au démon plein pouvoir de se saisir de lui après qu'il a communié, Il ne faudrait donc point, M.F., oser ainsi faire. Mieux vaudrait ne jamais communier puisqu'elle n'apporte ni profit, ni plaisir, ni honneur ; mais cause le plus grand dommage, de très cruels remords de conscience et une infamie éternelle. Saint Cyprien rapporte qu'une femme, en sortant de commu-nier indignement, fut saisie par le démon qui la tour-menta si horriblement, qu'elle fut elle-même son bour-reau ; après s'être coupé la langue, elle mourut...

O mon Dieu, un chrétien peut-il bien avoir le courage d'aller à la Table sainte en ayant des péchés cachés, ou des péchés dont il ne veut pas se corriger, ou, si vous voulez, qui malgré tant de communions passées ne change pas de vie ? Mon Dieu, que l'homme est aveugle ! Hélas ! ce ne sera qu'au jour du jugement que nous verrons toutes ces abominations. écoutez saint Paul, parlant aux Corinthiens : « Vous vous présentez, leur disait-il, à la table du Seigneur, avec aussi peu de res-pect et de religion que si vous vous présentiez à une table profane ; vous allez manger le pain des anges avec aussi peu de décence que si vous mangiez du pain matériel ; pouvez-vous vous étonner si vous êtes acca-blés de tant de maux ? » Hélas ! M.F., reconnaissons en pleurant sincèrement, que si nous sommes accablés de tant de malheurs et de tant de châtiments, ce ne sont que les sacrilèges qui en sont la véritable source. Que de guerres, que de famines, que de maladies et de morts subites ! Insensés, qui attribuez tout cela au hasard, ouvrez les yeux, et vous reconnaîtrez que ce ne sont que vos sacrilèges. Oui, M.F., si l'on pouvait vous dépeindre toutes les conséquences d'un sacrilège, pas un de vous qui oserait communier. II est rapporté par saint Gode-froi, qui était évêque d'Amiens, qu'il avait défendu à tous les prêtres de donner l'absolution pendant les fêtes de Pâques à tous ceux qui avaient mangé de la viande pendant le carême. Un libertin, qui était coupable de ce crime, c'est-à-dire qui avait mangé de la viande, prit l'habit d'une femme afin de tromper son confesseur. Cet artifice lui réussit, mais pour son malheur : car il n'eut pas plutôt reçu le corps de Jésus-Christ, qu'une force invisible le renversa, il commença à écumer comme une personne enragée, se roulant par terre et mourut dans sa fureur. Non, non, M.F., quelques terreurs que les communions indignes puissent jeter dans le cœur de l'homme par les châtiments épouvantables qu'elles nous attirent, ce n'est encore rien si nous les comparons à ceux que Jésus-Christ exerce sur les âmes ; et ces châti-ments sont ordinairement l'endurcissement pendant la vie et le désespoir à l'heure de la mort. Le bon Dieu, en punition de ses abominations, abandonne ce malheureux à son aveuglement ; le démon qui l'a trompé pendant sa vie, ne le lui laisse apercevoir que dans le moment où il prévoit que le bon Dieu l'a abandonné ; il va de crime en crime, de sacrilège en sacrilège, il finit par ne plus y penser, il avale l'iniquité comme l'eau ; enfin, malgré tout le temps et les secours, il meurt dans le sacrilège comme il y a vécu. En voici un exemple bien frappant, rapporté par un juif qui l'apprit d'un prêtre à qui cela était arrivé. Lorsque j'étais, nous dit le père Lejeune, dans une mission près de Bruxelles, il y avait une femme dévote .... Cela vous étonne, sans doute, qu'elle meure ainsi, pouvant si bien réparer le mal qu'elle avait fait ; pour moi, cela ne m'étonne pas, parce que, le sacrilège étant le plus grand des crimes, l'on mérite bien d'être abandonné du bon Dieu et de ne pas savoir profiter ni du temps, ni des grâces.

Oui, M.F., le sacrilège paraît si affreux qu'il semble impossible que des chrétiens puissent se rendre cou-pables d'un tel crime ; et cependant, rien de si commun. Jetons un coup d’œil sur les communions, combien ne trouverons-nous pas de confessions et de communions faites par respect humain ! Combien par hypocrisie, par coutume ! combien que, si les Pâques ne revenaient que tous les trente ans, ils ne communieraient, hélas ! jamais... Combien d'autres, qui ne voient venir ce temps si précieux qu'avec peine, et qui ne s'en approchent que parce que d'autres le font, et non pour plaire à Dieu et nourrir leur pauvre âme. Preuve bien évidente, M.F., que ces confessions et communions ne valent rien, puis-que l'on ne voit point de changement dans leur manière de vivre. Les voit-on après la confession plus doux, plus patients dans leurs peines et les contradictions de la vie, plus charitables, plus portés à cacher et à excuser les fautes de leurs frères ? Non, non, M.F., il n'est plus question de changement dans leur conduite ; ils ont péché jusqu'à présent, ils continuent. Oh ! malheur épouvantable, mais bien peu connu du plus grand nom-bre des chrétiens ! O mon Dieu, auriez-vous pu penser que vos enfants se portassent avec un tel excès de fureur contre vous ? Non, non, M.F., ce n'est pas sans raison, que l'on place un crucifix sur la table de la communion, hélas ! que de fois il est crucifié à la Table sainte ! Regarde-le bien, mon âme, toi qui oses planter le poignard dans ce cœur qui nous a aimés plus que lui--même ; regarde-le bien, c'est ton Juge, Celui qui doit fixer ta demeure pour l'éternité. Sondez bien votre cons-cience ; si vous êtes en mauvais état, malheureux, n'avancez pas.

Oui, Jésus-Christ est ressuscité de la mort naturelle, et il ne mourra plus ; mais cette mort que vous lui donnez par vos communions indignes, ah ! quand est-ce qu'elle finira ? O quelle longue agonie ! étant sur la terre, il n'y avait qu'un calvaire pour le crucifier ; mais ici, autant de cœurs, autant de croix où il est attaché ! O patience de mon Dieu, que vous êtes grande, de souf-frir tant de cruautés sans dire un seul mot, même pour vous plaindre, étant traité si indignement par une vile créature, pour laquelle vous avez déjà tant souffert ! Voulez-vous, M.F., savoir ce que fait celui qui com-munie indignement ? écoutez-le bien, afin que vous puissiez comprendre la grandeur de votre atrocité envers Jésus-Christ. Que diriez-vous, M.F., d'un homme dont le père serait conduit dans un lieu pour être exécuté à mort, si, ne se trouvant point là de potence pour l'at-tacher, il s'adressait aux bourreaux, leur disant : Vous n'avez point de potence, voilà mes bras, servez-vous-en pour y pendre mon père ? Vous ne pourriez voir une telle action de barbarie sans frémir d'horreur, il y aurait sans doute bien de quoi. Eh bien ! M.F., si j'osais, je vous dirais que cela n'est encore rien, si nous le com-parons au crime épouvantable que commet celui qui communie indignement. En effet, quels sont les bien-faits qu'un père a faits à son enfant, si nous les com-parons à ce que Jésus-Christ a fait pour nous ? Dites-moi, M.F., si vous faisiez ces réflexions avant de vous présenter à la Table sainte, auriez-vous le cou-rage d'y aller sans bien vous examiner ce que vous allez faire. Oseriez-vous bien y aller avec des péchés cachés, déguisés, confessés sans contrition et sans désir de les quitter ?

Voilà ce que vous dites au démon, lorsque vous êtes si aveugles et si téméraires : Il n'y a ni croix, ni calvaire comme autrefois ; mais j'ai trouvé quelque chose qui peut y suppléer. – Quoi ? vous dit le démon, tout étonné d'une telle proposition. – C'est, lui dites--vous, mon cœur. Tenez-vous prêt, je vais me saisir de lui ; il vous a précipité dans les enfers, vengez-vous à votre tour, égorgez-le sur cette croix. – O mon Dieu, peut-on penser à cela sans frémir d'horreur ? Cependant, voilà ce que fait celui qui communie indignement. Ah ! non, non, jamais l'enfer dans toute sa fureur n'a rien pu inventer de semblable. Non, non, quand il y aurait mille enfers pour un seul profanateur, cela ne serait rien, si nous le comparons à la grandeur de son crime. « Que fait, nous dit saint Paul, celui qui communie indigne-ment ? Hélas ! ce malheureux, il boit et mange son juge et son jugement. » L'on a bien vu, selon les lois, lire aux criminels leur condamnation, mais a-t-on jamais vu leur faire manger leur sentence de condamna-tion, et, de cette sorte, de leur condamnation et d'eux--mêmes ne faire qu'une même chose ? O malheur épou-vantable ! ce n'est plus sur du papier qu'est écrit l'arrêt de réprobation de ces profanateurs, mais sur leur propre cœur. A l'heure de la mort, Jésus-Christ descendra, un flambeau à la main, dans ces cœurs sacrilèges, y trouvera son sang adorable tant de fois profané, qui criera ven-geance. O divin Sauveur, la colère et la puissance de votre Père sera-t-elle assez puissante pour foudroyer ces malheureux Judas au plus profond des abîmes ? Eh bien ! M.F., avez-vous compris ce que c'est qu'une commu-nion indigne, vous qui vous confessez avec si peu de préparation, qui y donnez moins de soins que vous n'en donneriez pour l'affaire la plus commune et la plus indifférente ? Dites-moi, M.F., pour être tranquilles comme vous le paraissez, êtes-vous bien sûrs que toutes vos confessions et vos communions ont été accompa-gnées de toutes les dispositions nécessaires pour être bonnes et mettre votre salut en sûreté ? Avez-vous bien dé-testé vos péchés ? Les avez-vous bien pleurés ? En avez-vous bien fait pénitence ? Avez-vous bien pris tous les moyens que le bon Dieu vous a inspirés pour n'y plus re-tomber ? Revenez, mon ami, sur vos années passées, exa-minez toutes les confessions et communions qui n'ont été accompagnées d'aucun amendement, point de change-ment dans votre vie. Prenez le flambeau à la main, vous--même, pour voir l'état de votre âme, avant que Jésus--Christ ne vous le fasse voir lui-même pour vous juger et vous condamner pour jamais. Frémissez, M.F., sur cette grande incertitude de la validité de tant de confes-sions et de communions ; une seule chose doit vous empêcher de tomber dans le désespoir, c'est que vous êtes en vie et que le bon Dieu vous offre sa grâce pour vous tirer de cet abîme dont la profondeur est infinie, et que pour cela il ne faut rien moins que la puissance d'un Dieu. Hélas ! M.F., que de chrétiens qui maintenant brûlent dans les enfers, qui ont entendu les mêmes choses que vous entendez aujourd'hui, mais qui n'ont pas voulu en profiter, quoique leur conscience criait ! Mais, hélas ! ils n'ont voulu en sortir que quand ils n'ont pas pu, et sont tombés dans les enfers. Hélas ! combien parmi ceux qui m'écoutent qui sont de ce nombre, qui auront le même sort ! Mon Dieu, est-il bien possible de connaître son état et de ne pas vouloir en sortir. – Mais, me direz-vous, qui osera donc s'appro-cher de la Table sainte, et qui osera espérer d'avoir fait une bonne communion dans sa vie ? Pourra-t-on bien se lever pour aller à la Table sainte, ne va-t-il pas sembler qu'une main invisible va me repousser et me frapper de mort ? – Mon ami, pour cela je ne vous en dis rien ; sondez votre conscience, et voyez dans quel état elle est ; voyez si en sortant de la Table sainte vous paraîtriez avec confiance devant le tribunal de Jésus-Christ. -Mais, me direz-vous, il vaut mieux tout laisser que de s'exposer à un tel crime. – Mon ami, en vous donnant une idée de la grandeur du sacrilège, ce n'a pas été mon intention de vous éloigner de la sainte communion, mais seulement de faire ouvrir les yeux à ceux qui sont de ce nombre, pour réparer le mal qu'ils ont fait, pen-dant qu'il est temps, et pour porter ceux qui ont l'espé-rance d'être exempts de ce crime épouvantable, à y apporter encore des dispositions plus parfaites.

Que devons-nous conclure, M.F., de tout cela ? Le voici : c'est de faire nos confessions et nos communions comme nous voudrions les avoir faites à l'heure de la mort, lorsque nous paraîtrons devant le tribunal de Jésus-Christ, afin que, faisant toujours bien, nous ayons le ciel pour récompense. C'est ce que je vous souhaite.

SERMON

SUR LES DEVOIRS DES PARENTS

Patres, educate filios vestros in disciplina et correctione Domini.

Pères et mères, élevez vos enfants en les instruisant et en les corrigeant selon le Seigneur.

(Eph., VI, 6.)

Si, comme chrétiens, M.F., nous sommes tous obligés de nous aider à nous sauver, parce que, étant tous les enfants d'un même père, nous sommes tous destinés à aller régner un jour dans le ciel ; si saint Paul nous dit que les maîtres « qui n'ont pas soin de leurs domesti-ques ont renoncé à leur foi et qu'ils sont pires que les païens », je vous laisse à penser, M.F., quels doivent être les soins et les précautions que les pères et mères doivent prendre pour sauver les âmes de leurs pauvres enfants qui sont une partie d'eux-mêmes, que le bon Dieu ne leur a confiés que comme un trésor dont il doit un jour leur demander un compte si redoutable. Mais, sans chercher de détour, les pères et mères doivent savoir que leur plus grande occupation doit être de tra-vailler à sauver les âmes de leurs enfants et qu'ils n'ont point d'ouvrage qui doive passer avant celui-là ; bien plus, que leur salut est attaché à celui de leurs enfants, comme nous allons le voir. Pères et mères, pour remplir vos devoirs, vous devez donc instruire vos enfants, leur donner bon exemple et les corriger. Si vous faites cela, vous irez au ciel en y conduisant vos enfants ; vos enfants feront votre gloire dans le ciel, comme ils feront votre désespoir dans les enfers si vous êtes si malheureux que de les laisser perdre. Il n'est pas nécessaire, M.F., de vous montrer l'obligation où vous êtes d'avoir soin de vos enfants, c'est-à-dire de les nourrir, de les entretenir, puisque les païens et les idolâtres qui ne connaissent pas le vrai Dieu et ne se conduisent que par un amour naturel, s'en acquittent parfaitement. Non, ce n'est pas là la chose que vous négligez le plus : j'aurais plutôt envie de vous dire de ne pas tant leur prodiguer d'affaires, et que vous feriez beaucoup mieux de faire quelque bonne œuvre de plus pour leur attirer les béné-dictions du ciel.

I. – Je dis donc d'abord que les pères doivent ins-truire leurs enfants, c'est-à-dire leur apprendre à prier le bon Dieu, à le connaître ; leur enseigner ce qu'ils doivent faire pour gagner le ciel et éviter l'enfer. Si vous ne sentez pas bien la grandeur de ce devoir, écoutez ce que le bon Dieu va vous dire lui-même. Nous lisons dans l'écriture sainte qu'après que le Seigneur eût donné ses commandements à son peuple il ajouta ces belles paroles : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos affec-tions, et le prochain comme vous-mêmes. Pères et mères, vous apprendrez tout cela à vos enfants et vous les en instruirez le matin en vous levant, le soir en vous couchant, lorsque vous marcherez, lorsque vous serez assis, c'est-à-dire tous les jours de votre vie ». Pères et mères, Dieu pouvait-il vous montrer d'une manière plus claire la grandeur de vos devoirs envers vos en-fants ? Pouvez-vous trouver quelque prétexte qui puisse vous en exempter, ou même tant soit peu vous les faire négliger ? Le Saint-Esprit nous dit encore : « Si vous avez des enfants, il faut les instruire dès leur jeunesse », aussitôt qu'ils peuvent remuer les bras . Oui, M.F., dès qu'un enfant commence à dire quelques mots, ses parents doivent lui apprendre à prononcer les saints noms de Jésus et de Marie. Nous lisons de saint Thomas de Villeneuve que les premières paroles qui sortirent de sa bouche furent « Jésus, Marie », parce qu'il avait des parents bien chrétiens qui lui disaient souvent ces pa-roles. Les pères et mères doivent apprendre à leurs en-fants à faire le signe de la croix aussitôt qu'ils peuvent. Dès qu'ils commencent à remuer leurs petits bras, leur donner de l'eau bénite, les faire prier le bon Dieu à genoux le matin et le soir, leur inspirer un grand res-pect pour la présence du bon Dieu, et pour cela se mettre soi-même à genoux à côté d'eux, les faire tourner contre quelque image. Si vous allez les faire prier le bon Dieu en travaillant, ils regarderont et penseront à ce que vous faites et non à ce qu'ils font. Vous devez leur apprendre à donner leur cœur au bon Dieu le matin en s'éveillant, à offrir leur journée, toutes leurs actions, à dire leur Benedicite et leur action de grâce, leur Angelus.

Vous ne devez pas vous contenter de leur apprendre le Notre Père, il leur faut apprendre le Salut Marie, le Crois en Dieu, le Confesse à Dieu, les commandements de Dieu, et de plus les trois actes de foi, d'espérance et de cha-rité, puisque le bon Dieu nous dit dans l'écriture sainte : « Pères et mères, apprenez mes commandements à vos enfants. »

Hélas ! M.F., il y a des enfants qui ont neuf et dix ans, qui ne savent pas encore leur prière entière. Dites-moi, pères et mères, quel jugement peut-on porter de vous, sinon que vous avez moins de soin de vos pauvres enfants, c'est-à-dire de leurs pauvres âmes qui ont tant coûté à Jésus-Christ que vous n'avez soin de vos bêtes que vous tenez dans vos écuries. Si vous aimez vos enfants, vous ne devez donc pas vous fier à eux quand ils vous disent qu'ils ont fait leur prière ; il faut que vous les entendiez vous-mêmes. Saint Thomas nous dit que, dès qu'un enfant a l'âge de raison, il doit savoir l'abrégé de la religion, qui sont les principaux mys-tères ; qu'ils se rendent grandement coupables aux yeux de Dieu les pères et mères qui négligent de les apprendre à leurs enfants. Voilà ce que saint Thomas veut que les pères et mères apprennent à leurs enfants dès l'âge de raison : le mystère de la Très Sainte Trinité, qui est un seul Dieu en trois personnes ; que le Fils s'est incarné dans le sein de la bienheureuse Vierge par l'opé-ration du Saint-Esprit, le 25 mars ; qu'il est né le jour de Noël, qu'il est mort pour nous sur une croix le Vendredi saint ; qu'il est ressuscité le jour de Pâques, qu'il est monté au ciel le jour de l'Ascension ; qu'il a envoyé son Esprit-Saint à ses apôtres, le jour de la Pentecôte.

Et dès que les enfants sont un peu plus grands, il faut leur apprendre le jour que Jésus-Christ a institué le sacre-ment adorable de l'Eucharistie, avec tous les autres sacrements et les dispositions qu'il faut avoir pour les recevoir. S'ils ne peuvent pas encore bien comprendre leurs trois actes, il faut leur faire dire ces abrégés :

« Mon Dieu, je crois en vous ; mon Dieu, j'espère en vous ; mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur. » Il faut, nous dit saint Thomas, souvent leur parler du bon-heur du paradis qui est préparé aux enfants bien sages ; et pour leur donner une grande horreur du péché il faut leur faire comprendre, autant que l'on peut, combien le bon Dieu punit en enfer, par des châtiments terribles, un seul péché mortel, et leur faire comprendre ce que c'est qu'un péché mortel. C'est de cette manière que se comportait sainte Blanche envers son fils saint Louis ; elle lui fit concevoir une telle horreur du péché, que l'on croit qu'il n'ait jamais commis un péché mortel et qu'il a eu le bonheur de porter l'innocence de son bap-tême dans le ciel. Ce saint roi disait qu'il se souvenait toujours de ces paroles de sa mère, qu'elle aimerait mieux le voir mourir que commettre un péché, qu'il ne devait rien tant craindre que le péché.

Etant roi, il demanda un jour à un de ses officiers ce qu'il aimerait le mieux d'être toute sa vie couvert d'une lèpre ou de commettre un péché ; ce pauvre homme lui répondit qu'il aimerait mieux commettre un péché que d'être couvert d'une lèpre. Le roi lui dit : « Mon ami, vous n'avez jamais compris ce que c'est que le péché, et la laideur de la lèpre n'est rien en comparaison du péché. »

O heureux enfants, à qui les parents inspirent une pareille horreur du péché ! Le saint homme Tobie disait à son fils : « Mon fils, prenez bien garde de ne jamais commettre un péché. » Quand il se vit près de mourir, il fit venir son enfant auprès de son lit, et lui dit. : « Mon fils, je vous laisse votre mère, ayez soin d'elle ; mais surtout je vous recommande d'éviter les mauvaises com-pagnies ; gardez-vous bien de toute iniquité, ne faites tort à personne, donnez l'aumône autant que vous le pourrez : je vous recommande d'avoir une grande crainte de Dieu. Il vaudrait mieux, mon fils, mourir que d'of-fenser le bon Dieu . »

Oui, M.F., nous voyons que le bon Dieu fait tant d'état d'un père qui instruit bien ses enfants, que quand il voulut perdre Sodome et Gomorrhe par le feu du ciel, il dit : « Je ne veux pas cacher cela à mon serviteur Abraham, parce que je sais qu'il apprend à ses enfants à garder ma loi ».

Oh ! combien le bon Dieu aime les pères et mères qui instruisent leurs enfants de leurs devoirs de reli-gion, et combien il se plait à répandre sur eux ses béné-dictions ! Ecoutez ce que nous dit sainte Thérèse que ses père et mère faisaient toute leur occupation de bien lui apprendre à servir le bon Dieu, aussi est-elle devenue une sainte. Voyez encore les père et mère de saint Bernard : ils avaient si bien instruit leurs enfants qu'ils firent tous des saints.

Nous lisons dans l'histoire qu'une mère avait un petit enfant qui n'avait que cinq ans. Comme c'était dans un temps de persécution, cette mère disait souvent à son fils : « Ah ! mon fils, si vous avez le bonheur de bien aimer le bon Dieu et de bien éviter le péché, vous aurez le bonheur d'aller au ciel ; mais, si vous avez le malheur de commettre le péché, vous irez en enfer. Elle le menait, quoique bien petit, à toutes les instructions qu'elle pouvait. Etant prise par les barbares comme chrétienne avec son enfant, on demanda à la mère ce qu'elle était : elle répondit qu'elle était chrétienne. Comme l'on avait séparé d'elle son enfant, l'on dit à l'enfant ce qu'il était : il répondit qu'il était et qu'il vou-lait mourir chrétien. On le menace, on le fait jeûner, on le fouette : il ne disait autre chose sinon qu'il était chré-tien et qu'il voulait mourir chrétien. Comme l'on ne pou-vait rien gagner, on le mena sur l'échafaud avec sa mère, dans l'espérance que la tendresse de la mère et de l'enfant les porterait à renoncer à Jésus-Christ ; mais, dès que la mère aperçut son enfant, elle lui cria : « Cou-rage, mon cher enfant, courage : il nous faut mourir chrétiens ». Mais aussi cette tendre mère avait tant fait de prières pour demander à Dieu la persévérance de son enfant ! Ce pauvre enfant avait déjà beaucoup souffert, sans avoir ni bu ni mangé. Il mourait de soif. Il dit donc à sa mère : « Hélas ! ma mère, que j'ai donc soif ! Cou-rage, mon enfant, vous irez boire en paradis. » Ce pau-vre petit innocent ne dit rien plus ; il leva ses petits yeux vers le ciel et tendit le cou au bourreau qui lui coupa la tête. Quand la mère vit que son enfant avait perdu la vie pour le bon Dieu, elle s'écria : « Faites-moi tout ce que vous voudrez, puisque mon enfant est en paradis ». On lui coupa aussi la tête. O heureux enfant d'avoir une telle mère ! O heureuse mère, d'avoir un semblable enfant !

Oui, M.F., il est très certain, après un tel exemple, et vous conviendrez avec moi que la sainteté des enfants dépend des instructions que les parents leur ont don-nées dans leur enfance. Hélas ! mon Dieu, nous ne voyons plus à présent les pères et mère conduire leurs enfants de cette manière. Aussi, que sont la plupart des enfants de nos jours ? de pauvres enfants qui ont déjà mille fois transgressé les commandements de Dieu sans les connaître, qui ont l'esprit et le cœur remplis des affaires du monde, sans savoir pourquoi le bon Dieu les a créés et pour quelle fin ils sont sur la terre ; ce qu'ils doivent craindre ou espérer après l'autre vie. Savez-vous la pensée que j'ai quand vous m'apportez un enfant pour le baptiser ? Après l'avoir mis au nombre des enfants de Dieu, je me dis en moi-même : « Ah ! pauvre enfant, si le bon Dieu te faisait la grâce que la même plume qui atteste que tu es enfant de Dieu pouvait montrer que tu n'es plus de ce monde, quel bonheur pour toi ! Si tu vis encore quelque temps, le monde et le démon vont faire tout ce qu'ils pourront pour te perdre. Mais ce qu'il y aura encore de plus malheureux, c'est que tes parents qui devraient t'éloigner du mal seront peut-être les premiers à te précipiter dans le péché par leurs conseils pernicieux et leurs mauvais exemples.

Hélas ! mon Dieu, que peut-on bien penser des enfants, voyant la conduite des parents qui sont peu dévots ? Ces pauvres enfants voient des parents si indif-férents pour leur religion, qui ne font rien pour assurer le salut de leurs pauvres âmes ; qui souvent ne font leur prière ni le matin ni le soir, ou, s'ils font quelque chose, c'est d'une manière si misérable ; qui montrent bien qu'ils ne font pas attention aux pauvres enfants qui sont témoins que leurs parents ne font point de pâques et ne se confessent presque jamais ; qui manqueront combien de dimanches de suite tous les saints offices ; qui travail-leront le dimanche ; qui mangeront de la viande les jours défendus ; qui n'ont que de mauvaises raisons à la bou-che ; qui ne parlent que des choses du monde, des richesses, et presque jamais du bon Dieu ; des parents qui ne respirent que la vengeance ! Hélas ! que peuvent devenir les enfants dans une telle école ? II. – Nous disons, M.F., que le second devoir des parents est de donner bon exemple à leurs enfants. Mon Dieu, où sont-ils les bons exemples que les parents donnent à leurs enfants ? ou plutôt, où sont les mauvais exemples qu'ils ne leur donnent pas ? Si nous avons dit, M.F., que l'ignorance où les parents laissent leurs pauvres enfants est si déplorable aux yeux de la foi, nécessairement ils seront damnés par les mauvais exemples qu'ils leur donnent .

Hélas ! pauvres enfants !

si vous êtes obligés de suivre les exemples de vos parents, que vous êtes malheureux ! II faudra nécessairement vous damner. Oui, pères et mères, si vos enfants veulent se sauver, il faudra qu'ils fassent tout le contraire de ce que vous faites. – Mais, me direz-vous, nous ne leur donnons pas mauvais exemple. – Vous ne leur donnez pas mauvais exem-ple ? Ouvrez donc un instant les yeux sur ce que vous faites et sur ce que devriez faire pour conduire saintement vos enfants. Dites-moi, mon père, vous ne faites point de pâques, vous ne vous confessez presque jamais : vous savez très bien que c'est un péché mortel, et que, si vous veniez à mourir dans cet état, vous seriez-damné. Eh bien ! dites-moi, si vous voulez que vos enfants suivent vos exemples, il faudra donc qu'ils ne fassent point de pâques, c'est-à-dire que si vos enfants sont obligés de marcher sur vos traces, il leur faudra absolument se résoudre à se damner. Qu'en pensez-vous, mon père ? est-ce oui, ou non ? Vous ne donnez pas mauvais exemple à vos enfants, me dites--vous, mais vous travaillez le saint jour du dimanche, vous faites gras les jours défendus, même devant vos enfants ; vous savez bien que c'est un péché mortel. Si vous voulez que vos enfants vous imitent, quelle route voulez-vous leur faire prendre, à vos pauvres enfants ? Combien de fois vos enfants vous ont vu jeter sur votre lit, si j'osais dire, comme un cheval sur son fumier, sans faire aucun signe de chrétien ? Alors, si vos enfants vous imitent, il faudra qu'ils ne donnent plus aucune marque de religion. Combien de fois que vos enfants vous entendent dire des paroles sales ou indécentes, qui portent le poison dans leur pauvre âme !

N'allons pas plus loin, M.F., pleurons le malheur des parents et des enfants qui se traînent chaque jour les uns les autres en enfer. – Mais, me direz-vous peut--être, quand je les entends dire de mauvaises raisons, je sais bien leur imposer silence et les châtier. – Oui, sans doute, mais vous avez bien bonne grâce de défendre à vos enfants ce que vous faites vous-mêmes. Ne peu-vent-ils pas vous dire ou, s'ils n'osent pas le dire, le penser : « Médecin, guérissez-vous vous-même. » Mon père, commencez à vous corriger, ensuite vous nous direz de nous corriger. Hélas ! pauvre mère aveugle !… . Soyez bien sûrs, M.F., que vos coups et votre bâton ne servent pas de grand'chose. En voici un exemple : Il est rapporté dans l'histoire qu'il y avait une mère qui tâchait d'élever son enfant autant bien qu'elle pouvait. Mais comme le père n'avait point de religion, il gâtait tout ce que la mère faisait. Un jour que l'enfant se trou-vait un peu de mauvaise humeur en faisant sa prière, son père se trouvant de passer , il se lève et court sauter à son cou, en lui disant : « N'est-ce pas, mon père, quand je serai grand comme toi, je ne ferai point de prière ?» Vous voyez donc bien que tout ce que vous pouvez dire à vos enfants c'est perdu, à cause des mau-vais exemples que vous leur donnez.

Ecoutez-moi un instant, et vous allez voir combien votre conduite est ridicule. Vous dites à votre enfant qu'il ne faut pas jurer, qu'il offense le bon Dieu en jurant : vous avez bien raison ; mais vous comprenez-vous vous-même en le grondant de ce qu'il jure ? Vous jurez vous-même. – Si vous entendez vos enfants dire des paroles grossières, vous les reprenez, et vous faites très bien : mais en les reprenant, vous en dites qui sont encore plus grossières. Un père dit à son enfant : « Mon fils, il faut être bon, affable à tout le monde et être patient. » Certainement que vous parlez comme un bon père ; mais que doit penser votre fils en vous entendant parler de la sorte, tandis qu'il n'y a qu'un moment qu'il vous a vu vous emporter contre sa mère, peut-être mal-traiter un domestique et quereller un voisin ? N'est-ce pas, mon ami, que vous avez bonne grâce de parler ainsi à votre enfant ? Dites-moi, mon père, aurez-vous la force de dire à votre fils : « Mon enfant, il ne faut pas fréquenter le cabaret, ni s'enivrer : c'est un gros péché, c'est manger son argent mal à propos ; » tandis qu'il n'y a peut-être pas encore huit jours qu'il vous a vu venir du cabaret, plein de vin, avec bien moins de raison qu'une de vos bêtes qui est à l'écurie, dans une fureur semblable à celle d'un lion qui court dévorer tout ce qui se présente devant lui ? « Mon fils, dira peut-être ce bon père, il ne faut vouloir mal à personne : laissons la ven-geance à Dieu seul. » Cela est très bien, mais tout à l'heure vous disiez qu'un tel vous avait trompé et qu'à la première occasion il s'en repentira. Dites-moi, que pensez-vous de tout cela ? Est-ce ce que vous faites, oui ou non ? Vous voyez bien que vous détruisez par vos mauvais exemples tout le bien que vos entretiens pour-raient faire.

L'on dit aussi que les paroles peuvent persuader, mais que les exemples entraînent. Si vous voulez que vos enfants fassent bien, c'est-à-dire qu'ils soient bien sages, commencez à être sages vous-mêmes ; faites en sorte que tout ce que vous ferez, vos enfants puissent l'imiter. C'est vraiment une chose épouvantable de vouloir reprendre dans les autres ce que l'on fait soi-même. Voyez une mère qui dira à sa fille : « Ma fille, il ne faut mépriser personne, aime tout le monde. » Mais vous n'y pensez pas, mère : tout à l'heure elle vous a entendu dire du mal de votre voisine. – « Vois-tu, ma fille, lui dira-t-elle, il ne faut pas courir après les plaisirs ; cela n'annonce rien de bon. » Vous avez bien raison ; si elle suivait ce que vous lui dites et non ce que vous avez fait, elle serait heureuse. Mais vous avez oublié que tout à l'heure vous lui faisiez le récit de toutes les folies de votre jeunesse, auxquelles vous ne devriez penser que pour en pleurer le reste de vos jours. A vous entendre parler, il semble que vous regrettez de ne plus pouvoir vous y livrer, et vous voulez que vos enfants en soient honteux !

Après une conduite comme la vôtre, pères et mères, plaignez-vous de ce que vos enfants ne valent rien, qu'ils sont jureurs, opiniâtres, vindicatifs, ivrognes, libertins. – Si je ne craignais pas de vous faire de la peine, je vous dirais simplement qu'ils suivent le che-min que vous leur avez tracé ; ils font ce qu'ils vous ont vu faire ; ils ont oublié vos leçons et vos belles remon-trances, mais ils se guident d'après votre conduite : et, pour couper encore plus court, ils vous ressemblent. Quoique vous pensiez peut-être que cela n'est pas, ce n'est pas moins la vérité. Convenons tous ensemble que, si les enfants n'ont point de religion, cela ne doit être attribué qu'aux parents ; et au jour du jugement le bon Dieu vous en fera convenir sans pouvoir trouver aucune excuse.

Mais si vous n'avez pas tout à fait perdu la foi et la raison, vous voyez que presque tous les parents qui ont été bons chrétiens ont eu des enfants saints.

En voulez-vous encore un exemple ? Ecoutez-moi un instant. II est rapporté dans l'histoire qu'il y avait, dans le Japon, un père et une mère qui, ayant embrassé la religion chré-tienne, étaient cruellement persécutés par les barbares. Ils attendaient chaque jour de souffrir le martyre. Ils avaient un petit enfant de neuf ou dix ans. Un jour, étant auprès du feu, le mari disait à sa femme : « Nous espérons bien que le bon Dieu nous fera la grâce de mourir mar-tyrs ; mais que va devenir notre pauvre enfant ? Peut--être qu'il va renoncer sa religion ; il nous faut redoubler nos prières afin que le bon Dieu lui donne la grâce et la force pour souffrir pour Jésus-Christ. » Pendant ce temps, l'enfant qui ne faisait semblant de rien, prit un morceau de fer et le mit au feu. Quand il l'eut bien fait rougir, il se tourna contre ses parents, se l'appliqua sur la main avec un courage incroyable. Le père tout étonné court lui ôter le fer, qui dans un instant, lui aurait brûlé toute la main : il lui demande ce qu'il prétendait faire : « Mon père, lui répond l'enfant, pour vous faire voir que j'espère d'avoir la force de souffrir aussi bien que vous, avec la grâce du bon Dieu. » Ce bon père embrasse son enfant en voyant de si bonnes dispositions dans son pauvre petit. Heureuse récompense, M.F., des soins d'une bonne éducation qu'ils avaient donnée à leur enfant. Oui, M.F., dès qu'un enfant est baptisé, quelques mauvais pen-chants qu'il ait, nous sommes sûrs que si les parents veulent lui donner les soins que le bon Dieu veut, ils en feront un saint. Je vous répéterai toujours que, si vos enfants n'ont point de religion, cela ne vient que de votre faute seule, et que la damnation de vos pauvres enfants ne doit être attribuée qu'à votre négligence ou à votre ignorance, et pas à une autre cause.

Voici un exemple qui va vous montrer que si la négligence ou l'ignorance perd tant d'enfants, vous verrez aussi que les soins, la prière et les saintes ins-tructions les sauvent. Il est rapporté dans l'histoire que saint Jean , étant dans une ville, jeta les yeux sur un jeune homme dont le beau physique l'avait frappé ; puis il se tourna contre l'évêque du lieu, lui disant : « Je vous recommande bien fort ce jeune homme, je vous le donne en présence de Jésus-Christ et de son église comme un dépôt. L'évêque lui promit d'en avoir soin. Au bout de quelque temps saint Jean s'en retourna à éphèse. Cet évêque prit le jeune homme que saint Jean lui avait confié, le nourrit, le garda chez lui, et, après l'avoir bien instruit, il le baptisa. Mais de peu à peu, il le négligea, et, lui ayant donné trop de liberté, il fré-quenta des jeunes gens qui le perdirent. Il alla si loin qu'il se mit avec une troupe de voleurs... A la fin, désespérant de son salut, il ne pensa plus qu'à se livrer à tout ce que son cœur put désirer.

Ayant donc avec lui une troupe de jeunes étourdis comme lui, il forma une troupe de voleurs. Comme il était hardi, il se rendit leur chef et devint le plus violent et le plus cruel de tous. Quelque temps après, saint Jean passa dans la même ville ; il va trouver l'évêque en lui disant de lui rendre le dépôt qu'il lui avait confié. L'évêque ne pensant plus à ce jeune homme crut qu'on lui demandait quelque dépôt qu'on lui avait confié. Le voyant embarrassé, il lui dit : « Ce jeune homme que je vous ai laissé lorsque je partis, qu'en avez-vous fait ? qu'est-il devenu ? » Alors l'évêque, baissant les yeux, lui dit avec un profond soupir et avec larmes qu'il était mort. « Et comment, lui dit saint Jean, de quelle mort ? » « Il est mort à Dieu, répondit l'évêque, car il est devenu un méchant, un perdu ; et, pour tout vous dire, il est un voleur qui, maintenant, au lieu d'être dans l'église comme autre-fois, roule dans les montagnes, où il demeure avec une troupe qui, comme lui, égorge les gens pour les voler. » Saint Jean, entendant ces paroles, déchire ses habits ; puis, jetant un profond soupir et se frappant la tête, il dit à l'évêque : « Oui, certainement, j'ai laissé en votre personne un fidèle gardien de l'âme de votre frère ! Qu'on m'amène un cheval et qu'on me donne un guide. » Aussitôt il sortit de l'église, monte ce cheval et court vers l'endroit qu'on lui avait indiqué. A son arrivée, les sentinelles des voleurs coururent pour se saisir de lui. Il ne s'enfuit point. « Montrez-moi, leur dit-il, à votre capitaine. » On le mena vers ce jeune homme qui l'attendait d'abord les armes à la main. Mais aussitôt qu'il reconnut saint Jean qui venait à lui, la honte l'obligea de s'enfuir. Mais le saint lui cria : « Mon fils, pourquoi fuyez-vous votre père, un homme vieux et sans armes ? Ayez pitié de moi, ne craignez point ; il y a encore espérance pour votre salut ; je répondrai pour vous à Jésus-Christ. S'il est nécessaire, je souffrirais volontiers la mort pour vous comme je la souffrirai pour vous tous ensemble ; je donnerais mon âme pour la vôtre. Mon fils, arrêtez, et croyez que c'est Jésus--Christ qui m'envoie vers vous. » Le jeune homme, en-tendant parler de la sorte saint Jean, s'arrêta d'abord, tenant les yeux fixés en terre ; ensuite, il rompit ses armes, et, saisi de frayeur, il pleura amèrement. Comme il vit que le saint vieillard approchait, il alla l'embras-ser ; ses larmes lui servaient bien de baptême. Seule-ment, il cachait sa main droite qui avait été souillée de tant de crimes. Alors saint Jean lui promit par serment qu'il se chargeait de ses péchés auprès de Jésus-Christ ; puis, se mettant à genoux devant lui, il lui baisa la main droite comme ayant été lavée par ses larmes. I1 le ramena à l'église et ne se sépara plus de lui avant qu'il ne l'eût remis et bien affermi dans la voie du salut. Il fut, par la suite, un grand saint qui a gagné bien des âmes par ses prières, ses instructions et ses bons exemples.

Dites-moi, pères et mères, vos enfants que vous voyez si tranquillement se damner, en disant que vous n'en pouvez pas davantage, ont-ils été si loin que ce jeune homme que saint Jean va chercher ? Avez-vous tout quitté pour leur courir après, comme fit saint Jean ? Avez-vous exposé votre vie pour sauver leurs âmes ? Avez-vous versé des larmes amères, comme fit ce saint, afin d'obtenir leur pardon ? Vous êtes-vous engagés à répondre pour eux au tribunal de Jésus-Christ ? Vous ne pouvez pas, dites-vous, faire servir le bon Dieu à vos enfants ; mais, dites-moi, mon père et ma mère, où sont donc vos efforts ? où sont vos larmes ? où sont vos pénitences et vos aumônes ? Vous ne pouvez pas les rendre sages, mais vous n'en savez rien ; vous n'avez pas essayé. Allez, malheureux, le bon Dieu vous attend, et il vous fera bien voir que si vous aviez voulu vous les auriez sauvés et que leur perte ne vient que de vous.

Je crois, M.F., que je me suis bien trompé en vous faisant cette instruction qui tend à vous faire comprendre la grandeur de vos devoirs envers vos enfants, et combien vous êtes obligés de travailler à leur salut : il fallait plutôt, commencer à vous faire comprendre la nécessité où vous êtes de travailler à votre propre sanctification : et, une fois bien convaincus de la nécessité où vous êtes de vous sauver, l'on n'aurait pas grand'peine à vous faire con-naître le soin que vous devez prendre de l'âme de vos enfants Comment, en effet, vous pouvoir convaincre de faire pour vos enfants ce que vous ne faites pas pour vous mêmes ? Si vos enfants vous voyaient travailler avec empressement à leur salut, ils se diraient avec rai-son : « Mon père et ma mère font comme les charlatans qui veulent faire croire des choses qu'ils ne croient pas. » Nous voyons tous les jours que les parents qui laissent si tranquillement perdre leurs enfants, se perdent eux aussi tranquillement. O mon Dieu, quel malheur pour ces pauvres enfants de naître de parents sans reli-gion ! Leur réprobation est presque certaine sans un miracle qui arrive bien rarement. Si je ne craignais pas de vous faire de la peine, je vous montrerais dans des enfants toute l'iniquité de leurs parents et dans d'autres toutes leurs vertus, sans rien me tromper. Cependant je ne veux pas le faire : je préfère prier le bon Dieu qu'il change vos cœurs, afin que vous travailliez à changer ceux de vos enfants. Qu'il serait beau, nous dit un Père de l'Eglise, si l'on voyait de temps en temps un père ou une mère avec un crucifix à la main montrer à ses petits enfants ce que Jésus-Christ a souffert pour les sauver, combien le péché est détestable ! Que ces enfants seraient bientôt changés ! Mais, hélas ! dans le temps où nous vivons, les parents auraient bien honte de le faire. Cepen-dant rien ne touche si vivement un cœur que ce langage. Et, en effet, nous lisons dans l'histoire qu'il y avait un père qui était veuf et n'avait qu'une petite fille. Un jour, cher-chant quelque chose dans l'armoire de sa mère défunte, la petite trouva par hasard un crucifix : elle le porta à son père en lui disant : « Mon père, qu'est-ce que c'est que cela ?

» – «Mon enfant, lui dit son père, c'est un cru-cifix.

» – « Mais, lui dit sa fille, que veut dire un cru-cifix ?

» – « Je vous l'ai bien appris : vous l'avez donc déjà oublié ? Eh bien ! je vais vous l'apprendre : c'est une représentation de Jésus-Christ crucifié. » – « Mais, dit l'enfant, que veut dire la représentation de Jésus--Christ crucifié ? » – « Eh bien ! écoutez-moi ; vous savez que le Fils de Dieu est descendu du Ciel, qu'il s'est fait homme pour nous sauver, que sans lui nous serions tous perdus, qu'il a passé toute sa vie dans la pénitence à pleu-rer nos péchés ; il a appris aux hommes ce qu'il fallait faire pour gagner le ciel, qui est un bonheur qu'il nous a mérité par toutes ses souffrances.

Les juifs l'ont traité cruellement, l'ont fait mourir sur une croix ; ils l'ont couronné d'épines, ils l'ont flagellé, ils l'ont élevé sur une croix, et il est mort dans ce supplice, où il a répandu tout son sang avant de mourir. Il a demandé pardon pour nous. Eh bien ! mon enfant, lui dit le père, voilà ce que ce crucifix vous rappelle. » Le père, voyant que son enfant écoutait avec beaucoup d'attention, lui dit : « Vous savez, mon enfant, ce qui a traité Jésus-Christ de la sorte ? » – « Non, lui répondit l'enfant. » – « Hélas ! mon enfant, ce sont nos péchés et ceux de tout le monde qui sont la cause de toutes ses souffrances et de sa mort. Souvenez--vous, mon enfant, que toutes les fois que vous avez péché vous avez fait souffrir Jésus-Christ, vous avez aidé à le faire mourir. » Voyant que les larmes coulaient des yeux de son enfant, il ajouta : « Ah ! mon enfant, voudrez-vous encore continuer d'affliger Jésus-Christ ? Ne voudrez--vous jamais l'aimer ? » Cette pauvre enfant, ne pouvant plus se contenir, tant son tendre cœur était attendri au récit des souffrances de Jésus-Christ, prend le crucifix d'entre les mains de son père en pleurant à chaudes lar-mes : « Ah ! mon père, en grâce, donne-moi ce crucifix. » Elle court s'enfermer dans sa chambre, se jette aux pieds de son crucifix, l'embrasse et l'arrose de ses larmes. « Ah ! mon Dieu, s'écrie cette pauvre enfant, c'est donc moi qui vous ai tant fait souffrir ! Mon Dieu, pardonnez--moi, s'il vous plaît. Ah ! si j'avais su que je vous eusse tant fait de mal, jamais je n'aurais fait ce que j'ai fait. Mon Dieu, pardonnez-moi mon ignorance. » Mais ce ne fut point pour un moment : la grâce du bon Dieu opéra un tel changement dans ce petit cœur qu'elle devint un modèle de vertu pour toute la paroisse. Dès qu'elle avait quelque peine, vite elle se jetait aux pieds de son cru-cifix, en lui disant : « Mon Dieu, comment oserais-je me plaindre, en voyant ce que vous avez souffert pour moi ? » Un jour qu'elle fut bien maltraitée par un brutal qui l'avait prise pour une autre, quand elle fut sortie d'entre ses mains elle alla se prosterner devant son crucifix, en lui disant : « Mon Dieu, lorsque vous étiez sur la croix vous avez bien pardonné à ceux qui vous ont fait mourir ; eh bien ! mon Dieu, je pardonne de bon cœur à cet homme qui vient de me maltraiter. Pour lui montrer que je ne lui veux point de mal, je voudrais avoir l'occasion de lui rendre quelque service : en effet, au bout de quel-que temps cet homme tomba, la petite dit à son père, qui ne savait pas qu'il l'avait battue, s'il voulait lui donner quelque chose pour porter à cet homme ; il lui accorda ce qu'elle lui demanda. « Tenez, lui dit-elle, voilà ce que je vous apporte : je n'ai pas dit à mon père ce que vous m'aviez fait, crainte de... » Cet homme, voyant la charité de cette petite, se mit à pleurer ; il la remercia bien et lui demanda pardon. Un jour qu'elle vit une de ses voi-sines qui se désolait de ce que son mari mangeait tout ce qu'il avait dans les cabarets, elle lui dit : « Ma chère voi-sine, vous n'avez donc point de crucifix dans votre mai-son ? » – « Mais si, j'en ai un. » – «Mais si vous en avez un, il ne sert donc de rien ? Allez, ma chère amie, à ses pieds, et là vous apprendrez à souffrir pour un Dieu qui a tant souffert pour nous sans se plaindre, quoiqu'il fût innocent. » Ces paroles firent tant d'impression sur le cœur de cette femme qu'elle devint un modèle de patience ; on ne l'entendit plus se plaindre et, bien plus, elle eut le bonheur de convertir son mari. Mais pour la jeune fille, elle eut le bonheur de mourir de la mort des saints.

Eh bien ! qui lui procura cette grâce ? n'est-ce pas les instructions que son père lui donna, surtout en lui fai-sant le récit des souffrances de Jésus-Christ ? Hélas ! M.F., combien parmi ceux qui ont des enfants de dix--sept ou vingt ans, à qui ils n'ont jamais dit un mot des souffrances de Jésus-Christ ! Hélas ! peut-être d'autres qui n'ont point de crucifix dans leur maison, ou s'ils en ont, ils sont ensevelis dans la poussière ou dans les araignées ; ils ont bien soin de nettoyer leurs souliers tous les samedis, mais ils ne font point de cas de laisser l'image de leur Sauveur parmi les équevilles . Mon Dieu, est-ce là des chrétiens ? et est-ce là des pères, des mères que le bon Dieu n'a mis sur la terre que pour conduire des enfants au ciel ? Qui pourra jamais assez pleurer la grandeur de leur aveuglement ? Hélas ! que de pauvres enfants damnés pour l'éternité ! N'est-ce pas, M.F., que si vos enfants n'ont point de religion, c'est parce que vous ne voulez pas vous donner la peine de les instruire ni de leur donner bons exemples ?

III. – Je dis donc que le troisième devoir des parents, c'est de corriger chrétiennement leurs enfants. Nous voyons très peu de parents qui corrigent leurs enfants selon Dieu. Dites-moi, M.F., comment voulez-vous que vos enfants soient bien sages en voyant ce que vous faites pour eux, c'est-à-dire en ayant si peu à cœur leur salut ? Hélas ! si j'osais, je vous dirais qu'il y a des pa-rents qui ont moins à cœur de sauver l'âme de leurs enfants qu'ils n'ont à cœur la conservation de leurs bêtes. O mon Dieu, quelle cruauté ! Si vous en doutez, écoutez-moi. N'est-ce pas que vous aimez mieux envoyer vos bêtes dans les champs le dimanche pendant les saints offices que de les laisser à l'écurie pour faire venir vos enfants à l'église, pour les faire instruire de leurs devoirs, ce qu'ils doivent faire pour gagner le ciel et sauver leur pauvre âme ? N'est-ce pas que vous faites cela presque tous les dimanches ? – Mais, me direz--vous, si vous osez, nous ne pouvons pas laisser nos bêtes à l'écurie. – Mais vous ne raisonnez pas bien, mon ami, il faut dire que vous aimez mieux que les âmes de vos enfants périssent et se damnent que si vos bêtes n'avaient pas autant de quoi manger. Ne cherchez point de détour, M.F. ; avouez franchement que cela est, et vous direz la vérité. écoutez ce que le Seigneur vous dit : « Les animaux découvrent à leurs petits leurs mamelles, et mon peuple refuse le lait de la parole à leurs enfants. » Oui, M.F., si vos enfants rendent malheureuse votre vieillesse, vous l'avez bien cherché vous-mêmes par votre négligence à les instruire, à former leur cœur pour le bon Dieu ; mais aussi vous commencez dès ce monde à payer votre négligence. Mon Dieu, que de pa-rents malheureux dans leurs vieux jours !

Nous avons dit qu'il y a très peu de parents qui cor-rigent chrétiennement leurs enfants : les uns leur souf-frent tout, sous prétexte qu'ils sont encore jeunes, qu'ils ne connaissent pas le mal qu'ils font. Vous vous trompez grandement. Les enfants, nous dit saint Basile, con-servent ordinairement toute leur vie le pli qu'ils ont pris pendant leur jeunesse. Si vos enfants vous font du chagrin quand ils sont grands, la seule cause est que vous ne les avez pas corrigés comme vous le deviez, quand ils étaient petits.

Voulez-vous que vos enfants vous rendent heureux dans votre vieillesse ? ne leur passez rien sans leur faire connaître le mal qu'ils font ; je veux dire, que si les paroles ne suffisent pas, il faut les châtier. Voyez, si vous ne le faites pas, vous et vos enfants serez punis même dès ce monde. Il est rapporté dans l'histoire qu'un père qui avait un petit enfant pre-nait plaisir à l'entendre jurer. Il avait toujours le mot de démon à la bouche. Un jour qu'il était malade, étant sur les genoux de son père, il se pencha contre l'épaule de son père, en disant : « Ah ! mon père, le diable m'emporte », et mourut dans ce moment. Hélas ! si le père avait eu le bonheur de ne pas le laisser jurer, sous prétexte qu'il était jeune, ce malheur ne lui serait pas arrivé. Hélas ! M.F., quel jugement peut-on porter contre des pères et mères quand on entend jurer, les enfants, sinon que l'on pense : Voilà un enfant qui appartient à des parents qui n'ont point de religion. Il y en a d'autres qui font tout le contraire, qui pour un rien leur tombent dessus et les écrasent, parce que un enfant aura cassé quelque chose des fois de la valeur d'un sou, et souvent qu'il ne sait pas sa faute... ; le père ou la mère, à coups de pied ou de bâton, peut-être les estropieront pour leur vie. Ils ne les corrigent pas, mais ils les mal-traitent et les brutalisent. Les jurements et les malédic-tions sont toujours de la partie. Pauvres enfants, que vous êtes malheureux d'être nés de tels parents, qui, nécessairement vous damneront par les mauvais exem-ples et leurs malédictions qu'ils ne cessent de vous vomir dessus. – Mais, me direz-vous, ces pères et mères ne connaissent pas plus ce qu'ils doivent à leurs enfants que les païens mêmes, qui n'ont jamais entendu parler du vrai Dieu. – Il faut bien les battre ou bien l'on n'en est pas écouté. L'on est obligé de leur tomber dessus à coups de pied, à coups de poing, si l'on veut se faire obéir, tant ils font de travers.

Je passe sous silence ce que vous mériteriez pour manquer ainsi à vos devoirs. Je vous dirai seulement : « Il fallait, avant de vous marier, apprendre que vous étiez chrétiens, et savoir si le mariage était un sacrement, et si après ce monde il y en avait un autre, ou si vous pensez qu'après la mort tout était fini. N'est-ce pas, mon ami, comme si, pour remplir un devoir, il fallait manquer à tout ce que la religion et même la raison, l'humanité nous imposent ? Savez-vous, mon ami, ce qu'il résulte de toutes vos brutalités ? C'est que vos enfants ne vous crai-gnent pas, mais seulement vos coups ; et quand ils ne craindront plus vos coups, ils se moqueront de vous, et vous mépriseront. Hélas ! c'est bien ce que nous voyons tous les jours. – Mais, me direz-vous, que faut-il donc faire pour les corriger saintement ? – Ce qu'il faut faire, mon ami ? ce que vous ne faites pas. Ecoutez-le : c'est de ne jamais châtier vos enfants le moment que vous êtes en colère, et toujours attendre que vous soyez calme, parce que, loin de les rendre meilleurs, vous ne faites que les rendre encore plus mauvais. Vous commencerez à leur faire sentir le mal qu'ils ont fait, c'est-à-dire l'ou-trage que leur péché fait à Dieu, et les châtiments que le bon Dieu leur fera subir dans l'autre vie s'ils ne se corrigent . Vous-mêmes, vous devez demander à Dieu de bénir votre correction, et ne jamais les maudire.

O mon Dieu, des parents peuvent-ils bien ouvrir la bouche pour maudire leurs pauvres enfants, qui sont tous à Jésus-Christ et pour lesquels il est mort ! Oui, M.F., des enfants que les parents ne corrigent pas chrétienne-ment, font ordinairement des fins bien malheureuses, déshonorantes. Je ne veux pas m'étendre là-dessus, parce que nous ne finirions pas. Je vous dirai, M.F., pour vous encourager un peu : si vous avez quelque envie de vous sauver vous-mêmes et l'âme de vos enfants, quand vous avez fait ce que vous avez pu pour bien les instruire, leur donner bon exemple, les corriger ; quand, après tout cela, vous ne pouvez pas les ranger du côté du bon Dieu, c'est d'avoir recours à la prière, c'est de vous humilier devant le bon Dieu, pensant que c'est vous--mêmes qui êtes la cause de l'état malheureux où sont vos enfants ; qu'un méchant arbre comme vous ne pou-vait pas porter du bon fruit. Le saint homme Job, qui avait sept garçons trois filles, nous dit qu'il se levait de grand matin pour prier le bon Dieu pour ses enfants, et qu'il offrait tous les jours des sacrifices pour obtenir du bon Dieu qu'ils fussent bien sages . Voyez sainte Monique... Faites de même, M.F., priez tous les jours pour vos enfants, faites tant d'aumônes que vous pourrez pour eux ; faites dire quelques messes, faites quelques communions pour eux ; mettez-les tous les matins sous la protection de la Sainte Vierge. Quelle consolation, si vous voyez vos enfants avec vous dans le ciel ! Mais aussi quel malheur, si vous aviez le malheur de vous voir en enfer !

Denis le Chartreux rapporte qu'un saint Père du dé-sert lui avait dit qu'il vit un jour en enfer un père et un enfant enchaînés ensemble avec une chaîne de fer toute rouge de feu, ils se maudissaient ; et se mordaient l'un l'autre, se déchirant comme des enragés. Le père disait à son fils : « Maudit enfant, que n'as-tu été étouffé dans le ventre de ta mère ! Que n'as-tu été étranglé dans ton berceau ! tu es la cause de ma damnation. » Il appelle les démons à son secours pour tourmenter plus cruellement son fils. Le fils, de son côté, maudissait son père, en lui disant : « Si vous m'aviez bien instruit, donné bon exemple et corrigé, je ne serais pas ici : c'est vous qui êtes la cause de ma perte. » A son tour, il appelle les démons à son secours pour lui aider à tourmenter son père. O terrible vie, qui dure éternellement ! O mon Dieu, que de parents et d'enfants qui m'écoutent qui seront du nombre ! – Mais peut-être pensez-vous : Nous faisons ce que nous pouvons. – Tant que vous ne serez pas meilleurs chrétiens vous-mêmes pour donner bon exemple à vos enfants, et tant que vos enfants ne seront pas plus sages, je vous... Si vous faisiez ce que vous pouvez, comme ce père dont il est rapporté dans l'histoire. Il avait un fils que les mauvaises compagnies avaient tellement perverti, qu'il avait conçu le dessein de le tuer, pour avoir son bien ; le père...

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