Vigilanti Cura (page 2)

Pie XI · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : https://www.vatican.va/content/pius-xi/fr/encyclicals/documents/hf_p-xi_enc_29061936_vigilanti-cura.html · 2 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

II. (suite)

Mais, hélas! dans les circonstances actuelles, cette efficacité s'exerce trop souvent en faveur du mal. Aussi, lorsque nous songeons à la perte de tant d'enfants et de jeunes gens dont le cinéma menace la pureté et l'innocence, nous vous rappelons la parole de Jésus-Christ: "Malheur à qui scandalise un de ces petits qui croient en moi! Mieux vaudrait mille fois qu'une lourde pierre lui soit attachée au cou et qu'il soit ainsi précipité dans la mer!..."

Vigilance nécessaire Il est donc plus que nécessaire, aujourd'hui, de veiller attentivement et de ne rien négliger pour que le cinéma ne se transforme pas en école du vice, mais pour qu'il apporte, au contraire, une collaboration de choix à la grande oeuvre de la véritable éducation des hommes et du relèvement de la dignité des moeurs. Il importe de remarquer à ce propos, ce que nous faisons avec bonheur, que certains gouvernements ont constaté avec inquiétude l'immense influence du cinéma sur les moeurs. Ils ont alors institué des organismes spéciaux composés de personnes probes et honnêtes, choisies de préférence parmi les pères et mères de famille, et ils les ont chargés d'examiner les films produits et même d'orienter la production. Nous savons que plus d'une fois ces Comités se sont efforcés d'entraîner les producteurs à porter à l'écran les oeuvres des meilleurs auteurs de leurs pays respectifs.

Cependant, Vénérables Frères, que vos soins attentifs et vos préoccupations se portent sur l'industrie cinématographique de votre pays - puisqu'elle y a pris de si grands développements et qu'elle exerce une influence considérable sur tous les peuples. Ce n'en est pas moins le devoir de tous les Evêques de l'univers catholique de joindre et de coordonner leurs efforts pour surveiller ensemble cette forme de délassement et d'éducation dont l'influence est si considérable. Le tort que cause en ce moment le cinéma à la conscience morale et religieuse, aux préceptes de la doctrine chrétienne, leur est une raison d'interdire ces spectacles scandaleux et de ne rien omettre pour écarter, dans la mesure de leurs forces, tout ce qui blesse et amoindrit dans l'âme populaire le sens de la dignité et de l'honnêteté.

Ce devoir, d'ailleurs, n'incombe pas seulement aux Evêques; il oblige tous les catholiques et même tous les hommes de coeur qui ont le souci de la probité et de l'honneur de la famille, de la nation et de toute la société humaine.

Et maintenant examinons et exposons comment doit s'exercer cette vigilance.

III.

Le problème du cinéma serait résolu radicalement et très heureusement si on pouvait arriver à produire des films inspirés par les principes chrétiens. Aussi, ne cesserons-nous jamais de louer ceux qui se consacrent ou qui se consacreront à cet art. Qu'ils s'efforcent toutefois de faire en sorte que leurs films expriment vraiment l'idéal chrétien et contribuent à la véritable éducation des masses! Qu'ils prennent bien garde aussi de ne pas se jeter à la légère dans ces entreprises, mais qu'ils s'y adonnent en techniciens avertis et en s'entourant de toutes les précautions voulues, de peur qu'ils ne dépensent en pure perte leurs forces et leur argent!

Cependant, d'une part, nous nous rendons bien compte des difficultés nombreuses et considérables, surtout en ces temps de crise économique, qui s'opposent à la réalisation de pareils projets; d'autre part, il est absolument nécessaire, dans l'intérêt de la religion, des moeurs et de la société civile, d'arriver à influencer la production tout entière de manière à ce qu'elle n'engendre plus les mêmes désastres. De tout quoi il résulte qu'il est nécessaire que les Evêques tournent leur sollicitude vers tous les films qui, de toutes parts, sont proposés au peupe chrétien.

Nous exhortons donc chaleureusement tous les Evêques de l'univers catholique, qui appartiennent à des pays producteurs de films, et vous-mêmes en premier lieu, Vénérables Frères, pour qu'ils exhortent paternellement tous les fidèles qui collaborent de quelque manière que ce soit à cette industrie. Que ceux-ci se rendent bien compte de la grave obligation qui leur incombe, par la nature même de leurs fonctions, et en qualité de fils de l'Eglise, de s'efforcer, dans la mesure de leurs moyens, de veiller à ce que les films qu'ils produisent ou auxquels ils collaborent soient conformes aux sains principes et aux justes préceptes. Nombreux sont certainement les catholiques qui exercent un emploi - régisseur, exécutant, auteur ou acteur - dans l'industrie du film. Il est souverainement regrettable que leur travail ne s'harmonise pas avec leur foi et avec leurs intentions. C'est pourquoi il appartiendra aux Evêques de les avertir afin que leurs actes correspondent pleinement aux exigences d'une conscience honnête et aux obligations d'un disciple de Jésus-Christ.

Dans ce champ d'apostolat comme dans tous les autres, les Evêques trouveront certainement comme excellents collaborateurs ceux qui jouent un rôle actif dans l'Action catholique. Il nous est impossible de ne pas saisir l'occasion de cette lettre pour les stimuler plus que jamais afin que dans cette nouvelle cause ils apportent sans compter leur sérieuse et indéfectible coopération.

Peut-être les Evêques feront-ils bien de rappeler aux industriels du monde du cinéma que parmi les charges qui leur incombent, figure certainement l'honnêteté des divertissements. Car ils sont chargés par mandat divin d'enseigner aux âmes qui leur sont confiées les règles de conduite qui s'imposent, même à l'occasion de leurs plaisirs. Leur charge apostolique impose aux Pasteurs l'obligation de déclarer ouvertement et publiquement que les plaisirs déshonnêtes anéantissent les forces morales d'un peuple. Si bien que ce qu'ils exigent en ces matières n'atteint pas seulement les catholiques, mais tous ceux qui fréquentent le cinéma.

A vous cependant, Vénérables Frères des Etats-Unis d'Amérique, incombe-t-il d'une manière spéciale d'obtenir des producteurs de films ce qu'ils ont spontanément promis, comme nous l'avons dit, conscients qu'ils étaient des responsabilités qui leur incombent devant l'humanité du fait du problème qui se pose et du péril qui en découle.

Quant à vous, qui à travers le monde avez reçu la dignité épiscopale, vous devez avoir à coeur de bien faire comprendre à tous ceux qui collaborent à l'industrie du film qu'une invention aussi précieuse et d'un usage aussi répandu peut grandement servir à élever la perfection morale des individus et des sociétés. Pourquoi, en effet, parler seulement de maux à éviter? Et pourquoi le cinéma devrait-il servir seulement à remplir les heures vides du repos? Ne peut-il et ne doit-il pas mettre sa merveilleuse efficacité au service de l'instruction des spectateurs et de leur entraînement à la vertu?

Les précieuses indications du saint Père Nous croyons donc opportun, après avoir considéré la gravité de pareil sujet, d'en venir maintenant à des indications pratiques appropriées.

Tout d'abord que chaque Evêque obtienne qu'à l'exemple des catholiques des Etats-Unis d'Amérique les fidèles qui lui sont confiés s'engagent chaque année à ne jamais assister à la projection de films qui blessent la doctrine et les institutions chrétiennes. On choisira de préférence les églises et les écoles pour recevoir cette promesse et cet engagement. A cet effet, les Evêques feront appel à la collaboration des parents qui, dans ces questions, sont tenus à de spéciales obligations; ils demanderont aussi l'aide des écrivains à qui revient l'honneur d'exposer avec soin l'importance et l'utilité de cette sainte croisade.

Pour que cet engagement solennel obtienne une heureuse efficacité, il est absolument nécessaire que le peuple sache clairement quels sont les films permis pour tous, quels sont ceux qu'il n'est permis de voir qu'à certaines conditions, quels sont ceux, enfin, qui sont pernicieux ou franchement mauvais. Ce qui entraîne, de toute évidence, que soient établies avec ordre et publiées des listes spéciales indiquant les films selon les catégories que l'on vient d'énumérer, et que ces listes puissent être facilement connues de tous. L'idéal serait qu'une liste unique de films soit dressée pour le monde entier, puisqu'il est clair que la loi morale est la même pour tous. Cependant, puisqu'il s'agit de spectacles qui atteignent toutes les classes de la société, cultivées ou non, la masse du peuple aussi bien que les classes dirigeantes, il n'est pas contestable qu'une règle unique ne peut pas être établie pour tous. De trop grandes différences surgissent, en effet, d'après les régions, les circonstances et les conditions de vie. Dès lors, l'établissement d'un catalogue unique, obligatoire partout et pour tous, ne semble pas s'indiquer. Ce qui n'empêche que si dans chaque pays des listes sont dressées d'après les catégories qui ont été proposées, la règle générale qui s'impose, est, par le fait même, établie.

Pour atteindre ce but, il est absolument nécessaire que les Evêques constituent pour chaque pays un Office permanent. La mission de cet Office consiste à promouvoir les bons films, à classer les autres selon les catégories mentionnées, enfin à faire connaître ce jugement aux prêtres et aux fidèles. Il serait très opportun de confier cette mission au Centre national d'Action catholique qui, aux yeux de tous, dépend de la hiérarchie. Quoi qu'il en soit, une chose est certaine, c'est que si l'on veut que pareil travail soit fait avec autorité et selon toutes les règles, il faut que cet Office soit unique pour chaque pays et conduit par un seul chef.

Cependant, si de graves raisons l'exigent réellement, il reste loisible aux Evêques d'organiser, chacun pour son diocèse, une Commission diocésaine en vue de porter le jugement plus sévère que réclame le caractère particulier de la région en cause, en interdisant, par exemple, des films que le catalogue national indiquait comme permis, parce qu'il devait s'en tenir à des règles s'appliquant au pays tout entier.

L'Office en question veillera, en outre, à ce que les cinémas paroissiaux, ou bien qui sont établis dans les locaux d'oeuvres, ne puissent disposer que des films autorisés. En imposant, en effet, à ces cinémas une discipline et une organisation sérieuses, ces salles deviendront, pour les producteurs, une clientèle désirable, et de cette manière il sera possible d'exiger que les producteurs éditent des films qui répondent pleinement à nos voeux. Et pourquoi des films pareils passeraient-ils seulement dans les salles catholiques et pourquoi ne feraient-ils pas carrière dans les salles publiques?

Nous n'ignorons certes pas que la création de l'Office permanent, ici visé, entraînera pour le peuple fidèle une lourde besogne et de grands frais. Cependant, le problème est si grave et si impérieuse la nécessité de protéger la vertu du peuple chrétien et l'honnêteté de tout le pays que labeurs et dépenses sont plus que justifiés. Car l'affreuse plaie du cinéma pervers suffit à émousser et à rendre vains et l'effort de nos écoles, et les travaux de toute l'Action catholique, et l'influence du ministère sacerdotal lui-même.

Il importe aussi de remarquer que l'Office dont nous parlons doit grouper des hommes au courant des choses du cinéma, en même temps que profondément imbus des principes chrétiens. Un prêtre désigné par l'Episcopat dirigera et conduira cette équipe.

Au service de l'Idéal En outre, des relations mutuelles s'établiront très utilement entre ces organismes nationaux. Ils échangeront leurs expériences et les jugements portés sur les films. Ces rapports rendront plus efficace le travail de chacun. Quoiqu'il faille tenir compte avec soin de la diversité des choses, des lieux et des circonstances, cependant les esprits et les coeurs se rapprocheront. C'est ainsi qu'il sera possible, avec le concours de tous les journalistes catholiques, d'arriver un jour à une heureuse unité dans la manière de sentir, de juger et d'agir.

Ces mêmes Offices profiteront utilement, non seulement de l'expérience et des événements qui se sont passés dans les Etats-Unis d'Amérique, mais aussi de tous les travaux qu'entreprennent dans le domaine du cinéma les catholiques du monde entier. S'il arrivait que les membres de l'Office - quoique animés des meilleures intentions - payant leur tribut à la fragilité humaine vinssent à s'écarter du droit chemin, les Evêques s'emploieront avec la prudence pastorale voulue à redresser efficacement les erreurs commises. Ils veilleront de toutes leurs forces à protéger l'autorité et le bon renom de l'Office, soit en désignant un nouveau membre d'un prestige plus éclatant, soit en remplaçant par des hommes choisis les membres qui se seraient montrés incapables de remplir une charge aussi importante.

Ainsi donc, si les Evêques de l'univers catholique prennent en mains cette question, de telle sorte qu'ils adaptent leur sollicitude pastorale aux règles que nous venons d'édicter - et nous connaissons assez leur zèle apostolique pour ne pas en douter un instant - il est manifeste qu'ils auront fait oeuvre éminemment utile pour la protection des bonnes moeurs de leurs ouailles pendant les heures de divertissement. Ils emporteront, en outre, l'approbation et ils jouiront de la collaboration de tous les hommes de coeur, non seulement parmi les catholiques, mais parmi ceux qui ne partagent pas nos croyances. Si bien que chacun pour sa part aura contribué à ce que le cinéma, cette puissance inouïe qui atteint tous les peuples, serve désormais à soutenir l'idéal et à encourager les généreux efforts vers une vie plus haute.

Pour que se réalisent ces voeux et ces présages qui jaillissent d'une âme paternelle, nous implorons avec instance le secours de la grâce divine, en gage de laquelle nous vous donnons de tout coeur, à vous-mêmes, Vénérables Frères, à tout le clergé et à tout notre peuple, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, en la fête des saints apôtres Pierre et Paul, en l'an 1936, quinzième de notre Pontificat.

PIE XI.

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