Boileau et Le Lutrin
Le héroï-comique — un pupitre d'église traité comme la guerre de Troie.
Le législateur du Parnasse
Legislator Parnassi
Le législateur du Parnasse
Nicolas Boileau-Despréaux (1636-1711) est le « législateur du Parnasse », l'homme qui fixa les règles de la poésie classique. Son Art poétique (1674), traité en quatre chants d'alexandrins, énonce les principes qui gouverneront la littérature française pendant plus d'un siècle. Deux maximes résument sa doctrine : « Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement » : la clarté de la pensée commande la clarté du style. « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage » : l'art exige un travail acharné, jamais la facilité.
Le Lutrin, chef-d'œuvre héroï-comique
Mais la gloire de Boileau ne tient pas seulement à l'Art poétique. Son poème Le Lutrin, commencé en 1674 et achevé en six chants, est le chef-d'œuvre du registre héroï-comique en langue française. Le héroï-comique consiste à traiter un sujet bas ou dérisoire avec le style noble et solennel de l'épopée, l'exact inverse du burlesque, qui rabaisse un sujet noble par un style vulgaire. Dans Le Lutrin, le sujet dérisoire qui déclenche la querelle est un simple pupitre d'église, un lutrin que le trésorier de la Sainte-Chapelle fait déplacer pour gêner la vue du chantre. De cette brouille de sacristie, Boileau tire une épopée miniature, avec invocations, combats et discours héroïques. Le combat final entre les chanoines atteint des sommets de drôlerie : les ecclésiastiques se battent à coups de livres, lançant in-folio et bréviaires comme autant de projectiles homériques.
Héritier d'Horace
Par cette œuvre, Boileau se montre digne héritier du poète latin Horace, dont il est souvent surnommé le pendant français : même goût pour la satire mesurée, même sens de la formule ciselée, même conviction que la poésie doit instruire autant que plaire. Le héroï-comique du Lutrin illustre ainsi parfaitement la doctrine de l'Art poétique : même quand il fait rire, le grand poète ne renonce jamais à l'élégance du style ni à la rigueur de la composition.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement : Boileau fixe les règles du goût classique.
Testez-vous : 7 questions
1. Qu’est-ce que le héroï-comique, registre du Lutrin ?
- Sujet noble, style bas
- Sujet bas, style noble
- Comique en ton triste
- Sujet sacré, ton libre
Voir la réponse
Réponse : Sujet bas, style noble
Le héroï-comique traite un sujet bas ou trivial dans un style noble et élevé. Dans Le Lutrin, Boileau applique les procédés de l’épopée (invocations, combats, interventions divines) à une querelle dérisoire de chanoines autour d’un pupitre.
2. Quel objet dérisoire provoque la querelle dans Le Lutrin ?
- Un chandelier
- Une perruque
- Un missel
- Un pupitre d’église
Voir la réponse
Réponse : Un pupitre d’église
Dans Le Lutrin (1674), Boileau transforme une querelle autour d’un simple pupitre d’église en épopée héroï-comique. Ce décalage entre la grandeur du style et la trivialité du sujet fait toute la satire : le poète se moque des querelles ecclésiastiques mesquines.
3. Quelle maxime de Boileau exige la clarté du style ?
- Plaire et instruire
- Rire pour corriger
- Clarté de la pensée
- L’art est imitation
Voir la réponse
Réponse : Clarté de la pensée
Pour Boileau, ce qui se conçoit bien s’énonce clairement : la clarté de pensée fonde le bon style.
4. Combien de chants compte Le Lutrin de Boileau ?
- Douze chants
- Six chants
- Quatre chants
- Dix chants
Voir la réponse
Réponse : Six chants
Le Lutrin de Boileau compte six chants, publiés en deux temps (1674 et 1683). Cette épopée héroï-comique en alexandrins parodie les grands poèmes épiques en traitant une querelle de chanoines avec le souffle et les procédés de l’Iliade.
5. Avec quoi les chanoines se battent-ils dans le combat final du Lutrin ?
- Des cierges
- Des épées
- Des livres
- Des chaises
Voir la réponse
Réponse : Des livres
Dans le combat final du Lutrin de Boileau, les chanoines se battent avec des livres en guise d’armes. Ce détail héroï-comique parodie les combats épiques : au lieu d’épées et de lances, ce sont des in-folio qui volent, ridiculisant la querelle ecclésiastique.
6. De quel poète latin Boileau est-il surnommé le pendant français ?
- Virgile
- Cicéron
- Ovide
- Horace
Voir la réponse
Réponse : Horace
Boileau est surnommé le « pendant français d’Horace » car, comme le poète latin, il codifie l’art d’écrire dans un traité en vers (Art poétique) et pratique la satire mordante. Les deux poètes partagent le culte de la raison, de la mesure et du bon goût.
7. Un auteur raconte une dispute de voisinage avec le souffle de l’Iliade. Quel registre emploie-t-il ?
- L’élégiaque
- Le tragique
- Le héroï-comique
- Le burlesque
Voir la réponse
Réponse : Le héroï-comique
Le registre héroï-comique consiste à traiter un sujet trivial avec le style noble de l’épopée. Raconter une dispute de voisinage avec le souffle de l’Iliade crée un décalage comique. C’est le procédé de Boileau dans Le Lutrin.
Faites cette leçon dans Apôtre : les questions en mode interactif, votre progression, des rappels pour ne rien oublier. Gratuit, sans publicité. Commencer la leçon ›
Dans ce chapitre : L'épopée et le burlesque
- La Franciade : le rêve épique
- Scarron et le Virgile travesti
- Boileau et Le Lutrin