L'alexandrin et ses maîtres
Le vers de douze syllabes règne sur la France — tragédie, comédie, épître, satire, tout se versifie.
Le vers de douze syllabes
Versus Duodecim Syllabarum
Le vers roi
L'alexandrin est le vers roi de la poésie française. Douze syllabes, divisées en deux hémistiches de six par la césure : voilà la structure qui a porté les plus beaux vers de notre langue pendant quatre siècles. Son nom vient du Roman d'Alexandre, poème du XIIe siècle composé par Alexandre de Paris. Du XVIe au XIXe siècle, l'alexandrin règne en maître absolu sur la tragédie, la comédie, l'épopée, le sonnet, l'ode et la satire. Au Grand Siècle, TOUT se versifie : la prose littéraire est l'exception, le vers est la règle.
Les législateurs du vers
Ce vers majestueux ne s'est pas imposé tout seul : il a fallu des législateurs pour en fixer les règles. La poésie baroque, qui fleurissait avant le Grand Siècle, jouissait d'une grande liberté formelle (enjambements audacieux, rythmes capricieux, rimes approximatives). C'est Malherbe qui, au début du XVIIe siècle, mit de l'ordre dans cette exubérance. Il fixa les règles de la versification classique française avec une rigueur quasi militaire : interdiction de l'hiatus, obligation de l'alternance entre rimes masculines et féminines, respect strict de la césure à l'hémistiche. Boileau, un demi-siècle plus tard, couronna cet édifice en publiant en 1674 son célèbre traité en vers, L'Art poétique, qui codifie pour les générations suivantes l'art d'écrire en vers français.
La césure et les rimes
La césure, cœur battant de l'alexandrin, désigne la coupe médiane qui divise le vers en deux hémistiches égaux de six syllabes chacun. C'est elle qui donne à l'alexandrin sa respiration, sa symétrie, sa puissance oratoire. Les rimes, quant à elles, obéissent à des schémas précis :
- la rime plate suit le modèle aabb, où deux vers consécutifs riment ensemble
- la rime croisée alterne selon le schéma abab
- la rime embrassée enchâsse selon abba
La rime plate est la plus naturelle pour le récit et le théâtre, la rime embrassée convient aux formes lyriques closes comme le sonnet.
Enfin Malherbe vint : l'alexandrin règne en maître sur quatre siècles de poésie française.
Testez-vous : 7 questions
1. Combien de syllabes compte l’alexandrin ?
- Dix
- Huit
- Quatorze
- Douze
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Réponse : Douze
L’alexandrin est un vers de douze syllabes, le mètre noble par excellence de la poésie française classique. Son nom viendrait du Roman d’Alexandre (XIIe siècle). Il domine la tragédie, l’épopée et la grande poésie du XVIIe au XIXe siècle.
2. De quelle œuvre l’alexandrin tire-t-il son nom ?
- La Chanson de Roland
- L’Iliade
- L’Énéide
- Le Roman d’Alexandre
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Réponse : Le Roman d’Alexandre
L’alexandrin tire son nom du Roman d’Alexandre (XIIe siècle), vaste poème consacré à Alexandre le Grand, qui fut l’un des premiers textes à utiliser systématiquement ce vers de douze syllabes. Le nom resta pour désigner ce mètre devenu le vers noble par excellence.
3. Quel schéma de rimes suit le modèle aabb ?
- La rime libre
- La rime embrassée
- La rime croisée
- La rime plate
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Réponse : La rime plate
La rime plate (ou rime suivie) suit le schéma aabb : deux vers consécutifs riment ensemble. C’est la disposition la plus simple et la plus courante dans la poésie narrative française, utilisée notamment dans les chansons de geste et les alexandrins classiques.
4. Quel poète a fixé les règles de la versification classique française ?
- Malherbe
- Boileau
- Ronsard
- Racine
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Réponse : Malherbe
François de Malherbe (1555-1628) fixa les règles de la versification classique française : pureté de la langue, interdiction de l’hiatus, respect strict de la césure et de la rime. Son influence fut décisive sur toute la poésie du Grand Siècle, résumée par Boileau : « Enfin Malherbe vint ».
5. Que désigne la césure dans l’alexandrin ?
- La dernière syllabe
- La rime finale
- La coupe médiane
- Le premier accent
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Réponse : La coupe médiane
La césure est la coupe médiane qui divise l’alexandrin en deux hémistiches de six syllabes chacun. Cette pause rythmique structure le vers et en assure l’équilibre. Le respect de la césure est une règle fondamentale de la versification classique.
6. Quel célèbre traité en vers Boileau publie-t-il en 1674 ?
- L’Art poétique
- Les Provinciales
- La Défense du français
- Le Discours de la méthode
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Réponse : L’Art poétique
L’Art poétique (1674) de Boileau est un traité en vers alexandrins codifiant les règles de la littérature classique. En quatre chants, il prescrit clarté, raison, respect des genres et imitation des Anciens. C’est la charte du classicisme français.
7. Avant Malherbe, quel courant poétique jouissait d’une grande liberté formelle ?
- Le classicisme
- Le romantisme
- La poésie baroque
- Le symbolisme
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Réponse : La poésie baroque
Avant que Malherbe n’impose ses règles strictes au début du XVIIe siècle, la poésie baroque jouissait d’une grande liberté formelle : images exubérantes, métaphores audacieuses, thèmes de l’inconstance et du mouvement. Malherbe réagit en prônant clarté, rigueur et sobriété.
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Dans ce chapitre : Le vers roi : la France versifiée
- L'alexandrin et ses maîtres
- Voltaire poète
- La France, nation du vers