L'étonnement chez Aristote

Chapitre 6 : L'étonnement, source de la philosophie · cours « Philosophie I » · 8 questions

Dia to thaumazein : comment l'étonnement devant le réel est le premier moteur de toute philosophie.

Aristote

Admiratio

L'étonnement, origine de la philosophie

Au tout début de la Métaphysique (A, 2, 982b), Aristote écrit une phrase qui a traversé les siècles : « C'est par l'étonnement (thaumazein) que les hommes, maintenant comme au commencement, ont commencé à philosopher. » L'étonnement n'est pas ici une surprise passagère ni une émotion superficielle. C'est une expérience radicale : devant le spectacle du monde, l'homme éprouve que les choses sont, et qu'elles pourraient ne pas être. Il se demande : pourquoi cela existe-t-il ? pourquoi cela est-il ainsi et non autrement ?

Du particulier vers l'universel

Aristote précise que les premiers philosophes furent d'abord étonnés par les phénomènes immédiats (les éclipses, les marées, le mouvement des astres) avant de remonter progressivement vers les questions les plus profondes sur l'origine du monde et les causes premières. Ce mouvement est ascendant : il part du particulier vers l'universel, des phénomènes sensibles vers les principes intelligibles. Celui qui s'étonne se reconnaît ignorant, et c'est cette reconnaissance de l'ignorance qui est la condition nécessaire de toute recherche philosophique. Sans elle, il n'y a ni étonnement, ni philosophie.

Platon et l'humilité

Aristote n'est pas seul à le penser. Dans le Théétète (155d), Platon fait dire à Socrate que l'étonnement est la passion propre du philosophe. Les deux maîtres de la pensée antique s'accordent sur ce point fondamental. Il importe toutefois de distinguer l'étonnement philosophique de la simple curiosité scientifique moderne : la curiosité cherche le « comment » (le mécanisme), tandis que l'étonnement philosophique cherche le « pourquoi » ultime (la cause première de l'être). L'étonnement meurt par l'habitude, la présomption et le divertissement, qui sont ses ennemis naturels. Seule l'humilité le maintient vivant, car elle suppose précisément cette reconnaissance de l'ignorance sans laquelle la pensée s'endort.

C'est par l'étonnement que les hommes ont commencé à philosopher. Et celui qui ne s'étonne plus ne philosophe plus.

Testez-vous : 8 questions

1. Quel mot grec Aristote emploie-t-il pour désigner l’étonnement qui est à l’origine de la philosophie ?

  • Episteme
  • Logos
  • Aletheia
  • Thaumazein
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Réponse : Thaumazein

Aristote emploie le mot thaumazein (étonnement, émerveillement) dans la Métaphysique (A, 2) pour désigner l’expérience fondamentale qui pousse les hommes à philosopher.

2. Selon Aristote, par quoi les premiers philosophes furent-ils d’abord étonnés ?

  • Les éclipses et les marées
  • Les textes des poètes
  • Les paradoxes mathématiques
  • Les lois de la cité
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Réponse : Les éclipses et les marées

Aristote donne ces exemples concrets : les premiers philosophes furent étonnés par les éclipses, les marées, le mouvement des astres, avant de passer aux questions plus profondes sur l’origine du monde.

3. Quelle condition est nécessaire pour que l’étonnement philosophique naisse ?

  • Maîtriser les mathématiques
  • Reconnaître son ignorance
  • Voyager dans d’autres pays
  • Avoir beaucoup lu
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Réponse : Reconnaître son ignorance

Aristote dit explicitement : celui qui s’étonne se reconnaît ignorant. Sans cette reconnaissance de l’ignorance, il n’y a pas d’étonnement, et donc pas de philosophie.

4. Quelle est la différence entre la curiosité scientifique moderne et l’étonnement philosophique ?

  • Comment contre pourquoi
  • Récente contre ancienne
  • Froide contre émue
  • Utile contre inutile
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Réponse : Comment contre pourquoi

La curiosité moderne cherche le mécanisme (comment fonctionne cela ?). L’étonnement philosophique cherche la cause ultime (pourquoi y a-t-il de l’être plutôt que du néant ?).

5. Dans quel dialogue Platon fait-il dire à Socrate que l’étonnement est la passion propre du philosophe ?

  • Le Banquet
  • Le Théétète
  • La République
  • Le Phédon
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Réponse : Le Théétète

Dans le Théétète (155d), Socrate affirme que l’étonnement est la passion propre du philosophe. Platon et Aristote s’accordent sur ce point fondamental.

6. Lequel de ces facteurs ne menace PAS l’étonnement philosophique ?

  • Le divertissement
  • L’habitude
  • La présomption
  • L’humilité
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Réponse : L’humilité

L’étonnement meurt par l’habitude, la présomption et le divertissement. L’humilité, au contraire, est ce qui le maintient vivant : elle suppose la reconnaissance de son ignorance.

7. Quel type de mouvement l’étonnement philosophique déclenche-t-il, selon Aristote ?

  • Du sensible à l’universel
  • Un mouvement circulaire
  • De l’universel au sensible
  • Un mouvement horizontal
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Réponse : Du sensible à l’universel

L’étonnement est un mouvement ascendant : il part des phénomènes particuliers (éclipses, marées) pour remonter vers les questions universelles (l’origine du monde, les causes premières).

8. Selon Aristote, c’est la peur de la mort, non l’étonnement, qui conduit les hommes à philosopher.

  • Vrai
  • Faux
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Réponse : Faux

Confusion d’auteur : c’est précisément Aristote (Métaphysique A, 2, 982b) qui pose l’étonnement (thaumazein) comme origine de la philosophie ; la peur de la mort relève d’Épicure ou de Lucrèce.

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Dans ce chapitre : L'étonnement, source de la philosophie

  1. L'étonnement, source de la philosophie
  2. L'étonnement chez Aristote
  3. Le doute méthodique vs le doute cartésien
  4. Le sens du mystère