La participation
Tout ce qui est bon dans les créatures est une participation à la Bonté de Dieu.
Participation et analogie
Participatio et Analogia
La participation à l'être
Le mot latin participare vient de partem capere, littéralement « prendre une part ». Cette notion est au cœur de la métaphysique thomiste : les créatures prennent part à l'être de Dieu sans le posséder totalement. Saint Thomas d'Aquin désigne Dieu comme l'ipsum esse subsistens, l'Être même subsistant par soi, dont l'essence est identique à l'acte d'être. Dieu seul est l'Être par essence ; toutes les créatures, des anges à la matière première, reçoivent leur être de Dieu et le possèdent donc par participation.
Hiérarchie des créatures
Saint Thomas transforme la participation platonicienne : chez Platon, les réalités terrestres participaient à des Idées abstraites ; chez Thomas, les créatures participent à Dieu Lui-même en tant qu'Être infini contenant éminemment toutes les perfections. Il en résulte une hiérarchie des degrés de participation, du moins parfait au plus parfait : la matière première (pure puissance), les plantes, les animaux, l'homme (doté d'un intellect), les anges (intelligences pures), et au sommet Dieu, l'Être même. Nier la participation des créatures à l'être reviendrait à nier la création elle-même, car tout ce qui a l'être sans être l'Être le reçoit nécessairement d'un autre.
L'analogie de l'être
L'analogie de l'être (analogia entis) est le principe qui gouverne tout le discours métaphysique sur Dieu et les créatures. L'être ne se dit pas de la même manière (univoquement) de Dieu et d'une pierre, ni d'une manière totalement différente (équivoquement), mais d'une manière analogue. Saint Thomas (Ia, q. 13, a. 5) distingue l'analogie de proportionnalité (similitude de rapports) et l'analogie d'attribution, qui rapporte un nom à un premier analogué (sens principal) et aux autres de manière dérivée. La participation est le fondement ontologique de l'analogie : parce que les créatures participent diversement à l'être divin, nos mots disent quelque chose de vrai sur Dieu, même imparfaitement.
Contre l'univocité
Duns Scot, au contraire, défend l'univocité de l'être : le concept d'être s'appliquerait de manière identique à Dieu et aux créatures. Le danger théologique de cette position est considérable : Dieu deviendrait un être parmi d'autres, sa transcendance et son infinité seraient abolies. Au XVIe siècle, Cajetan (Thomas de Vio) systématisa la doctrine thomiste de l'analogie dans son De nominum analogia, distinguant l'analogie d'inégalité, d'attribution et de proportionnalité propre. L'analogie protège ainsi simultanément deux vérités essentielles : la transcendance divine et la possibilité du discours théologique.
L'être se dit analogiquement de Dieu et des créatures, ni univoquement ni équivoquement, mais selon une proportion fondée sur la participation.
Testez-vous : 14 questions
1. Que signifie le terme latin participare ?
- Diviser en parts égales
- Aller à une assemblée
- Recevoir un don gratuit
- Prendre part à
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Réponse : Prendre part à
Participare vient de partem capere, littéralement « prendre une part ». Les créatures prennent part à l’être de Dieu sans le posséder totalement.
2. Qu’est-ce que l’ipsum esse subsistens ?
- Dieu, l’Être subsistant
- Cause première matérielle
- Matière première universelle
- Être propre d’une créature
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Réponse : Dieu, l’Être subsistant
L’ipsum esse subsistens désigne Dieu comme l’Être même subsistant par soi. En Dieu seul, l’essence et l’acte d’être sont identiques : Il est l’Être par essence (ST I, q.3, a.4).
3. Quelle est la différence entre « être par essence » et « être par participation » ?
- Dieu est, créature reçoit
- Anges par essence, corps non
- Hommes reçoivent, anges non
- Aucune, ce sont synonymes
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Réponse : Dieu est, créature reçoit
Seul Dieu possède l’être par essence (son essence = son être). Toutes les créatures, des anges à la matière, reçoivent l’être de Dieu et le possèdent donc par participation (De Potentia, q.3, a.5).
4. Comment saint Thomas transforme-t-il la participation platonicienne ?
- il rejette la participation
- il nie l’idée de Platon
- il reprend Platon tel quel
- il remplace l’Idée par Dieu
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Réponse : il remplace l’Idée par Dieu
Saint Thomas transforme la participation platonicienne : ce ne sont plus les Idées abstraites qui servent de modèle, mais Dieu Lui-même, Être infini contenant éminemment toutes les perfections que les créatures possèdent de manière limitée.
5. Selon la hiérarchie des degrés de participation, quel est l’ordre correct du moins parfait au plus parfait ?
- Anges en bas, Dieu en haut
- Plantes plus bas que minéral
- Matière en bas, Dieu en haut
- Dieu en bas, matière en haut
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Réponse : Matière en bas, Dieu en haut
La hiérarchie des degrés de participation va du moins parfait (la matière première, pure puissance) au plus parfait. L’homme, par son intellect, dépasse les animaux ; les anges, intelligences pures, participent au plus haut degré parmi les créatures. Dieu, au sommet, est l’Être même.
6. En quoi la doctrine de la participation fonde-t-elle l’analogie de l’être (analogia entis) ?
- Analogie selon participation
- Aucun lien avec l’analogie
- Tous les êtres identiques
- Dieu et créatures identiques
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Réponse : Analogie selon participation
Parce que les créatures participent diversement à l’être de Dieu, le terme « être » ne se dit pas de la même façon (univoquement) de Dieu et des créatures, ni de façon totalement différente (équivoquement), mais de manière analogique, proportionnée aux différents degrés de participation.
7. Pourquoi saint Thomas affirme-t-il que nier la participation des créatures à l’être reviendrait logiquement à nier la création elle-même ?
- Soit l’Être même, soit rien
- Toutes égales à Dieu
- Pur concept sans réalité
- Dogme défini à Nicée
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Réponse : Soit l’Être même, soit rien
Le raisonnement de saint Thomas est rigoureux : tout ce qui a l’être sans être l’être le reçoit d’un autre. Si une créature ne participait pas à l’être de Dieu, elle devrait être l’Être par essence (ce qui est impossible pour une créature) ou ne pas être du tout. La participation est donc la condition métaphysique de l’existence créée.
8. L’être se dit de Dieu et des créatures de manière :
- Univoque
- Équivoque
- Analogue
- Synonyme
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Réponse : Analogue
L’être ne se dit pas de Dieu et des créatures de manière identique (univoque) ni totalement différente (équivoque), mais de manière analogue : proportionnellement. La créature a l’être par participation ; Dieu est l’être par essence.
9. L’analogie d’____ rapporte un nom à un premier analogué (principal) et aux autres dérivativement.
- attribution
- proportionnalité
- inégalité
- équivalence
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Réponse : attribution
L’analogie d’attribution rapporte un nom à un premier analogué (sens principal) et aux autres de manière dérivée. Ainsi « sain » se dit d’abord du corps (premier analogué), puis du médicament (cause de santé) et de l’urine (signe de santé).
10. Quel penseur soutient l’univocité de l’être, contre laquelle saint Thomas s’oppose ?
- Guillaume d’Ockham
- Duns Scot
- Maître Eckhart
- Saint Bonaventure
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Réponse : Duns Scot
Duns Scot défend l’univocité de l’être : le concept d’être s’appliquerait de manière identique à Dieu et aux créatures. Saint Thomas s’y oppose en soutenant l’analogie de l’être, qui respecte la transcendance divine tout en permettant un discours vrai sur Dieu.
11. Quel est le danger théologique de l’univocité de l’être ?
- Dieu, un être parmi d’autres
- Créatures toutes identiques
- Rien ne se dit de Dieu
- Le monde devient divin
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Réponse : Dieu, un être parmi d’autres
Si l’être se disait de manière univoque de Dieu et des créatures, Dieu serait un être parmi d’autres, soumis au même concept générique. Sa transcendance et son infinité seraient abolies. L’analogie seule préserve la différence infinie entre le Créateur et les créatures.
12. La participation est le fondement ontologique de l’analogie.
- Vrai
- Faux
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Réponse : Vrai
C’est exact. La participation est le fondement ontologique de l’analogie : les créatures participent à l’être de Dieu de manière limitée, ce qui fonde la possibilité de parler de Dieu par analogie avec les créatures.
13. Quel commentateur de saint Thomas a systématisé la doctrine de l’analogie au XVIe siècle ?
- Bañez
- Jean de Saint-Thomas
- Suárez
- Cajetan
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Réponse : Cajetan
Cajetan (Thomas de Vio, 1469-1534) a systématisé la doctrine thomiste de l’analogie dans son De nominum analogia, distinguant l’analogie d’inégalité, d’attribution et de proportionnalité propre.
14. L’analogie protège simultanément deux vérités. Lesquelles ?
- liberté et nécessité
- immutabilité et éternité
- transcendance et discours
- simplicité et trinité
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Réponse : transcendance et discours
L’analogie protège deux vérités simultanément : la transcendance divine (Dieu n’est pas un être parmi d’autres) et la possibilité du discours théologique (nos mots disent quelque chose de vrai sur Dieu, même imparfaitement).
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- Participation à l'être : Platon christianisé
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