La querelle des universaux
Nominalisme, réalisme extrême et réalisme modéré face à la question de l'universel.
Quaestio Universalium
Le problème de l'universel
Qu'est-ce qu'un universel ? C'est un concept qui se dit de plusieurs : « homme » se dit de Pierre, de Paul et de Jacques. La grande question est : les universaux existent-ils dans les choses, ou seulement dans l'esprit ? Cette question, posée par Porphyre dans son Isagoge au IIIe siècle, a déchaîné l'un des plus longs débats de l'histoire de la philosophie : la querelle des universaux.
Les trois positions
Trois grandes positions se sont affrontées au cours des siècles. Le nominalisme, défendu par Roscelin puis Guillaume d'Ockham, soutient que les universaux ne sont que des noms, de simples étiquettes commodes sans fondement dans la réalité : seuls les individus singuliers existent. Le réalisme extrême, dont Guillaume de Champeaux fut le champion au XIIe siècle, affirme au contraire que l'humanité serait une réalité unique, numériquement identique, présente tout entière en chaque homme : position héritière du réalisme platonicien des Idées séparées.
La solution thomiste
Entre ces deux extrêmes, le réalisme modéré de saint Thomas d'Aquin, fidèle à Aristote, enseigne que les universaux ont un fundamentum in re, c'est-à-dire un fondement dans la réalité : la nature commune (l'humanité, l'animalité) est réellement présente dans les individus, mais elle ne devient universelle que par l'opération de l'intelligence. C'est l'abstraction qui dégage cette nature commune des conditions individuantes (matière, lieu, temps) et lui confère l'universalité. Ainsi Pierre et Paul possèdent bien la même nature humaine, mais individuée en chacun d'eux par la matière.
L'enjeu pour la science
Si les universaux n'avaient aucune réalité, comme le prétend le nominalisme, la science (qui porte sur l'universel) ne parlerait que de mots et n'atteindrait jamais le réel, compromettant la portée de toute connaissance véritable.
Les universaux : simples mots (nominalisme), Idées séparées (réalisme extrême), ou natures réelles abstraites par l'intelligence (réalisme modéré) ?
Testez-vous : 7 questions
1. Qui a posé les trois questions célèbres sur les universaux dans son Isagoge ?
- Boèce
- Porphyre
- Aristote
- Platon
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Réponse : Porphyre
Porphyre, dans son Isagoge (IIIe siècle), pose les trois questions fondamentales : les universaux existent-ils ? Sont-ils corporels ou incorporels ? Existent-ils dans les choses ou séparés d’elles ?
2. Le nominalisme soutient que les universaux ne sont que :
- Des noms sans réalité
- Des formes dans les choses
- Des Idées subsistantes
- Des actes divins éternels
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Réponse : Des noms sans réalité
Le nominalisme (Roscelin, Ockham) affirme que les universaux ne sont que des noms (nomina), des étiquettes commodes sans fondement dans la réalité. Seuls les individus singuliers existent.
3. Quel penseur médiéval est associé au réalisme extrême des universaux ?
- Guillaume de Champeaux
- Albert le Grand
- Guillaume d’Ockham
- Pierre Abélard
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Réponse : Guillaume de Champeaux
Guillaume de Champeaux (XIIe siècle) défendait un réalisme extrême : l’humanité serait une réalité unique, identiquement présente en chaque homme, position proche du réalisme platonicien.
4. Que signifie « fundamentum in re » dans le réalisme modéré ?
- fondé dans le réel
- chose matérielle à part
- existe séparé des choses
- pure fiction de l’esprit
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Réponse : fondé dans le réel
Le réalisme modéré enseigne que les universaux ont un fundamentum in re : la nature commune (humanité, animalité) est réellement dans les individus, mais elle n’est universelle que dans l’intelligence.
5. Si les universaux n’avaient aucune réalité (nominalisme), quelle conséquence pour la science ?
- Science loin du réel
- Science plus rigoureuse
- Logique renforcée
- Métaphysique inutile
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Réponse : Science loin du réel
La science porte sur l’universel. Si l’universel n’a aucun fondement dans la réalité, alors la science ne parle que de mots et n’atteint pas le réel. Le nominalisme compromet la portée de toute connaissance scientifique.
6. Selon le réalisme modéré, quelle opération confère l’universalité à la nature commune ?
- L’abstraction
- La sensation
- L’illumination divine
- La démonstration
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Réponse : L’abstraction
C’est l’intelligence qui, par abstraction, dégage la nature commune des conditions individuantes (matière, lieu, temps) et lui confère l’universalité. L’universel comme tel n’existe que dans l’esprit.
7. Pierre et Paul possèdent-ils la même nature humaine selon le réalisme modéré ?
- Oui, individuée en chacun
- Non, la nature n’existe pas
- Oui, numériquement une
- Non, chacun a la sienne
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Réponse : Oui, individuée en chacun
Selon le réalisme modéré, la nature humaine existe réellement en Pierre et en Paul (c’est leur forme substantielle) mais elle est individuée en chacun par la matière. Elle n’est pas numériquement une ni séparée d’eux.
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Dans ce chapitre : Les universaux
- La querelle des universaux
- Réalisme modéré de saint Thomas
- Genre, espèce, différence, propre, accident