Les espèces de mouvement
Les quatre types de changement et les trois espèces de mouvement proprement dit.
Le mouvement
De Motu
Définition du mouvement
Le mouvement (kinesis, motus) est défini par Aristote dans la Physique (III, 1) : « actus entis in potentia inquantum in potentia », l'acte de l'être en puissance en tant qu'en puissance. Ce n'est ni la pure puissance ni l'acte achevé, mais le passage même de l'un à l'autre : l'acte incomplet, l'actualisation en cours. Cette définition est métaphysiquement nécessaire : sans cette catégorie d'acte incomplet, on ne pourrait rendre compte de la réalité du devenir sans le confondre avec l'être statique.
Les trois espèces de mouvement
Aristote distingue le mouvement au sens strict (kinèsis) du changement substantiel. Le mouvement au sens strict se subdivise en trois espèces :
- le mouvement local (phora, changement de lieu)
- l'altération (alloiôsis, changement de qualité : l'eau qui chauffe, le fruit qui mûrit)
- l'augmentation-diminution (auxèsis-phthisis, changement de quantité : l'enfant qui grandit)
Ces trois mouvements affectent toujours un accident de la substance (lieu, qualité ou quantité) sans détruire la substance elle-même.
Changement substantiel et création
La génération et la corruption, elles, ne sont pas des « mouvements » au sens strict : elles se font entre l'être et le non-être d'une substance. Ce sont des changements substantiels, non des mouvements accidentels. Le changement accidentel modifie les propriétés d'une substance qui persiste, tandis que le changement substantiel affecte la forme substantielle : une substance cesse d'être ou une nouvelle apparaît. La création, quant à elle, n'est pas un mouvement non plus, car tout mouvement suppose un sujet préexistant passant de la puissance à l'acte. La création est le don total de l'être à partir du néant.
Les trois principes du changement
Tout changement requiert trois principes, comme Aristote l'enseigne dans la Physique (I, 7) : la matière (substrat qui persiste), la forme (détermination acquise) et la privation (absence préalable de cette forme). Ainsi le bronze (matière) reçoit la figure (forme) dont il était auparavant privé (privation).
Saint Thomas souligne que le mouvement local est le premier et le plus fondamental des mouvements, car toute altération suppose un contact physique, qui implique un déplacement. Tous les autres mouvements présupposent donc le mouvement local. Aristote distingue encore le mouvement naturel, qui procède de la nature interne du mobile (la pierre tombe vers le bas), et le mouvement violent, imposé de l'extérieur contre la tendance naturelle du mobile (lancer la pierre vers le haut). Cette distinction fonde le principe que tout mobile requiert un moteur.
Le mouvement est l'acte de l'être en puissance en tant qu'en puissance (actus entis in potentia inquantum in potentia).
Testez-vous : 16 questions
1. Combien y a-t-il d’espèces de mouvement au sens strict chez Aristote ?
- Trois
- Quatre
- Deux
- Cinq
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Réponse : Trois
Le mouvement au sens strict (kinèsis) se subdivise en trois espèces : le mouvement local (phora), l’altération (alloiôsis), et l’augmentation-diminution (auxèsis-phthisis).
2. Comment s’appelle le changement de qualité dans la classification aristotélicienne ?
- La corruption
- La locomotion
- La génération
- L’altération
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Réponse : L’altération
L’altération (alloiôsis) est le changement de qualité : un fruit qui mûrit et change de couleur, une eau qui se réchauffe. C’est l’une des trois espèces de mouvement au sens strict.
3. Quel mouvement est le plus fondamental selon saint Thomas ?
- La génération
- L’augmentation
- L’altération
- Le mouvement local
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Réponse : Le mouvement local
Le mouvement local (phora) est le premier et le plus fondamental des mouvements selon saint Thomas, car il affecte le moins la substance et conditionne tous les autres mouvements.
4. Pourquoi la génération et la corruption ne sont-elles pas des « mouvements » au sens strict ?
- Vont de l’être au non-être
- Elles sont trop rapides
- Elles sont surnaturelles
- Ne touchent pas les corps
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Réponse : Vont de l’être au non-être
Le mouvement au sens strict se fait entre deux contraires positifs. La génération et la corruption, elles, se font entre l’être et le non-être d’une substance : ce sont des changements substantiels, non des mouvements accidentels.
5. Qu’est-ce que le mouvement proprement dit affecte dans la substance ?
- Un accident de la substance
- La matière première
- La forme substantielle
- L’acte d’être lui-même
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Réponse : Un accident de la substance
Le mouvement proprement dit est toujours un changement accidentel : il affecte un accident de la substance (lieu, qualité ou quantité) sans détruire la substance elle-même.
6. Pourquoi tous les mouvements présupposent-ils le mouvement local selon saint Thomas ?
- Altérer suppose un contact
- Le mouvement local est lent
- Le lieu est le seul accident
- Les autres sont illusoires
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Réponse : Altérer suppose un contact
Saint Thomas explique que toute altération suppose un contact physique, qui implique un déplacement. Le mouvement local est donc la condition de possibilité de tous les autres mouvements.
7. Un enfant qui grandit subit quel type de mouvement ?
- La génération
- L’altération
- Le mouvement local
- L’augmentation
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Réponse : L’augmentation
Un enfant qui grandit subit une augmentation (auxèsis) : c’est un changement de quantité. Sa substance ne change pas (il reste le même enfant), mais ses dimensions s’accroissent.
8. La création est une espèce de mouvement selon saint Thomas.
- Vrai
- Faux
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Réponse : Faux
La création n’est pas un mouvement car tout mouvement suppose un sujet préexistant passant de la puissance à l’acte. La création est le don total de l’être à partir du néant : il n’y a aucun sujet, aucune matière préalable. Elle est une relation de dépendance, non un changement.
9. Le mouvement est l’acte de l’étant en ____ en tant que tel.
- puissance
- acte
- repos
- forme
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Réponse : puissance
Aristote définit le mouvement comme « l’acte de l’étant en puissance en tant qu’il est en puissance ». Le mouvement n’est ni la pure puissance (le repos) ni l’acte achevé (le terme), mais l’actualisation en cours : c’est l’acte imparfait d’un être qui se dirige vers son achèvement.
10. Quelle est la définition aristotélicienne du mouvement ?
- Acte de l’être en puissance
- Passage acte vers puissance
- Déplacement dans l’espace
- Forme d’un être en repos
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Réponse : Acte de l’être en puissance
Aristote définit le mouvement dans la Physique (III, 1) comme actus entis in potentia inquantum in potentia : c’est l’actualisation en cours, ni la pure puissance ni l’acte achevé, mais le passage même de l’un à l’autre.
11. Quelles sont les quatre espèces de changement accidentel distinguées par Aristote ?
- Qualité, quantité, lieu
- Substance, forme, fin
- Quantité, qualité, fin
- Matière, forme, esprit
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Réponse : Qualité, quantité, lieu
Les quatre espèces de changement accidentel sont l’altération (qualité), l’augmentation et la diminution (quantité), et le mouvement local (lieu). Ils se distinguent du changement substantiel (génération et corruption).
12. Quelle est la différence entre le changement accidentel et le changement substantiel ?
- accident est involontaire
- accident touche les qualités
- accident est partiel
- accident est naturel
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Réponse : accident touche les qualités
Le changement accidentel (altération, croissance, mouvement local) modifie les propriétés d’une substance qui persiste. Le changement substantiel (génération et corruption) affecte la forme substantielle : une substance cesse d’être ou une nouvelle apparaît.
13. Quels sont les trois principes du changement selon Aristote ?
- agent, patient, terme
- matière, forme, privation
- agent, patient, instrument
- efficiente, finale, matière
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Réponse : matière, forme, privation
Aristote enseigne dans la Physique (I, 7) que tout changement requiert un substrat qui persiste (matière), une détermination nouvelle (forme) et l’absence préalable de cette détermination (privation). Ex. : le bronze (matière), la figure (forme), l’absence de figure (privation).
14. Quelle est la différence entre mouvement naturel et mouvement violent ?
- différence de vitesse
- différence d’orientation
- différence de durée
- différence d’origine interne
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Réponse : différence d’origine interne
La pierre tombe naturellement vers le bas car sa nature l’y incline. La lancer vers le haut est un mouvement violent (contraint), car il s’oppose à la tendance naturelle du mobile. Cette distinction fonde le principe que tout mobile requiert un moteur.
15. Pourquoi Aristote considère-t-il le mouvement local (phora) comme la plus fondamentale des espèces de changement ?
- Présupposé par les autres
- Le plus manifeste aux sens
- Propre aux corps célestes
- Seule espèce continue
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Réponse : Présupposé par les autres
Pour Aristote, le mouvement local est premier car l’altération suppose un contact (donc un rapprochement spatial), l’augmentation suppose un apport de matière (donc un déplacement), et même la génération requiert la rencontre d’un agent et d’un patient.
16. Comment Aristote définit-il le mouvement, pour le distinguer à la fois de la pure puissance et de l’acte achevé ?
- Acte incomplet, en cours
- Puissance jamais actualisée
- Acte achevé vu autrement
- Puissance réalisée d’un coup
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Réponse : Acte incomplet, en cours
L’eau qui se réchauffe n’est plus simplement froide (pure puissance de chaleur) mais n’est pas encore chaude (acte achevé). Le mouvement est précisément cet entre-deux réel : l’actualisation en cours de la puissance en tant que puissance. Sans cette catégorie métaphysique d’acte incomplet, on ne pourrait rendre compte du devenir que Parménide niait.
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Dans ce chapitre : Le mouvement
- Le mouvement comme acte de l'étant en puissance
- Les espèces de mouvement
- Le Premier Moteur Immobile