Les formules de salutation
Structure et variété des formules de salutation dans la lettre médiévale.
Formulæ Salutationis
Les trois éléments de la salutatio
Ouvrir une lettre au Moyen Âge n'est pas un geste banal. La salutatio (la salutation) est la première des cinq parties canoniques de la lettre médiévale, et c'est aussi la plus codifiée. Chaque mot y est pesé, chaque formule y obéit à des règles précises que les maîtres du dictamen enseignent avec une rigueur presque juridique. La salutatio se compose de trois éléments :
- l'intitulatio (le nom de l'expéditeur)
- l'inscriptio (le nom du destinataire)
- la salutatio proprement dite (la formule de souhait).
Ces trois éléments forment un tout indissociable : on ne peut saluer sans se nommer, et on ne peut se nommer sans nommer celui à qui l'on s'adresse.
Les formules de souhait
Les formules de souhait sont variées mais obéissent à des conventions strictes.
Parmi les formules de souhait les plus répandues, « salutem in Domino » (salut dans le Seigneur) exprime une bienveillance chrétienne universelle. Mais certaines formules sont strictement réservées : « salutem et apostolicam benedictionem » (salut et bénédiction apostolique) n'appartient qu'au pape, successeur de Pierre, qui seul peut conférer la bénédiction apostolique.
La hiérarchie des noms
L'ordre des noms dans la salutatio obéit à une hiérarchie rigoureuse : le supérieur se nomme en premier. Ainsi, un évêque écrivant à un prêtre placera son propre nom avant celui de son correspondant, signifiant par là l'autorité dont il est revêtu. Inversement, un moine écrivant à son évêque placera le nom de l'évêque en premier et accompagnera le sien de formules d'humilité telles qu'« indignus servus » (indigne serviteur), marquant sa soumission et son respect.
Le silence de la salutation
La salutatio peut aussi être omise : lorsqu'on écrit à un excommunié, on supprime toute formule de salutation, car saluer quelqu'un, c'est le reconnaître comme membre de la communauté ecclésiale, et l'excommunié en est précisément retranché. Le silence de la salutatio devient alors un acte théologique autant que social.
Saluer, c'est reconnaître la dignité de celui à qui l'on écrit.
Testez-vous : 7 questions
1. La salutatio est quelle partie de la lettre médiévale ?
- La dernière
- La troisième
- La première
- La deuxième
Voir la réponse
Réponse : La première
La salutatio ouvre toute lettre médiévale : elle nomme les correspondants et établit le lien hiérarchique entre eux.
2. Quels sont les trois éléments de la salutatio ?
- Auteur, destinataire, salut
- Exorde, récit, péroraison
- Narratio, petitio, fin
- Invocation, prière, fin
Voir la réponse
Réponse : Auteur, destinataire, salut
La salutatio comprend l’intitulatio, l’inscriptio et la salutation proprement dite : trois éléments qui identifient l’échange.
3. Que signifie « salutem in Domino » ?
- Salut dans le Seigneur
- Salut et bénédiction
- Salut éternel
- Salut et affection
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Réponse : Salut dans le Seigneur
Salutem in Domino, « salut dans le Seigneur » : la salutation chrétienne place tout échange sous le regard de Dieu.
4. Qui se nomme en premier dans la salutatio ?
- Le destinataire
- Le supérieur
- L’expéditeur
- L’inférieur
Voir la réponse
Réponse : Le supérieur
Le supérieur se nomme en premier dans la salutatio : l’ordre des noms reflète la hiérarchie des dignités.
5. À qui est réservée la formule « salutem et apostolicam benedictionem » ?
- Aux évêques
- Au pape
- À tous les clercs
- Au légat pontifical
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Réponse : Au pape
Salutem et apostolicam benedictionem est la formule exclusive du pape, portant le salut et la bénédiction apostolique.
6. Pourquoi omet-on la salutatio dans une lettre à un excommunié ?
- Par manque de formule
- Par souci de brièveté
- Par simple oubli
- Par refus de la communion
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Réponse : Par refus de la communion
Saluer un excommunié reviendrait à le reconnaître dans la communion : on omet donc la salutatio à son égard.
7. Un moine écrit à son évêque. Quelle formule accompagnerait son nom ?
- Venerabilis frater
- Indignus servus
- Servus servorum Dei
- Dilectus filius
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Réponse : Indignus servus
Indignus servus, « indigne serviteur » : le moine exprime son humilité devant la dignité épiscopale de son supérieur.
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Dans ce chapitre : La Salutatio
- Les formules de salutation
- La hiérarchie des personnes