Science et volonté de Dieu

Chapitre 26 : Science et volonté de Dieu · cours « Métaphysique » · 14 questions

Dieu connaît tout et veut tout ce qu'Il veut librement : la science et la volonté du Créateur.

Saint Thomas d'Aquin

La volonté divine et la liberté créée

Voluntas Divina

La volonté divine

La volonté divine est traitée dans la Somme théologique (Ia, q. 19). En Dieu, la volonté est identique à son essence : ce n'est pas une faculté ajoutée. Dieu veut nécessairement sa propre bonté, qui est son essence. Mais tout le reste, la création, les créatures, Dieu le veut librement. Aucune créature n'est nécessaire à Dieu : le monde existe parce que Dieu l'a librement voulu.

Saint Thomas distingue la volonté antécédente (Dieu veut antécédemment le salut de tous) et la volonté conséquente (qui tient compte de toutes les circonstances et est toujours accomplie). Le nœud le plus difficile est le rapport entre volonté divine et liberté créée : Dieu meut les causes libres librement, selon leur nature. La motion divine ne détruit pas la liberté : elle la fonde.

La science de Dieu

Un principe fondamental de la métaphysique thomiste est que la science de Dieu est cause des choses (scientia Dei est causa rerum). Contrairement à notre intellect qui reçoit sa connaissance du réel, Dieu connaît les choses en se connaissant Lui-même, car son essence est imitable d'une infinité de manières finies par les créatures, sans que celles-ci soient des parties ou des modes de l'essence divine. Cette connaissance est créatrice : Dieu ne découvre pas le monde, il le pose dans l'être en le pensant.

Saint Thomas distingue deux registres dans le savoir divin. La science de simple intelligence porte sur tous les possibles, c'est-à-dire l'infinité des mondes que Dieu aurait pu créer. La science de vision porte sur tout ce qui est, a été ou sera réellement, c'est-à-dire sur le monde que Dieu a librement choisi d'actualiser. Cette distinction éclaire la liberté de l'acte créateur : Dieu connaît tous les possibles, puis en réalise certains par un décret souverainement libre.

Dieu connaît également les futurs contingents (les actes libres des créatures) sans détruire leur contingence. Il les voit dans son éternel présent (nunc stans), où le passé, le présent et le futur Lui sont simultanément présents. Cette vision n'impose aucune nécessité aux événements : elle les contemple tels qu'ils se produisent librement. L'amour de Dieu, à la différence de l'amour humain, est créateur : il ne présuppose pas un bien dans l'objet aimé, mais il produit le bien dans les choses en les aimant. C'est en aimant que Dieu crée et conserve le monde dans l'être.

Le problème du mal

Quant au problème du mal, Thomas distingue avec rigueur vouloir et permettre. Dieu ne veut jamais le mal en lui-même (ni le mal physique, ni le mal moral) mais Il le permet parce que sa providence infiniment sage sait en tirer un bien plus grand. Le mal moral, le péché, n'a pas Dieu pour auteur : Il le tolère parce qu'empêcher tout péché supprimerait la liberté des créatures rationnelles, et la volonté conséquente de Dieu, celle qui est toujours accomplie, ordonne toutes choses à la gloire finale de son dessein.

Dieu veut nécessairement son propre bien, librement tout le reste : il meut les causes libres librement, sans détruire leur liberté.

Testez-vous : 14 questions

1. Que signifie le principe thomiste « scientia Dei est causa rerum » ?

  • Sa science cause les choses
  • Sa science dépend des choses
  • Dieu apprend des créatures
  • L’homme saisit l’essence
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Réponse : Sa science cause les choses

Contrairement à notre intellect qui reçoit sa connaissance du réel, Dieu connaît les choses en se connaissant Lui-même, et cette connaissance est cause de leur existence (ST I, q.14, a.8).

2. Sur quoi porte la science de vision (scientia visionis) de Dieu ?

  • Tout ce qui est réel
  • La seule essence divine
  • Les possibles non réalisés
  • Les pures hypothèses
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Réponse : Tout ce qui est réel

La science de vision porte sur le réel dans toute son extension temporelle : passé, présent et futur. Elle se distingue de la science de simple intelligence, qui porte sur les possibles non réalisés (ST I, q.14, a.9).

3. Dieu veut-Il les créatures de manière nécessaire ou libre ?

  • Librement, sans besoin
  • Nécessairement, par bonté
  • Dieu n’a pas de volonté
  • Par contrainte de sa bonté
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Réponse : Librement, sans besoin

Dieu veut nécessairement sa propre bonté (Il ne peut pas ne pas aimer le Bien suprême qu’Il est). Mais Il veut les créatures librement : le monde est un don gratuit, non une émanation nécessaire (ST I, q.19, a.3).

4. Comment Dieu connaît-Il les futurs contingents sans détruire leur contingence ?

  • En les voyant en son présent
  • En décrétant chaque acte
  • Par devinement probable
  • En les prédéterminant
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Réponse : En les voyant en son présent

Dieu est éternel : tout le temps Lui est présent simultanément. Il ne prévoit pas les futurs contingents depuis le passé mais les voit dans son nunc stans. Cette vision ne supprime pas la contingence car elle n’impose pas de nécessité aux événements (ST I, q.14, a.13).

5. Quelle est la position de saint Thomas sur le problème du mal par rapport à la volonté divine ?

  • mal hors de la providence
  • mal voulu pour punir
  • permis pour plus grand bien
  • mal voulu pour éprouver
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Réponse : permis pour plus grand bien

Thomas distingue vouloir et permettre. Dieu ne veut jamais le mal en lui-même, mais Il permet le mal (physique et moral) parce qu’Il peut en tirer un bien plus grand, dans l’ordre de sa providence infiniment sage (ST I, q.19, a.9).

6. Comment la distinction entre science de vision et science de simple intelligence éclaire-t-elle la liberté divine dans l’acte créateur ?

  • Possibles vus, choix libre
  • Les deux sciences identiques
  • Simple intelligence inutile
  • Vision précède la volonté
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Réponse : Possibles vus, choix libre

Par la science de simple intelligence, Dieu connaît l’infinité des mondes possibles. Par sa volonté libre, Il choisit d’en réaliser un. La science de vision porte alors sur ce monde actualisé. Cette distinction montre que la création est un acte libre et non une nécessité (ST I, q.14, a.9 ; q.19, a.3).

7. Comment Dieu peut-Il connaître toutes choses en Se connaissant Lui-même, sans faire des créatures des modes divins ?

  • Essence imitable finiment
  • Créatures émanées de Dieu
  • Dieu ignore les possibles
  • Connaissance indirecte seule
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Réponse : Essence imitable finiment

En se connaissant parfaitement, Dieu connaît toutes les manières dont son essence peut être participée (imitée) par des êtres finis. Les créatures ne sont pas des fragments de Dieu mais des participations librement voulues de sa perfection. Cette doctrine préserve à la fois la transcendance divine et la réalité propre des créatures (ST I, q.14, a.5-6).

8. Dieu veut sa propre bonté :

  • Par obligation morale
  • Par habitude
  • Nécessairement
  • Librement
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Réponse : Nécessairement

Dieu veut sa propre bonté nécessairement, car sa volonté est identique à son essence et à sa bonté. Il ne peut pas ne pas vouloir le Bien infini qu’Il est. En revanche, il veut les créatures librement : elles ajoutent rien à sa perfection. La nécessité concerne Dieu seul, la liberté concerne les créatures.

9. Dieu veut ____ le salut de tous les hommes (volonté antécédente).

  • antécédemment
  • conséquemment
  • conditionnellement
  • nécessairement
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Réponse : antécédemment

Dieu veut antécédemment le salut de tous les hommes (1 Tm 2, 4). La volonté antécédente porte sur le bien considéré en soi, tandis que la volonté conséquente porte sur le bien dans toutes ses circonstances, y compris la liberté humaine.

10. Comment Dieu concilie-t-il sa causalité première avec la liberté des créatures ?

  • Il meut selon leur nature
  • Il n’intervient pas du tout
  • Il supprime parfois le choix
  • Il prédit sans causer
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Réponse : Il meut selon leur nature

Dieu, comme cause première, meut toutes les causes secondes. Mais Il les meut selon leur nature propre : les causes nécessaires agissent nécessairement, les causes libres agissent librement. La causalité divine ne détruit pas la liberté mais la fonde.

11. Pourquoi dit-on que l’amour divin est « créateur » ?

  • Dieu produit le bien aimé
  • L’amour divin est émotion
  • Dieu aime le bien déjà là
  • Il crée par nécessité
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Réponse : Dieu produit le bien aimé

L’amour divin est « créateur » car, à la différence de l’amour humain qui présuppose un bien dans l’objet aimé, l’amour de Dieu produit le bien dans les choses en les aimant. C’est en aimant que Dieu crée et conserve le monde dans l’être.

12. La volonté divine est la cause première de tout ce qui arrive, y compris des actes libres des créatures.

  • Vrai
  • Faux
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Réponse : Vrai

Dieu meut toute cause seconde sans supprimer sa liberté : sa volonté est cause première universelle, compatible avec la contingence des actes libres.

13. Quelle est l’attitude de Dieu envers le mal moral (le péché) ?

  • Il le permet sans le vouloir
  • Il l’ignore par immutabilité
  • Il le veut pour éprouver
  • Il le cause indirectement
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Réponse : Il le permet sans le vouloir

Dieu ne veut ni ne cause le mal moral. Il le permet cependant, car empêcher tout péché supprimerait la liberté des créatures rationnelles. Sa providence tire un bien supérieur même du mal qu’Il tolère, sans jamais en être l’auteur.

14. Laquelle de ces volontés divines est toujours accomplie ?

  • La volonté conséquente
  • La volonté permissive
  • La volonté antécédente
  • La volonté conditionnelle
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Réponse : La volonté conséquente

Saint Thomas distingue la volonté antécédente (ce que Dieu veut en soi, abstraction faite des circonstances) et la volonté conséquente (ce que Dieu veut effectivement, toutes circonstances considérées). La volonté conséquente est toujours accomplie car elle est le décret divin définitif et efficace.

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Dans ce chapitre : Science et volonté de Dieu

  1. La science divine : de vision et de simple intelligence
  2. Science et volonté de Dieu