Vie d’Agricola (page 3)
TABLEAU CHRONOLOGIQUE (suite)
— Constantin, simple soldat, est élu par les Bretons. Il veut s’emparer de tout l’empire, et Honorius le reconnaît même pour son collègue. Il est pris dans Arles et péril.
— Les Calédoniens, à ces nouvelles, fondent de nouveau sur la Bretagne.
410 — Honorius, ne pouvant secourir les Bretons, renonce à toute souveraineté sur la Bretagne.
424 Valentinien III. La Bretagne est encore ravagée par les Calédoniens.
— Aëtins y envoie une légion, qui bientôt est rappelée.
426 — Les Romains abandonnent à jamais la Bretagne.
NOTES SUR LA VIE D’AGRICOLA.
I. Cette vie d’Agricola fut écrite vers le commencement du règne de Trajan, quatre ans après la mort d’Agricola ; de sorte qu’elle est à peu près de la même date que le traité des Mœurs des Germains.
Rutilius. Priscus Rutilius Rufus, lieutenant de la république en Asie. Faussement accusé de concussion, il se retira dans la province même qu’on lui reprochait d’avoir opprimée ; il y fut reçu avec de grands honneurs ; et, comme on l’avait dépouillé de tous ses biens, des peuples et des rois fournirent à sa subsistance.
Scaurus. Marcus Émilius Scaurus, homme rempli de vertus, et qui fut vingt-cinq années de suite prince du sénat.
Tant il est vrai que les vertus. Les grandes vertus se cachent ou reposent ordinairement dans la servitude. (Grandeur et décadence des Romains, ch. 20.)
II. Arulenus Rusticus. Tribun du peuple sous Néron, préteur sons Vitellius. Pline le Jeune, chargé de marier sa fille, écrivait : « Je ne puis mettre trop de soins pour choisir l’homme digne de donner des petits-fils à Arulenus Rusticus. »
Pétus Thraseas. — Voyez, au liv. xvi, ch. 26 des Annales, son discours à Rusticus Arulenus, qui voulait le défendre et s’opposer au décret du sénat prêt à le condamner. Il le dissuade de cette entreprise et se donne la mort.
Herennius Sénécion. Né dans le Portugal. On lui fit de plus un crime d’avoir renoncé aux honneurs depuis sa questure. C’est de lui que Tacite dit au liv. i des Histoires : « L’acceptation, le refus des honneurs devint un crime. »
Priscus Helvidius. « Il semble à propos, puisque nous avons fait une seconde fois mention d’un personnage dont nous devons parler souvent encore, de dire en peu de mots quels furent sa vie, ses travaux et sa destinée. Helvidius Priscus naquit en Italie, au municipe de Terracine ; son père Cluvius avait eu le rang de primipilaire : jeune encore, il dirigea son esprit distingué vers les études les plus élevées, non, comme bien des gens, afin de voiler de titres pompeux une honteuse inaction, mais pour s’affermir contre les vicissitudes du sort et se consacrer à la république. Il suivit la doctrine des philosophes pour qui le seul bien est ce qui est honnête, le seul mal ce qui est honteux, et qui ne comp tent la puissance, la noblesse et tout ce qui est hors de l’âme, ni parmi les biens ni parmi les maux. N’ayant encore été que questeur, il fut choisi pour gendre par Pétus Thraseas ; et, dans toutes les vertus de son beau-père, il puisa surtout l’amour de la liberté : citoyen, sénateur, époux, gendre, ami, il accomplit également tous les devoirs de la vie, contempteur des richesses, toujours ardent pour le bien, inébranlable à la crainte. » (Tacite, Hist., liv. iv, ch. 5.)
De parler et d’entendre. Dans une nation libre, il est très-souvent indifférent que les particuliers raisonnent bien ou mal ; il suffit qu’ils raisonnent : de là sort la liberté, qui garantit des effets de ces mêmes raisonnemens. De même, dans un gouvernement despotique, il est également pernicieux qu’on raisonne bien ou mal ; il suffit qu’on raisonne, pour que le principe du gouvernement soit choqué. (Montesq., liv. xix, ch. 27.)
III. Maintenant enfin nous commençons à respirer. Bossuet a imité ce passage en son Histoire universelle. Domitien est tué ; l’empire commence à respirer sous Nerva. Son grand âge ne lui permet pas de rétablir les affaires ; mais, pour faire durer le repos public, il choisit Trajan pour son successeur.
Nerva. Nerva adopta Trajan, prince le plus accompli dont l’histoire ait jamais parlé ; ce fut un bonheur d’être né sous son règne : il n’y en eut point de si heureux ni de si glorieux pour le peuple romain. Grand homme d’état, grand capitaine, ayant un cœur bon qui le portait au bien, un esprit éclairé qui lui montrait le meilleur, une âme noble, grande, belle ; avec toutes les vertus, n’étant extrême sur aucune ; enfin, l’homme le plus propre à honorer la nature humaine et représenter la divine. (Grandeur et décadence des Romains, ch. 15.)
L’autorité d’un seul et la liberté.
Qu’importe que César continue à nous croire,
Pourvu que nos conseils ne tendent qu’à sa gloire ;
Pourvu que, dans le cours d’un règne florissant,
Rome soit toujours libre, et César tout-puissant ?
(Racine, Britannicus, acte i, sc. 2.)
Rende le gouvernement plus facile. Il y a une certaine facilité dans le commandement ; il faut que le prince encourage, et que ce soient les lois qui menacent. (Montesq., liv. xii, ch. 25.)
Durant quinze années. Domitien régna ce temps.
IV. Fréjus. Ville située sur la côte de la Gaule Narbonnaise, à l’ouest de l’île de Léro. Il y a apparence que le Forum Julii subsistait avant la conquête de la province, et que César n’en hit que le restaurateur. Il y fit bâtir des maisons et commença le port, qui ne fut achevé que sous Auguste, qu’on peut regarder comme le véritable fondateur de la ville. Un aquéduc, dont on voit encore des vestiges superbes, avait sept lieues de long, et, en certains endroits, les pilastres sont éloignés de quarante-trois pieds l’un de l’autre. A cinq cents pas de la ville, du côté de la mer, on voit les restes d’un palais antique nommé le Panthéon. Il y avait aussi un théâtre et un amphithéâtre. Auguste y entretenait une flotte pour protéger le commerce et les côtes de Provence^ Quelques-uns de ses successeurs imitèrent son exemple ; mais, les troubles qui survinrent occupèrent leurs forces ailleurs, et insensiblement le port cessa d’être considérable ; aujourd’hui il s’est comblé.
Procurateurs des Césars. Les procurateurs étaient chargés de percevoir et d’administrer les revenus du prince, particulièrement dans les provinces impériales, qui relevaient entièrement de l’autorité de l’empereur. Elles étaient garnies de troupes commandées par un lieutenant prétorien nommé sous l’empereur pour un temps illimité ; tandis que les provinces, dont Auguste avait abandonné l’administration aux consuls et au sénat, n’avaient que peu de garnisons et étaient gouvernées par un proconsul, officier civil, qui n’avait pas le droit de porter l’épée, et qui ne restait qu’une année en charge.
Grécinus. Sénèque en parle avec éloge : Si exemplo magni animi opus est (inquit), utemur Græcini Julii viri egregii, quem C. Cæsar occidit ob hoc unum, quod melior vir esset quam esse quemquam tyranno expediret (Seneca, de Benef, lib. ii). Dans sa 29e lettre, il appelle encore Julius Grécinus un excellent personnage : vir egregius. Il avait écrit sur l’agriculture : Julii Attici velut discipulus, duo volumina similium præceptorum de vineis, Julius Græcinus composita facetius et eruditius posteritati tradenda curavit (Columelle, lib. i, cap. i). Pline le Naturaliste le compte aussi parmi les auteurs. (Indice lib. xiv et xv.)
Silanus. Beau-père de Caligula. Caligula, qui avait réuni Tibère dans sa retraite à Caprée, épousa Claudia, la fille de Silanus. Il couvrait une âme atroce sous une modestie feinte. Ni la condamnation de sa mère, ni l’exil de son frère, ne lui ont arraché une seule parole. Tel que Tibère se montrait chaque jour, tel il savait composer et son air et ses discours ; ce qui fit dire à l’orateur Papurius ce mot si connu : « Il n’y eut jamais ni de meilleur esclave ni de plus méchant maître. » (Ann., liv. vi.)
Marseille. Ville de la ci-devant Provence, et la plus ancienne de France, ayant été fondée par une colonie de Phocéens, environ cinq cents ans avant Jésus-Christ. Presque dès son origine, elle devint une des plus commerçantes de l’Occident. Il s’y forma une académie célèbre. Strabon décrit cette ville comme la plus magnifique de son temps ; mais aujourd’hui on ne retrouve plus de traces des monumens dont elle était alors décorée.
V. Il partageait sa tente. — Contubernio ; chambrée, certain nombre d’hommes de guerre réunis. Le petit manipule, composé de dix hommes et commandé par un décurion, s’appelait particulièrement contubernium. Le grand manipule était composé de cent vingt hommes.
VI. Salvius Titianus. Frère de l’empereur Othon. Il en est souvent parlé aux liv. i et ii des Histoires.
Un fils né auparavant. On déposait les enfans, aussitôt leur naissance, sur la terre ; et si le père les reconnaissait, il les relevait. Voyez, Ann. ii, 37, le discours d’Hortelus au sénat : Hos quorum numerum et pueritiam videtis, non sponte sustuli, sed quia princeps monebat.
Durant sa préture. Les préteurs rendaient la justice au criminel et au civil. Sous les empereurs, qui voulurent affaiblir l’autorité des magistrats en multipliant les charges, et de plus se faire ainsi des créatures, le nombre des préteurs augmenta beaucoup ; aussi plusieurs d’entre eux n’avaient-ils souvent aucun jugement à rendre durant leur ministère.
Reconnaître les offrandes. C’était la charge des édiles curules, ainsi nommés parce qu’ils avaient le droit d’aller par la ville sur un char. Ils avaient de plus l’intendance de la police, des jeux publics et de tout ce qui concernait le culte des dieux.
VII. Vespasien. Galba, Othon, Vitellius, ne firent que passer. Vespasien fut élu comme eux par les soldats : il ne songea, dans tout le cours de son règne, qu’à rétablir l’empire, qui avait été successivement occupé par six tyrans également cruels, presque tous furieux, souvent imbéciles, et, pour comble de malheur, prodigues jusqu’à la folie. (Grandeur et décadence des Romains, chap. 15.)
Mucien. « En cet état de choses, lorsque la discorde était au sénat, la rage chez les vaincus, nulle autorité chez les vainqueurs, Rome sans lois et sans prince, Mucien y fit son entrée, et aussitôt attira tout à lui. La puissance d*Antonius, celle de Varus, furent brisées dès qu’on reconnut la haine, mal dissimulée, de Mucien contre eux, et quoiqu’il n’en parut rien sur son visage. Déjà les Romains, par leur sagacité à prévoir les disgrâces, s’étaient retournés et reportés vers lui. Seul il eut leur cour et leurs hommages, et il s’y offrait de lui-même : les guerriers qui l’environnent, les palais, les jardins qu’il habite tour-à-tour, son appareil, sa démarche, la garde qui veille, disent qu’il réunit en lui toute la puissance du prince, et fait grâce du nom. » (Hist., liv. iv, chap. 11.)
Domitien. « Domitien avait accepté le nom et le palais des Césars : encore inattentif aux affaires, c’était par des débauches et
des adultères qu’il se montrait fils d’empereur. » (Hist., liv. iv, ch. 2.)
VIII. Alors commandait en Bretagne, Il sera intéressant de présenter ici l’ordre des gouverneurs de la Bretagne.
GOUVERNEURS DE LA BRETAGNE,
Depuis l’an 796 de la fondation de Rome (43 de J.-C.), jusqu’à l’an 836 (83 de J.-C.).
Aulus Plautius (Vie d’Agricola, 14 ; Supplém. aux Annales, par Brotier, ix, 50 et suiv. ; xi, 3). Dion l’appelle personnage non consulaire.