Traité de l'oraison et de la méditation

Pierre d'Alcantara · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Traité de l'Oraison et de la Méditation · 5 pages

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JesusMarie.com Saint Pierre d'Alcantara

(1499 - 1562) Ce que sainte Thérèse d'Avila disait de saint Pierre d'Alcantara

Traité de l'Oraison et de la Méditation

source : livres-mystiques.com, traduction Abbé Marcel Bouix, édition Périsse frères et R. Ruffet, 1862.

CHAPITRE I : Du fruit qu’on retire de l’oraison et de la méditation Comme ce court traité parle de l'oraison et de la méditation, il sera utile d'exposer en peu de paroles le fruit qu'on peut retirer de ce saint exercice, afin qu'on s'y livre de meilleur cœur. Il est reconnu qu'un des plus grands obstacles que rencontre l'homme pour atteindre sa suprême félicité et le souverain bien, c'est la mauvaise inclination de son cœur, la difficulté et le dégoût qu'il éprouve à bien agir. S'il n'était point arrêté par là, il lui serait très facile de courir dans le chemin des vertus et d'atteindre la fin pour laquelle il fut créé. C'est ce qui a fait dire à l'Apôtre : « Je fais mes délices de la loi de Dieu, selon l'homme intérieur ; mais je sens une autre loi et une inclination dans mes membres, qui est contraire à la loi de mon esprit, et qui me tient captif sous la loi du péché (1). » La voilà donc, la cause la plus universelle de tout le mal qui est en nous. Or, une des choses qui tendent le plus directement à nous enlever ce dégoût, cette difficulté, et à nous aplanir l'œuvre du salut, c'est la dévotion.

La dévotion, dit saint Thomas, n'est point autre chose qu'une certaine promptitude et une certaine facilité à bien agir (2) ; elle fait disparaître de notre âme toute cette difficulté, ce dégoût dont nous venons de parler, nous remplit d'ardeur et nous donne de l'aptitude pour tout ce qui est bien. Elle produit ces effets parce qu'elle est une nourriture spirituelle, un rafraichissement et une rosée du ciel, un souffle et une haleine du Saint-Esprit, un amour surnaturel qui règle, encourage et transforme tellement le cœur de l'homme, qu'il lui communique un nouveau goût et une nouvelle ardeur pour les choses spirituelles, ne lui laissant pour les sensuelles que du dégoût et de l'horreur. C'est là ce que nous montre l'expérience de chaque jour. Oui, c'est au sortir d'une profonde et dévote oraison qu'une âme chrétienne se sent toute renouvelée dans ses bons desseins : là s'allument les saintes ferveurs et les énergiques résolutions de bien faire ; là, le désir de contenter et d'aimer un Maître qui s'est montré à elle, dans ces heureux moments, si plein de bonté et de douceur ; là, la soif d'endurer de nouvelles souffrances, de se mortifier, de répandre même son sang pour son amour. C'est là, enfin, que reverdit et que se renouvelle toute la fraîcheur de notre âme.

Si vous me demandez maintenant comment s'acquiert ce pieux mouvement de dévotion, si puissant et si noble, le même saint docteur vous répond que c'est par la méditation et la contemplation des choses divines. C'est de là, en effet, de cette considération et de cette méditation approfondie, que naît dans la volonté ce mouvement pieux, ce sentiment que nous appelons dévotion, lequel nous excite et nous porte à tout ce qui est bien. Si l'on exalte, si l'on recommande tant ce saint et religieux exercice de tous les saints, c'est parce qu'il est le moyen d'acquérir la dévotion. Celle-ci, à la vérité, n'est en soi qu'une seule vertu, mais elle nous dispose et nous porte à l'exercice de toutes les autres, elle est comme un aiguillon général qui nous y excite. Pour vous convaincre de cette vérité, écoutez ces belles paroles de saint Bonaventure : « Si vous voulez souffrir avec patience les adversités et les misères de cette vie, soyez homme d'oraison. Si vous voulez acquérir la vertu et la force pour vaincre les tentations de l'ennemi, soyez homme d'oraison. Si vous voulez faire mourir votre volonté propre avec toutes ses affections et ses désirs, soyez homme d'oraison ; si vous voulez connaître les ruses de Satan et vous défendre de ses pièges, soyez homme d'oraison ; si vous voulez vivre, l’allégresse dans le cœur, et marcher avec suavité dans le chemin de la pénitence et du sacrifice, soyez homme d'oraison. Si vous voulez chasser de votre âme les mouches importunes des vaines pensées et des vains soucis, soyez homme d'oraison ; si vous voulez nourrir votre âme de la sève de la dévotion, et l'avoir toujours remplie de saintes pensées et de bons désirs, soyez homme d'oraison.

Si vous voulez corroborer et affermir votre cœur dans la voie de Dieu, soyez homme d'oraison. Enfin, si vous voulez déraciner de votre âme tous les vices et planter à leur place les vertus, soyez homme d'oraison, parce que c'est dans ce saint exercice que l'on reçoit l'onction et la grâce de l'Esprit-Saint, laquelle enseigne, toutes choses. De plus, si vous voulez monter à la cime de la contemplation et jouir des doux embrassements de l'époux, exercez-vous à l'oraison, car elle est le chemin par où l'âme s'élève à la contemplation et au goût des choses célestes.

Voyez-vous maintenant combien est grande la vertu et la puissance de l'oraison ? En preuve de tout ce qui vient d'être dit, sans parler du témoignage des divines écritures, il suffit pour le moment de citer ce que nous avons vu et entendu, et ce que nous voyons chaque jour : des personnes simples, en grand nombre, ont obtenu tous les biens que je viens d'énumérer et d'autres encore plus relevés ; par quel moyen ? Par l'oraison. » Tel est le langage de saint Bonaventure.

Où trouver, je le demande, un plus grand trésor que l'oraison ? Où rencontrer une mine plus riche et plus féconde ? écoutez encore ce que dit un autre docteur très religieux et très saint, en traitant le même sujet :« Dans l'oraison, l'âme se purifie du péché, la charité se nourrit, la foi s'enracine, l'espérance se fortifie, l'esprit jubile, l'âme se fond de tendresse, le cœur s'épure, la vérité se découvre, la tentation est vaincue, la tristesse s'enfuit, les sens se renouvellent, la tiédeur disparaît, la rouille des vices est consumée ; de ce commerce naissent aussi de vives étincelles, des désirs ardents du ciel, et parmi ces étincelles brûle la flamme du divin amour. »

Elles sont grandes, il faut en convenir, les excellences de l'oraison, ils sont admirables ses privilèges ! à elle les cieux s'ouvrent, à elle se révèlent les secrets, à sa voix l'oreille de Dieu est toujours attentive. Je n'en dis pas davantage. Ceci suffit pour que l'on ait une idée du fruit de ce saint exercice.

(1) Rom., VII, 23, 23 (2) 2. 2. q. 82 I, 0

CHAPITRE II

De la matière de la méditation

Nous venons de voir le fruit immense que l'on retire de l'oraison et de la méditation ; voyons maintenant quels sont les sujets que nous devons méditer. Ce saint exercice ayant pour fin de créer et de développer dans nos cœurs l'amour et la crainte de Dieu, ainsi que la fidélité à observer ses commandements, le sujet le plus convenable de méditation sera celui qui nous fera le plus directement atteindre ce but. Or, quoiqu'il soit vrai que toutes les créatures tirées du néant, que toutes les choses spirituelles et sacrées, nous portent à l'amour et à la crainte de Dieu, néanmoins, généralement parlant, ce sont les mystères de notre foi contenus dans le Symbole, c'est-à-dire le Credo, qui nous y excitent avec le plus d'efficacité et le plus de fruit. La raison en est que le Symbole traite des bienfaits divins, du jugement dernier, des peines de l'enfer, de la gloire du paradis, vérités qui sont autant d'aiguillons très puissants pour porter le cœur à l'amour et à la crainte de Dieu. Il traite aussi de la vie et de la passion de Jésus-Christ notre Sauveur, qui sont pour nous la source de tous les biens : voilà les deux sujets dont parle spécialement le Symbole ; ce sont aussi ceux qui nous occupent le plus ordinairement dans la méditation.

Voilà pourquoi l'on dit avec beaucoup de raison que le Symbole est la matière la plus propre de ce saint exercice ; ajoutons néanmoins, ce qui est vrai, que le meilleur sujet de méditation pour chacun est celui qui porte le plus efficacement son cœur à l'amour et à la crainte de Dieu. Or, comme mon dessein est d'initier à cette vie d'oraison les nouveaux et les commençants, et qu'il faut leur donner la nourriture bien préparée et comme digérée, j'indiquerai ici brièvement pour tous les jours de la semaine deux sortes de méditations, tirées pour la plupart des mystères de notre foi ; les unes sont pour le matin, les autres pour le soir, afin que, comme nous donnons chaque jour deux réfections à notre corps, nous en donnions également deux à notre âme, dont la nourriture est la méditation et la considération des choses divines. Une partie de ces méditations sera sur la sainte passion et la résurrection du Sauveur ; l'autre, sur les mystères dont nous avons parlé plus haut. Celui qui n'aurait pas le temps de se recueillir deux fois le jour, pourra du moins, pendant une semaine, méditer la première série des mystères, et la semaine suivante, la seconde, ou bien se borner à ceux de la vie et de la passion de Jésus-Christ qui sont les plus importants. Toutefois, au commencement de la conversion, il ne convient point de laisser les autres, parce qu'ils vont mieux à l'âme dans un temps où elle doit s'attacher principalement à la crainte de Dieu, à la douleur et à la détestation des péchés.

PREMIèRE SéRIE DE MéDITATIONS Pour chaque jour de la semaine

LUNDI Méditation sur les péchés et sur la connaissance de soi-même.

En ce jour vous pourrez vous occuper du souvenir des péchés et de la connaissance de vous-même ; la première considération vous montrera combien il y a de maux en vous, et la seconde, que vous ne possédez aucun bien qui ne vienne de Dieu : c'est le moyen d'acquérir l'humilité, mère de toutes les vertus.

Pour cela, il faut d'abord arrêter votre pensée sur la multitude des péchés de votre vie passée, spécialement sur ceux que vous avez commis quand vous connaissiez moins votre Dieu. Car si vous faites bien cette revue, vous trouverez qu'ils se sont multipliés au-dessus des cheveux de votre tête, et que vous avez alors vécu comme un païen qui ne sait point ce que c'est que Dieu. Parcourez en effet, mais brièvement, tous les commandements et les sept péchés capitaux, et vous verrez qu’il n'en est pas un où vous ne soyez tombé plusieurs fois par œuvre, ou par parole, ou par pensée.

En second lieu, arrêtez votre souvenir sur tous les bienfaits que vous avez reçus de Dieu, et, en parcourant toutes les époques de votre vie, voyez comment vous y avez répondu ; car vous devrez en rendre un compte exact au Seigneur. Eh bien, dites-moi maintenant, à quoi avez employé votre enfance ? Et votre adolescence ? Et votre jeunesse ? Et tous les jours, enfin, de votre vie passée ? à quoi avez-vous occupé les sens du corps et les puissances de l'âme que Dieu vous donna pour le connaitre et servir ? Quel usage avez-vous fait de vos yeux, si ce n'est pour voir la vanité ; de vos oreilles, si ce n’est pour ouïr le mensonge ; de votre langue, si ce n'est pour la souiller en mille manières par des jurements et des médisances ? Le goût, l'odorat, le tact, à quoi les avez-vous fait servir, si ce n'est à vous procurer des plaisirs et des douceurs sensuels ?

Quel profit avez-vous retiré des sacrements de l'église, que Dieu institua pour être votre remède ? Comment avez-vous remercié le Seigneur de ses bienfaits ? Comment avez-vous répondu à ses inspirations ? à quoi avez-vous employé la santé, les forces, les talents naturels, les biens de la fortune, les excellentes dispositions qui étaient en vous et les facilités que vous aviez pour bien vivre ? Quel souci avez-vous eu du prochain que Dieu vous a recommandé, et de ces œuvres de miséricorde qu'il vous a prescrites à son égard ? Que répondrez-vous en ce jour où Dieu, vous faisant comparaître à son tribunal, vous dira : Rends-moi compte de ton administration et des biens que je te confiai ; je ne veux plus que tu en sois l'administrateur. ô arbre sec, et déjà digne des tourments éternels, que répondrez-vous en ce jour, lorsqu'il vous sera demandé compte de toutes les années, que dis-je ? De toutes les minutes, de tous les instants de votre vie ?

En troisième lieu, pensez aux péchés que vous avez commis et que vous commettez encore depuis que vous avez commencé à connaître Dieu, et vous trouverez que le vieil Adam vit encore en vous par bien des racines et par beaucoup d'anciennes habitudes. Considérez votre peu de respect envers Dieu, combien vous êtes ingrat à ses bienfaits, rebelle à ses inspirations, et paresseux dans les choses de son service ; jamais vous ne les faites ni avec la promptitude, ni avec le soin, ni avec la pureté d'intention que vous devriez, mais bien pour des considérations étrangères à Dieu et pour les intérêts du monde. Considérez, d'autre part, combien vous êtes dur envers le prochain, et plein de compassion pour vous-même ; combien vous êtes ami de votre propre volonté, de votre corps, de votre honneur et de tous vos intérêts. Voyez combien vous êtes encore superbe, ambitieux, colère, emporté, vain, envieux, pétri de malice, esclave de vos aises, changeant, léger, sensuel, ami de vos divertissements, de vos entretiens, de vos rires bruyants, de vos éternelles conversations. De plus, voyez combien vous êtes inconstant dans vos bons propos, inconsidéré dans vos paroles, négligent dans vos œuvres, lâche et pusillanime pour toute affaire importante et sérieuse.

En quatrième lieu, après avoir considéré sous ce point de vue la multitude de vos péchés, considérez-en la gravité, afin de découvrir sous toutes ses faces la grandeur de votre misère. Pour cela, vous devez d'abord peser ces trois circonstances dans les péchés de votre vie passée : Contre qui votre péché a-t-il été commis ? Pour quelle cause, et de quelle manière a-t-il été commis ? Si vous considérez celui contre lequel vous avez péché, vous trouverez que c'est un Dieu dont la bonté et la majesté sont infinies, dont les bienfaits et les miséricordes envers l'homme surpassent les grains de sable de la mer. Mais pour quelle cause avez-vous péché ? Pour un point d'honneur, pour un plaisir qui vous ravale au-dessous de la bête, pour le plus mince intérêt, souvent même sans intérêt, par pure coutume et par mépris de Dieu. Enfin, de quelle manière avez-vous péché ? Avec tant de facilité, tant d'audace, avec si peu de scrupule et de crainte !... Quelquefois même vous l'avez fait avec autant de facilité et de plaisir que si le Dieu outragé par vous était un Dieu de bois, qui ignore et ne voit pas ce qui se passe dans le monde. était-ce là l'honneur qui était dû à une si haute majesté ? était-ce là la manière de reconnaître de si grands bienfaits ? C'est donc ainsi que vous payez ce sang précieux qu'il a répandu sur la croix, et ces coups de verges, et ces soufflets qu'il a reçus pour vous ? Infortuné, que ta misère est grande, et par ce que tu as perdu, et beaucoup plus encore par ce que tu as fait, et infiniment plus encore par ton insensibilité, si, malgré tout cela, tu ne comprends pas l'excès de ton malheur !

Après cette considération, il sera très utile d'arrêter quelque temps la pensée sur votre néant ; creusant cette vérité, que de vous-même voue n'avez rien en propre que le néant et le péché, que tout le reste vient de Dieu. Il est clair que tous les biens de la nature et tous les biens de la grâce, qui sont les plus grands, lui appartiennent en propre, parce que c'est de lui que vient la grâce de la prédestination, source de toutes les autres grâces ; parce que c'est de lui que vient encore et la grâce de la vocation, et celle de la persévérance, et celle de la vie éternelle. Qu'avez-vous donc en propre ? De quoi pouvez-vous donc vous glorifier, si ce n'est du néant et du péché ? Que votre pensée s'arrête ainsi quelque temps sur la vue de l'un et de l'autre ; ce néant, ce péché seuls, prenez-les à votre compte, et tout le reste, mettez-le sur le compte de Dieu ; vous verrez par là d'une manière claire et palpable qui vous êtes et qui il est ; combien vous êtes pauvre et combien il est riche ; par conséquent combien peu vous devez vous confier en vous-même, vous estimer vous-même, et combien vous devez vous confier en lui, l'aimer, et vous glorifier en lui.

Après avoir considéré les divers points que je viens de dire, ayez de vous-même les plus bas sentiments qu'il vous sera possible. Pensez que vous n'êtes qu'un roseau sauvage, jeté à tous les vents, sans poids, sans vertu, sans rien de ferme, sans stabilité et sans aucune consistance. Pensez que vous êtes un Lazare mis dans le tombeau depuis quatre jours ; que vous n'êtes plus qu'un cadavre infect, horrible à la vue, rempli de vers, en sorte que tous ceux qui passent se détournent d'horreur pour ne pas respirer ces souffles mortels, et pour ne pas voir un si hideux spectacle. Imaginez-vous que c'est là l'odeur qui s'exhale de vous devant Dieu et devant ses anges, et tenez-vous pour indigne de lever les yeux au ciel, indigne que la terre vous porte, que les créatures vous servent, indigne même du pain que vous mangez et de l'air que vous respirez. Jetez-vous, comme cette pécheresse publique, aux pieds du Sauveur, et, le visage couvert de confusion, avec cette honte qu'éprouverait une femme en présence d'un époux dont elle aurait trahi l'honneur, le cœur brisé par la douleur et le repentir, demandez-lui pardon de vos égarements ; conjurez-le, au nom de son infinie bonté et de sa miséricorde, de daigner vous recevoir de nouveau dans sa maison.

MARDI Méditation sur les misères de cette vie

En ce jour vous méditerez sur les misères de la vie humaine. Elles vous feront voir combien est vaine la gloire du monde, et combien elle est digne d'être méprisée, puisqu'elle repose sur un aussi frêle fondement que celui de cette misérable vie. Bien que les misères de cet exil soient presque innombrables, vous pouvez néanmoins en ce moment considérer plus particulièrement les sept suivantes.

Considérez d'abord combien courte est cette vie, puisque sa plus longue durée n'est que de soixante-dix ou quatre-vingts ans, et si elle s'étend au delà, ce reste d'existence n'est plus, selon l'expression du Prophète, que tribulation et douleurs. Retranchez de là le temps de l'enfance, qui est bien plus la vie de la bête que celle de l'homme ; retranchez le temps du sommeil pendant lequel nous ne faisons aucun usage de nos sens ni de la raison, qui est le caractère distinctif de la créature intelligente, et vous trouverez que cette vie est encore plus courte qu'elle ne le paraît. Si surtout vous la comparez avec l'éternité de la vie future, à peine vous paraîtra-t-elle un point. De là, vous pourrez juger de la démence de ceux qui, pour jouir de ce souffle de vie qui passe si vite, s'exposent à perdre le repos de celle qui doit durer sans fin.

Secondement, considérez combien incertaine est cette vie ; c'est là une nouvelle misère ajoutée à celle que je viens de dire. Non-seulement cette vie est très courte, mais ce peu de durée n'est pas sûr, il est incertain. Combien y en a-t-il qui arrivent à ces soixante-dix ou quatre-vingts ans dont j'ai parlé ? Pour combien le fil de la vie n'est-il pas tranché dès le berceau ! Combien qui sont moissonnés dans leur fleur, et emportés par une mort précoce ! Vous ne savez point, dit le Sauveur, quand viendra votre maître ; si ce sera au matin, ou au milieu du jour, au milieu de la nuit, ou au chant du coq. Pour vous mieux pénétrer de cette vérité, il vous sera utile de rappeler à votre souvenir la mort de plusieurs personnes que vous aurez connues dans le monde ; en particulier la mort de vos amis et de ceux avec qui vous viviez familièrement. Rappelez-vous encore la fin de certaines personnes illustres et admirées que la mort frappa à l'improviste à divers âges, renversant dédaigneusement tous leurs projets et toutes leurs espérances trompées.

Troisièmement, considérez attentivement combien cette vie est fragile et délicate, et vous trouverez qu'il n'est point de vase de cristal dont la fragilité égale la sienne. Il suffit d'un coup d'air, d'un coup de soleil, de l'haleine d'un malade, pour nous frapper à mort ; l'expérience de chaque jour ne le prouve que trop. Combien en effet de personnes qui, à la fleur de leurs plus belles années, succombent à une de ces causes dont je viens de parler !

Quatrièmement, considérez combien cette vie change, et comment elle ne reste jamais dans le même état. Pour cela, voyez d'abord d'un œil attentif le changement de nos corps, qui ne demeurent jamais dans un même état de santé ni dans une même disposition ; considérez ensuite le changement des esprits, qui est beaucoup plus grand ; car ils sont comme la mer, agités par des vents divers, par les vagues des passions, des désirs, des sollicitudes, qui nous troublent à chaque heure.

Voyez aussi quels grands changements s'opèrent dans ce qu'on appelle la fortune. Ils ne laissent pas longtemps dans un même état de prospérité et de bonheur, les choses de la vie humaine ; c'est une roue mobile qui tourne sans cesse. Considérez surtout le mouvement si continuel de notre vie ; ni jour, ni nuit, jamais il ne s'arrête, et va sans cesse perdant de sa durée. à ce point de vue, qu'est-ce que notre vie, sinon un flambeau qui se consume à tous les instants, et qui se consume d'autant plus qu'il jette plus de lumière et d'éclat ? Qu'est-ce que notre vie, sinon une fleur qui s'ouvre le matin, se flétrit à midi, et qui le soir tombe desséchée ?

C'est à cause de ce continuel changement que Dieu fait dire à Isaïe : « Toute chair n'est qu'un peu d'herbe, et toute sa gloire est comme la fleur des champs (1). » Saint Jérôme commente ces paroles : « Vraiment, quand on considère la fragilité de notre chair et comment, à tous les points et à tous les instants de notre durée, nous croissons et décroissons sans jamais demeurer dans le même état ; et comment ce qui, à cet instant même, fait l'objet de notre discours, de nos plans, ou de nos méditations, est autant de retranché de notre vie, on n'hésitera pas à appeler notre chair un peu d'herbe, et à comparer toute sa gloire à la fleur des champs. »

L'enfant aujourd'hui à la mamelle passe si vite à l'adolescence, de l'adolescence à la jeunesse, à l'âge mûr, et de là à la vieillesse ! Et il se trouve vieillard avant même de s'être étonné de n'être plus jeune ! La femme dont la beauté attirait les regards de tant de jeunes insensés, présente en bien peu de temps un front sillonné de rides, et celle qui auparavant était aimable, devient bien vite un objet de répulsion.

Cinquièmement, considérez combien cette vie est trompeuse ; peut-être ce qu'elle a de pire est d'égarer tant d'infortunés et de traîner à sa suite de si nombreux et si aveugles adorateurs. Elle est horrible de laideur, et elle nous paraît belle ; elle est amère, et elle nous paraît douce ; elle est courte, et elle paraît à chacun de longue durée ; elle est pleine d'innombrables misères, et elle paraît si aimable qu'il n'est péril ni sacrifice que les hommes n'affrontent pour elle, souvent même au détriment de leurs intérêts éternels, en faisant des choses qui les conduisent à la perte de la vie qui n'a point de fin.

Sixièmement, considérez combien cette vie, si courte, si incertaine, si fragile, si changeante, si trompeuse, est encore féconde en misères, tant pour l’âme que pour le corps. Non, elle n'est point autre chose qu'une vallée de larmes, et un océan de misères. Saint Jérôme écrit que Xerxès, ce roi si puissant, qui renversait les montagnes et comblait les mers, étant un jour monté à la cime d’une montagne élevée, pour voir de là une armée formée d'une infinité de peuples, la regarda fort attentivement et se mit ensuite à pleurer. Interrogé sur la cause de ces larmes ; il répondit : « Je pleure parce que d'ici cent ans, de tous ces hommes que je vois, pas un ne sera en vie. »

« Que ne nous est-il donné, dit saint Jérôme, de nous élever à quelque hauteur d'où nous puissions découvrir toute la terre à nos pieds ! De là vous verriez les chutes et les misères du monde entier, les nations détruites par les nations, et les royaumes par les royaumes. Vous verriez comment on tourmente les uns et comment on tue les autres ; ceux-ci trouvent leur tombeau dans les eaux de la mer ; ceux-là sont traînés en captivité. Ici le spectacle d'une noce, là celui du deuil ; ici les uns meurent de mort violente, là d'autres expirent paisiblement. Les uns sont dans l'abondance des richesses, les autres sont contraints de mendier. Enfin, vous verriez non-seulement l'armée de Xerxès, mais encore tous les hommes qui maintenant peuplent la terre, et qui d'ici à peu de jours auront disparu de cette vie. » Parcourez toutes les infirmités et toutes les souffrances du corps humain, toutes les afflictions et toutes les cruelles anxiétés de l'esprit, en outre tous les dangers qui viennent nous assaillir dans tous les états comme à tous les âges, et vous verrez plus clairement encore le nombre et la grandeur des misères de cette vie. Connaissant à une lumière si vive combien tout ce que le monde peut donner est peu en soi, vous pourrez plus facilement n'avoir que du mépris pour tout ce qu'il renferme.

à toutes ces misères, succède la dernière qui est la mort ; elle est pour le corps comme pour l'âme la dernière des choses terribles qu'il y a à subir. Pour le corps, il sera en un instant dépouillé de tout ; et quant à l'âme, on prononcera, en ce moment suprême sur le sort qui l'attend pour une éternité. Tout cela vous fera comprendre combien est éphémère et misérable la gloire du monde, reposant, comme elle le fait, sur un aussi frêle fondement que cette lamentable vie des mondains, et par conséquent combien elle est digne de nos dédains et de nos mépris.

MERCREDI Méditation sur la mort

En ce jour, vous méditerez sur la mort. Ce passage de la mort est une des plus utiles considérations tant pour acquérir la vraie sagesse, que pour fuir le péché, et pour commencer à se préparer à loisir à l'heure où il faudra rendre compte de toute sa vie. Considérez donc premièrement combien est incertaine cette heure où la mort doit vous frapper, puisque vous ne savez ni en quel jour, ni en quel lieu, ni en quel état elle vous prendra. Vous ne savez qu'une chose, c'est que vous devez mourir, tout le reste est incertain ; d'ordinaire cette dernière heure a coutume de venir au moment où l'homme y pense le moins et où il oublie qu'il doit mourir.

Secondement, pensez aux séparations qui auront lieu alors ; non-seulement vous vous verrez séparé de toutes les choses aimées dans cette vie, mais votre corps et votre âme se verront séparés, et la mort mettra un terme à cette compagnie mutuelle si ancienne et si chérie. On regarde comme un grand mal l'exil loin de la patrie, et loin de l'air qu'on a respiré dans son enfance, alors même que l'exilé peut amener avec lui tout ce qu'il aime ; mais quelle calamité tout autrement effroyable que cet exil universel qui vous éloigne de tout, qui vous bannit de votre maison, de vos domaines, qui vous enlève à vos amis, à un père, à une mère, à des enfants, à cette lumière, à cet air, enfin à tout ! Si le taureau mugit quand on le sépare d'un autre taureau avec lequel il labourait, quel ne sera pas le cri déchirant de vos entrailles lorsqu'on vous séparera de tous ceux qui vous aidèrent à porter les fardeaux de cette vie !

Considérez aussi la peine qu'éprouve l'homme quand il se représente la destinée qui attend son corps et son âme après le dernier soupir. Pour ce corps il sait bien que tout son meilleur partage va être une fosse creusée dans la terre, de sept pieds de long, dans la compagnie des autres morts. Mais pour son âme, il ne sait pas avec certitude son avenir, ni le sort qui l'attend. Oui, une des plus grandes angoisses de ce dernier passage, c'est de savoir qu'il y a une gloire et une peine qui n'auront point de fin, de se trouver si voisin de l'une et de l'autre, et d'ignorer laquelle de ces deux destinées si différentes va devenir la nôtre à jamais.

à cette angoisse en succède une autre non moindre, la vue du compte que l'on va rendre ; elle est telle, qu'elle fait trembler même les plus courageux. On rapporte qu'Arsène étant sur le point de mourir commença à trembler. Ses disciples lui ayant dit : — Quoi ? Vous craignez maintenant ? — Mes enfants, leur répondit-il, cette crainte n'est pas nouvelle en moi, car je l'ai eue toute ma vie. à ce moment, en effet, tous les péchés de la vie passée se représentent à l'homme, comme une armée ennemie qui vient fondre sur lui. Les plus grands, ceux qui lui apportèrent de plus coupables plaisirs, sont ceux qui, se représentent plus vivement à sa vue, et lui inspirent plus d'effroi. Oh ! qu'il est amer, en ce moment le souvenir de ces plaisirs passés, qui autrefois semblaient si doux ! Certes, c'est avec beaucoup de raison que le sage a dit : « Ne considérez pas le vin quand il est vermeil et que sa couleur brille dans la coupe ; quoiqu'il paraisse doux quand on le boit, il ne laisse pas ensuite de mordre comme la couleuvre, et de répandre son poison comme le basilic (2) » Ces alarmes, voilà la lie de ce breuvage empoisonné de l'ennemi, voilà ce qui reste et ce que l'on savoure au fond de ce calice de Babylone, qui à l'extérieur est doré.

L'homme, se voyant alors environné de tant d'accusateurs, commence à craindre le jugement qui va suivre, et à dire en lui-même : Malheureux que je suis, dans quelle erreur j'ai vécu ! Et quelles coupables voies j'ai suivies ! Comment paraître, et que vais-je devenir à ce terrible jugement ? Si saint Paul dit que l'homme recueillera ce qu'il a semé (3), moi qui n'ai semé que des œuvres de la chair, que puis-je espérer recueillir, si ce n'est la corruption ? Si saint Jean dit que dans cette souveraine cité, qui est toute d'or pur, il n'entrera rien de souillé (4), que doit attendre celui qui a vécu d'une manière si souillée et si honteuse ?

Viennent ensuite les sacrements de Pénitence, l'Eucharistie, de l'Extrême Onction, dernier secours par lequel l'église nous peut aider dans cette pénible lutte. Ici, comme dans les autres douleurs, considérez quels regrets et quelles angoisses éprouve le mourant d'avoir mal vécu, et combien il souhaiterait alors d'avoir suivi une autre route. Oh ! Quelle vie il mènerait désormais si on lui donnait du temps pour cela ! Dans cet état, il fera effort pour appeler Dieu à son secours ; mais les douleurs et la maladie qui se hâte le lui permettront à peine.

Considérez aussi les derniers accidents de la maladie, qui sont comme les messagers de la mort, ils ont quelque chose de bien effrayant. La poitrine se soulève, la voix s'affaiblit, les pieds meurent, les genoux se glacent, les narines se contractent, le visage se couvre de la pâleur de la mort, et la langue demeure immobile ; par les efforts de l'âme qui aspire à se séparer ; tous les sens troublés perdent leur force et leur vertu. C'est l'âme surtout qui souffre, c'est pour elle un combat, une horrible agonie : d'un côté, elle se sent arrachée à ce corps ; de l'autre, elle s'y voit refoulée par l'effroi du compte qu'elle va rendre ; elle a naturellement horreur de la séparation ; elle aime son séjour, et elle redoute le tribunal où elle va paraître. Enfin, elle a brisé ses liens. Vous avez alors une double route à faire, l'une pour accompagner le corps jusqu'à la sépulture, l'autre pour suivre l'âme jusqu'à ce que sa cause soit jugée ; soyez témoin de ce qui va arriver de part et d'autre. Ce corps, dans quel état s'offre-t-il à votre vue depuis que l'âme l'a abandonné ? Voyez les nobles vêtements qu'on lui prépare pour l'enterrer, et combien l'on se hâte de l'emporter de la maison. Considérez les funérailles dans toutes leurs circonstances, le son des cloches, la surprise avec laquelle chacun dit : qui est mort ? Les offices, les chants douloureux de l'église, la marche du convoi, la douleur des amis, enfin toutes les particularités jusqu'à l'instant où l'on dépose ce corps dans sa dernière demeure, et où il disparait sous cette terre de l'éternel oubli qui devient son tombeau.

Laissant le corps dans son sépulcre, allez sans tarder à la suite de l'âme, considérez la route qui s'ouvre devant elle dans cette nouvelle région, le terme où elle s'arrête, et le jugement qu'elle va subir. Imaginez-vous être présent devant ce tribunal, avec toute la cour céleste qui attend l'issue de la sentence. Là, tout ce que cette âme a reçu, jusqu'au moindre don, tout est mis dans la balance de la justice pour sa décharge ou pour sa condamnation ; là, il lui sera demandé compte de la vie, des biens, de la famille, des inspirations de Dieu, de tant de facultés qu'elle eut pour bien vivre, et surtout du sang de Jésus-Christ ; là, enfin, chacun sera jugé selon le compte qu'il rendra de ce qu'il a reçu.

JEUDI Méditation sur le jugement dernier

En ce, jour vous penserez au jugement dernier, afin que cette considération réveille en vous ces deux sentiments si importants, qui doivent se trouver en tout fidèle chrétien, je veux dire la crainte de Dieu et l'horreur du péché.

Considérez d'abord combien sera terrible ce jour auquel s'examineront les causes de tous les enfants d'Adam, se termineront les procès de nos vies, et se prononcera la sentence définitive qui recevra son exécution dans l'éternité. Ce jour embrassera en lui seul tous les jours et tous les siècles. En ce jour Dieu répandra la colère et la fureur provoquée par les péchés de tous les siècles, Imaginez-vous donc avec quelle impétuosité s'élancera ce grand fleuve de l'indignation divine, recevant autant d'affluents de colère et d’indignation qu'il y aura de péchés commis puis le commencement du monde !

En second lieu, considérez les signes épouvantables qui précèderont ce jour ; car, comme dit le Sauveur, avant que ce jour vienne, il y aura des signes dans le soleil et dans la lune, et dans les étoiles, enfin, dans toutes les créatures du ciel et de la terre ; parce que toutes sentiront leur fin avant qu'elle arrive ; elles se troubleront et commenceront à trembler avant qu'elles tombent. Quant aux hommes, ajoute le Sauveur, ils sècheront de crainte, ils sentiront une défaillance mortelle en entendant les effroyables mugissements de la mer, en voyant les grandes vagues qu'elle soulèvera et les tourmentes dont elle sera agitée, pressentant, par ces signes si effrayants, les grandes calamités et les grandes misères qui menacent le monde. Ainsi on les verra frappés de stupeur, épouvantés, le visage pâle et défiguré, morts, en quelque sorte, avant de mourir, et condamnés avant le jugement, mesurant les périls sur leurs propres terreurs, et chacun tellement occupé du péril qui le menace, qu'il ne fera point attention à celui des autres ; un père ne songera point à son fils ni un fils à son père. Nul ne pourra être de quelque secours pour un autre, parce que nul ne se suffira à lui-même.

En troisième lieu, représentez-vous ce déluge universel de feu qui précèdera la venue du Juge ; et entendez le son effroyable de cette trompette de l'archange qui appellera toutes les générations du monde, afin qu'elles s'assemblent en un même lieu, et qu'elles se trouvent présentes au jugement ! Considérez surtout la majesté terrible avec laquelle le juge doit venir !

Considérez ensuite combien rigoureux sera le compte qui sera demandé à chacun dans ce jugement. Véritablement, dit Job, je sais que l'homme, mis en regard de Dieu, ne peut être justifié, et que s'il veut disputer avec lui, sur mille accusations, à peine pourra-t-il se justifier sur une (5). Que se passera-t-il donc alors dans l'âme de chacun des méchants, quand Dieu entrera avec lui dans cet examen, et que, dans le fond de sa conscience, il lui dira : Viens ici, homme mauvais ; qu'as-tu vu en moi pour me mépriser de la sorte et pour passer dans le camp de mon ennemi ? Je te créai à mon image et à ma ressemblance, je te donnai la lumière de la foi, je te fis chrétien, je te rachetai de mon propre sang ; pour toi je jeûnai, je me fatiguai dans les voyages, je veillai, je vécus dans les travaux et les douleurs, je suai des gouttes de sang ; pour toi j'endurai persécutions, coups de fouet, blasphèmes, moqueries, soufflets, affronts, tourments, enfin la croix. Témoin cette croix et ces clous qui paraissent à tes yeux ; témoin ces plaies des pieds et des mains qui sont restées dans mon corps ; témoin le ciel et la terre devant lesquels j'endurai ces tourments. Eh bien ! Qu’as-tu fait de cette âme que j'achetai au prix de mon sang ? Au service de qui as-tu employé ce qui me coûta si cher ? ô génération insensée et adultère ! Pourquoi as-tu mieux aimé servir ton ennemi avec angoisse, que moi, ton Créateur et ton Rédempteur, avec joie ? Je vous ai appelés tant de fois, et vous ne m'avez pas répondu ; j'ai frappé à vos portes, et vous ne vous êtes point éveillés ; j'ai étendu mes mains sur la croix, et vous ne les avez point regardées ; vous avez méprisé tous mes conseils, toutes mes promesses et toutes mes menaces. Parlez donc maintenant, anges bienheureux, soyez juges entre moi et ma vigne. Qu'ai-je dû faire pour elle que je n'aie fait ?

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