Calligrammes (page 6)

Guillaume Apollinaire · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Calligrammes · 6 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Tandis que moi je vous entends je vous vois encore

Destinées

Ombre multiple que le soleil vous garde

Vous qui m’aimez assez pour ne jamais me quitter

Et qui dansez au soleil sans faire de poussière

Ombre encre du soleil

Écriture de ma lumière

Caisson de regrets

Un dieu qui s’humilie

ONDES

Liens

15

Les Fenêtres

17

Paysage

19

Les Collines

20

Arbre

32

Lundi rue Christine

35

Lettre-Océan

38

Sur les prophéties

42

Le Musicien de Saint-Merry

44

La Cravate et la montre

50

Un fantôme de nuées

51

Cœur, couronne et miroir

56

Tour

57

Voyage

58

À travers l’Europe

60

Il pleut

62

ORACLES

Je porte votre bague

Elle est très finement ciselée

Le sifflet me fait plus plaisir

Qu’un palais égyptien

Le sifflet des tranchées

Tu sais

Tout au plus si je n’arrête pas

Les métros et les taxis avec

Ô Guerre

Multiplication de l’amour

Petit

Sifflet

Peà 2 trous

Avec un fil

on prend

la mesure

du doigt

PAYSAGE

V

OI

LA?

CIMAISON

Où NAISSENT

LESÉ

TOILES

ET LES DIVINITÉS

CET ARBRISSEAU QUI SE PRÉPARE À FRUCTIFIER TE RES SEM BLE

e

m

u

f

i

u

q

é

m

u

l

l

un CIGare a

COUCHÉSENSEMBLE

a

MANTS

VOUS

VOUS

SÉ

PAMES

REMEM

RBRES

E

Z

PHOTOGRAPHIE

Ton sourire m’attire comme

Pourrait m’attirer une fleur

Photographie tu es le champignon brun

De la forêt

Qu’est sa beauté

Les blancs y sont

Un clair de lune

Dans un jardin pacifique

Plein d’eaux vives et de jardiniers endiablés

Photographie tu es la fumée de l’ardeur

Qu’est sa beauté

Et il y a en toi

Photographie

Des tons alanguis

On y entend

Une mélopée

Photographie tu es l’ombre

Du Soleil

Qu’est sa beauté

RECONNAISSANCE

À Mademoiselle P...

Un seul bouleau crépusculaire

Pâlit au seuil de l’horizon

Où fuit la mesure angulaire

Du cœur à l’âme et la raison

Le galop bleu des souvenances

Traverse les lilas des yeux

Et les canons des indolences

Tirent mes songes vers

les

cieux

REFUS DE LA COLOMBE

Mensonge de l’Annonciade

La Noël fut la Passion

Et qu’elle était charmante et sade

Cette renonciation

Si la colombe poignardée

Saigne encore de ses refus

J’en plume les ailes l’idée

Et le poème que tu fus

S P

Au maréchal des logis

René Berthier

Qu’est-ce qu’on y met

Dans la case d’armons

Espèce de poilu de mon cœur

Pan pan pan

Perruque perruque

Pan pan pan

Perruque à canon

Pour lutter contre les vapeurs

les lunettes pour protéger les yeux

au moyen d’un masque nocivité gaz

un tissu trempé mouchoir des nez

dans

la so

lution

de bi

carbo

nate de

sodium

Les masques seront sim

plement mouillés des lar

mes de rire de rire

SAILLANT

À André Level

Salut

Le Rapace

S

A

L

U

T

torpille aérienne

Le balai de verdure

T’en souviens-tu

Il est ici dans les pierres

Du beau royaume dévasté

Grain

de

blé

Mais la couleuvre me regarde dressée comme une épée

Vive comme un cheval pif

Un trou d’obus propre comme une salle de bain

Berger suivi de son troupeau mordoré

Mais où est un cœur et le svastica

Aÿ Ancien nom du renom

Le crapaud chantait les saphirs nocturnes

Lou

Lou Verzy

VIVE

LE

CAPISTON

Et le long du canal des filles s’en allaient

SIMULTANÉITÉS

Les canons tonnent dans la nuit

On dirait des vagues tempête

Des cœurs où pointe un grand ennui

Ennui qui toujours se répète

Il regarde venir là-bas

Les prisonniers L’heure est si douce

Dans ce grand bruit ouaté très bas

Très bas qui grandit sans secousse

Il tient son casque dans ses mains

Pour saluer la souvenance

Des lys des roses des jasmins

Éclos dans les jardins de France

Et sous la cagoule masqué

Il pense à des cheveux si sombres

Mais qui donc l’attend sur le quai

Ô vaste mer aux mauves ombres

Belles noix du vivant noyer

La grand folie en vain vous gaule

Brunette écoute gazouiller

La mésange sur ton épaule

Notre amour est une lueur

Qu’un projecteur du cœur dirige

Vers l’ardeur égale du cœur

Qui sur le haut Phare s’érige

Ô phare-fleur mes souvenirs

Les cheveux noirs de Madeleine

Les atroces lueurs des tirs

Ajoutent leur clarté soudaine

À tes beaux yeux ô Madeleine

SOUVENIRS

Deux lacs nègres

Entre une forêt

Et une chemise qui sèche

Bouche ouverte sur un harmonium

C’était une voix faite d’yeux

Tandis qu’il traîne de petites gens

Une toute petite vieille au nez pointu

J’admire la bouillotte d’émail bleu

Mais le rat pénètre dans le cadavre et y demeure

Un monsieur en bras de chemise

Se rase près de la fenêtre

En chantant un petit air qu’il ne sait pas très bien

Ça fait tout un opéra

Toi qui te tournes vers le roi

Est-ce que Dieu voudrait mourir encore

SUR LES PROPHÉTIES

J’ai connu quelques prophétesses

Madame Salmajour avait appris en Océanie à tirer les cartes

C’est là-bas qu’elle avait eu encore l’occasion de participer

À une scène savoureuse d’anthropophagie

Elle n’en parlait pas à tout le monde

En ce qui concerne l’avenir elle ne se trompait jamais

Une cartomancienne céretane Marguerite je ne sais plus quoi

Est également habile

Mais Madame Deroy est la mieux inspirée

La plus précise

Tout ce qu’elle m’a dit du passé était vrai et tout ce qu’elle

M’a annoncé s’est vérifié dans le temps qu’elle indiquait

J’ai connu un sciomancien mais je n’ai pas voulu qu’il interrogeât mon ombre

Je connais un sourcier c’est le peintre norvégien Diriks

Miroir brisé sel renversé ou pain qui tombe

Puissent ces dieux sans figure m’épargner toujours

Au demeurant je ne crois pas mais je regarde et j’écoute et notez

Que je lis assez bien dans la main

Car je ne crois pas mais je regarde et quand c’est possible j’écoute

Tout le monde est prophète mon cher André Billy

Mais il y a si longtemps qu’on fait croire aux gens

Qu’ils n’ont aucun avenir qu’ils sont ignorants à jamais

Et idiots de naissance

Qu’on en a pris son parti et que nul n’a même l’idée

De se demander s’il connaît l’avenir ou non

Il n’y a pas d’esprit religieux dans tout cela

Ni dans les superstitions ni dans les prophéties

Ni dans tout ce que l’on nomme occultisme

Il y a avant tout une façon d’observer la nature

Et d’interpréter la nature

Qui est très légitime

TOUJOURS

À Madame Faure-Favier

Toujours

Nous irons plus loin sans avancer jamais

Et de planète en planète

De nébuleuse en nébuleuse

Le don Juan des mille et trois comètes

Même sans bouger de la terre

Cherche les forces neuves

Et prend au sérieux les fantômes

Et tant d’univers s’oublient

Quels sont les grands oublieurs

Qui donc saura nous faire oublier telle ou telle partie du monde

Où est le Christophe Colomb à qui l’on devra l’oubli d’un continent

Perdre

Mais perdre vraiment

Pour laisser place à la trouvaille

Perdre

La vie pour trouver la Victoire

TOUR

À R. D.

Au Nord au Sud

Zénith Nadir

Et les grands cris de l’Est

L’Océan se gonfle à l’Ouest

La Tour à la Roue

S’adresse

TOURBILLON DE MOUCHES

Un cavalier va dans la plaine

La jeune fille pense à lui

Et cette flotte à Mitylène

Le fil de fer est là qui luit

Comme ils cueillaient la rose ardente

Leurs yeux tout à coup ont fleuri

Mais quel soleil la bouche errante

À qui la bouche avait souri

TRISTESSE D’UNE ÉTOILE

Une belle Minerve est l’enfant de ma tête

Une étoile de sang me couronne à jamais

La raison est au fond et le ciel est au faîte

Du chef où dès longtemps Déesse tu t’armais

C’est pourquoi de mes maux ce n’était pas le pire

Ce trou presque mortel et qui s’est étoilé

Mais le secret malheur qui nourrit mon délire

Est bien plus grand qu’aucun âme ait jamais celé

Et je porte avec moi cette ardente souffrance

Comme le ver luisant tient son corps enflammé

Comme au cœur du soldat il palpite la France

Et comme au cœur du lys le pollen parfumé

UN FANTÔME DE NUÉES

Comme c’était la veille du quatorze juillet

Vers les quatre heures de l’après-midi

Je descendis dans la rue pour aller voir les saltimbanques

Ces gens qui font des tours en plein air

Commencent à être rares à Paris

Dans ma jeunesse on en voyait beaucoup plus qu’aujourd’hui

Ils s’en sont allés presque tous en province

Je pris le boulevard Saint-Germain

Et sur une petite place située entre Saint-Germain-des-Prés et la statue de Danton

Je rencontrai les saltimbanques

La foule les entourait muette et résignée à attendre

Je me fis une place dans ce cercle afin de tout voir

Poids formidables,

Villes de Belgique soulevées à bras tendu par un ouvrier russe de Longwy

Haltères noirs et creux qui ont pour tige un fleuve figé

Doigts roulant une cigarette amère et délicieuse comme la vie

De nombreux tapis sales couvraient le sol

Tapis qui ont des plis qu’on ne défera pas

Tapis qui sont presque entièrement couleur de la poussière

Et où quelques taches jaunes ou vertes ont persisté

Comme un air de musique qui vous poursuit

Vois-tu le personnage maigre et sauvage

La cendre de ses pères lui sortait en barbe grisonnante

Il portait ainsi toute son hérédité au visage

Il semblait rêver à l’avenir

En tournant machinalement un orgue de Barbarie

Dont la lente voix se lamentait merveilleusement

Les glouglous les couacs et les sourds gémissements

Les saltimbanques ne bougeaient pas

Le plus vieux avait un maillot couleur de ce rose violâtre qu’ont aux joues certaines jeunes filles fraîches mais près de la mort

Ce rose-là se niche surtout dans les plis qui entourent souvent leur bouche

Ou près des narines

C’est un rose plein de traîtrise

Cet homme portait-il ainsi sur le dos

La teinte ignoble de ses poumons

Les bras les bras partout montaient la garde

Le second saltimbanque

N’était vêtu que de son ombre

Je le regardai longtemps

Son visage m’échappe entièrement

C’est un homme sans tête

Un autre enfin avait l’air d’un voyou

D’un apache bon et crapule à la fois

Avec son pantalon bouffant et les accroche-chausettes

N’aurait-il pas eu l’apparence d’un maquereau à sa toilette

La musique se tut et ce furent des pourparlers avec le public

Qui sou à sou jeta sur le tapis la somme de deux francs cinquante

Au lieu des trois francs que le vieux avait fixés comme prix des tours

Mais quand il fut clair que personne ne donnerait plus rien

On se décida à commencer la séance

De dessous l’orgue sortit un tout petit saltimbanque habillé de rose pulmonaire

Avec de la fourrure aux poignets et aux chevilles

Il poussait des cris brefs

Et saluait en écartant gentiment les avant-bras

Mains ouvertes

Une jambe en arrière prête à la génuflexion

Il salua ainsi aux quatre points cardinaux

Et quand il marcha sur une boule

Son corps mince devint une musique si délicate que nul parmi les spectateurs n’y fut insensible

Un petit esprit sans aucune humanité

Pensa chacun

Et cette musique des formes

Détruisit celle de l’orgue mécanique

Que moulait l’homme au visage couvert d’ancêtres

Le petit saltimbanque fit la roue

Avec tant d’harmonie

Que l’orgue cessa de jouer

Et que l’organiste se cacha le visage dans les mains

Aux doigts semblables aux descendants de son destin

Fœtus minuscules qui lui sortaient de la barbe

Nouveaux cris de Peau-Rouge

Musique angélique des arbres

Disparition de l’enfant

Les saltimbanques soulevèrent les gros haltères à bout de bras

Ils jonglèrent avec les poids

Mais chaque spectateur cherchait en soi l’enfant miraculeux

Siècle ô siècle des nuages

UN OISEAU CHANTE

Un oiseau chante ne sais où

C’est je crois ton âme qui veille

Parmi tous les soldats d’un sou

Et l’oiseau charme mon oreille

Écoute il chante tendrement

Je ne sais pas sur quelle branche

Et partout il va me charmant

Nuit et jour semaine et dimanche

Mais que dire de cet oiseau

Que dire des métamorphoses

De l’âme en chant dans l’arbrisseau

Du cœur en ciel du ciel en roses

L’oiseau des soldats c’est l’amour

Et mon amour c’est une fille

La rose est moins parfaite et pour

Moi seul l’oiseau bleu s’égosille

Oiseau bleu comme le cœur bleu

De mon amour au cœur céleste

Ton chant si doux répète-le

À la mitrailleuse funeste

Qui claque à l’horizon et puis

Sont-ce les astres que l’on sème

Ainsi vont les jours et les nuits

Amour bleu comme est le cœur même

VERS LE SUD

Zénith

ZénithTous ces regrets

Zénith Tous ces regretsCes jardins sans limite

Où le crapaud module un tendre cri d’azur

La biche du silence éperdu passe vite

Un rossignol meurtri par l’amour chante sur

Le rosier de ton corps dont j’ai cueilli les roses

Nos cœurs pendent ensemble au même grenadier

Et les fleurs de grenade en nos regards écloses

En tombant tour à tour ont jonché le sentier

VEILLE

Mon cher André Rouveyre

Troudla la Champignon Tabatière

On ne sait quand on partira

Ni quand on reviendra

Au Mercure de France

Mars revient tout couleur d’espérance

J’ai envoyé mon papier

Sur papier quadrillé

J’entends les pas des grands chevaux d’artillerie allant au trot sur la grand-route où moi je veille

Un grand manteau gris de crayon comme le ciel m’enveloppe jusqu’à l’oreille

Quel

Ciel

Triste

Piste

Où

Va le

Pâle

Sou-

rire

De la lune qui me regarde écrire

VOYAGE

illustration sur la page 58 de Calligrammes

ADIEU AMOUR NUAGE QUI

FUIS REFAIS LE VOYAGE DE DANTE

ET N’A PAS CHU PLUIE FÉCON

OU DANS VA LES DONC VALS CE ET TRAIN LES QUI BEAUX MEURT BOIS

OT

DUI

CEU

LN

A

É

T

DO

I

L

E

LS

PE

INE

N

E

E

J

télégraphe

o i s e a u

qui TOMBER

l a i s s e

des ailes partout

? ELAP

AU LOIN

FRAIS DU

TENDRE ÉTÉ SI

l u

n a e t

i

r

e

ton

C’ est sa

vi ge

que

v o i s

p l u

S

Tous les livres