Enchiridion de fide, spe et caritate (page 2)
13. Jésus-Christ ayant été conçu et formé en dehors des voluptés toutes sensuelles de la concupiscence, n'avait pu contracter la tache du péché originel; intimement lié par un mystère ineffable de la grâce, au Verbe, Fils unique du Père par essence, et non par grâce, et ne faisant avec lui qu'une personne indivisible, il ne pouvait contracter de péché : cependant sa ressemblance avec la chair de péché dont il était enveloppé, lui a fait donner le nom du péché qu'il devait expier par son sacrifice (2). En effet, dans l'ancienne loi les sacrifices offerts pour les péchés s'appelaient eux-mêmes « péchés » (3), et Jésus-Christ est réellement ce sacrifice dont les anciens n'étaient que le symbole. Voilà pourquoi l'Apôtre après avoir dit : «Nous vous supplions au nom de Jésus-Christ de vous réconcilier avec Dieu », ajoute aussitôt : « Car Dieu a rendu péché pour nous Celui qui n'en avait commis aucun, afin que nous devinssions en lui justice de Dieu (4) ». Suivant une variante de certains exemplaires incorrects, l'Apôtre aurait dit: « Celui qui n'avait commis aucun péché a fait le péché pour nous », comme si Jésus-Christ fût devenu pécheur pour nous sauver ! Non, l'Apôtre dit que Dieu avec qui nous devons nous réconcilier « a rendu péché pour nous Celui qui n'avait pas commis le péché», en d'autres termes, a fait de Jésus-Christ la victime de nos péchés- pour, nous réconcilier avec lui par les mérites de ce sacrifice. Jésus-Christ est donc devenu péché, afin que nous devenions justice, non la nôtre, mais celle de Dieu, non en nous-mêmes, mais en lui; le péché est notre ouvrage et non le sien; ce n'est pas en lui, mais en nous qu'il résidait, il n'en avait que les dehors sous cette chair de péché dans laquelle il a été crucifié. Ainsi, innocent de tout péché, il mourait pour ainsi dire au péché en mourant dans la chair qui en offrait toutes les apparences; pur dans sa
1. Act. VIII, 20. — 2. Rom. VIII, 3. — 3. Osée, IV, 8. — 4. Cor. II, V, 20,21.
vie de la tache primitive du péché, il nous a arrachés à la mort où le péché nous avait plongés, et rendus à la vie nouvelle qu'il a marquée du sceau de sa résurrection.
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CHAPITRE XLII LE BAPTêME.
Le sacrement du baptême opère en nous les effets puissants de ce mystère : tous ceux qui reçoivent cette grâce meurent au péché, comme on dit de Jésus-Christ qu'il est mort à la forme du péché en mourant à la chair; et ils sortent du bain sacré avec une vie nouvelle, comme il sortit lui-même du tombeau par sa résurrection, et cela, quel que soit l'âge qu'ils aient déjà atteint.
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CHAPITRE XLIII. PéCHéS EFFACéS DANS LE BAPTêME.
Depuis l'enfant nouveau-né jusqu'à l'homme cassé de vieillesse, tous doivent être admis au baptême, parce que tous y meurent au péché; l'enfant meurt au péché originel, et les personnes plus âgées meurent de plus à tous les péchés qu'elles ont ajoutés à celui de leur naissance par les fautes de leur vie.
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CHAPITRE XLIV. LE SINGULIER POUR LE PLURIEL ET RéCIPROQUEMENT.
En disant ici que ces personnes elles-mêmes meurent au péché dans le baptême, on ne parle pas d'un. seul péché : car il est hors de doute que le baptême efface tous ceux qu'elles ont commis par pensées, paroles ou actions ; on prend le singulier pour le pluriel par une figure de mots bien connue. « Ils remplissent les flancs du monstre d'un soldat armé », dit Virgile (1), ce qui ne peut s'entendre ici que d'une troupe de soldats. On lit également dans les saintes Lettres : « Prie donc le Seigneur d'éloigner de nous le serpent (2)», expression qui désigne la multitude des serpents dont le peuple était tourmenté. Les exemples analogues sont innombrables. Réciproquement, on désigne le péché originel par un nombre pluriel, en disant qu'on baptise les nouveau-nés pour la rémission de leurs péchés : ici on emploie le pluriel pour le singulier. C'est ainsi
1. En. II, 20. — 2. Nom. XXI, 7.
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que l'Evangile dit, en faisant allusion à la mort d'Hérode : « Ceux qui cherchaient la vie de l'enfant sont morts (1) ». On trouve également dans l'Exode : «Ils se sont fait des dieux d'or (2) », quoiqu'ils n'eussent élevé qu'un seul veau d'or. Les Israélites eux-mêmes en s'écriant «Voilà tes dieux, Israël, ce sont eux qui t'ont tiré de l'Egypte (3) », prenaient le pluriel pour le singulier.
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CHAPITRE XLV. LE PéCHé ORIGINEL EST COMPLEXE.
Toutefois ce péché « qu'un seul homme a introduit dans le. monde et qui a ensuite passé dans tous les hommes (4)», et qui rend le baptême nécessaire, même aux nouveau-nés, ce péché, dis-je, est très complexe; on y découvre, en l'analysant, une foule de péchés : l'orgueil, parce que l'homme a préféré l'indépendance à la soumission aux lois divines; le sacrilège, parce qu'il n'a pas cru à la parole de Dieu; l'homicide, parce qu'il s'est précipité lui-même dans la mort; l'adultère spirituel, parce que .la pureté de l'esprit humain a été corrompue par l'éloquence insidieuse du serpent; le larcin, parce qu'il a mis la main sur un aliment qui lui avait été interdit; la cupidité, parce que ses désirs ont été au-delà de ses besoins; bref, ce péché en renferme peut-être une foule d'autres encore que ferait aisément ressortir une analyse Plus approfondie.
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CHAPITRE XLVI.. LE PéCHé ORIGINEL N'EST PAS LE SEUL QUI SE TRANSMETTE AVEC LE AVEC LE SANG.
C'est une opinion assez plausible que les enfants sont impliqués par leur naissance dans la faute de nos premiers parents et tout ensemble dans les iniquités de la famille dont ils sortent, car ils sont soumis à cet arrêt divin : « Je poursuivrai sur les fils l'impiété des pères (5) », aussi longtemps qu'ils n'ont pas été admis à la régénération du Nouveau Testament. C'est ce bienfait que révélait le prophète Ezéchiel, lorsqu'il annonçait que les fils n'hériteraient plus des crimes de leurs pères, et qu'Israël verrait un jour se démentir le proverbe. « Les pères ont mangé du raisin vert et les dents de leurs fils en ont été
1. Matt. II, 20. — 2. Exod. XXXII, 31. — 3. Ib. — 4. Rom. V, 12. — 5. Deut. V, 9.
agacées (1) ». Ainsi on renaît pour être purifié de toutes les fautes qu'on apporte en naissant; car les péchés que l'on commet après le baptême ont la pénitence pour remède. La régénération n'a donc été établie que pour réparer les défauts de la naissance ; et cela est si vrai que le prophète, quoique issu d'un mariage légitime, a pu dire : « J'ai été conçu dans les iniquités et c'est au milieu des « péchés que ma mère m'a nourri dans ses entrailles (2) ». Il ne dit :pas dans l'iniquité ou le péché, si justes que soient ces expressions : le pluriel lui semble préférable: Pourquoi ? C'est que le péché qui s'est communiqué à tous les hommes, et qui, par son énormité, a si complètement altéré la nature humaine qu'elle a été condamnée à mourir, renferme en lui-même, comme je viens de te dire, une multitude de péchés; c'est que les fautes personnelles des pères, sans vicier la nature aussi profondément, ne laissent pas de peser sur leur race, à moins que la miséricorde de Dieu ne l'affranchisse par une faveur toute gratuite.
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CHAPITRE XLVII. A QUELLE GéNéRATION S'ARRêTE LA TRANSMISSION DES FAUTES.
Les fautes des ancêtres, dont la suite remonte jusqu'à Adam, soulèvent une question qu'il n'est pas inutile d'examiner; la voici . l'enfant à sa naissance est-il enveloppé dans le réseau des fautes et dés crimes de ceux qui l'ont précédé, de telle sorte que son origine sait d'autant plus corrompue qu'il compte une plus longue suite d'aïeux; ou bien la vengeance que Dieu menace d'exercer sur la postérité d'un père coupable s'arrête-t-elle à la troisième ou à la quatrième génération? Dans ce cas, Dieu ne voudrait pas étendre plus loin les effets de sa justice et la tempérerait par sa miséricorde, pour ne pas aggraver le châtiment éternel que subirait cette race infortunée si elle ne recevait pas le bienfait de la régénération : la responsabilité serait trop lourde, si les enfants contractaient dans leur naissance les fautes de tous leurs aïeux depuis l'origine du monde, et étaient condamnés à en porter la peine. Sur une question si grave, l’Ecriture interrogée avec attention donnerait peut-être une autre réponse; mais je ne pourrais ni l'affirmer
1. Ezech. XVIII, 1-20. — 2. Psa. L, 7.
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ni le nier. Ce serait de ma part une témérité.
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CHAPITRE XLVIII. LE PéCHé ORIGINEL NE PEUT êTRE EFFACé QUE PAR JéSUS-CHRIST.
14. Quant au péché qui fut commis dans le séjour et au sein de la plus haute félicité, et qui, par son excès même, entraîna la condamnation du genre humain dans son auteur et pour ainsi dire dans sa racine, il ne peut être expié et effacé que par Jésus-Christ, médiateur entre Dieu et l'homme (1) : car Jésus-Christ seul a pu naître sans avoir besoin d'être régénéré.
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CHAPITRE XLIX. LE BAPTêME DE JEAN N'AVAIT PAS LA VERTU DE RéGéNéRER.
En effet, le baptême de Jean, que reçut Jésus lui-même, n'avait pas la vertu de régénérer; seulement le ministère du précurseur qui avait dit : « Préparez la voie du Seigneur (2) avait pour but de préparer la venue de Celui qui seul pouvait donner aux hommes une vie -nouvelle. Car Jésus-Christ ne baptise pas seulement dans l'eau, comme Jean, mais encore dans le Saint-Esprit (3) ; afin que tous ceux qui croient en lui soient régénérés par le Saint-Esprit qui, ayant engendré Jésus-Christ, l'a soustrait à la nécessité de renaître. Aussi le Père fit-il entendre cette parole : « Voilà celui que j'ai engendré aujourd'hui (4) », et par là il ne faut pas entendre le jour où Jésus-Christ lut baptisé, mais le jour sans fin de l'immobile -éternité; Dieu révélait ainsi que l'humanité dont il parlait était unie à la personne de son Fils unique; car le jour qui n'a ni veille ni lendemain ne peut s'exprimer que par aujourd'hui. En recevant le baptême des mains de Jean, Jésus ne se purifiait dans l'eau d'aucune iniquité : il voulait donner un grand exemple d'humilité. Le baptême ne trouvait aucune tache à effacer en lui, de même que la mort ne trouvait en lui aucun crime à punir : de la sorte, le démon vaincu et accablé par l'innocence éclatante plutôt que par le pouvoir de Jésus-Christ, fut légitimement condamné à perdre, par l'injuste mort qu'il fit souffrir à la victime sans péché et sans tache; les âmes que le péché soumettait à son empire. Si donc
1. I Tim. II, 5. — 2. Luc, III, 4. — 3. Marc, I, 8. — 4. Psalm. II,
7 ; Heb. V, 5.
Jésus-Christ s'est soumis au baptême comme à la mort, c'est pour remplir le ministère que lui traçait sa compassion pour les hommes, sans qu'il y fût contraint par une nécessité qui le rendait lui-même digne de pitié : un seul homme avait introduit le péché dans le monde, c'est-à-dire dans la nature humaine, un seul homme devait l'effacer.
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CHAPITRE L. JéSUS-CHRIST EFFACE TOUS LES PéCHéS.
Toutefois il y a une différence : l'un n'avait introduit qu'un péché dans le monde, l’autre détruit avec ce péché tous ceux qui s'y ajoutent. C'est ce qui fait dire à l'Apôtre : « Il n'en est pas du don comme du péché venu par un seul; car le jugement de condamnation vient d'un seul, tandis que la grâce de la justification délivre d'un grand nombre de péchés ». En effet, le péché originel suffit pour faire encourir la damnation : la grâce au contraire justifie non seulement du péché commun à tout le genre humain; mais encore des péchés particuliers à chaque homme.
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CHAPITRE LI. NéCéSSITé D'êTRE RéGéNéRé EN JéSUS-CHRIST.
L'Apôtre ajoute : « De même que par le péché d'un seul tous les hommes ont été condamnés à mort, ainsi, par la justice d'un seul tous ont été justifiés pour mener une vie immortelle (1)». Et par là il révèle clairement que tous les fils d'Adam sont soumis a sa condamnation et qu'ils n'y échappent que par leur régénération en Jésus-Christ.
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CHAPITRE LII. LE BAPTêME EST LA FIGURE DE LA MORT ET DE LA RéSURRECTION DE JéSUS-CHRIST.
Après avoir exposé, dans les limites et selon le plan de son épître, comment la grâce d'un seul a justifié ceux que le péché d'un seul avait fait condamner, l'apôtre célèbre dans la croix de Jésus-Christ le mystère auguste du saint baptême en nous faisant comprendre que le baptême en Jésus-Christ n'est que la figure de sa mort, et que sa mort sur la croix n'est que l'image de la rémission du péché ; à sa mort
1. Rom. V, 16,18.
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réelle correspond aussi la rémission effective de nos péchés, et à sa résurrection véritable, la vraie justification de nos âmes. Ecoutons ses paroles : « Que dirons-nous donc ? Devons-nous demeurer dans le péché pour faire abonder la grâce? » Il avait dit en effet plus haut: « Où le péché a abondé, a surabondé la grâce (1) ». On voit bien qu'il se demande, s'il faut persévérer dans le péché, parce que la grâce s'est multipliée avec les fautes. Il répond : « A Dieu ne plaise », et continue ainsi: «Puisque nous sommes morts au péché, comment pourrions nous encore y vivre?» Puis, pour montrer que nous sommes morts au péché: « Ignorez-vous donc, s'écrie-t-il, que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés dans sa mort ? » Si donc le baptême en Jésus-Christ n'est que la figure de la mort au péché, les enfants que l'on baptise en Jésus-Christ meurent au péché: car ils sont baptisés dans l'image de sa mort. C'est à tous sans exception que s'applique ce passage: « Nous tous qui avons été baptisés, nous avons été baptisés dans sa mort ». Nous mourons donc au péché dans le baptême ; c'est tout ce que l'apôtre veut prouver. Or, à quel péché l'enfant peut-il mourir en se régénérant, sinon au péché qu'il tient de sa naissance ? Il faut donc aussi appliquer aux nouveau-nés les paroles suivantes: « Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir avec lui, afin que, de même que Jésus-Christ est ressuscité par la puissance de son Père, nous marchions aussi après notre résurrection dans les voies d'une vie toute-nouvelle. Car, si nous avons été entés en lui par la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi par la ressemblance de sa résurrection. Ainsi mettons-nous bien dans l'esprit que notre vieil homme a été crucifié avec Jésus-Christ, afin que le corps du péché soit détruit, et que nous ne soyons plus les esclaves du péché. En effet, celui qui est mort est délivré du péché. Si donc nous sommes morts avec Jésus-Christ, nous devons croire que nous vivrons toujours avec lui, puisque nous a savons que Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus et que la mort n'aura plus sur lui aucun empire. Car, pour ce qui concerne la mort, il n'est mort qu'une fois, afin d'expier nos péchés ; maintenant qu'il vit, il vit pour Dieu. Aussi vous devez vous considérer comme morts au péché et ne vivant plus que pour
1. Rom. VI, 1, V, 20.
Dieu en notre Seigneur Jésus-Christ (1) » . L'apôtre avait entrepris de prouver que nous ne devons pas persévérer dans le péché, afin de voir la grâce se multiplier avec nos fautes « Puisque nous sommes morts au péché, avait-il dit , comment pourrons-nous encore y vivre?» Puis, pour montrer que nous étions morts au péché, il avait ajouté: « Ignorez-vous donc que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ , nous avons été baptisés en sa mort ? » Ainsi la fin de son discours répond au commencement: il nous a présenté en effet le trépas de Jésus-Christ comme n'étant qu'une mort au péché et par conséquent à la chair dont il avait pris l'enveloppe et qui avait été appelée péché parce qu'elle en offrait tous les dehors. C'est donc à tous ceux qui sont baptisés en Jésus-Christ-, quel que soit leur âge, que s'adressent ces paroles : « Considérez-vous comme morts au péché », à l'exemple de Jésus-Christ, « et ne vivant plus que pour Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur ».
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CHAPITRE LIII. LA CROIX, LA SéPULTURE, LA RéSURRECTION, L'ASCENSION DE JéSUS-CHRIST, SYMBOLES DE LA VIE CHRéTIENNE.
A ce titre, le crucifiement de Jésus-Christ, sa sépulture,sa résurrection le troisième jour, son ascension au ciel, où il est assis à la droite du Père, tous ces événements réels, et qu'on ne doit pas regarder comme de simples allégories , sont des symboles mystiques de la vie chrétienne ici-bas. Qu'est-il dit de son crucifiement? « Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses convoitises (2) » ; de sa sépulture? « Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir avec lui » ; de sa résurrection ? » De même « que Jésus-Christ est ressuscité par la puissance de son Père, de même nous devons marcher après notre résurrection dans les voies d'une vie toute nouvelle » ; de son ascension au ciel où il est assis à la droite du Père ? « Si donc vous êtes ressuscités avec Jésus-Christ, recherchez les choses du ciel, où Jésus-Christ est assis à la droite du Père: n'ayez de goût que pour les choses du ciel, et non pour celles de la terre : car vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ (3) ».
1. Rom. VI, 1-11. — 2. Gal. V, 24. — 3. Coloss. III, 1-3.
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CHAPITRE LIV. LE JUGEMENT DERNIER.
Quant à l'article du Symbole qui nous oblige à croire que Jésus-Christ descendra du ciel pour juger les vivants et les morts, il n'offre plus la même analogie avec les actes de notre vie : il a pour objet non le passé, mais l'avenir tel qu'il doit se réaliser à la consommation des siècles. C'est dans ce sens que parle l'Apôtre quand il ajoute: « Lorsque Jésus-Christ paraîtra, lui qui est votre vie, vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire (1) ».
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CHAPITRE LV. DOUBLE SENS DE L'EXPRESSION : LES VIVANTS ET LES MORTS.
On peut entendre de deux manières l'expression de vivants et de morts. Les vivants peuvent en effet désigner ceux qui, à l'instant du jugement, seront encore dans les liens de la chair; et les morts, ceux qui se sont déjà séparés du corps ou doivent s'en séparer, avant l'arrivée du souverain Juge : ou bien les vivants représentent les justes ; et les morts, les méchants, puisque les justes seront également jugés. Tantôt ce mot jugement a un sens terrible, comme dans ce passage : « Ceux qui auront fait le mal, ressusciteront pour être jugés (2)». Tantôt il se prend en bonne part, comme en cet autre endroit : « O Dieu, sauvez-moi en votre nom et jugez-moi dans votre puissance (3) ». Le jugement de Dieu en effet aura pour but de séparer les bons d'avec les méchants, afin que, délivrés du mal et arrachés à la peine qui attend les coupables, les justes soient rassemblés à la droite (4). Aussi le prophète David s'écriait-il : « Jugez-moi, ô mon Dieu », ajoutant, comme pour expliquer sa pensée : et «séparez ma cause de celle d'un peuple impie (5) ».
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CHAPITRE LVI. DE L'ESPRIT-SAINT ET DE L'éGLISE. — RAPPORTS DE L'éGLISE TRIOMPHANTE ET DE L'éGLISE MILITANTE.
45. Après avoir formulé en peu de mots, comme l'exige un symbole, notre foi en Jésus-Christ Notre-Seigneur, Fils unique de Dieu,
1. Coloss III, 4. — 2. Joan. V, 29. — 3. Psal. LIII, 1. — 4. Matt. XXV, 32, 33. — 5. Ps. XLII, 1.
nous ajoutons que nous croyons au Saint-Esprit, afin de réunir les trois personnes de la Trinité, qui est Dieu même : ensuite nous nommons la sainte Eglise. Rien de plus logique: la créature raisonnable et faisant partie de la Jérusalem libre (1), devait être nommée après le Créateur, je veux dire la Trinité souveraine; car tout ce qui vient d'être rapporté sur l'humanité de Jésus-Christ devait l'être ici, puisqu'il n'y a qu'une personne dans le Fils unique de Dieu. L'ordre naturel exigeait donc qu'on associât dans le Symbole l'Eglise à la Trinité ; c'était unir la maison à celui qui l'occupe, le temple à la divinité, la ville au fondateur. Or, il est ici question, non-seulement de l'Eglise qui voyage sur cette terre, qui loue le nom du Seigneur du couchant à l'aurore (2), et chante un cantique nouveau après sa délivrance de la captivité d'autrefois, mais encore de l'Eglise céleste, qui est restée fidèle au Dieu son créateur et qui n'a jamais éprouvé les suites funestes de la déchéance. Cette Eglise bienheureuse se compose des saints anges et assiste, comme elle le doit, sa soeur en voyage : elles doivent se réunir un jour dans l'éternité, et déjà elles ne font qu'un, grâce à la charité qui les unit; c'est une seule Eglise établie pour adorer un seul Dieu. Aussi ne veut-elle ni dans son universalité ni dans l'une de ses parties, recevoir les honneurs divins . elle refuse de voir un Dieu dans tout ce qui fait partie du temple que le Dieu incréé a formé des êtres divins créés par lui.
Si donc le Saint-Esprit était créature au lieu d'être créateur, il serait sans contredit une créature raisonnable, car celle-ci est la première des créatures; dès lors, il ne viendrait pas avant l'Eglise, dans le Symbole de la foi, puisqu'il ferait lui-même partie de l'Eglise qui est dans les cieux; et, loin d'avoir un temple, il concourrait lui-même à former le temple divin. Or, il a son temple que désigne l'Apôtre quand il dit : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple de l'Esprit-Saint, qui réside en vous, que vous avez reçu de Dieu? » Il avait dit plus haut : « Ignorez-vous que nos corps sont les membres de Jésus-Christ (3) ? » Puisque le Saint-Esprit a un temple, comment ne serait-il pas Dieu ? Peut-il être inférieur à Jésus-Christ, dont il a les membres pour temples? D'ailleurs entre le temple de Dieu et celui du Saint-Esprit il n'y a pas de différence,
1. Gal. IV, 26. — 2. Psal. CXII, 3. — 3. I Cor. VI, 19, 15.
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puisque l'Apôtre, après avoir dit: « Ignorez-vous que votre corps est le temple de Dieu », ajoute pour le prouver: «Et que l'Esprit de Dieu habite en vous (1)? » Il y a donc un temple où habite Dieu, c'est-à-dire où résident avec le Saint-Esprit le Père et le Fils, puisque ce dernier en parlant de son corps qui l'a rendu chef de l'Eglise ici-bas, « afin qu'en toutes choses il ait le premier rang (2) », a dit : « Abattez ce temple et je le rebâtirai en trois jours (3) ». Ce temple où réside Dieu, en d'autres termes, la Trinité tout entière, est la sainte Eglise, embrassant tout le ciel et la terre dans son universalité.
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CHAPITRE LVII. BONHEUR INALTéRABLE DE L'éGLISE DU CIEL.
Que pourrions-nous dire de l'Eglise céleste, sinon: qu'elle ne renferme pas de méchants et que personne n'y fut ou n'y sera jamais dégradé, depuis le jour où « Dieu, sans épargner les anges qui avaient péché, les a précipités dans l'abîme ténébreux où ils sont enchaînés pour être tourmentés et tenus comme en réserve jusqu'au jour du jugement (4) ».
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CHAPITRE LVIII. HIéRARCHIES DES ANGES.
Et comment décrire cette heureuse société d'en haut? Quels sont les traits qui distinguent les anges et établissent entre eux une hiérarchie? Le nom d'ange est commun à tous les esprits célestes, et l'apôtre Paul nous le révèle clairement dans ce passage : « A qui des anges Dieu- a-t-il jamais dit : Asseyez-vous à ma droite (5) ? » Cependant il y a parmi eux des archanges; ces archanges se confondent-ils avec les vertus? Quand le psalmiste a dit : « Louez le Seigneur, vous tous qui êtes ses anges; louez-le, vous tous qui, êtes ses vertus .(6) »., ne faut-il-voir dans ces vertus que les archanges eux-mêmes? Quelle différence y a-t-il entre les trônes, les dominations, les principautés, les puissances, ce qui semble constituer pour l'Apôtre toute la hiérarchie céleste (7)? Réponde qui pourra à ces questions, surtout en n'avançant rien sans le prouver pour moi j'aime mieux reconnaître ici mon ignorance. Je ne sais même pas si le soleil, la lune et les autres astres font partie de la
1. I Cor. III, 16. — 2. Col. I, 18. — 3. Joan. II, 19. — 4. Pet. II, 4. — 5. Hébr. I, 13. — 6. Psal. CXLVIII, 2. — 7. Coloss. I, 16.
société des anges; , pour un grand nombre de personnes ce ne sont que des corps lumineux privés de sentiment et d'intelligence.
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CHAPITRE LIX. DE LA FORME SOUS LAQUELLE LES ANGES ONT APPARU.
Comment expliquer. encore quelle est la forme dont les anges se revêtent pour se manifester aux hommes? Tantôt ils ont un corps visible et même palpable; tantôt, au contraire, ils se découvrent par un effet tout spirituel, non aux yeux du corps, mais à ceux de l'âme, se placent au dedans et s'y font entendre sans que l'oreille soit frappée au dehors,, témoin le prophète : « L'ange qui parlait au-dedans de moi, me dit (1) ». Remarquez l'expression « au dedans de moi » ; il ne dit pas que l'ange lui adressait la parole. Quelquefois même ils apparaissent pendant le sommeil et parlent en faisant la même impression qu'un songe; on lit en effet dans l'Evangile : «Voici que l'ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit (2) ». Dans ces sortes de visions, les anges n'apparaissent pas évidemment sous une enveloppe matérielle; de là., une question fort difficile : c'est de savoir comment les patriarches ont pu leur laver les pieds (3), ou comment Jacob a soutenu avec l'un d'eux une lutte si terrible (4). Quand on soulève ces difficultés et qu'on cherche à les expliquer par des hypothèses, dans la mesure de ses forces, on peut y trouver un utile exercice d'esprit; mais il faut mettre une sage réserve dans cet examen, et se garder de tout préjugé systématique. Est-il donc si nécessaire d'affirmer, de nier, de définir et de distinguer dans des questions que l'on pourrait ignorer sans péril ?
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CHAPITRE LX. ARTIFICES DE SATAN POUR SE DéGUISER EN ANGE DE LUMIèRE.
16. Un point plus essentiel, c'est de savoir. reconnaître les artifices qu'emploie Satan pour se transformer en ange de lumière (5) : ses séductions pourraient nous entraîner dans quelque abîme. Produit-il sur les sens une illusion sans ébranler l'esprit ni l'écarter des principes dont la lumière guide la conduite de toute
1. Zach. I, 9. — 2. Matt. I, 20. — 3. Gen. XVIII, 4, XIX, 2. — 4. Ib.
XXXIII. — 5. II Cor. XI, 14.
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âme fidèle ? La piété n'est exposée à aucun danger. Contrefait-il dans ses actes ou dans ses paroles la sainteté des anges? Son hypocrisie, quand même-nous en serions dupes, ne ferait courir à la foi chrétienne aucun péril. Mais, lorsqu'il, cherche à nous conduire à ses fins sous le masque de la vertu, il faut alors déployer l'attention la plus vigilante pour reconnaître ses piéges et pour ne point se laisser entraîner sur ses pas. Et qui pourrait échapper à ses ruses infernales sans l'inspiration et le secours d'en haut? Cette lutte périlleuse a donc un avantage : c'est d'avertir l'homme de ne pas se fier à ses propres forces ou à celles d'autrui et de n'avoir recours qu'à Dieu, soutien universel de ses enfants. Rien n'est plus salutaire que cette défiance aux yeux de tout homme véritablement religieux.
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CHAPITRE LXI. JéSUS-CHRIST N'EST PAS MORT POUR LES ANGES. EN QUOI LA RéDEMPTION TOUCHE-T-ELLE LES ANGES.
Pour en revenir à l'Eglise formée par les saints anges et les vertus de Dieu, ses grandeurs nous seront révélées quand nous lui serons enfin incorporés, et que nous participerons à sa félicité inaltérable. Si nous connaissons mieux celle qui voyagé ici-bas, c'est que nous en sommes membres et qu'elle se compose d'hommes semblables à nous. C'est pour elle que le Médiateur, innocent de tout péché, a payé la rançon du péché; c'est elle qui peut dire : « Si Dieu est pour nous, qui est contre nous? Il n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous (1) » : car Jésus-Christ n'est point mort pour les anges. Cependant ils prennent part aux bienfaits de cette mort; les hommes qu'elle a rachetés et délivrés du mal, se réconcilient en quelque sorte avec eux et font cesser la division que le péché avait mise entre le ciel et la terre; de plus, la rédemption remplit les vides que la révolte avait produits dans les rangs des anges.
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CHAPITRE LXII. JéSUS-CHRIST PRINCIPE D'UNION ET DE PAIX.
Eclairés par la divinité, dont l'éternelle contemplation fait leur bonheur, les saints anges savent le nombre des élus que doit fournir le
1. Rom. VII, 31, 32.
genre humain pour rétablir la cité céleste, dans son intégrité primitive. Voilà pourquoi l'Apôtre dit : « Qu'en Jésus-Christ et par Jésus-Christ tout est réparé au ciel et sur la terre (1) » ; au ciel, puisque ceux qui doivent y remplacer les anges déchus sont prélevés sur le genre humain; sur la terre, puisque les hommes prédestinés à la vie éternelle sont affranchis de la corruption originelle et régénérés. C'est ainsi que par un seul sacrifice, représenté dans l'ancienne loi sous une multitude de victimes symboliques, le Médiateur réconcilie le ciel avec la terre, la terre avec le ciel, « parce qu'il a plu à Dieu, dit l'Apôtre, de renfermer en lui la plénitude de toutes choses, de réconcilier toutes choses en lui et par lui, pacifiant par le sang qu'il a répandu sur la croix ce qui est sur la terre et ce qui est dans le ciel (2) »
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CHAPITRE LXIII. LA PAIX DU ROYAUME DES CIEUX DéPASSE TONTE INTELLIGENCE.
« Cette paix de Dieu, comme il est écrit, dépasse toute intelligence (3) » ; nous n'en concevrons l'idée que dans le ciel. Qu'est-ce en effet que la paix dans le ciel, sinon l'accord rétabli entre le ciel et la terre ? Dans le ciel, il règne une paix inaltérable : rien n'y trouble l'accord des esprits créés, soit entre eux soit avec le Créateur. « Cette paix, qui dépasse toute intelligence », n'est insaisissable que pour nous : elle n'est pas au dessus de l'intelligence des anges qui contemplent éternellement la face du Père. Quant à nous, si hautes que soient nos conceptions , nous n'apercevons qu'imparfaitement les choses, et nous ne voyons « Dieu que comme dans un miroir et à travers des énigmes » ; mais quand « nous serons devenus les égaux des anges (4) », nous le verrons, comme ces bienheureux esprits, face à face : nous serons unis avec eux dans les mêmes sentiments de paix, parce que nous les aimerons autant qu'ils nous aiment. En ce jour nous connaîtrons la paix qui règne parmi les anges, parce que celle dont nous jouirons sera aussi pure, aussi profonde, et ne dépassera plus nos conceptions. Je ne parle pas ici des sentiments de paix qui animent Dieu pour les anges : ni leur coeur ni le nôtre ne saurait en mesurer l'étendue. Car si le bonheur de
1. Eph. I, 10. — 2. Col. I, 19, 20. — 3. Philip. IV, 7. — 4. Luc, XX, 36.
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toute créature intelligente, appelée à la vie heureuse, dépend de Dieu, Dieu trouve en lui-même sa félicité. Il vaut donc mieux ne faire exception que pour Dieu dans ce passage « La paix de Dieu dépasse toute intelligence » . Au-dessus de la portée des saints anges, ce mystère ne peut dépasser celui qui en est le principe et l'auteur.
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CHAPITRE LXIV. LA RéMISSION DES PéCHéS.
17. Toute division s'efface entre nous et les anges, même dès ici-bas, quand nos péchés nous sont remis. Aussi l'article du Symbole relatif à l'Eglise est-il immédiatement suivi du dogme de la rémission des péchés. C'est par là que subsiste l'Eglise qui est sur la terre, et qu'on ne voit pas périr sans ressources « ce qui avait été perdu et ce qui s'est retrouvé (1) ». Quoiqu'on ait reçu le baptême, destiné à effacer par sa vertu régénératrice le péché originel et tout ensemble les péchés actuels qu'on aurait commis antérieurement par pensées, par paroles ou par action; quoique, dis-je, on ait reçu ce bienfait incomparable, qui est le principe d'une vie nouvelle et l'expiation de toute faute personnelle ou héréditaire; cependant on ne saurait vivre après avoir atteint l'âge de raison, sans la grâce de la rémission des péchés, si féconde que soit la conduite en actes de justice. En effet, les fils de Dieu, pendant leur vie périssable, ne cessent de lutter contre la mort. On a dit avec raison « que tous ceux qui se laissent régir par l'Esprit de Dieu sont ses enfants (2) » ; toutefois ils ne sauraient être gouvernés par l'Esprit-Saint ni marcher dans la voie des enfants de Dieu sans s'abandonner de temps en temps, comme les enfants de l'homme, à la pente de leur propre esprit, sous l'impulsion « de cette chair corruptible (3) » et des passions : voilà comment ils tombent dans le péché. Mais les péchés diffèrent selon leur gravité, et si tout crime est un péché, il s'en faut bien que tout péché soit un crime. On peut donc dire que les saints, tant qu'ils sont sur la terre, mènent une vie pure de tout crime; « mais si nous prétendions que nous sommes sans péchés, nous nous tromperions nous-mêmes et la vérité ne serait point avec nous (4) ».
1. Luc, XV, 24. — 2. Rom. VIII, 14. — 3. Sap. IX, 15. — 4. I Joan. I, 8.
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CHAPITRE LXV. QUELS CRIMES REMET L'éGLISE. EN DEHORS DE L'éGLISE LES PéCHéS NE PEUVENT êTRE REMIS.
La sainte Eglise a-t-elle le pouvoir de remettre les crimes les plus énormes? Oui; sans. doute, et il ne faut pas désespérer de la miséricorde divine, si la pénitence est proportionnée au péché. Eût-on commis un crime assez grave pour être excommunié, la pénitence doit moins se mesurer à la durée qu'à la vivacité même du repentir: « car Dieu ne dédaigne pas un coeur contrit et humilié (1) ». Cependant, le repentir étant un sentiment tout intérieur et qui d'ordinaire ne se révèle pas au dehors par les paroles on autres signes, de sorte qu'il n'est visible que pour celui « à qui nos gémissements ne sont pas cachés (2) »; les chefs de nos églises ont sagement déterminé la durée de la pénitence, afin de donner pleine satisfaction à l'Eglise même au sein de laquelle se remettent les péchés, pouvoir divin qui en dehors d'elle n'existe pas : car, elle a exclusivement reçu le don du Saint-Esprit (3), seul capable d'accorder la rémission des péchés, gage de la vie éternelle.
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CHAPITRE LXVI. LA RéMISSION DES PéCHéS A POUR BUT DE PRéVENIR LE JUGEMENT A VENIR.
Les péchés ne sont en effet remis que pour prévenir le jugement à venir. Avec quelle rigueur ne s'exécute pas en ce monde cet arrêt terrible : « Un joug pesant est sur les fils d'Adam, depuis le jour où ils sortent du sein de leur mère jusqu'à leur sépulture dans le sein de leur mère commune (4) ! » Les nouveau-nés, quoique régénérés dans le baptême, sont souvent en proie aux douleurs les plus cruelles. De là une conséquence fort simple : c'est que les sacrements ont pour effet de fortifier nos espérances dans les biens à venir, plutôt qu'ils ne sont un moyen d'acquérir ou de conserver les prospérités d'ici-bas. Il semble parfois que Dieu oublie le crime et le laisse impuni; non, le châtiment n'est que différé; ce n'est pas sans raison qu'on appelle jour du jugement, le jour où doit apparaître le Juge des vivants et des morts. Parfois au contraire la peine suit le crime, et, si ce crime a été remis, il n'entraîne aucun châtiment
1. Psal. I, 19. — 2. Ib. XXXVII, 18. — 3. II Cor. I, 28. — 4. ECCL. XL, 1.
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dans le siècle à venir. De là vient qu'en parlant des peines temporelles auxquelles les pécheurs rentrés en grâce avec Dieu sont condamnés ici-bas, et qui les préservent des peines futures, l'Apôtre dit: « Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés par le Seigneur : mais quand nous sommes jugés de la sorte, le Seigneur nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec ce monde (1) ».
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CHAPITRE LXVII. TOUS LES FIDèLES, QUELS QUE SOIENT LEURS CRIMES, SERONT-ILS SAUVéS PAR LE FEU?
C'est une opinion particulière à certaines personnes, que si l'on reste fidèle au nom de Jésus-Christ, et qu'après avoir été incorporé à l'Eglise par le baptême, on ne s'en retranche ni par le schisme ni par l'hérésie, eût-on commis les plus grands crimes sans les effacer par la pénitence ou les racheter par l'aumône, et persévéré jusqu'au dernier soupir dans le péché, on échappera à la damnation en passant par le feu : le supplice aura sans doute une durée proportionnée aux fautes, mais il ne sera pas éternel. Les personnes qui, tout en restant catholiques, admettent cette opinion, me semblent dupes d'une pitié tout humaine pour les criminels: l'Ecriture divine répond tout le contraire quand on veut l'interroger. J'ai composé sur cette question un ouvrage intitulé De la Foi et des Oeuvres (2) ! Là, selon les lumières que Dieu m'a communiquées, j'ai démontré que la foi qui sauve est celle dont l'apôtre Paul a nettement défini le caractère dans ce passage : « En Jésus-Christ ni la circoncision, ni l'incirconcision ne servent de rien, mais la foi agissant par la charité (3) ». Or, si la foi n'est féconde qu'en mauvaises actions, nul doute, comme dit l'apôtre Jacques, « qu'elle ne soit morte en elle-même » : car, selon le même Apôtre, « que servira-t-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les oeuvres ? La foi pourra-t-elle le sauver (4) ? A Mais si un homme chargé de crimes n'a besoin que de croire pour être sauvé par le feu, si c'est là le véritable sens du passage où le bienheureux Paul dit « qu'on sera sauvé, mais comme par le feu », il faut alors admettre que la foi est capable de sauver sans les œuvres,
1. I Cor. XI, 31, 32. — 2. Voir tome V. — 3. Gal, V, 6. — 4. Jacq., II, 17,14.
et par conséquent que Paul contredit son compagnon dans l'apostolat, que dis-je? se contredit lui-même, puisqu'il s'écrie plus loin «Ne vous y trompez pas: ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les sodomites, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d'autrui, ne seront héritiers du royaume de Dieu (1) ». Or, comment le ciel serait-il fermé à ces pécheurs endurcis dans le crime, si la foi en Jésus-Christ suffisait pour les sauver?
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CHAPITRE LXVIII. DU FEU PURIFICATEUR EN CETTE VIE.
Comme le langage des Apôtres, sur ce point, est trop clair et trop explicite pour être taxé d'erreur, il ne reste plus qu'à lever toute contradiction entre ces témoignages incontestables et le passage un peu obscur où Paul déclare que « tous ceux qui auront surajouté au fondement, c'est-à-dire à la doctrine de Jésus-Christ, un édifice non d'or, d'argent et de pierres précieuses, mais de bois, de foin et de paille, seront sauvés par le feu, parce qu'ils auront bâti sur le véritable fondement ». Or, le bois, le foin et la paille peuvent fort bien figurer ici un attachement aux choses du monde, honnête en soi, mais assez puissant pour rendre douloureuse la perte de ces biens éphémères. Jésus-Christ tient-il, dans un coeur dévoré de pareils regrets, la place fondamentale; en d'autres termes, sait-on mettre Jésus-Christ au-dessus de tout et aimer mieux perdre les biens du monde que la foi ? On se sauve par le feu. Au contraire, aime-t-on mieux, dans les jours d'épreuves, s'attacher aux biens périssables du monde qu'à Jésus-Christ? on ne bâtit plus sur l'inébranlable fondement : car, on préfère alors l'accessoire au nécessaire, puisque la base d'un édifice en est l'élément essentiel. Le feu dont parle ici l'Apôtre n'est qu'une épreuve passagère de l'édifice élevé sur l'éternel fondement, soit en or, en argent ou en pierres précieuses, soit en foin, en paille ou en bois. Car il ajoute « Le feu montrera quelle est la qualité de l'ouvrage de chacun. Si l'ouvrage surajouté au fondement résiste au feu, on recevra une récompense :
si l'ouvrage est consumé, on perdra son salaire, et on ne se sauvera qu'en passant parle feu (2) ». L'un et l'autre
1. I Cor. VI, 9, 10. — 2. Id. III, 11-15.
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ouvrage seront donc soumis à l'épreuve du feu. Ainsi le feu désigne la violence des tribulations, comme il est dit expressément dans un autre endroit de l'Ecriture : « Le feu éprouve les vases du potier, et l'affliction, le juste (1) ». L'affliction, en effet, est parfois dans la vie l'épreuve du feu, que l'Apôtre signale. Supposons deux fidèles : l'un, tout occupé des choses du Seigneur et des moyens de lui plaire, bâtit, sur le fondement de la foi en Jésus-Christ un édifice d'or, d'argent et de pierres précieuses; l'autre, occupé du soin des choses du monde et des moyens de plaire à sa femme, bâtit sur le même fondement un édifice de bois, de foin et de paille (2) : l’ouvrage du premier résiste à la flamme, parce qu'il n'est point attaché aux biens du monde et qu'il est insensible à leur perte ; l'ouvrage du second est consumé, parce qu'on ne saurait perdre sans regrets des biens qu'on a possédés avec amour. Mais comme ce dernier, si on lui proposait de choisir entre Jésus-Christ et le monde, préférerait Jésus-Christ et qu'il sacrifierait ces avantages à sa foi, tout en regrettant d'en être privé, il se sauve sans doute, mais comme à travers un incendie: il est dévoré du regret d'avoir perdu les biens dont il était épris; mais son chagrin n'attaque ni ne consume le fondement inébranlable que sa solidité met à l'abri de toute atteinte.
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CHAPITRE LXIX. DU FEU PURIFICATEUR DANS L'AUTRE MONDE.
Y a-t-il dans l'autre monde une épreuve analogue ? Il n'y aurait là rien d'extraordinaire, et on peut se poser cette question. Par une loi plus ou moins mystérieuse, il peut y avoir des fidèles qui se purifient, dans les flammes, de leur attachement excessif aux choses d'ici-bas, et qui se sauvent en endurant un supplice dont la longueur est en rapport avec l'intensité de leurs désirs mondains mais il ne saurait être ici question de ceux « à qui le royaume du ciel est fermé », à moins qu'ils n'aient obtenu par une juste pénitence le pardon de leurs crimes. Par ce mot de juste pénitence, je veux surtout dire qu'ils ne doivent pas être pauvres d'aumônes : l'Ecriture, en effet, attribue. à l'aumône une vertu si puissante que le Seigneur prédit qu'il mettra les hommes à sa droite ou à sa
1. Eccl. XXVII, 6. — 2. I Cor. 33-34.
gauche, au dernier jour, selon qu'ils auront été féconds ou stériles en charités ; car il doit dire aux uns : « Venez, bénis de mon Père, a possédez le royaume qui vous a été préparé »; et aux autres : « Allez au feu éternel (1)».
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CHAPITRE LXX. SANS LA CONYERSION, L'AUMôNE NE PEUT RACHETER LES CRIMES.
19. Qu'on ne se figure pas toutefois que l'aumône efface les crimes qui ferment le ciel, à mesure qu'on les commet; il faut d'abord changer de conduite. On trouvé dans l'aumône un moyen d'attirer la miséricorde de Dieu sur ses fautes passées, et non de l'acheter en quelque sorte et d'acquérir le privilège de pécher impunément. «Dieu n'a donné à personne le droit de mal faire (2) » ; il a pitié de nos fautes passées et ne les pardonne que quand nous lui offrons une juste satisfaction.
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CHAPITRE LXXI. L'ORAISON DOMINICALE EFFACE LES FAUTES LéGèRES.
Quant à ces fautes légères et fugitives de chaque jour qui sont inséparables de la vie humaine, l'Oraison dominicale suffit chaque jour pour les expier. « Notre Père qui êtes aux cieux» est une expression toute naturelle dans la bouche de ceux qui sont redevenus les enfants de Dieu par le baptême. Cette prière efface donc les fautes légères de chaque jour, elle sert même d'expiation aux fautes graves d'une vie passée dans le crime, si les fidèles renoncent à leurs désordres et reviennent à la vertu par la voie de la pénitence; mais il faut pour cela qu'après avoir prié Dieu sincèrement « de nous remettre nos dettes », qui ne sont jamais éteintes, nous lui disions avec la même sincérité : « comme nous remettons à ceux qui nous doivent » ; en d'autres termes, il faut que nous pardonnions les premiers. C'est une aumône, en effet, que d'accorder le pardon à celui qui le sollicite.
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CHAPITRE LXXII. FORMES DIVERSES DE L'AUMôNE.
Tous les bons offices que peut rendre la pitié se rattachent à cette parole du Seigneur :
1. Matt. XXV, 34, 41. — 2. Eccli. XV, 21.
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« Faites l'aumône et tout sera pur en vous (1) ». Faire l'aumône, ce n'est pas seulement apaiser la faim du pauvre, éteindre sa soif, couvrir sa nudité, accueillir le voyageur, cacher le fugitif, visiter le malade ou le prisonnier, racheter le captif, soutenir le faible, guider l'aveugle, consoler l'afflige, soigner le blessé, remettre l'homme égaré dans sa route, donner conseil à celui qui est irrésolu, enfin prêter à chacun l'aide due réclame son état; c'est pardonner les offenses, c'est corriger un inférieur par une peine rigoureuse ou par des leçons sévères, tout en lui pardonnant du fond du coeur ou en priant Dieu de lui pardonner et l'aumône ici consiste non-seulement à pardonner l'offense ou le préjudice, mais encore à châtier ou à reprendre le coupable; car on suit à son égard les inspirations de la pitié. On oblige souvent les hommes malgré eux, en consultant moins leurs désirs que leurs intérêts, parce qu'ils n'ont point d'ennemis plus terribles qu'eux-mêmes, d'amis plus dévoués que leurs prétendus ennemis: dupes de cette illusion, ils rendent le mal pour le bien, et oublient que le chrétien doit répondre même au mal par la charité. L'aumône prend donc diverses formes, et, quand nous la faisons, nous contribuons à nous acquitter de nos dettes.
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CHAPITRE LXXIII. L'AUMôNE LA PLUS NOBLE EST DE PARDONNER A SES ENNEMIS.
De toutes les aumônes la plus sublime est celle qui consiste à pardonner sincèrement les offenses. Ce n'est pas un trait de grandeur d'âme que d'être bienveillant, généreux même envers un homme qui ne nous a jamais nui ; le comble de la bienfaisance et de la magnanimité, c'est d'aimer notre ennemi, de n'opposer à, sa haine et à ses offenses que la charité et es bons offices, en obéissant à ce commandement du Seigneur : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent (2) ». Mais les enfants de Dieu les plus parfaits atteignent seul cet idéal où chaque fidèle doit aspirer en substituant aux faiblesses humaines ce divin sentiment , à force de prières, de luttes et de victoires intérieures; il se rencontre moins de personnes qu'on pourrait le croire qui aient le magnifique
1. Luc, XI, 41. — 2. Matt. V, 44.
privilège de dire avec vérité : « Remettez-nous nos dettes comme nous remettons à nos débiteurs ». Toutefois ce voeu est rempli, sans aucun doute, quand, trop imparfaits encore pour aimer notre ennemi, nous cédons à ses prières et lui pardonnons sincèrement les offenses que nous en avons reçues. Nous mêmes, en effet, sollicitons le pardon de nos fautes en faisant cette supplique : « Comme nous remettons nos dettes ». N'est-ce pas dire : Accordez à nos prières le pardon de nos fautes, comme nous l'accordons nous-mêmes à nos ennemis quand ils viennent nous le demander.
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CHAPITRE LXXIV. DIEU NE PARDONNE QU'A CEUX QUI PARDONNENT.
Il ne faut plus voir un ennemi dans l'homme qui, regrettant sa faute, va demander pardon à celui qu'il a offensé; on trouve autant de douceur à l'aimer qu'on y trouvait de répugnance quand son coeur était animé par la haine. Mais si les prières et le repentir du coupable ne peuvent réussir à nous toucher, ne croyons pas que le Seigneur nous remettra nos péchés. La vérité est incapable de tromper; or, peut-on avoir lu ou entendu lire l'Evangile sans savoir quel est Celui qui dit de lui-même « Je suis la Vérité (1) ! » La Vérité donc, après nous avoir enseigné cette prière, ajoute, pour nous faire sentir toute l'importance de ce précepte : « Si vous remettez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous remettra aussi vos péchés. Mais si vous ne les remettez point aux hommes, votre Père céleste ne vous remettra point non plus vos péchés (2) ». Quel éclat de tonnerre ! S'il ne réveille pas, on n'est pas endormi, on est mort : Dieu, toutefois, peut ranimer les morts mêmes.
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CHAPITRE LXXV. L'AUMôNE NE PURIFIE PAS SI ON NE SE CORRIGE.
20. Les pécheurs qui vivent dans le crime sans songer à réformer leurs moeurs, et qui, au milieu de leurs attentats et de leurs désordres, ne laissent pas de prodiguer les aumônes, se bercent d'une idée chimérique, s'ils prennent à la lettre ces paroles du Seigneur: « Faites l'aumône, et tout sera pur pour vous (3)» . Ils ne les comprennent pas dans leur profondeur. S'ils veulent en découvrir le sens, qu'ils écoutent à
1. Joan, XIV, 6. — 2. Matt, VI, 14,15. — 3. Luc, XI, 41.
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qui Jésus-Christ les adresse : « Pendant qu'il parlait, un pharisien le pria de dîner chez lui, et Jésus y alla et se mit à table. Alors le pharisien raisonnant en lui-même, commença à se demander pourquoi Jésus ne s'était pas lavé les mains avant de dîner. Mais le Seigneur lui dit : Vous autres pharisiens vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, mais le dedans de vos coeurs est plein de rapines et d'iniquités. Insensés,celui qui a fait le dehors, n'a-t-il pas aussi fait le dedans? Cependant, donnez l'aumône de ce que vous avez et tout sera pur pour vous (1) ». Eh quoi ! les pharisiens n'avaient pas la foi en Jésus-Christ, ils étaient incrédules, ils n'étaient pas régénérés dans l'eau et le Saint-Esprit, et tout serait pur en eux à la seule condition de donner l'aumône dans le même esprit que la font ces pécheurs ? Mais on est impur si on n'a pas été purifié par la foi de Jésus-Christ qui « purifie les coeurs (2) » ; et, comme dit l'Apôtre : « Rien n'est pur pour les impurs et les infidèles : ils ont l'esprit et la conscience souillée (3) ». Comment donc tout serait-il pur pour les pharisiens, à la seule condition de donner l'aumône sans avoir la foi ? Or, comment auraient-ils eu la foi, eux qui ne voulurent ni croire en Jésus-Christ, ni se régénérer par sa grâce ? Cependant, tout est vérité dans les paroles qu'ils ont entendues : « Faites l'aumône et tout sera pur en vous».
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CHAPITRE LXXVI. L'AUMôNE CONSISTE TOUT D'ABORD A PRENDRE PITIé DE SON AXE ET A BIEN VIVRE.
Veut-on suivre dans ses aumônes l'ordre naturel ? il faut d'abord se la faire à soi-même. L'aumône est un effet de la pitié. Or il a été dit avec vérité : « Prends compassion de ton âme, pour plaire à Dieu (1) ». Nous nous régénérons pour plaire à Dieu, qu'offense avec raison la tache de notre origine ; c'est la première aumône que nous nous sommes faite : car, nous avons alors regretté notre indigence et soupiré après la miséricorde de Dieu, en reconnaissant la justice de l'arrêt qui nous avait condamnés au malheur, et dont l'Apôtre a dit: «La sentence provoquée par un seul a condamné tout le genre humain » ; puis nous avons rendu grâces à cette charité infinie dont le même Apôtre a dit : « Dieu a fait éclater envers nous son amour, en ce que, quand nous
1. Luc, XI, 37-41. — 2. Act. XV, 9. — 3. Tit. I, 15. — 4. Eccli. XXX, 24.
étions encore pécheurs, Jésus-Christ est mort pour nous (1) ». C'est ainsi qu'en faisant un sincère aveu de notre pauvreté et en aimant Dieu de l'amour même que nous tenons de la grâce, nous vivons avec piété et avec justice.
Or, les pharisiens ne songeaient ni à leur indigence, ni à la charité de Dieu : ils se bornaient à donner le dixième de leurs biens et payaient la dîme des moindres légumes, au lieu de commencer par se prendre eux-mêmes pour l'objet de leur pitié et de leurs aumônes, et de suivre l'ordre naturel de la charité : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même (2) ». Lors donc que Jésus leur reprochait de pousser trop loin la propreté extérieure et d'être tout souillés au-dedans par les rapines et les iniquités, il leur faisait comprendre qu'il y aune aumône que l'homme doit d'abord se faire à lui-même et qui seule est capable de purifier le cœur : « Du reste faites l'aumône, et tout sera pur en vous ». Puis, pour leur faire sentir la force du précepte qu'ils négligeaient, et pour leur ôter la pensée qu'il ignorait leurs aumônes, il ajouta : « Malheur à vous, pharisiens », comme s'il eût dit: Je viens de vous apprendre l'espèce d'aumône que vous devez faire pour que tout soit pur en vous; « malheur à vous, pharisiens, qui payez la dîme de la menthe, de la rue et de toute sorte de légumes » ; ces aumônes, je les connais; n'allez pas croire qu'elles sont le véritable objet de mes reproches : « vous négligez la justice et l'amour de Dieu (3) »
; voilà l'aumône qui purifierait votre âme de toute souillure, comme l'eau purifie votre corps. Le mot tout, en effet, comprend à la fois l'âme et le corps : « Purifiez l'intérieur, est-il dit dans un autre endroit, et l'extérieur sera net (4) ». Du reste, Jésus-Christ ne veut pas avoir l'air de rejeter les aumônes qui se font des biens temporels; car il ajoute aussitôt « Voilà ce qu'il fallait observer », c'est-à-dire, la justice et l'amour de Dieu, « sans négliger les autres choses (5) »,c'est-à-dire, les aumônes des biens de la terre.
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CHAPITRE LXXVII. L'AUMôNE N'EST EFFICACE QU'A LA CONDITION DE RENONCER A L'INIQUITé.
Qu'on ne s'imagine donc pas qu'à force d'aumônes en nature ou en argent, on puisse
1. Rom. V, 16, 8, 9. — 2. Luc, X, 27. — 3. Luc, XI, 42. — 4. Matt. XXIII,
26. — 5. Luc, XI, 42.
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acheter le privilège de persévérer impunément dans les crimes et dans les désordres les plus abominables. C'est une erreur; car, on ne commet plus seulement le crime, mais on l'aime et on voudrait n'y renoncer jamais, si on était assuré de l'impunité. Or, « celui qui aime l'iniquité, hait son âme (1) », et celui qui hait son âme, loin d'en avoir pitié, la traite cruellement; en l'aimant selon le monde, il la hait selon Dieu. S'il voulait lui faire l'aumône qui purifierait toutes ses souillures, il la haïrait selon le monde et l'aimerait selon Dieu. Mais, si légère que soit une aumône, on ne peut la faire sans la recevoir soi-même de Celui qui ignore le besoin. De là cette parole : « Sa miséricorde me préviendra (2) ».
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CHAPITRE LXXVIII. DE CERTAINS PéCHéS QUI, AU JUGEMENT DES HOMMES, SONT DES ACTES INNOCENTS.
21. C'est Dieu et non l'homme qui pèse les fautes dans ses jugements et décide de leur gravité. Nous savons en effet que les Apôtres eux-mêmes ont eu des ménagements pour la faiblesse humaine. Telle est la concession que le vénérable Paul fait aux personnes mariées « Ne vous privez point l'un et l'autre de votre droit, si ce n'est d'un consentement mutuel, pour peu de temps, afin de vaquer à la prière: après cela, revenez à l'usage du mariage, de peur que, ne pouvant garder la continence, Satan ne vous porte au mal ». D'après ces paroles, il semblerait que les époux peuvent sans aucun péché avoir moins en vue les enfants qui sont la fin du mariage que les plaisirs des sens, et cela, pour éviter que l'incontinence ne les entraîne dans la fornication, l'adultère et dans tous les excès d'impudicité qu'on ne nomme pas et auxquels conduit la passion allumée par le tentateur; il semblerait, dis-je, que ce commerce ne renferme aucun péché, mais l'Apôtre ajoute : « Au reste, ce que je vous en dis, c'est par condescendance, et je n'en fais point un commandement (3) ». Or, comment ne pas voir un péché dans un acte que l'Apôtre avec toute son autorité ne fait que pardonner? De même, quand il dit: « Comment se trouve-t-il quelqu'un parmi vous qui, ayant un différend avec son frère, ose l'appeler en jugement devant les méchants et non devant les saints? » et un peu plus
1. Psal. X, 6. — 2. Ib. LVIII, 11. — 3. I Cor. VII, 5, 6.
bas : « Si donc vous avez des procès sur les affaires de ce monde, prenez pour juges les personnes mêmes qui tiennent le dernier rang dans l'église. Je le dis à votre confusion : n'y a-t-il donc parmi vous personne d'assez sage pour être juge entre ses frères ? Mais on voit un frère plaider contre son frère, et cela devant des infidèles (1) » A n'entendre que ces paroles, on pourrait croire qu'il y a péché, moins à avoir un procès qu'à le faire juger en dehors de l'église; mais l'Apôtre ajoute aussitôt : « C'est déjà un péché d'avoir « des procès entrevous' ». Donnerait-on pour excuse qu'on a le droit de son côté et qu'on est en butte à une injustice dont on voudrait se voir délivré par un arrêt des tribunaux? L'Apôtre va au-devant de ces prétextes et de ces excuses en ajoutant: « Que ne souffrez-vous plutôt l'injustice? Que ne vous résignez-vous à quelque dommage?
» Je reviens ainsi aux paroles mêmes de Jésus-Christ : « Si quelqu'un veut vous faire un procès pour avoir votre robe, abandonnez-lui aussi votre manteau (2)»; et ailleurs : «Ne redemandez pas ce qui vous appartient à ceux qui vous le ravissent (3) ». Dieu donc a défendu aux siens d'entrer en contestation avec les hommes pour des intérêts temporels, et c'est d'après ce principe que l'Apôtre voit un péché dans un procès.
Cependant, comme il permet aux chrétiens de soumettre leurs différends à un tribunal chrétien, au sein de l'église, et qu'il défend avec véhémence de prendre des juges hors de 1'Eglise, il est clair qu'il ne laisse cette liberté que par condescendance pour les faibles. C'est pour des fautes de ce genre, ou pour des péchés plus légers encore, que nous commettons par pensées et par paroles, et auxquels l'apôtre saint Jacques fait allusion quand il dit: « Nous faisons tous beaucoup de fautes (4) », qu'il faut plusieurs fois le jour prier le Seigneur « de nous remettre nos dettes » et surtout ne pas mentir à l'engagement que nous prenons « de remettre leurs dettes à nos débiteurs (5)
».
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CHAPITRE LXXIX. DE CERTAINS PéCHéS FORT GRAVES, QUOIQUE LéGERS EN APPARENCE.
On serait tenté de regarder comme légères certaines fautes, si l'écriture ne témoignait
1. I Cor. VI, 1-7. — 2. Matt. V, 40. — 3. Luc, VI, 30. — 4. Ac.
III, 2. — 5. Matt. VI, 12.
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qu'elles ont plus de gravité qu'on ne pense. Croirait-on que « celui qui appellera son frère « fou, sera condamné au feu de l'enfer », si la Vérité elle-même n'eût prononcé cet arrêt? Mais elle met le remède à côté du mal, en nous faisant immédiatement une loi de nous réconcilier avec nos frères: « Si donc tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse-la devant l'autel et va auparavant te réconcilier avec ton frère (1) ». Se figurerait-on encore qu'il y ait une faute grave « à observer les jours et les mois, les temps et les années », comme font ceux qui, pour commencer ou ne pas commencer certaines choses, se règlent sur les jours, les mois, les années, d'après le préjugé insensé qu'il y a des époques fatalement heureuses ou critiques? Mais on peut mesurer la gravité de ce péché à la terreur qu'il inspire à l'Apôtre et qui le fait parler ainsi aux Galates superstitieux : « Je crains bien d'avoir inutilement a travaillé parmi vous (2) ».
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CHAPITRE LXXX. L'HORREUR POUR LE CRIME S'AFFAIBLIT PAR L'HABITUDE.
Il y a plus : l'habitude affaiblit ou même efface le sentiment des péchés, quelle que soit leur énormité et leur abomination : on finit par ne plus s'en cacher, que dis-je? par les étaler et s'en vanter : « Le pécheur, dit le psalmiste, se loue dans les désirs de son âme, et celui qui fait le mal est béni (3) ». Cette iniquité, qui s'affiche, est appelée un cri dans les saintes Lettres : « J'ai attendu », dit Isaïe à propos de la mauvaise vigne, « j'ai attendu qu'elle fît la justice, mais elle a fait « l'iniquité : elle n'a pas fait la justice, elle a élevé un cri (4)». On retrouve cette expression dans la Genèse : « Le cri de Sodome et de Gomorrhe s'est multiplié (5) ». En effet, ces villes étaient un théâtre d'infamies qui, loin d'être réprimées, se commettaient au grand jour et étaient presque passées en loi. C'est ainsi que, de notre temps, l'habitude a tellement consacré des crimes moins abominables sans doute, mais fort répandus, que nous n'osons plus ni excommunier le laïque qui s'en rend coupable, ni même dégrader un clerc. De là ce
4. Isai. V, 7. — 5. Gen. XVIII, 20.
cri qui m'échappa, il y a quelques années, en expliquant l'Epître aux Galates, quand j'arrivai à ce passage : « Je crains bien d'avoir travaillé pour vous inutilement : malheur, disais-je, aux crimes que des exemples rares nous font exécrer ! Quant aux péchés ordinaires, quoiqu'ils aient fait couler le sang « du Fils de Dieu et qu'ils soient assez graves pour fermer l'entrée du ciel; que de fois avons-nous été conduits à les souffrir en les voyant trop fréquents ! que de fois l'indulgence nous a-t-elle entraînés à en commettre quelques-uns ! Puissions-nous , Seigneur, ne commettre pas tous les péchés que nous n'avons pu empêcher (1) ! » Je ne sais; mais il me semble que je fus alors entraîné trop loin par la douleur.
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CHAPITRE LXXXI. DEUX CAUSES DU PéCHé : L'IGNORANCE ET LA FAIBLESSE : NéCESSITé DE LA GRACE POUR SURMONTER CES OBSTACLES.
22. Je vais répéter ici un point de doctrine souvent expliqué dans mes ouvrages. Nos péchés se rattachent à deux causes: l'ignorance, qui nous empêche d'avoir connaissance de notre devoir, et la faiblesse, qui nous empêche de le remplir quand nous en avons conscience. Il faut sans doute combattre cette double maladie; cependant, nous succomberions dans cette lutte, si Dieu ne nous assistait, non-seulement en nous éclairant sur nos devoirs, mais encore en ajoutant à la lumière qui guérit l'intelligence un charme assez puissant pour nous rendre insensibles aux séductions des objets qui nous entraînent au péché, en pleine connaissance de cause; soit par le désir de les posséder, soit par la crainte de les perdre. Nous ne sommes pas alors simplement pécheurs, comme nous l'étions en péchant par ignorance; nous sommes prévaricateurs, puisque, étant instruits de la loi, nous osons faire ce qu'elle défend ou ne pas faire de plus ce qu'elle ordonne. Aussi, après avoir demandé pardon à Dieu de nos fautes: « Remettez-nous nos dettes comme nous remettons à nos débiteurs », il faut aussi le prier de nous conduire et de nous arracher au péché: et Ne nous induisez pas en tentation (2) » : il faut, dis-je, invoquer Celui que le Psalmiste appelle tout
1. Explic. de l'Epître aux Galates, n. 35. Voir tome V. — 2. Matt. VI, 12, 13.
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ensemble « sa lumière et son salut (1) », afin qu'il dissipe notre ignorance et fortifie notre faiblesse.
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CHAPITRE LXXXII. LA PéNITENCE EST UNE GRACE DE DIEU.
La pénitence même, quelque méritée qu'elle soit, quand l'Eglise l'inflige suivant ses lais, n'est pas toujours accomplie; cela vient de notre faiblesse; une fausse honte, qui n'est au fond que la crainte de déplaire, nous fait préférer l'estime du monde aux humiliations de la pénitence que la justice nous impose. Par conséquent, nous avons besoin de la miséricorde divine, non-seulement en faisant pénitence, mais encore pour nous y résoudre. Autrement l'Apôtre n'aurait pas dit de certains incrédules: « Peut-être Dieu leur donnera-t-il l'esprit de pénitence (2)». De même encore, avant de parler des larmes amères que versa Pierre, l'évangéliste nous dit. « Le Seigneur le regarda (3) ».
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CHAPITRE LXXIII. DU PéCHé CONTRE LE SAINT-ESPRIT.
Si l'on refuse de croire que l'église ale pouvoir de remettre les péchés, si on dédaigne ce don inestimable de la munificence divine, et qu'on expire dans-ce sentiment d'incrédulité, on se rend coupable d'un péché irrémissible contre l'Esprit-Saint, en qui les péchés sont remis par Jésus-Christ. C'est là une question fort délicate: je l'ai traitée dans un ouvrage spécial, et je l'ai éclaircie autant qu'il m'a été possible (4).
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CHAPITRE LXXXIV. DE LA RéSURRECTION DE LA CHAIR.
23. J'arrive au mystère de la résurrection de la chair;
il s'agit ici non de quelques résurrections miraculeuses suivies plus tard d'une seconde mort, mais de la résurrection définitive et pour l'éternité, semblable à celle de Jésus-Christ. Sur cette question, je ne sais comment être bref tout en répondant aux difficultés qu'elle soulève d'ordinaire : un point essentiel et qu'aucun -chrétien ne doit révoquer en doute, c'est que tous les hommes qui sont nés ou qui naîtront, qui sont morts ou qui mourront, reprendront un jour leur corps.
1. Psalm. XXVI, 1. — 2. II Tim. II, 25. — 3. Luc, XXII, 61. — 4. Voir serm. LXXI, tome VI.
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CHAPITRE LXXXV. DES AVORTONS.
La première question est de savoir si les enfants qui ont vécu dans le sein maternel et qui naissent avant terme, pourront renaître. Si l'enfant était déjà formé, il ressuscitera; cette assertion ne saurait être infirmée dans sa généralité. S'il n'est encore qu'un embryon informe, n'est-il pas naturel de croire qu'il sera anéanti comme le sont tous les germes qui n'ont pas été fécondés? Toutefois, la résurrection n'aura-t-elle pas pour effet de compléter une organisation inachevée? Qui pourrait le nier, encore qu'il n'osât l'affirmer? S'il en est ainsi, les corps recevront le développement qui aurait été l'oeuvre du temps, de la même manière qu'ils n'auront plus les défauts qu'amène le temps : aucun être ne sera. privé des formes et des propriétés qu'une vie plus longue lui aurait fait acquérir, de même qu'il ne sera pas défiguré parle ravage des années l'organisation sera achevée, si elle était incomplète; renouvelée; si elle était altérée (1).
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CHAPITRE LXXXVI. DE L'éPOQUE OU LA VIE COMMENCE DANS LE SEIN MATERNEL.
La science pourrait se poser ici une question et employer l'analyse la plus délicate pour l'examiner, si toutefois les investigations de l'esprit humain peuvent s'étendre aussi loin : je veux parler de l'époque où l'embryon commence à vivre: N'y aurait-il pas en lui une vie latente antérieurement aux mouvements qui la révèlent? On ne saurait, sans imprudence, nier que la vie ait animé les enfants dont on arrache les membres par lambeaux, de peur qu'ils ne fassent mourir la mère en restant dans ses entrailles. Or, dès que la vie a commencé, la mort devient possible : je ne vois donc pas à quel titre un fétus que la mort a frappé, serait exclu de la résurrection des morts.
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CHAPITRE LXXXVII. DES MONSTRES : COMMENT RESSUSCITERONT-ILS?
Quant aux monstres qui vivent après leur naissance, ne fût-ce que quelques instants, on ne saurait dire qu'ils ne ressusciteront pas ou
1. Voir Cité de Dieu, liv. XXII, ch. 12, 13.
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croire qu'ils ressusciteront sous leur forme étrange, sans avoir vu disparaître les défauts où les excès de leur organisation. Naguère il est né en Orient, comme l'assurent des témoins oculaires dignes de foi et comme le raconte dans ses lettres le prêtre Jérôme de sainte mémoire, un monstre à deux têtes et à quatre mains : loin de nous la pensée qu'il renaîtra avec ce double corps et que les organes destinés à former deux jumeaux ne composent pas deux êtres distincts ! Ainsi donc les enfants qu'on appelle monstres parce qu'ils ont des organes incomplets ou superflus ou démesurément difformes, reprendront les justes proportions du corps humain : chaque âme aura un corps ; tout corps double à sa naissance sera réduit à ses membres essentiels, et n'offrira plus que les organes nécessaires qui composent l'ensemble parfait et harmonieux du corps humain.
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CHAPITRE LXXXVIII. LE CORPS SE RECOMPOSERA, QUELLE QUE SOIT LA MANIèRE DONT LES éLéMENTS AURONT DISPARU.
L'argile dont est formée la chair de l'homme ne s'anéantit jamais devant Dieu : qu'elle soit réduite en cendre ou en poussière, qu'elle se change en vapeurs et disparaisse dans les airs, qu'elle serve à former la substance d'autres corps ou même se décompose en ses éléments primitifs, enfin que devenue la nourriture des animaux et de l'homme lui-même, elle s'assimile avec leur chair, peu importe, elle retournera en un instant à l'âme qui l'avait animée d'abord, et avait présidé à la formation, à la vie, et au développement d'un être humain.
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CHAPITRE LXXXIX. DES EXCROISSANCES DU CORPS: COMMENT SE RéUNIRONT-ELLES A L'ORGANISME.
Du reste, la matière qui se change en cadavre après le départ de l'âme, recouvrera les éléments qu'elle avait perdus par dissolution et qui étaient passés en différents corps sous les formes les plus diverses, sans que ces éléments reprennent la place qu'ils occupaient dans le corps. Supposez que les cheveux tombés sous le ciseau se rajustent, que les parcelles d'ongles tant de fois coupés se réunissent, l'imagination ne conçoit plus que des formes sans mesure, sans grâce, et la résurrection entraîne, comme le veulent les incrédules, les proportions les plus choquantes. Qu'une statue de bronze ait été fondue, ou mise en pièces; ou réduite en une seule masse et qu'un artiste veuille la recomposer avec la même quantité de métal; quelle que soit la partie de matière employée pour refaire tel ou tel membre, la restauration ne serait pas moins complète, si tout le métal de la statue primitive entrait dans la statue nouvelle. De même Dieu, ce merveilleux et inimitable artiste, saura en un moment recomposer nos corps avec tous lés éléments qui le constituaient, sans que son intégrité soit altérée parce que les cheveux, les ongles, au lieu de reparaître sous cette forme, se fondront dans l'ensemble en se combinant avec d'autres organes, par l'attention du divin artiste à ne laisser aucune disproportion dans ses ouvrages.
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CHAPITRE XC. LA TAILLE, LES TRAITS N'OFFRIRONT PLUS D'IRRéGULARITé.
Il ne serait pas moins illogique de prétendre que les hommes n'auront pas la même taille, parce qu'ils ont ici-bas une taille différente, ou qu'ils reprendront les uns leur embonpoint, les autres leur maigreur. S'il entre dans les desseins du Créateur que chaque personne, tout en gardant les traits originaux de sa figure, ait également part aux dons de la beauté physique, il saura bien modifier la matière dans chaque individu sans lui enlever la moindre parcelle, et sans qu'il lui en coûte pour la compléter, puisqu'il a créé de rien tout ce qu'il lui a plu. Si, au contraire, chaque corps après la résurrection doit présenter des différentes sans irrégularité, à peu près comme les nuances de plusieurs voix qui forment une symphonie, sa substance servira à exprimer les belles formes qui le rendront digne d'entrer dans le choeur des anges et de leur plaire par un gracieux ensemble. Toute disproportion sera inconnue dans le ciel : il n'y aura pas de forme qui ne soit belle, parce que la beauté sera la condition même de son existence.
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33 CHAPITRE XCI. LE CORPS DES SAINTS RESSUSCITERA DANS SA SUBSTANCE, DéSORMAIS INDéFECTIBLE.
Le corps des saints ressuscitera donc sans défaut, sans disproportion : il sera dès lors soustrait à la corruption, à la pesanteur, à toute espèce d'entraves ; son agilité n'aura d'égale que sa félicité. C'est à ce titre qu'il est appelé dans l'Ecriture spirituel, bien qu'il doive être un corps et non un pur esprit. De même qu'on dit maintenant du corps qu'il est animé, sans qu'il soit pour cela une âme; de même il sera alors spirituel, sans être pour cela immatériel. Quant à la corruption qui pèse sur l'âme (1), et aux passions qui soulèvent la chair contre l'esprit, elles disparaîtront : le corps rie sera plus charnel, et c'est en ce sens qu'il est appelé céleste. Aussi l'Apôtre dit-il : « La chair et le sang ne posséderont pas le royaume de Dieu » ; et, pour expliquer nettement sa pensée, il ajoute : « La corruption ne participera pas à l'incorruptibilité (2) ». L'expression de corruption est le commentaire des mots chair et sang : l'incorruptibilité est synonyme de royaume de Dieu. Comme substance, la chair ne disparaîtra pas. Le corps de Jésus-Christ est appelé chair, dans l'Evangile, après la résurrection (3). Et pourquoi l'Apôtre dit-il:
« On sème un corps animal et il ressuscitera corps spirituel (4) ?» C'est qu'entre l'esprit, principe de vie, dégagé de toute influence extérieure, et la chair obéissante et soumise, il régnera une harmonie si parfaite, que nous n'éprouverons plus de lutte en nous-mêmes; au dehors, comme au dedans, nous ne rencontrerons plus de forces antagonistes.
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CHAPITRE XCII. éTAT DU CORPS DES DAMNéS APRèS LA RéSURRECTION.
Les malheureux qui n'auront pas été soustraits par la grâce du Médiateur, à la condamnation universelle qu'a entraînée la faute du premier homme, reprendront sans doute leur corps, mais ils ne le reprendront que pour être punis avec Satan et ses anges. Ressusciteront-ils avec les défauts ou les difformités physiques qu'ils avaient de leur vivant? C'est là un problème dont il serait fort inutile de
1. Sag. IX, 15. — 2. I Cor. XV, 50. — 3. Luc, XXIV, 39. — 4. I Cor. XV, 44.
chercher la solution. Il serait superflu de se préoccuper de la beauté ou de la laideur plus ou moins vraisemblable des corps voués à une éternité de peines trop réelles. Ne cherchons pas non plus comment leur corps sera à la fois incorruptible et capable de souffrir, ou corruptible et incapable de mourir : car, qu'est-ce que la vie sans le bonheur, et l'incorruptibilité sans une existence à l'abri de la douleur? Souffrir sans pouvoir mourir, c'est la mort elle-même, si j'ose ainsi parler, qui ne peut mourir : une douleur éternelle qui accable sans anéantir, n'est qu'une corruption sans fin. Voilà l'état que l'Ecriture appelle « une seconde mort (1) ».
CHAPITRE XCIII. QUELS SERONT PARMI LES DAMNéS CEUX QUI SOUFFRIRONT LE SUPPLICE LE PLUS DOUX.
Toutefois, la première mort, qui dégage l'âme du corps,serait aussi inconnue à l'homme que la seconde, qui attache l'âme au corps coupable, si personne n'avait péché. Ceux qui n'auront pas ajouté de faute au péché originel, subiront le supplice le plus léger ; quant à ceux qui auront commis en outre des péchés actuels, la gravité de leur châtiment sera proportionnée à la gravité de leurs fautes.
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CHAPITRE XCIV. A LA VUE DES CHATIMENTS DES RéPROUVéS, LES SAINTS APPRéCIERONT MIEUX LEUR BONHEUR.
24. En voyant les mauvais anges et les réprouvés condamnés à un supplice éternel, les saints comprendront mieux les bienfaits dont la grâce de Dieu les a comblés. Ce spectacle leur montrera dans toute son évidence la vérité de ces mots du psalmiste: «Je chanterai, Seigneur, votre miséricorde et votre jugement (2)». On ne sera, effectivement, affranchi que par un effet de miséricorde toute gratuite, comme on ne sera condamné que par un jugement légitime.
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CHAPITRE XCV. LES JUGEMENTS SECRETS DE DIEU DANS LE MYSTèRE DE LA. PRéDESTINATION, SERONT ALORS RéVéLéS.
C'est alors que s'éclairciront des mystères, aujourd'hui impénétrables, savoir : pourquoi
1. Ap. II, 11, et XX, 6,14. — 2. Psalm. C, 1.
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de deux nouveau-nés, l'un a été élu par un effet de miséricorde, l'autre, rejeté par arrêt divin, et l'enfant privilégié ne doit pas ignorer la peine qu'il aurait encourue si la grâce n'était venue à son secours ; pourquoi donc l'un d'eux a été choisi de préférence, quand tous deux avaient les mêmes titres; pourquoi encore il y a des âmes qui n'ont point vu s'accomplir en leur faveur des prodiges dont elles auraient profité pour faire pénitence, tandis que ces miracles ont été accordés à d'autres sans les soustraire à leur incrédulité. Le Seigneur dit expressément: « Malheur à toi, Corosaïn, malheur à toi, Bethsaïde ; car, si les miracles qui ont été faits au milieu de vous, avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu'elles auraient fait pénitence sous le cilice et dans la cendre (1) ». Il ne faut pas croire que Dieu ait refusé injustement de les sauver : ils auraient pu se sauver, s'ils l'avaient voulu. Eclairés alors par la sagesse divine, nous comprendrons une vérité à laquelle s'attache la foi des chrétiens sans en avoir encore la pleine intelligence ; nous verrons, dis-je, combien la volonté de Dieu est sûre, immuable et efficace, comment il ne veut pas tout ce qu'il pourrait, quoiqu'il ne veuille rien faire qu'il ne puisse l'accomplir ; enfin nous sentirons la vérité de ces paroles « Notre Dieu habite les hauteurs du ciel ; au ciel et sur la terre il fait tout ce qu'il veut (2) ». Ces paroles ne seraient que mensonge, si la volonté de Dieu était parfois impuissante, ou, ce qui serait plus humiliant encore , si sa puissance trouvait dans la volonté humaine un obstacle à ses desseins. Il ne se fait rien en dehors de la volonté du Tout-Puissant; en tout, il agit ou permet d'agir.
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CHAPITRE XCVI. DIEU FAIT LE BIEN, MêME EN LAISSANT FAIRE LE MAL.
On ne saurait douter que Dieu n'agisse bien lors même qu'il laisse le mal s'accomplir car il ne le permet que dans un juste dessein, et sa bonté est inséparable de sa justice. Ainsi quoique le mal, en tant que mal, ne puisse être un bien, toutefois c'est un bien que le mal existe avec le bien. Car, s'il n'était pas bon que le mal existât, Dieu, le bien absolu, ne le permettrait pas, puisqu'il peut aussi aisément
1. Matt. XI, 21. — 2. Psalm. CXIII, 11.
empêcher ce qu'il ne veut pas, que faire ce qui lui plaît. Si l'on doute de cette vérité, on ébranle le symbole de la foi dès les premiers mots, puisqu'on y déclare qu'on croit en Dieu, «le Père tout-puissant » . La toute-puissance serait un vain mot, si Dieu ne pouvait pas exécuter tout ce qu'il veut, et que sa volonté fût bornée dans ses effets par la volonté d'un être créé.
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CHAPITRE XCVII. LA VOLONTé DE L'HOMME PEUT-ELLE ENTRAVER LA VOLONTé DE DIEU QUAND IL A RéSOLU DE SAUVER UNE AME ?
Examinons donc comment ce principe se concilie avec cette parole infaillible de l'Apôtre : « Dieu veut le salut de tous les hommes (1) »
; car, puisque les hommes ne sont pas tous sauvés et que les élus même sont en minorité, on pourrait croire que tous les desseins de Dieu ne sont pas remplis et que sa volonté est entravée par la volonté de l'homme. D'ordinaire, en effet, on dit que, si tous les hommes ne sont pas sauvés, c'est qu'ils ne le veulent pas. Cette explication ne saurait convenir aux nouveau-nés que nous venons de citer pour exemple , puisqu'ils sont incapables encore de vouloir ou de ne vouloir pas. S'il fallait prendre pour des actes volontaires les mouvements aveugles avec lesquels ils se débattent contre les cérémonies du baptême, il faudrait dire qu'on les sauve en dépit de leur volonté. Le Seigneur lui-même s'exprime plus clairement encore dans cette apostrophe à l'impie. Jérusalem: « Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses petits sous son aile, et tu ne l'as pas voulu (2) ! » La volonté de Dieu serait-elle donc limitée par celle dès hommes, et la faiblesse serait-elle capable, par ses résistances, de tenir en échec la toute-puissance? Que devient alors, cette puissance infinie, qui fait tout ce qui lui plaît au ciel et sur la terre, si elle a voulu rassembler les enfants de Jérusalem sans pouvoir y réussir?, Ne faut-il pas plutôt admettre que Jérusalem, n'a pas voulu voir Dieu rassembler ses enfants et qu'il a, malgré elle, rassemblé tous ceux qu'il a bien voulu? « Au ciel et sur la terre » Dieu n'est pas tantôt maître de ses actes, tantôt