Enchiridion de fide, spe et caritate

Augustin d'Hippone · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — trad. abbaye de Port-Valais · 3 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Saint Augustin d'Hippone

Traité de la Foi, de l'Espérance et de la Charité

Traité de la Foi, de l'Espérance et de la Charité.

Traité de la Foi, de l'Espérance et de la Charité. CHAPITRE PREMIER. L'AUTEUR DéFINIT LA VéRITABLE SAGESSE ET LA SOUHAITE A LAURENTIUS. CHAPITRE II. LA SAGESSE DE L'HOMME EST TOUT ENTIèRE DANS LA PIéTé. CHAPITRE III. ON HONORE DIEU PAR LA FOI, L'ESPéRANCE ET LA CHARITé. CHAPITRE IV. QUESTIONS POSéES PAR LAURENTIUS. RéPONSE D'AUGUSTIN. CHAPITRE V. RéPONSE A LA TROISIèME ET A LA QUATRIèME QUESTION. CHAPITRE VI. DE LA MATIèRE QUE PEUT CONTENIR UN MANUEL. CHAPITRE VII. LE SYMBOLE ET L'ORAISON DOMINICALE RENFERMENT LA .FOI, L'ESPéRANCE, LA CHARITé. CHAPITRE VIII. EXPLICATION GéNéRALE DE LA FOI, DE L'ESPéRANCE, DE LA CHARITé : DE LEUR UNION INDISSOLUBLE. CHAPITRE IX. EXPOSITION DES PRINCIPES DE LA FOI, DANS L'ORDRE MêME DU SYMBOLE. SCIENCE NéCESSAIRE AU CHRéTIEN. CHAPITRE X. DE L'ORIGINE DU MAL . CHAPITRE XI. POURQUOI DIEU PERMET-IL LE MAL ? LE MAL N'EST QUE LA NéGATION DU BIEN. CHAPITRE XII. TOUS LES êTRES CRééS SONT BONS ; L'IMPERFECTION DE LEUR NATURE LES ASSUJéTIT A LA CORRUPTION. CHAPITRE XIII. POINT DE MAL SANS BIEN. CHAPITRE XIV LE MAL NAIT DU BIEN. CHAPITRE XV. EXPLICATION DE CE PASSAGE : « UN BON ARBRE NE PEUT PORTER DE MAUVAIS FRUITS ». CHAPITRE XVI. LA SCIENCE N'EST PAS UN éLéMENT ESSENTIEL DU BONHEUR. CHAPITRE XVII. EN QUOI CONSISTE L'ERREUR. L'ERREUR N'EST PAS TOUJOURS NUISIBLE. ANECDOTE. CHAPITRE XVIII. TOUT MENSONGE EST UN PéCHé, MAIS LA GRAVITé EN EST RELATIVE. L'INTENTION FAIT LE MENSONGE. CHAPITRE XIX. L'ERREUR EST TOUJOURS UN MAL, QUOIQUE A DES DEGRéS DIFFéRENTS. CHAPITRE XX. TOUTE ERREUR N'EST PAS UN PéCHé. RéFUTATION DU SCEPTICISME DE LA NOUVELLE ACADéMIE. CHAPITRE XXI. L'ERREUR, SANS êTRE TOUJOURS UNE FAUTE, EST ESSENTIELLEMENT UN MAL. CHAPITRE XXII. TOUT MENSONGE EST UN PéCHé. CHAPITRE XXIII. LA BONTé DE DIEU EST LE PRINCIPE DE TOUS LES BIENS : LE MAL VIENT DE LA RéVOLTE DE LA VOLONTé CHEZ LES êTRES D'UNE PERFECTION BORNéE. CHAPITRE XXIV. LE MAL A UNE SECONDE CAUSE, L'IGNORANCE ET LA CONCUPISCENCE. CHAPITRE XXV. CHATIMENTS DU PéCHé. CHAPITRE XXVI. LA PEINE ATTACHéE AU PéCHé D'ADAM SE TRANSMET A TOUTE SA RACE. CHAPITRE XXVII. DE L'éTAT DE L'HOMME APRèS LE PéCHé D'ADAM. MISéRICORDE DE DIEU ENVERS LUI. CHAPITRE XXVIII. SORT DES BONS ANGES. CHAPITRE XXIX. LA PARTIE DU GENRE HUMAIN QUI SE RELèVE DE SA CHUTE REMPLACE LES ANGES BANNIS DU CIEL. CHAPITRE XXX. L'HOMME NE SE RELèVE POINT PAR SES MéRITES, MAIS PAR LA PUISSANCE DE LA GRACE. CHAPITRE XXXI. LA FOI ET LES BONNES OEUVRES SONT UN DON DE DIEU. CHAPITRE XXXII. LA BONNE VOLONTé DéPEND DE DIEU. CHAPITRE XXXIII. NéCESSITé D'UN MéDIATEUR: EN QUOI CONSISTE LA COLèRE DE DIEU. CHAPITRE XXXIV. DE L'INCARNATION DU VERBE. RéFUTATION DES APOLLINARlSTES. CHAPITRE XXXV. JéSUS-CHRIST EST TOUT ENSEMBLE DIEU ET HOMME. CHAPITRE XXXVI. LA GRACE éCLATE DANS L'HUMANITé DE JéSUS-CHRIST. CHAPITRE XXXVII. LA NAISSANCE DE JéSUS-CHRIST, EN TANT QU'ELLE EST L’ŒUVRE DU SAINT-ESPRIT, EST UN EFFET DE LA GRACE. CHAPITRE XXXVIII. JéSUS-CHRIST N'EST PAS LE FILS DU SAINT-ESPRIT , MAIS IL A MARIE POUR MèRE. CHAPITRE XXXIX. L'ORIGINE NE SUPPOSE PAS NéCESSAIREMENT LA FILIATION. CHAPITRE XL. LA NAISSANCE DE JéSUS-CHRIST PAR L'OPéRATION DU SAINT-ESPRIT RéVèLE LA GRACE QUI A UNI LE VERBE A L'HUMANITé DANS UNE SEULE PERSONNE. CHAPITRE XLI. JéSUS-CHRIST, PéCHé. CHAPITRE XLII LE BAPTêME. CHAPITRE XLIII. PéCHéS EFFACéS DANS LE BAPTêME. CHAPITRE XLIV. LE SINGULIER POUR LE PLURIEL ET RéCIPROQUEMENT. CHAPITRE XLV. LE PéCHé ORIGINEL EST COMPLEXE. CHAPITRE XLVI.. LE PéCHé ORIGINEL N'EST PAS LE SEUL QUI SE TRANSMETTE AVEC LE AVEC LE SANG. CHAPITRE XLVII. A QUELLE GéNéRATION S'ARRêTE LA TRANSMISSION DES FAUTES. CHAPITRE XLVIII. LE PéCHé ORIGINEL NE PEUT êTRE EFFACé QUE PAR JéSUS-CHRIST. CHAPITRE XLIX. LE BAPTêME DE JEAN N'AVAIT PAS LA VERTU DE RéGéNéRER. CHAPITRE L. JéSUS-CHRIST EFFACE TOUS LES PéCHéS. CHAPITRE LI. NéCéSSITé D'êTRE RéGéNéRé EN JéSUS-CHRIST. CHAPITRE LII. LE BAPTêME EST LA FIGURE DE LA MORT ET DE LA RéSURRECTION DE JéSUS-CHRIST. CHAPITRE LIII. LA CROIX, LA SéPULTURE, LA RéSURRECTION, L'ASCENSION DE JéSUS-CHRIST, SYMBOLES DE LA VIE CHRéTIENNE. CHAPITRE LIV. LE JUGEMENT DERNIER. CHAPITRE LV. DOUBLE SENS DE L'EXPRESSION : LES VIVANTS ET LES MORTS. CHAPITRE LVI. DE L'ESPRIT-SAINT ET DE L'éGLISE. — RAPPORTS DE L'éGLISE TRIOMPHANTE ET DE L'éGLISE MILITANTE. CHAPITRE LVII. BONHEUR INALTéRABLE DE L'éGLISE DU CIEL. CHAPITRE LVIII. HIéRARCHIES DES ANGES. CHAPITRE LIX. DE LA FORME SOUS LAQUELLE LES ANGES ONT APPARU. CHAPITRE LX. ARTIFICES DE SATAN POUR SE DéGUISER EN ANGE DE LUMIèRE. CHAPITRE LXI. JéSUS-CHRIST N'EST PAS MORT POUR LES ANGES. EN QUOI LA RéDEMPTION TOUCHE-T-ELLE LES ANGES. CHAPITRE LXII. JéSUS-CHRIST PRINCIPE D'UNION ET DE PAIX. CHAPITRE LXIII. LA PAIX DU ROYAUME DES CIEUX DéPASSE TONTE INTELLIGENCE. CHAPITRE LXIV. LA RéMISSION DES PéCHéS. CHAPITRE LXV. QUELS CRIMES REMET L'éGLISE. EN DEHORS DE L'éGLISE LES PéCHéS NE PEUVENT êTRE REMIS. CHAPITRE LXVI. LA RéMISSION DES PéCHéS A POUR BUT DE PRéVENIR LE JUGEMENT A VENIR. CHAPITRE LXVII. TOUS LES FIDèLES, QUELS QUE SOIENT LEURS CRIMES, SERONT-ILS SAUVéS PAR LE FEU? CHAPITRE LXVIII. DU FEU PURIFICATEUR EN CETTE VIE. CHAPITRE LXIX. DU FEU PURIFICATEUR DANS L'AUTRE MONDE. CHAPITRE LXX. SANS LA CONYERSION, L'AUMôNE NE PEUT RACHETER LES CRIMES. CHAPITRE LXXI. L'ORAISON DOMINICALE EFFACE LES FAUTES LéGèRES. CHAPITRE LXXII. FORMES DIVERSES DE L'AUMôNE. CHAPITRE LXXIII. L'AUMôNE LA PLUS NOBLE EST DE PARDONNER A SES ENNEMIS. CHAPITRE LXXIV. DIEU NE PARDONNE QU'A CEUX QUI PARDONNENT. CHAPITRE LXXV. L'AUMôNE NE PURIFIE PAS SI ON NE SE CORRIGE. CHAPITRE LXXVI. L'AUMôNE CONSISTE TOUT D'ABORD A PRENDRE PITIé DE SON AXE ET A BIEN VIVRE. CHAPITRE LXXVII. L'AUMôNE N'EST EFFICACE QU'A LA CONDITION DE RENONCER A L'INIQUITé. CHAPITRE LXXVIII. DE CERTAINS PéCHéS QUI, AU JUGEMENT DES HOMMES, SONT DES ACTES INNOCENTS. CHAPITRE LXXIX. DE CERTAINS PéCHéS FORT GRAVES, QUOIQUE LéGERS EN APPARENCE. CHAPITRE LXXX. L'HORREUR POUR LE CRIME S'AFFAIBLIT PAR L'HABITUDE. CHAPITRE LXXXI. DEUX CAUSES DU PéCHé : L'IGNORANCE ET LA FAIBLESSE : NéCESSITé DE LA GRACE POUR SURMONTER CES OBSTACLES. CHAPITRE LXXXII. LA PéNITENCE EST UNE GRACE DE DIEU. CHAPITRE LXXIII. DU PéCHé CONTRE LE SAINT-ESPRIT. CHAPITRE LXXXIV. DE LA RéSURRECTION DE LA CHAIR. CHAPITRE LXXXV. DES AVORTONS. CHAPITRE LXXXVI. DE L'éPOQUE OU LA VIE COMMENCE DANS LE SEIN MATERNEL. CHAPITRE LXXXVII. DES MONSTRES : COMMENT RESSUSCITERONT-ILS? CHAPITRE LXXXVIII. LE CORPS SE RECOMPOSERA, QUELLE QUE SOIT LA MANIèRE DONT LES éLéMENTS AURONT DISPARU. CHAPITRE LXXXIX. DES EXCROISSANCES DU CORPS: COMMENT SE RéUNIRONT-ELLES A L'ORGANISME. CHAPITRE XC. LA TAILLE, LES TRAITS N'OFFRIRONT PLUS D'IRRéGULARITé. CHAPITRE XCI. LE CORPS DES SAINTS RESSUSCITERA DANS SA SUBSTANCE, DéSORMAIS INDéFECTIBLE. CHAPITRE XCII. éTAT DU CORPS DES DAMNéS APRèS LA RéSURRECTION. CHAPITRE XCIII. QUELS SERONT PARMI LES DAMNéS CEUX QUI SOUFFRIRONT LE SUPPLICE LE PLUS DOUX. CHAPITRE XCIV. A LA VUE DES CHATIMENTS DES RéPROUVéS, LES SAINTS APPRéCIERONT MIEUX LEUR BONHEUR. CHAPITRE XCV. LES JUGEMENTS SECRETS DE DIEU DANS LE MYSTèRE DE LA. PRéDESTINATION, SERONT ALORS RéVéLéS. CHAPITRE XCVI. DIEU FAIT LE BIEN, MêME EN LAISSANT FAIRE LE MAL. CHAPITRE XCVII. LA VOLONTé DE L'HOMME PEUT-ELLE ENTRAVER LA VOLONTé DE DIEU QUAND IL A RéSOLU DE SAUVER UNE AME ? CHAPITRE XCVIII. QUOIQUE DIEU PUISSE CONVERTIR TOUS LES HOMMES, IL N'EST PAS INJUSTE EN NE LES CONVERTISSANT PAS TOUS CHAPITRE XCIX, DIEU FAIT GRACE PAR SA BONTé INFINIE, COMME IL ENDURCIT SANS INJUSTICE. — DU PRINCIPE QUI NOUS SéPARE DE LUI. CHAPITRE C. QU'AUCUN éVéNEMENT N'A LIEU EN DEHORS DE LA VOLONTé DE DIEU, LORS MêME QU'IL LA CONTREDIT. CHAPITRE CI. LA VOLONTé DE DIEU, TOUJOURS CONFORME AU BIEN, S'ACCOMPLIT PAR LES RéSOLUTIONS BONNES OU MAUVAISES DES HOMMES. CHAPITRE CII. LA VOLONTé DE DIEU EST TOUTE PUISSANTE: IL NE FAIT JAMAIS LE MAL SOIT QU'IL FASSE MISéRICORDE, SOIT QU'IL ENDURCISSE. CHAPITRE CIII. EXPLICATION DE CE PASSAGE DE L'éPîTRE A TIMOTHéE : DIEU VEUT LE SALUT DE TOUS LES HOMMES. CHAPITRE CIV. DESSEIN DE DIEU SUR ADAM, DONT IL PRéVOYAIT LA FAUTE. CHAPITRE CV. DE LA LIBERTé DANS L'éTAT PRIMITIF ET DANS L'éTAT DE PERFECTION. CHAPITRE CVI. NéCESSITé DE LA GRACE DANS L'éTAT PRIMITIF COMME DANS L'éTAT ACTUEL. CHAPITRE CVII. LA VIE éTERNELLE RéCOMPENSE ET GRACE TOUT A LA FOIS. CHAPITRE CVIII. DIEU EST L'AUTEUR DE NOTRE SALUT. CHAPITRE CIX. DU SéJOUR DES AMES AVANT LA RéSURRECTION. CHAPITRE CX. DANS QUELLE MESURE ET POUR QUELLES AMES LE SACRIFICE DE L'AUTEL ET LES AUMôNES SONT-ILS EFFICACES ? CHAPITRE CXI. DEUX CITéS éTERNELLES APRèS LE JUGEMENT GéNéRAL. CHAPITRE CXII. LE SUPPLICE DES DAMNéS DOIT êTRE éTERNEL. CHAPITRE CXIII. PERPéTUITé DE LA MORT DES IMPIES COMME DE LA VIE DES SAINTS. CHAPITRE CXIV. DE L'ESPéRANCE. — L'ORAISON DOMINICALE RENFERME TOUT CE QU'IL FAUT ESPéRER. CHAPITRE CXV. DES SEPT DEMANDES DE L'ORAISON DOMINICALE, D'APRèS SAINT MATTHIEU. CHAPITRE CXVI. DES CINQ DEMANDES DE L'ORAISON DOMINICALE, D'APRèS SAINT LUC : ACCORD DES DEUX éVANGéLISTES. CHAPITRE CXVII. LA CHARITé : SON UNION AVEC LA FOI ET L’ESPéRANCE. CHAPITRE CXVIII. — DES QUATRE éTATS OU éPOQUES DE L'HUMANITé. CHAPITRE CXIX. L'ESCLAVAGE DE LA LOI INCONNU A PLUSIEURS. CHAPITRE CXX. MORT DE L'ENFANT BAPTISé. CHAPITRE CXXI. LA CHARITé EST LA FIN DE TOUS LES PRéCEPTES. CHAPITRE CXXII. éPILOGUE.

Traité de la Foi, de l'Espérance et de la Charité.

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CHAPITRE PREMIER. L'AUTEUR DéFINIT LA VéRITABLE SAGESSE ET LA SOUHAITE A LAURENTIUS.

1. Je ne saurais exprimer, mon très-cher fils Laurentius, la joie que m'inspire ta science éclairée et le désir que j'éprouve de te voir au nombre des sages, non de ceux dont il est dit « Où est le sage? où est le scribe? où est le subtil discoureur du siècle présent? Dieu n'a- t-il pas convaincu de folie toute la sagesse du monde (1) ? » mais de ceux dont il a été écrit: « La multitude des sages est le salut de l'univers (2) », et que l'Apôtre donne pour modèles aux chrétiens à qui il adresse ces paroles: « Je veux que vous soyez sages dans le bien, simples dans le mal (3) » . Mais de même qu'on ne peut se donner l'existence, de même on ne peut tirer la sagesse de son propre fond; il faut, pour l'acquérir, être éclairé par celui dont il a été écrit : « Toute sagesse vient de Dieu (4) ».

1. I Cor. I, 20. — 2. Sag. VI, 26. — 3. Rom. XVI, 19. — 4. Eccli. I, 1.

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CHAPITRE II. LA SAGESSE DE L'HOMME EST TOUT ENTIèRE DANS LA PIéTé.

La sagesse de l'homme, c'est la piété. Ce principe est établi dans le livre de Job, où tu peux lire cet oracle de la sagesse elle-même « La piété, voilà la sagesse (1) » . Si tu me demandes le sens qu'il faut attacher ici au mot de piété, tu le trouveras nettement expliqué dans le terme grec, theosebeia, c'est-à-dire, culte dû à Dieu. La langue grecque désigne aussi la piété par le mot eusebeia, culte légitime; moins spécial, ce terme est toutefois consacré ordinairement à désigner le culte religieux. Mais comme le premier terme emporte avec lui la définition de la chose, il n'en est pas de plus propice pour fixer le caractère essentiel de la sagesse. Peux-tu souhaiter une précision plus grande, toi qui veux que je te présente les plus grandes vérités en raccourci ? Ou bien

1. Job, XXVIII, 28.

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ne demandes-tu pas qu'on t'explique ce terme et qu'on enseigne en peu de mots comment il faut honorer Dieu ?

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CHAPITRE III. ON HONORE DIEU PAR LA FOI, L'ESPéRANCE ET LA CHARITé.

Si je te réponds qu'on doit honorer Dieu par la foi, l'espérance et la charité tu vas m'accuser de pousser trop loin la précision, et me demander une explication succincte sur ces trois points, savoir: que faut-il croire, espérer, aimer? Ce travail sera une réponse complète aux questions que tu. m'as posées dans ta,lettre. Si tu en as gardé une copie, tu peux lés relire en tout cas, je vais te les rappeler.

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CHAPITRE IV. QUESTIONS POSéES PAR LAURENTIUS. RéPONSE D'AUGUSTIN.

Tu désires, m'écris-tu, que je compose pour toi ce qu'on nomme un manuel, un manuel qui puisse t'accompagner partout, et où soient traitées les questions suivantes : « 1 Que faut-il croire? que faut-il tenir pour suspect, surtout dans le conflit des hérésies?

2 Jusqu'à quel point la raison peut-elle devenir l'auxiliaire de la foi, et quelle est son insuffisance dans les mystères que la foi seule révèle? 3 Où commence, où finit en nous la perfection ? Quel est l'abrégé de la doctrine chrétienne? 4 Quel est le fondement véritable et indestructible de la foi catholique ? » Tu sauras tout ce qu'il faut savoir sur ces points essentiels, quand tu sauras exactement ce qu'il faut croire, espérer, aimer. Voilà principalement, ou plutôt voilà tout ce qu'il faut embrasser dans la religion. Celui qui combat ces principes ou ne porte pas le nom du Christ ou n'est qu'un hérétique. L'emploi du raisonnement n'est légitime qu'autant que les vérités sont du ressort de l'expérience des sens ou tombent sous les prises de notre intelligence. Quant aux choses qui ne relèvent pas de l'espérance ou qui dépassent et ont toujours dépassé la portée de l'esprit humain, il faut s'en rapporter sans hésitation au témoignage des auteurs qui ont composé les Ecritures, si justement appelées divines car leur sens ou leur esprit ont reçu de Dieu une énergie assez puissante pour saisir ces vérités surnaturelles ou les voir d'avance.

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CHAPITRE V. RéPONSE A LA TROISIèME ET A LA QUATRIèME QUESTION.

L'esprit, une fois pénétré des principes de la foi agissant par l' amour, s'efforce, par une vie pure, d'arriver à la contemplation où doit se révéler, aux cœurs saints et parfaits l'ineffable beauté dont la vue compose la félicité souveraine. Voilà le principe, voilà le terme de la perfection : elle commence par la foi, elle s'achève par la vue de Dieu. Voilà aussi l'abrégé du christianisme. Quant au fondement véritable et éternel de la foi catholique, c'est Jésus-Christ lui-même : «Personne, dit l'Apôtre, ne peut poser d'autre fondement que celui quia été établi et qui n'est autre que Jésus-Christ (1)». Et qu'on n'aille pas dire que ce fondement n'est pas essentiel à la foi catholique parce qu'il semble servir de point commun entre nous et certains hérétiques. Car, si l'on examine attentivement l'ensemble des vérités enseignées par Jésus-Christ, on s'aperçoit que Jésus-Christ n'appartient que de nom à certains hérétiques qui prétendent au titre de chrétiens, et qu'en réalité il ne préside point au milieu d'eux. La démonstration de cette vérité m'entraînerait trop loin : il faudrait en effet passer en revue toutes les hérésies anciennes, actuelles ou même possibles, et faire voir, en les analysant, qu’elles ne sont chrétiennes que de nom. Or, cette discussion exigerait une suite de volumes, ou plutôt elle paraît inépuisable.

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CHAPITRE VI. DE LA MATIèRE QUE PEUT CONTENIR UN MANUEL.

Au contraire, tu n'attends de moi « qu'un manuel et non de gros livres capables de remplir les rayons d'une bibliothèque ». Pour en revenir donc aux trois points qui constituent le culte dû à Dieu, la foi, l'espérance, la charité, il est aisé d'enseigner ce qu'il faut croire , ce qu'il faut espérer , ce qu'il faut aimer. S'agit-il de réfuter les sophismes de ceux qui combattent nos principes?Une telle oeuvre exige une science profonde, étendue ; et, pour l'acquérir, il ne suffit pas d'un manuel, il faut l'enthousiasme d'un coeur embrasé de zèle.

1. I Cor. III, 11.

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3 CHAPITRE VII. LE SYMBOLE ET L'ORAISON DOMINICALE RENFERMENT LA .FOI, L'ESPéRANCE, LA CHARITé.

2. Voici le Symbole et l'Oraison Dominicale qu'y a-t-il de plus court à lire ou à entendre, de plus facile à graver dans la mémoire ? Comme le genre humain était accablé sous le poids de la misère qu'avait entraînée le péché, et avait besoin de la miséricorde divine, un prophète, annonçant le règne de la grâce, disait : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé (1) ». De là l'origine de la prière. En outre, l'Apôtre, après avoir cité le témoignage du prophète, et pour attirer les yeux sur la grâce, ajoute aussitôt : « Comment invoqueront-ils celui en qui ils ne croient pas (2) ? » De là l'origine du Symbole. Tu découvres dans l'Oraison dominicale et le Symbole les trois vertus fondamentales : C'est la foi qui croit, c'est l'espérance et la charité qui prient : et comme celles-ci ne .peuvent exister sans celle-là, la foi prie également; c'est en ce sens qu'il a été dit : « Comment invoqueront-ils Celui en qui ils ne croient pas? »

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CHAPITRE VIII. EXPLICATION GéNéRALE DE LA FOI, DE L'ESPéRANCE, DE LA CHARITé : DE LEUR UNION INDISSOLUBLE.

Mais peut-on espérer ce qu'on ne croit pas? Toutefois il est des choses qu'on croit sans les espérer. Car quel est le chrétien qui ne croit pas au châtiment éternel réservé aux impies? S'ensuit-il que l'on s'attende à ce supplice? Non; on a beau croire qu'il est suspendu sur sa tête, et en détourner sa pensée avec horreur, on ne l'espère pas, on le craint. Un poète a nettement distingué ces deux sentiments :

Laissez a la crainte un rayon d'espérance. (Luc, Ph. liv. II, V, 15.)

Un autre poète, malgré la supériorité de son génie, n'a pas. employé l'expression propre dans ce vers :

Si je puis espérer. une telle douleur. (Enéid., liv. V, 419.)

Aussi quelques grammairiens ont-ils cité ce vers comme un exemple d'impropriété

1. Joel, II, 23. — 2. Rom. X, 14.

selon eux, l'auteur a pris espérer dans le sens de craindre (1). La foi peut donc s'attacher au bien comme au mal : car on peut croire, sans que la foi soit viciée, au bien et au mal. La foi peut aussi avoir pour objet le passé, le présent et l'avenir. Par exemple, nous croyons que Jésus-Christ est ressuscité, c'est un fait passé; qu'il est assis à la droite de son Père, c'est un fait actuel; qu'il viendra juger tous les ,hommes, c'est un fait à venir. La foi s'étend de plus aux intérêts d'autrui comme aux nôtres. En effet, nous croyons que non-seulement notre existence, mais encore celle des autres hommes et du monde, loin d'être éternelle, a eu un commencement : nous croyons une foule de mystères qui ont trait à nos semblables et même aux anges. Quant à l'espérance, elle a pour objet le bien, l'avenir; elle est de plus un sentiment tout personnel. La foi et l'espérance, ayant un caractère distinctif, doivent donc être désignées par un terme spécial. Cependant ces deux vertus ont un trait commun : elles s'attachent toutes-deux à un objet invisible. Voilà pourquoi dans l'Epître aux Hébreux, dont le témoignage a été invoqué par les Apologistes les plus illustres, la foi est définie : « la croyance aux choses qu'on ne voit pas (2) ». Sans doute quand une personne prétend s'en rapporter, ou si l'on veut, donner son adhésion, non à l'autorité des paroles, du témoignage d'autrui ou du raisonnement, mais à l'évidence même qui s'attache â la déposition de ses yeux, elle n'énonce pas une opinion tellement insensée qu'on ait le droit de la reprendre, de -blâmer -ses prétentions et de lui dire : Tu as vu, donc tu n'as pas cru; ce qui pourrait faire conclure qu'il y a contradiction à dire qu'une chose peut être crue sans tomber sous les regards. Mais la foi a chez nous un sens mieux défini: nous appelons ainsi la croyance que fait naître en nous le témoignage des divines Ecritures et qui s'attache par conséquent à un objet invisible. L'Apôtre a dit également de l'espérance « L'espérance que l'on voit n'est plus l'espérance; peut-on espérer ce que l'on voit? Si

1, Sperare, comme en grec elpizein, signifie prévoir le bien ou le mal. Saint Augustin le sait fort bien, il n'a pas oublié les commentaires grammaticaux des vieux poètes. Mais il veut définir nettement l’objet propre de l'espérance, c'est-à-dire le bonheur, il lui faut un terme technique, et si Lucain le lui fournit, il le prend dans Lucain. C'est une preuve entre mille que l'analyse philosophique a été une cause plus active peut-être que la barbarie, de la décomposition du latin et le véritable berceau des idiomes modernes.

2. Hébr. XI, 1.

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nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec patience (1) ». Donc, en ayant foi dans les biens à venir, nous ne faisons que les espérer. Que dire de l'amour? Sans lui la foi est inutile; et quant à l'espérance, elle en est inséparable. Enfin, comme dit l'apôtre Jacques , « les démons croient et tremblent (2) ». Mais, malgré la foi, ils ne peuvent ni aimer ni espérer; ou plutôt ils redoutent de voir se réaliser ce que la foi nous apprend à aimer et à espérer. Aussi l'Apôtre Paul approuve-t-il et exalte-t-il « la foi agissant par l'amour (3) » et, à ce titre, indissolublement unie à l'espérance. En un mot, l'amour suppose l'espérance, comme l'espérance suppose l'amour, et ces deux sentiments sont inséparables de la foi.

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CHAPITRE IX. EXPOSITION DES PRINCIPES DE LA FOI, DANS L'ORDRE MêME DU SYMBOLE. SCIENCE NéCESSAIRE AU CHRéTIEN.

3. Demande-t-on ce qu'il faut croire en matière de religion?

Il serait bien inutile de chercher à pénétrer les secrets de la nature à l'exemple des physiciens (4), pour parler comme les Grecs. Les propriétés et le nombre des éléments; les mouvements réguliers des corps célestes et leurs éclipses; la structure de l'univers; les espèces et l'organisation des animaux; la formation des plantes, des pierres, des sources, des fleuves, des montagnes; les divisions de l'espace et du temps ; les pronostics de la température, et mille autres phénomènes dont les savants ont découvert ou se flattent d'avoir découvert les lois ; autant de questions que le chrétien doit se résoudre sans peine à ne pas savoir à fond : car, ces savants eux-mêmes, quels qu'aient été la supériorité de leur génie, le feu de leur enthousiasme, l'étendue de leurs travaux, n'ont pu tout découvrir en recourant soit aux hypothèses, soit à l'expérience des siècles passés ; et, dans les inventions dont ils se font un titre de gloire, il y a plus de probabilité que de science véritable. Il suffit à un chrétien de savoir que les choses créées, célestes ou terrestres, visibles ou invisibles, n'ont qu'une cause,

1. Rom. VIII, 24, 25. — 2. Jacob, II, 1. — 3. Gal. V, 6. — 4. Physicus en grec, ce terme correspond à notre mot naturaliste dans toute son acception.

la bonté du Dieu véritable et unique qui les a tirées du néant ; que tout l'être est en lui ou vient de lui, que ce Dieu est en trois personnes, le Père, le Fils engendré du Père, le Saint-Esprit procédant de l'un et de l'autre, unique et même Esprit du Père et du Fils. .

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CHAPITRE X. DE L'ORIGINE DU MAL .

Créé par la Trinité, en qui le bien réside dans sa plénitude et son immuable perfection, le monde ne reproduit point cette bonté souveraine, indéfectible, immuable ; toutefois chaque chose a le degré du bien qui lui est propre : tout est bon 1 et de l'accord des parties entre elles naît un ensemble de merveilleuse beauté.

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CHAPITRE XI. POURQUOI DIEU PERMET-IL LE MAL ? LE MAL N'EST QUE LA NéGATION DU BIEN.

Le mal a sa place naturelle et légitime dans la création: il fait ressortir, par le contraste, le prix du bien et lui communique un nouvel attrait. En effet, le Dieu tout-puissant auquel les païens eux-mêmes attribuent « un empire souverain Sur la nature (1) », n'aurait jamais permis dans sa bonté infinie que le mal se mêlât à son ouvrage, s'il n'avait été assez bon et assez puissant pour tirer le bien du mal même. Et qu'est-ce que le mal, sinon la négation du bien ? Dans le corps les maladies, les blessures sont un défaut de santé : et cela est si vrai, que les remèdes ont pour effet non d'expulser ces désordres de l'organisme afin qu'ils aillent subsister ailleurs, mais de les y détruire absolument ; les blessures, les maladies ne sont pas des substances ; elles ne sont que des altérations de la chair : or la chair étant une substance, est par là même un bien; mais c'est un bien que peut modifier la maladie, c'est-à-dire, le défaut du bien qu'on appelle la santé. Il en est de même de l'âme quels que soient ses vices, ils ne sont. tous qu'une privation des biens qu'elle tient de sa nature ; s'en guérit-elle ? ils ne vont pas se réfugier ailleurs : ils disparaissent au sein de la santé avec laquelle ils sont incompatibles.

1. Gen. I, 31. — 2. Virg. Enéid. X, 100.

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CHAPITRE XII. TOUS LES êTRES CRééS SONT BONS ; L'IMPERFECTION DE LEUR NATURE LES ASSUJéTIT A LA CORRUPTION.

4. Tous les êtres étant l'ouvrage de la bonté infinie, sont nécessairement bons : mais comme ils ne peuvent posséder la bonté souveraine et immuable de leur Créateur, le bien en eux est susceptible de diminuer ou de s'accroître. Or, tout affaiblissement du bien est un mal : toutefois, quelle que soit cette dégradation, elle suppose nécessairement une substance qui serve comme de support à l'être, pour peu qu'il soit réel et effectif: Imaginez un être aussi limité, aussi imparfait qu'il vous plaira :

la bonté qui compose son essence ne saurait être anéantie sans qu'il ne soit anéanti lui-même. Si un être que la corruption n'a point atteint est digne de notre admiration, celui que son essence même rend absolument incorruptible, lui est sans contre dit supérieur. Mais quand une substance se corrompt, cette corruption entraînant la perte de quelque bien, devient par là même un mal car si elle n'entraînait la perte d'aucun bien, elle ne lui serait pas nuisible ; or, elle lui est nuisible ; elle lui fait donc perdre quelque bien. Ainsi, tant qu'une substance va en se corrompant, elle conserve un bien dont elle est insensiblement dépouillée; par conséquent, s'il lui restait un degré de bonté que la corruption ne pourrait atteindre, elle deviendrait essentiellement incorruptible, et elle aurait acquis ce bien immense par l'effet même de la corruption. Ne cesse-t-elle au contraire de se corrompre ? elle garde nécessairement un bien susceptible d'être détruit par la corruption. Si elle pouvait être détruite tout entière et dans son fond, tout vestige de bien s'effacerait par cela seul qu'elle ne serait plus rien. La corruption ne peut donc anéantir le bien qu'en réduisant la substance elle-même au néant. Tout être est donc bon, à un haut degré, s'il est en dehors de la corruption ; à un degré plus faible, s'il est soumis à ses effets: quant à nier qu'il soit bon, il faudrait être fou et étranger à la philosophie. Car si l'être était anéanti par la corruption, la corruption elle-même disparaîtrait, puisqu'il n'y aurait plus de substance où elle pût exister.

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CHAPITRE XIII. POINT DE MAL SANS BIEN.

Il faut donc conclure qu'il n'y a point de mal sans bien. Le bien, sans aucun mélange de mal, est le bien absolu : uni au mal, c'est un bien corrompu ou corruptible; mais le mal ne saurait exister dans l'absence totale du bien. De là une conséquence qui paraît étrange Toute substance étant essentiellement un bien, prétendre qu'une substance corrompue est mauvaise, c'est dire au fond qu'un bien est un mal, et qu'il n'y a de mal que le bien; car, toute substance est un bien et, pour être mauvaise, fine chose doit être. Le mal, pour exister, suppose donc un bien ; et, quoique cette vérité ait l'air d'un paradoxe, le raisonnement nous l'impose comme la conséquence invincible d'un principe nécessaire. Faudra-t-il donc voir tomber sur nos têtes cet arrêt prononcé par le prophète : « Malheur à ceux qui disent que le bien est mal et que le mal est bien ; que les ténèbres sont la lumière, et que la lumière est les ténèbres ; que la douceur est pleine d'amertume et l'amertume pleine de douceur (1) » . Il est vrai que le Seigneur a dit : « Le méchant tire de mauvaises choses d'un mauvais trésor (2) ». Or, l'homme étant une substance, un homme mauvais n'est-il pas une mauvaise substance ? D'autre part, si l'homme, par cela seul qu'il est une substance, est un être excellent, le méchant n'est-il pas un mal excellent ? Cette difficulté tombe devant un examen plus attentif. Le mal, chez le méchant, n'est pas inhérent à la nature humaine, ni le bien, à l'iniquité : on est bon parce qu'on est homme, on est mauvais, parce qu'on commet l'iniquité. Si donc on prétend que c'est un mal d'exister, un bien d'être méchant, on encourt l'anathème du prophète : « Malheur à ceux qui disent que le bien est un mal et que le mal est un bien ». Car on blâme ainsi dans l'homme ce,qui est l'ouvrage de Dieu, et l'on approuve en lui le mal qu'il ne doit qu'à l'iniquité. Donc tout être, même corrompu, est bon en tant qu'il est un être ; en tant qu'il s'est corrompu, il est mauvais.

1. Isai. V, 20. — 2. Matt. XII, 35.

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6 CHAPITRE XIV LE MAL NAIT DU BIEN.

Le bien et le mal sont donc des contraires auxquels on ne saurait appliquer l'axiome des métaphysiciens: que « deux qualités contradictoires ne peuvent se rassembler dans la même substance ». L'air ne peut être tout ensemble sombre et transparent; une liqueur, un aliment ne peut être à la fois doux et amer; le blanc et le noir, le beau et le laid ne peuvent exister simultanément dans une même partie d'un même corps; en général, l'identité de la substance exclut les contraires. Mais il n'en est pas de même .du bien et du mal. Quelque évidente que soit leur opposition essentielle, ils se réunissent dans le même être; que dis-je ? le mal ne peut subsister sans le bien et en dehors du bien, mais le bien peut subsister en dehors du mal.

Car, on conçoit un homme, un ange purs de toute injustice; or ces deux êtres sont seuls capables de tomber dans l'injustice; ce sera donc un bien d'être homme ou ange, un mal d'être injuste.

Ces deux contraires soutiennent donc un rapport tel que le mal ne saurait exister sans un bien auquel il puisse s'attacher: car, sans un fond capable de s'altérer, le vice n'aurait plus de substance où il pût naître et résider, puisque tout vice suppose l'altération d'un bien. Ainsi les maux naissent des biens et y trouvent leur support. Imaginez un autre principe d'où le mal puisse sortir, vous. ne le trouverez pas. Car la substance du mal, en tant que substance, serait bonne nécessairement; dès lors ou elle serait indéfectible et par conséquent un bien infini, ou elle serait susceptible de s'altérer et par conséquent offrirait encore un bien sur lequel seul la corruption aurait prise.

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CHAPITRE XV. EXPLICATION DE CE PASSAGE : « UN BON ARBRE NE PEUT PORTER DE MAUVAIS FRUITS ».

Qu'on n'aille pas croire qu'en faisant sortir le mal du bien nous nous mettons en contradiction avec cette parole du Seigneur: « Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits (1) ». Sans doute, comme dit encore la Vérité souveraine, « on ne peut cueillir des raisins sur

1. Matt. VII, 18.

des épines», parce que le raisin ne vient pas sur les épines ; mais nous voyons tous les jours les vignes, et les épines croître ensemble dans une excellente terre. De même donc qu'un mauvais arbre ne peut produire de bons fruits, de même une volonté perverse ne saurait être un principe de bonnes actions mais la nature humaine, quelque excellente qu'elle soit, peut produire une bonne comme une mauvaise volonté: et en effet la première intention coupable n'a trouvé pour germer que deux natures excellentes, celle de l'ange et celle de l'homme. Le Seigneur, du reste, a mis cette pensée en pleine lumière dans le passage même où il parlait de l'arbre et de ses fruits . « Ou rendez l'arbre bon avec ses fruits; ou rendez l'arbre mauvais et les fruits mauvais également (1)». Il nous révèle assez par là que si un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, ni un mauvais arbre de bons fruits, la terre, à laquelle s'adressait ce précepte, pouvait également voir naître ces deux espèces d'arbres.

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CHAPITRE XVI. LA SCIENCE N'EST PAS UN éLéMENT ESSENTIEL DU BONHEUR.

5. Puisqu'il en est ainsi, tout en admirant le vers célèbre de Virgile : « Heureux celui qui a pu remonter jusqu'aux principes des choses (2)», n'allons pas nous figurer que le moyen d'arriver au bonheur, c'est de connaître les lois qui président aux magnifiques mouvements des corps dans l'univers, mystères que la nature recèle dans ses dernières profondeurs ; de savoir pourquoi la terre tremble, quelle puissance fait enfler la mer dans ses abîmes et la pousse hors de ses limites pour la refouler ensuite sur elle-même (3) » . et autres phénomènes analogues. Nous devons nous borner à rechercher les causes d'où proviennent les biens et les maux, et cela, dans les limites qu'impose à l'homme là nécessité d'échapper aux erreurs et aux misères dont cette vie est la source féconde. Notre fin, c'est de tendre à cette béatitude qui exclut le désordre de la souffrance comme les illusions de l'erreur. S'il y avait obligation pour nous de remonter aux lois des phénomènes de la nature, notre premier devoir serait d'approfondir les secrets de nos maladies : cependant

1. Matt. XII, 33. — 2. Georg. II, 490. — 3. Ibid. 479-480.

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telle est sur ce point notre insuffisance, que nous avons recours aux médecins : dès lors, comment ne pas se résigner à l'impuissance où nous sommes de sonder les merveilles du ciel et de la terre ?

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CHAPITRE XVII. EN QUOI CONSISTE L'ERREUR. L'ERREUR N'EST PAS TOUJOURS NUISIBLE. ANECDOTE.

Nous devons sans doute éviter l'erreur, par tous les moyens en notre pouvoir, dans les grandes comme dans les plus petites choses: mais, de ce que l'erreur a pour cause l'ignorance, il ne faudrait pas en conclure que le manque de savoir entraîne toujours une erreur. Se tromper; c'est croire savoir ce qu'on ne sait pas : car le véritable caractère de l'erreur, c'est -de prendre le faux pour le vrai. Mais la gravité de l'erreur dépend surtout de l'objet qui l'occasionne. S'agit-il d'un même objet ? La science, sans contredit, vaut mieux que l'ignorance, et la certitude que l'illusion. S'agit-il d'objets divers ? L'un sait-il des choses utiles, l'autre des choses superflues ou même nuisibles ? Sur ce dernier point,qui ne préférerait l'ignorance au savoir ? Il - est des choses - qu'il vaut mieux ignorer que de connaître. Cela est si vrai qu'il a été plus d'une fois avantageux de s'égarer, je ne dis pas sur le -chemin de la vertu, mais en voyage. Il nous est arrivé à nous-mêmes de nous tromper à un embranchement de route et d'éviter ainsi- une embuscade où une troupe de Donatistes épiaient sous lés armes l'instant de notre passage ; nous ne pûmes atteindre le but de notre voyage que par un long détour, mais en apprenant le piège qui nous avait été tendu, nous nous félicitâmes de nous être égarés et rendîmes grâces à Dieu. Qui ne préférerait ici l'illusion où tombe le voyageur, à la vraie connaissance que possède le brigand ? Si donc le plus grand de nos poètes fait dire à un amant au désespoir: « Je te vis ; éperdu, je devins le jouet d'une funeste erreur » , c'est peut-être parce qu'il y a d'heureuses erreurs qui, sans être nuisibles, produisent un bien.

Mais, en allant au fond des choses, puisque l'erreur ne consiste qu'à prendre le vrai pour le faux, et le faux pour, le vrai, à tenir le certain pour incertain et l'incertain pour certain, quelle que soit la vérité ou la fausseté des choses en elles-mêmes;

puisque l'humiliation et l'avilissement de notre esprit en cet état, n'ont d'égale que sa grandeur et sa noblesse lorsqu'il lui suffit pour exprimer son adhésion de dire simplement : Oui, cela est ; non, cela n'est pas (1) : on peut apprécier toute la misère de cette vie humaine qui, polir se conserver, à parfois besoin dit concours de l'erreur. Loin de moi la pensée de comparer à la vie humaine l'existence où notre âme doit vivre de la vérité, où il n'y à ni trompeur ni .dupe. Mais ici-bas les hommes sont trompeurs où dupes, et c'est un plus grand malheur de mentir pour tromper que d'être induit en erreur en croyant au mensonge. Telle est toutefois l'horreur de la nature humaine pour le faux, tel est son penchant à éviter l’erreur, que ceux-là mêmes qui se plaisent à tromper ne consentent pas à être trompés. Le, menteur en effet n'est, pas dupe de l'erreur où il engagé, celui qui se fie à ses paroles. Mais s'il ne se trompe pas sur la chose même dont il altère sciemment là vérité , il se trompe en se figurant que son mensonge n'entraîne pour lui aucune conséquence fâcheuse. Le péché est plus fatal à son auteur qu'à celui qui en est la victime.

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CHAPITRE XVIII. TOUT MENSONGE EST UN PéCHé, MAIS LA GRAVITé EN EST RELATIVE. L'INTENTION FAIT LE MENSONGE.

6. Ici s'élève une question obscure et subtile, que les.

nécessités de la polémique nous ont obligé à traiter clans un ouvrage considérable c'est de savoir si l'homme de bien peut quelquefois mentir. II y a des gens qui vont jusqu'à soutenir que le parjure et le mensonge en matière de religion et de foi pourraient être, dans certaines circonstances, un acte de vertu et de piété. Pour moi, je pense que tout mensonge est un péché en soi, mais que la gravité en est subordonnée à l'intention et à la nature même de la faute. Le péché n'est pas aussi grave suivant que l'on ment pour faire le bien ou pour porter préjudice, et on porte moins de préjudice en donnant à un voyageur une indication trompeuse qu'en faussant les principes qui conduisent à la vie éternelle. On ne saurait tenir pour menteur celui qui dit une fausseté en croyant ne dire que la vérité, car il est

1. Matt. V, 37.

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plutôt trompé qu'il ne trompe lui-même. Il faut donc voir moins un mensonge qu'un défaut de réflexion chez celui qui a trop légèrement affirmé le faux et le tient pour vrai. Au contraire on ment, autant qu'il est en soi, quand on donne pour vrai ce que l'on croit faux. Car, à ne considérer que l'intention, on ne dit pas la vérité dès qu'on parle contre sa pensée, lors même que la vérité serait conforme à cette assertion : on est coupable de mensonge, parce que l'on a dit la vérité de bouche et sans le savoir, tandis que l'on avait dessein de tromper. Donc, indépendamment de l'objet même sur lequel porte l'erreur, et à n'examiner que l'intention de celui qui parle, il est plus conforme à la vertu de dire par ignorance une chose fausse, en croyant dire la vérité, que de se proposer de mentir et de rencontrer la la vérité sans le savoir. Chez l'un, en effet, la parole s'accorde avec la pensée; chez l'autre, quelle que soit la valeur de son affirmation, la bouche exprime une pensée, le coeur en cache une autre, et c'est là le caractère distinctif du mensonge.

Quant aux objets sur lesquels porte l'illusion, on mesure à leur importance la gravité de l'erreur ou du mensonge, à tel point que, s'il est moins funeste d'être dupe que de tromper, en ce qui touche les intérêts purement humains, il est mille fois plus excusable de mentir dans les choses qui ne concernent pas la religion, que d'être trompé sur les principes qu'il faut croire ou savoir nécessairement pour honorer Dieu. Pour éclaircir ma pensée par un exemple, comparons le mensonge d'un homme qui soutiendrait qu'un mort est encore vivant, à l'erreur de celui qui croirait que Jésus-Christ doit mourir une seconde fois au bout d'une période de temps indéterminée. Ne vaut-il pas infiniment mieux mentir comme l'un que de se tromper comme l'autre, et n'y a-t-il pas un désordre moins grave à entraîner quelqu'un dans la première erreur qu'à se laisser entraîner soi-même dans la seconde?

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CHAPITRE XIX. L'ERREUR EST TOUJOURS UN MAL, QUOIQUE A DES DEGRéS DIFFéRENTS.

Ainsi donc, selon la nature des objets, l'erreur est tantôt cause d'un mal plus ou moins grand, tantôt, sans être nuisible, elle produit quelque bien. Le mal est immense, quand on ne croit pas aux vérités qui conduisent à la vie éternelle, ou qu'on croit à des erreurs qui entraînent la damnation; il est léger, quand un faux calcul nous attire des disgrâces passagères que la résignation chrétienne peut changer en bien; tel est le préjudice que nous causerait un homme qui aurait su nous déguiser sa méchanceté. Celui qui regarde un méchant comme bon, sans en être victime, est le jouet d'une innocente erreur et se trouve à l'abri de cette malédiction du prophète : « Malheur à ceux qui disent que le mal est bien ». Ces paroles en effet doivent s'entendre des vices plutôt que des personnes : par exemple, si l'on dit que l'adultère est un bien, on encourt l'anathème du prophète;

mais si l'on appelle un homme bon, parce qu'on le croit chaste et qu'on ignore ses dérèglements, l'erreur n'a plus pour objet le vice et la vertu, mais le mystère même qui enveloppe les actions humaines : on l'appelle bon, en lui prêtant une vertu et tout en croyant que l'adultère est un mal et la chasteté un bien ; on lui donne ce titre, parce qu'on le croit chaste et qu'on ignore qu'il vit dans l'adultère.

Enfin, si l'erreur devient un moyen de salut, comme j'en suis un heureux exemple, elle est pour l'homme de quelque utilité. Et lorsque je dis qu'en certains cas on peut se tromper sans qu'il en résulte de mal ou même pour son bien, je ne prétends pas que l'erreur en elle-même ne renferme aucun mal ou soit un bien: j'entends dire par là le mal qu'on évite ou le bien qu'on atteint en s'éloignant de son but, en d'autres termes, les désagréments que l'erreur ne produit pas ou les avantages qui en découlent. Bien que la gravité de l'erreur soit en proportion avec l'importance des choses, elle est toujours un mal. Pourrait-on en effet, sans tomber soi-même dans l'erreur, prétendre qu'il n'y a aucun mal à prendre le faux pour le vrai, à rejeter le vrai comme faux, à tenir pour certain ce qui est incertain, et réciproquement ? Mais il y a une différence profonde entre l'illusion qui nous fait regarder comme bon un méchant homme, et l'absence de suites fâcheuses qui auraient pu en résulter: il y a erreur, mais ce mal n'en a pas produit d'autres, le méchant homme nous ayant trompés sans nous faire tort. De même il est fort différent de croire faussement qu'on a pris le bon chemin et de recueillir de cette erreur un avantage, par exemple, celui d'éviter les embûches des scélérats.

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9 CHAPITRE XX. TOUTE ERREUR N'EST PAS UN PéCHé. RéFUTATION DU SCEPTICISME DE LA NOUVELLE ACADéMIE.

7. Faut-il voir des fautes dans une foule d'erreurs, par exemple: on abonne opinion d'un méchant homme dont on ne connaît pas les moeurs; un rêve nous présente des fantômes que l'imagination conçoit comme des réalités, et la réalité semble quelquefois n'être qu'un songe : témoin l'apôtre Pierre qui, délivré tout à coup de ses chaînes et de sa prison par un ange, croyait rêver'; dans l'ordre physique même, on confond le rude avec le poli, le doux avec l'amer, les parfums avec les mauvaises odeurs; le bruit d'une voiture fait croire qu'il tonne; la ressemblance des traits fait prendre un homme pour un autre, surtout. quand elle est frappante comme chez quelques jumeaux et qu'elle produit « cette « illusion charmante pour les parents » dont parle le poète (2)? Je l'ignore. Je ne veux point entreprendre non plus de résoudre le problème qui a tant tourmenté les subtils philosophes de l'Académie, ni examiner avec eux si le sage ne doit pas s'abstenir de tout jugement dogmatique, pour éviter de tomber dans l'erreur en prenant le faux pour le vrai : car d'après eux, tout est mystère ou incertitude. J'ai composé trois livres sur ce sujet, au début même de ma conversion, afin d'écarter les amas de contradictions qui auraient pu arrêter mes premiers pas. Avant tout, en effet, j'avais à réfuter les arguments dont ils s'appuient pour démontrer que la vérité est introuvable. Dans ce système, toute erreur est une faute, et l'unique moyen de l'éviter, c'est de suspendre en toutes choses son jugement : car l'erreur consiste à donner son adhésion à des apparences, et il n'y a aucune certitude dans nos idées, parce que le faux ne présente aucun caractère qui le distingue du vrai, lors même que le vrai serait caché sous les apparences. Voilà leur théorie, et pour la soutenir, ils prodiguent toutes les ressources de la dialectique.. la plus subtile et la plus audacieuse. Pour nous, au contraire : « Le juste vit de la foi (3) ». Mais si toute adhésion est impossible, la foi est détruite; car on ne peut croire sans donner son adhésion à la vérité.

Or, il y a des choses vraies quoique invisibles, qu'il faut

1. Ac. 12, 9. — 2. Virg. En. X, 392. — 3. Rom. I, 17.

croire sous peine de n'arriver jamais à la vie bienheureuse, en d'autres termes, à la vie éternelle. Aussi je ne sais trop si nous devons discuter avec des philosophes qui, loin d'admettre l'immortalité de l'âme, ne savent pas même s'ils vivent ici-bas, que dis-je? qui prétendent ne pas savoir ce qu'ils savent nécessairement. On ne peut en effet douter de son existence; car, sans l'existence, on n'est capable de rien, même d'ignorer, puisque pour ignorer, comme pour savoir, il faut d'abord exister. En refusant d'admettre leur propre existence , ils s'imaginent éviter l'erreur, comme si l'erreur même n'était pas la preuve irrésistible qu'ils existent : car si on n'existait pas, on ne pourrait se tromper. Notre existence est donc un fait aussi vrai qu'incontestable, et ce principe entraîne une foule de vérités tellement évidentes , que le doute serait à cet égard moins philosophique qu'insensé.

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CHAPITRE XXI. L'ERREUR, SANS êTRE TOUJOURS UNE FAUTE, EST ESSENTIELLEMENT UN MAL.

Quant aux choses sur lesquelles la foi ou le doute, la certitude ou l'erreur ne contribuent en rien à la conquête du royaume de Dieu, l'illusion qui fait prendre le vrai pour le faux n'entraîne aucune faute, ou du moins cette faute est légère et sans conséquence. Pour tout dire, de pareilles erreurs, quelles qu'en soient la nature et la gravité, sont en dehors de la voie qui nous conduit à Dieu, en d'autres termes, « de la foi agissant par l'amour (1) ». Ce n'était point sortir de cette voie que d'éprouver l'illusion charmante qui faisait confondre deux jumeaux à leurs parents, que de se croire, comme l'apôtre Pierre, dupe d'un songe qui lui faisait prendre la réalité pour une chimère de son imagination, jusqu'au départ de l'ange, son libérateur ; de même le patriarche Jacob ne quittait pas cette voie en se figurant que son fils, qui vivait encore, avait été dévoré par une bête cruelle (2). Nous sommes victimes de ces illusions et de ces erreurs, sans perdre la foi en Dieu ni quitter la voie qui mène vers lui; à ce titre, elles ne sont pas des péchés : toutefois il faut les ranger parmi les maux de cette vie, où la vanité domine avec tant d'empire qu'on y voit sans

1. Gal. V, 6. — 2. Gen. XXXVII, 33.

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cesse le faux tenu pour vrai, le vrai sacrifié au faux et l'incertain regardé comme évident. Car, quelque étrangères que soient ces erreurs à la foi, qui nous mène, par un chemin sûr et infaillible, au bonheur éternel, elles font partie dé la misère au sein de laquelle nous sommes encore plongés. Nos facultés morales et physiques seraient à l'abri de l'erreur, si nous jouissions déjà de la véritable et souveraine félicité.

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CHAPITRE XXII. TOUT MENSONGE EST UN PéCHé.

Au contraire, tout mensonge doit être regardé comme un péché, parce que l'homme, soit qu'il sache la vérité, soit qu'il se trompe et s'égare par suite de sa faiblesse naturelle, doit parler comme il pense : peu importe ici que. son langage exprime la vérité ou qu'il la contredise, pourvu qu'il soit sincère.

Car le mensonge ne consiste qu'à parler contre sa pensée et dans l'intention de tromper. Les mots n'ont pas été établis pour déguiser la pensée, mais pour la communiquer, C'est donc un péché que de se servir du langage pour tromper en le détournant de son but primitif. Et n'allons pas justifier le mensonge sous prétexte qu'il peut être utile.

A ce titre, on pourrait obliger un pauvre, en commettant un larcin dont il recueillerait le bénéfice, sans qu'il en résultât le moindre inconvénient pour le riche que l'on aurait volé en secret : toutefois, on n'oserait jamais soutenir que ce larcin ne soit pas un péché. On pourrait encore voir dans l'adultère un moyen de rendre service, en consentant à satisfaire la passion d'une femme qui semblerait exposée à mourir d'amour, et qui aurait ensuite le temps de se purifier par le repentir pourtant un commerce aussi infâme est incontestablement un péché. Si la chasteté a tant de prix à nos yeux, la vérité est-elle moins belle ? Nous ne voudrions pas, dans l'intérêt d'autrui, commettre un adultère ; pourquoi voudrions-nous commettre un mensonge? On ne saurait nier sans doute que mentir dans le seul but de sauver un homme, c'est avoir progressé déjà beaucoup dans la vertu; mais ce qui mérite alors la louange ou la reconnaissance, aux yeux du monde, c'est la bienveillance plutôt que le mensonge même : il suffit qu'on excuse celui-ci sans l'approuver, surtout quand on est. héritier du Nouveau Testament et qu'on doit suivre ce précepte « N'ayez à la bouche que ces mots : oui, oui; non, non : tout ce qu'on dit de plus vient du mal ! (1) ». Et c'est parce que ce mal ne cesse de se glisser dans la vie humaine que les cohéritiers de Jésus-Christ s'écrient: « Remettez-nous nos dettes (2) » .

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CHAPITRE XXIII. LA BONTé DE DIEU EST LE PRINCIPE DE TOUS LES BIENS : LE MAL VIENT DE LA RéVOLTE DE LA VOLONTé CHEZ LES êTRES D'UNE PERFECTION BORNéE.

8. De plus longues explications dépasseraient les limites de cet ouvragé. Examinons donc maintenant quelles sont les causés du bien et du mal, autant que nous devons les connaître pour marcher sûrement dans la voie qui mène à ce royaume où la mort ne sera plus associée à la vie, l'erreur à la vérité, l'inquiétude au bonheur. Sur ce point, nous devons croire, sans le plus léger doute, que la bonté dé Dieu est le principe de tous les biens qui sont le privilège de notre nature, tandis que les maux ont pour cause la révolte qui sépare du bien immuable la volonté des êtres où le bien est sujet au changement, en d'autres termes, de l'ange et de l'homme.

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CHAPITRE XXIV. LE MAL A UNE SECONDE CAUSE, L'IGNORANCE ET LA CONCUPISCENCE.

Voilà donc quel est le mal premier de la créature raisonnable , en d'autres termes quelle est en elle la première privation du bien. La révolte de la volonté a eu pour conséquence immédiate et involontaire l'ignorance du devoir et la concupiscence, et à leur suite, l'erreur et la douleur, qui en sont les compagnes naturelles. Quand nous sommes menacés de ces deux maux, notre âme cherche à les éviter, et c'est ce mouvement qu'on appelle la crainte. Quand nous possédons l'objet de nos convoitises, l'erreur nous empêche d'en sentir le danger ou le vide; notre âme est alors dominée par le plaisir corrupteur, ou elle s'abandonne aux transports d'une joie insensée. Ces passions, filles du besoin et non de l'abondance, sont la source de toutes les

1. Matt. V, 37. — 2. Id. VI, 12.

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misères qui accablent là créature raisonnable.

CHAPITRE XXV. CHATIMENTS DU PéCHé.

Toutefois, au sein même de sa misère, l'être intelligent ne saurait perdre le goût de la félicité. Ces maux, il est vrai, sont communs aux hommes et aux anges que leur rébellion a fait justement condamner parla justice du Seigneur; mais l'homme a de plus un châtiment spécial à subir, la destruction du corps. Dieu, en effet, l'avait menacé de cette peine s'il venait à pécher; il lui accordait le privilège de la liberté, mais il voulait l'assujétir à ses lois en lui offrant l'image menaçante de la mort: c'est à cette condition qu'il le plaça dans un jardin de délices, faible image délit vie plus heureuse où il devait s'élever par sa fidélité aux lois de la justice.

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CHAPITRE XXVI. LA PEINE ATTACHéE AU PéCHé D'ADAM SE TRANSMET A TOUTE SA RACE.

Chassé de l'Eden après sa faute, il enchaîna à sa condamnation et à sa. peine tous ses descendants, corrompus en lui comme dans leur source; par conséquent, toute la racé qui devait naître de lui et de sa femme, coupable et condamnée comme lui, et sortir de cette concupiscence charnelle qui avait été la cause et demeurait le châtiment de leur désobéissance; toute cette race, dis-je, fut soumise au péché de son origine, et par suite aux illusions et aux douleurs de toute espèce, qui aboutissent au châtiment éternel où elle tombe avec les anges rebelles ses corrupteurs, ses maîtres et ses compagnons d'infortune. « C'est ainsi que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et avec le péché, la mort, qui a passé à tous les hommes par celui en qui tous ont péché (1) ». Le mondé, dans ce passage de l'Apôtre; désigne le genre humain tout entier.

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CHAPITRE XXVII. DE L'éTAT DE L'HOMME APRèS LE PéCHé D'ADAM. MISéRICORDE DE DIEU ENVERS LUI.

Tel était l'état de l'homme: le genre humain tout entier, sous le poids de sa condamnation,

1. Rom. V,12.

était plongé dans le mal, ou plutôt il ne faisait que tomber d'un -mal dans un autre, et, confondu avec les anges coupables, il expiait sa révolte impie; car, il ne faut pas moins voir un effet de colère divine dans les désordres attrayants auxquels une concupiscence aveugle et sans frein entraîne les méchants, que dans les peines évidentes et sensibles qu'ils subissent malgré eux. Cependant le Créateur par sa bonté a maintenu le don de l'existence et de l'immortalité aux mauvais anges, qui, sans ce concours, auraient été anéantis; quant aux hommes, quoique la source en soit corrompue et maudite, il n'a pas cessé de créer et de vivifier les éléments dont leurs corps sont formés, de disposer leurs membres, d'entretenir la vivacité de leurs sens, de les nourrir, dans tous les temps comme dans tous les lieux. Il a mieux aimé faire sortir le bien du mal que de supprimer le mal lui-même. S'il eût voulu que la chute de l'homme fût irréparable, comme celle des anges criminels, n'aurait-il pas agi avec. justice ? L'être qui avait abandonné Dieu, qui n'avait fait usage de sa puissance que pour fouler aux pieds et transgresser le commandement si doux à observer de son Créateur; qui avait déshonoré en lui l'image de son Père, et fermé obstinément les yeux à sa lumière ; qui s'était affranchi du joug salutaire de la lai divine en faussant sa liberté, cet être ne méritait-il pas de se voir à jamais abandonné et d'expier son crime par un châtiment éternel ? Tel eût été son sort, si Dieu n'avait consulté que sa justice, au lieu d'écouter sa miséricorde et de la déployer avec d'autant plus d'éclat que ceux qu'elle affranchissait gratuitement de leur peine en étaient plus indignes.

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CHAPITRE XXVIII. SORT DES BONS ANGES.

9. Lorsqu'une partie des anges eurent abandonné Dieu dans leur orgueil impie et qu'ils eurent été précipités des hauteurs du ciel dans les ténèbres les plus profondes de l'atmosphère terrestre, la troupe fidèle des anges continua de participer au bonheur et à la sainteté de Dieu. C'est qu'on ne voit pas ici un ange primitivement déchu et maudit donner naissance à toute une postérité, qui reçoit par transmission, comme la race humaine, la souillure du péché originel et est soumise en masse au (12) châtiment de son auteur. l'archange, devenu depuis le Tentateur, entraîna ses compagnons dans les rêves de son orgueil comme dans sa chute: les autres restèrent unis à Dieu par une pieuse obéissance, et, par une faveur que n'avaient pas reçue les rebelles, ils acquirent la certitude que leur bonheur était désormais à l'abri de tout changement et de toute vicissitude.

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CHAPITRE XXIX. LA PARTIE DU GENRE HUMAIN QUI SE RELèVE DE SA CHUTE REMPLACE LES ANGES BANNIS DU CIEL.

Quels ont été les desseins du Dieu Créateur et arbitre de l'univers ? Les anges ne s'étaient pas tous révoltés contre lui; il a donc condamné par un arrêt irrévocable ceux qui s'étaient perdus; quant à ceux qui n'avaient pas pris part à la révolte, il leur a donné la douce certitude que leur bonheur était à jamais assuré. L'autre espèce de créatures raisonnables, c'est-à-dire le genre humain, s'était perdue tout entière par le péché originel et les crimes qu'elle y avait librement ajoutés: Dieu a permis qu'elle se relevât en partie de sa chute, pour remplir les vides faits dans le ciel par la catastrophe de Satan. L'Ecriture, en effet, promet aux justes « qu'ils seront, après « la résurrection, semblables aux anges (1) ». Ainsi là Jérusalem céleste notre mère, la cité de Dieu, loin de voir diminuer le nombre de ses habitants, deviendra peut-être plus .peuplée et plus florissante. Car nous ne savons ni le nombre des justes, ni celui des démons que les enfants de l'Eglise, cette sainte mère qui paraissait ici-bas frappée de stérilité, sont destinés à remplacer au sein de la paix éternelle et du bonheur qu'ont perdu les rebelles. Le nombre de ces citoyens privilégiés tel qu'il est ou qu'il sera un jour, n'est présent qu'à la pensée du divin Architecte qui «appelle les choses existantes comme celles qui ne sont pas encore (2) » et « règle tout avec nombre, poids et mesure (3) ».

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CHAPITRE XXX. L'HOMME NE SE RELèVE POINT PAR SES MéRITES, MAIS PAR LA PUISSANCE DE LA GRACE.

Serait-ce donc par le mérite de ses actes que pourrait se relever la partie du genre humain que Dieu a promis d'affranchir et d'admettre

1. Luc, XX, 38. — 2. Rom. IV, 17. — 3. Sag. XI, 21.

dans son royaume éternel? Loin de nous cette erreur. Quel bien en effet pourrait accomplir avant d'avoir été arraché à sa misère celui qui s'est perdu? Serait-ce par un libre effort de sa volonté ? Non, sans doute : car, en abusant de la liberté, l'homme a perdu ce privilège et s'est perdu lui-même; il s'est suicidé. Un homme qui se tue abuse de son existence; mais du même coup il la perd et ne saurait la recouvrer par sa propre énergie. De même l'abus de la liberté a entraîné la perte de la liberté qui a péri dans le triomphe du péché:

« Quiconque est vaincu devient esclave de son vainqueur (1) » . Ces paroles sont sûrement de l'apôtre Pierre; et, comme elles sont infaillibles, l'esclave du péché peut-il avoir d'autre liberté que celle qui lui fait trouver dans le péché un irrésistible attrait? Servir librement, c'est exécuter avec plaisir la volonté de son maître. Si donc l'esclave du péché n'est libre que pour pécher, il ne saurait observer la justice librement, sans avoir été affranchi du péché et engagé dans les liens de la justice même. La véritable indépendance éclate dans la joie qu'inspire le bien accompli; la pieuse servitude, dans la soumission au commandement. Mais comment l'homme livré et vendu au péché retrouvera-t-il cette liberté dans le bien, s'il n'est émancipé par Celui qui a dit : « Si le Fils vous met en liberté, vous serez véritablement libres (2)? » Or, avant d'avoir senti s'opérer en lui ce prodige, l'homme est impuissant à accomplir le bien librement. Eh ! pourrait-il se vanter d'accomplir le bien par un acte de sa volonté, sans être enflé de cet orgueil insensé dont l'Apôtre réprime les transports, quand il nous dit : « C'est la grâce qui vous a sauvés par la « foi (3)? »

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CHAPITRE XXXI. LA FOI ET LES BONNES OEUVRES SONT UN DON DE DIEU.

Pour ôter à l'homme la pensée que la foi est une inspiration de son sens propre plutôt qu'un don du ciel; après avoir déclaré dans un autre endroit de ses Epîtres « qu'il a été prévenu par la miséricorde du Seigneur pour être fidèle (4) », l'Apôtre ajoute aux paroles que nous venons de citer : « La grâce ne vient pas de vous, c'est un pur don de Dieu : ce n'est

1. II Pet. II, 19. — 2. Joan , VIII, 38. — 3. Eph. II, 8. — 4. I Cor. VII, 25.

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pas le fruit de vos couvres, et personne ne peut s'en rapporter la gloire (1) ». Il ajoute encore, pour empêcher de croire que les fidèles soient stériles en bonnes couvres : « Il nous façonne ; c'est lui qui nous a créés en Jésus-Christ pour opérer les bonnes couvres dans lesquelles il avait réglé d'avance que nous devions marcher (2) ». Ainsi nous devenons véritablement libres, lorsque Dieu nous façonne; en d'autres termes, lorsqu'il forme et crée en nous, je ne dis pas l'homme, puisqu'il a déjà fait cet ouvrage, mais l'homme de justice, ce qui est l'oeuvre de la grâce, « afin que nous soyons un être nouveau créé en Jésus-Christ (3) », selon cette parole du prophète : « Seigneur, créez en moi un cœur nouveau (4) ». Il est en effet trop évident que le coeur, comme organe, avait déjà été créé.

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CHAPITRE XXXII. LA BONNE VOLONTé DéPEND DE DIEU.

L'homme est-il tenté de s'enorgueillir non plus de ses bonnes couvres, mais de son initiative, et de trouver en lui-même le principe de son mérite, dont la récompense naturelle serait la liberté de bien faire ? Qu'il écoute les paroles du prédicateur de la grâce : « C'est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir (5) »; et ces autres : « Cela ne dépend pas de celui qui veut ou qui court, mais de Dieu, selon sa miséricorde (6)» . Assurément l'homme, à l'âge de raison, ne peut croire, espérer, aimer, sans le vouloir; il est incapable de conquérir la palme du triomphe s'il n'y court volontairement (7). Comment donc « cela ne dépendrait-il ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu dans sa miséricorde », si la volonté elle-même « n'était prédisposée par le Seigneur » ainsi qu'il est écrit (8) ? Autrement, si ces paroles n'ont été dites que pour marquer que la volonté de l'homme doit s'allier à la miséricorde de Dieu, il faut entendre par là que la volonté humaine est impuissante sans la miséricorde divine, au même titre que la miséricorde divine est insuffisante sans le concours de la volonté humaine. Si tout le sens de ce passage consiste à voir dans les mots: « Cela dépend, non de celui qui veut, mais de celui qui fait

1. Eph. II, 7,8. — 2. Eph. II, 8-10. — 3. Gal. V, 15. — 4. Psal. IV, 12. — 5. Philip. II, 13. — 6. Rom. IX, 16. — 7. Philip. III, 14. — 8. Prov. VIII, 35, sel. Sept.

miséricorde », que la volonté humaine réduite à elle-même ne saurait atteindre le but; pourquoi ne pas adopter la proposition contraire que voici : Cela dépend non de la miséricorde de Dieu, mais de la volonté de l'homme, puisque, réduite à elle-même, la volonté divine est insuffisante ? Or, il n'y a pas de chrétien assez téméraire pour admettre cette interprétation, qui contredit évidemment les paroles de l'Apôtre. Ce passage attribue donc toute l'influence à Dieu. Ainsi il dispose la volonté de l'homme à recevoir son secours, et l'aide encore quand il l'a disposée. La bonne volonté précède plusieurs dons de Dieu chez l'homme, mais elle ne les précède pas tous, et, parmi ceux qu'elle ne devance pas, il faut la compter elle-même. Cette distinction des bienfaits de Dieu est nettement marquée dans les Ecritures; car, il y est dit, d'une part: « Sa miséricorde me préviendra (1) », et de l'autre: « Sa miséricorde me suivra ». En d'autres termes, elle va au-devant de notre volonté, afin de lui inspirer le désir du bien ; elle suit nos résolutions, afin qu'elles ne soient pas stériles. Il nous est enjoint « de prier pour nos ennemis (2) » les plus obstinés à ne pas vivre dans la piété; n'est-ce pas pour demander à Dieu de créer en eux le bon vouloir qui leur manque? On nous commande encore de demander pour recevoir; n'est-ce pas uniquement pour voir réaliser les désirs de notre volonté par l'auteur même de notre bonne volonté? Nous prions donc pour nos ennemis afin que la miséricorde de Dieu les prévienne avec la même bonté qu'elle nous a prévenus nous-mêmes; nous prions pour nous afin que la miséricorde ne cesse pas de nous accompagner.

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CHAPITRE XXXIII. NéCESSITé D'UN MéDIATEUR: EN QUOI CONSISTE LA COLèRE DE DIEU.

10. Le genre humain était donc tout entier enveloppé dans une juste condamnation: les hommes étaient tous les fils de la colère dont il a été écrit: « Parce que tous nos jours ont été remplis de péchés et que nos péchés ont provoqué votre colère, nos années seront considérées comme les toiles fragiles de l’araignée (3) ». C'est encore cette colère que Job désigne ainsi: « L'homme né de la femme est

1. Psal. LVIII, 11. — 2. Matt. V, 44. — 3. Psal. LXXXIX, 9.

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pauvre d'existence, mais riche de colère (1)» . Notre-Seigneur en parle également : « Celui qui croit au Fils, a la vie éternelle; celui qui ne croit point au Fils, n'a point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui (2)». Remarquons bien qu'il ne dit pas : « elle viendra », mais : « elle demeure sur lui », parce qu'elle naît avec l'homme. Voilà pourquoi l'Apôtre dit : « Nous aussi nous sommes nés comme les autres, fils de la colère (3) ». Les hommes étant donc tous enveloppés dans cette colère par suite du péché originel, aggravé encore par leurs fautes personnelles, il leur fallait un Médiateur pour les réconcilier avec Dieu et apaiser sa colère par l'offrande d'un sacrifice extraordinaire, dont- les sacrifices de l'ancienne loi et des prophètes n'étaient que l'ombre. C'est ce dogme qu'expose l'Apôtre quand il dit: « Si, lorsque nous étions encore ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison étant devenus ses amis, serons-nous délivrés par son sang de la colère divine (4) ».

Du reste, en parlant de la colère divine, on n'entend pas un mouvement passionné, analogue à celui qu'éprouve un homme irrité; c'est une métaphore destinée à désigner, par un mouvement du coeur humain, la vengeance divine toujours juste. Quand donc nous sommes réconciliés avec Dieu par notre Médiateur et que nous recevons l'Esprit-Saint qui nous transforme en fils du Seigneur, selon cette parole que « tous ceux qui sont dirigés « par l'Esprit de Dieu sont enfants de Dieu (5) », c'est une grâce que nous recevons par l'entremise de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

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CHAPITRE XXXIV. DE L'INCARNATION DU VERBE. RéFUTATION DES APOLLINARlSTES.

Le dogme du Médiateur exigerait un long développement qui répondit à la grandeur du sujet; mais le langage de l'homme peut-il s'élever à la sublimité de ce mystère? Comment trouver des paroles assez, hautes pour expliquer « que le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous (6) », et pour nous initier à la foi en Jésus-Christ, Fils unique du Dieu tout-puissant, son Père, né du Saint-Esprit et

1. Job. XIV, 1. — 2. Joan. III, 36. — 3. Eph. II, 3. — 4. Rom.

V, 10-9. — 5. Rom. VIII, 14. — 6. Jean, I, 14.

de la Vierge Marie? Le Verbe, en s'incarnant, a pris l'enveloppe de .la chair par un effet de sa puissance divine; il n'a pas transformé en chair sa divinité. Le mot chair n'est ici qu'une métonymie où l'on prend la partie pour le tout, et qui désigne l'homme, comme dans ce passage de saint Paul : « Nulle chair ne sera justifiée par les œuvres de la loi (1) ». Car l'incarnation n'a laissé de,côté aucune partie de la nature humaine, le doute sur ce point serait un blasphème (2); mais elle a pris cette nature sans aucun des péchés qui l'entravent. Ce n'est point, il est vrai, l'homme fait de l'union des sexes, ouvrage de la concupiscence de la chair, et dès lors souillé du péché que doit purifier le bain de la régénération : non, c'est l'homme tel qu'il devait naître d'une Vierge, dont la foi, dégagée de toute passion, avait fécondé le chaste sein. Si le Christ, même dans sa puissance, eût altéré l’intégrité de sa Mère, il ne serait plus le Fils d'une Vierge; ce serait en vain, ô blasphème ! que la maternité virginale de Marie serait proclamée par l'Eglise entière, qui, vierge comme elle, et comme elle mère, enfante chaque jour ses membres. Veuille à ce sujet lire la lettre que j'ai adressée à un personnage illustre, Volusien; si je cite son nom, c'est autant par estime que par amitié (3).

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CHAPITRE XXXV. JéSUS-CHRIST EST TOUT ENSEMBLE DIEU ET HOMME.

Jésus-Christ, Fils de Dieu, est tout ensemble Dieu et homme : il est Dieu dans l'éternité, homme dans le temps; Dieu, parce qu'il est le Verbe de Dieu et « que le Verbe était Dieu (4) » ; homme, parce qu'il a rassemblé dans l'unité de sa personne divine une âme et un corps. Par conséquent il ne fait qu'un avec son Père (5), comme Dieu; comme homme, il voit son Père au-dessus de lui (6). Fils unique de Dieu par essence et non par grâce, il s'est fait Fils de l'homme pour devenir aussi plein de grâce. De ces deux natures s'est formée la personne unique du Christ, selon ces paroles de l'Apôtre « Etant de la nature de Dieu, il n'a point usurpé l'égalité avec Dieu », car il tenait ce privilège de sa nature; « mais il s'est anéanti lui-même en prenant la nature d'un esclave (7)», sans perdre toutefois sa nature divine ni se

1. Rom. III, 20. — 2. Réfutation des Apollinaristes. — 3. Lett.

137. — 4. Jean, I, 1 . — 5. Jean, X, 30. — 6. Ib. XIV, 28. — 7. Philip. II, 6-7.

dégrader. C'est ainsi qu'il est devenu inférieur à Dieu sans cesser de lui être égal, un en deux natures, inférieur comme homme, égal si on considère en lui le Verbe. Le Fils de Dieu et le Fils de l'homme, le Fils de l'homme et le Fils de Dieu ne sont qu’une seule et même personne. Le Dieu et l'homme ne forment pas en lui un double Fils de Dieu : il est simplement Fils de Dieu; il n'a pas de commencement comme Dieu, il est né dans le temps, comme homme; son nom,c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ.

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CHAPITRE XXXVI. LA GRACE éCLATE DANS L'HUMANITé DE JéSUS-CHRIST.

11. Ce mystère fait éclater dans toute sa grandeur la grâce divine. Quel titre avait l'humanité unie à Jésus-Christ, pour mériter l'honneur sublime d'entrer dans l'unité personnelle du Fils de Dieu ? Avait-elle antérieurement mérité, par la pureté des intentions, l'enthousiasme pour le bien et la sainteté des actes, le privilège de former avec Dieu une seule personne ? Avait-elle déjà existé et obtenu par un mérite incomparable cette incomparable faveur ? Non : dès le premier instant de l'Incarnation, l'homme ne fut autre que le Fils de Dieu, et par suite ne forma avec lui qu'un Dieu, le Verbe divin s'étant incorporé à lui pour se faire chair. Ainsi, de même que l'homme n'est qu'une personne formée par l’union d'une âme et d'un corps, de même le Christ n'est qu'une personne formée par l'union du Verbe avec l'humanité. D'où vient donc cette glorification de la nature humaine, qu'elle né pouvait attendre de ses mérites et qui n'est évidemment qu'une pure faveur? La grâce infinie de Dieu n'apparaît-elle pas avec une évidence irrésistible dans ce mystère considéré avec les lumières de la foi, pour faire comprendre aux hommes qu'ils sont justifiés de leurs péchés par la grâce toute-puissante qui a préservé l'homme en Jésus-Christ du pouvoir même de pécher ? Cette pensée se révèle dans les paroles dont l'ange salua Marie, en venant lui annoncer le prodige de sa maternité: « Je vous salue, ô vous qui êtes pleine de grâce », dit-il, et il ajouta presque aussitôt : « Vous avez trouvé grâce devant Dieu (1) ».

La plénitude de la grâce qu'elle a trouvée devant Dieu, voilà

1. Luc, 1, 25-30.

son titre à devenir mère de son Seigneur, ou plutôt du Seigneur de l'univers. Que dit Jean l'Evangéliste de Jésus-Christ lui-même ? « Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous» ; puis il ajoute immédiatement: «Nous avons vu sa gloire qui est celle du Fils unique de Dieu »,nous l'avons vu « plein de grâce « et de vérité ». A l'expression « le Verbe s'est « fait chair » correspondent les termes « plein de grâce»; «la gloire du Fils unique du Père » est l'attribut «de Celui qui est plein de vérité » : car le Verbe, fils de Dieu par nature et non par grâce, s'est uni si étroitement â l'humanité par la vertu de la grâce, qu'il est devenu en même temps le Fils de l'homme.

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CHAPITRE XXXVII. LA NAISSANCE DE JéSUS-CHRIST, EN TANT QU'ELLE EST L’ŒUVRE DU SAINT-ESPRIT, EST UN EFFET DE LA GRACE.

En même temps qu'il est Fils unique de pieu, Jésus-Christ, Notre-Seigneur, est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. Or, l'Esprit- Saint est le don de Dieu, et, comme il est égal à son principe, il est Dieu lui-même et n'est inférieur ni au Père ni au Fils. Que prouve donc l'intervention de l'Esprit-Saint dans la naissance de Jésus-Christ comme homme, sinon le concours de la grâce? Aussi, que répondit l'ange à la Vierge, quand elle lui demanda comment s'accomplirait le mystère qu'il lui révélait , puisqu'elle ne connaissait point d'homme? « L'Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi le Saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu (1) ». Et quand Joseph, qui avait respecté la virginité de Marie, résolut de la renvoyer comme adultère, que lui répondit l'ange? « Ne craignez pas de prendre chez vous Marie, votre épouse: car ce qui est né en elle, est l'ouvrage du Saint-Esprit (2) ». En d'autres termes, ce que vous regardez comme le fruit de l'adultère, n'est que l'œuvre du Saint-Esprit.

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CHAPITRE XXXVIII. JéSUS-CHRIST N'EST PAS LE FILS DU SAINT-ESPRIT , MAIS IL A MARIE POUR MèRE.

1. Luc, I, 35. — 2. Matt. I, 20

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titre, Dieu le Père aurait engendré le Verbe, l'Esprit-Saint aurait engendré l'homme, et Jésus-Christ, composé de ces deux substances, serait à la fois Fils de Dieu, comme Verbe, et comme homme, Fils du Saint-Esprit qui, jouant le rôle de père, aurait fécondé le sein d'une Vierge. Mais qui oserait soutenir une pareille erreur ? Il serait superflu de faire ressortir les conséquences révoltantes de cette proposition; elle est si révoltante en elle-même qu'aucune oreille fidèle ne saurait l'entendre sans horreur. Donc, ainsi que nous le reconnaissons dans le symbole, Jésus-Christ Notre Seigneur qui est «Dieu « de Dieu n et qui, comme homme, est né de l'Esprit-Saint et de la Vierge Marie, reste en l'une et l'autre nature Fils unique du Père tout-puissant dont procède le Saint-Esprit. Mais comment entendre que Jésus-Christ est né du Saint-Esprit s'il n'en a pas été engendré? Serait-ce parce qu'il est son ouvrage ? Car, si Jésus-Christ Notre-Seigneur est, comme Dieu, celui par qui tout a été créé (1), il a été créé lui-même dans son humanité « de la race de David selon la chair (2) », pour emprunter les paroles de l'Apôtre. Mais la créature que la Vierge a conçue et mise au monde n'est-elle pas l'ouvrage de la Trinité tout entière, bien qu'elle n'appartienne qu'à la personne du Fils ? La Trinité, dans ses actes, n'offre-t-elle pas une union indissoluble ? Comment donc attribuer uniquement cet ouvrage à l'Esprit-Saint? Ne faut-il pas voir le concours de la Trinité dans l'oeuvre attribuée à une personne divine ? Cette dernière explication est la vraie, et nous pourrions citer à l'appui une foule d'exemples: mais pourquoi nous arrêter plus longtemps sur ce point ? Ce qui trouble la raison, c'est de savoir comment Jésus-Christ est né du Saint-Esprit, sans être son Fils à aucun titre. Dieu a créé le monde est-ce donc une raison pour dire que le monde est Fils de Dieu et qu'il est né de lui ? Non ce que nous pouvons dire, c'est qu'il a été créé, tiré du néant, produit ou formé par la puissance divine (3). Cependant nous reconnaissons dans le Symbole que Jésus-Christ est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie : puisqu'il est né de tous deux, comment ne serait-il pas le Fils du Saint-Esprit et de la Vierge Marie ? Voilà le point difficile à expliquer. car le Saint-Esprit n'est pas son père, au même titre que

1. Joan. 1, 3. — 2. Rom. I, 3. — 3. L'Incarnation est nettement distinguée de cette immanation divine qui est le principe du Panthéisme.

Marie est sa Mère; c'est une chose certaine.

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CHAPITRE XXXIX. L'ORIGINE NE SUPPOSE PAS NéCESSAIREMENT LA FILIATION.

On aurait donc tort d'admettre en principe que tout être produit par un autre doit s'appeler son. fils. Je ne m'arrêterai pas ici à faire observer que l'homme se reproduit dans un fils d'une autre manière qu'il voit les cheveux croître sur sa tête, les vers mêmes pulluler dans son corps : ce serait rabaisser par une indigne comparaison la majesté de mon sujet ; mais s'avisera-t-on d'appeler fils de l'eau les fidèles qui naissent de Peau et de l'Esprit-Saint ? Non; on leur donne Dieu pour père et l'Eglise pour mère. Voilà comment Jésus-Christ, quoique né du Saint-Esprit, n'est pas son Fils, mais celui de Dieu. Produire et donner naissance à un fils sont choses fort différentes; j'ai voulu faire sentir cette distinction en prenant les cheveux pour terme de comparaison. J'ajoute qu'on peut porter le nom de fils sans y avoir droit par sa naissance : tel est un fils adoptif; et quand on appelle les méchants fils de l'enfer, on ne dit pas qu'ils sont sortis de l'enfer, mais qu'ils sont destinés à y tomber, de même qu'on nomme fils du royaume céleste les fidèles auxquels il est réservé.

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CHAPITRE XL. LA NAISSANCE DE JéSUS-CHRIST PAR L'OPéRATION DU SAINT-ESPRIT RéVèLE LA GRACE QUI A UNI LE VERBE A L'HUMANITé DANS UNE SEULE PERSONNE.

Si donc il n'est pas nécessaire qu'un être soit le fils de celui dont il est né, et qu'on peut même porter le nom de fils sans y avoir droit par sa naissance, Jésus-Christ, en tant qu'il est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie, sans avoir l'un pour père comme il a l'autre pour mère, est une preuve éclatante de la grâce divine : c'est par elle en effet que l'humanité de Jésus-Christ, sans aucun mérite antérieur, a formé, dès le premier instant de son existence, une union personnelle avec le Verbe si indissoluble, que le Fils de Dieu est devenu inséparable du fils de l'homme, et le fils de l'homme du Fils de Dieu: ainsi l'incarnation a rendu comme naturelle à l'Homme-Dieu la grâce qui éloignait de lui tout péché. Or, cette (17) grâce devait être marquée par le. Saint-Esprit qui, tout en étant Dieu par essence, est néanmoins appelé le « don de Dieu (1) ». Pour développer suffisamment ce sujet, (mais en sommes-nous capables?) il faudrait beaucoup de temps.

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CHAPITRE XLI. JéSUS-CHRIST, PéCHé.

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