Le Mariage de Figaro (page 3)
Il ne m’aime plus du tout.
Suzanne.
Pourquoi tant de jalousie ?
La Comtesse.
Comme tous les maris, ma chère ! uniquement par orgueil. Ah ! je l’ai trop aimé ; je l’ai lassé de mes tendresses et fatigué de mon amour : voilà mon seul tort avec lui ; mais je n’entends pas que cet honnête aveu te nuise, et tu épouseras Figaro. Lui seul peut nous y aider : viendra-t-il ?
Suzanne.
Dès qu’il verra partir la chasse.
La Comtesse, se servant de l’éventail.
Ouvre un peu la croisée sur le jardin. Il fait une chaleur ici !…
Suzanne.
C’est que madame parle et marche avec action.
(Elle va ouvrir la croisée du fond.)
La Comtesse, rêvant longtemps.
Sans cette constance à me fuir… Les hommes sont bien coupables !
Suzanne crie, de la fenêtre :
Ah ! voilà monseigneur qui traverse à cheval le grand potager, suivi de Pédrille, avec deux, trois, quatre lévriers.
La Comtesse.
Nous avons du temps devant nous. (Elle s’assied.) On frappe, Suzon !
Suzanne court ouvrir en chantant.
Ah ! c’est mon Figaro ! ah ! c’est mon Figaro !
Scène II
FIGARO, SUZANNE, LA COMTESSE, assise.
Suzanne.
Mon cher ami, viens donc ! Madame est dans une impatience !…
Figaro.
Et toi, ma petite Suzanne ? — Madame n’en doit prendre aucune. Au fait, de quoi s’agit-il ? d’une misère. Monsieur le comte trouve notre jeune femme aimable, il voudrait en faire sa maîtresse ; et c’est bien naturel.
Suzanne.
Naturel ?
Figaro.
Puis il m’a nommé courrier de dépêches, et Suzon conseiller d’ambassade. Il n’y a pas là d’étourderie.
Suzanne.
Tu finiras ?
Figaro.
Et parce que ma Suzanne, ma fiancée, n’accepte pas le diplôme, il va favoriser les vues de Marceline : quoi de plus simple encore ? Se venger de ceux qui nuisent à nos projets en renversant les leurs, c’est ce que chacun fait, c’est ce que nous allons faire nous-mêmes. Eh bien, voilà tout, pourtant.
La Comtesse.
Pouvez-vous, Figaro, traiter si légèrement un dessein qui nous coûte à tous le bonheur ?
Figaro.
Qui dit cela, madame ?
Suzanne.
Au lieu de t’affliger de nos chagrins…
Figaro.
N’est-ce pas assez que je m’en occupe ? Or, pour agir aussi méthodiquement que lui, tempérons d’abord son ardeur de nos possessions, en l’inquiétant sur les siennes.
La Comtesse.
C’est bien dit ; mais comment ?
Figaro.
C’est déjà fait, madame ; un faux avis donné sur vous…
La Comtesse.
Sur moi ? la tête vous tourne !
Figaro.
Oh ! c’est à lui qu’elle doit tourner.
La Comtesse.
Un homme aussi jaloux !…
Figaro.
Tant mieux ! pour tirer parti des gens de ce caractère, il ne faut qu’un peu leur fouetter le sang : c’est ce que les femmes entendent si bien ! Puis, les tient-on fâchés tout rouge, avec un brin d’intrigue on les mène où l’on veut, par le nez, dans le Guadalquivir. Je vous ai fait rendre à Basile un billet inconnu, lequel avertit monseigneur qu’un galant doit chercher à vous voir aujourd’hui pendant le bal.
La Comtesse.
Et vous vous jouez ainsi de la vérité sur le compte d’une femme d’honneur !…
Figaro.
Il y en a peu, madame, avec qui je l’eusse osé, crainte de rencontrer juste.
La Comtesse.
Il faudra que je l’en remercie !
Figaro.
Mais dites-moi s’il n’est pas charmant de lui avoir taillé ses morceaux de la journée, de façon qu’il passe à rôder, à jurer après sa dame, le temps qu’il destinait à se complaire avec la nôtre ! Il est déjà tout dérouté : galopera-t-il celle-ci ? surveillera-t-il celle-là ? Dans son trouble d’esprit, tenez, tenez, le voilà qui court la plaine, et force un lièvre qui n’en peut mais. L’heure du mariage arrive en poste ; il n’aura pas pris de parti contre, et jamais il n’osera s’y opposer devant madame.
Suzanne.
Non ; mais Marceline, le bel esprit, osera le faire, elle.
Figaro.
Brrrr. Cela m’inquiète bien, ma foi ! Tu feras dire à monseigneur que tu te rendras sur la brune au jardin.
Suzanne.
Tu comptes sur celui-là ?
Figaro.
Oh ! dame, écoutez donc ; les gens qui ne veulent rien faire de rien n’avancent rien, et ne sont bons à rien. Voilà mon mot.
Suzanne.
Il est joli !
La Comtesse.
Comme son idée : vous consentiriez qu’elle s’y rendît ?
Figaro.
Point du tout. Je fais endosser un habit de Suzanne à quelqu’un : surpris par nous au rendez-vous, le comte pourra-t-il s’en dédire ?
Suzanne.
À qui mes habits ?
Figaro.
Chérubin.
La Comtesse.
Il est parti.
Figaro.
Non pas pour moi ; veut-on me laisser faire ?
Suzanne.
On peut s’en fier à lui pour mener une intrigue.
Figaro.
Deux, trois, quatre à la fois ; bien embrouillées, qui se croisent. J’étais né pour être courtisan.
Suzanne.
On dit que c’est un métier si difficile !
Figaro.
Recevoir, prendre, et demander : voilà le secret en trois mots.
La Comtesse.
Il a tant d’assurance qu’il finit par m’en inspirer.
Figaro.
C’est mon dessein.
Suzanne.
Tu disais donc…
Figaro.
Que, pendant l’absence de monseigneur, je vais vous envoyer le Chérubin : coiffez-le, habillez-le ; je le renferme et l’endoctrine ; et puis dansez, monseigneur.
(Il sort.)
Scène III
SUZANNE ; LA COMTESSE, assise.
La Comtesse, tenant sa boîte à mouches.
Mon Dieu, Suzon, comme je suis faite !… ce jeune homme qui va venir !…
Suzanne.
Madame ne veut donc pas qu’il en réchappe ?
La Comtesse rêve devant sa petite glace.
Moi ?… tu verras comme je vais le gronder.
Suzanne.
Faisons-lui chanter sa romance.
(Elle la met sur la Comtesse.)
La Comtesse.
Mais c’est qu’en vérité mes cheveux sont dans un désordre…
Suzanne, riant.
Je n’ai qu’à reprendre ces deux boucles, madame le grondera bien mieux.
La Comtesse, revenant à elle.
Qu’est-ce que vous dites donc, mademoiselle ?
Scène IV
CHÉRUBIN, l’air honteux ; SUZANNE, LA COMTESSE, assise.
Suzanne.
Entrez, monsieur l’officier ; on est visible.
Chérubin avance en tremblant.
Ah ! que ce nom m’afflige, madame ! il m’apprend qu’il faut quitter des lieux… une marraine si… bonne !…
Suzanne.
Et si belle !
Chérubin, avec un soupir.
Ah ! oui.
Suzanne le contrefait.
Ah ! oui. Le bon jeune homme ! avec ses longues paupières hypocrites ! Allons, bel oiseau bleu, chantez la romance à madame.
La Comtesse la déplie.
De qui… dit-on qu’elle est ?
Suzanne.
Voyez la rougeur du coupable : en a-t-il un pied sur les joues !
Chérubin.
Est-ce qu’il est défendu… de chérir…
Suzanne lui met le poing sous le nez.
Je dirai tout, vaurien !
La Comtesse.
Là… chante-t-il ?
Chérubin.
Oh ! madame, je suis si tremblant !…
Suzanne, en riant.
Et gnian, gnian, gnian, gnian, gnian, gnian, gnian ; dès que madame le veut, modeste auteur ! Je vais l’accompagner.
La Comtesse.
Prends ma guitare.
(La Comtesse, assise, tient le papier pour suivre. Suzanne est derrière son fauteuil, et prélude en regardant la musique par-dessus sa maîtresse. Le petit page est devant elle, les yeux baissés. Ce tableau est juste la belle estampe d’après Vanloo, appelée LA CONVERSATION ESPAGNOLE.)
ROMANCE
Air : Marlbroug s’en va-t-en guerre.
Premier couplet.
Mon coursier hors d’haleine,
(Que mon cœur, mon cœur a de peine !)
J’errais de plaine en plaine,
Au gré du destrier.
Deuxième couplet.
Au gré du destrier,
Sans varlet, n’écuyer ;
Là, près d’une fontaine,
(Que mon cœur, mon cœur a de peine !)
Songeant à ma marraine,
Sentais mes pleurs couler.
Troisième couplet.
Sentais mes pleurs couler,
Prêt à me désoler :
Je gravais sur un frêne
(Que mon cœur, mon cœur a de peine !
Sa lettre sans la mienne.
Le roi vint à passer.
Quatrième couplet.
Le roi vint à passer,
Ses barons, son clergier.
Beau page, dit la reine,
(Que mon cœur, mon cœur a de peine !)
Qui vous met à la gêne ?
Qui vous fait tant plorer ?
Cinquième couplet.
Qui vous fait tant plorer ?
Nous faut le déclarer. —
Madame et souveraine,
(Que mon cœur, mon cœur a de peine !)
J’avais une marraine,
Que toujours adorai.
Sixième couplet.
Que toujours adorai ;
Je sens que j’en mourrai. —
Beau page, dit la reine,
(Que mon cœur, mon cœur a de peine !)
N’est-il qu’une marraine ?
Je vous en servirai.
Septième couplet.
Je vous en servirai ;
Mon page vous ferai ;
Puis à ma jeune Hélène,
(Que mon cœur, mon cœur a de peine !)
Fille d’un capitaine,
Un jour vous marierai.
Huitième couplet.
Un jour vous marierai. —
Nenni, n’en faut parler !
Je veux, traînant ma chaîne,
(Que mon cœur, mon cœur a de peine !)
Mourir de cette peine,
Mais non m’en consoler.
La Comtesse.
Il y a de la naïveté… du sentiment même.
Suzanne va poser la guitare sur un fauteuil.
Oh ! pour du sentiment, c’est un jeune homme qui… Ah çà, monsieur l’officier, vous a-t-on dit que, pour égayer la soirée, nous voulons savoir d’avance si un de mes habits vous ira passablement ?
La Comtesse.
J’ai peur que non.
Suzanne se mesure avec lui.
Il est de ma grandeur. Ôtons d’abord le manteau.
(Elle le détache.)
La Comtesse.
Et si quelqu’un entrait ?
Suzanne.
Est-ce que nous faisons du mal donc ? Je vais fermer la porte. (elle court.) Mais c’est la coiffure que je veux voir.
La Comtesse.
Sur ma toilette, une baigneuse à moi.
(Suzanne entre dans le cabinet dont la porte est au bord du théâtre.)
Scène V
CHÉRUBIN ; LA COMTESSE, assise.
La Comtesse.
Jusqu’à l’instant du bal, le comte ignorera que vous soyez au château. Nous lui dirons après que le temps d’expédier votre brevet nous a fait naître l’idée…
Chérubin le lui montre.
Hélas ! madame, le voici ; Basile me l’a remis de sa part.
La Comtesse.
Déjà ? l’on a craint d’y perdre une minute. (Elle lit.) Ils se sont tant pressés, qu’ils ont oublié d’y mettre son cachet.
(Elle le lui rend.)
Scène VI
CHÉRUBIN, LA COMTESSE, SUZANNE.
Suzanne entre avec un grand bonnet.
Le cachet, à quoi ?
La Comtesse.
À son brevet.
Suzanne.
Déjà ?
La Comtesse.
C’est ce que je disais. Est-ce là ma baigneuse ?
Suzanne s’assied près de la comtesse.
Et la plus belle de toutes.
(Elle chante avec des épingles dans sa bouche.)
Tournez-vous donc envers ici,
Jean de Lyra, mon bel ami.
(Chérubin se met à genoux. Elle le coiffe.)
Madame, il est charmant !
La Comtesse.
Arrange son collet d’un air un peu plus féminin.
Suzanne l’arrange.
Là… mais voyez donc ce morveux, comme il est joli en fille ! J’en suis jalouse, moi ! (Elle lui prend le menton.) Voulez-vous bien n’être pas joli comme ça ?
La Comtesse.
Qu’elle est folle ! Il faut relever la manche, afin que l’amadis prenne mieux… (Elle le retrousse.) Qu’est-ce qu’il a donc au bras ? Un ruban ?
Suzanne.
Et un ruban à vous. Je suis bien aise que madame l’ait vu. Je lui avais dit que je le dirais, déjà ! Oh ! si monseigneur n’était pas venu, j’aurais bien repris le ruban, car je suis presque aussi forte que lui.
La Comtesse.
Il y a du sang !
(Elle détache le ruban.)
Chérubin, honteux.
Ce matin, comptant partir, j’arrangeais la gourmette de mon cheval ; il a donné de la tête, et la bossette m’a effleuré le bras.
La Comtesse.
On n’a jamais mis un ruban…
Suzanne.
Et surtout un ruban volé. — Voyons donc ce que la bossette… la courbette… la cornette du cheval… Je n’entends rien à tous ces noms-là. — Ah ! qu’il a le bras blanc ! c’est comme une femme ! plus blanc que le mien ! Regardez donc, madame !
(Elle les compare.)
La Comtesse, d’un ton glacé.
Occupez-vous plutôt de m’avoir du taffetas gommé dans ma toilette.
(Suzanne lui pousse la tête en riant ; il tombe sur les deux mains. Elle entre dans le cabinet au bord du théâtre.)
Scène VII
CHÉRUBIN, à genoux ; LA COMTESSE, assise.
La Comtesse reste un moment sans parler, les yeux sur son ruban. Chérubin la dévore de ses regards.
Pour mon ruban, monsieur… comme c’est celui dont la couleur m’agrée le plus… j’étais fort en colère de l’avoir perdu.
Scène VIII
CHÉRUBIN, à genoux ; LA COMTESSE, assise ; SUZANNE.
Suzanne, revenant.
Et la ligature à son bras ?
(Elle remet à la comtesse du taffetas gommé et des ciseaux.)
La Comtesse.
En allant lui chercher tes hardes, prends le ruban d’un autre bonnet. (Suzanne sort par la porte du fond, en emportant le manteau du page.)
Scène IX
CHÉRUBIN, à genoux ; LA COMTESSE, assise.
Chérubin, les yeux baissés.
Celui qui m’est ôté m’aurait guéri en moins de rien.
La Comtesse.
Par quelle vertu ? (Lui montrant le taffetas.) Ceci vaut mieux.
Chérubin, hésitant.
Quand un ruban… a serré la tête… ou touché la peau d’une personne…
La Comtesse, coupant la phrase.
… Étrangère, il devient bon pour les blessures ? J’ignorais cette propriété. Pour l’éprouver, je garde celui-ci qui vous a serré le bras. À la première égratignure… de mes femmes, j’en ferai l’essai.
Chérubin, pénétré.
Vous le gardez, et moi je pars !
La Comtesse.
Non pour toujours.
Chérubin.
Je suis si malheureux !
La Comtesse, émue.
Il pleure à présent ! C’est ce vilain Figaro avec son pronostic !
Chérubin, exalté.
Ah ! je voudrais toucher au terme qu’il m’a prédit ! Sûr de mourir à l’instant, peut-être ma bouche oserait…
La Comtesse l’interrompt, et lui essuie les yeux avec son mouchoir.
Taisez-vous, taisez-vous, enfant. Il n’y a pas un brin de raison dans tout ce que vous dites. (On frappe à la porte, elle élève la voix.) Qui frappe ainsi chez moi ?
Scène X
CHÉRUBIN, LA COMTESSE ; LE COMTE, en dehors.
Le Comte, en dehors.
Pourquoi donc enfermée ?
La Comtesse, troublée, se lève.
C’est mon époux ! grands dieux !… (À Chérubin, qui s’est levé aussi.) Vous sans manteau, le col et les bras nus ! seul avec moi ! cet air de désordre, un billet reçu, sa jalousie !…
Le Comte, en dehors.
Vous n’ouvrez pas ?
La Comtesse.
C’est que… je suis seule.
Le Comte, en dehors.
Seule ! avec qui parlez-vous donc ?
La Comtesse, cherchant.
… Avec vous sans doute.
Chérubin, à part.
Après les scènes d’hier et de ce matin, il me tuerait sur la place !
(Il court au cabinet de toilette, y entre, et tire la porte sur lui.)
Scène XI
LA COMTESSE, seule, en ôte la clef, et court ouvrir au Comte.
Ah ! quelle faute ! quelle faute !
Scène XII
LE COMTE, LA COMTESSE.
Le Comte, d’un ton un peu sévère.
Vous n’êtes pas dans l’usage de vous enfermer !
La Comtesse, troublée.
Je… je chiffonnais… Oui, je chiffonnais avec Suzanne ; elle est passée un moment chez elle.
Le Comte l’examine.
Vous avez l’air et le ton bien altérés !
La Comtesse.
Cela n’est pas étonnant… pas étonnant du tout… je vous assure… nous parlions de vous… Elle est passée, comme je vous dis…
Le Comte.
Vous parliez de moi !… Je suis ramené par l’inquiétude : en montant à cheval, un billet qu’on m’a remis, mais auquel je n’ajoute aucune foi, m’a… pourtant agité.
La Comtesse.
Comment, monsieur ?… quel billet ?
Le Comte.
Il faut avouer, madame, que vous ou moi sommes entourés d’êtres… bien méchants ! On me donne avis que, dans la journée, quelqu’un que je crois absent doit chercher à vous entretenir.
La Comtesse.
Quel que soit cet audacieux, il faudra qu’il pénètre ici : car mon projet est de ne pas quitter ma chambre de tout le jour.
Le Comte.
Ce soir, pour la noce de Suzanne ?
La Comtesse.
Pour rien au monde ; je suis très-incommodée.
Le Comte.
Heureusement le docteur est ici. (Le page fait tomber une chaise dans le cabinet.) Quel bruit entends-je ?
La Comtesse, plus troublée.
Du bruit ?
Le Comte.
On a fait tomber un meuble.
La Comtesse.
Je… je n’ai rien entendu, pour moi.
Le Comte.
Il faut que vous soyez furieusement préoccupée !
La Comtesse.
Préoccupée ! de quoi ?
Le Comte.
Il y a quelqu’un dans ce cabinet, madame.
La Comtesse.
Hé… qui voulez-vous qu’il y ait, monsieur ?
Le Comte.
C’est moi qui vous le demande ; j’arrive.
La Comtesse.
Hé ! mais… Suzanne apparemment qui range.
Le Comte.
Vous avez dit qu’elle était passée chez elle !
La Comtesse.
Passée… ou entrée là : je ne sais lequel.
Le Comte.
Si c’est Suzanne, d’où vient le trouble où je vous vois ?
La Comtesse.
Du trouble pour ma camériste ?
Le Comte.
Pour votre camériste, je ne sais ; mais pour du trouble, assurément.
La Comtesse.
Assurément, monsieur, cette fille vous trouble et vous occupe beaucoup plus que moi.
Le Comte, en colère.
Elle m’occupe à tel point, madame, que je veux la voir à l’instant.
La Comtesse.
Je crois, en effet, que vous le voulez souvent ; mais voilà bien les soupçons les moins fondés…
Scène XIII
LE COMTE, LA COMTESSE ; SUZANNE entre avec des hardes et pousse la porte du fond.
Le Comte.
Ils en seront plus aisés à détruire. (Il crie en regardant du côté du cabinet.) Sortez, Suzon ; je vous l’ordonne !
(Suzanne s’arrête auprès de l’alcôve dans le fond.)
La Comtesse.
Elle est presque nue, monsieur : vient-on troubler ainsi des femmes dans leur retraite ? Elle essayait des hardes que je lui donne en la mariant ; elle s’est enfuie, quand elle vous a entendu.