Le Mariage de Figaro (page 4)
Le Comte.
Si elle craint tant de se montrer, au moins elle peut parler. (Il se tourne vers la porte du cabinet.) Répondez-moi, Suzanne ; êtes-vous dans ce cabinet ?
(Suzanne, restée au fond, se jette dans l’alcôve et s’y cache.)
La Comtesse, vivement, tournée vers le cabinet.
Suzon, je vous défends de répondre. (Au Comte.) On n’a jamais poussé si loin la tyrannie !
Le Comte s’avance vers le cabinet.
Oh ! bien, puisqu’elle ne parle pas, vêtue ou non, je la verrai.
La Comtesse se met au-devant.
Partout ailleurs je ne puis l’empêcher ; mais j’espère aussi que chez moi…
Le Comte.
Et moi j’espère savoir dans un moment quelle est cette Suzanne mystérieuse. Vous demander la clef serait, je le vois, inutile ; mais il est un moyen sûr de jeter en dedans cette légère porte. Holà, quelqu’un !
La Comtesse.
Attirer vos gens, et faire un scandale public d’un soupçon qui nous rendrait la fable du château ?
Le Comte.
Fort bien, madame. En effet, j’y suffirai ; je vais à l’instant prendre chez moi ce qu’il faut… (Il marche pour sortir, et revient.) Mais, pour que tout reste au même état, voudrez-vous bien m’accompagner sans scandale et sans bruit, puisqu’il vous déplaît tant ?… Une chose aussi simple, apparemment, ne me sera pas refusée !
La Comtesse, troublée.
Eh ! monsieur, qui songe à vous contrarier ?
Le Comte.
Ah ! j’oubliais la porte qui va chez vos femmes ; il faut que je la ferme aussi, pour que vous soyez pleinement justifiée.
(Il va fermer la porte du fond et en ôte la clef.)
La Comtesse, à part.
Ô ciel ! étourderie funeste !
Le Comte, revenant à elle.
Maintenant que cette chambre est close, acceptez mon bras, je vous prie ; (il élève la voix) et quant à la Suzanne du cabinet, il faudra qu’elle ait la bonté de m’attendre ; et le moindre mal qui puisse lui arriver à mon retour…
La Comtesse.
En vérité, monsieur, voilà bien la plus odieuse aventure…
(Le Comte l’emmène et ferme la porte à la clef.)
Scène XIV
SUZANNE, CHÉRUBIN.
Suzanne sort de l’alcôve, accourt au cabinet et parle à travers la serrure.
Ouvrez, Chérubin, ouvrez vite, c’est Suzanne ; ouvrez, et sortez.
Chérubin sort.
Ah ! Suzon, quelle horrible scène !
Suzanne.
Sortez, vous n’avez pas une minute !
Chérubin, effrayé.
Et par où sortir ?
Suzanne.
Je n’en sais rien, mais sortez.
Chérubin.
S’il n’y a pas d’issue ?
Suzanne.
Après la rencontre de tantôt, il vous écraserait, et nous serions perdues. — Courez conter à Figaro…
Chérubin.
La fenêtre du jardin n’est peut-être pas bien haute.
(Il court y regarder.)
Suzanne, avec effroi.
Un grand étage ! impossible ! Ah ! ma pauvre maîtresse ! Et mon mariage ? ô ciel !
Chérubin revient.
Elle donne sur la melonnière : quitte à gâter une couche ou deux.
Suzanne le retient et s’écrie :
Il va se tuer !
Chérubin, exalté.
Dans un gouffre allumé, Suzon ! oui, je m’y jetterais plutôt que de lui nuire… Et ce baiser va me porter bonheur.
(Il l’embrasse et court sauter par la fenêtre.)
Scène XV
SUZANNE, seule ; un cri de frayeur.
Ah !… (Elle tombe assise un moment. Elle va péniblement regarder à la fenêtre et revient.) Il est déjà bien loin. Ô le petit garnement ! aussi leste que joli ! Si celui-là manque de femmes… Prenons sa place au plus tôt. (En entrant dans le cabinet.) Vous pouvez à présent, monsieur le comte, rompre la cloison, si cela vous amuse ; au diantre qui répond un mot !
(Elle s’y enferme.)
Scène XVI
LE COMTE, LA COMTESSE rentrent dans la chambre.
Le Comte, une pince à la main, qu’il jette sur le fauteuil.
Tout est bien comme je l’ai laissé. Madame, en m’exposant à briser cette porte, réfléchissez aux suites : encore une fois, voulez-vous l’ouvrir ?
La Comtesse.
Eh ! monsieur, quelle horrible humeur peut altérer ainsi les égards entre deux époux ? Si l’amour vous dominait au point de vous inspirer ces fureurs, malgré leur déraison, je les excuserais ; j’oublierais peut-être, en faveur du motif, ce qu’elles ont d’offensant pour moi. Mais la seule vanité peut-elle jeter dans cet excès un galant homme ?
Le Comte.
Amour ou vanité, vous ouvrirez la porte, ou je vais à l’instant…
La Comtesse, au-devant.
Arrêtez, monsieur, je vous prie ! Me croyez-vous capable de manquer à ce que je me dois ?
Le Comte.
Tout ce qu’il vous plaira, madame ; mais je verrai qui est dans ce cabinet.
La Comtesse, effrayée.
Eh bien, monsieur, vous le verrez. Écoutez-moi… tranquillement.
Le Comte.
Ce n’est donc pas Suzanne ?
La Comtesse, timidement.
Au moins n’est-ce pas non plus une personne… dont vous deviez rien redouter… Nous disposions une plaisanterie… bien innocente, en vérité, pour ce soir… ; et je vous jure…
Le Comte.
Et vous me jurez…
La Comtesse.
Que nous n’avions pas plus dessein de vous offenser l’un que l’autre.
Le Comte, vite.
L’un que l’autre ? C’est un homme.
La Comtesse.
Un enfant, monsieur.
Le Comte.
Hé, qui donc ?
La Comtesse.
À peine osé-je le nommer !
Le Comte, furieux.
Je le tuerai.
La Comtesse.
Grands dieux !
Le Comte.
Parlez donc !
La Comtesse.
Ce jeune… Chérubin…
Le Comte.
Chérubin ! l’insolent ! Voilà mes soupçons et le billet expliqués.
La Comtesse, joignant les mains.
Ah ! monsieur ! gardez de penser…
Le Comte, frappant du pied.
(À part.) Je trouverai partout ce maudit page ! (Haut.) Allons, madame, ouvrez ; je sais tout maintenant. Vous n’auriez pas été si émue, en le congédiant ce matin, il serait parti quand je l’ai ordonné, vous n’auriez pas mis tant de fausseté dans votre conte de Suzanne, il ne se serait pas si soigneusement caché, s’il n’y avait rien de criminel.
La Comtesse.
Il a craint de vous irriter en se montrant.
Le Comte, hors de lui, et criant vers le cabinet.
Sors donc, petit malheureux !
La Comtesse le prend à bras-le-corps, en l’éloignant.
Ah ! monsieur, monsieur, votre colère me fait trembler pour lui. N’en croyez pas un injuste soupçon, de grâce ! et que le désordre où vous l’allez trouver…
Le Comte.
Du désordre !
La Comtesse.
Hélas ! oui : prêt à s’habiller en femme, une coiffure à moi sur la tête, en veste et sans manteau, le col ouvert, les bras nus ; il allait essayer…
Le Comte.
Et vous vouliez garder votre chambre ! Indigne épouse ! ah ! vous la garderez… longtemps ; mais il faut avant que j’en chasse un insolent, de manière à ne plus le rencontrer nulle part.
La Comtesse se jette à genoux, les bras élevés.
Monsieur le comte, épargnez un enfant ; je ne me consolerais pas d’avoir causé…
Le Comte.
Vos frayeurs aggravent son crime.
La Comtesse.
Il n’est pas coupable, il partait : c’est moi qui l’ai fait appeler.
Le Comte, furieux.
Levez-vous. Ôtez-vous… Tu es bien audacieuse d’oser me parler pour un autre !
La Comtesse.
Eh bien ! je m’ôterai, monsieur, je me lèverai ; je vous remettrai même la clef du cabinet : mais, au nom de votre amour…
Le Comte.
De mon amour, perfide !
La Comtesse se lève, et lui présente la clef.
Promettez-moi que vous laisserez aller cet enfant sans lui faire aucun mal ; et puisse, après, tout votre courroux tomber sur moi, si je ne vous convaincs pas…
Le Comte, prenant la clef.
Je n’écoute plus rien.
La Comtesse se jette sur une bergère, un mouchoir sur les yeux.
Ô ciel ! il va périr !
Le Comte ouvre la porte, et recule.
C’est Suzanne !
Scène XVII
LA COMTESSE, LE COMTE, SUZANNE.
Suzanne sort en riant.
Je le tuerai, je le tuerai ! Tuez-le donc, ce méchant page.
Le Comte, à part.
Ah ! quelle école ! (Regardant la comtesse, qui est restée stupéfaite.) Et vous aussi, vous jouez l’étonnement ?… Mais peut-être elle n’y est pas seule.
(Il entre.)
Scène XVIII
LA COMTESSE, assise ; SUZANNE.
Suzanne accourt à sa maîtresse.
Remettez-vous, madame ; il est bien loin ; il a fait un saut…
La Comtesse.
Ah ! Suzon, je suis morte !
Scène XIX
LA COMTESSE, assise, SUZANNE, LE COMTE.
Le Comte sort du cabinet d’un air confus. Après un court silence :
Il n’y a personne, et pour le coup j’ai tort. — Madame… vous jouez fort bien la comédie.
Suzanne, gaiement.
Et moi, monseigneur ?
(La comtesse, son mouchoir sur la bouche pour se remettre, ne parle pas.)
Le Comte s’approche.
Quoi ! madame, vous plaisantiez ?
La Comtesse, se remettant un peu.
Eh pourquoi non, monsieur ?
Le Comte.
Quel affreux badinage ! et par quel motif, je vous prie ?
La Comtesse.
Vos folies méritent-elles de la pitié ?
Le Comte.
Nommer folies ce qui touche à l’honneur !
La Comtesse, assurant son ton par degrés.
Me suis-je unie à vous pour être éternellement dévouée à l’abandon et à la jalousie, que vous seul osez concilier ?
Le Comte.
Ah ! madame, c’est sans ménagement.
Suzanne.
Madame n’avait qu’à vous laisser appeler les gens !
Le Comte.
Tu as raison, et c’est à moi de m’humilier… Pardon, je suis d’une confusion !…
Suzanne.
Avouez, monseigneur, que vous la méritez un peu.
Le Comte.
Pourquoi donc ne sortais-tu pas lorsque je t’appelais, mauvaise !
Suzanne.
Je me rhabillais de mon mieux, à grand renfort d’épingles ; et madame, qui me le défendait, avait bien ses raisons pour le faire.
Le Comte.
Au lieu de rappeler mes torts, aide-moi plutôt à l’apaiser.
La Comtesse.
Non, monsieur ; un pareil outrage ne se couvre point. Je vais me retirer aux Ursulines, et je vois trop qu’il en est temps.
Le Comte.
Le pourriez-vous sans quelques regrets ?
Suzanne.
Je suis sûre, moi, que le jour du départ serait la veille des larmes.
La Comtesse.
Et quand cela serait, Suzon ? J’aime mieux le regretter que d’avoir la bassesse de lui pardonner ; il m’a trop offensée.
Le Comte.
Rosine !…
La Comtesse.
Je ne la suis plus, cette Rosine que vous avez tant poursuivie ! je suis la pauvre comtesse Almaviva, la triste femme délaissée, que vous n’aimez plus.
Suzanne.
Madame !
Le Comte, suppliant.
Par pitié !
La Comtesse.
Vous n’en aviez aucune pour moi.
Le Comte.
Mais aussi ce billet… Il m’a tourné le sang !
La Comtesse.
Je n’avais pas consenti qu’on l’écrivît.
Le Comte.
Vous le saviez ?
La Comtesse.
C’est cet étourdi de Figaro…
Le Comte.
Il en était ?
La Comtesse.
… Qui l’a remis à Basile.
Le Comte.
Qui m’a dit le tenir d’un paysan. Ô perfide chanteur, lame à deux tranchants ! c’est toi qui payeras pour tout le monde.
La Comtesse.
Vous demandez pour vous un pardon que vous refusez aux autres : voilà bien les hommes ! Ah ! si jamais je consentais à pardonner en faveur de l’erreur où vous a jeté ce billet, j’exigerais que l’amnistie fût générale.
Le Comte.
Eh bien ! de tout mon cœur, comtesse. Mais comment réparer une faute aussi humiliante ?
La Comtesse se lève.
Elle l’était pour tous deux.
Le Comte.
Ah ! dites pour moi seul. — Mais je suis encore à concevoir comment les femmes prennent si vite et si juste l’air et le ton des circonstances. Vous rougissiez, vous pleuriez, votre visage était défait… D’honneur, il l’est encore.
La Comtesse, s’efforçant de sourire.
Je rougissais… du ressentiment de vos soupçons. Mais les hommes sont-ils assez délicats pour distinguer l’indignation d’une âme honnête outragée, d’avec la confusion qui naît d’une accusation méritée ?
Le Comte, souriant.
Et ce page en désordre, en veste, et presque nu…
La Comtesse, montrant Suzanne.
Vous le voyez devant vous. N’aimez-vous pas mieux l’avoir trouvé que l’autre ? En général vous ne haïssez pas de rencontrer celui-ci.
Le Comte, riant plus fort.
Et ces prières, ces larmes feintes…
La Comtesse.
Vous me faites rire, et j’en ai peu d’envie.
Le Comte.
Nous croyons valoir quelque chose en politique, et nous ne sommes que des enfants. C’est vous, c’est vous, madame, que le roi devrait envoyer en ambassade à Londres ! Il faut que votre sexe ait fait une étude bien réfléchie de l’art de se composer, pour réussir à ce point !
La Comtesse.
C’est toujours vous qui nous y forcez.
Suzanne.
Laissez-nous prisonniers sur parole, et vous verrez si nous sommes gens d’honneur.
La Comtesse.
Brisons là, monsieur le Comte. J’ai peut-être été trop loin ; mais mon indulgence, en un cas aussi grave, doit au moins m’obtenir la vôtre.
Le Comte.
Mais vous répéterez que vous me pardonnez ?
La Comtesse.
Est-ce que je l’ai dit, Suzon ?
Suzanne.
Je ne l’ai pas entendu, madame.
Le Comte.
Eh bien ! que ce mot vous échappe.
La Comtesse.
Le méritez-vous donc, ingrat ?
Le Comte.
Oui, par mon repentir.
Suzanne.
Soupçonner un homme dans le cabinet de madame !
Le Comte.
Elle m’en a si sévèrement puni !
Suzanne.
Ne pas s’en fier à elle, quand elle dit que c’est sa camériste !
Le Comte.
Rosine, êtes-vous donc implacable ?
La Comtesse.
Ah ! Suzon, que je suis faible ! quel exemple je te donne ! (Tendant la main au comte.) On ne croira plus à la colère des femmes.
Suzanne.
Bon ! madame, avec eux ne faut-il pas toujours en venir là ?
(Le Comte baise ardemment la main de sa femme.)
Scène XX
SUZANNE, FIGARO, LA COMTESSE, LE COMTE.
Figaro, arrivant tout essoufflé.
On disait madame incommodée. Je suis vite accouru… Je vois avec joie qu’il n’en est rien.
Le Comte, sèchement.
Vous êtes fort attentif.
Figaro.
Et c’est mon devoir. Mais puisqu’il n’en est rien, monseigneur, tous vos jeunes vassaux des deux sexes sont en bas avec les violons et les cornemuses, attendant, pour m’accompagner, l’instant où vous permettrez que je mène ma fiancée…
Le Comte.
Et qui surveillera la comtesse au château ?
Figaro.
La veiller ! elle n’est pas malade.
Le Comte.
Non ; mais cet homme absent qui doit l’entretenir ?
Figaro.
Quel homme absent ?
Le Comte.
L’homme du billet que vous avez remis à Basile.
Figaro.
Qui dit cela ?
Le Comte.
Quand je ne le saurais pas d’ailleurs, fripon, ta physionomie, qui t’accuse, me prouverait déjà que tu mens.
Figaro.
S’il est ainsi, ce n’est pas moi qui mens, c’est ma physionomie.
Suzanne.
Va, mon pauvre Figaro, n’use pas ton éloquence en défaites ; nous avons tout dit.
Figaro.
Et quoi dit ? Vous me traitez comme un Basile !
Suzanne.
Que tu avais écrit le billet de tantôt pour faire accroire à monseigneur, quand il entrerait, que le petit page était dans ce cabinet, où je me suis enfermée.
Le Comte.
Qu’as-tu à répondre ?
La Comtesse.
Il n’y a plus rien à cacher, Figaro ; le badinage est consommé.
Figaro, cherchant à deviner.
Le badinage… est consommé ?
Le Comte.
Oui, consommé. Que dis-tu là-dessus ?
Figaro.
Moi ! je dis… que je voudrais bien qu’on en pût dire autant de mon mariage ; et si vous l’ordonnez…
Le Comte.
Tu conviens donc enfin du billet ?
Figaro.
Puisque madame le veut, que Suzanne le veut, que vous le voulez vous-même, il faut bien que je le veuille aussi : mais à votre place, en vérité, monseigneur, je ne croirais pas un mot de tout ce que nous vous disons.
Le Comte.
Toujours mentir contre l’évidence ! À la fin, cela m’irrite.
La Comtesse, en riant.
Eh ! ce pauvre garçon ! pourquoi voulez-vous, monsieur, qu’il dise une fois la vérité ?
Figaro, bas à Suzanne.
Je l’avertis de son danger ; c’est tout ce qu’un honnête homme peut faire.
Suzanne, bas.
As-tu vu le petit page ?
Figaro, bas.
Encore tout froissé.
Suzanne, bas.
Ah ! pécaïre !
La Comtesse.
Allons, monsieur le comte, ils brûlent de s’unir : leur impatience est naturelle ; entrons pour la cérémonie.
Le Comte, à part.
Et Marceline, Marceline… (Haut.) Je voudrais être… au moins vêtu.
La Comtesse.
Pour nos gens ! Est-ce que je le suis ?
Scène XXI
FIGARO, SUZANNE, LA COMTESSE, LE COMTE, ANTONIO.
Antonio, demi-gris, tenant un pot de giroflées écrasées.
Monseigneur ! monseigneur !
Le Comte.
Que me veux-tu, Antonio ?
Antonio.
Faites donc une fois griller les croisées qui donnent sur mes couches ! On jette toutes sortes de choses par ces fenêtres ; et tout à l’heure encore on vient d’en jeter un homme.
Le Comte.
Par ces fenêtres ?
Antonio.
Regardez comme on arrange mes giroflées !
Suzanne, bas à Figaro.
Alerte, Figaro, alerte !
Figaro.
Monseigneur, il est gris dès le matin.
Antonio.
Vous n’y êtes pas. C’est un petit reste d’hier. Voilà comme on fait des jugements… ténébreux.
Le Comte, avec feu.
Cet homme ! cet homme ! où est-il ?
Antonio.
Où il est ?
Le Comte.
Oui.
Antonio.
C’est ce que je dis. Il faut me le trouver, déjà. Je suis votre domestique ; il n’y a que moi qui prends soin de votre jardin ; il y tombe un homme, et vous sentez… que ma réputation en est effleurée.
Suzanne, bas à Figaro.
Détourne, détourne.
Figaro.
Tu boiras donc toujours ?
Antonio.
Eh ! si je ne buvais pas, je deviendrais enragé.
La Comtesse.
Mais en prendre ainsi sans besoin…
Antonio.
Boire sans soif et faire l’amour en tout temps, madame, il n’y a que ça qui nous distingue des autres bêtes.
Le Comte, vivement.
Réponds-moi donc, ou je vais te chasser.
Antonio.
Est-ce que je m’en irais ?
Le Comte.
Comment donc ?
Antonio, se touchant le front.
Si vous n’avez pas assez de ça pour garder un bon domestique, je ne suis pas assez bête, moi, pour renvoyer un si bon maître.