Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 114)
Mais, disent-ils, la raison naturelle dicte que le ministère le plus pur doive être exercé par des continents. Je réponds que c’est bien ce que dicte la raison, mais comme une chose convenable, non absolument nécessaire. On le prouve, en troisième lieu, par le concile d’Ancyre, chapitre 10, où il est dit que les diacres peuvent, avec la permission de leur évêque, se marier, même après avoir reçu le diaconat. Ce n’est donc pas de droit divin, car les évêques ne peuvent pas dispenser du droit divin. Or, ce concile est très ancien et confirmé par le pape Léon, (dist 20, canon de libellis). On peut ajouter enfin comme preuve que les conciles et les pères, que nous allons citer dans le prochain chapitre, affirment souvent que c’est une loi ecclésiastique. Et c’est ce que nous lisons aussi dans le concile de Trente (session 24, canon 9).
CHAPITRE 19
Le célibat a été, par un droit apostolique, correctement annexé aux ordres sacrés
Nous voici rendus à la question suivante : est-ce que le célibat perpétuel a été correctement annexé aux ordres sacrés ? Nous avons deux erreurs à réfuter, celle des Grecs, et delle des Luthériens. La première. Il faut que les clercs se marient avant de recevoir les ordres sacrés, car, après avoir les reçus, il ne leur est pas permis de le faire, et parce que celui qui vit sans femme s’expose à un trop grand danger de fornication. On pense que l’auteur de cette erreur est Nicolas, un des sept premiers diacres.
Mais quoi qu’il en soit, il est attesté que Vigilance l’a enseignée, selon saint Jérôme (au début de son livre contre Vigilance) : « Il dit avoir pour complices de son crime des évêques funestes, si du moins on doit appeler évêques ceux qui n’ordonnent des diacres qu’après qu’ils se soient mariés, ne créditant aucun clerc de la pudicité ». C’est cette erreur que les pères du concile de Trullo ont accréditée, autour de l’année 700, comme on le voit au canon 13. Ce concile profane blâme nommément les canons de l’église romaine et statue le contraire, à savoir que les clercs se marient avant le sous-diaconat, et qu’ils vivent ensuite avec leurs épouses quand ils auront reçu les autres ordres. C’est au temps de ce synode qu’est commencée la coutume grecque qui prévaut aujourd’hui. Elle s’est consolidée et confirmée au temps du pape Léon 1X, quand la dissension entre les Grecs et les Latins éclata, et se formula en plusieurs articles. Nous avons encore le livre du cardinal Humbert écrit à cette époque sur ce sujet, contre l’abbé Nicéta, qui défendait alors avec acharnement cette coutume des Grecs.
La deuxième erreur est de beaucoup plus grave. On peut prendre femme non seulement avant l’ordination, mais même après l’ordination. Celui qui posa les fondements de cette erreur est Jovinien. Il soutenait que la virginité ne l’emporte pas sur le mariage. Il s’ensuivait que c’était sans raison aucune et inutilement que les prêtres se privaient d’épouses. Après avoir entendu Jovinien prêcher, certaines moniales se marièrent, comme le rapporte saint Augustin (dans son livre sur les hérésies, chapitre 82). Mais cette hérésie ne fit pas long feu, et s’éteignit sans même entrainer un seul prêtre à renoncer à son vœu de continence.
Le premier qui enseigna ouvertement qu’il était permis de prendre femme après l’ordination fut Jean Wiclif, comme le rapporte Thomas Waldensis (tome 2 des sacrements, chapitres 128, et 129, et tome 3 sur les sacramentaux, chapitres 66 et 67). D’autres l’ont suivi ensuite comme Luther, (live 2 de l’abrogation de la messe privée), Pomeranus (livre du mariage des évêques), les magdebourgeois (dans toutes les centuries d livre 7, et surtout la onzième, chapitre 7, colonne 389). Ils disent là que c’est « l’hérésie la plus infecte de toutes celles qui ont empesté et perturbé le royaume chrétien ». De même Bèze et le martyr, (dans la première aux Corinthiens, 7), Philippe Melancthon (dans sa confession augustinienne, article 23, et dans son apologie du même article. » Calvin (livre 4, chapitre 12, verset 23 de ses institutions), Brentius (dans sa confession de Wittemberg, au chapitre du mariage). Ensuite, Érasme (dans son livre sur la louange du mariage) juge utile que le droit de se marier soit concédé aux prêtres. Pense de la même façon Panormitanus, un savant auteur catholique, (dans le chapitre cum olim, sur les cleercs mariés.) J’ai entendu dire que Kemnitius, dans la troisième partie de son examen du concile de Trente, a traité du célibat des prêtres, mais son livre, je ne l’ai pas encore vu. Et si on pouvait apporter d’autres développements provenant d’autres auteurs, cela ne pourrait pas apporter grand-chose de nouveau à tout ce que les centuriates et Calvin ont recueilli.
Contre ces erreurs, nous prouverons que le vœu de chasteté a été annexé aux ordres sacrés de façon à ce qu’on ne puisse ni se marier après l’ordination, ni user des épouses acquises avant l’ordination. Et cela, de par un droit positif, mais très ancien et très équitable, qu’il ne convient en aucune façon de relâcher. On le prouve d’abord, par les Écritures. Saint Paul (épitre à Tite, chapitre 1) : « Il faut que l’évêque soit hospitalier, bon, sobre, juste, sain, continent. » Il est à noter que le mot grec que nous rendons pas sobre est sophôna. Ce mot, comme le dit saint Jérôme est ambigu. Il peut signifier prudent, sobre, chaste. Son vrai sens ici est chaste. Et parce que la chasteté est commune même aux époux, saint Paul ajoute continent. « Il s’abstient des embrassements de l’épouse », selon l’explication de saint Jérôme. De même (dans l’épitre 2 à Timothée, chapitre 2) : « Travaille comme un soldat du Christ Jésus ! Parmi ceux qui militent pour Dieu, personne ne s’immisce dans les affaires séculières. » L’apôtre prescrit à l’évêque de militer énergiquement pour Dieu. Personne ne nierait que les noces soient des affaires séculières. Car, comme saint Basile l’enseigne (dans la préface de ses constitutions monastiques) : « Les noces sont des fers aux pieds. » Le même apôtre (1 Corinthens, 7) ordonne aux époux de s’abstenir de relations conjugales de temps en temps, pour pouvoir s’adonner à l’oraison. Saint Jérôme en déduit donc (chapitre 1 à Tite, et livre 1 à Jovinien) qu’il prescrit aux évêques et aux autres hommes sacrés, de s’abstenir à perpétuité de l’œuvre du mariage, puisque c’est à chaque jour qu’ils doivent s’adonner à la prière. Origène se sert de ce même argument (homélie 23 sur les Nombres), ainsi qu’Épiphane dans l’hérésie des Cathares.
De plus, dans l’ancien testament, nous voyons que la continence des femmes était requise pour qui s’approchait de Dieu, ou avait à régler une chose sainte quelconque. Car (dans l’Exode 12), on commande à ceux qui sont sur le point de manger l’agneau pascal de ceindre leurs reins, ce qui veut dire, comme l’explique saint Grégoire (homélie 22 sur l’évangile) « que doivent dompter les voluptés de la chair ceux qui mangent l’Agneau pascal ».
Et, dans l’Exode 19, quand le peuple était sur le point de recevoir de Dieu la loi, Moïse leur dit : « Tenez-vous prêts pour le troisième jour, et ne vous approchez pas de vos épouses ! » C’est de ce témoignage dont se sert saint Ambroise (livre 1, de officiis, dernier chapitre), pour prouver la continence des clercs. De même, dans l’Exode, Dieu prescrit à Aaron et à ses fils de se vêtir de vêtements féminins des reins jusqu’au fémur (femora). En expliquant ce texte, saint Bède le vénérable (livre 3 du tabernacle, chapitre 9), dit que les prêtres du nouveau testament doivent être vierges, ou dissoudre les alliances contractées avec leurs épouses. De même (1 Rois 21) le prêtre Abimélech ne voulut pas donner à David et ses soldats les pains de proposition, avant d’avoir compris qu’ils s’étaient abstenus de tout contact avec leurs épouses. Saint Jérôme en déduit que (au chapitre à Tite), « est requise la continence perpétuelle aux prêtres, même à ceux qui vivent avec leurs épouses, parce qu’ils consacrent, mangent et distribuent le corps du Christ qui était représenté par ce pain de proposition. »
On apprend du livre 1 des paralipomènes, chapitre 24 et Luc 1, que les prêtres de l’ancien testament avaient coutume d’être ministres tout à tour; et qu’ils ne s’abstenaient de leurs maisons et de leurs épouses qu’aux jours où ils célébraient dans le tabernacle. Le pape Syrice (dans son épitre à Himericus), et Innocent ! (dans son épitre à Victricius), ainsi que Bède le vénérable (au chapitre 1 de saint Luc), font la déduction suivante. Si les prêtres de l’ancien testament s’abstenaient de leurs épouses les jours où ils avaient à officier dans le temple, il convient tout à fait que nos prêtres qui n’officient pas à tour de rôle, mais à tous les jours, s’abstiennent continuellement de leurs épouses. Jean Calvin s’efforce de désamorcer cet argument (livre 4, chapitre 12, verset 25) en disant que « les prêtres lévitiques étaient des images du Christ, et que c’est parce qu’ils ne pouvaient pas représenter exactement l’excellence et la sainteté du Christ, qu’on leur a ordonné de se purifier d’une façon qui transcendait les mœurs humains. Cette prescription ne s’impose donc plus maintenant, car par l’avènement du Christ, les figures et les ombres cessèrent ».
Mais que vaut cette explication de Calvin ? Car, comme les prêtres lévitiques étaient une figure du Christ à venir, les prêtres chrétiens représentent le Christ qui est venu. Car, quand il performe les saints mystères, le prêtre tient la place du Christ, et c’est pour cette raison qu’en sacrifiant, il ne dit pas : ceci est le corps du Christ, mais ceci est mon corps. Il est lui-même le Christ agissant en lui et par lui. Et c’est ce que représentent les ornements des vêtements sacrés. La première raison pour laquelle les prêtres lévitiques devaient s’abstenir de leurs épouses n’était pas parce qu’ils tenaient la place du Christ, mais parce que ils étaient les ministres du Seigneur. Exode 19 : « Que les prêtres qui accèdent à Dieu se sanctifient pour qu’il ne les frappe pas ! » Car, David a toujours été la figure du Christ, mais on ne lui a pas commandé de s’abstenir de femme que quand il s’apprêtait à manger du pain consacré, comme nous l’avons déjà dit. Si, parce qu’ils représentaient Dieu, ces prêtres durent se purifier d’une manière non humaine, à plus forte raison doivent se purifier ceux qui servent quotidiennement le Christ dans leur ministère.
On le prouve, en seconde lieu, par les témoignages des conciles antiques de l’Église universelle. Et d’abord, de l’église orientale. Nous avons le concile d’Ancyre, au canon 10, célébré il y a 1200 ans, où il est dit : « Les diacres qui, pendant leur ordination, ne protestent pas contre l’interdiction de se marier, ne peuvent pas prendre femme après leur ordination. S’ils protestent, ils peuvent se marier, car alors on considère qu’ils ont la dispense de leurs évêques. » De même, le concile néocésarien, célébré un peu après, dit au chapitre 1 : « Si un presbyte prend femme, il sera chassé de son ordre. » Le concile de Nicée 1, au chapitre 3, « interdit à un évêque, à un presbyte et à un diacre d’avoir une femme dans sa maison qui ne soit ni sa mère, ni sa sœur, ni sa tante ». Le mot épouse n’est pas prononcé, et c’est d’elle qu’on parlerait d’abord s’il lui était permis de vivre avec elle. De même. Pourquoi interdit-on aux clercs la cohabitation avec des femmes, s’ils peuvent avoir des épouses ? Les épouses ne peuvent-ils pas avoir des servantes dans la même maison ? Ensuite, le synode de Trullo (canon 6) « interdit aux évêques, aux prêtres, aux diacres et sous-diacres, de prendre femme après leur ordination ». Et le canon 48 interdit aux évêques de cohabiter avec leurs épouses.
L’église de Carthage nous présente un insigne témoignage. Car, voici ce que prescrit le concile carthaginois 11, canon 2 : « Il plait à tous que les évêques, les prêtres, les diacres, et tous ceux qui qui confèrent les sacrements soient des gardiens de la pudicité, et s’abstiennent même de leurs épouses. » Et il en donne la raison : « Pour que ce que les apôtres ont enseigné, et qu’a conservé l’antiquité, nous le gardions nous aussi. » Ce témoignage réfute non seulement les luthériens mais aussi les catholiques qui veulent que ce décret sur la continence du sacerdoce ait commencé par le pape Syricius. Or, ces pères témoignent qu’il date des apôtres eux-mêmes. Le concile de Carthage 5, canon 3, et le concile africain (canon 37) disent la même chose. Nous avons aussi le concile romain de l’Église italique, sous Sylvestre (canon 8) qui interdit aux sous-diacres d’oser prendre femme par un moyen quelconque. Pour les églises gauloises, nous avons le concile d’Arles 11, célébré il y a 1700 ans. Le canon 12 met en garde « de ne jamais mener au sacerdoce quelqu’un qui est déjà marié, à moins qu’il promette de pratiquer la continence avec son épouse ». De même, le concile de Tours 1, canons 1 et 2, et le concile de Tours 2, canon 20, celui d’Agathe, chapitre, et d’Aurélie 111, canon 2. : «Qu’aucun clerc, depuis le sous-diacre jusqu’au sommet, n’use de son épouse, s’il en a une à lui »
Nous avons aussi le concile d’une église d’Espagne qui a été tenu avant l’époque du pape Syricius (canon 33) : « Il a plus à tous que les évêques, les prêtres, les diacres et les sous-diacres s’abstiennent de femmes épouses, et n’engendrent pas d’enfants. » Les conciles de Tolède 2 (chapitre 1), Tolède 1V (chapitre 26) et Tolède 8 (chapitre 6) interdisent des épouses aux sous-diacres aussi. Pour ce qui en est des églises allemandes, nous avons le concile de aquisgranense au temps de Louis 1, (chapitre 6), celui de Wormaciense, (chapitre 9) : « Il a plu que les évêques, les presbytes, les diacres et les sous-diacres s’abstiennent d’épouses, et ne génèrent pas d’enfants. » Ensuite, le concile de moguntinus au temps de l’empereur Arnulphe, a statué au chapitre 10 « qu’aucune femme n’ait la permission d’habiter avec un ecclésiastique, à moins qu’elle ne soit sa mère ou sa sœur ». Il appert de tout cela que ce que Philippe a écrit dans la confession augustinienne (article 23)—à savoir que le célibat a été imposé aux clercs en Germanie il y a quatre cents ans,--est complètement faux. Car, les conciles cités, ont été célébrés en Germanie il y au moins 700 ans. Ce n’est pas un moindre mensonge ce qu’il dit dans son apologie, à savoir qu’aucune loi sur le célibat des clercs n’a été votée en concile général; et que les conciles romains présidés par le pape ont été les seuls à le prescrire.
On le prouve en troisième lieu par les témoignages des anciens pontifes. Saint Clément 1 (canons apostoliques, canon 27) : « Au sujet des noces qui se rapportent aux clercs, nous prescrivons qu’ils peuvent se marier s’ils le désirent, mais seulement les lecteurs et les chantres. » Ce que l’on dit des lecteurs et des chantres, il faut l’entendre également de tous les autres ordres mineurs, puisque la raison invoquée est la même pour tous. C’est ce qu’indique Calixte 1 (cité par Gratien, dist 27 canon des presbyteris), : « Nous interdisons formellement aux prêtres, aux diacres, aux sous-diacres et aux moines d’avoir des concubines ou de contracter un mariage. » Et, dans l’épitre à Himericus, chapitre 7 (que Calvin reconnait), il interdit à ceux qui sont dans les choses sacrées les relations sexuelles avec une épouse. Un peu après, Innocent 1 confirma la même chose (dans sa lettre à Victricius, chapitre 9, et dans sa lettre à Exuperius, chapitre 1). Ainsi que le pape Léon (épitre 82 à l’évêque Anastase de Thessalonique, chapitre 4, et dans l’épitre 90 à Rusticus Narbonensis, chapitre 3. Également, saint Grégoire (épitre 1, 42, livre 1, et épitre 34, livre 3). Ainsi que le pape Zacharie (dernière lettre à Boniface, évêque de Germanie, avant les années 800). Voilà qui met plus en lumière le mensonge de Philippe.
Mais j’ai le goût de rapporter les paroles du pape Léon dans son épitre à Anastase, car elle réfute non seulement les luthériens mais aussi les Grecs. Voici donc ce qu’il a écrit aux Grecs : « L’élection de tous les prêtres est si excellente que ce qui, dans les autres membres de l’église se fait sans faute, est pour eux illicite. Ceux qui sont établis en dehors de l’ordre des clercs sont libres de s’adonner à l’union du mariage et à la procréation d’enfants. Mais, pour conserver la pureté de la continence parfaite, n’est concédée pas même aux sous-diacres la cohabitation charnelle, pour que ceux qui ont soient comme n’ayant pas, et pour que ceux qui n’ont pas demeurent célibataires et non mariés. S’il convient, dans l’ordre qui est le quatrième en dignité, de se conserver ainsi, à plus forte raison dans le deuxième et le troisième, pour que soit estimé inapte au ministère lévitique, à l’honneur presbytéral ou à l’excellence épiscopale celui qui ne s’est pas montré capable de mettre un frein à l’assaut des voluptés. » Ajoutons à cela les témoignages formels des empereurs que l’on trouve dans le codex des évêques et des clercs.
On le prouve quatrièmement, par les témoignages des anciens pères grecs et latins. Origène (homélie 23 sur le livre des Nombres) : « Il est certain qu’est interdit le sacrifice perpétuel à ceux qui s’abandonnent aux voluptés conjugales. C’e qui me fait penser que seul est digne d’offrir le sacrifice celui qui s’est voué à une chasteté perpétuelle. » Eusèbe (livre 1, démonstration évangélique, chapitre 9) : « Il convient à ceux qui sont consacrés et qui sont chargés du ministère et de l’administration des sacrements, de s’abstenir de toute relation sexuelle avec une épouse. » Épiphane (à la fin de son œuvre contre les hérésies) : « On choisit pour le sacerdoce les vierges, ou les moines, ou, si ceux-là ne suffisent pas pour les besoins du ministère, ceux qui s’abstiennent des relations sexuelles avec leurs épouses. Et le veuf qui a été continent depuis le début peut aussi être choisi comme évêque, prêtre, diacre et sous-diacre. » Il dit la même chose (à l’hérésie 59, qui est celle des Cathares) : « L’Église ne choisit pas pour diacre, prêtre, évêque ou sous-diacre, un homme d’une seule femme qui élève encore des enfants, mais celui qui a vécu dans la continence avec une seule, ou qui est veuf. Surtout là où sont reconnus les canons apostoliques. Mais, tu me diras que, dans certains endroits, des prêtres, des diacres et des sous-diacres, continuent à élever des enfants. C’est vrai, mais ce n’est pas selon les canons, mais selon l’esprit des hommes qui s’alanguit avec le temps. »
Saint Jean Chrysostome (homélie 2 sur la patience de Job) : « Il a dit l’homme d’une seule femme, non de la façon dont cela est observé actuellement dans l’Église. Car, il faut qu’un prêtre soit orné de toute la chasteté. » Grégoire de Nysse (dans livre sur la virginité, chapitre ultime) : « Comment rempliras-tu la tâche de prêtre de Dieu, toi qui as été oint pour offrir le sacrifice ? Comment pourras-tu l’offrir à Dieu si tu n’obtempères pas à la loi qui interdit à un impur d’offrir les choses sacrées ? Et si tu t’attends à ce que Dieu t’apparaisse, pourquoi n’écoutes-tu pas Moïse qui a prescrit au peuple de se garder pur de toute relation charnelle pour jouir de la vue de Dieu ? » Saint Cyrille (catéchèse 12) : « Celui qui, auprès de Jésus, s’acquitte bien de son sacerdoce, s’abstient de la femme. Jésus lui-même comment aurait-il pu provenir d’un homme et d’une femme ? » Oecumenius (chapitre 3 de la première à Timothée, aux mots : un homme d’une seule épouse) : « Il n’a pas statué qu’un évêque dépende d’une épouse, ou qu’il ait nécessairement une épouse, mais que s’il en a une, il ne soit pas au moins bigame. Mais, une fois appelé à la charge d’évêque, il doit remplir parfaitement sa tâche, c’est-à-dire que ceux qui ont des épouses soient comme n’en ayant pas. »
Chez les latins, maintenant. Cyprien, ou un autre auteur éventuel, (dans le livre de la singularité des clercs) affirme qu’il lui a été révélé par Dieu que les clercs ne doivent pas avoir de femmes dans leurs maisons. Et c’est ce que prouve tout le livre. Il ne faut pas se scandaliser si, dans le dernier livre, (comme Pierre le martyr l’a noté), il parle ainsi : « Si quelqu’un a une mère, ou une fille ou une sœur, une épouse ou une tante, qu’il la garde pour qu’aucune servante ne soit présente. » Car, il parle d’une épouse qui a, en même temps que lui, voué la continence. On trouve quelque chose de semblable dans le concile 2 d’Arles, canon 3 : « Si quelqu’un des clercs, à partir du diaconat, présume garder près de lui pour sa consolation une femme autre que sa grand-mère, sa mère, sa sœur, sa fille, sa tante, ou une épouse qui s’est convertie avec lui, qu’il soit excommunié ! » Car, si saint Cyrille concédait une épouse aux clercs dont il pourrait user librement, il irait contre tout son livre, et même contre son titre : « de la singularité des clercs).
Saint Ambroise (livre 1, des devoirs, chapitre ultime) : « Le ministère doit être sans tache et immaculé, et vous saurez qu’il ne doit être violé par aucune relation conjugale, vous qui, dans un corps intègre, une pudeur non corrompue, étrangers même à l’union conjugale, avec reçu la grâce du saint ministère. Je me sens obligé d’en parler, parce que, dans la plupart des lieux éloignés, les prêtres élèvent des enfants en exerçant le ministère. » La même chose dans l’épitre 82 à l’église de Vercellensem : « Ayant des enfants, a dit l’apôtre, non faisant des enfants. » Et, dans le chapitre 1 de l’épitre à Timothée : « On leur défend de nouveau l’usage des femmes. » Saint Jérôme (dans son livre sur Virgilance, vers le début) : « Que dire l’église de l’Orient, de l’Égypte et du siège apostolique qui acceptent des clercs qui sont vierges, ou qui, s’ils avaient des femmes, cessent d’être maris ? » De même, dans la fin de l’apologie pour ses livres contre Jovinianus : « On élit des évêques, des prêtres, des diacres qui sont vierges ou veufs, ou qui deviennent continents après leur ordination. » Saint Augustin (dans le livre 2 sur les époux adultérins, chapitre 20) : « Nous avons coutume de proposer la continence des clercs à ceux qui ont été pris malgré eux pour porter le même fardeau, jusqu’à la fin qui leur est due. Avec l’aide de Dieu, ils persévèrent. » Lire tout le texte. L’auteur des question sur l’ancien et le nouveau testament, qui n’est pas saint Augustin, comme le titre l’indique, mais quelqu’un de plus ancien, ajoute à la fin : « Le mariage est une chose permise et bonne, pourquoi n’est-il pas permis aux prêtres d’avoir des épouses ? » Et il en donne longuement les raisons.
En plus des textes cités, saint Grégoire (livre 6, chapitre 1 du livre des Rois) dit qu’ils se trompent ceux qui, à cause des paroles de saint Paul, «que chacun ait une femme », pensent qu’il est permis aux ecclésiastiques d’avoir des épouses. » Grégoire de Tours (livre 4, chapitre 4 de son histoire) rapporte qu’ »un certain comte qui, après avoir renvoyé son épouse, s’était initié aux fonctions sacrées, désira ensuite retourner à son épouse, et fut excommunié par tous les évêques ». Saint Isidore (dans le livre des devoirs divins, chapitre 10) : « Il a plu aux saints pères que soient chastes ceux qui célèbrent les saints mystères, qu’ils s’abstiennent de toute relation charnelle avec leurs épouses, et qu’ils soient libres de toute immondice charnelle. » S’il dit cela des diacre, il enseigne à plus forte raison la même chose des évêques et des presbytes (chapitres 5 et 8). Ce texte nous permet de comprendre les paroles du chapitre deuxième : « Qu’ils conservent perpétuellement la chasteté du corps, ou qu’ils soient engagés par le lien d’un seul mariage. » Car cela est dit des clercs en général, tant majeurs que mineurs. Car, tous les clercs doivent ou être perpétuellement continents, s’ils sont initiés aux ordres majeurs, ou engagés par les liens d’un seul mariage, s’ils sont initiés aux ordres mineurs.
Saint Anselme (épitre 8,) affirme que le saint pape Grégoire V11 a eu raison d’interdire à tous les prêtres mariés de s’approcher des saints mystères. Bède le vénérable (livre 3, chapitre 9 sur le tabernacle) : « Personne ne peut recevoir le sacerdoce, ou se consacrer au ministère de l’autel, à moins de demeurer vierge ou de dissoudre le contrat de mariage qui le lie à son épouse. » De plus, pour omettre les plus récents, je rappelle à votre souvenir Arator, le sous-diacre du pape Vigile. Dans son livre sur les actes des apôtres, au chapitre 30, après avoir expliqué la raison pour laquelle les prêtres de l’ancienne loi avaient l’obligation de s’abstenir de leurs femmes seulement de temps en temps, ajoute : « La sainte foi de l’Église ordonne maintenant que seuls soient pontifes les pudiques perpétuels. » À ces témoignages, ils ajoutent leurs exemples. Car, au temps des apôtres, tous les évêques, presbytes et ecclésiastiques dont nous avons les vies, et que nous avons entendu loués unanimement, furent continents. Et on ne peut présenter aucun exemple d’hommes approuvés qui témoignent du contraire. Les magdebourgeois ont scruté attentivement tous les siècles pour trouver des hommes qui se seraient mariés après avoir reçu les ordres. Et ils en présentent plusieurs (aux centuries 4, 5, 6, 7, 8, 9, 19, et 11, au début du septième chapitre), mais sans réussir vraiment. Car, ou bien il s’agit d’épouses qu’ils avaient avant leur ordination, comme dans le cas de Grégoire, le père de saint Grégoire de Naziance, ou il est question d’ordres mineurs, ou, (ce qu’ils tirent du concile de Tolède 4, chapitre 42) ce sont des exemples de ceux que l’on blâme, (comme on le voit dans l’épitre de Zacharie à Boniface), ou ce sont des mensonges éhontés, comme ce que rapporte la cinquième centurie, chapitre 7, à savoir que le pape Innocent aurait attesté que les presbytes de Macédoine avaient des épouses. Le pape Innocent n’a jamais rien dit de tel. Philippe dans son livre sur le célibat au roi d’Angleterre prouve que les anciens évêques avaient usé du mariage par une lettre de Polycrate citée par Eusèbe, livre 5, chapitre 24 de son histoire. Polycrate écrit que sept de ses parents ont été évêques, et qu’il était, lui, le huitième. Mais Philippe a été trompé par la traduction de Ruffin. Le mot grec que l’on trouve chez Eusèbe est sungenôn qui ne signifie pas des parents, mais des amis. Mais, concédons qu’ils ont été ses parents, peut-on en conclure qu’ils ont usé des droits du mariage ?
De cette nuée de témoins, on peut tirer trois conclusions. La première. Se trompent ceux qui, comme Clictovaeus et les autres pensent que la loi de la continence a été imposée aux clercs, en tout premier, par Syricius. Car, Clément, Origène, Eusèbe, Épiphane sont tous plus anciens que Syricius. La deuxième. La coutume des Grecs qui est en vigueur aujourd’hui, était inexistante dans les premiers six cents ans, comme le démontrent des auteurs comme saint Jean Chrysostome, saint Jérôme, et saint Léon, aux lieux cités. La troisième. Calvin a menti effrontément et impudemment quand il a affirmé (livre 4, chapitre 12, verset 25 de ses institutions) que tous les anciens pères avaient approuvé le mariage dans l’ordre épiscopal. Car, plusieurs pères que j’ai cités, et plusieurs conciles ont déclaré juste le contraire. Et il ne peut citer aucun témoin de ce qu’il avance si imprudemment.
On le prouve, cinquièmement, par la raison. Car, puisque le mariage apporte des obstacles et des retardements aux devoirs ecclésiastiques, ce fut équitable d’interdire le mariage aux prêtres et aux autres hommes sacrés, car les devoirs ecclésiastiques consistent à prier, enseigner, exhorter, administrer les sacrements, prendre soin des pauvres, et autres choses semblables, qui ne peuvent pas être bien observées (comme le dit l’apôtre à Tite, chapitre 1), à moins que le prêtre ne soit hospitalier, bon, sobre, juste, saint, continent et docte. Le mariage rend difficile (comme saint Jérôme le dit au livre 1 contre Jovinien), le devoir de sacrifier, car une pureté suprême et une sainteté sont requises, come saint Jean Chrysostome l’explique dans son livre 6 sur le sacerdoce. On ne peut nier que, dans l’acte conjugal lui-même, ne s’infiltre une certaine impureté et une certaine pollution, non parce qu’elle est elle-même un péché, mais parce qu’elle est née du péché. Car même si Calvin vocifère contre Syricius qui appelle pollution le mariage des prêtres, ce n’est pas seulement le mariage des prêtres qui est un sacrilège et non un mariage, et qui ne peut s’exercer sans pollution et sans honte, mais aussi celui des diacres. La rébellion des membres et la honte humaine ont suffisamment été attestées dans cet acte qui requiert le secret, comme l’a noté saint Augustin (livre 14, chapitre 17, de la cité de Dieu).
Ensuite, le mariage refroidit le zèle de l’oraison et de la lecture, qui doivent être l’occupation principale du prêtre, Car, l’oraison requiert un esprit tourné vers les choses d’en haut, purifié et tranquille, tandis que l’acte du mariage, comme l’enseigne saint Augustin (livre, 14, chapitre 16 de la cité de Dieu), rend l’esprit hébété, et le rabaisse vers les choses de la terre, amène le trouble, et rend l’âme charnelle. Troisièmement. Elle met un frein à l’efficacité de la prédication, car, comme le dit saint Ambroise (dans 1 devoirs, chapitre ultime) : « Comment pourra-t-il exhorter efficacement les veuves et les vierges celui qui passe tout son temps à s’occuper des enfants »? Quatrièmement, il ralentit le travail pastoral, car celui qui a une femme et des enfants, ne pense toujours qu’à eux, et l’amour avec lequel il devrait prendre soin de ses brebis est consumé tout entier dans son épouse et ses enfants. Et pourtant, comme le dit saint Ambroise (livre 1, chapitre 7 des devoirs) « les fils spirituels doivent être aimés plus chèrement que les fils charnels ».
Cinquièmement, il paralyse le soin à porter aux pauvres, et cette hospitalité et cette bonté que recommande si chaudement l’apôtre. Car, celui qui a une épouse et des enfants doit mettre de côté de l’argent pour eux, et l’on trouve peu de gens mariés qui aient du superflu. Ajoutons qu’un clerc ne peut pas léguer d’héritage à des fils, et pourtant, tout père doit assurer l’établissement de ses enfants. Les plus avares seraient donc forcés de vendre les sacrements. Sixièmement, l’administration elle-même des sacrements en souffrirait. Car, alors, on distinguerait avec peine les prêtres des laïcs, et le prêtre serait semblable à un membre du peuple. C’est ce que l’expérience nous a montré. Car, au temps de Grégoire V11, quand les prêtres commencèrent, en Allemagne, à prendre femme, un tel mépris des sacrements a suivi que c’était parfois des laïcs qui administraient les sacrements, comme Jean Nauclerus et d’autres le rapportent. Épihane a donc raison de dire (hérésie 59) que la continence est nécessaire à cause de l’honneur qu’exige les sacrements. Il reste à répondre aux arguments. Nous réfuterons d’abord les objections de Calvin dans l’ordre où il les a présentées.
CHAPITRE 20
On répond aux arguments de Calvin
Le premier. Dieu a laissé le mariage libre. Il n’est donc permis à personne de le prohiber. Et il confirme sa thèse par la première épitre de saint Paul à Timothée, où il dit que c’est un signe d’hérésie de prohiber les noces. Je réponds en disant que nous pensons comme lui. Car, l’église ne prohibe pas le mariage, et ne force personne à adopter le célibat. Elle requiert seulement cette condition pour ceux qui veulent s’initier aux saints sacrements. Cette condition-là chacun est libre de l’accepter ou pas, mais si quelqu’un ne l’accepte pas, il n’est pas initié. On ne peut non plus dire que l’église prohibe la profession d’avocat et de juge, ou le métier de bourreau, même si elle ne veut que les ecclésiastiques remplissent ces tâches. Au sujet de la citation de saint Paul, nous disons, avec saint Jérôme contre Jovinien, et avec saint Augustin contre Faustus, (chapitres 4 et 6), avec saint Ambroise et saint Jean Chrysostome, et avec les autres qui ont commenté ce texte, que l’apôtre blâme ceux (Tatien, Marcion, Manès) qui rejetaient le mariage comme quelque chose de mauvais.
Mais ils objecteront peut-être que l’apôtre indique que c’est quelque chose qui arrivera dans les deniers temps. Je réponds que l’expression les derniers temps signifie le dernier âge qui va du Christ au jugement. Car, l’apôtre a dit : « Nous sommes dans les derniers temps. 1 Corinthiens) : « Mes petits fils, c’est la dernière heure. » 1 Jean). Ajoutons que le mot grec n’est pas eskatois, mais uxirois, c'est-à-dire non dans les derniers temps, mais dans les temps postérieurs. Les adversaires ne peuvent pas nier cela, à moins qu’ils veuillent que l’apôtre n’ait pas blâmé ceux qui prohibaient ouvertement le mariage, car, ils ne vécurent pas dans les derniers temps. Mais Pierre le martyr objecte (dans le livre sur le célibat et sur les vœux monastiques) que saint Augustin enseigne (dans le livre 1, chapitre 18 des mœurs des manichéens, et dans son épitre 74 à Deutérium) que les manichéens ne prohibaient le mariage qu’à leurs élus, qui étaient, pour eux, comme des prêtres et des moines. Il dit cependant que ce sont eux qui sont blâmés par l’apôtre, quand il dit que la prohibition du mariage est une doctrine de démons.
Je réponds que le même saint Augustin (livre 30, chapitre 6 contre Faust) écrit que le mariage était interdit par les manichéens pour tous, et que s’ils le permettaient pour les auditeurs, c’était parce qu’ils étaient forcés de le tolérer : « Ne dites-donc pas que vous ne le prohibez pas, parce que vos auditeurs ne voulant pas ou ne pouvant pas vous obéir sur ce point, vous le tolérez pour conserver leur amitié. » Nous, non seulement nous tolérons les chrétiens mariés, mais nous les félicitons. Et de plus, les manichéens permettaient à leurs auditeurs le mariage pour satisfaire leurs besoins sexuels, mais ils les mettaient en garde contre la conception ou la procréation d’enfants. N’est-ce pas cela avoir le mariage en haine ? Les catholiques, eux, louent le mariage principalement parce qu’ils savent qu’il a été institué par Dieu pour la procréation d’enfants.
Le deuxième argument. Saint Paul (1 Timothée 3, et Tite 1) exprime quelle était son idée d’un évêque parfait. Parmi les dons et les vertus qu’il exigeait, il a osé placer le mariage, quand il a dit qu’on doit choisir un homme d’une seule femme. Je réponds qu’il est faux que l’apôtre ait mis le mariage parmi les donc et les vertus d’un évêque idéal. Il suffirait, pour le prouver, de constater que tous les évêques qui ont été jusqu’ici de grands sains ont tous été continents, comme nous l’avons déjà dit. On ne peut pas croire que ces grands saints n’aient pas compris le véritable sens des paroles de saint Paul, ou n’aient pas voulu obtempérer. De plus, le même Paul (1 Corinthiens 7) exhorte à la continence, et dit qu’il est bon de rester non marié ou veuf, et d’y demeurer : « Celui qui se marie fait bien, celui qui ne se marie pas fait mieux. » Comment donc est-il croyable que le même saint Paul ait placé le mariage parmi les dons et les vertus d’un évêque idéal ? Ajoutons que, dans ce passage, saint Jean Chrysostome et les autres pères enseignent que saint Paul n’a pas commandé aux évêques d’avoir une épouse, mais de ne pas en avoir, ou de ne pas en avoir plus qu’une. Même un Martin Luther dans les propositions sur la bigamie, soutient que ces paroles (mari d’une seule femme) ne doivent pas être entendues négativement, mais positivement, c’est-à-dire que l’évêque n’est pas obligé d’en avoir une, mais ne peut pas en avoir plus qu’une.
Mais Calvin réplique que, « en décrivant ce que devaient être les épiscopes et les diacres, il explique aussi quelles sortes de femmes doivent être leurs épouses ». Je réponds que saint Paul a parlé des femmes en général, comme l’explique Ambroise, ou des diaconesses qui étaient des veuves, comme saint Jean Chrysostome et Theophylactus l’enseignent. Ou si on parle des épouses des évêques ou des diacres, on parle des épouses qu’ils avaient prises avant leur ordination, et non après. Le troisième argument. Saint Paul (Hébreux 13) affirme, sans faire aucune exception, que le mariage est pour tous honorable. Pourquoi donc pas par les prêtres ? Je peux facilement leur rétorquer que si les mariages de tous sont honorables, même les mariages des adolescents contractés à l’insu des parents seront honorables. Calvin, pourtant, les réprouve (livre 1, chapitre 19, verset 37). Je dis donc qu’on peut expliquer « en tous » ou « pour tous » de trois façons. La première. Dans toutes ses parties : le sacrement, l’engagement, les enfants. La deuxième. Par tous. Personne ne peut condamner le mariage, même si la virginité est plus profitable. C’est ainsi que saint Fulgence semble avoir compris ce texte (livre sur la foi à Pierre, chapitre 3). La troisième. En tous. Dans tous les époux légitimement mariés, quels qu’ils soient, vieux, jeunes, nobles, paysans, Grecs ou Hébreux. C’est ainsi que Theophylactus interprète ce passage, et son explication semble plus littérale.
Le quatrième argument. Les apôtres ont enseigné, par leurs exemples, que personne, en dépit de la sainteté de la fonction, n’était indigne du mariage, car non seulement ils ont eu des épousess, mais ils les ont amenées avec eux, comme l’atteste saint Paul (1 Corinthiens 9). On peut aussi ajouter à ce passage les dernières paroles de la lettre aux Philippiens : « Je te prie, comme un vrai compagnon, de les aider. » On pourrait traduire la phrase grecque par : comme un vrai époux. Je réponds qu’on ne sait pas avec certitude quels sont les apôtres qui ont eu des épouses, et quels sont ceux qui n’en non pas eues. Tertullien (dans le livre de la monogamie) et saint Jérôme (dans livre 1 contre Jovinien) estiment, qu’à l’exception de Pierre, dont l’évangile parle de la belle-mère, aucun autre apôtre n’a été marié. Saint Ignace, dans l’épitre aux Philadelphiens, dit que Pierre, Paul et les autres apôtres se sont mariés, sauf Jean, même si dans le codex du Vatican et dans d’autres manuscrits, le mot Paul soit absent. Clément d’Alexandrie (livre 3 des stromates, au milieu) rapporte que certains apôtres, y compris Paul, ont eu des épouses. Mais, quoi qu’il en soit de tout cela, une chose est certaine. Les apôtres qui avaient pris femme, ont, après avoir été appelés par le Christ, renoncé au devoir conjugal, comme saint Jérôme l’enseigne dans son livre 1 contre Jovinien. Les paroles de saint Pierre en Matthieu, chapitre 10, le laissent assez clairement entendre : « Voilà que nous avons tout abandonné pour te suivre. » Et tout de suite après, le Seigneur explique ce que signifie tout abandonner : « Celui qui aura abandonné son père, sa mère ou son épouse. »
Au sujet du texte de saint Paul (1 Cor 9) : « N’avons-nous pas le droit d’être accompagné par une sœur épouse, comme les autres, les frères du Seigneur et Cephas ? », je dis que l’apôtre ne parle pas des épouses mais des pieuses femmes qui suivaient les apôtres, et les servaient, comme elles avaient suivi Jésus. C’est ainsi que presque tous les Grecs et les Latins l’entendent, comme Chrysostome, Theodoret, Oecumenius, Theophylactus, Ambroise, Haymo, et d’autres. Et les mots grecs employés le font suffisamment comprendre. Car il a dit : adelphèn gunaixa periagein, sans article. Car, s’il avait parlé d’une épouse, il aurait dit : tèn gunaixa, car une épouse est certainement une femme. Ajoutons que Clément d’Alexandrie qui est un des anciens qui ont vu dans ce mot les épouses des apôtres, ajoute au même endroit que même si elles étaient des épouses, elles avaient mis fin à tout devoir conjugal, et accompagnaient les apôtres non en tant qu’épouses, mais en tant que sœurs.