Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

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Saint Robert Bellarmin

Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps

Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos. télécharger livre 1 : Les livres sacrés et les livres Apocrypes

Tome 1 : Les règles de la foi : trois controverses générales :

1ere Controverse : la Parole de Dieu, écrite ou conservée par la tradition, l. IV

2eme Controverse : le Christ chef de toute l’Eglise, l. V ;

3eme Controverse : le souverain pontife, son vicaire ici-bas, l. V.

pouvoir spirituel et son pouvoir temporel.

1ere Controverse : la parole de Dieu, écrite ou conservée par la tradition, l. IV (4 livres).

livre 1 : Les livres sacrés et les livres Apocrypes (20 chap.) livre 2 : Les Différentes éditions (16 chap.) livre 3 : L'interprétation de la Parole de Dieu (10 chap.) livre 4 : La parole de Dieu non écrite (12 chap.)

1ere Controverse : la parole de Dieu, écrite ou conservée par la tradition (4 livres).

livre 1 : Les livres sacrés et les livres Apocrypes

CHAPITRE 1 L’ÉCRITURE EST-ELLE LA PAROLE DE DIEU ?

CHAPITRE 2 Les livres dits canoniques qui contiennent la parole de Dieu

CHAPITRE 3 Réfutation de l’objection provenant de la parole de saint Paul :la lettre tue, mais l’esprit vivifie.

CHAPITRE 4 QUELS SONT LES LIVRES SAINTS

CHAPITRE 5 LES HÉRÉTIQUES QUI S’ATTAQUÈRENT AUX LIVRES DU PREMIER ORDRE

CHAPITRE 6 Les Hérétiques qui combattirent les livres du Nouveau Testament ci-dessus énumérés.

CHAPITRE 7 Le livre d’Esther

CHAPITRE 8 Le livre de Baruch

CHAPITRE 9 De certains chapitres de Daniel

CHAPITRE 10 Les livres de Tobie, de Judith, de la Sagesse, de l’Ecclésiastique et des Macchabées.

CHAPITRE 11 Le livre de Tobie

CHAPITRE 12 Le livre de Judith

CHAPITRE 13 Le livre de la Sagesse

CHAPITRE 14 L’ Ecclésiastique

CHAPITRE 15 Les Livres des Macchabées

CHAPITRE 16 Certaines parties des livres de Marc, de Luc et de Jean

CHAPITRE 17 La lettre aux Hébreux

CHAPITRE 18 Les lettres de saint Jacques, de saint Jude, la deuxième de saint Pierre, la deuxième et la troisième de saint Jean.

CHAPITRE 19 L’Apocalypse

CHAPITRE 20 Les livres apocryphes

***

(5 février 2017)

CHAPITRE 1 : L’ÉCRITURE EST-ELLE LA PAROLE DE DIEU ?

Me proposant de traiter des livres sacrés, la première question qui s’offre à moi est la suivante : doit-on recevoir l’Écriture prophétique et apostolique comme la parole de Dieu, ou ne doit-on considérer comme parole de Dieu que ce que l’Esprit Saint dit en privé à chacun dans son cœur ? Cette question que les théologiens catholiques ne sauraient se poser sans rougir, c’est en partie le délire de Swenckfeld et des Libertins qui la font naître, ainsi que la malhonnêteté et l’impudence des Luthériens. Gaspar Swenckfeld (comme Frédéric Staphile dans son livre sur la concorde existant entre les disciples de Luther, et Pierre Palladius dans son livre des hérésies de ce temps l’attestent), rejette la parole écrite comme la lettre qui tue, et ordonne de nous contenter du seul esprit interne. Voici ce qui dit Jean Calvin des Libertins qui se sont faits les adeptes des auteurs Copin et Quentin, dans son instruction contre les Libertins, au chapitre 4 : « Nous avons dit que ces gens-là ont coutume de s’esclaffer à voix haute si quelqu’un leur allègue un passage de l’Écriture. Ils ne craignent pas d’affirmer que l’Écriture ne raconte que des fables. Ils ne s’interdiront pas pour autant de l’utiliser s’ils peuvent l’interpréter dans leur sens. Non parce qu’ils ont foi en elle, mais pour troubler les idiots, et les ébranler au point de pouvoir les amener plus facilement à penser comme eux. Quand on leur oppose un texte de l’Écriture, ils ont coutume de répondre : « Nous ne nous sentons pas liés par ce mot, car celui que nous devons suivre c’est l’Esprit qui vivifie ». Bien plus, Porcus Quentin avait donné un surnom à chacun des apôtres, dans son patois de Picardie. Il appelait Paul le vase fêlé, Jean le jeune fainéant, Pierre le renégat de Dieu, et Mathieu l’usurier. Or, Martin Luther et Jean Calvin et leurs disciples ne craignent pas, en un mensonge impudent, d’attribuer au pontife romain et à l’Église catholique cette erreur de Swenckfeld et des libertins. Voici ce que dit Luther dans son livre des conciles et de l’église, près de la fin : « Le pape a rempli presque toute la terre d’une masse énorme de commentaires de l’Écriture et de livres, et fit, des lois, des peines, des droits humains et divins, des articles de fois; du nom de péché et de la justice, des filets pour attraper les consciences. Sa décrétale mérite donc d’être de nouveau jetée au feu. L’Église peut facilement se passer d’un tel livre qui a causé un tort horrible et irréparable dans une grande partie du genre humain; qui a enseveli la sainte Écriture dans le fumier et la poussière, et qui a presque détruit la doctrine chrétienne dans sa totalité ». Voilà les propres paroles de Luther. On retrouve la même chose dans son livre contre le roi d’Angleterre, et dans son livre du faux statut clérical, et ailleurs. Voici maintenant les paroles de Calvin au début de son livre ou de son instruction contre les Anabaptistes : « Car nous ne disons pas comme les papistes qu’il faut que les saintes lettres soient envoyées pour que nous acquiescions à l’autorité des hommes. Car cet échappatoire nous l’estimons un blasphème exécrable ». C’est pourquoi, pour réfuter brièvement leur erreur et leur mensonge, il faudra d’abord leur déclarer que les livres prophétiques et apostoliques, selon que l’entend l’Église catholique, et comme l’a expliqué autrefois le concile de Carthage au chapitre 47, et de nos jours le concile de Trente, sont la vraie parole de Dieu et la règle de foi certaine et stable. Nous le démontrerons par les arguments suivants

CHAPITRE 2 Les livres dits canoniques qui contiennent la parole de Dieu

Moïse d’abord, puis les prophètes et ensuite le Christ ainsi que Jean l’apôtre ont confirmé par des textes scripturaires des dogmes divins. Et il est certain qu’ils ont exhorté les autres à lire les Écritures. Ils ne remirent au jugement interne de personne le droit de négliger les Écritures. Nous ne cherchons pas le témoignage des Écritures pour paraître grands aux yeux de nos adversaires, mais pour que les Écritures dont nos adversaires abusent contre nous qui les tenons en grande vénération, ne semblent pas plaider en leur faveur. Moïse dit donc au Deutéronome 17 : « Si tu trouves qu’un jugement est ambigu et difficile à comprendre, tu feras tout ce que te diront ceux qui président dans le lieu qu’a choisi le Seigneur, et ils t’enseigneront conformément à sa loi. » En cet endroit, Moïse enseigne assez clairement que les controverses qui naissent dans le peuple de Dieu doivent être jugées d’après la loi. Isaïe proclame dans le même sens : « A la loi d’abord et au témoignage ! » Et Malachie : « Les lèvres du prêtre garderont la science, et c’est de sa bouche qu’on recherchera la loi, parce qu’il est l’ange du Seigneur des armées ». David dit aussi dans le psaume 118 : « Bienheureux ceux qui scrutent ses témoignages ».

Le Christ a d’abord confirmé sa mission par le témoignage de l’Écriture, en citant ces paroles du prophète : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, voilà pourquoi il m’a oint » … Dans Marc 12, il confond les Sadducéens par le recours aux saintes lettres, en disant : « N’est-ce pas parce que vous ne connaissez pas les Écritures que vous vous trompez ? ». Et plus bas, au sujet de la résurrection des morts : « N’avez-vous pas lu dans le livre de Moïse ? »... Et dans Matthieu 22 : Par quel autre argument a-t-il imposé aux Pharisiens le silence que celui d’un texte de David ? Et de nouveau, il ne renvoya pas les Pharisiens à leur esprit intérieur mais aux Écritures divines, quand il leur dit : « Scrutez les Écritures ! »

De même, à celui qui s’enquérait de sa mission, saint Jean Baptiste ne répondit pas en se rapportant au jugement spirituel interne, mais en citant le prophète Isaïe : « Je suis la voix qui crie dans le désert : préparez le chemin au Seigneur, comme l’a dit le prophète Isaïe ». Ce n’est pas sans les louer qu’on rapporte dans les actes des apôtres au sujet des Juifs de Bayreuth que, après avoir entendu prêcher saint Paul, ils scrutaient chaque jour les Écritures pour s’assurer qu’il en était bien ainsi qu’il le disait. Les apôtres eux-mêmes Pierre, Paul, Jean, Jacques, Jude, ne font pas dans chacune de leurs lettres, que citer de temps en temps des passages de la loi et des prophètes (ce qui serait trop long à recenser), mais en tout temps ils se réfèrent, dans leurs prédications, à l’autorité des Écritures. « Nous avons, disait Pierre, un discours prophétique encore plus sûr, que vous ferez bien d’écouter avec attention, lequel est comme une lumière brillante dans un lieu sombre ». Et Saint Paul, 2 Tim 3 : « Tu connais, depuis ton enfance, les saintes Écritures. Elles sont capables de t’instruire au sujet de ton salut. Toute écriture divinement inspirée est utile pour l’enseignement, la réfutation, la correction, pour l’éducation à la justice, pour que l’homme qui est en instruit soit apte à toute bonne œuvre ». Enfin, Dieu lui-même à Josué : « Que le livre de la loi ne s’éloigne pas de ta bouche, mais médite-le jour et nuit ». C’est donc avec Moïse, avec les prophètes, aves les apôtres, avec le Christ lui-même, avec Dieu le Père et le Saint-Esprit qu’ils sont en guerre ceux qui méprisent les saintes lettres et les oracles divins.

De plus, la règle de la foi catholique doit être certaine et connue. Car si elle n’est pas connue, elle ne sera pas pour nous une loi. Si elle n’est pas certaine, elle ne sera pas non plus une règle. Or, la révélation privée de l’Esprit saint, même si elle est vraie en elle-même, ne peut nous être connue en aucune façon à moins qu’elle ne soit confirmée par des témoignages divins, par de vrais miracles, qui font surtout cruellement défaut, en notre siècle autant que par le passé, à ceux qui se vantent d’être sous l’action de l’Esprit. Car qu’est-ce qui me retiendra de penser que l’Anabaptiste ment quand il se dit que l’Esprit souffle en lui ? Mais accordons-lui qu’il ne ment pas. De quelle façon pourrai-je reconnaître la nature de cet esprit; est-ce un esprit de lumière ou de ténèbres ? Et comme ils sont si nombreux de notre temps ceux qui prétendent avoir le Saint Esprit comme chef et docteur, et qu’entre eux ils diffèrent d’opinion au point qu’ils soient hérétiques les uns pour les autres, il ne se peut certainement pas que tous marchent dans la voie droite. Si tous se trompent, ou si de toute nécessité quelques-uns seulement se trompent, qui osera nier que dans leur nombre il y en ait qui soient trompés par Satan.

Or, rien n’est plus connu, rien n’est plus certain que les saintes Écritures qui contiennent les livres prophétiques et les lettres des apôtres. Il est donc nécessaire que soit d’une grande stupidité celui qui nie qu’on doit leur faire confiance. Qu’elles soient archi connues en font foi toute la chrétienté et le consentement de tous les peuples, par qui elles ont pendant plusieurs siècles été vénérées comme l’autorité suprême. Elles sont en effet très certaines et très vraies; elles ne sont pas des inventions humaines, mais elles contiennent les oracles divins. En premier lieu, témoigne en leur faveur la vérité des prophéties. Saint Augustin en parle dans la cité de Dieu, livre 12, chapitre 9 : « Ce n’est pas sans raison que toute la terre et tous les peuples ont mis leur foi dans l’Écriture, puisque parmi les choses qu’il faut croire, et toutes les choses véritables qu’elle enseigne, il y a des prophéties qui se sont réalisées. » Et encore : « Elles ne méritent pas d’être crues ces lettres remplies de fables présentées comme anciennes, qui sont contraires à l’enseignement, qui fait autorité, des livres très connus et divins. Car il avait été prédit que toute la terre croirait en eux, et toute la terre a cru en eux, comme il avait été prédit. Que soit vrai ce qui a été raconté des choses du passé, le démontre l’accomplissement de ce qui avait été prédit pour le futur. »

En deuxième lieu, témoigne en leur faveur cette harmonie divine et cette unanimité de tant d’hommes qui en divers lieux, à diverses époques, en diverses langues et en différentes circonstances ont composé les saints livres. Ils ne semblent pas être des auteurs différents, mais c’est comme si tous ces roseaux à écrire avaient été tenus par un seul homme. C’est pourquoi Théodoret dans sa préface des psaumes, et saint Grégoire dans sa préface de Job ont estimé que les langues et les mains des écrivains sacrés ne devaient pas recevoir d’autre nom que calames du Saint Esprit. Et saint Augustin dans la cité de Dieu, 1, 18, c. 41 parlant de cette admirable concorde existant entre les écrivains sacrés, dit : « Nos auteurs, par lesquels le canon des saintes lettres a été constitué et a reçu sa complétion, sont très loin d’avoir entre eux le moindre dissentiment. Ce n’est donc pas sans raison qu’ont cru que quand ils écrivaient c’était Dieu qui parlait non seulement quelques docteurs et quelques disputeurs, mais les paysans et les citadins, les savants et les ignorants, un immense nombre de peuples. Il fallait en effet qu’ils soient peu nombreux pour qu’une grande multitude n’avilisse pas ce que la religion avait de plus cher. Mais pas au point que ne puisse se manifester leur magnifique consensus. Car il n’est pas facile de découvrir en quoi sont d’accord les nombreux philosophes qui nous ont légué par écrit les dogmes de leurs doctrines ».

En troisième lieu, c’est Dieu lui-même qui témoigne en sa faveur, quand par un avertissement céleste, il défend son Écriture contre toute profanation humaine. Au roi Ptolémée qui s’étonnait de ce qu’aucun historien, ancien aucun poète ancien ne se souvienne des livres divins, Démétrius de Phalère répondit, comme Joseph le rapporte d’Aristée (livre 12 des antiquités, chapitre 2) et Eusèbe (préparation évangélique, livre 8, chapitre 1) : « Cette Écriture est divine, et elle a été donnée par Dieu lui-même. C’est pourquoi si un profane voulait s’en emparer, il serait tout de suite frappé par Dieu, et devrait y renoncer. » Et il affirma d’un certain Théopompe qui voulait embellir par la langue grecque une partie des divins volumes, que son esprit se troubla immédiatement par l’action de Dieu. Il fut si perturbé qu’il dut abandonner le travail commencé. Un certain Théodore, auteur de tragédies, avait décidé de transférer dans sa fable des enseignements de la divine Écriture. Il fut privé de la vue. C’est ainsi qu’une témérité insolente a été réprimée immédiatement par une calamité subite.

Le quatrième à rendre témoignage est l’Écriture elle-même. Car, si ont été véridiques les prédictions des choses futures, pourquoi ne seraient pas vrais les témoignages qui portent sur les choses présentes ? Est tout à fait vrai ce que dit David au livre 2, Rois, chapitre 23 : « L’Esprit du Seigneur a parlé par moi, et son discours par ma langue. » Est également vrai ce que dit Zacharie : « Béni soit le Seigneur Dieu d’Israël etc. Comme il a parlé par la bouche des saints, qui sont du siècle, ses prophètes ». Est vrai ce que dit 2 Pierre, chapitre 1 : « C’est inspirés de Dieu qu’ont parlé les saints hommes de Dieu ». Et Paul 2 Tim 3 : « Toute écriture est divinement inspirée ». Vrai est ce que répètent tous les prophètes sans distinction : « Voici ce que dit le Seigneur ». La dernière des preuves est le nombre infini des miracles divins qui ont été faits dans tous les siècles pour prouver ces dogmes qui sont contenus dans les livres saints.

En conséquence, puisque la sainte Écriture est une règle de croyance très certaine et très sûre, ne sera donc pas sain d’esprit celui qui, après l’avoir négligée, s’en remet au jugement de l’esprit interne souvent trompeur et toujours incertain. Et pour preuve, écoutons saint Augustin, dans le prologue de la doctrine chrétienne, qui avertit les chrétiens par ces mots : « Gardons-nous de ces tentations superbes et si périlleuses, et rappelons-nous que l’Apôtre lui-même, même s’il avait été jeté par terre et instruit par une voix céleste divine, a été quand même envoyé à un homme pour qu’il reçoive de lui le sacrement et soit incorporé par lui à l’Église. Et le centurion Corneille, même si un ange lui avait annoncé que ses prières avaient été exaucées et ses aumônes bien reçues, a été remis à Pierre pour être baptisé. De Pierre il ne reçut pas seulement le sacrement, mais il entendit par lui ce qu’il faut croire, ce qu’il faut espérer, et ce qu’il faut aimer.

Cela est arrivé parce que la providence de Dieu conduit et modère toute chose selon que le demande sa nature. Or, la nature des hommes demande que puisque nous sommes composés d’un corps et d’une âme, et que nous saisissons plus facilement les choses corporelles que les spirituelles, nous soyons conduits, par les choses qui sont perçues par le corps, et comme par degrés, aux choses spirituelles. Dieu n’enseigne donc pas communément à tous par une insufflation interne ce qu’on doit croire de lui, ce qu’il veut que fassent les siens. Mais il a voulu nous instruire par des lettres corporelles que nous puissions voir et lire. « De cette cité vers laquelle nous pérégrinons (dit saint Augustin sermon 2, dans psaume 90) des lettres nous sont venues, les saintes Écritures, qui nous exhortent de bien vivre ». Du fait que David, Moïse, Isaïe, Pierre, Paul, Jean et les autres et le petit nombre de ceux qui ont été admis dans les chœurs des anges, puisèrent pour eux la sagesse de la fontaine elle-même de vérité, s’ensuit-il que les autres hommes n’auront besoin ni de lettres divines ni d’aucun docteur ? Autre devra donc être la règles des fondations, autre celle des murs; autre celle des montagnes, autre celle des collines ? Tous sont-ils apôtres ? Tous sont-ils prophètes ? Tous sont-ils des fondations, tous des montagnes ? Et si tous sont des montagnes, où sont les collines ? Et si tous sont des fondations, où est la maison ? Si tous sont des apôtres et des prophètes, où est l’assemblée des fidèles, de laquelle il est écrit dans le psaume 7 : « Et la synagogue des peuples m’entourera ». Nous sommes donc, nous, construits (comme le dit l’apôtre au chapitre 2 de l’épitre aux Éphésiens) sur le fondement des apôtres et des prophètes, qui nous instruisent par la prédication et les lettres. Ceux qui virent de leurs yeux, et qui furent les ministres de la parole sont sustentés et fortifiés par la suprême pierre angulaire, le Christ Jésus.

Quand se soleil se lève, les cimes des montagnes sont illuminées, ensuite les collines. Et les rayons du soleil se rendent jusqu’aux plus basses vallées. Selon le psaume 71, les montagnes reçoivent la paix pour le peuple, et les collines la justice. « Les montagnes, (dit saint Augustin dans le traité 1 sur saint Jean), sont les grandes âmes, les collines les petites âmes. Mais la raison pour laquelle les montagnes reçoivent la paix c’est pour que les collines puissent recevoir la justice. Quelle est la justice que les collines reçoivent ? La foi, parce que le juste vit de la foi. Les petites âmes ne recevraient pas la foi si les grades âmes que l’on appelle des montagnes n’étaient pas illuminées par la sagesse elle-même, afin de pouvoir communiquer aux petits ce que les petits peuvent capter. » Et plus bas : « Quand nous élevons nos yeux vers les Écritures, puisqu’elles sont communiquées par des hommes, nous levons nos yeux vers les montagnes, d’où nous viendra l’aide. »

Enfin, si dans n’importe laquelle république, on enlevait les lois et les institutions des anciens, de sorte qu’il serait permis à chacun de faire et de penser tout ce qu’il estimerait juste et bon par sa seule prudence naturelle, quelle perturbation s’ensuivrait, quelle confusion ! Une telle république périrait de fond en comble en peu de temps. Et pourtant, dans les choses humaines, il n’est personne qui ne sache rien du tout, personne qui soit privé de tout jugement. Qu’arriverait-il donc si dans cette république qui est divine plutôt qu’humaine, et dans laquelle il faut croire de nombreuses choses qui surpassent la raison humaine, on nous enlevait les paroles divinement inspirées, pour n’attendre et ne suivre que la seul souffle interne ? La plus grande partie des hommes n’est-elle pas constituée d’illettrés et d’ignorants, qui n’ont jamais expérimenté aucune insufflation divine, et qui n’en ont jamais perçue même dans le sommeil ? Devront-ils donc toujours attendre ? Ils ne pourront rien croire entretemps ? Ils périront pour toute l’éternité ? Peuvent-ils sans la foi obtenir la justice, ou la béatitude sans la justice ? Mais ils ont les arguments de Swenckfeld et des libertins pour confirmer et appuyer leurs idées, pour qu’ils ne semblent pas devenir fous sans raison.

Examinons-les donc pour savoir ce qu’ils valent.

Chapitre 3 Réfutation de l’objection provenant de la parole de saint Paul : la lettre tue, mais l’esprit vivifie.

L’apôtre Paul, disent-ils, par des paroles savantes, distingue la lettre de l’esprit. Il renvoie clairement la lettre à l’Ancien Testament, en disant qu’elle tue. Il atteste que l’Esprit appartient au nouveau testament, en disant qu’il vivifie. « Il nous a faits (2 Corinth 3) des ministres idoines du nouveau testament, non de la lettre mais de l’esprit. Car la lettre tue, mais l’esprit vivifie. » Donc, comme l’ancien testament est celui des Juifs et n’a rien à voir avec les chrétiens, de la même façon les Écritures qui ne sont rien d’autre que des lettres , n’ont rien à voir avec les chrétiens.

À cet argument il est facile de répondre d’abord comme suit.

S’il en est ainsi, et si les saintes Écritures n’ont rien à voir avec nous, pourquoi le Christ dit-il en saint Jean 5 : « Scrutez les Écritures ». Pourquoi saint Paul a-t-il écrit tant de lettres ? Pourquoi (1 Tim 4) exhorte-t-il son disciple à s’adonner à la lecture des Écritures ? Mais l’apôtre Paul, par la lettre qui tue, n’a jamais voulu entendre la sainte Écriture, et par l’esprit qui vivifie n’a jamais prétendu désigner la parole interne de l’Esprit. La lettre et l’esprit ne sont rien d’autre pour saint Paul que la loi et la grâce pour saint Jean. « La loi, (dit saint Jean, chapitre 1), a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité viennent du Christ Jésus ».

Et saint Augustin (livre 15 contre Faustum, chapitre 8) : « La même loi qui a été donnée par Moïse est devenue grâce et vérité par Jésus Christ, quand l’esprit accéda à la lettre, pour que commence à s’accomplir la justice de la loi, qui, avant d’avoir été perfectionnée, faisait des coupables par la prévarication. » Ce que Paul entend par la loi littérale, on peut le comprendre par les paroles suivantes. Car, quand il a dit : il a fait de nous de dignes ministres du nouveau testament, non de la lettre, mais de l’esprit, car la lettre tue, mais l’esprit vivifie, il ajoute tout de suite après : « Si le ministère de la mort déformé par des lettres de pierre fut glorieux, de sorte que les fils d’Israël ne pouvaient contempler le visage de Moïse, à cause de la gloire de son visage qui a été évacuée, le ministère de l’esprit ne serait-il pas encore plus glorieux ? » Par ces paroles, il ne laisse aucune raison de douter que par lettre qui tue il entend la loi écrite sur de la pierre.

Mais il sera avantageux d’expliquer brièvement pourquoi la loi donnée par Moïse est appelée par lui lettre, pourquoi elle tue, et pourquoi elle est dite propre à l’ancien testament, de peur qu’en réfutant les Swenckfeldiens et les Libertins nous semblions concéder quelque chose aux luthériens. Le premier doute ne sera d’aucune difficulté et sera même inexistant si l’on compare Moïse avec Jésus, et la loi avec la grâce. Car quand Moïse apporta au peuple la loi donnée par Dieu, il ne présenta rien d’autre que des lettres inscrites dans la pierre. Le Christ, lui, n’a écrit aucune lettre, ni ne présenta des lettre écrites par un autre, mais il insuffla dans les cœurs des siens l’Esprit de dilection et de grâce qu’on ne peut écrire. Voilà pourquoi la loi du Christ est esprit et grâce, et la loi de Moïse est appelée lettre.

Pourquoi dit-on que la lettre tue ? Tous ne donnent pas la même réponse. Pour Origène (livre 6, contre Celse, presque à la fin), il semble que la lettre qui tue signifie l’Écriture elle-même quand on l’explique selon le sens littéral des mots. La même écriture est un esprit vivifiant si on la prend dans son sens mystique et spirituel. « Quand on entend les saintes lettres selon le sens, il les nomme lettres, esprit quand on les entend selon l’intelligence ». Et plus clairement au livre 7, un peu avant la moitié : « Nous disons que la loi est double, une selon la lettre, et l’autre selon la sentence, comme nos plus grands l’ont enseigné. Car celle que l’on entend comme elle est écrite, ce n’est pas tellement nous que Dieu lui-même qui l’appelle, par un certain prophète, un droit qui n’est pas bon, des préceptes qui ne sont pas bons. C’est en imitant ce prophète que Paul a déclaré que la lettre tue. C’est tout comme s’il avait dit que les mots tuent. Et quand il dit que l’esprit vivifie, cela a le même sens que s’il avait écrit qu’on ne peut obtenir la vie que par leur compréhension » Si on entend cette doctrine d’Origène au sens où il est absolument impossible d’interpréter les Écritures selon le sens littéral, il est manifeste qu’elle contient une erreur évidente qui a déjà été réfutée par les Pères. Voyez la lettre d’Épiphane à Jean. Et au sujet de l’hérésie d’Origène, Chrysostome homélie 13 sur la genèse. Saint Jérôme dans sa lettre à Pammachius, dans les erreurs de Jean de Jérusalem, et dans le chapitre dix de Daniel. Saint Augustin au livre 13 de la cité de Dieu, et au livre huit de la Genèse, chapitre 1.

Si on entend les paroles de saint Paul au sens où ce qui a été dit en figure ne doit pas être expliqué selon la lettre, il faut convenir qu’elles ne peuvent pas avoir ce sens. Car quand l’apôtre dit que la lettre tue, il ne parle pas des figures des Écritures, mais de ces préceptes très connus qui avaient été écrits sur des tables de pierre. Car, c’est ainsi qu’il avait parlé : la lettre tue, mais l’esprit vivifie. « Si le ministère de la mort déformé dans des tables de pierre a été glorieux » …Et de nouveau dans l’épitre aux Romains, où à toutes les fois qu’il répète que la lettre tue, il ne présente pas d’autre loi que celle-ci : tu ne convoiteras pas. Et, pour sûr, (pour me servir des mots de saint Augustin traitant de l’esprit et de la lettre, cap. 4) « On ne parle pas de quelque chose de façon figurative quand on ne peut pas le prendre au sens littéral. Quand on dit : tu ne convoiteras pas, il s’agit d’un précepte des plus clairs et des plus salutaires. Si quelqu’un l’observe, il n’aura pas du tout de péché ».

Saint Jean Chrysostome dans 2 aux Corinth, chapitre 3, et ceux qui le suivent Théodoret, Théophile, Oecumenius, et le commentaire qui est attribué à saint Ambroise, et d’autres enseignent tous que la lettre qui tue c’est la loi qui punit, et que l’esprit qui vivifie c’est la grâce qui libère des péchés. Car la loi ordonnait de tuer non seulement les adultères et les voleurs, mais même ceux qui ramassaient du bois le jour du sabbat (nombres 15). La grâce, elle, absout par le bain de la régénération ou par la parole de la réconciliation les plus scélérats des hommes, et ceux qui sont contaminés par toutes sortes de crimes. Il est vrai que cette explication ne satisfait pas totalement. Comme la loi divine a fixé des peines pour les méchants, elle a préparé aussi des récompenses aux bons. Et comme il est écrit dans le deutéronome 27 : « Maudit soit celui qui ne persévère pas dans les paroles de la loi, et qui ne les transforme pas en œuvres », il est écrit aussi dans le lévitique 18 : « Gardez mes lois et mes jugements. En faisant cela, l’homme vivra en elles ». Pourquoi donc dit-on de la loi qu’elle tue, sans ajouter qu’elle procure aussi la vie ? Car si on raison de dire que la loi tue parce qu’elle tue ses transgresseurs, on pourra dire pour la même raison qu’elle vivifie puisqu’elle communique la vie à ceux qui l’observent.

Elle est donc très vraie et tout à fait conforme aux paroles de saint Paul l’explication de saint Augustin selon laquelle c’est pour deux raisons que la loi sans la grâce a reçue le nom de lettre qui tue. D’abord, parce que ne pouvant pas être observée, la loi a fait un prévaricateur de celui à qui elle avait été donnée. « La loi, dit le même apôtre aux Romains 4, opère la colère, car là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas de prévarication ». Ensuite, parce qu’elle augmente la concupiscence par la prohibition elle-même. « Nous nous maintenons toujours dans ce qui est défendu, nous convoitons ce qu’on nous refuse. L’occasion étant acceptée, le péché opère en moi, par le commandement, toute concupiscence » Rom. 7. Et saint Augustin dans l’esprit et de la lettre, chapitre 4 « Cette doctrine qui ordonne tu ne convoiteras pas, est une loi bonne et louable. Mais là où l’Esprit saint n’aide pas en inspirant une bonne concupiscence à la place de la mauvaise, c’est-à-dire en répandant la charité dans nos cœurs, cette loi, toute bonne qu’elle soit, augmente le mauvais désir en l’interdisant. Comme une rivière qui coule toujours avec le même débit devient plus haute si on lui oppose un barrage, et se précipite avec plus de violence si on le lui enlève. Et voilà comment le péché fait tomber par le commandement, et tue par lui quand arrive la prévarication, qui n’existe pas là où il n’y a pas de loi. »

Voilà pourquoi la loi tue non par elle-même, ni par une propriété vicieuse, mais seulement quand l’occasion est acceptée, non donnée. Car « le péché, comme l’apôtre le dit aux Romains 7, une fois acceptée l’occasion, me séduit par le commandement, et tue par lui. La loi est sainte, et le commandement saint, juste et bon. Ce qui est bon est devenu pour moi la mort ? Non pas. Mais le péché, pour qu’il apparaisse péché, a opéré pour moi la mort par un bien ».

Enfin, il reste la question suivante : pourquoi dit-on que la loi ou la lettre appartient en propre à l’ancien testament ? Car même dans l’ancien testament la loi n’a pas été en vigueur sans la grâce, la lettre n’a pas existé sans l’esprit, puisque fleurirent un si grand nombre de grands saints, comme le dit Luc, chapitre premier, de Zacharie et d’Élisabeth : « ils marchaient dans tous les commandements et les ordres du Seigneur sans récrimination ». Dans le nouveau testament lui-même, l’esprit ne règne pas sans la lettre, ni la grâce sans la loi. Comme Jésus a dit en Matthieu 5 : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : tu ne tueras pas. Celui qui tuera sera coupable du jugement. Mais moi je vous dis : celui qui se fâche contre son frère sera coupable du jugement, » etc. Et de nouveau Jean : « Si quelqu’un ne renait de l’eau et de l’Esprit saint, il ne peut entrer dans la royaume de Dieu ». Et Matthieu 28 : « Allez enseigner toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, leur enseignant d’observer toutes les choses que je vous ai commandées »

Que veut donc dire l’apôtre à 2 Corinth 3 par les paroles suivantes : « Le Seigneur a fait de nous des ministres idoines du nouveau testament, non de la lettre mais de l’esprit. » Pour quelle raison exclut-il la lettre, c’est-à-dire la loi du nouveau testament, dans lequel nous voyons tant de lois prescrites par le Seigneur ? Mais nous répondrons facilement à cette question si nous cherchons à reconnaître ce qui est propre à chaque testament par la fin qui leur est propre à tous deux. La fin propre de l’ancien testament était de faire en sorte que le genre humain corrompu et vicié dans le premier parent comme dans sa racine, prenne conscience de sa maladie et de ses plaies, et que la crainte et la douleur qu’il en ressentirait le fasse rechercher un médecin. C’est à cette fin que la loi conduit. « C’est par la loi que se fait la connaissance du péché », dit l’apôtre aux Romains, 3. Et de nouveau : « Je n’ai connu le péché que par la loi », Rom 1. Et saint Augustin dans la lettre 200 à Aselicum : « L’utilité de la loi est de convaincre l’homme de son infirmité, pour le forcer à demander avec larmes la médecine de la grâce qui est dans le Christ »

Voilà pourquoi l’ancien testament, qui est contenu dans les lois et les lettres, par lui-même et en propre, produit la crainte, engendre dans la servitude, comme le dit saint Paul aux Romains 8, et aux Galates 4. Ceux de l’ancien testament dont on lit qu’ils ont été justes et libres, n’ont pas été tels par la lettre de l’ancien testament, mais par l’Esprit du nouveau testament. Dans sa lettre 120 à Honorat, saint Augustin enseigne que les saints de l’ancien testament relevaient de l’époque où ils vivaient, mais appartenaient au nouveau testament. Et dans les mérites et la rémission des péchés, livre1, chapitre 11, il ajoute : « Le règne de mort seule la grâce du Sauveur l’a détruit dans tout homme. Elle a agi même dans les saints anciens, et dans quiconque participait, avant que le Christ vienne dans la chair, à sa grâce adjuvante, et non à la lettre de la loi qui ne pouvait que commander, mais pas aider. » La fin du nouveau testament n’est rien d’autre qu’être guéri, assaini, libéré. La grâce procure tout cela. « Malheureux homme que je suis, dit saint Paul aux Rom 7, qui me libèrera de ce corps de mort ? La grâce de Dieu par Jésus Christ notre Seigneur ». Et saint Augustin dans son livre de l’esprit et de la lettre, chapitre 30 : « Par la loi la connaissance du péché, par la grâce l’assainissement de l’âme du vice du péché ».

Le nouveau testament, donc, par lui-même, et en propre, n’apporte pas la loi mais la grâce; il n’est pas le ministre de la mort ni celui de de la lettre seule. Il n’est rien d’autre que la charité diffusée dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous est donné, que le prophète a prédit bien avant, comme le dit Jérémie, 31 : « Voici que des jours viendront, dit le Seigneur, et j’établirai avec la maison d’Israël, et avec la maison de Juda une nouvelle alliance, non comme le pacte que j’ai contracté avec vos pères au jour où je les ai pris par la main, pour les sortir de la terre d’Égypte. Ce pacte ils l’ont rendu obsolète, et moi je règne sur eux, dit le Seigneur. Mais voici quel sera le pacte que je contracterai avec la maison d’Israël après ces jours. Je donnerai ma loi dans leurs viscères et je l’écrirai dans leurs cœurs ». C’est donc en parlant de ce qui appartient en soi et en propre au nouveau testament que saint Paul a dit en toute vérité à 2 Corinth 3 : « Il a fait de nous des ministres idoines du nouveau testament, non de la lettre mais de l’esprit ». Saint Jean n’a pas moins dit la vérité au chapitre 1 : « La loi a été donnée par Moïse, et la grâce et la vérité nous sont venues par Jésus Christ ».

Mais bien que le nouveau testament, de soi et en propre, n’apporte pas de lois, il en contient pour une double raison. Premièrement, toutes ces lois qui portent sur la façon de vivre saintement et heureusement, la grâce du nouveau testament ne les détruit pas, mais les confirme en fournissant à la faiblesse humaine des forces pour les observer. Comme le dit l’apôtre en Romains 3 : « Détruisons-nous la loi par la foi ? Non pas. Nous la stabilisons ». Et plus bas au chapitre 8 : « Car ce qui était impossible à la loi affaiblie par la chair, Dieu en envoyant son Fils dans la similitude de la chair du péché, du péché il condamna le péché dans la chair, pour que la justification de la loi s’accomplisse en nous ». Et saint Augustin au livre de la lettre et de l’esprit chapitre 19 : « La loi est donc donnée pour qu’on recherche la grâce; et la grâce est donnée pour que la loi soit accomplie. Ce n’est pas à cause de son vice propre que la loi n’était pas observée, mais à cause du vice de la prudence de la chair. Ce vice qui devait être démontré par la loi devait être guéri par la grâce ».

De plus, le Christ a même établi d’autres lois, comme pour le baptême, l’eucharistie, et les autres sacrements, sur la façon de les confectionner et de les recevoir. Parce que, même si le Christ n’est pas venu vers nous comme un nouveau Moïse pour nous écraser sous le poids d’une nouvelle loi, mais pour soulager, avec l’aide de la grâce, ceux qui ployaient sous le joug de la loi, il pensa quand même ajouter aux anciens préceptes moraux des lois très salutaires qui nous conduisent vers les sacrements, et nous amènent à la grâce par les sacrements. Non seulement elles n’écrasent pas par leur poids, mais elles soulèvent comme des ailes, comme le dit saint Augustin au livre de la parfaite justice. Mais nous avons suffisamment parlé de la première objection. Les autres objections, comme elles sont communes aux Swenckfeldiens, aux Libertins ainsi qu’aux luthériens et aux calvinistes, elles seront plus commodément examinées dans la dispute où nous traiterons, avec l’aide du Seigneur, de l’interprétation des Écritures et du juge des controverses.

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