Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 336)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Nous, c’est par le Christ que nous sommes faits fils d’Abraham, et unis au peuple de Dieu.  Car, nous devons penser qu’à chacun d’entre nous, il a été dit : « Je serai ton Dieu, et celui de ta semence.» Et, à cause de cela, les fils des fidèles appartiennent à cette alliance, par le fait même qu’Ils sont fils des fidèles, et sont recensés  dans le peuple de Dieu.  Je réponds que cette promesse, en tant qu’elle est spirituelle, et appartient à la vie éternelle, a été faite à la semence d’Abraham, non selon la chair, mais selon la foi, comme l’explique saint Paul aux Romains (4 et 9)  et aux Galates, ( 3 et 4).  Donc, les fils des fidèles ne participent pas à l’alliance et au peuple de Dieu du seul fait qu’ils sont des fils de fidèles selon la chair, mais ils commencent d’abord, à être réputés dans la semence,  et être contenus dans l’alliance, quand ils commencent à imiter la foi de leurs parents, ce qu’ils font en croyant, ou par la piscine de la foi, bien que recevoir le sacrement de la foi soit déjà croire, comme l’enseigne saint Augustin (dans son livre sur les mérites et la rémission des péchés, chapitre 27.)  Il réfute là, aussi, par des paroles différentes) que, avant le baptême, les enfants des fidèles  appartiennent au troupeau du Christ : « Parce que les tout petits ne commencent  à être de ses agneaux du Christ que par le baptême. S’ils ne le  reçoivent pas,  ils périront.»

CHAPITRE 15

La bienheureuse vierge Marie a été conçue sans le péché originel.

Ils sont désormais si nombreux parmi les catholiques, ceux qui soutiennent que la bien-heureuse Vierge Marie a été conçue sans le péché originel, que nous ne ferons que nous efforcer de disputer, car ne manquent pas les théologiens qui accusent l’église universelle et  le concile de Trente, qui parle ainsi : « Cette opinion de l’immaculée conception de Marie (qu’ils croient une erreur), ne semble pas seulement devoir être tolérée, mais être reçue comme pieuse et probable».  Ne manquent pas, non plus, ceux qui affirment impudemment  que l’Église romaine fait de la conception immaculée de la vierge Marie un article de foi. Nous entreprendrons donc de démontrer brièvement trois choses.  La première.  Les catholiques n’ont pas à tenir d’une foi certaine et éprouvée, et donc, de foi catholique, que la Bienheureuse Vierge a été conçue sans le péché originel.  La deuxième.  Cette opinion ne doit, en aucune façon, être jugée comme hérétique, ou erronée.  La troisième.   Elle ne doit pas être considérée comme téméraire, mais tout à fait pieuse et probable, et cela, à un point tel qu’elle est de loin plus probable que la position contraire.

En ce qui à trait à la première, Jean Pomeranus, un des premiers disciples de Luther, (dans son commentaire des chapitres 1 et XL1V de Jérémie,) a osé écrire que les catholiques ont pour article de foi que Marie a été immaculée dans sa conception, et qu’elle a été conçue du Saint-Esprit.   Mais ce mensonge impudent a été réfuté par deux constitutions de pontifes, et par les décrets d’un conseil œcuménique, qui exigent l’obéissance de tous les catholiques.  Sixte 4, pontife suprême, dans la constitution qui commence par grave nimis, (qui porte sur les reliques et sur la vénération des saints) prononce solennellement que la conception de la bienheureuse vierge Marie n’a pas encore été définie par l’Église romaine et le siège apostolique, et nous jetons l’anathème sur ceux qui considèrent toute autre sentence comme hérétique.  Le jugement du pape Sixte a été suivi par la session 6 du concile de Trente, dans la constitution qu’il édita sur la bienheureuse vierge Marie.  Ensuite le concile de Bâle  (à la session 36) a défini que Marie avait été conçue sans le péché.  Mais cette définition-là ne fait pas une foi certaine, parce que ce concile n’a pas été approuvé par le saint siège, et n’a pas voulu donner à cette vérité le statut d’un article de foi.  Il a dit seulement que cette sentence doit être embrassée comme pieuse, et consonante au culte ecclésiastique, à la foi catholique, aux Écritures et à la raison.

En ce qui a trait à la seconde, Mathias Illyricus (cent 9. chapitre 10, où il parle d’un auteur appelé idiot) enseigne qu’est erronée la sentence qui veut que Marie ait été conçue sans péché.  De même, Tilmannus Shehusius (dans son livre sur les six cents erreurs des pontifes, sur le péché, dernier numéro).  De même Martin Kemnitius (dans son examen de la session du concile de Trente), où il répète plusieurs fois que «l’immaculée conception de Marie est crue contre la parole de Dieu».  Et après avoir dit, dans sa dernière dispute, qu’on ne peut apporter, en faveur de cette sentence, aucun texte de l’Écriture, aucun témoignage des pères, mais seulement des révélations et des miracles, il ajoute que quand les pontifes veulent fabriquer de nouveaux articles de foi, ils n’ont cure ni de la parole écrite, ni de la tradition.

Mais les catholiques sont bien loin de la témérité que leur imputent les adversaires. Bien que ne manquent pas parmi les catholiques les théologiens qui estiment être plus près de la vérité la sentence qui vent que tous aient reçu le péché originel, cependant, même ces auteurs ne condamnent pas comme erronée la sentence contraire, et  ils ne peuvent pas, non plus, le faire à moins  de résister aux décrets du concile général de Trente, ou des papes Sixte 4 ou Pie 5.  Et s’ils le faisaient, ils ne pourraient plus être comptés parmi les catholiques.

On prouve donc que l’immaculée conception de la Vierge Marie ne répugne pas à la parole de Dieu.  Car, répugne à la foi catholique ce qui est affirmé contre une parole explicite de Dieu , comme Dieu n’est pas un, ou est corporel, ou n’a pas créé le ciel et la terre.  Ou contre une parole de Dieu déclarée par l’Église, comme le Fils de Dieu n’est pas consubstantiel au Père, ou l’Esprit-Saint ne procède pas du Père et du Fils, le Christ n’a pas deux volontés.  Que la Vierge Marie, mère de Dieu ait été exempte du péché originel, cela ne répugne à aucune parole de Dieu, ni à aucune déclaration de l’Église. Et cela est d’autant plus évident que, jusqu’à présent, aucun adversaire n’a pu citer une parole de l’Écriture ou de l’enseignement de l’Église  ou des conciles où il est affirmé explicitement que la Bienheureuse Vierge Marie a été conçue dans le péché originel.   On nous objecte certains textes de l’Écriture et de conciles généraux, mais ils sont facilement expliqués par ceux qui exemptent Marie de ces sentences.

Tu diras : s’il en est vraiment ainsi, il ne sera pas contre la foi qu’un autre soit dit exempt du péché originel.  Car, l’Écriture ou les Pères ne disent d’aucun autre homme que David qu’il a été conçu dans le péché : « J’ai été conçu dans les iniquités, et ma mère m’a conçue dans les péchés.» (Psaume L).   Je réponds : la foi catholique requiert seulement que nous croyions que tous ceux qui naissent d’Adam, par la génération charnelle, tirent de lui le péché originel, à  moins que par un privilège singulier, quelqu’un ait été exempté de la commune loi. Quand donc on  vient d’autres,  ne sera pas hérétique illico celui qui niera qu’un tel ou un tel ait été conçu dans le péché.  Cependant, c’est témérairement qu’il niera cela, et il méritera, en toute justice, d’être considéré comme un hérétique, à moins qu’il n’apporte des raisons probables, expliquant pourquoi il a jugé que ce privilège singulier convenait à celui-ci.  Or, ces raisons personne jusqu’à présent, ne les a apportées, si ce  n’est pour la bienheureuse Marie.  Mais cela apparaitra plus clairement quad les arguments des adversaires auront été réfutés.

En ce qui a trait au troisième, il nous fera prouver brièvement que ce n’est pas témérairement, mais pieusement et droitement que nous estimons, que par un privilège spécial, la vierge Marie a été immune de tout péché.  On ne doit pas s’attendre à ce que nous citions une parole claire de Dieu ou une définition claire de l’Église. Car, si nous pouvions faire cela, nous ne dirions pas seulement que c’est une chose pieuse de penser ainsi, mais nous considérerions comme des hérétiques ceux qui pensent le contraire.  Ce ne seront donc  que des raisons de probabilité et de convenance qui seront apportées, tirées d’abord des Écritures, puis des Père, ensuite du consentement de l’église, et enfin de la raison.

Dans l’Écriture, nous avons deux figures insignes.  Le premier homme représentait Jésus, comme l’apôtre l’indique : il fut la figure du futur, c’est-a-dire du Christ (Romains 5, 1 Corinthiens 15).  Il appert que le premier homme n’a pas été engendré par l’union d’un homme et d’une femme, mais qu’il a  été fait par Dieu d’une terre non encore maudite à cause du péché.  Il convenait donc que le deuxième homme qui, semblablement, n’était pas né d’un homme et d’une femme, soit formé par l’opération du Saint-Esprit et de la femme, d’une terre non maudite, c’est-à-dire de la vierge Marie qui serait  formée exempte de toute malédiction, de toute peine du péché.  Et c’est peut-être pour cela qu’elle a été saluée par l’ange : «tu es bénie entre toutes les femmes.» Saint André semble le premier à avoir observé cette figure.  Dans le récit de sa passion, les prêtres d’Achaïe rapportent des paroles de saint André : «Comme le premier homme a été fait d’une terre immaculée, il était donc nécessaire que le Christ naisse d’une vierge immaculée.»

Ensuite, Ève a été le type et la figure de Marie, comme l’enseigne Épiphane (dans l’hérésie LXV1111, et un grand nombre d’autres,)  qu’il n’est pas nécessaire d’énumérer.  Il appert manifestement qu’Ève a été conçue sans péché, quand elle a été formée.  Il convenait donc que  la mère de  tous les vivants de la vie spirituelle soit conçue sans péché, comme a été conçue sans péché la mère de tous les vivants de la vie animale.

Se présentent ensuite des textes tirés des cantiques : «Comme le lys entre les épines, ainsi est mon amie entre les filles.»  (Cantique 2),   Cantique 4 : «Tu es toute belle mon amie, et il n’y a pas de tache en toi.»  «Jardin fermé, ma sœur épouse, jardin fermé, fontaine scellée.»  Car même si ces textes peuvent s’entendre de l’église universelle telle qu’elle sera au ciel,  on ne peut pas nier qu’ils conviennent parfaitement à la vierge Marie, d’autant plus qu’un grand nombre de pères ont appliqué ces passages à la Vierge Marie, et que l’Église fait lire ces textes aux fêtes de la Vierge Marie.

Parmi les témoignages des pères, nous avons en premier lieu saint Ambroise, qui (dans son sermon 22 sur le psaume CXV111, dit, commentant le dernier vers : «Reçois-moi non de Sara, mais de Marie, pour que sans corruption  soit la vierge, mais la vierge par la grâce, intègre, intacte de toute tache de péché.» Nous avons ensuite saint Jérôme qui, dans l’explication du psaume LXXV11, dit, en commentant le verset : «il les amena dans la nuée du jour.» que cette nuée est la vierge Marie, et ajoute ces paroles : « Cela est bellement dit, car cette nuée ne fut jamais dans les ténèbres, mais toujours dans la lumière.»  Nous avons, en troisième lieu, saint Augustin  qui (dans le livre de la nature de la grâce, chapitre 36), parle ainsi : « À l’exception de la vierge Marie. À cause de l’honneur du  au Seigneur, je ne veux pas  qu’il soit question  d’elle, quand il s’agit de péché.  Car, nous savons que, pour vaincre toute sorte de péché, plus de grâces ont été données  à celle qui mérita de concevoir et d’enfanter Celui qui n’eut jamais de péché.»

On a coutume de répondre à ce passage que saint Augustin parle du péché actuel, et non du péché originel.  Mais, il y a plusieurs choses qui nous obligent de penser autrement.  D’abord, parce que saint Augustin dit que, quand il s’agit du péché, il ne veut pas qu’il soit question de Marie.  Par ces paroles, il indique  suffisamment qu’il ne veut pas qu’il soit question de Marie, quand il s’agit  du péché originel.  Ensuite, parce qu’il ajoute qu’à elle, une grâce supérieure a été accordée pour vaincre toute sorte de péché.  Comment a-t-elle pu vaincre toute sorte de péchés, si elle  a  été contaminée par le péché originel ?  Enfin, quand il dit que, à cause de l’honneur du Seigneur,  il ne doit pas être question de la sainte Vierge, quand il s’agit  du péché, il est certain que l’honneur ne demandait pas moins que sa mère soit exempte du péché originel, puisque le péché originel doit nécessairement être mortel, alors que les autres peuvent  n’être que véniels.

Parce que, d’après l’enseignement de saint Augustin, aucun de ceux qui ont eu le péché originel ne vit sans péché actuel.  Voici, en effet, ses propres paroles dans son livre 5 contre Julien, chapitre 9) : «Il aurait fait encore un plus grand péché s’il avait été petit.  Il n’y a aucun homme, à part lui, qui n’aurait pas fait un plus grand péché à un âge plus avancé, car, il n’y a personne, à part lui, qui n’ait pas eu un péché à la sortir de l’âge infantile.»    Comme, de par la sentence de saint Augustin,  la sainte Vierge ne fit jamais de péché actuel,  comme nous le tirons, ainsi que les adversaires, du livre cité sur la nature et la grâce, il s’ensuit de la sentence de saint Augustin, qu’elle n’a pas eu, non plus, le péché originel, s’il admet sa propre sentence du livre 5 contre Julien.

Nous avons, en quatrième lieu Sedulius,  qui (dans son, livre 1 sur les merveilles divines, chante, en vers l’expulsion d’Adam du paradis) : «Et comme une rose tendre sort d’épines acerbes, n’ayant rien qui la blesse, de même, quand  Marie sacrée vient de  la souche d’Ève, la nouvelle Vierge expie le crime de l’antique Ève.»  Nous avons, en cinquième lieu, l’auteur des sermons sur les œuvres cardinales du Christ, qui sont attribués à saint Cyprien.  Voici ce qu’il dit dans le sermon sur la nativité : « La justice n’a pas supporté que ce vase d’élection (Marie) soit sujet aux  injures communes.  Car, différant grandement des autres, la nature lui a été communiquée, non la faute.»  Nous avons, en sixième lieu, le patriarche de Jérusalem, saint Sophrone, (qui dans son épitre à Sergius, évêque de Constantinople, laquelle a a été lue au sixième synode, art 2, parle ainsi : «Entrant dans l’utérus  intact de la virginité, dans la chasteté lustrée de la sainte Marie,  et dans toutes les choses qui sont du Dieu sage, Celui qui était sans chair s’incarna  sans subir aucune contagion dans le corps ou l’âme.»

Nous avons en septième lieu, saint Jean Damascène, qui (dans son sermon 1 sur la naissance de la bienheureuse vierge,) écrit beaucoup  de choses au sujet de sa conception immaculée, et il dit, antre autres :« La nature n’osa pas devancer la grâce.» Par ces paroles, il dit clairement que la sainte Vierge n’a pas reçu la nature avant la grâce.  Nous avons un huitième ancien auteur, qui portait le surnom d’Idiot, qui vécut un peu après 800.  Voici ce qu’il écrit dans la contemplation de la vierge Marie, chapitre 2 : « Tu es toute belle, vierge très glorieuse, non en partie, mais en tout, et la tache du péché mortel, véniel ou originel n’est pas en toi.»  Il écrit la même chose au chapitre  6 : « La vierge Marie a été préservée du péché originel.»  Cet auteur semble avoir existé après saint Bernard, lequel emploie les mêmes mots.

Nous avons, en neuvième lieu, saint Pierre Damien qui, dans son sermon sur la naissance de saint Jean-Baptiste, écrit que la sainte Vierge a été purifiée du péché par un genre de purification plus élevé que celui de saint Jean-Baptiste ou de Jérémie, qui ont été , selon la bible, sanctifiés dans l’utérus.  On ne peut pas imaginer un genre de sanctification plus élevé que d’avoir été préservée du péché par la grâce, tandis que saint Jean-Bastiste et Jérémie ont été sanctifiés des péchés dans lesquels ils étaient déjà tombés.»  Le même Pierre, dans son sermon sur l’annonciation de la bienheureuse vierge Marie, écrit : «Tout ce que Dieu a fait a été très bon.  Mais il a fait beaucoup mieux en se consacrant en elle un reposoir doré, dans lequel seul,  après les bruits tumultueux des anges et des hommes, il viendrait se reposer, et trouverait le repos.»

Nous avons, en dixième lieu, Bruno, qui, dans son commentaire du psaume C1 : «  Du haut du ciel, le Seigneur a jeté un regard sur la terre, quand il vint des sièges royaux dans l’utérus de la vierge.  Voilà la terre non corrompue que le Seigneur a bénie, et qui est, à cause de cela, libre de la contagion du péché.»   Nous avons, en onzième lieu, saint Anselme qui (dans le livre de la conception virginale et du péché originel),  écrit, au chapitre 18 : «Il convenait que sa conception (celle du Christ)  provienne d’une mère très pure,  pour que la Vierge brille d’une pureté plus grande que tout ce qu’on peut concevoir en-dessous de Dieu.»  Or, comment pourrait-elle avoir une plus grande pureté que tout ce qu’on peut concevoir en-dessous de Dieu, si elle avait été souillée par la tache du péché ?  Les anges, qui sont en-dessous de Dieu, brillent par la pureté.  Et  ils ne furent même jamais souillés par aucune tache.  Le même saint Anselme  (dans son commentaire du chapitre 5 de l’épitre 2 aux Corinthiens) dit :  « Tous, sans exception, sont morts dans les péchés, sauf la Vierge Marie, qui a été préservée des péchés originaux et volontaires, qui s’y ajoutent.»

Nous avons, en douzième lieu,  la cathena grecorum dans le poème composé par Theodoret.  Or, dans le livre 3, nous lisons, presque vers la fin : « La vierge Marie est appelée colombe et unique, dans le cantique, parce qu’elle vainc les chérubins et les séraphins en pureté.»   Or, elle ne vaincrait surement pas les séraphins et les chérubins en pureté, qui n’ont jamais commis de péché, s’il elle avait contracté le péché originel.   J’omets les témoignages des écrivains récents, ceux de Laurent Justinien, de saint Bernard de Sienne, et des autres.  J’ai pensé qu’on ne devait présenter que les témoignages de ceux qui vécurent avant que ne commence  cette controverse.

Venons-en au consentement de l’Église qui, depuis plusieurs années, est très fort.  D’abord, le pape Sixte 4 dans extravagants.  Il atteste ouvertement là que la sentence sur l’immaculée de la vierge est« pieuse et probable».  Furent du même avis Alexandre 6, Jules 2, et Léon 10.  Ce qui est, chez eux tout à fait remarquable, c’est qu’ils approuvèrent un ordre religieux fondé en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie.  Ensuite, le concile  de Bâle, qui décréta que cette sentence devait être tenue comme plus probable. Même si ce concile ne définit pas la foi comme un vrai concile œcuménique,   cependant, il nous fait facilement comprendre que c’est ce que pensaient plusieurs docteurs provenant de différentes provinces  ou pays.  On peut ajouter à cela que des académies illustres, et surtout celle de Paris, embrassent cette sentence.  Enfin,  le peuple chrétien de toute la terre célèbre la conception immaculée de la Vierge Marie.

Les raisons ne font pas défaut, non plus, pour confirmer cette sentence.   Car, il est certain que Dieu pouvait préserver la vierge Marie du péché originel.  IL est probable aussi qu’il l’ait voulu.  Il est donc probable qu’elle ait été préservée de cette contagion du péché.  Que Dieu ait pu faire cela, on ne peut pas  le nier.  Car, ni de la part de Dieu, ni de la part de la créature, on ne voit de répugnance.  Non de la part de Dieu, parce qu’il est tout puissant, et que rien n’est impossible à Dieu.  Non de la part de la créature,  car, rien n’empêche qu’au même temps, une âme rationnelle  soit créée par Dieu, et remplie de sa grâce.  C’est ce que nous croyons qui a été fait dans la création des anges et des âmes de nos parents, et avec encore beaucoup plus de certitude, dans l’âme du Christ.   Ensuite, si l’âme peut être justifiée après qu’elle ait commencé à faire des péchés,   et donc, d’injuste devenir juste, comme nous ne doutons pas que c’est ce qui se passe en nous,  pourquoi une âme ne pourrait-elle pas être sanctifiée dans la création même, avant qu’elle commence à pécher ?

Tu diras que préserver une âme du péché ne répugne pas à la volonté de Dieu, mais cela lui répugne depuis qu’a été posé le décret divin immuable, par lequel Dieu a statué que si Adam ne péchait pas, tous les humains seraient conçus dotés de la justice originelle, mais que s’il péchait, ils seraient conçus dans l’iniquité, et deviendraient, par nature, fils de la colère.

Je réponds que ce décret divin doit être compris ainsi.   Si Adam avait péché, tous les humains, qui tirent de lui son origine,   auraient été pollués  par le péché. de par la vertu de la conception, et n’auraient aucun droit à la justice qu’ils avaient reçue dans le premier parent.  Mais, cependant, par ce décret, n’a pas été enlevé à Dieu le pouvoir de préserver quelqu’un du péché à cause de sa miséricorde, et par un privilège singulier.   Car, nous croyons que d’Adam ce n’est pas seulement le péché qui a rebondi sur le genre humain, mais aussi la mort, et cela, à cause d’un décret de Dieu, comme il est écrit : « Quel que soit le jour où vous en mangerez, vous mourrez de mort.»  Voila pourquoi l’apôtre a dit aux Corinthiens 1, chapitre 15 : « Tous meurent en Adam.»  Et cependant, qui doute que Dieu soit capable de faire quelqu’un qui ne mourra pas ?  Car, il semble qu’on satisfait au décret si tous les fils d’Adam sont sujets à la mort.

À cause de ce décret de Dieu, tous les hommes non seulement son conçus, mais naissent dans le péché, en ce qui a trait à la vertu de la génération humaine.  Et voilà pourquoi ils doivent nécessairement naître de nouveau, car, ce qui est né de la chair est chair.    Et s’ils ne renaissent pas de l’eau et de l’Esprit Saint, ils ne peuvent pas entrer dans le royaume des cieux, comme le Seigneur l’a dit en saint Jean .  Et pourtant, nous lisons que Jérémie a été sanctifié avant qu’il sorte du sein de sa mère (Jérémie 1).  Et, au sujet de saint Jean-Baptiste,  l’ange a dit à Zacharie : «Il sera rempli de l’Esprit-Saint quand il sera encore dans le sein de sa mère (Luc 1).   Et, au sujet de la vierge Marie, aucun catholique ne doute qu’elle ait été sanctifiée dans l’utérus de sa mère.

Nous avons donc que Dieu pouvait conserver la vierge exempte de tout péché, et la faire sainte et juste dans sa création.  Qu’il l’ait voulu, nous pensons pouvoir le démontrer suffisamment par ces raison qu’apporte saint Thomas (3 par question 17 art 1) «la mère de Dieu devait être exempte de tout péché actuel.»  La première raison est que tant l’honneur que la honte de la mère rejaillit sur le fils.  La seconde.  Parce que la mère du Christ, a, avec lui, une affinité et unité singulière.  Et quelle connivence y a –t-il entre le Christ et Bélial ?  La troisième. Parce que le Fils de Dieu qui est la sagesse de Dieu, a habité dans sa mère. «La sagesse n’entrera pas dans une âme qui veut le mal.  Elle n’habitera pas, non plus, dans un corps, soumis au péché.» (Sagesse 1, 2).  La quatrième. Car, il devait, dans la vierge, accomplir  le témoignage de l’époux céleste : «Tu es toute belle, mon amie, et il n’y a pas de tache en toi.» (Cantiques 3.)

Ces raisons prouvent qu’il convenait que la mère de Dieu soit exempte de tout péché actuel,  et, si la chose était possible, du péché originel.  Et plus du péché originel que du péché véniel, puisque le péché originel pollue plus et déforme plus, et unit avec Bélial, et soumet le corps et l’âme au  péché beaucoup plus que ne le fait le véniel.   On peut ajouter une cinquième raison.  Car, quand Dieu statua d’élever la très sainte Vierge à la dignité suprême, de façon à ce qu’elle passe avant toutes les pures  créatures, et même les anges, --sur quoi il ne peut pas y avoir de controverse—c’est comme s’il avait décrété qu’il n’y aurait jamais d’autre privilège concédé à une autre créature qui ne soit aussi accordé à la sainte Vierge, à moins qu’il  ne répugne à la condition, l’état, le sexe ou la nature.   Or, être sanctifiés dans la première création a été donné à nos premiers parents; être sanctifié dans la création elle-même, et ne jamais commettre de péchés, cela a été donné aux anges.  Et ce privilège ne répugne pas à la Vierge Marie, pour les raisons citées plus haut.   Il est donc pieux de croire que la mère de Dieu n’a été privée d’aucun de ces privilèges.

Se présentent, à la fin, les révélations divines que saint Brigitte atteste avoir eues sur ce sujet (livre 1, chapitre 9, livre 6, chapitre 19 et 55.  Ces révélations sont loin d’être à rejeter, car elles ont été approuvées et recommandées par de graves docteurs.

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