Le Gémissement de la colombe (De gemitu columbae) (page 9)

Robert Bellarmin · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Le Gémissement de la colombe, livres 1 à 3 · 12 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Nous pourrions encore dire que si le corps du Martyr est déchiré par les tourmens, le cœur du pécheur est brisé par la pénitence, suivant ces paroles de David : Vous ne mépriserez point un cœur contrit d’humilié; et suivant ce que Dieu même disait; à son peuple, par le Prophète Joël : Brisez vos cœurs de regret. De plus, comme le Martyr, par le sacrifice qu’il fait de lui-même, rend un témoignage public de sa foi : ainsi le pécheur converti marque l’amour qu’il a pour Dieu par l’offrande qu’il lui fait d'un cœur vivement touché et pénétré de douleur. Enfin comme le Martyr va droit au Ciel, sans passer par le Purgatoire, de même le vrai Pénitent conçoit quelquefois un tel regret de son péché, et par un ardent amour de Dieu, verse tant de larmes, que Dieu lui remet tout à la fois, et le péché et la peine du péché.

C’est la grâce qu’obtint autrefois le fameux Raymond de Capoue, par l'intercession de sainte Catherine de Sienne, dont il était Confesseur. Il écrit lui-même dans la vie de cette Sainte, qu’un jour il la conjura de demander pour lui à Notre-Seigneur une abolition entière de toutes ses fautes, avec une marque certaine qu’elles lui seraient pardonnées. Elle promit de le faire; et le lendemain, après une fervente oraison, elle l’alla trouver. Ils s’entretinrent quelque temps ensemble sur l’ingratitude de l’homme envers son Seigneur, et dans cette conversation, le Saint-Esprit fit voir à Raymond si clairement la grandeur et la multitude de ses péchés, que ne pouvant soutenir la violence de la douleur qui le pressait, il se mit à sangloter, à verser des pleurs en abondance, et à jeter de grands cris, et peu s’en fallut qu’il n’en mourût sur la place. Vous avez ce que vous souhaitez, lui dit alors sainte Catherine. Ne doutez plus de votre pardon : Dieu vous en donne maintenant un gage assuré. Ayez seulement pour lui la reconnaissance que mérite une telle grâce. Ayant dit cela, elle le laissa si rempli de consolation, qu’il pouvait dire avec le Prophète Roi : O mon Dieu, j’entendrai de votre bouche des choses qui me combleront de joie; et les os que vous avez humiliés, tressailleront d’allégresse.

Voilà l’effet que font dans l’ame des pénitens les larmes saintes, qui partent d’une véritable contrition : elles calment leur conscience, que l’image de leurs crimes avait longtemps tenue dans la crainte et dans le trouble; de même qu’après que les vents ont longtemps soufflé, et ont amassé des nuées sombres et épaisses, la pluie rend à l’air sa première sérénité. La raison de ceci est que par les larmes de componction, le Saint-Esprit nous rend témoignage que nous sommes enfans de Dieu, puisque nos péchés commencent à nous déplaire, que Dieu fait renaître sa paix dans nos cœurs, que notre Père céleste nous embrasse tout de nouveau, qu’il nous redonne notre première robe, et nous remet l’anneau au doigt, en signe d’une parfaite réconciliation.

O si les pécheurs savaient combien il est doux de sortir de l’esclavage du péché, et de rentrer en grâce avec Dieu, ils avoueraient que les voluptés sensuelles n’ont rien de semblable ni d’approchant. Saint Augustin l'avait éprouvé quand il s’écriait : O que je trouvais de satisfaction à renoncer aux vaines délices du monde! Ce que j’avais jusqu’alors tant appréhendé de perdre, je le quittais avec joie. Vous bannissiez de mon ame l’amour de ce faux plaisir, ô ma véritable et souveraine Béatitude, et en sa place vous y entriez vous-même, qui êtes plus doux que toute douceur, plus brillant que toute lumière, plus élevé que toute grandeur. Ce saint Pénitent parlait à Dieu de la sorte, après avoir amèrement pleuré ses péchés, et en avoir effacé avec ses pleurs jusqu’aux moindres taches. Mais longtemps auparavant, le Prophète Roi se souvenant que la divine Bonté avait accordé à ses soupirs et à ses larmes la rémission de son crime, il en avait tant de joie, que, pleine de reconnaissance, il se disait à lui-même : O mon ame, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est au-dedans de moi, glorifie son saint Nom. Encore une fois, ô mon ame, bénis le Seigneur, et n’oublie jamais les grâces que t’a faites celui qui te pardonne toutes tes offenses, qui te guérit de toutes tes infirmités, qui te délivre de la mort, qui répand sur toi ses miséricordes, qui te donne tous les biens que tu désires, et par qui enfin tu rajeunis comme l’aigle.

Qui croirait que dans une source aussi amère que celle des larmes, on dût puiser tant de consolations et de joies? Dieu, indignement offensé par le pécheur, ne laisse pas de lui témoigner de la bonté, en lui remettant ses fautes; il remédie à toutes ses infirmités, en le guérissant de tous ses vices; il le délivre de la mort, en lui donnant la vie de la grâce, il répand sur lui ses miséricordes, en le sanctifiant et le rendant digne de la couronne de gloire; un jour enfin il le fera rajeunir, en le tirant des ténèbres et de la poussière du tombeau, et en le renouvelant, comme l’aigle, qui recouvre dans sa vieillesse toute son ancienne vigueur.

Ajoutons à ces deux exemples celui d'une fameuse Pénitente, qui est Marie l’Egyptienne, dont Sophrone évêque de Jérusalem a écrit la vie. Il n'y eut jamais de femme plus débauchée que celle-là; on ne peut lire sans horreur jusqu’à quel excès elle porta l’impudicité. Mais enfin, Dieu l’ayant tirée de cet abîme d’ordure, elle s’alla retirer dans un désert, où durant quarante-sept ans, elle ne vit aucun homme, et où par la grâce du Saint-Esprit, et par les mérites de Marie mère de Dieu, elle parvint à un si haut point de perfection, qu’on peut dire qu’elle vivait sur la terre, non comme une créature mortelle, mais comme un Ange. Sa conversion commença par les pleurs qu’elle répandit en grande abondance; et depuis, contre les horribles tentations qu’elle souffrait jour et nuit dans sa solitude, tout son recours était l’oraison et les larmes. Mais en même temps les douceurs dont Dieu la comblait lui faisaient entièrement oublier ses plaisirs passés. Il n’en faut point d’autre preuve que sa longue persévérance, dans une manière de vie aussi dure que celle qu’elle avait choisie de son propre mouvement, et qu’elle ne quitta point, demeurant toujours exposée au chaud, au froid, et à toutes les incommodités des saisons, ne se nourrissant que des seules herbes qui croissaient dans une campagne inculte et sauvage, n’ayant pour lit que la terre, et ne voyant autour d’elle que des bêtes féroces, ou des Démons beaucoup plus cruels que les lions et les tigres. Après cela, qui ne pleurera ses péchés, sachant même que dans cet exil, où Dieu fait faire pénitence aux enfans d’Adam, leur tristesse se change en joie, et qu’en la céleste patrie, tous leurs pleurs seront essuyés?

Chapitre II.

Second fruit des larmes : La crainte des peines de l’Enfer.

Le second effet des larmes est celui que produit ordinairement la considération des supplices éternels. Car comment faire une sérieuse réflexion sur la grandeur et sur la durée de ces peines, et n’en être pas effrayé? Cette vérité est si claire, qu’elle n’a pas besoin de preuve, et d’ailleurs nous l’avons prouvée assez au long dans le second Livre, par l’autorité de l’Ecriture, et par divers témoignages des Pères, auxquels on peut joindre ceux des quatre plus fameux Docteurs de l’Eglise. Saint Ambroise dit que les Martyrs étaient comme entre deux craintes, l’une des bourreaux, l’autre de l’Enfer; et que par la crainte de l’Enfer, ils surmontaient celle des bourreaux. Saint Jérôme disait de lui : La crainte que j’ai de l’Enfer, est cause que je me suis condamné moi-même à cette prison. Ce qu’il appelait prison, était la cellule étroite où il s’était enfermé dans le Désert de la Palestine. Saint Augustin et saint Grégoire ne font pas difficulté de mettre au nombre des sept Dons du Saint-Esprit, la crainte du feu éternel. Cela supposé, nous avons ici deux choses à expliquer : la première en quoi consiste cette crainte; la seconde, quelles sont les utilités qu’on en peut tirer.

Pour ce qui regarde la première, les Théologiens distinguent cinq sortes de craintes, la naturelle, l’humaine, la servile, la filiale, et celle qu’ils nomment en leur langage, l’initiale. La crainte naturelle se trouve non-seulement dans les hommes, mais dans les bêtes. A la regarder par rapport aux mœurs, elle n’est ni bonne ni mauvaise : mais de sa nature elle est bonne, et elle ne sert pas peu à éviter ce qui peut nuire. La crainte humaine, qu’on appelle aussi respect humain, appréhende moins le péché que la peine du péché, et apporte beaucoup plus de soin à se garantir des maux qui passent que de ceux qui durent toujours. Celle-ci est condamnable, parce qu’elle renverse le bon ordre, et quelle est cause d’une grande négligence dans l’affaire du salut. La crainte service redoute la peine, surtout la peine éternelle, et l’appréhension qu’elle en a, lui fait haïr le péché; sans cela elle n’aurait pas assez de force pour s’en abstenir. Cependant elle vient de Dieu, et est bonne, quoiqu’elle ne soit pas incompatible avec la volonté de pécher si le péché pouvait demeurer impuni. Car elle n’est ni la cause, ni l’effet de cette mauvaise volonté, au contraire elle s’y oppose, elle la réprime, et empêche au moins qu’elle n’éclate au dehors, et ne scandalise le prochain. C'est même une disposition à la piété et à un parfait changement de vie, suivant ce mot du Psalmiste : La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse.

La crainte filiale, que les Pères nomment aussi crainte chaste, crainte respectueuse, surpasse en mérite et en dignité toutes les autres. Aussi est-elle un des plus grands Dons du Saint-Esprit, et ceux à qui le Saint-Esprit la communique craignent tellement le péché, qu’il n’est rien qu’ils n’endurassent plutôt que d’offenser Dieu, et que quand même ils le pourraient offenser impunément, ils ne le feraient jamais. On l’appelle crainte filiale, parce qu’elle est propre des enfans; ou crainte chaste, parce qu’elle convient à l’épouse chaste et fidèle; ou crainte respectueuse, parce qu’où il y a deux amis de différente condition, celui qui est d’un rang inférieur doit toujours avoir pour l’autre un respect qui tient de la crainte.

Tout cela se trouve dans nous. Car premièrement, nous sommes enfans de Dieu, et ses héritiers légitimes, par la grâce de l’adoption que le Sauveur nous a méritée. Secondement, toute ame sainte est épouse de Jésus-Christ, et saint Paul nous en assure par ces paroles : Je vous ai unis par un mariage spirituel à l’unique époux, afin que vous viviez en sa compagnie avec une pureté virginale. Enfin nous sommes véritablement ses amis; et ce qu’il disait à ses Apôtres, il le dit à tous les Justes : Je ne vous donnerai plus le nom de serviteurs, mais le nom d’amis. La crainte filiale ne prévient donc pas la piété, comme la crainte servile; elle l’accompagne et va toujours avec elle; et ce sont comme deux sœurs nées de la même mère, qui est la parfaite charité. De là vient que dans l’Ecriture la crainte de Dieu et la piété sont des noms qui assez souvent ne signifient que la même chose. David les confond lorsqu’il dit : Heureux l’homme qui vient le Seigneur, il désirera sur toutes choses d’accomplir ses Commandemens. Et où Isaïe, selon la Vulgate, marque sept dons du Saint-Esprit, et distingue la piété de la crainte, le Texte Hébreu n’en marque que six, ou du moins il met deux fois le nom de piété, pour faire voir que la piété n’est pas différente de la crainte.

Pour ce qui est de cette autre crainte que les Théologiens appellent initiale, c'est un mélange des deux précédentes, parce qu’elle a pour objet la coulpe et la peine, mais la peine bien moins que la coulpe. On l’appelle ainsi, parce que ceux qui l’ont acquise, ont déjà quelque commencement de la charité parfaite; mais ils ne sont pas encore arrivés à ce haut degré du pur amour qui chasse la crainte, suivant ces paroles de saint Jean : Celui qui craint n’est pas encore consommé dans la charité; car la charité parfaite bannit la crainte; et elle bannit la crainte, parce qu’elle s’attache tellement à Dieu, qu’elle oublie ses intérêts propres, et que d’ailleurs elle a tant de confiance en lui, que la seule chose qu’elle craint, c'est de lui déplaire. La sainte Vierge, saint Jean-Baptiste, les Apôtres, et quelques grands serviteurs de Dieu, sont parvenus à cette sublime perfection : mais communément les justes ont eu quelque appréhension de l’Enfer, et beaucoup de Saints l’ont appréhendé, comme il paraît si clairement par les témoignages de saint Basile, de saint Jérôme, de saint Augustin, de saint Grégoire, de saint Bernard et de plusieurs autres Pères, que nous avons allégués ailleurs. Le Prophète Roi disait : Seigneur, j’ai redouté vos jugements. Et Job s’écriait : Que ferais-je, quand Dieu viendra me juger? Enfin si Notre-Seigneur conseillait à ses Apôtres, qu’il savait devoir un jour être Martyr, de craindre celui qui a le pouvoir de précipiter dans l’Enfer, l’ame et le corps; qui osera dire qu’il n’a que faire d’apphéhender la damnation éternelle?

Pour venir donc au principal point de notre question, quand on demande quelle est la crainte qui suit ou qui accompagne les gémissemens et les pleurs que cause la vue des supplices de l’Enfer, il est aisé de répondre que c’est la servile et l’initiale, qui sont bonnes toutes deux. Examinons maintenant les utilités qu’on ne peut tirer. En voici quatre :

Premièrement la crainte servile, quoique la dernière de toutes celles qui sont louables, est le commencement de la vraie sagesse, avantage si considérable, que si elle se vendait au prix de l’or, on devrait donner tout ce qu’on a de plus précieux pur l’avoir. Mais pourquoi David, Salomon et l’Ecclésiastique conviennent-ils qu’elle est le principe de la sagesse? C’est parce qu’un homme commence à montrer qu'il est sage, qu'il se sert de sa raison, qu'il juge sainement des choses, lorsqu'il commence à estimer celles qui sont grandes, et à faire peu de cas de celles qui sont petites. Quelles sont donc ces grandes choses, qui demandent toute notre application, sinon celles qui n’ont point de fin, la béatitude éternelle, et le malheur éternel? Quelles sont les choses petites et indignes de nos soins, sinon celles que nous ne pouvons posséder longtemps, les richesses, les honneurs du monde, et les plaisirs de la chair?

écoutons l’Ecclésiaste là-dessus : Le cœur du sage, dit-il, est à sa droite, et le cœur de l’insensé est à sa gauche. Ceux qui attachent leur cœur aux biens éternels, représentés par la droite, où seront placées les brebis, c’est-à-dire, les Elus, au grand jour du Jugement, ceux-là sont véritablement sages ; mais ceux qui ont le cœur attaché aux biens temporels, marqués par la gauche, où les boucs, c’est-à-dire, les Réprouvés seront rejetés, pour qui doivent-ils passer, sinon pour des fous? Croirait-on qu’un homme eût de la raison, si ayant un fort grand voyage à faire ou sur mer ou dans des contrées désertes, il ne portait avec lui pour sa nourriture que des choses qui ne fussent pas de garde, et s’il fallait même qu’il les achetât bien cher : peut-être n’en serait-il pas moins estimé par des gens qui ne sauraient point son dessein, ou qui n’auraient jamais voyagé : mais tous les autres le blâmeraient de son imprudence, et ses amis lu représenteraient la nécessité de se pourvoir de toutes choses pour longtemps. O folie! O aveuglement des hommes! Ils doivent vivre éternellement, et dans le lieu où ils doivent vivre, ni l’or, ni l’argent ne sont d’aucun usage ; tout leur trésor sera le mérite de leurs bonnes œuvres : et néanmoins ils sont si aveugles, qu’ils ne songent qu’à amasser des richesses périssables, des biens qu'ils n’emporteront point avec eux, des trésors que les voleurs savent déterrer et que la mort leur enlèvera : mais de faire quantité de bonnes œuvres, d’acquérir beaucoup de mérites, c'est de quoi ils se soucient aussi peu que si dans un corps mortel ils n’avaient pas une ame immortelle.

Comme donc saint Paul se plaignait que parmi les Chrétiens plusieurs se vantaient de connaître Dieu, mais que par les œuvres ils le renonçaient : de même il s’en trouve une infinité dont on a sujet de se plaindre, parce que faisant profession de croire l’immortalité de l’ame, ils se gouvernent d'une manière qui dément absolument leur croyance. Il est donc vrai que la crainte, même servile, est d’une grande utilité, puisque de la gauche elle fait passer le cœur de l’homme à la droite; qu’elle le guérit d’une folie qui sans elle serait incurable, et qu’enfin elle le dispose à la justification, suivant cet axiome du Sage : La crainte de Dieu bannit le péché; car celui qui est sans crainte, ne peut être justifié.

Quant à la manière dont elle dispose l’ame à la justification, et ouvre la porte à la charité, saint Augustin nous l’explique par une comparaison fort naturelle prise de l’aiguille et du fil. Pour coudre il faut une aiguille et du fil; mais l’aiguille passe la première, et le fil sans elle ne pourrait passer. Elle entre donc dans l’étoffe; mais ce n’est pas pour y demeurer : car si elle n’en sortait, le fil n’y entrerait point. Il en est de même de la crainte et de l’amour. La charité, la justice, et la piété sont des vertus qui n’entrent pas aisément dans un cœur dur et accoutumé à n’aimer que les plaisirs de la chair; il faut que la crainte leur ouvre un passage; c’est à elle de piquer et de percer ce cœur endurci; mais quand une fois l’aiguille est entrée, elle en sort pour faire place à la charité, qui est le lien de la perfection, et qui ne sait ce que c’est que de trembler à la vue des plus grandes peines, quand elle est parfaite. Mais elle ne pique pas seulement l’aiguille, elle frappe et brise comme la foudre, tout ce qui lui fait résistance. Figurez-vous donc une assemblée de gens qui rient, qui se divertissent, et que tout à coup il se forme un grand orage, qu’il vient un éclair, qui est suivi d’un terrible éclat de tonnerre : aussitôt chacun se tait, on prend la fuite, on va se cacher; plusieurs saisis d’épouvante, rentrent en eux-mêmes, font le signe de la croix, et se recommandent à Dieu. il arrive quelque chose de pareil à des pécheurs qui ne sentent plus les remords de leur conscience, qui ne cherchent qu’à passer agréablement le temps, et qui enivrés par l’amour et la volupté, n’appréhendent point les peines de l’autre vie. Si Dieu par son infinie miséricorde, vient à leur dessiller les yeux; s'il leur fait comprendre ce que c’est que l’Enfer où ils vont tomber, alors la peur les saisit, ils tremblent de même que s’ils avaient vu la foudre tomber à leurs pieds, ils songent à fuir la vengeance dont ils se voient menacés, ils retournent promptement à Dieu avec de grands sentimens de componction, et font pénitence. Voilà comme la crainte du Seigneur est le principe de la sagesse.

Le second effet de cette crainte initiale est non seulement d’expier les fautes passées, mais d’empêcher que l’on n’en commette de nouvelles. Les Pères expliquent ceci par diverses similitudes. Saint Basile compare la crainte de Dieu aux clous qui tiennent un homme si fortement attaché à une croix, qu’il n’oserait se remuer, de peur que ses plaies ne se dilatent, et que ses douleurs ne s’augmentent par le mouvement. De même celui qui est cloué, pour ainsi dire, à la Croix de Jésus-Christ, par la crainte du Jugement et de l’Enfer, n’ose ni étendre les mains, ni ouvrir les yeux, ni prêter l’oreille, soit pour faire, ou pour regarder, ou pour entendre quelque chose qui puisse lui salir l’esprit et le cœur. C’est ce qui faisait dire au Prophète : Percez ma chair de votre crainte; car j’ai redouté vos jugemens. Du moment donc que la tentation se fait sentir, la crainte s’élève et la réprime aussitôt par le souvenir de ces flammes vengeresses qui sont allumées pour les pécheurs endurcis.

Saint Chrysostôme la compare à un soldat bien armé, qui garde la porte d’un palais, et n’y laisse entrer ni ennemi ni voleur. D’autres lui donnent la propriété du sel, qui est d’empêcher que la chair ne se corrompe. Enfin le Saint-Esprit même, dans les Ecritures, la loue en tant de manières, qu’il semble qu’elle renferme toutes les vertus, et qu’elle fasse ici-bas toute la félicité de l’homme. La crainte du Seigneur, dit Job, est la vraie sagesse. Heureux, dit David, est l’homme qui craint le Seigneur. Heureux, dit le Sage, est celui qui craint toujours. La crainte de Dieu est la plénitude de la sagesse. Enfin l'Esprit-Saint voulant nous dépeindre Judith, comme une femme accomplie en toute vertu, fait tout son éloge en disant qu’elle craignait beaucoup le Seigneur. Ce n’est pourtant pas que cette vertu contienne effectivement toutes les autres, ni qu’on y trouve toute la perfection de la sagesse, ni qu’elle fasse tout le bonheur de l’homme en ce monde; mais ce qu’on ne peut nier, c’est qu’elle donne commencement à toutes ces choses, qu’elle les conserve, et que si elle venait à manquer, elles tomberaient bientôt.

Le troisième effet de la crainte, même servile, c’est qu’elle étouffe une autre crainte vicieuse et mondaine, fondée sur le seul respect humain. C’est peut-être ici de toutes les faiblesses de l’homme, la plus commune, et en même temps la plus incurable. Il naît avec elle, et il n'y a que la mort qui l'en puisse délivrer les enfans à peine ont-ils l’âge de la raison, qu’ils commencent à mentir pour éviter quelque légère réprimande;

et les grands joignent au mensonge le parjure, plutôt que de rien avouer qui leur attire quelque confusion. Le respect humain dissimule les défauts d’autrui, et est cause de la flatterie. Pourquoi tant de gens sont-ils si sensibles à la moindre injure, qu’ils ne sauraient supporter une parole de mépris, et qu’ils en poursuivent la vengeance jusques à l’extrémité, si ce n’est parce qu’ils craignent qu’on ne leur reproche qu’ils n’ont point de cœur? Pourquoi plusieurs font-ils des dépenses excessives en habits, en meubles, et en festins, si ce n’est parce qu’ils ont peur de passer ou pour avares, ou pour trop modestes et trop gens de bien, comme si la frugalité, la modestie, et la piété étaient des vices, et non des vertus? Que fait donc la crainte de Dieu? Elle réprime cette crainte humaine, qui est un mal si universel et si dangereux. Car de même que le Serpent de Moïse dévora ceux des Magiciens de Pharaon : de même une forte crainte en étouffe une moins forte. La crainte du feu éternel et de cette horrible confusion, que les pécheurs doivent souffrir au jour du Jugement, en présence de tous les Anges et de tous les hommes, l’emporte sur celle d'une douleur et d’une humiliation passagère. On ne dit plus, comme auparavant : Que pensera-t-on, et que dira-t-on de moi, si je fais cela, ou si je ne le fais pas? Enfin, qu’est-ce qui a fortifié les Martyrs parmi les supplices les plus honteux et leur a fait mettre leur gloire dans l’opprobre de la Croix? Qu’est-ce qui les a soutenus tandis que l’on disait d’eux tout le mal possible, et que tout le monde les haïssait? N’est-ce pas la crainte d’être condamnés un jour à une éternelle ignominie, en comparaison de laquelle toutes celles de ce monde ne sont rien?

Le quatrième et dernier fruit que produit en nous la crainte de Dieu, lorsque nous en sommes pénétrés, c’est qu’au milieu d’une infinité de périls qui nous environnent, elle nous sert de frein pour nous détourner du vice, où nous nous portons naturellement, et d’aiguillon pour nous exciter à la vertu, que nous n’embrassons qu’avec répugnance. C’est pour cela que le Sage assure qu’heureux est celui qui craint toujours, qui en tout temps et en tout lieu a peur de faillir, soit par la pensée, soit par la parole, soit par les œuvres. Il faut donc que chacun sentant sa faiblesse, tache de croître et de perfectionner de jour en jour en cette vertu, jusqu’à ce qu’il en soit rempli, selon ce mot d’Isaïe : Il sera plein de la crainte du Seigneur. Il faut qu’elle se répande dans ses yeux, dans ses oreilles, dans sa langue, dans ses mains et dans ses pieds, dans son cœur, dans son esprit, dans toutes les facultés de son ame, et dans tous les membres de son corps, et qu’il puisse dire avec Job : Quelque chose que je fisse, je n’étais jamais sans crainte.

Finissons tout ce discours par cette Sentence de l’Ecclésiaste qui finit par-là son Ouvrage : Craignez Dieu et gardez ses commandemens; car c’est ce qui fait toute la perfection et tout le bonheur de l’Homme. Et de vrai, un homme, pour peu de raison qu’il ait, regarde sa fin, et pense aux moyens d'y arriver. Sa fin est la vie éternelle, et le moyen qui y conduit est l’observation exacte de la Loi de Dieu. or il n’y a rien de plus efficace pour le porter à garder la Loi de Dieu, que la crainte dont nous parlons. C’était la pensée de David, lorsqu’il s’écriait : Heureux est l’homme qui criant Dieu; il n’aura point de plus grand plaisir que d’exécuter ses Commandemens. C’est donc être homme, c'est être vraiment heureux, que de conserver et dans son cœur cette crainte salutaire.

Chapitre III.

Troisième fruit des larmes : L’imitation des vertus de Jésus-Christ.

L’arbre de la Croix porte quantité de fruits très-bons, très-agréables et très-sains : mais pour s’en nourrir, il ne suffit pas de les regarder; il faut les cueillir, il faut les porter à sa bouche, il faut les manger. Qu’est-ce que considérer les fruits de la Croix? C'est méditer attentivement sur la Passion du Sauveur, et compatir à ses peines, jusqu’à en verser des larmes. Qu’est-ce que les cueillir et les manger? C’est imiter les vertus de Jésus souffrant, et croître par-là de jour en jour, jusqu’à ce qu’on devienne homme parfait. Saint Pierre y exhorte tous les Fidèles, en disant : Jésus-Christ a souffert pour nous, il a donné l’exemple, afin que vous marchiez sur ses pas. Saint Paul leur recommande la même chose : Entrez, dit-il, dans les sentimens de Jésus-Christ, qui, bien qu’il fût Dieu, s’est humilié, en se rendant obéissant jusques à la mort, et à la mort de la Croix. Le Sauveur même s’explique assez là-dessus en plusieurs endroits, comme lorsqu’il dit : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Je vous ai donné l’exemple, afin que vous en usiez envers les autres, comme j’en ai usé envers vous. Celui qui ne porte pas sa Croix, et ne me suit pas, ne peut être mon Disciple.

Quiconque donc veut profiter de la considération des souffrances du Sauveur, et ne pas pleurer inutilement, il faut qu’il s’efforce d'imiter les admirables vertus qu’il a pratiquées sur la croix. Et quelles sont ces vertus? Ce sont les quatre, dont on a parlé dans le Livre précédent, la patience, la charité, l’obéissance et l’humilité, que la Croix même représente assez naturellement par sa longueur, par sa largeur, par sa hauteur, par sa profondeur. Afin donc que ces vertus se forment en nous, qu’elles y prennent racine, et qu’à mesure qu’elles croissent, nous nous rendions plus semblables au Sauveur, il faut que les larmes que nous répandrons en le regardant avec des yeux de compassion, étendu sur une Croix, ne soient pas perdues, qu’elles ne tombent pas à terre; mais que nous sachions nous en servir pour éteindre en nous le feu de la concupiscence ennemie de ces vertus. Mais en quoi consiste cette science, et comment la réduit-on en pratique? Il n’appartient qu’au Saint-Esprit de nous l’enseigner. Car c’est à nous tous que parle saint Jean, quand il dit : Vous avez reçu l’Onction du Saint-Esprit, et vous savez toutes choses. Et plus bas : Il n’est pas besoin que personne vous instruise. Persévérez seulement dans la croyance de toutes les choses que vous savez par le moyen de l’Onction.

Voici cependant une méthode qui ne sera pas inutile, surtout à ceux qui commencent. Je me figure le Roi du Ciel et de la terre, attaché en croix, nu, tremblant de froid, épuisé de sang, et mourant de soif : je m’imagine lui voir la tête couronnée d’épines, le visage sali de crachats, les mains et les pieds percés de gros clous, tout le corps couvert de plaies : j’examine tout ce qu’il fait en cet état; je regarde s’il ne se fâche point contre ses persécuteurs, s'il ne leur reproche point leur cruauté et leur injustice, s'il souffre impatiemment ses humiliations et ses douleurs. Je l’entends prier pour les bourreaux qui le crucifient, consoler sa Mère et son Disciple bien-aimé, promettre son Paradis à un des voleurs crucifiés auprès de lui. Je remarque soigneusement toutes ces choses, et je vois qu’il ne lui échappe aucun mouvement de colère ni aucune plainte contre les auteurs de sa mort, qu’il reçoit le mal qu’on lui fait, sans en murmurer, et sans menacer ceux qui le maltraitent. Je prends part à toutes ses peines, je les ressens vivement; et plein d’admiration, je lui demande pourquoi étant innocent et saint, comme il est, il souffre tant de tourmens; s'il, les souffre malgré lui, ou de son bon gré. Il me répond : Je me suis offert à la mort, parce que je l’ai voulu. Je suis maître de ma vie, et personne ne peut me l’ôter; mais je la donne de moi-même. c’est donc volontairement, et non malgré moi, que je meurs.

Mais, Seigneur, pourquoi mourez-vous d’une manière si douloureuse et si infâme? C'est, me répondez-vous, parce que je vous aime, et que je ne puis autrement vous délivrer de l’Enfer, ni vous montrer à pratiquer la patience, la charité, l’humilité et l’obéissance, qui sont des vertus nécessaires pour gagner le Ciel, et avoir part à ma gloire. J’ai vu que mes Ecritures, que la voix de mes Ministres ne pouvaient ni vous guérir de votre impatience, de votre orgueil, de votre indocilité, du déréglement de vos passions, ni vous inspirer la haine du monde : j’ai donc résolu de venir moi-même, et d’une Croix en faire une chaire pour vous enseigner par les oeuvres plutôt que par les paroles à vous corriger de vos vices. Croyez-vous cela? Si vous le croyez, si vous en êtes bien convaincu, ne devriez-vous pas en être vivement touché, eussiez-vous le cœur aussi dur que le fer et le diamant? Pourrez-vous chercher désormais à tirer raison des injures qu’on vous aura faites? Et ne vous résoudrez-vous jamais à pardonner à vos ennemis? Ne me donnerez-vous pas vos ressentiments? L’exemple de ma patience et de ma douceur, ne vous semblera-t-il pas une assez puissante raison pour réfuter toutes celles que le monde vous peut suggérer pour vous animer à la vengeance?

Oui, mon Dieu, j’en suis entièrement persuadé : je me rends à une si forte raison : je cède à votre Bonté. Vous m’avez gagné le cœur, et vous me l’avez percé du trait enflammé de votre divin amour. Je vous promets non seulement de ne plus rendre le mal pour le bien, mais de rendre le bien pour le mal; et d’oublier tellement les injures que j’aurai reçues, qu’au lieu de m’en ressentir, je prierai pour ceux qui me calomnieront, et je n’épargnerai rien pour faire plaisir à mes plus mortels ennemis.

Le Sauveur continue à exhorter une ame qu’il veut sauver, et voici comme il lui parle : Souvenez-vous que je me suis humilié jusqu’à m’offrir à la mort, et à la mort de la Croix, tant pour vous sauver par l’ignominie de ma Passion, que pour vous montrer à ne vous point enorgueillir, à ne jamais vous préférer à personne, à ne point briguer les grands emplois, à choisir toujours la dernière place, à déférer volontiers aux autres, et à ne contester jamais sur le point d’honneur; car c’est par-là qu’on parvient à la vraie gloire, qui est celle que Dieu destine à ceux qui aiment la Croix. Choisissez donc lequel vous semblera le meilleur, ou de vous abaisser maintenant, et d’être élevé un jour avec moi, ou de vous élever maintenant avec le Démon, et d’être humilié avec lui dans toute l’éternité.

O mon Sauveur, est-il donc possible que pendant que nous avons devant les yeux l’exemple d’une humilité aussi profonde que la vôtre, le Démon puisse nous persuader de chercher à nous agrandir sur la terre? Certainement j’aurais bien eu de raison, si sachant ce que vous avez daigné faire pour m’apprendre à m’abaisser, vous qui êtes la vérité et la sagesse de Dieu, je faisais si peu d’état de vos maximes et de vous exemples, qu’au lieu de me mettre sous les pieds de tout le monde, je voulusse dominer partout, vous êtes le fils unique du Dieu vivant, et que suis-je, moi, qu’un peu de poussière et de cendre? Vous êtes le Roi des rois, et moi je suis le dernier de vos serviteurs, et le fils de votre servante. Faites-moi seulement la grâce de m’affermir dans la sainte résolution où je suis; car la fragilité humaine est si grande, et les ennemis qui nous assiégent de toutes parts sont si rusés et en même temps si furieux, que si vous ne veilliez à notre défense, nous n’oserions jamais nous promettre de persévérer dans votre service. Mais continuez encore à nous instruire, ô mon divin Maître : il me semble qu’au fond de mon cœur j’entends votre voix, et que vous me dites :

Vous me voyez accablé d’opprobres; je me suis rendu obéissant à mon Père, dans la chose du monde la plus humiliante et la plus rude, qui est de mourir sur une Croix. Je me suis même soumis à la volonté de ma mère, quoique pauvre, et à celle d’un simple artisan que j’avais choisi pour me tenir lieu de père. Bien plus, je n’ai point eu honte de me déclarer sujet et tributaire d’un Empereur idolâtre. Enfin je n’ai fait nulle résistance aux bourreaux qui me commandaient de m’étendre sur la Croix, pour être cloué à ce bois infâme. J’ai fait tout cela dans le seul dessein de vous instruire non seulement à obéir, mais à préférer toujours, s'il se peut, l’obéissance au commandement. Car il n'y a rien de plus vrai que ce qu’a dit un des humbles serviteurs, qu’il est très-avantageux d’obéir, et très-dangereux de commander si donc vous voulez montrer que vous ressentez l’affection que j’ai pour vous, ne préférez jamais rien à l’obéissance que vous me devez, et que ni menaces ni promesses ne puissent vous engager à violer la loi de votre Seigneur. Sachez de plus quand le commandement d'un homme qui vous gouverne avec une autorité légitime, n’est point contraire à celui de Dieu, vous devez vous y soumettre, bien persuadé que toute autorité légitime ne peut venir que d’en haut, et que soit que l’on obéisse ou que l’on désobéisse à celui qui tient la place de Dieu, c’est comme si l’on obéissait ou si l’on désobéissait à Dieu même.

Au reste tout ce que je vous ai dit de ma patience, de mon humilité, et de mon obéissance, je veux que vous l’appliquiez à ma charité comme à la vertu qui m’est la plus chère. Souvenez-vous donc que j’ai aimé tous les hommes jusques à l’excès, lors même qu’ils étaient mes ennemis. Songez que je me suis sacrifié pour eux, et que j’ai souffert des tourmens que la charité seule me pouvait rendre supportables. C'est en cela principalement que je désire que vous suiviez mon exemple, afin que comme je me suis livré à la mort, et à une mort cruelle et sanglante, non par l’espérance de quelque avantage qui m’en dût revenir, mais par un amour très-pur, et par un désir sincère de votre salut : de même vous soyez prêts à donner jusqu’à votre vie pour l’honneur de Dieu, et pour le service de vos frères. Ayez toujours des entrailles de charité pour votre prochain, surtout pour mes membres, qui sont les pauvres, les malades, les affligés, vous faisant un grand plaisir de les assister dans leurs misères, et y employant non seulement votre bien, mais votre sang, s'il est nécessaire.

O mon Sauveur, ce que vous nous dites pourrait nous paraître dur et impraticable, si vous ne nous l’enseigniez de dessus la Croix : mais quoique vous nous l’enseignez plutôt d’exemple que de parole, vous qui êtes notre Seigneur et notre Maître, de quel front oserions-nous nous y opposer, nous qui sommes vos serviteurs et vos disciples? Tout ce que vous nous dites est très-vrai : tout ce que vous nous ordonnez est très-juste, et il n’en faut point d’autre preuve que cette Croix qui est la Chaire où vous nous prêchez, que ce sang qui coule de vos sacrées plaies, et qui fait voir la vérité de votre doctrine, en un mot que votre Passion et votre mort. Que si au moment que vous expirâtes, le voile du Temple se déchira, et les rochers se fendirent, comment pourrons-nous y penser, et n’en avoir pas le cœur brisé de douleur, et ne pas former le dessein de mourir plutôt mille fois que de manquer à l’obéissance que nous vous devons?

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