Beowulf (page 5)
Le héros retira l’anneau d’or qui entourait son cou et le donna, avec son casque et sa cotte de mailles, à Wiglaf, à qui il recommanda d’en bien jouir :
« Tu es le dernier de notre race, le seul survivant des Wægmundingas ; le sort a fait périr tous mes parents et moi à mon tour je vais les rejoindre ! »
Ce furent les dernières paroles de Beowulf : son âme sortit de sa poitrine5 et alla trouver la gloire éternelle.
XXXIX
Wiglaf contempla alors Beowulf étendu sans vie sur le sol ; son meurtrier le dragon gisait à côté de lui : il ne devait plus garder le trésor des bracelets, car il avait été exterminé par les épées et s’était affaissé, couvert de blessures, sur le sol de la caverne. — Beowulf avait payé de sa vie la possession des trésors ; les deux adversaires avaient atteint le terme de cette vie terrestre.
Les lâches compagnons de Beowulf ne tardèrent pas à quitter le bois dans lequel ils s’étaient réfugiés ; ils vinrent tout honteux à l’endroit où gisait Beowulf et ils regardèrent Wiglaf. Celui-ci était assis près du roi qu’il humectait d’eau : peine inutile ; il ne pouvait, malgré son désir, retenir la vie de Beowulf ni changer l’ordre du Tout-Puissant ; alors, comme de nos jours, Dieu voulait gouverner tous les hommes par des actes. Une apostrophe sévère envers ceux qui avaient forfait à l’honneur n’eut pas de peine à sortir des lèvres du jeune homme. Wiglaf, fils de Weohstan, l’esprit accablé de chagrin, dit ces paroles en regardant les lâches :
« Celui qui veut parler d’une manière véridique peut bien dire que le roi qui vous donna les parures que vous portez sur vous (quand, au banc de la bière, il distribua aux chevaliers des casques et des cottes de mailles) a tout à fait gaspillé les équipements de guerre. Il n’a pas eu à se vanter de ses compagnons d’armes, pendant le combat, mais Dieu lui a accordé, comme il manquait de monde, de se venger seul avec la pointe de l’épée. — Je ne pus lui procurer le salut dans le combat et cependant je l’aidai au delà même de mes forces. Mais j’étais toujours trop faible quand je frappais le dragon de mon épée ; le feu s’échappait alors plus rapidement de sa poitrine. Trop peu d’hommes se pressèrent autour de leur roi en ce moment. Maintenant votre race sera privée entièrement des plaisirs du foyer, des ressources de l’existence ainsi que de la part au trésor ; vous serez dépouillés de vos privilèges quand les chefs de votre pays connaîtront votre fuite, votre indigne action. Mieux vaut la mort qu’une vie ignominieuse ! »
XL
Il fit ensuite porter au peuple la nouvelle du combat. Les guerriers restèrent assis toute la matinée sur le rocher de la mer, hésitant entre la croyance à la mort de Beowulf et l’espoir en sa résurrection. — Le messager ne cacha rien des tristes nouvelles, mais il adressa à tous ces paroles :
« Le prince des Wederas est maintenant étendu sur son lit de mort : il a péri dans la lutte contre le dragon ; le dragon, lui aussi, a succombé sous le couteau et gît à côté du roi, — l’épée n’avait pu faire le moindre mal au monstre. Wiglaf, fils de Weohstan, est assis sur Beowulf et soutient la tête1 du prince. Le peuple peut s’attendre à la guerre, quand la mort du roi sera connue2 chez les Francs et les Frisons. Les hostilités commencèrent avec force contre les Hugas après que Hygelac fut allé avec son armée dans le Fresnaland ; c’est là qu’il périt dans le combat sous les coups des Hetware ; ceux-ci arrivèrent en hâte avec leur nombreuse troupe, et le tuèrent au milieu de ses hommes : il ne fit plus de présents aux guerriers ; après ce temps le bon vouloir des Mérovingiens nous fit toujours défaut. Je ne crois pas non plus que nous ayons la paix avec les Suédois, car tout le monde a appris qu’Ongentheow avait tué Hæthcyn, fils de Hrethel, près du bois des Corbeaux, quand les Goths allèrent trouver les Guth-Scylfingas dans un orgueilleux dessein. Le terrible père d’Ohthere frappa Hæthcyn, délivra son épouse3, la mère d’Onela et d’Ohthere, et suivit les ennemis sans chef jusqu’au moment où ils pénétrèrent à grand peine dans le bois des Corbeaux. Il les assiégea alors avec son armée et pendant toute la durée de la nuit il adressa de sinistres menaces à la malheureuse troupe : il promit de les anéantir dès l’arrivée du matin et d’en envoyer quelques-uns au gibet pour servir de pâture aux oiseaux4. À la pointe du jour la consolation revint aux malheureux, après qu’ils eurent entendu le son du cor et de la trompette de Hygelac qui arrivait à l’aide des guerriers. »
XLI
« La nouvelle de la guerre entre les Suédois et les Goths se répandit au loin. Ongentheow, rempli de tristesse, partit alors avec sa famille et alla se réfugier dans son fort ; la puissance de Hygelac s’était manifestée à lui dans le combat ; il n’espérait pas pouvoir résister aux hommes de mer ni défendre son trésor, son épouse et ses enfants, c’est pourquoi il alla se mettre à l’abri du rempart de terre. Les Suédois furent poursuivis et leur étendard tomba au pouvoir de Hygelac. Ils traversèrent le Champ de la Paix1 après que les descendants de Hrethel furent venus chez eux. Ongentheow fut cloué sur place par l’épée et dut souffrir la force d’Eofor. — Wulf, fils de Wonred, l’avait frappé avec fureur et le sang avait jailli de ses veines2, mais le vieux Scylfing ne fut point intimidé, car il rendit avec plus de force encore le coup qu’il avait reçu ; Wulf ne parvint pas à lui porter un nouveau coup, tandis que le Scylfing lui brisa son casque sur la tête et le fit tomber tout sanglant sur le sol : il n’était pas encore destiné au trépas mais, quoique blessé, on le vit se relever ensuite. Son frère Eofor fendit un casque par dessus le mur des boucliers : on vit alors s’incliner le roi qui était frappé à mort. Le champ de carnage était en leur pouvoir, aussi un grand nombre d’hommes vinrent panser et relever le frère d’Eofor. Pendant ce temps ce dernier dépouillait Ongenthow3 et prenait la cotte de mailles, l’épée et le casque du roi ; il porta ces objets à Hygelac qui les reçut et lui promit de brillantes récompenses. Hygelac tint sa parole ; de retour dans son pays il récompensa Eofor et Wulf en leur donnant de grandes richesses ; il leur donna des terres, des bracelets en quantité immense (il n’avait pas lieu de reprocher à ces braves une récompense qui honorait leur vaillance) ; comme gage de sa faveur il donna de plus à Eofor sa fille unique, l’agrément du palais. — C’est pourquoi je crains4 l’hostilité des Suédois quand ils auront appris que notre roi est mort, lui qui protégea le pays contre tous les ennemis, qui gouverna les Scylfingas après la défaite5, qui servit au mieux les intérêts du peuple et accomplit des prouesses. — À présent hâtons-nous d’aller voir le corps du roi et de le porter au bûcher. Nous ne ferons brûler la propriété de personne avec lui, mais il y a ici un trésor, des bracelets, une masse d’or immense qui sont le prix6 de sa vie : il faut que le feu les consume. Aucun homme ne portera ces parures, aucune femme n’attachera ces colliers sur son sein, car maint d’entre eux devra prendre le chemin de l’exil, maintenant que le roi est mort. Le fer se croisera ; le son de la harpe n’éveillera plus les guerriers morts, mais le corbeau noir et avide prendra son copieux repas et dira à l’aigle qu’il a fait un grand festin pendant qu’il dévorait les cadavres avec le loup. »
Telles furent les paroles sinistres que prononça le chevalier ; il ne mentit pas dans ses dires. Tous les hommes se levèrent et se rendirent en pleurant sous le cap des Aigles. Ils trouvèrent leur roi étendu sans vie sur le rivage : les jours terrestres du héros étaient terminés. Ils virent le dragon étendu sur le sol en face de Beowulf : le dragon avait péri par sa propre flamme ; son corps avait cinquante pieds de longueur ; jadis il fendait l’air pendant la nuit et redescendait ensuite dans son antre ; à cette heure il avait cessé d’avoir la jouissance des cavernes. Autour de lui on voyait étendus des plats, des coupes et des épées de prix rongées par la rouille, car ces objets étaient restés mille ans dans le sein de la terre depuis le moment où ils avaient été enchantés et où défense avait été faite à tous les hommes de toucher à la salle, à moins que Dieu lui-même (il est le soutien des vivants !) ne permit d’ouvrir la cachette à qui lui semblerait bon.
XLII
On vit alors que le combat n’avait pas profité au dragon. Celui-ci avait tué quelques hommes, mais il avait reçu une punition sévère. Beowulf était mort aussi, car il n’est donné à aucun homme de jouir longtemps de ce monde. Beowulf, en allant affronter les embûches du dragon, ne savait ce qui lui arriverait, car ceux qui avaient déposé là le trésor l’avait enchanté jusqu’au jour du jugement en sorte que celui qui foulait ce lieu se couvrait de péchés et s’attachait aux liens de l’enfer. Or Beowulf n’était pas avide, et préférait la faveur divine aux trésors.
Wiglaf, fils de Weohstan, parla ainsi :
« Beaucoup d’hommes doivent souvent supporter, par le fait d’un seul, le poids de l’infortune, et c’est ce qui nous est arrivé. Aucun de nos conseils n’a pu empêcher le roi d’aller trouver le dragon et de le laisser habiter son antique demeure jusqu’à la fin des temps. Le destin a été sévère à notre égard en attirant ici notre roi1. — Je pénétrai à grand peine jusqu’à la salle et je pus voir à l’intérieur toutes les parures qui la couvraient. Je me hâtai de prendre une grande charge d’objets précieux et je les apportai ici à mon roi : il était encore vivant et en possession de ses sens. Il me dit beaucoup de choses, m’ordonna de vous faire ses adieux et de vous prier de construire un souvenir de ses actions (il a été pendant sa vie le plus illustre de tous les guerriers) un haut et vaste tumulus sur l’emplacement du bûcher. Allons donc voir encore une fois2 le trésor ! Je vais vous conduire là où vous ne vous rassasierez pas de voir des bracelets et de l’or. Que la bière soit prête quand nous sortirons pour conduire notre roi à sa dernière demeure. »
Le fils de Weohstan fit alors apporter par un grand nombre d’hommes, le bois qui devait servir au bûcher :
« Maintenant la flamme va consumer le roi qui essuya souvent la grêle des dards quand, lancés par des mains vigoureuses, les traits volaient par dessus la muraille des boucliers. »
Le fils de Weohstan fit alors sortir de la troupe les sept meilleurs chevaliers et alla avec eux dans la caverne. Celui qui ouvrait la marche portait une torche dans ses mains. La destinée du trésor était résolue ; les chevaliers le sortirent aussitôt, et sans regret, de sa cachette. Ils jetèrent aussi le dragon par dessus la muraille et laissèrent les flots l’engloutir. Le trésor fut mis sur un chariot et l’on porta Beowulf au cap de la Baleine.
XLIII
Les Goths préparèrent un bûcher solide auquel ils suspendirent des casques, des boucliers et des cottes de mailles brillantes, ainsi que Beowulf l’avait recommandé ; au milieu ils placèrent leur roi en gémissant. Ils allumèrent ensuite un grand feu…. Une fumée noire sortit de la flamme et s’éleva en même temps que leurs gémissements ; la flamme dévora pendant ce temps le corps de Beowulf. Ils se lamentèrent sur la mort de leur roi ; la vieille épouse gémissait aussi : elle était affligée………1 La fumée se perdit dans le ciel. — Les Wederas construisirent ensuite sur la colline un tombeau large et élevé qui pouvait être vu de loin par les navigateurs ; ils firent ce monument de Beowulf en dix jours, puis ils l’entourèrent, selon les indications des plus habiles, d’une belle muraille. Ils enfouirent dans la tombe les bracelets, les sigle2 et tous les objets précieux qui avaient été dérobés au trésor : ils les confièrent à la terre où ils se trouvent encore aujourd’hui, toujours aussi inutiles aux hommes qu’ils l’ont été jadis. Douze nobles chevauchèrent autour de la tombe : ils pleuraient leur roi et s’entretenaient de lui, ils parlaient de ses prouesses et vantaient sa vaillance de toutes leurs forces, ainsi qu’il convient de faire envers un roi défunt. C’est ainsi que les Goths pleurèrent la mort de leur roi et répétèrent qu’il avait été le plus doux et le plus bienveillant des princes, et le plus avide de louanges d’entre tous les hommes.
NOTES
I
1. Eh quoi ! Interjection qui rend suffisamment l’anglo-saxon hwæt ! L’interjection hwæt se trouve au commencement de deux grandes compositions poétiques anglo-saxonnes : Andreas et l’Exode de Caedmon. C’est comme on voit, une entrée en matière assez brusque pour un poème.
2. Mot-à-mot : « enleva les bancs de l’hydromel à des foules d’ennemis, etc. »
3. Ce passage est ainsi rendu par Sharon Turner, Hist. of the Anglo-Saxons, t. III :
« Le bruit se répandit au loin que le descendant du scyld (?) attaquerait plusieurs pays. Aussi pourrait-il obtenir de bons navires et des dons nombreux en temps opportun, etc. »
Cette citation et les différents extraits que je donne plus loin montreront jusqu’à quel point les premières traductions du poëme diffèrent des versions modernes.
4. Jeune guerrier (geong guma), ma seul est lisible dans le ms. ; le reste est suppléé par Grein.
5. Amis de son père ; amis, traduction du mot wine suppléé par Grundtvig.
6. Dans le passage placé ici entre parenthèses l’auteur indique la ligne de conduite que tint le fils de Scyld envers les suzerains de son père et la propose en même temps comme exemple aux jeunes princes.
7. L’Edda (Sinfioetlalok) parle aussi de l’antique coutume qui consistait à exposer les corps dans une barque.
II
1. Halga til, til surnom qui signifie bonus, aptus.
2. Ongentheow manque dans le manuscrit ; ce mot ainsi que wæs a été ajouté par Ettmüller conformément aux données du poëme.
3. Heal, français halle, bâtiment composé d’une seule salle. Les termes qui servent ici à désigner le monument sont heal-reced et medo-ærn (salle de l’hydromel).
4. D’après Turner, loc. cit. : « Il lui vint à l’idée d’appeler ses héros dans la salle de son palais. Les hommes se hâtèrent de préparer beaucoup d’hydromel. Les chefs des hommes prenaient sans cesse des informations à ce sujet ! » Cette traduction ne s’accorde guère du reste avec les citations dont Turner la fait suivre, mais l’historien anglais ne paraît pas s’être aperçu de cette différence.
5. Bracelet, beag, beah (islandais baugr). Le mot beag ne signifie pas toujours bracelet ; on le trouve aussi employé pour collier, diadème ; son véritable sens parait être anneau. La traduction bracelet est peut-être ici un peu risquée ; cependant, nous savons que les bracelets étaient l’un des articles de parure les plus recherchés des Anglo-Saxons, surtout des hommes, lesquels mettaient leur amour-propre à en posséder de très coûteux.
6. Nous possédons les descriptions de distributions d’armes et de vêtements à l’occasion de la réunion du grand conseil national des Saxons (witena gemot) sous Kenulf et Edgar, lesquelles ne sont pas sans rapport avec celle qui est tracée dans le poëme.
7. Mot-à-mot horn-geap, large entre les cornes, (de cerf) qui couronnaient le mur (Heyne). Grein traduit simplement pinnaculis prominens, et avec raison, selon moi, puisque la même locution se retrouve dans un passage d’Andreas où il n’est nullement question de cornes de cerf.
8. « Le poëte parait indiquer, par ces mots obscurs, que la salle a été plus tard détruite par le feu dans un combat. » (Heyne)
9. C’est Heyne qui me paraît avoir rendu avec le plus de fidélité le sens du passage qui précède ; Grein, au contraire, n’a pu l’expliquer qu’en apportant au texte une modification très hasardée.
10. « The author… introduces the curious circumstance of a scop or poet singing a poem on the origin of things, like Jopas, at Carthage, before Dido and Æneas. » Sharon Turner, loc, cit.
11. Les monstres, esprits infernaux, etc., dont parle le poëme sont de différents genres. Grendel et sa mère sont rangés parmi les géants (eoten, thyrs) et sont du reste l’objet des qualifications les plus variées. Viennent ensuite les ylfe (incubus, Elb), les orcneas (monstres marins), les niceras (esprits des eaux, allem. nixe), les dracas ou wyrmas (dragons). Le poëme nomme encore les scuccas, les scynnas, esprits infernaux.
12. Ce passage (qu’il m’a fallu mettre entre parenthèses ainsi que plusieurs autres), trahit maladroitement une main chrétienne. On verra plus loin les nombreux anachronismes que commet l’auteur en mêlant les rites païens des anciens Scandinaves aux croyances chrétiennes de son temps.
III
1. Les Anglo-Saxons comptaient par nuits et par hivers. Le premier de ces usages était également répandu chez les Celtes, chez les anciens Germains (v. César, Tacite) et chez plusieurs autres peuples encore ; le second n’est pas tout à fait inconnu à notre style poétique (c’est ainsi que nous disons : elle a atteint son vingtième printemps, en prenant la saison pour l’année.) En russe le mot liet signifie également été et âge.
2. À aucun prix, feothingian, en adoptant le changement de fea (ms.) en feo proposé par Kemble.
3. Passage obscur et probablement interpolé, qui a été l’objet de nombreux commentaires. L’explication qui en est donnée ici est due à Heyne. On lira avec intérêt les raisonnements ingénieux auxquels se livre le philologue à propos de ce passage (Beowulf, p. 88.)
IV
1. Beowulf.
2. Ce brave, higerofne. Au lieu de ce mot, adopté par les éditeurs de Beowulf, les copies de Thorkelin portent higethofne et higeforne et le mot hige est seul lisible dans le ms.
3. Il m’est impossible de garder plus longtemps un anonyme que les circonlocutions du poëme devraient conduire jusqu’au § VI.
4. Voyage ou plus exactement séjour sur la mer, addition aux glossaires faite par Leo. On n’est pas d’accord du reste sur le sens exact de ce mot, Thorpe en fait ea-lada, watery way, Ettmüller et Grein, eolet, voyage rapide.
5. L’auteur vient de nous dire plus haut (§ III) que les Danois ne connaissaient pas Dieu, c’est-à-dire qu’ils étaient païens (et l’on peut sans témérité appliquer également ces paroles aux Goths) et le voici maintenant qui nous montre la troupe de Beowulf adressant des actions de grâce à Dieu. — Nous aurons plus d’une fois l’occasion de relever des inconséquences du même genre dans le poëme.
6. Littéralement ofer bolcan, sur la planche, sur la planche qui reliait le navire au rivage. Grein définit bolca, forus navis, Schiffsgang ; anglais, gangway.
7. Homme vulgaire, ags. seld guma, traduction bien préférable, dit justement Heyne, à celle qui a été donnée par Grein : « vir qui semper in domo manet ». Si son apparence ; si est la trad. de næfne substitué par les éd. au næfre (jamais) du texte.
V
1. Le chef est le synonyme de yldesta (l’ancien), mot qui s’emploie au moins autant dans le sens de commandant, homme qui a de l’autorité que dans le sens de vieillard, (cf. grec πρέσϐυς, lat. senator, de senex),
2. Sages ne rend qu’imparfaitement witena, mot qui a le double sens de sages et de conseillers.
3. Transition difficile à saisir entre les deux membres de phrase ; l’interprétation présentée ici laisse sans doute beaucoup à désirer.
4. Ce mot paraît sous-entendre une sentence facile du reste à suppléer, telle que celle-ci : « venez avec moi trouver Hrothgar et le convaincre de l’honnêteté de vos intentions. »
5. Il s’agit ici de l’image du sanglier qui ornait les casques.
6. Heyne dit à propos des mots anglo-saxons word æfter cwæth « le sens paraît être : il parla en se retournant. » Pourquoi ne pas traduire tout simplement ; « dit ensuite ces paroles. »
VI
1. Des phrases de ce genre sont réellement moins insupportables dans l’original que traduites et la raison en est qu’elles sont à l’unisson du style ordinaire du poëme.
2. Le mot boucliers rend ici incomplètement le fætte scyldas du texte. Le mot fæt signifie lame, plaque, principalement plaque d’or ; d’où boucliers dorés recouverts de lames d’or.
3. Les Wendlas (peut être les Vandales) sont cités également dans le Scopes widsith, v. 59.
4. Mot-à-mot « devant les épaules » « Il ne se tenait pas directement devant Hrothgar, mais un peu de côté, ainsi que l’exigeait l’étiquette. » Cf. Gloss. Heyne, Beóvulf, p. 149.
VII
1. Son père, au lieu de son vieux père (anglo-saxon eald-fæder) Eald sert plutôt à amplifier fæder et à produire l’allitération qu’à modifier le sens réel de ce mot en y ajoutant la circonstance de vieillesse (la même chose pour eald-metod, ær-fæder, etc.)
2. Ces mots sont suppléés par Grein.
3. Heorot dans le texte. J’ai adopté dans ma traduction une orthographe uniforme pour les noms propres qui est malheureusement fort loin d’être dans l’original, (l’orthographe du nom de Beowulf n’est pas plus fixe que celle des autres noms). La question de l’orthographe de Heort m’a cependant beaucoup embarrassé. Le poëme désigne tour à tour la salle sous les noms de Heort, Heorot, Heorut, Hiort ; le Scopes widsith l’appelle Heorot : j’ai cru devoir me tenir à la première orthographe qui a pour elle l’autorité du vers 78. Dans tous les cas le sens de ce nom (Cerf) est le même.
4. Conformément au mode de traitement que j’ai dû appliquer au poëme pour en donner une traduction en prose à peu près supportable (c’est-à-dire la substitution du terme propre à la périphrase), l’expression hyge-rof est rendue ici par Beowulf ; mais cette expression n’est elle-même que conjecturale et fait partie d’une sentence imaginée par Grein pour remplacer un demi-vers manquant dans le ms.
5. Estrade, ags. heothu. Dietrich interprète ce mot d’une autre manière ; d’après lui il signifierait intérieur d’un édifice.
6. Sharon Turner : « Mes gens m’ont appris qu’ils étaient les plus heureux des ceorles sagaces, etc. ! »
7. Tu n’as pas besoin de me donner de garde, — Telle est d’après Heyne, la signification de l’ags. na thu minne thearft hafalan hydan et le professeur de Bâle appuie sa traduction de considérations très plausibles. D’après lui Beowulf refuse ici de recevoir la garde d’honneur à laquelle il a droit en sa qualité de prince du sang. Les autres traducteurs interprètent ce passage d’une manière bien différente ; par exemple, Thorpe : « Tu n’auras pas besoin de cacher ma tête (tu n’auras pas l’occasion de m’ensevelir car mon corps sera dévoré par Grendel). »
8. Sharon Turner, qui n’avait pas du tout compris ce passage, traduit : « si la mort m’enlevait emporte-moi loin du carnage sanglant. Mange sans tristesse sur [la tombe du] voyageur solitaire (!) Marque mon tumulus (hillock) d’une modeste fleur ! »
9. Ce Weland n’est pas seulement cité dans notre poëme ; il joue un grand rôle dans beaucoup de récits légendaires du Nord. La tradition le représente comme très habile à forger les métaux. Alfred, dans sa paraphrase des mètres de Boëce, le place naïvement à côté de Brutus et de Caton. Weland est le Voelund de la légende islandaise, le même qui ayant été fait captif par le roi Nidad, se vengea en tuant les deux fils de celui-ci et en faisant violence à sa fille Boedvild. — Voir les détails dans le Voelundarkvidha.
VIII
1. Défense, were-fyhtum mot substitué au fere fyhtum du texte ms. par Grundtvig.
2. Les Wylfingas sont cités dans le Widsith (29) ainsi que leur roi Helm. « Cette tribu est célèbre dans les légendes héroïques de l’Allemagne, mais on ne peut démontrer historiquement son existence. » Ettmüller, Scopes widsidh, p. 17.
3. Wederas, en supposant toutefois que la lecture de Grundtvig soit la meilleure ; le ms. porte gara cyn.
4. Heregar est le même qui est désigné dans le § II sous le nom de Heorogar.
5. V. la justification de cette traduction, dont l’auteur est le Prof Léo, dans l’ouvrage de Heyne, p. 91.
IX
1. Sharon Turner : « Es-tu ce Beowulf qui combat avec tant de profit sur la vaste mer. » Breca paraît être ignoré complètement du traducteur.
2. L’interrogation ne paraît être mise ici que pour la forme puisque, avant d’achever la phrase, Hunferth a déjà désigné directement le héros.
3. Il est bon de se rappeler ici ce qui a été dit au § III au sujet du mode de division du temps par nuit.
4. Heatho-ræmas, d’après les nouveaux éditeurs. Le ms. porte Heatho-ræmes ou ræmis.
5. Au lieu de l’anglo-saxon ethel rendu ici par patrie on trouve dans le ms. le signe runique pour E ; la même chose a lieu aux vers 914 et 1703.
6. Sharon Turner, loc. cit. : « Nous fîmes la menace (?) dans notre jeunesse d’aller dormir dans l’Océan avec nos ancêtres ! »
7. Heyne fait un verbe d’andhwearf et traduit en conséquence : « jusqu’à ce que le vent du nord se fut mis à souffler avec violence contre nous ; » mais Grein dont j’ai suivi ici les indications, considère ce mot comme composé de la conjonction and et d’un adjectif hwearf allié à l’ancien nordique hwerfr qui signifie rapide, variable.
X
1. Après épée deux demi-vers manquent probablement dans l’original, à moins qu’on n’adopte l’interpolation du mot fela proposée par Grein, et Grundtvig.
2. On n’est pas d’accord sur la véritable lecture du manuscrit à cet endroit. Le mot ic qui donnerait à la phrase un sens personnel se rapportant à Beowulf se trouve-t-il réellement dans le texte ? Kemble et Grundtvig le disent, mais Thorpe ne l’a pas vu dans le ms. ; d’après Heyne et Holtzmann, dont j’ai suivi ici les indications, quelle que soit la lecture qu’on adopte, c’est seulement en supprimant le mot ic qu’on obtient le sens véritable.