Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (page 10)
terrestre il t'a fait homme tout céleste! si tu pèches, tu tombes du ciel ! Le prêtre qui, après tant de lumières, après tant de
communions, se détourne de Dieu, abjure la grâce et les faveurs du ciel, sera dépouillé avec toute justice , comme coupable
d'ingratitude et de haute trahison. " (Selva, ch. 4.)
" Le prêtre peut-il être tiède? Peut-il dire : Ceci est un péché léger? Oh! pour délivrer un prêtre de la tiédeur, il faudrait une
grâce des plus signalées; Dieu fera-t-il une telle grâce à celui qu'il vomit de sa bouche? S'il est impossible au tiède de se relever
par lui-même, cette grâce n'est pas impossible à Dieu !... Le désir , la prière et la persévérance dans la prière , et l'invocation
de la sainte Vierge, voilà le seul moyen de sortir de cet abîme !... " (Selva, ch. 5.)
" Ainsi, le coeur du prêtre doit être comme un autel, où brûle toujours le feu de l'amour divin ! (Selva, ch. 5.) Dit jour où il a
reçu le sacerdoce, il ne s'appartient plus à lui-même; il est à Dieu, il doit se dévouer tout entier aux intérêts de Dieu. Dès lors,
combien doit être sainte, plus brillante de sainteté que les rayons du soleil , cette main qui touche la chair sacrée d'un Dieu ;
cette louche, cette langue qui se teint du sang même de Jésus-Christ ! Le prêtre remplit à l'autel les fonctions de Jésus-Christ; il
doit se préparer au saint sacrifice avec la pureté et la sainteté de Jésus-Christ ! " (Selva, ch. 3.)
III. " Le prêtre ne doit pas se contenter d'être saint ; il doit sanctifier les autres par son zèle.
" Qu’elle est grande la dignité du prêtre; mais qu'elle est grande pour lui l'obligation de travailler au salut des âmes! Saint Paul
place l'espoir de sa couronne éternelle dans le salut de ceux qu'il avait convertis à Dieu. Eu effet, le prêtre qui dévoue sa vie à la
conversion des pécheurs, recevra autant de couronnes qu'il gagnera d'âmes au ciel. Ces âmes , arrachées au feu éternel,
converties et devenues chères à Dieu, seront autant de pierres précieuses qui orneront la couronne du prêtre qui les a sauvées.
Le seul but du prêtre, en travaillant au salut des âmes, c'est de plaire à Dieu, de procurer la gloire de Dieu. Le premier moyen
et le plus nécessaire est la sainteté du prêtre. Le médiateur entre Dieu et les hommes doit avoir en lui-même la sainteté et la
grâce, pour les communiquer. L'exercice le plus profitable du ministère apostolique est la confession. En prêchant, on jette le
filet; par la confession, on retire le filet, et l'on prend les poissons. Les principales études du prêtre doivent tendre à acquérir le
plus de capacité pour sanctifier les âmes dans le saint tribunal. " (Selva, ch. 9.)
IV. Tout le trésor dit prêtre. est dans l'Eucharistie; de même, le prêtre doit être tout entier à Jésus-Christ dans le Sacrifice
Eucharistique.
" Dieu établit le prêtre dans l'Eglise, pour offrir le divin sacrifice; ce ministère est le propre des prêtres de la loi nouvelle, qui ont
reçu le pouvoir d'offrir le sublime sacrifice du corps et du sang divins, sacrifice souverainement parfait, infiniment au-dessus des
sacrifices anciens, les ombres et les figures du sacrifice du Calvaire. Les victimes de l'ancienne loi étaient de vils animaux
figuratifs ; la victime de notre sacrifice, c'est le Verbe éternel fait homme. Les victimes anciennes n'avaient par elles-mêmes
aucune puissance ; le sacrifice eucharistique obtient par lui-même la rémission des péchés et de la peine , l'accroissement de la
grâce, et les secours les plus abondants. Jésus-Christ da rien fait de plus grand ni de plus sublime sur la terre. La Messe est
l'action la plus sainte et la plus agréable à Dieu, et par la victime et par le sacrificateur qui est le Rédempteur lui-même , s'offrant
lui-même par le ministère des prêtres. Tous les honneurs rendus à Dieu par les anges, les martyrs et tous les saints, sont des
hommages créés, finis; mais l'honneur que Dieu reçoit dans le sacrifice de l'autel , étant présenté par une personne divine, est un
honneur infini. Ainsi, la Messe est de tous les actes le plus saint et le plus divin; elle est de toutes les oeuvres la plus sainte et la
plus chère à Dieu ; celle qui apaise le plus la colère de Dieu contre le péché, et fait le plus de bien aux fidèles vivants , et donne
le plus de soulagement aux âmes qui souffrent dans le purgatoire. Elle est la reproduction et l'application du sacrifice de la croix;
elle est l'abrégé de l'amour divin et de tous les bienfaits célestes sur les hommes. "
" La vie du prêtre doit être une préparation continuelle et une action de grâces continuelle pour le Saint-Sacrifice. Comme la
prière du prêtre sera exaucée , quand il célèbre saintement! Il recevra tous les jours de nouvelles lumières et des forces
nouvelles. Jésus-Christ le consolera, l'instruira, l'encouragera, et lui prodiguera ses plus douces faveurs. " (Selva, 2° partie.)
" O prêtre! considérez que Dieu ne pouvait vous faire plus grand sur la terre. Est-il une plus haute dignité que la dignité de
ministre divin , chargé de traiter sur la terre les intérêts de sa gloire? Vous montez à l'autel pour offrir à Dieu son propre fils!
Que de choix Dieu n'a-t-il pas faits pour vous établir prêtre! Il vous a choisi dans une infinité de créatures possibles, et vous a
mis au monde! Par préférence à tant d'infidèles et d'hérétiques, il vous a mis dans son Eglise, et vous a fait chrétien et
catholique! Enfin, parmi tant de fidèles, il vous a choisi pour prêtre! Ah! si Dieu avait honoré du sacerdoce un seul homme au
monde, à qui seul il eût donné le pouvoir de faire descendre sur la terre le Verbe incarné, et de délivrer les âmes de l'enfer, en
les absolvant de leurs péchés, quelle estime tout le monde n'aurait-il pas d'un tel prêtre! Et ce prêtre si privilégié, quelles actions
de grâces ne rendrait-il pas à Dieu ! Que ne ferait-il point pour son amour, en se voyant choisi parmi tous les hommes pour un
si auguste ministère! Mais pensez-y bien, ô prêtre! le nombre des hommes revêtus du sacerdoce ne diminue ni votre dignité, ni
vos obligations ! "
" C'est donc avec raison que Dieu veut que tout prêtre soit à lui. Les Ecritures appellent le prêtre " homme de Dieu! " Les
prêtres de l'ancienne loi étendaient leurs mains sur les victimes pour faire entendre qu'ils offraient leur vie en sacrifice, comme ils
sacrifiaient celle des animaux; de même, le prêtre de la nouvelle loi, étendant les mains sur l'oblation, témoigne qu'il offre aussi à
Dieu sa vie en sacrifice, unie à la vie de Jésus-Christ offert dans le sacrifice eucharistique. "
Voilà comme vous devez approcher de l'autel, où, par quelques paroles, vous appellerez le Verbe divin entre vos mains; où
votre voix changera la substance du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ. Allez à l'autel, comme l'ambassadeur de
tout le genre humain, afin d'y intercéder près de Dieu pour l'Eglise et pour tous les hommes. " (Préparation à la messe.)
Saint Alphonse nous a donné le résumé substantiel et pratique de ces grandes pensées dans deux règlements admirables.
Hommes de Dieu! en les lisant, apprenez à vous sanctifier comme saint Alphonse! Hommes du siècle ! apprenez à aimer et à
respecter le prêtre dont le ministère exige une sainteté si sublime !
I. Règlement de saint Alphonse, pour se préparer à la prêtrise.
1. Le jeune clerc doit, pour se sanctifier, fréquenter toujours de saints prêtres, afin de s'édifier par leurs bons exemples.
2. Il doit faire chaque jour une heure au moins d'oraison mentale, afin de vivre dans le recueillement et la ferveur.
3. Visiter le très-saint Sacrement, particulièrement où il est solennellement exposé.
4. Lire les vies des saints ecclésiastiques, qui lui fourniront des règles de conduite, et l'exciteront à les imiter.
5. Honorer la très-sainte Vierge Marie , la mère et la reine de l'église, et se consacrer tout particulièrement à son service.
6. Avoir le plus grand soin de sa propre réputation, et soutenir l'honneur de l'état ecclésiastique.
7. Respecter tout le monde; tout en fuyant la conversation du siècle; éviter la familiarité avec les personnes (lu monde, surtout:
avec les femmes.
8. Etre obéissant aux ordres des supérieurs , exécuter leurs commandements , par la raison que c'est la volonté de Dieu.
9. Porter la soutane et la tonsure; être modeste, mais sans affectation, sans bizarrerie et sans fierté.
10. Etre paisible à la maison , exemplaire en classe, édifiant à l'église , surtout quand il y est en fonctions.
11. S'approcher du sacré tribunal tous les huit jours au moins, et communier plus souvent encore.
12. En deux mots; il doit avoir la sainteté négative, par l'éloignement du péché; et la sainteté positive, par l'exercice dus vertus.
II. Règlement de saint Alphonse, devenu prêtre.
1. Je suis prêtre ; ma dignité surpasse celle des anges; je dois donc avoir la plus grande pureté et mener la vie la plus angélique.
2. Dieu obéit à ma voix; je dois obéir à la sienne , à la grâce et à mes supérieurs.
3. La sainte Eglise m'honore ; en retour, je dois l'honorer par la sainteté de ma vie, par mon zèle, par mes travaux.
4. J'offre Jésus-Christ an Père éternel ; je dois donc être revêtu des vertus de Jésus-Christ et me rendre propre à traiter avec le
Saint des saints.
5. Le peuple chrétien me considère comme un ministre de réconciliation entre Dieu et les hommes ; je dois donc toujours plaire
à Dieu et jouir de son amitié.
6. Les fidèles cherchent en moi l'exemple des vertus,pour s'affermir dans la sainteté; je dois donc les édifier tous, partout, et
toujours.
7. Les pauvres pécheurs attendent de moi la délivrance de la mort du péché ; je leur dois ce bienfait par mes prières, par mon
exemple , par mes paroles et par mes oeuvres.
8. J'ai besoin de force et de courage pour triompher du monde, de l'enfer et de la corruption de la chair; je dois donc
combattre et vaincre au moyen de la grâce divine.
9. Je dois travailler à acquérir la science, pour me rendre capable de défendre la sainte religion et de confondre l'erreur et
l'impiété. 10. Je dois haïr et détester, comme l'enfer, le respect humain et les servitudes mondaines; ces choses décréditentle
sacerdoce. 11. Je dois maudire l'ambition et l'avarice comme la perte du sacerdoce; combien de prêtres ont perdu la foi par
l'ambition!
12. La gravité et. la charité me sont également nécessaires ; je dois être prudent et réservé , surtout avec les femmes , mais
jamais rude , superbe et rebutant.
13. Le recueillement , la ferveur, la vertu solide , l'exercice de la foi et de la raison doivent être mon occupation continuelle, si je
veux plaire à Dieu.
14. Je dois chercher uniquement la gloire de Dieu, la sanctification de mon âme, et le salut du prochain, même au péril de ma
vie.
15. Je suis prêtre ; je dois inspirer de la vertu, et glorifier Jésus-Christ, le prêtre suprême et éternel.
FIN DU LIVRE SECOND.
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LIVRE TROISIèME (1752-1762)
Vie apostolique et religieuse de saint Alphonse, depuis l’établissement de sa Congrégation jusqu'à son épiscopat; ou, troisième
témoignage sur la valeur de notre âme.
CHAPITRE I. Noble caractère et constance d'Alphonse en face des obstacles; docile à l'appel de Dieu, il se dispose à partir
pour Scala, berceau futur de la nouvelle congrégation.
Alphonse, assuré de la volonté divine et résolu d'agir, avait retrouvé la paix à l'intérieur, et sous l'œil de Dieu ; mais à l'extérieur,
il n'avait pas échappé à toutes les tempêtes ; l'enfer ne pouvait manquer de traverser une couvre si sainte. Les uns disaient qu'il
avait perdu l'esprit et que son cerveau était dérangé; d'autres le traitaient de fanatique et de visionnaire. " La trop haute opinion
qu'il a de lui-même, disait-on, lui enfle le coeur ; on l'a corrompu en louant son mérite. " Ce fut dans le collège des Chinois qu'il
rencontra ses premiers adversaires. Le père Ripa se trouvait à Rome; à son retour, il apprit cette nouvelle ; son coeur fut
blessé, parce qu'il comptait avant tout sur l'aide d'Alphonse pour l'établissement de sa propre congrégation ; il fit tous ses
efforts pour lui montrer l'impossibilité de son projet, et même l'inutilité. Il s'imagina, comme les autres, que la tête d'Alphonse
avait faibli, et lui adressa des reproches en publie et en particulier sur ce qu'il appelait une extravagance. D'autres allèrent plus
loin, poussés par le démon qui employait toutes les voies pour jeter la déconsidération su le vigilant serviteur de Dieu, et pour
l'empêcher de mener à bonne fin cette oeuvre de sanctification. Les pères de la Propagande partageaient la défiance commune,
avaient honte de voir de telles faiblesses dans un de leurs frères, naguère si sage et si réservé, et le membre le plus distingué de
leur société. Le démon, exploitant la révélation de la religieuse, suggérait la triste pensée que c'était la seule base des projets
d'Alphonse, qui n'aurait pas su juger les rêveries d'une jeune femme. Cette opinion fut partagée par son oncle, Matthieu. Gizzio,
directeur du séminaire, et par le supérieur de la Progagande, Jules Torni. Toujours plein de respect pour son oncle et pour son
maître, Alphonse déclara qu'il ne ferait rien sans l'approbation, dé son directeur. Cela ne persuada pas les deux chanoines ; ils
s'affligèrent beaucoup de sa résistance, .car ils l'aimaient tendrement. Voyant que leurs représentations n'avaient aucun succès,
ils en vinrent aux réprimandes et aux paroles amères. " Ce n'est pas Dieu qui vous guide, lui dit un jour son oncle irrité ; vous
suivez aveuglément les rêves d'une religieuse, sans voir que vous êtes le jouet d'une illusion. " — " Je ne me règle pas sur des
visions, reprit humblement Alphonse, mais sur l'Evangile. Celui qui se confie en Dieu peut tout et doit tout espérer. " Alphonse
entrant un jour dans la sacristie de la cathédrale, plusieurs personnes de grande autorité se mirent à l'accabler d'invectives, en
présence d'autres personnes non moins recommandables. On lui reprochait surtout sa présomption : " Piquez-vous d'honneur ,
lui disait-on ; hâtez-vous de faire voir
dans l'église ces nouvelles fondations et ces nouveaux instituts que vous nous promettez ! " Alphonse s'humilia intérieurement ;
et, baissant les yeux, ne fit pas entendre le moindre mot.
Le chanoine Gizzio avait pour directeur spirituel le vénérable père Fiorillo, dominicain et missionnaire aussi pieux que savant. Il
conseille à Alphonse de prendre l'avis de ce saint prêtre. " Je ne me conduis pas d'après ma tête, lui répond Alphonse, mais je
dépends en tout du père Pagano. " Il communique ensuite à son directeur l'entretien qu'il avait eu avec son oncle : " Je suis de
son avis, lui dit le père Pagano ; si le père Fiorillo dit que Dieu vous veut à la tête d'une telle oeuvre , je le veux aussi ; et s'il dit
que Dieu ne veut pas, je ne veux pas non plus. " Alphonse et le père Fiorillo ne s'étaient jamais vus; ils se connaissaient de
réputation, et avaient l'un pour l'autre la plus grande estime. Ils se rencontrèrent un jour chez le chanoine Gizzio. Le vénérable
Dominicain lui dit d'un ton inspiré : " Dieu n'est pas content de vous; il vous appelle sans réserve; il attend de vous de plus
grandes choses. " Cette rencontre, qui n'avait pas été concertée, fut un véritable coup du ciel pour Alphonse. A ces mots du
père Fiorillo, il respira et sentit son coeur pénétré d'une nouvelle vie. Plein de confiance, il tire à l'écart le père Dominicain, et lui
témoigne le désir de l'entretenir. Lorsqu'il lui eut exposé les lumières qu'il avait reçues de Dieu à sainte Marie-des-Monts, et
celles qu'il ne cessait d'en recevoir tous les jours, l'homme de Dieu lui répondit : " Dans une semblable conjoncture, saint Louis
Bertrand demanda six mois pour réfléchir; je vous en demande autant. " — " Je ne vous donne pas six mois, lui répondit
Alphonse , mais prenez un an. " Quelques jours après, il vint retrouver le vénérable père qui l'embrassa et lui dit tout joyeux : "
Allez, prenez bon courage; cette oeuvre est toute divine. Jetez-vous d'ans les bras de Dieu ; vous éprouverez des
contradictions, sans doute; mais mettez votre confiance en lui, et il vous aidera. " Cependant le père Fiorillo était chargé de
nombreuses affaires qui intéressaient la gloire de Dieu dans la ville de Naples; dans la crainte que ses relations avec Alphonse
ne vinssent à mécontenter le clergé, et à le tourner contre ses saintes entreprises, il lui recommanda de garder le secret sur leur
entretien. Dès lors, Alphonse ne craignit plus les contradictions, et chercha des compagnons. Quand il pria le père Fiorillo de lui
indiquer des sujets : " Vous pensez, dit le père, que je vous ai abandonné et que j'ai oublié une affaire qui importe à la gloire du
Seigneur? Non; elle me tient maintenant plus à coeur que jamais; soyez tranquille; ayez la confiance que Dieu vous accordera