Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (page 9)
travailler à la conversion de sa fille ; Alphonse le fit, et Marie se corrigea, mais bientôt retomba dans ses désordres. Pressé de
nouveau par les instances de sa mère , Alphonse la reprend encore et lui représente avec force le danger de son état ; Marie se
retire dans un coin de l'église et se livre aux sentiments du plus vif repentir. Avant de quitter le confessionnal, Alphonse la
rappela et lui dit Marie, voulez-vous sincèrement vous donner toute à Dieu? — Oui, lui répondit-elle. — Mais sans réserve et
de tout cœur ? reprit Alphonse. — Sans réserve, lui répliqua Marie avec force. — Puisqu'il en est ainsi , continua Alphonse,
allez, coupez-vous les cheveux , et faites-vous carmélite! " Marie obéit et prit aussitôt l'habit de religieuse. Cette jeune fille
devint dès-lors une âme des plus parfaites. Elle fut sensiblement tourmentée par les démons pendant plusieurs années ; Dieu ;
qui la voulait sans tache , ne manqua pas de la purifier dans les tribulations ; elle mourut en odeur de sainteté, fut invoquée
comme une sainte et opéra plusieurs miracles.
Une terrible épidémie ravagea la ville de Naples, l'an 1729. Alphonse profita de cette occasion pour se sacrifier, et fit preuve
du plus beau dévouement ; parmi les frères de la congrégation des Missions qui se signalèrent en portant des secours à une
foule de malades, Alphonse fut le plus généreux et le plus dévoué. Les pauvres surtout étaient l'objet de son ardente charité. On
ouvrit plus tard une mission dans la grande église du Saint-Esprit ; il s'y distingua par un zèle admirable pour sauver les
pécheurs. Cette mission à peine terminée, il alla se joindre à une autre dans l'église conventuelle de l'Annonciade , et se livra
tellement à l'ardeur de son zèle que, les forces venant à lui manquer, il fut attaqué des poumons et gagna plusieurs infirmités.
Pendant tout un mois, on craignit pour sa vie; et sil guérit ; ce fut évidemment par un miracle de la très-sainte Vierge.
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CHAPITRE IX. Merveilles de conversions, de grâces extraordinaires et de vertus, au printemps de l'année 1731.
La course apostolique d'Alphonse, au printemps de l'année 1731, fut très-fertile en fruits de salut. Cette saison fat désastreuse
pour la Pouille et les provinces voisines. Le mardi-saint , un tremblement de terre jeta la désolation dans les villes et les
campagnes , et répandit partout le deuil et la terreur. Les évêques , voyant leurs troupeaux frappés d'une telle calamité ,
invitèrent des ministres de Jésus-Christ pour appeler les peuples à la pénitence. Toutes les voix s'unirent pour publier les
prodiges que la grâce opéra de nouveau par le ministère d'Alphonse. Dans la ville de Nardo, en particulier, il recueillit une riche
moisson de conversions admirables dans toutes les conditions.
La ville de Foggia eut le plus à souffrir dans le sinistre, et fut. presque ensevelie sous ses ruines. Mais le Seigneur, qui l'avait
affligée, voulut aussi la consoler à proportion de ses malheurs. On vénérait dans cette ville une ancienne image de la sainte
Vierge, appelée la Vieille-Image. La collégiale où se trouvait ce tableau séculaire était ruinée, on l'avait transporté dans l'église
des Capucins, oit le peuple épouvanté se rendait en foule, comme pour se réfugier sous la protection de la Reine du ciel. Dans
la matinée du Jeudi-Saint, la vierge manifesta par un prodige sa protection particulière et son amoureuse bienveillance pour
cette ville éprouvée. Tout-à-coup , en présence d'une foule immense, remplie à la fois d'étonnement et de consolation, Marie se
montra sous la figure d'une jeune personne dans l'ovale du vieux tableau où la vétusté avait rongé la tète vénérée. Cette
miraculeuse apparition se renouvela pendant plusieurs jours , pour consoler ce bon peuple et lui annoncer que ses prières
étaient exaucées. Après la mission de Nardo, Alphonse et les missionnaires voulurent aller visiter le tableau miraculeux.
A l'arrivée d'Alphonse à Foggia , les habitants, chez qui le souvenir de M. Cavalieri, sou oncle, était. encore tout vivant, lui
firent l'accueil le plus distingué. L'évêque, le clergé, et les gentilshommes le pressèrent de donner une neuvaine en l'honneur de
la très-sainte Vierge. Il y consentit enfin, d'autant plus que le peuple était bien. disposé et que tous désiraient ardemment
écouter la parole de Dieu.
Pour célébrer la neuvaine, on choisit l'église de Saint-Jean, où fut transportée la sainte image. Le concours fut si nombreux, que
la plus grande partie du peuple fut obligée de rester en dehors; on dut établir la chaire sur la porte de l'église, à côté de laquelle
on exposa le tableau miraculeux. On ne peut dire tous les effets extraordinaires opérés par Alphonse dans cette neuvaine. La
componction gagna tous les coeurs ; les prêtres ne suffirent pas pour entendre les confessions. Foggia fut totalement réformée;
l'évêque et les vrais fidèles ne cessaient de rendre grâces à Dieu d'avoir eu le bonheur de posséder Alphonse en cette occasion.
Alphonse ne pouvait se séparer de l'image miraculeuse. Un soir, après la sortie des fidèles, on l'avait rapportée sur l'autel ; il
s'en approcha pour la contempler. Il fut ravi en extase pendant une heure. La sainte Vierge, voulant contenter sa dévotion et
mettre le comble à son bonheur, lui montra son visage sacré sous des traits admirables. Après la céleste vision, Alphonse, avec
les personnes restées dans l'église, chanta au pied de l'autel l'Ave, maris stella.
Mais ce n'était pas la fin du prodige. Un des jours de la neuvaine, Alphonse traitait son sujet de prédilection , engageant les
auditeurs à aimer, à invoquer la Reine des vierges, à la prendre pour patronne ; il parut dans le ravissement ; un trait de lumière,
brillant comme un rayon du soleil , partit de l'ovale du tableau correspondant à la tête vénérée, et vint frapper le front du saint
missionnaire. A la vue de ce nouveau prodige , le peuple cria Miracle ! Miracle ! et se recommanda à la Vierge avec des
larmes d'amour. Des conversions éclatantes furent le fruit spirituel pour les âmes et la consolation pour le missionnaire.
Alphonse alla rendre ses hommages à l'Archange saint Michel, dans le sanctuaire du mont Gargan. Mgr Marco et d'autres
personnages lui firent des instances pour qu'il y donnât des prédications au peuple. Il eut scrupule d'y céder, sans la permission
de ses supérieurs. e Dieu veuille, dit-il, que je ne sois pas puni à Naples pour avoir eu trop de condescendance à Foggia ! " Il
célébra le saint sacrifice sur l'autel de l'Archange, et paru comme ravi en contemplation. Il quitta ensuite le pays, ayant sacrifié
deux fois à l'obéissance, qu'il n'interprétait pas, tout le bien qu'il aurait pu faire.
Il revint à Naples ; le supérieur de la Propagande, soit qu'il regardât réellement comme une faute la neuvaine donnée à Foggia
sans sa permission, soit qu'il voulût éprouver l'humilité du saint prêtre, le réprimanda fortement en présence de toute la
congrégation. Alphonse n'ouvrit pas la bouche pour se défendre ; loin de balbutier la moindre excuse, il se réjouit d'être ainsi
mortifié devant une assemblée si respectable.
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CHAPITRE X. Alphonse conçoit le désir et prend la résolution de fonder la congrégation du saint Rédempteur, pour la
sanctification des âmes abandonnées.
Alphonse était revenu tout épuisé de sa course apostolique. On lui conseilla de sortir de Naples et d'aller respirer l'air de la
campagne. Il se rendait, avec. quelques compagnons, dans un ermitage parfaitement situé aux environs d'Amalfi , quand le
vicaire général de Scala, informé du motif de leur voyage, leur dit : " Pourquoi ne pas venir à Sainte-Marie-des-Monts ,
au-dessus de Scala? Vous avez là un ermitage avec une habitation; vous pouvez vous y récréer, et, de plus vous rendre utiles à
tant de pauvres chevriers qui sont dénués des secours spirituels? Je vous donne tous les pouvoirs de ma juridiction. " Alphonse
embrassa volontiers cette occasion de faire du bien à ces pauvres campagnards et s'empressa de mettre à profit la bienveillance
du vicaire général. Ils obtinrent la permission de garder le Saint-Sacrement dans l'ermitage; et, tandis qu'Alphonse rétablissait sa
santé, il pouvait aussi reprendre de nouvelles forces spirituelles en présence de Jésus-Christ , son bien-aimé Sauveur.
Les chevriers et les autres habitants vinrent bientôt les trouver, et donnèrent au saint malade une indicible consolation. On
catéchisa ces pauvres gens, on entendit leurs confessions avec la plus grande charité. Le concours devint bientôt général; et ce
séjour de la campagne se convertit heureusement en une douce et consolante mission qui produisit les plus grands fruits.
Dieu se servit de cette occasion pour faire connaître à Alphonse le besoin des secours spirituels où languissent un grand nombre
d'âmes , privées des sacrements et de la parole divine , dans les campagnes et les hameaux.
Bientôt l'évêque et les habitants de la ville de Scala, conçurent le désir de profiter de son zèle et d'obtenir au moins un sermon.
Empressés de connaître cet Alphonse dont ils entendaient partout faire si grand éloge, ils allèrent le prier de venir les consoler
par un sermon, le dimanche suivant dans l'octave du Saint-Sacrement. Alphonse accepte l'invitation; propose, pour faire aimer
Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement, des motifs si forts et si pressants; expose si bien l'horreur due au péché , que l'auditoire
éclate en sanglots et en gémissements. Sur la demande des religieuses da Saint-Sauveur et la recommandation de l'évêque, il
parla dans l'église du couvent avec, le plus grand succès, et promit de revenir au mois de septembre, prêcher une neuvaine à la
cathédrale, et les exercices spirituels aux religieuses. Il retourna ensuite à Sainte-Marie-des-Monts, priant Dieu de choisir un
prêtre selon son coeur pour travailler au salut de ces peuples abandonnés. Il n'osait penser qu'il était ce prêtre selon le coeur de
Dieu, destiné pour être l'instrument du bonheur de ces âmes humbles et précieuses. Dieu, pour lui faire connaître son dessein,
devait lui envoyer bientôt un signe facile à reconnaître.
Les délices de la campagne rétablirent sa santé, en même temps qu'il se consacrait aux habitants de la contrée. Fidèle à sa
promesse , il revint à Scala , au mois de septembre , pour la fête du Saint-Rédempteur, et prêcha dans la cathédrale, avec le
succès ordinaire. Les religieuses eurent ensuite la consolation de recevoir les saints exercices. Dieu voulut alors faire
comprendre au zélé missionnaire que ses charitables pensées sur les pauvres habitants de la campagne lui avaient été inspirées
d'en haut; et qu'il était appelé lui-même à les exécuter. Il y avait dans le couvent , une religieuse d'une grande sainteté et
favorisée des dons surnaturels.
Sans avoir pu connaître les saintes préoccupations d'Alphonse, elle eut une vision le 13 octobre 1731. Il lui sembla voir une
nouvelle congrégation de prêtres livrés au soin de plusieurs millions d'âmes , vivant dans les villages et dans les hameaux et
dénuées de secours spirituels; Alphonse était à la tête de ces prêtres zélés. Une voix lui dit : "J'ai choisi cet homme pour être
l'instrument de ma gloire dans cette grande oeuvre. " Peu de jours après, la religieuse agenouillée devant Alphonse au
confessionnal , lui confia la vision et les desseins que Dieu avait sur lui. Surpris de cette conformité , Alphonse allait prendre
ces idées pour des révélations divines; mais bientôt, craignant les illusions, il pria Dieu de pourvoir au salut des pauvres
campagnards , rebuta la religieuse et la traita de visionnaire. Elle s'humilia, mais ne se rendit pas; plus elle était repoussée, plus
elle insistait, en assurant à Alphonse que Dieu l'avait choisi pour être l'instrument de sa miséricorde envers les âmes délaissées.
Rentré dans sa chambre, Alphonse verse un torrent de larmes. L'heure du dîner arrive, il ne parait pas. Le père Mazzini va le
trouver, et lui demande la cause de son agitation. Alphonse hésite; il cède enfin et lui raconte le mystère; mais il voit, d'un. côté,
l'impossibilité d'une nouvelle entreprise, et dé l'autre, la crainte de s'opposer à la volonté de Dieu. Il voit les fruits à venir; vrais
que peut-il faire tout seul? où seront ses collaborateurs? " Me voici, répond son saint ami; d'autres prêtres ne manqueront pas
de venir avec nous pour une couvre qui dois contribuer si fort à la gloire de Dieu! " Ils consultent de savants et pieux prélats,
qui rendent grâces à Dieu, et les excitent à exécuter ce saint projet. Alphonse arrive à Naples et vient consulter le père Pagano,
son directeur, et d'autres saints personnages. Tous sont unanimes et l'engagent à répondre à l'appel de Dieu. Alors il ne doute
plus; malgré son humble défiance de ses talents et de ses forces, il cède à tant de lumières, et fait à Jésus-Christ,le sacrifice
entier de Naples, sa chère patrie , s'offre à passer le reste de sa vie dans les chaumières et les campagnes , et accepte à
l'avance le calice de douleurs et d'amertumes qu'il pressent dans l'accomplissement, de cette oeuvre divine.
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CHAPITRE XI. Explication des premiers prodiges d'apostolat de saint Alphonse, par l'idée sublime qu'il s'était formée sur le
sacerdoce, et tirée de ses écrits.
Nous venons de parcourir quelques années seulement de la vie sacerdotale de saint Alphonse; et nous avons admiré les
prodiges de zèle et d'apostolat qui suffiraient pour remplir et illustrer une vie ordinaire. Notre saint nous a aussi donné le secret
de ces merveilles, dans un livre d'or, sous la forme la plus simple, le Selva, où il a recueilli ce que la doctrine catholique a dit de
plus frappant sur la dignité et les devoirs du sacerdoce. Nous y choisissons quelques pensées.
1. La dignité du sacerdoce vient de la sublimité de ses fonctions.
" Les prêtres sont les élus de Dieu pour traiter sur la terre tout ce qui concerne les intérêts des âmes et de Dieu ! Le ministère
sacerdotal est appelé par saint Ambroise une profession divine. Le prêtre est le ministre , l'ambassadeur officiel de Dieu à
l'église et de l'église à Dieu, pour représenter. la Majesté du ciel et rapporter les grâces et les faveurs destinées aux fidèles.
Pour honorer Dieu et obtenir les grâces aux fidèles , sans le prêtre qui offre le saint sacrifice , en vain l'église voudrait , en
échange , immoler à Dieu la
vie dé tous les hommes; quel prix aurait la vie de tous les hommes en comparaison de la victime infinie offerte par le prêtre? En
célébrant une seule, fois le sacrifice eucharistique, le prêtre honore plus la majesté divine que l'immolation de tous les hommes ,
que les hommages réunis des anges, de la très-sainte Vierge et de tous les saints. "
" Il n'était pas nécessaire que le Christ mourût pour sauver le monde; une seule goutte de sang, une larme , une prière avait
assez de mérite pour sauver des milliers de mondes. Mais la mort de l'homme-Dieu était nécessaire pour former un prêtre :
Sans cette mort, en effet, où serait la victime digne de Dieu dans la loi nouvelle? Où serait la victime assez sainte , assez
immaculée pour rendre à Dieu l'honneur digne de son infinie majesté?
" Les anges du ciel ne peuvent. absoudre d'un seul péché ; les anges gardiens peuvent assister les âmes, les engager à
demander l'absolution ; les prêtres seuls ont le droit d'absoudre."
" L'auguste Marie prie pour les âmes; elle obtient, par sa prière, la conversion du pécheur; au prêtre seul appartient le pouvoir
de l'absoudre. Marie a conçu Jésus-Christ mie seule fois; le prêtre, par la consécration; le conçoit, lui donne l'existence
sacramentelle, et le produit à l'état de victime réparatrice, autant de fois qu'il le veut. "
" Un mot a suffi à Dieu pour créer le inonde ; le prêtre aussi, avec un mot surnaturel, fait que le pain devient le corps adorable
de Jésus-Christ. Dieu seul peut pardonner les péchés; le prêtre, investi de la toute-puissance , les pardonne en prononçant les
paroles de l'absolution, paroles qui produisent elles-mêmes ce qu'elles signifient. Job demandait : " Qui a le bras puissant
comme le bras de Dieu , et la voix forte comme la voix de Dieu? " C'est le prêtre, qui, en donnant l'absolution se sert du
bras et de la voix de Dieu même , et délivre les âmes de l'enfer. " (Selva, ch. 1.)
II. La sainteté da prêtre doit être proportionnée à son incomparable dignité.
" O prêtre, l'élu de Dieu ! comprends tes obligations! En t’élevant à la dignité de prêtre, il t'a élevé jusqu'au ciel; d'homme