Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (page 16)

Abbé Bernard · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (abbé Bernard, 1862) · 52 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

diocèse. Lorsque tout fut disposé, on appela Alphonse, qui arriva de Ciorani vers la fin de septembre, accompagné du père

Sportelli. Contaldi fit alors donation de beaucoup de meubles et d'immeubles, se réservant de faire à sa mort un autre legs de

trois mille ducats. Les conventions furent réglées le 13 octobre de la même année 1742, à la satisfaction de tous les habitants.

Alphonse désigna, pour occuper cette maison, le père Sportelli, recteur, et plusieurs autres pères. Il repartit pour Ciorani , et

donna peu après un certain nombre de missions, toujours avec les mêmes prodiges de vertus, de zèle et de conversions.

Les affaires prospéraient à Nocera; Mgr de Dominicis exposait au roi le besoin de son diocèse, le grand bien qu'Alphonse y

avait fait par les missions, et tout l'avantage qui devait résulter d'un établissement à Nocera. Le pieux monarque, accédant

volontiers.

au désir de l'évêque, permit à Alphonse et à ses compagnons d'avoir une maison et une église à Nocera. Le roi fit encore savoir

par dépêche au gouverneur qu'il eût à seconder les missionnaires et à favoriser cette oeuvre.

Il n'y avait pas encore à Pagani de maison ni d'église convenables pour recevoir les nouveaux missionnaires; l'évêque leur

accorda l'église de Saint-Dominique pour y exercer les fonctions du saint ministère; elle touchait l'emplacement où l'on devait

bâtir la nouvelle maison. Outre le peuple de Pagani, on y voyait chaque jour affluer les fidèles des environs. Les pères

travaillaient, dès la pointe du jour jusqu'à midi ; et, comme on venait de toutes parts profiter du bien qui s'y faisait, Alphonse et

ses missionnaires devinrent bientôt l'objet de l'estime et de la vénération générales. Lorsqu'on eut déterminé l'emplacement de la

nouvelle maison, on en jeta les fondements; et le vicaire général bénit la première pierre, le 22 juillet. La construction était à

peine commencée que les matériaux arrivèrent comme par miracle . une sainte ardeur animait le peuple; les hommes et les

femmes rivalisaient d'empressement; c'était à qui fournirait le premier tout ce dont on avait besoin; les dames s'unissaient au

peuple pour transporter les pierres; les gentilshommes travaillaient comme les simples particuliers, et faisaient même l'office de

manoeuvres pour hâter les travaux; la piété donnait de l'ardeur et du dévouement. On faisait continuellement de grosses

aumônes; l'un fournissait de l'argent, un autre des matériaux. Les dames se dépouillaient de leurs anneaux, et d'autres objets

d'or et. d'argent. Les sept communes, dans leur assemblée générale du 23 septembre , votèrent un subside de 100 ducats en

faveur d'une oeuvre si utile à l'humanité. L'évêque, ayant vu de ses propres yeux et apprécié le mérite des missionnaires, confia

à l'un d'eux la direction spirituelle de son séminaire, et le chargea de recevoir les confessions et de donner des instructions. Les

frères de la confrérie du Saint-Rosaire établie dans la cathédrale et composée de gentilshommes , voulurent aussi avoir un

missionnaire pour les guider dans la vie spirituelle et prêcher tous les dimanches. Les religieux étaient reçus partout avec

acclamations ; les curés les sollicitaient à l'envi; pour obtenir dans leur église , au moins un triduo ou un sermon à l'occasion des

solennités.

Cette fondation dans le diocèse de Nocera fut tellement applaudie, que le peuple ne laissa plus à Alphonse le temps de

reprendre haleine. Lorsqu'on sut à Angri tout le bien que les missionnaires avaient fait partout, on voulut aussi avoir la mission.

Alphonse s'y rendit au mois de novembre : on le reçut comme un apôtre, et l'on s'estimait heureux de pouvoir se procurer

quelque objet qui eût été à son usage. Alphonse habitait la maison de Laurent Rossi. La fille de ce dernier, nommée Thérèse,

avait obtenu d'un frère-lai une paire de chaussettes teintes du sang d'Alphonse ; elle les conservait très-dévotement; mais un

religieux l'en ayant reprise, disant que c'était mal de garder cette relique, puisqu'Alphonse était encore en vie; elle donna les

chaussettes à un pauvre hydropique. Quelques jours après, ce même pauvre vint la trouver à sa maison, entièrement guéri; et,

comme Thérèse s'étonnait d'un rétablissement si prompt, celui-ci lui dit tout joyeux : " Dès que vous m'eûtes donné ces

chaussettes, mes jambes se sont dégonflées et je me suis trouvé guéri. " L'ombre même d'Alphonse était bienfaisante et

salutaire. Il recueillit dans cette mission des fruits surprenants.

Il n'avait pas encore travaillé à Nocera dans le centre de la ville ; mais , aussitôt qu'on y eut appris les prodiges de

conversions qu'il faisait tous les jours dans la terre d'Angri, les gentilshommes le sollicitèrent instamment de prêcher dans l'église

de Saint-Mathieu. Pour inspirer au peuple la dévotion envers la très-sainte Vierge; il exhorta les fidèles de cette paroisse à

élever une statue à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs. On vit aussitôt les

femmes porter à l'église tout ce qu'elles avaient de plus précieux en or et en argent; les offrandes furent si nombreuses qu'il resta

une somme considérable qui fut employée au soulagement des pauvres. Alphonse était tout dévoué à Marie; aussi lui faisait-elle

opérer des conversions prodigieuses. La veille de son arrivée, un malheureux jeune homme avait eu la tentation de commettre

pendant la nuit une action criminelle ; mais, avant d'exécuter son mauvais dessein, il eut de la répugnance de pécher avec le

scapulaire dont il était revêtu, et il le déposa dans un creux de muraille. Tandis qu'il avance la main pour l'y placer, il se sent tiré

par le bras et prend la fuite, plein de frayeur. La sainte Vierge , voulant le récompenser de ce faible hommage dont il avait voulu

honorer son scapulaire, lui apparut en songe la nuit suivante et lui dit : " Misérable ! tu as du respect pour mon scapulaire, et tu

n'as pas horreur d'offenser mon fils! Demain, le père Alphonse vient donner la mission ; va le trouver, confesse-toi à lui et

change de vie." Le jeune homme n'avait jamais entendu le nom d'Alphonse, et ignorait qu'une mission dût avoir lieu. Le

lendemain matin, il alla trouver une espèce de devin pour se faire interpréter le songe ; mais celui-ci l'interrompant lui dit aussitôt

: " Ne savez-vous pas que le père Alphonse arrive aujourd'hui pour donner la mission ? " Lorsque le jeune homme entendit

prononcer les mots d'Alphonse et de mission, il resta stupéfait; il se hâta de se faire indiquer la demeure d'Alphonse et alla le

trouver. Il lui raconta le dessein qu'il avait eu de pécher et l'obstacle qui l'avait. arrêté. " Ainsi,donc , lui dit Alphonse les larmes

aux yeux, la bonne Mère vous a envoyé auprès de moi ?" Ensuite il l'écouta et le réconcilia avec Dieu.

Lorsqu'on eut ouvert la maison de Ciorani, elle se trouva trop petite pour le grand nombre de prêtres et de gentilshommes qui

s'y rendaient pour recevoir les saints exercices. Ces retraites faisaient un bien immense ; il n'y avait pas de lieu dans le diocèse

de Salerne et dans les environs où l'on ne distinguât par leur probité les personnes qui fréquentaient la maison de Ciorani, et qui

s'étaient mises sous la conduite d'Alphonse.

Pressé par l'ordre de l'archevêque, il résolut de faire construire un autre quartier. Le père Rossi, recteur de cette maison, n'était

pas du même avis; dépourvu de tout secours humain, il n'avait pas le courage de mettre la main à l'oeuvre. Alphonse insista une

première et une seconde fois ; mais, voyant qu'il ne commençait pas, il lui dit un jour avec fermeté : " Mon père, nous ne

devons pas bâtir comme font les séculiers, qui.commencent par amasser de l'argent, et qui ensuite se mettent à l'oeuvre. Nous

devons suivre une règle opposée : nous devons d'abord commencer à bâtir et ensuite attendre de la divine Providence ce dont

nous avons besoin. " Le père Rossi obéit, animé par la confiance d'Alphonse; et entreprit de bâtir avec un sequin pour tout

capital; encore ne l'avait-il reçu qu'à titre d'emprunt. Les espérances d'Alphonse ne furent pas déçues. Le père Rossi ne dut pas

se repentir d'avoir obéi. Car, indépendamment de ses propres libéralités, l'archevêque écrivit une circulaire pour exciter la

générosité des clercs et chapelains de.tout le diocèse. Ceux-ci ne furent pas les. seuls qui envoyèrent de grosses sommes;

chacun s'empressait de coopérer, en pensant au grand bien qui allait en résulter; les habitants de Ciorani, quoique pauvres, ne

cessaient pas d'aider aux bâtisses et d'y pourvoir selon Jeurs faibles moyens. Un jour, le père Rossi se trouvait dans la gêne ; le

ciel l'aida d'une manière toute particulière. Un jeune homme se présente à lui pour se faire. recevoir dans la congrégation en

qualité de frère servant; le père Rossi l'admet provisoirement. Le jeune homme,. en se retirant, comme pour aller préparer son

entrée dans ta maison , donne au père quelques pièces de monnaie ,enveloppées, dans du papier, en le priant. de faire célébrer

une messe. Lorsqu'il, fut parti, le père Rossi voulut tirés l’argent enterré dans le papier; ô surprise ! il y trouva cent ducats d'or.

Il envoya rechercher le jeune homme, mais on ne put le trouver. Le père Rossi apprit combien Dieu récompense celui -qui

espère en lui au mépris des prévisions humaines; et le bâtiment fut achevé selon les vues d'Alphonse.

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CHAPITRE X. Alphonse attire de plus en plus vers Dieu son père qui voudrait l'attirer vers le monde.

Pendant qu'Alphonse, toujours plus dégoùté du monde, faisait pénitence à Ciorani et travaillait pour la gloire de Jésus-Christ et

le salut des âmes, le monde mettait tout en oeuvre pour l'attirer à lui. Son père ne pouvait souffrir de le voir avec de pauvres

prêtres consumer sa vie parmi les pâtres et les bergers; et, comme il n'avait pu parvenir autrefois-à le voir briller dans la haute

magistrature de Naples, il cherchait maintenant à l'élever aux dignités ecclésiastiques. " Alphonse ne pouvait manquer d'obtenir

un des sièges les plus considérables du royaume, à cause de la noblesse de sa famille, par les talents qu'il possédait et par la

réputation de zèle et de sainteté dont il jouissait partout. " Son père usait de mille intrigues et ne cessait de lui écrire; mais

Alphonse lui répondit dans une lettre datée du 5 août 1742 : " Quant à l'épiscopat, mon cher père, ne m'en parlez plus, si vous

ne voulez me faire de la peine; car, si vous parveniez à réussir, je suis tout prêt à refuser, fût-ce même l'archevêché de Naples,

afin de me donner tout entier à cette grande oeuvre à laquelle Dieu m'appelle; autrement, je serais infidèle à la vocation que le

Seigneur m'a fait connaître d'une manière si évidente. C'est pourquoi , je vous prie de n'en plus parler ni à moi, ni à d'autres ;

nous avons dans notre institut une règle qui nous ordonne de renoncer à l'épiscopat et à toutes les dignités. Je ne cesse de vous

recommander à Jésus-Christ ; bénissez-moi toujours , pour que je serve fidèlement Dieu, à qui je dois tout. "

Si Joseph désirait beaucoup devoir son fils en dignité dans le monde , Alphonse désirait encore plus de voir son père élevé

dans le ciel. Chaque fois qu'il avait occasion de lui écrire, il lui recommandait la grande affaire de son salut. Une fois , entre

autres, il lui écrivait : "Je vous prie , mon cher père, de vous tenir de plus en plus uni à Dieu, de vous confesser plus souvent et

de tenir vos comptes prêts; quand Jésus-Christ vient, il n'est plus temps de se préparer. Pensez que vous êtes déjà avancé en

âge ! Qui sait quand vous devrez partir de ce monde ? Ce qu’il y a de certain, c'est que le jour doit arriver; que vous le veuillez

ou non. Je vous recommande chaque jour à la sainte messe , car j'ai beaucoup, beaucoup de crainte pour votre salut éternel.

J'espère que la Vierge Marie vous assistera; mais la Vierge Marie ne peut rien faire sans vous." Alphonse, comme on le voit,

s'alarinait sur le salut de son père , qui l'intéressait au dernier point.

Le capitaine vint visiter son fils à Ciorani; y fut-il porté par le désir de voir celui qui faisait tant d'honneur à sa famille, ou bien

voulait-il faire de nouvelles instances pour l'engager à accepter une position brillante? On ne sait.

A peine entré dans la maison, il fut pénétré d'un grand sentiment de dévotion; il admira la vie édifiante qu'on y menait; le silence

qui régnait partout et l'odeur de sainteté qu'on y respirait. Cela suffit pour lui donner une idée de l'éternité bienheureuse et pour

détacher son coeur de toutes les choses du monde; il porta une sainte envie au sort de son fils, et ne pensa plus à lui parler

d'évêché. Il le serra dans ses bras, le baisa, en remerciant le Seigneur de tant de bénédictions répandues sur sa maison. Il

prolongea son séjour à Ciorani; et, tous les jours, plus épris de la vie humble et paisible des pères, de la sainteté de son fils, de

la sagesse dont il faisait preuve dans la direction de la communauté , du zèle et de la réussite dans les travaux apostoliques, il

prit la résolution de rompre tout commerce avec le monde, de renoncer à tout le faste de sa position, pour vivre sous la

conduite d'Alphonse en qualité de frère servant. Il était bien résolu de faire un si grand sacrifice, et , les larmes aux yeux, il

sollicita le consentement de son fils. Mais celui-ci, intérieurement charmé de l'humilité de son père, en qui il reconnaissait les

atteintes visibles de la grâce, le dissuada en disant que la volonté de Dieu n'était pas qu'il abandonnât sa famille, mais qu'il y

demeurât pour l'édifier. Don Joseph, vaincu par la résistance d'Alphonse, retourna à Naples, où il coula des jours heureux. Les

prières d'Alphonse auprès de Dieu, pour un père si digne de son amour, ne pouvaient manquer d'être efficaces. Non content de

le voir devenu un chevalier pieux et exemplaire , il voulait que ce fût un saint, et il eut la satisfaction de voir ses souhaits exaucés.

Dès que Don Joseph fut de retour à Naples, il ne vécut plus de la vie militaire; il devint un fervent anachorète : à l'église,

l'oraison; chez lui, la lecture et la méditation des livres saints ; telle était son occupation continuelle. Il entretenait avec Alphonse

une correspondance suivie sur les questions de la vie éternelle; il lui demandait conseil sur tout ce qui intéressait le salut de son

âme, et Alphonse se plaisait à l'éclairer et à l'attacher toujours davantage à là pensée de l'éternité. Quelques années après, dans

la mission de Troie, Alphonse apprit sa mort. Il montait en chaire pour le grand sermon du soir; il se tint quelque temps en

prière; ensuite le recommanda publiquement aux prières de l'auditoire. Mais ce n'était pas assez pour satisfaire ses pieux regrets

: il célébra et fit célébrer par ses confrères un grand nombre de messes pour l'éternelle félicité de ce père bien-aimé.

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CHAPITRE XI. Nouvelles persécutions; constance héroïque d'Alphonse; triomphe complet de la congrégation.

Le ciel brillant qui avait éclairé la naissance et les progrès de la maison de Paganise couvrit bientôt de nuages; et de sérieuses

alarmes succédèrent aux belles espérances. Le démon devait redouter l'accroissement d'une oeuvre si contraire s ses desseins;

il devait l'attaquer au plus tôt; et l'envie fut l'arme dont il se servit. L'estimede l'évêque, l'applaudissement des gentilshommes, le

concours du peuple portèrent ombrage et excitèrent la jalousie. Aux curés se joignirent divers confesseurs séculiers et réguliers

qui se voyaient abandonnés de certains pénitents. L'envie s'empara des coeurs, au point de diminuer dans l'opinion publique, le

grand respect qu'on portait aux missionnaires. On les regarda comme moins utiles, on trouva même qu'ils étaient un fardeau

pour la population; il n'y eut bientôt plus de si petite maison, ni de boutique si chétive, où l'on ne se mêlât de relever les

conséquences funestes du nouvel établissement. La prernière mesure fut de se, pourvoir, auprès du souverain, contre Alphonse

et ses compagnons. Mais Dieu fit connaître combien il était indigné d'un pareil attentat. On va trouver un des plus célèbres

avocats, pour le charger de la rédaction d'un mémoire; il accepte la commission et se met en devoir d'écrire les griefs : il prend

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