Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (page 21)

Abbé Bernard · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (abbé Bernard, 1862) · 52 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

qui soulève la poussière et nous souille : si l'on ne fait pas souvent usage de la brosse , les vers ne manqueront pas de se loger

dans nos habits et de les ronger. Il faut travailler, mais il ne faut pas se livrer tellement aux autres qu'on s'oublie soi-même. "

Il décida que, dans le carême, tous les missionnaires se.réaniraient àla maison pour y renouveler les forces du corps et celles de

l'âme. On sortait pour aller en mission vers le milieu du mois d'octobre, et l'on travaillait, hormis le temps du carême, jusqu'au

mois de mai inclusivement; et, dans les pays où le climat est plus froid, on continuait pendant une partie du mois de juin.

Alphonse voulait qu'avant de commencer, chacun s'y fût préparé par dix jours d'exercices spirituels dans la retraite absolue et

le silence rigoureux. Il ne défendait pas de donner les missions dans les grandes villes ; car elles ont besoin de secours spirituels;

mais il voulait qu'on leur préférât les villages et les campagnes. Ces pauvres peuples faisaient verser des larmes à Alphonse, qui

les considérait comme délaissés dans leurs huttes au milieu de leurs champs.

" Le but de notre congrégation, écrivait-il en tête de la règle , est de secourir les peuples dispersés dans les campagnes et les

villages, parce qu'ils sont plus dépourvus de secours spirituels. "

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ARTICLE QUATRIèME. Prescriptions particulières de saint Alphonse pour la prédication.

La prédication, ce grand moyen de travailler au salut des âmes, devait nécessairement exciter sa pieuse sollicitude. " Un

prédicateur, disait-il, qui ne prêche pas Jésus crucifié , se prêche lui-même, viole son ministère , et ne fait aucun profit. " Il

exigeait un style simple et populaire , tel que toute personne pût le comprendre et en profiter. " La parole de Dieu, répétait-il,

ne consiste pas dans la hauteur des pensées, ni dans la sublimité de la diction , mais dans la simplicité et la clarté. Le

prédicateur doit se mettre au niveau du peuple; parce que les gens du peuple, et non les personnes instruites , forment le plus

grand nombre des auditeurs dans les missions. " Il comparait à des ballons remplis d'air ceux qui, enflés de leurs personnes,

font de beaux discours qu'ils ne comprennent pas eux-mêmes; il les appelait les traîtres de la parole de Dieu et les ennemis du

Sauveur crucifié. " Lorsque le démon , disait-il, ne peut empêcher la prédication de l'Evangile ; il se sert de pareils prédicateurs,

pour en paralyser les effets. Les malheureux! ils ne seront pas conn damnés pour avoir enfoui les talents qui leur étaient confiés ,

mais parce qu'ils n'en auront tiré aucun profit. "

Il exigeait dans les prédications, non des paroles, mais des raisons, et des raisons claires et solides ; il ne voulait pas de

comparaisons trop étudiées et recherchées, mais communes, à la portée du peuple , sans descriptions de pur ornement. Il

aimait à se servir des paraboles de l'évangile : " Jésus-Christ; disait-il, savait plus de rhétorique que nous, et il n'a pas choisi,

pour se faire comprendre de la foule, d'autre style que celui des paraboles et des comparaisons ordinaires; c'est aussi à la foule

que nous sommes appelés à prêcher : si le peuple ne comprend pas, sa volonté ne s'émeut point et nous perdons nos peines.

Le but que doit se.proposer le prédicateur est de persuader et d'émouvoir. Si le peuple n'est pas convaincu, il ne fera pas de

bons propos et il ne quittera jamais le péché. "

Alphonse voulait des phrases courtes et faciles à comprendre. Il haïssait, dans quelques prédicateurs modernes, ces

périodesprolongées, et si embarrassées que, pour en saisir le sens, on doit les relire plusieurs fois. Il avait encore plus en

horreur cet enchaînement de périodes qui se succèdent sans interruption et ne laissent pas le temps de respirer. Il voulait qu'on

laissât entre elles un certain espace et surtout qu'on ne passât pas trop rapidement d'une preuve à l'autre. " Il faut, disait-il,

donner à l'auditoire le temps de saisir, de pénétrer, et, pour ainsi dire, de ruminer à son aise ce qu'il entend. Les eaux qui se

précipitent avec impétuosité re pénètrent pas la terre comme la pluie qui tombe doucement. Le peuple retire plus de fruit d'un

sermon fait posément que de cent autres faits avec précipitation, et dont le prédicateur seul peut suivre le sens. "

Il haïssait, comme autant de blasphèmes, les expressions poétiques et abstraites. " Ce qui convient à Boccace ne convient pas

au prédicateur de l'évangile ; et beaucoup, oui, beaucoup qui étudient le Dante et Boccace iront l'expier dans le purgatoire. "

Sans doute, Alphonse n'approuvait pas les locutions triviales et peu nobles, mais il exigeait qu'on se servit des mots italiens les

plus usités et les plus reçus.

Voici comment il s'exprima un jour dans une conférence où il traitait la question des sermons : " Je maudis tous les sujets qui

prêchent de manière à n'être pas compris de la plus grande partie du peuple. Vous devez prêcher avec tant de simplicité et de

clarté, que le fidèle arrivé au milieu du sermon puisse le comprendre aussitôt, et s'en faire l'application. " Les jeunes

prédicateurs surtout étaient soumis à une surveillance sévère. Un samedi qu'il était arrivé de Naples à Nocera dans l'après-midi,

il devait faire le sermon sur la sainte Vierge ; car il s'était engagé par un voeu à n'y jamais manquer ce jour de la semaine; aucun

Père n'avait été désigné pour porter la parole. Mais la fièvre le surprit; on nomma pour le remplacer le père Alexandre de Meo.

Le jeune missionnaire n'avait pu se préparer; il s'étendit, pour faire l'éloge de la Vierge, en des discours savants et nullement à la

portée du peuple ; il parla même des temps qui précédèrent la naissance de la divine mère, et fit intervenir les Sibylles et les

Argonautes. On avait cru qu'Alphonse n'assisterait pas au sermon ; mais, bravant la fièvre , il s'était transporté au choeur. Dès

qu'il entendit parler des Sibylles et des Argonautes, et dans un style élevé, il n'eut plus de repos : " Comment! dit-il, voilà

comme on prêche ici! " Inquiet, il se lève et va s'asseoir; mais à mesure que le père Alexandre prolongeait le sermon ,

Alphonse sentait augmenter ses angoisses. Dans son impatience, il retourne s'agenouiller en se disant : " Je vais bientôt le faire

descendre. " Enfin, ne pouvant le souffrir plus longtemps : " Allez , dit-il au frère Corvino , et dites-lui de descendre à l'instant;

" et presque aussitôt, coupant la parole au père Alexandre, il fait entonner le Tantum ergo, à la grande surprise de tout le

peuple et de tous ceux qui se trouvaient au chœur. La correction ne se borna pas là; le pauvre père tout confus, rencontrant

Alphonse sur l'escalier, se met humblement à genoux et lui demande pardon. Après l'avoir repris de cette inconvenance,

Alphonse, peu satisfait de son humiliation, le condamne à un silence de troisjours,pendant lesquels il lui défend de dire la messe.

Alphonse tenait cette grande sévérité du glorieux saint Philippe de Nèri, qui fit descendre de chaire plusieurs des siens, qui

s'étendaient aussi en des matières éloignées de leur sujet. Après cette réprimande, le père Alexandre changea de manière, et

devint dans la suite un modèle parmi les hommes vraiment apostoliques.

Alphonse détestait les improvisations, ou plutôt la prétention de monter en chaire sans avoir médité le sujet du sermon. A son

avis, ces aventureux sont proprement des jongleurs. " Dieu, disait-il, n'est pas obligé de faire des miracles; il confond la témérité

du prédicateur dont le sermon est négligé et sans ordre, " en permettant qu'il ne fasse aucun fruit. Ces improvisations avilissent

la parole de Dieu; loin que le peuple s'attache à fréquenter l'église, il s'en éloigne lorsqu'il n'y entend que des sermons mal faits.

" Avec cette manière simple de prêcher, Alphonse n'excluait pas la beauté de l'art oratoire. Il ne faut pas moins de rhétorique

pour les sermons simples et populaires que pour ceux d'un style et d'une éloquence recherchés; voici la différence : dans ces

derniers, l'éloquence se découvre et s'étale avec pompe; dans les autres, elle se cache et ne fait point parade. L'éloquence

pompeuse ne porte pas le peuple à rentrer en luimême , à changer de vie; la contrition et les bons propos sont les fruits de

l'éloquence populaire. Du reste, tout bon juge doit avouer que les sermons populaires et simples exigent plus d'art. " Moins on

sait de rhétorique , disait Alphonse, moins on sait s'approprier le style simple et apostolique. Les Pères grecs et latins savaient

s'adapter à tous les esprits, et les manier selon les circonstances , parce qu'ils étaient maîtres dans cet art; celui qui l'ignore ne

fera qu'un sermon insipide et sans charme; au lieu d'être instruit et touché, le peuple s'ennuiera et méprisera le prédicateur. "

Tous devaient faire une étude expresse

de l’éloquence sacrée, et la posséder parfaitement.

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ARTICLE CINQUIèME. Prescriptions particulières aux missionnaires, pour les confessions.

Alphonse recommandait aux confesseurs, comme la chose essentielle, la plus grande charité et la plus grande douceur. "

L'esprit de dureté et d'aigreur, disait-il, distingue particulièrement les rigoristes ou jansénistes; ils font plus de mal que de bien, et

ce ne fut certainement pas l'esprit de Jésus-Christ, ni de tant d'hommes apostoliques honorés sur les autels. Il faut montrer de

l'aversion pour le péché ; mais de la douceur et une grande charité pour le pécheur. Une parole énergique est quelquefois

nécessaire pour faire comprendre la gravité du péché; mais cette parole énergique ne doit pas être rebutante; avant que le

pécheur se retire, n'oubliez pas de le calmer par des mots affectueux, en sorte qu'il puisse être en même temps rempli d'horreur

pour le péché et de confiance dans le confesseur, pour lui découvrir toutes ses plaies. " Dans une autre circonstance il dit

encore : " Si, en mission, vous vous sentiez dominé par quelque mauvaise humeur, vous feriez commettre plus de sacrilèges que

vous ne soulageriez de pénitents; dites au supérieur que vous êtes indisposé, et retirez-vous à la maison; vous ne mentirez pas ,

parce que l'hypocondrie est la plus triste maladie. " Il voulait , au confessionnal, un maintien sérieux et composé, toujours joint à

l'affabilité chrétienne; et, avec les femmes , il recommandait la plus grande réserve.

Il regardait comme un scandale , qu'on fit au confessionnal la moindre préférence; car il jugeait tout lemonde égal devant Dieu.

" De la charité, disait-il ; mais pas de partialité! Les dames de qualité se font faire place elles-mêmes , mais ce n'est pas au

confesseur à prendre ce soin; nous sommes également au service de tous, et nous devons être prêts à accueillir tout le monde

avec amour. " Il permettait encore moins que l'on sortit du confessionnal pour aller entendre les pénitents ailleurs.

S'il exigeait de tous les Pères tue contenance grave en confessant les personnes du sexe, il l'exigeait surtout des jeunes

confesseurs. Lorsqu'il s'apercevait qu'un Père était trop recherché , il le changeait aussitôt de résidence. Il avait pour maxime

que , dans les jeunes gens, ce qui s'annonce sous les apparences de zèle et de charité devient, avec le temps, passion et

désordre. Il s'était donné beaucoup de peine pour maintenir dans la congrégation un jeune novice qui n'avait point de

patrimoine, et qu'il aimait pour ses grands talents. Quand ce jeune homme fut autorisé pour le confessionnal , grand nombre de

jeunes pénitentes s'adressèrent à lui, comme si elles y eussent été engagées par ses manières gracieuses. Cela déplut à

Alphonse, qui, redoutant de funestes suites, voulut envoyer le jeune confesseur dans une autre maison. Il résista; mais le

supérieur eut bientôt pris son parti : " Vous obéirez , ou vous partirez , " dit-il au jeune présomptueux; et l'ingrat, ayant oublié la

soumission qu'il devait à son père spirituel , fut chassé de la congrégation sans miséricorde.

Alphonse exigeait encore une grande circonspection pour la confession des enfants. Il ordonna de les confesser toujours à

l'église ou dans un lieu public. Il défendit de se permettre envers eux la moindre caresse, disant que ces petits anges peuvent

devenir des démons, si on leur en donne l'occasion. Il recommandait la prudence en ce qui concerne le sixième commandement

, surtout avec les jeunes filles, et défendait de leur faire des questions multipliées ou recherchées, dans la crainte d'enseigner aux

enfants ce qu'ils ignorent. " Car, disait-il, la connaissance du mal le leur fera commettre; il vaut mieux laisser ces jeunes âmes

dans l'ignorance ou dans, le doute que les instruire trop bien. Il suffit de leur faire concevoir en général de l'estime pour la

chasteté et de l'horreur pour le vice opposé. "

Il recommandait aussi la prudence et la circonspection , avec les pécheurs d'habitude ou par récidive. " Il faut, disait-il , se

défier de leurs gémissements et de leurs larmes ; car ils pleurent, non par haine du péché , mais pour obtenir l'absolution, après

quoi ils recommencent de plus belle. " Il voulait cependant que l'on fût attentif à ne pas les épouvanter ni les congédier de

mauvaise grâce. " Je me donne plus de peine, dit-il un jour, pour renvoyer un tel pécheur sans absolution que pour en absoudre

dix autres bien repentants. S'ils s'effraient et se croient indignes de miséricorde, ils ne se corrigeront pas; mais s'abîmeront dans

le vice en désespérés. " Il conseillait d'accueillir charitablement ces pauvres égarés , de les traiter avec commisération , de leur

faire connaître leur malheureux état, de les exciter à la confiance, et de leur faire voir qu'on peut surmonter une mauvaise

habitude avec le secours de la grâce et de la sainte Vierge. " Si on ne les traite pas de la sorte, répétait-il; si on ne leur expose

le danger de leur état, ils auront beaucoup de peine à se voir congédier sans absolution, et ne se résoudront pas à changer de

vie. "

Il détestait la coutume de ceux qui, entendant accuser un péché mortel, froncent le sourcil, et découragent le pénitent au lieu de

clierclier à gagner son affection. Il n'approuvait pas qu'on se mît tout d'abord à montrer de la sévérité; mais il voulait que, par

des paroles affables et douces, on encourageât le pénitent à se décharger de tous ses péchés, et qu'après la confession, on lui

représentât son état; mais toujours avec douceur, afin de lui faire accepter avec, plaisir la pénitence méritée.

Il désapprouvait aussi les pénitences de longue durée. " Ces pénitences s'omettront facilement; et, en les omettant, les pénitents

retomberont dans le péché. Il les voulait courtes et salutaires visiter le Saint-Sacrement ou l'image de la sainte Vierge; entendre

la messe; lire ou méditer les vérités éternelles, surtout la passion de Jésus-Christ ; réciter le Rosaire , ou faire d'autres dévotions

semblables. Il conseillait aussi d'imposer quelque mortification , mais avec discrétion. Il recommandait surtout de faire revenir le

pénitent au confessionnal, après un certain nombre de jours : le pécheur reçoit ainsi de nouvelles grâces , écoute avec plaisir le

confesseur et s'éloigne enfin du péché.

Le confesseur doit éviter l'indulgence trop molle et la rigidité excessive : ces deux extrêmes sont également funestes. Alphonse

voulait qu'on les évitât comme deux péchés capitaux. Quand un confesseur péchait par trop d'indulgence, il en perdait le

sommeil et la tranquillité; il n'était pas moins tourmenté au sujet de ceux qui péchaient par un rigorisme contraire aux maximes

de l'Evangile. " Le relâchement et le rigorisme, disait-il, sont pour beaucoup d'âmes la cause d'une chute entière. "

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ARTICLE SIXIèME. Prescriptions générales sur les vertus religieuses.

Il voulait que ses missionnaires fussent apôtres en mission et chartreux au couvent. " Lorsque vous êtes dehors, disait-il , vous

devez sanctifier les autres, et à la maison vous devez vous sanctifier vous-mêmes. " Il leur, assigna pour but principal l'imitation

de Jésus-Christ ; chef des missionnaires. Il leur prescrivait de s'exercer à pratiquer chaque mois une des vertus que le Sauveur

avait eues le plus en affection. Deux fois par jour, chacun devait s'examiner sur l'exercice de cette vertu. " L'examen de

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