Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (page 22)

Abbé Bernard · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (abbé Bernard, 1862) · 52 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

conscience , disait-il, découvre toutes les souillures de notre âme. Souvent une chambre paraît propre, mais il n'en est rien; c'est

en la balayant qu’on en voit les ordures; ces retours sur nous-mêmes nous humilient, nous confondent, et nous inspirent de bons

propos. Si nous voulons avancer, il faut nous appliquer avec un soin tout particulier à rechercher les souillures de notre âme. "

Désirant faire de grands saints de tous ses enfants, il leur prescrivait sans cesse l'humilité comme le fondement de la perfection.

" L'humilité, disait-il , est nécessaire en mission , l'humilité est nécessaire à la maison : mes frères, de l'humilité en tout temps et

en tout lieu, si nous voulons plaire à Dieu. Notre but, dans la congrégation, est de nous rendre semblables à Jésus-Christ, mais

à Jésus-Christ humilié et méprisé. C'est à cela que tendent toutes les règles , et c'est la fin principale de notre institut. " Celui qui

ne se propose pas ce but, n'avancera jamais, ira toujours en arrière. S'il y a de l'humilité, il y aura de la sainteté; mais sans

l'humilité, tout manque ; faute de cette vertu , Lucifer est le prince des démons; c'est l'humilité qui distingue le catholique du

protestant. "

Tous devaient se porter une estime mutuelle; chacun devait se croire inférieur à son frère en talents et en mérites. Le nom seul

d'amour-propre lui faisait horreur : pour lui ce mot était un blasphème. " Ce maudit amour-propre, disait-il, ne cesse de perdre

tous les jours une foule de laïques, de prêtres et de religieux ; il en envoie un grand nombre dans le purgatoire et plusieurs en

enfer. Si un sujet, dit-il un jour dans une conférence, me faisait une de ces propositions qui sentent l'amour-propre , je croirais

voir un damné. Si ce maudit esprit s'introduisait dans la congrégation, mieux vaudrait qu'elle fût détruite, et je prie Dieu qu'il la

détruise si jamais nous voulons y tolérer de pareils sentiments. "

Par vénération pour la sainte humilité, il statua qu,'il n'y aurait parmi les siens aucune distinction de rang , pour les charges, les

qualités et les services onéreux. Tous, sans excepter le recteur, devaient balayer la chambre, faire le, lit, se servir eux-mêmes

dans toutes les exigences de la vie. Il voulut aussi que les Pères fussent tour à tour, pendant une semaine , chargés de laver la

vaisselle, de servir la table, mettant ainsi leur gloire dans les exercices les plus bas, pour acquérir la sainte humilité. Chaque

semaine aussi, le recteur servait lui-même un jour à table ; le Père ministre y servait une fois pareillement, et lavait un autre jour

la vaisselle. L'humilité, d'aprés Alphonse, devait être pour tous la vertu dominante.

Il avait ordonné qu'il y eût trois fois par jour une demi-heure d'oraison mentale : le matin et le soir, on la faisait au chœur en

commun; et , après vêpres , en particulier dans la chambre. Il voulut également qu'on fit précéder l'oraison du soir d'une

demiheure de lecture spirituelle, comme préparation à la prochaine méditation. " L'oraison , disait-il, est l'aliment et la force de

l'âme; par l'oraison, l'âme vit d'une vie spirituelle et parfaite. " la recommandait sans cesse et voulait en voir les fruits. " Vous

tous, mes frères , dit-il un jour à la communauté , vous êtes des hommes d'oraison , vous priez trois fois par jour; voyons si

vous menez une vie parfaite. Les frères mèneront une vie parfaite, s'ils s'appliquent à bien remplir leur office, de cuisinier, de

portier ou autre; les étudiants, s'ils se conduisent avec humilité envers leurs professeurs, s'ils étudient avec application, dans

l'intention de se rendre utiles au prochain. Les Pères vivront d'une vie spirituelle et parfaite, s'ils travaillent avec zèle à la gloire

de Dieu et au bien des âmes , et si, par leur conduite, ils font preuve de modestie, d'humilité, d'obéissance et de recueillement.

Si nous sommes imparfaits , je parle de moi tout le premier, c'est parce que nous ne faisons pas bien l'oraison. "

Il prescrivit à tous un jour de retraite chaque mois , dans un silence rigoureux, et dix jours d'exercices spirituels chaque année. "

C'est une grande chose, dit-il un jour, que l'exercice de la prière et de l'examen dans ces retraites, lorsqu'on le fait en esprit

d'humilité et avec le désir de profiter. La prière jointe à l'humilité est le moyen d'avancer, et sans leur concours nous ne

deviendrons jamais saints. "

Pour alimenter dans la congrégation l'esprit de recueillement intérieur et l'amour de la solitude, il ordonna qu'après la récréation

qui suit le dîner, il y aurait trois heures de silence, qu'il appelait le petit silence, parce qu'il est permis pendant ce temps de dire à

voix basse quelques paroles nécessaires. Le soir, après l'Angelus, il voulut, l'heure de là récréation exceptée, un silence

rigoureux jusqu'après l'oraison du lendemain matin, et défendit, pendant cet intervalle, de dire un seul mot sans la permission du

supérieur. Il ne pouvait souffrir de voir quelqu'un dans l'oisiveté ou errant par la maison. Il avait pour maxime: " La fuite de la

cellule et de l'application, bannit le recueillement et l'esprit d'oraison." Il disait souvent qu'une âme dissipée est comme une

place ouverte et non gardée; elle est accessible à toute tentation; à la fin de la journée, elle se trouve couverte de mille

souillures, sans savoir quand ni comment elle les a contractées.

Il voulut que chacun fit tous les jours en particulier une visite au Saint-Sacrement; car celui qui a soif de la justice et qui ne se

désaltère pas à cette source, sera toujours altéré. Il veillait à ce que la sainte messe fût dite avec gravité et recueillement, et

qu'on n'y employât pas moins d'une demi-heure; après quoi, on devait passer une autre demi-heure en actions de grâces. Rien

ne le faisait tant souffrir que de voir célébrer avec précipitation ; il voulait cependant que la messe ne fût pas longue à ennuyer le

peuple. " J'ai appris, dit-il un jour à un jeune prêtre, que vous êtes éternel à l'autel; cela n'est pas bien; dorénavant, je ne veux

pas que vous passiez la demi-heure; si vous allez au-delà, par pénitence, vous,vous priverez de fruits à table. "

Il enjoignit également à tous d'être d'une manière spéciale serviteurs de la très-sainte Vierge, de visiter chaque jour son image,

et d'y réciter le tiers du Rosaire.

Désirant faire régner dans la congrégation la mortification chrétienne, et surtout la mortification intérieure, il la recommandait

d'une manière toute particulière ; et, par sort exemple, il en enseignait la pratique. " Les sujets de cet institut, est-il dit dans la

règle, s'appliqueront principalement à mortifier leur intérieur, à vaincre leurs passions et à contrarier leur propre volonté. " Pour

l'exercice de la mortification extérieure, il établit qu'on se donnerait la discipline en commun tous les mercredis ef les vendredis;

il aurait voulu y ajouter les lundis et les samedis, comme on Pavait observé longtemps, mais le cardinal Spinelli s'y opposa, ainsi

qu'au jeûne du vendredi alors en usage. Alphonse prescrivit également de jeûner pendant l'Avent, dans la neuvaine du

Saint-Esprit, ainsi que les veilles des sept fêtes de là sainte Vierge. Pour prévenir tout excès dans cette vertu, et par égard pour

la santé des sujets, il défendit lés mortifications arbitraires, sans la permission du directeur et du recteur. Il voulut. aussi que

chaque semaine il y eût un jour de récréation générale, afin que tous reprissent ensuite àvec plus d'ardeur leurs occupations

spirituelles et leurs études.

Pour entretenir parmi les siens le détachement des parents, il leur interdit de retourner chez eux, sinon à la mort d'un père ou

d'une mère; il tenait beaucoup à l'observance de cette règle. A plus forte raison il ne pouvait souffrir qu'ils montrassent de

l'inquiétude pour les affaires de leur famille. " Laissons, disait-il souvent dans les conférences , laissons les morts ensevelir les

morts. S'ils sont dans l'opulence, ils nous détournent de la sainte pauvreté et peut-être de la vocation ; s'ils sont dans le besoin,

ils nous oppressent le coeur et nous nuisent encore plus, quand nous nous persuadons que nous pourrions les soulager. " II

regardait ce détachement comme le caractère distinctif d'un membre de la congrégation.

Il avait une extrême sollicitude pour tout malade, même pour le dernier des frères servants; mais il ne permettait pas que, pour

recouvrer la santé, et retourner chez soi. " La maison de nos parents, disait: il, n'est pas un pays qui; distille des baumes

salutaires à la santé. Dieu nous a donné autant de climats différents que nous avons de maisons dans la congrégation; si telle

maison n'est pas favorable, telle autre le sera. D'ailleurs, celui qui entre en religion, n'y entre pas pour se choyer; mais pour

souffrir et pour mourir en saint. " D'autres fois il disait: " Notre maison , c'est la congrégation; conduisons-nous comme des

enfants, et cette mère ne nous refusera rien de ce dont nous aurons besoin. " Demander d'aller dans la maison de ses parents

était pour lui comme prendre congé de la congrégation. " Celui qui ne se contente pas à la maison de ce que Dieu lui donne, ne

cherche pas Dieu , il se cherche lui-même ; il ne jouira jamais de la paix ; aucun de ceux-là ne pourra persévérer dans la

congrégation. " Il recommandait toutefois aux recteurs d'user de toute la charité envers les malades; il lui arriva même de dire

qu'au besoin on vendit les calices pour soulager les frères souffrants.

En même temps qu'il conseillait. à chacun de se faire tout à tous, afin de gagner tout le monde à Jésus-Christ, il défendait aussi

de s'ingérer. dans des affaires étrangères, comme de se mêler de mariage, de contrats ou de testament.

Pour mettre une barrière à l'ambition , il obligea les sujets à ne pas aspirer aux dignités, hors de la congrégation; celui à qui on

en ferait l'offre, est tenu de refuser, à moins d'un ordre formel du Pape ou du recteur-majeur. Afin de ne pas distraire les Pères

de l'exercice des missions, il établit encore qu'ils n'accepteraient aucun emploi hors de la congrégation. Il établit que chaque

mois les sujets s'ouvriraient sincèrement au recteur, ce qu'il appelait faire le compte de conscience. Il consistait, pour le sujet, à

exposer tous ses besoins avec une confiance filiale; et le supérieur devait y pourvoir avec un amour tout paternel. Il voulait que

cela se pratiquât surtout quand le sujet était tenté ou prévenu de quelque manière contre son supérieur. " C'est, disait-il, le

meilleur moyen pour maintenir l'harmonie et la confiance entre le recteur et le sujet. " Les étudiants devaient rendre ce compte à

leur préfet tous les quinze jours ; et les novices, toutes les semaines, au père-maître, parce qu'ils sont moins exercés et plus

sujets aux tentations.

.

ARTICLE SEPTIèME. Prescriptions particulières de saint Alphonse pour la pauvreté et l'obéisssance.

La pauvreté et l'obéissance furent les deux bases sur lesquelles Alphonse établit l'édifice de sa congrégation. Les règles sur la

pauvreté et l'obéissance, ébauchées à Scala et perfectionnées à Ciorani, furent toutes confirmées par le Saint-Siège.

Les membres de la congrégation conservaient la propriété dé leur patrimoine, mais n'avaient pas le pouvoir d'en garder les

revenus, ni d'en disposer à leur gré; chacun devait les abandonner à la maison dont il faisait partie , et le supérieur employait çes

revenus comme il l'entendait, pour subvenir aux besoins de la congrégation. Si une somme d'argent était adressée à quelque

membre de la congrégation, à titre d'aumône, de don, ou pour reconnaître des serviçes rendus, il devait aussitôt la déposer

entre les mains du supérieur, qui était le maître d'en fixer l'emploi.

Persuadé de l'excellence de la pauvreté, Alphonse voulait que tous les recteurs veillassent avec une scrupuleuse exactitude à la

conserver; et, afin que le relâchement sur ce point ne pût jamais s'introduire dans la congrégation, il établit que la faute contre

cette règle pourrait être un cas d'exclusion. Si le recteur-majeur lui-même était convaincu d'avoir permis par faiblesse une

innovation vontraire à la pauvreté, il pourrait être déposé de sa charge, et

pour toujours privé de voix délibérative dans les chapitres généraux et particuliers.

Tout ce qui servait aux sujets devait être conforme à la pauvreté. Il défendit l'usage de la soie et de tout ce qui sent la vanité ou

l'élégance, de tout objet d'or ou d'argent, excepté à l'église. Les soutanes et les manteaux étaient de simple serge ou de drap

ordinaire; les bas étaient gros et communs, et les souliers tout unis et sans ornement. Lés chambres étaient pauvres, on n'y

voyait ni armoire, ni commode, mais une table avec un tiroir non fermé, trois chaises au plus, une lampe de terre cuite, quatre

images simples et deux ou trois livres. Le linge, de toile grosse et uniforme, était confié à la garde d'un seul frère pour toute la

maison. Les lits se composaient d'une seule paillasse, sans matelas; on avait cependant un oreiller de laine commune et des

draps. Il était défendu de posséder en propre aucun livre; on devait se contenter de la bibliothèque commune. Une aiguille, un

bout de fil même, ne pouvaient être conservés en propriété ; ces objets se trouvaient dans un lieu déterminé à la disposition de

tous.

Après avoir banni de la congrégation le mien et le tien, et délivré les sujets de l'embarras de posséder et de disposer, Alphonse

établit entre tous une vie parfaitement commune, exempte de toute préférence. Il aimait la pauvreté, mais il aimait encore plus la

vie commune ; ou, pour mieux dire, l'une et l'autre étaient deux perles, également précieuses à son cœur. "S'il n'y a pas de vie

parfaitement commune, disait-il, les soucis et l'envie ne man" queront pas de nous tourmenter! Que tel ou tel ait plus de

pouvoir, bientôt,il excitera la jalousie des autres ; et combien de maux ressentiront les religieux! Celui qui aura moins, voudra se

procurer plus, dût-il le faire par des voies illicites. "

Lorsqu'il voyait un supérieur négligent à procurer le nécessaire aux sujets, il s'animait d'un saint zèle, le réprimandait et ne lui

épargnait pas les châtiments.

Il voulait la pauvreté, mais non cette misère qui blesse la décence. Un jeune clerc portait des souliers qui ne valaientplus rien;

Alphonse jeta, sans rien dire, de tels regards sur les souliers et sur le recteur, que celui-ci comprit aussitôt, et donna une

chaussure décente.

Quand un père ou un frère devait passer dans une autre maison, il devait être pourvu du nécessaire. Alphonse faisait des

réprimandes très-sévères aux recteurs qu'il trouvait en faute sur ce point. " La charité, disait-il, maintient la vie commune; et la

vie commune soutient la pauvreté. Si la charité manque, tout est renversé. " Il était surtout mécontent lorsqu'il voyait un recteur

indulgent envers lui-même et sévère pour les autres. " Oh! s'écriait-il, combien nous verrons de supérieurs damnés, pour avoir

violé eux-mêmes la loi de pauvreté, et porté atteinte, dans les autres, à la charité de la vie commune! "

Pour prévenir tout relâchement, il statua que les recteurs, sans excepter le recteur-majeur, s'obligeraient par un serment

particulier à ne permettre à personne pour nul motif, de garder par devers soi de l'argent, ou d'en disposer. Il ordonna aussi que

l'argent donné par la maison pour subvenir aux nécessités d'un voyage ne pourrait être employé à aucun autre usage. Il exigea

des recteurs le serment de ne permettre à personne de garder dans sa chambre, pour son propre usage, des douceurs, telles

que des sirops, du chocolat, du tabac ou autres choses semblables. Pour prévenir tout abus de la part des recteurs eux-mêmes,

il leur défendit de rien tenir dans leur chambre pour leur propre usage , ni argent, ni comestibles, ordonnant que chacun remît à

la commumuté tout ce qui lui serait adressé pour lui ou pour quelque autre. Ce serment devait être fait par chaque recteur, le

jour de son entrée en charge, en présence de la communauté et du chapitre si c'était le recteur majeur, comme il fit lui-même au

mois d'octobre 1755.

Il travailla avec un égal soin à affermir la sainte vertu d'obéissance. Il décida que les sujets n'auraient aucune volonté propre;

mais qu'il la remettrait tout entière entre les mains de leurs supérieurs. Je veux ou je ne veux pas étaient des expressions qui lui

Tous les livres