Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (page 27)

Abbé Bernard · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (abbé Bernard, 1862) · 52 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

le fleuve, eut le bonheur de le retirer; et, par un vrai miracle, parvint à l'amener à bord. Quand on fut arrivé à Spolete , Mgr

Aqua, évêque de cette ville, informé du passage de son collègue, l'envoya chercher à l'hôtel avec son carrosse. Ce prélat ,

retenu au lit par la goutte, avait de grandes inquiétudes sur l'état de son diocèse. Il s'estima trop heureux de pouvoir faire en

personne la connaissance de celui qu'il admirait dans ses ouvrages. Il lui ouvrit son coeur, lui fit part de ses peines et lui dit,

entre autres choses, qu'ayant dans son diocèse quatre cents paroisses et quarante monastères de religieuses, il n'avait pas assez

de prêtres pour y suffire. Alphonse consola, par de sages réflexions, le pieux évêque, qui passa avec lui une grande partie de la

nuit et bénit Dieu d'avoir pu s'entretenir avec un homme d'une piété si éclairée.

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CHAPITRE V. Saint Alphonse aux pieds du souverain Pontife; sa consécration.

Alphonse revint à Rome dans la soirée du 8 mai 1762; le Pape arriva presque en même temps de Civita-Vecchia; aussitôt

Alphonse alla lui présenter ses hommages. Comme il s'était courbé pour lui baiser les pieds, le Pape s'empressa de le relever en

l'embrassant et le fit asseoir à ses côtés; mais Alphonse, aspirant uniquement à montrer son inaptitude et sa sainte horreur des

dignités, se jeta de nouveau à ses pieds et le supplia tout en larmes de l'exempter d'une charge à laquelle ses infirmités, son âge

et surtout son incapacité le rendaient inhabile. Le Pape fut touché, mais ne put changer de résolution : " L'obéissance, lui dit-il,

fait des miracles; confiez-vous en Dieu, et Dieu vous assistera. " Enfin , il le fit asseoir, l'interrogea sur l'état du royaume de

Naples, sous le rapport politique et sous le rapport spirituel, le retint pendant une heure et demie, prenant un extrême plaisir à

l'entretenir. Le Pape conçut la plus haute idée de ses vertus et de sa science, et ne cessait d'en parler avec admiration. Le bruit

courut qu'Alphonse allaitêtre nommé cardinal; on en parla même à Naples, et Mgr Borgia tenait cette nomination pour certaine.

Alphonse Lui-même, rapportant à son frère ce qui s'était passé entre lui et le souverain pontife , écrivit en des termes qui

semblaient confirmer ces bruits.

Dans une de ses visites au Saint-Père, l'entretien tomba sur la fréquente communion. Alphonse lui dit qu'il avait été contredit sur

ce sujet à Naples , par certains esprits plus rigides que dévot, et qui, exagérant les dispositions qu'exige le sacrement,

décourageaient les fidèles et les en éloignaient. " Que prétendent ces novateurs? reprit le Pape affligé de cette nouvelle. Je sais

par expérience combien est avantageuse aux âmes la fréquente communion! " Il désapprouva le silence d'Alphonse, et le

chargea de réfuter ses adversaires. Alphonse, pendant son séjour, composa, et publia un opuscule sur cette matière. Le Pape le

reçut avec beaucoup de satisfaction; Alphonse en fit présent à un grand nombre de cardinaux et de prélats, qui tous admirèrent

la supériorité de son talent.

Le jour de saint Basile, 14 juin 1762 , Alphonse reçut la consécration épiscopale, dans l'église de la Minerve. Ce fut pour notre

saint une journée accablante. Il avoua dans la suite à son confesseur qu'il avait soutenu deux grands combats dans sa vie : le

premier, lorsque, se séparant du monde , il avait lutté contre la tendresse d'un père qui le tenait étroitement serré dans ses bras;

le second, lorsqu'à Rome il fut obligé de recevoir le caractère épiscopal. " Car alors, dit-il, je me suis vu terrassé d'épouvante,

en pensant au fardeau dont je me chargeais et au compte que: j'en devais rendre à Dieu. "

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CHAPITRE VI. Dévouement empressé de saint Alphonse pour son diocèse; édifiante prise de possession.

Comme on était dans les fortes chaleurs de l'été , époque où le temps change fréquemment, les habitants de Sainte-Agathe

n'espéraient pas jouir si tôt de la consolante présence d'Alphonse. Tout autre eut différé le voyage; c'était le conseil que lui

donnaient les médecinsde Nocera et de Naples ; mais Alphonse, considérant que le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis,

partit sur le champ , pour s'unir à son église. Comme on l'en voulait dissuader. " Un évêque, répondit-il, ne doit pas songer aux

périls de sa vie; mais il doit se sacrifier pour les âmes qui lui sont confiées. " Il aurait pu , du moins, s'arrêter à Arienzo ; on le lui

conseillait beaucoup, à cause de l'habitation commode et de l'air plus salubre ; mais il voulut se rendre à Sainte-Agathe, comme

au lieu que Dieu avait déterminé pour sa résidence. Quand on fut arrivé au Pont-Royal, entre le diocèse de Caserte et celui de

SainteAgathe, le chanoine Germieri dit au saint prélat : " Voici votre diocèse, daignez lui donner votre bénédiction. " Alphonse

pleurait d'attendrissement à la vue du peuple nombreux qui se pressait dans l'attente de la bénédiction; tous les yeux admiraient

l'humilité et la candeur qui brillait sur sa figure ; toutes les bouches proclamaient que c'était un saint qui venait gouverner le

diocèse.

A son arrivée, je laisse à penser la réception que lui firent les habitants de la ville. Quand,il descendit de voiture dans la cour du

palais épiscopal, il reçut les félicitations et les hommages du clergé, et d'une multitude d'habitants distingués de la ville et du

diocèse. Après un moment. de repos , on le conduisit processionnellement à l'église. Lorsque le Saint-Sacrement fut exposé,

Alphonse, longtemps prosterné la face contre la terre, l'inonda de ses larmes. La cathédrale, toute spacieuse qu'elle était, fut

insuffisante; une bonne partie du peuple dut rester à la porte. Lorsqu'on eût chanté le Te Deum, l'évêque descendit de son

trône; et se plaçant au côté droit de l'autel, consola pendant une heure tous les assistants par un discours où son amour et son

zèle se dévoilèrent également. Tous versèrent des larmes d'allégresse, remerciant Dieu de leur avoir donné un ange pour

pasteur.

Il commença par adorer les dispositions de Dieu qui le voulait, malgré son indignité, évêque de Sainte-Agathe; il ne venait pas

au milieu d'eux pour se donner du plaisir ni pour mener une vie commode, mais pour les exciter tous par ses fatigues et ses

sueurs à travailler à leur salut; il n'était pas venu dans le diocèse pour commander, mais pour se faire tout à tous ; si, comme

pasteur, il allait foufnir à son troupeau un paturage salutaire, les brebis à leur tour devaient, pour échapper aux loups, mettre ses

paroles à profit et se montrer dociles. S'adressant ensuite au clergé, il le pria, mais presque en pleurant, de l'aider à porter

dignement son fardeau.

Tel fut à peu près le sens du discours de Mgr de Liguori, lorsqu'il ouvrit pour la première fois son coeur au peuple de

Sainte-Agathe. Avant de terminer, il annonça pour le dimanche suivant une mission générale qu'il allait lui-même prêcher dans la

cathédrale, ainsi que les exercices spirituels pour les clercs et pour les nobles. Après la bénédiction du Saint-Sacrement, il reçut

la promesse d'obéissance de tout le clergé, et se retira dans son palais.

Pendant le sermon il était arrivé un incident qui, plaisant d'abord , finit par être sérieux. Alphonse fut surpris d'un accès de toux

très-opiniâtre ; un des chanoines, se tournant vers les autres, dit en plaisantant : " Apprêtons-nous à élire un nouveau vicaire

capitulaire; si Monseigneur reçoit encore une nouvelle attaque, nous le perdrons infailliblement. " Alphonse, à qui on rapporta

ce propos, en lui nommant l'auteur, dit en plaisantant à son tour: "Il ne sait pas que certaines poires vertes tombent plus

facilement que les mûres. " Peu de temps après, ce prêtre, quoique dans la force de l'âge, fut enlevé par la mort, le premier de

tout le chapitre.

Telle fut l'entrée de notre saint dans la ville de Sainte-Agathe. Les vieillards, qui se rappelaient la pompe des autres évêques en

pareille circonstance , ne pouvaient s'empêcher d'admirer la pauvreté et l'humilité du nouvel évêque; ces vertus lui concilièrent

tout d'abord le respect et la vénération générale. Le peuple, sortant de l'église, répétait avec des sentiments de joie : " Nous

avons un saint évêque; nous avons un saint parmi nous. "

La mortification et l'humilité le suivaient partout. Il visita le palais; et se choisit la chambre la plus incommode et la plus pauvre. Il

assigna les meilleures à son grand vicaire, à son secrétaire et au père Ange Majone, qui devait lui tenir compagnie. Il ne se mit

au lit le premier soir qu'après s'être donné une longue et rude discipline , voulant ainsi détourner de son peuple la colère divine,

et implorer pour lui-même et pour son troupeau les miséricordes du Seigneur.

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CHAPITRE VII. Comment saint Alphonse règle sa vie et sa maison pendant son épiscopat.

Alphonse continua dans l'épiscopat sa vie pauvre et pénitente, et se fit un réglement de conduite journalière qu'il ne cessa

d'observer pendant les treize années qu'il sanctifia son église.

A peine levé, il se donnait chaque matin une sanglante discipline. Il faisait ensuite une demi-heure de méditation avec toutes les

personnes de sa maison; le grand vicaire seul avait la liberté de n'y point assister. Cet exercice ne pouvait jamais être omis. " La

méditation , disait le pieux évêque , est à l'âme ce que l'esprit est au corps; celui-là n'est pas un homme, mais une brute, qui à

son lever ne s'empresse pas de rendre hommage à son Créateur et ne demande pas à Dieu les moyens de bien passer la

journée. " Les heures canoniales suivaient la méditation; après une préparation convenable, Monseigneur célébrait la sainte

messe; il entendait ensuite, à. genoux , celle que son secrétaire ou un autre prêtre disait immédiatement après lui. Un jour cette

messe avait manqué; Alphonse, affligé, s'en plaignit à son secrétaire : " Don Félix, lui dit-il, le plus grand déplaisir que vous

puissiez me causer, c'est de me priver d'entendre une messe , après que j'ai dit la mienne. " Ayant ainsi rendu ses devoirs à

Dieu, il donnait audience, et s'occupait surtout de satisfaire les messagers qui lui arrivaient des divers endroits de son diocèse.

Pour épargner à tous l'ennui des antichambres, il avait enjoint à ses domestiques d'introduire toute espèce de personne; le riche

et l'indigent entraient sans distinction ; on observa même que plus la personne était pauvre et misérable, plus Alphonse l'écoutait

avec intérêt. Les curés et les vicaires, les confesseurs et les vicaires forains n'avaient pas besoin de se faire annoncer; il voulait

qu'en tout temps ils entrassent avec une entière confiance " Ce sont mes privilégiés, disait-il ; ils ne doivent souffrir aucune

sujétion. "

Lorsque personne ne lui demandait audience , il se mettait à composer ou à dicter. Dès qu'il s'agissait d'entendre quelqu'un, il

quittait à l'instant son étude, et ne la reprenait qu'après avoir contenté les visiteurs.

On le savait ennemi des visites inutiles; personne n'allait le trouver que pour des choses dignes d'intérêt. Si, après avoir été

satisfait, l'on ne se retirait pas ; " Allons, disait-il , ne perdons pas de temps, recommandez-moi à Jésus et à Marie. "

Les jours de fête et spécialement en temps de carême , après vêpres, il instruisait lui-même, à l'église, les petits enfants, et leur

enseignait le catéchisme ; il savait les attirer, en leur donnant des images et des chapelets. Mais ces enfants n'étaient pas seuls

aux instructions de l'évêque ; les personnes plus âgées s'y rendaient en foule, pour apprendre de la bouche même du premier

pasteur les devoirs d'un bou'chrétien.

Notre saint était trop ami des hommes pour négliger les couvres de charité; il s'imposa la visite des malades, et surtout des

malades pauvres et abandonnés, et dont la conscience était en désordre; c'était vers cinq heures du soir qu'il les allait visiter; il

n'avait garde d'oublier les ecclésiastiques malades; c'était pour lui un devoir indispensable de les consoler dans leurs infirmités.

A cinq heures et demie, il faisait sonner pour la visite au SaintSacrement, et lui-même adressait la parole au peuple pendant une

demi-heure , pour lui inspirer des sentiments de foi et d'amour envers Jésus-Christ dans le divin mystère. Cette pratique

produisit de très-grands fruits ; il y attachait une extrême importance. A sols retour de Rome et avant d'entrer dans son diocèse,

il avait écrit à l'archidiacre Rainone d'introduire dans la cathédrale la visite au Saint-Sacrement; et, depuis le second jour qu'il fut

à Sainte-Agathe , il ne manqua jamais de faire lui-même cet exercice dans sa cathédrale.

La première fois, le sacristain lui ayant préparé un prie-Dieu avec un coussin , Alphonse s'agenouilla sur le pavé prés de l'autel,

et continua toujours à faire de même. Pendant cet exercice, voulant bannir de la bouche et du coeur des femmes les chansons

profanes et malhonnêtes , il s'efforça d'introduire des cantiques pleins d'onction et de piété ; il en donnàit lui-même le ton et

répétait les strophes de concert avec le peuple. Le médecin l'ayant averti que ces chants lui fatiguaient la poitrine : " Il faut bien ,

lui répondit Alphonse, que je fasse aimer les cantiques au peuple, pour le dégoûter des chansons dangereuses. "

Rentré chez lui , il donnait audience et faisait sa distribution d'aumônes, ensuite il récitaitmatines et laudes; puis faisait avec le

frère-lai une demi-heure de méditation. Si c'était en hiver, il travaillait ensuite jusqu'à neuf et dix heures; mais en été, il réunissait

aussitôt toute sa maison, sans excepter le grand-vicaire, pour réciter en commun le rosaire, les litanies de la sainte Vierge et

quelques autres prières. Venait ensuite l'examen de conscience, suivi des actes des vertus théologales. Ceux qui se trouvaient

dans la maison devaient assister à ces prières; employé dans l'évéché ou domestique, étranger, prélat même, tous y étaient

soumis. Les princes et les grands seigneurs qui visitaient l'évêque de Sainte-Agathe, n'en étaient pas dispensés; et, s'ils avaient

témoigné de l'ennui, ils auraient affligé leur hôte, qui portait la même sévérité partout.

A la suite de cet exercice de la prière, venait- le souper, après lequel Alphonse s'entretenait quelques moments avec son grand

vicaire .et les autres membres de la maison; sur des sujets qui pouvaient intéresser le diocèse. Après cette conversation, tout le

monde se retirait; et Alphonse, demeuré seul, reprenait ses occupations scientifiques, ou se tenait en oraison. Son estomac n'en

souffrait pas; car il mangeait de manière à pouvoir immédiatement se remettre à la prière ou à l'étude. Souvent en été, lorsqu'il

était pressé par l'impression de quelque ouvrage, il continuait son travail jusqu'à minuit; il employait régulièrement chaque jour

seize heures au travail et à la prière.

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CHAPITRE VIII. Zèle et travaux de Mgr de Liguori pour la sanctification de son clergé et de son diocèse.

Le dimanche qui suivit son entrée à Sainte-Agathe, Alphonse donna les exercices spirituels à tout le clergé. Tous croyaient voir

en lui un apôtre : son style simple et animé était comme une rosée divine qui pénétrait les cœurs; tout l'auditoire, forcé de se

rendre à l'ardeur de son zèle, confessait hautement ses fautes et les détestait dans la confusion d'un repentir sincère.

Le soir de ce même dimanche, il ouvrit dans l'église la mission pour le peuple; il se réserva le grand sermon et chargea le père

Margotta du catéchisme. Afin d'animer le peuple à tous les exercices, Alphonse invitait quelques chanoines à parcourir la ville

avant le sermon, pour faire aux habitants les plus vives exhortations. L'idée qu'on avait conçue du nouvel évêque attira de tous

les villages voisins un tel concours de peuple que la cathédrale n'y pouvait suffire.

On répandait dans l'église des ruisseaux de larmes. La vie pauvre et mortifiée de l'évêque était comme un signal de

componction, et les coeurs les plus endurcis étaient attendris à la vue du saint vieillard qui se frappait d'une grosse corde ,

faisant publiquement pénitence pour les péchés de son peuple. De mémoire d'homme, Sainte-Agathe n'avait eu l'exemple d'un

aussi grand dévouement. La grâce triompha des pécheurs les plus obstinés. Pour donner toute liberté aux consciences et fermer

la voie aux sacrilèges, il était défendu aux prêtres de la ville d'entendre les confessions; on avait appelé. les meilleurs curés du

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