Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (page 32)

Abbé Bernard · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (abbé Bernard, 1862) · 52 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

La soeur d'Alphonse, Marianne de Liguori., religieuse dans le monastère de saint Jérôme, se montrait peu soumise à son

directeur ; Monseigneur lui prédit quelle mourrait folle, ce qui arriva bientôt en effet. La princesse Zurlo, élève au couvent de

SaintMarcellin, brillait du désir de se faire religieuse; on redisait à Monseigneur la ferveur de cette jeune demoiselle. " Il

répondit: Non, elle ne sera pas religieuse ; mais elle retournera dans le monde et y vivra saintement. " Ce qu'il avait dit arriva.

— A Sainte-Claire , Dona Beatrix Folgori lui recommanda une nièce, pour la faire admettre en qualité de novice dans le

monastère, quoiqu'elle en fut déjà sortie. " Laissez-la, répondit Alphonse, le monastère n'est pas fait pour elle. " En effet , elle

ne voulut plus se consacrer à Dieu.

Alphonse ne faisait acception de personne. Il tint dans les couvents des simples dames la même conduite que dans ceux des

dames nobles. Il aimait surtout à prêcher dans les lieux de pénitence. On était surtout édifié de le voir retourner dans les lieux

les plus humbles et les plus méprisés, avec plus de plaisir que dans le monastère des nobles.

Il n'oublia pas d'aller aussi consoler beaucoup de religieuses nfirmes, surtout ses anciennes pénitentes. Il montra, dans les visites

qu'il leur fit, combien il était délicat sur la sainte modestie. Pour prévenir tout baisement de main, il tenait la gauche sur sa

poitrine, et s'enveloppait l'autre d'un mouchoir. Prié de faire un signe de croix sur le front d'une malade, il la bénit à distance.

Chaque fois qu'il entrait dans quelque monastère, il voulait être accompagné d'un prêtre, pour se soutenir, comme il le disait;

c'était en réalité par précaution. Quoiqu'à cet âge et accablé d'infirmités , il était muni de cilices et de chaînettes de fer, et se

donnait de sanglantes disciplines.

Quoique Alphonse opérât tant de bien à Naples, il y gémissait de se voir loin de son diocèse ; il comptait les moments, et

soupirait pour y rentrer. " Si ce n'était, dit-il un jour, à cause des intérêts de la congrégation qu'on persécute et qui travaille avec

tant de succès à la gloire de Dieu et au bien des âmes, je croirais pécher mortellement en restant à Naples si longtemps. "

Ne pouvant oublier les grâces qu'il avait reçues de la très-sainte Vierge dans l'église de la Rédemption , il alla l'y visiter plusieurs

fois : " Ma reine, lui dit-il le dernier jour, à revoir dans le paradis; car à Naples nous ne nous reverrons plus ! "

Tel fut le séjour que Mgr de Liguori fit à Naples ; il était parti à regret de son diocèse ; et, malgré la riche moisson qu'il avait

recueillie à Naples, il quitta cette capitale avec l'intention de n'y , jamais revenir. " Dites à Don Hercule, écrivit-il de

Sainte-Agathe au frère Tartaglione, qu'il dispose librement du logement qu'il tient à mon service, parce que je n'y retournerai

plus. "

.

CHAPITRE XVI. Nouvelle maladie de saint Alphonse; nouvelles occasions de vertus héroïques.

Lorsque le Seigneur veut élever un de ses serviteurs à une grande sainteté, la conduite ordinaire de sa providence est de

l'abimer, pour ainsi dire , dans une mer de douleurs. Alphonse , destiné à être une des brillantes colonnes de la Jérusalem

céleste, dut souffrir comme le divin Maître, et entrer par là dans sa gloire.

En 1768, la soixante-douzième de son âge et la septième de son épiscopat, le vingt-trois juin, Alphonse fut atteint d'une fièvre

légère ; mais le deuxième et le troisième jour, elle s'accrut et fit tant de progrès qu'on la prit pour une fièvre putride et

dangereuse. Lorsque les médecins vinrent le visiter : " De l'eau et de l'huile! " leur dit agréablement Monseigneur. Comme on lui

demandait ce qu'il entendait par là, il répondit que, si la fièvre était putride comme on le croyait, il fallait de l'eau glacée; et, par

précaution, de l'huile sainte pour la mort.

Trois jours après, la fièvre disparut; et, contre toute attente, il fut attaqué de douleurs aiguës au côté droit; il éprouvait dans l'os

de la hanche des douleurs continuelles, mais assez supportables. Comme il était sans fièvre et libre de la tête, il ne cessait de

donner audience et n'interrompait pas ses occupations scientifiques et spirituelles.

A l'approche de l'Assomption, malgré ses souffrances, il entreprit de donner la neuvaine dans l'église de l'Annonciade, et

parvint, à se traîner dans la chaire; mais la douleur ne tarda pas à le saisir d'une manière beaucoup plus cruelle et s'arrêta

opiniâtrement sur l'os de la hanche, et l'empêcha de continuer. Le prêtre Manucci , missionnaire Napolitain qui l'accompagnait,

le remplaça le sixième jour. Depuis ce moment , son mal fit tant de progrès qu'il ne savait plus quelle position tenir, ni le jour, ni

la nuit. Malgré cela, comme si un autre eut souffert à sa place, il s'occupait de son diocèse; il dictait ses ouvrages, et continuait

avec sa maison les exercices accoutumés. " Voilà déjà six jours que je ne dis pas la messe, écrivait-il à Naples, le 18 août, au

prêtre Don Tramontana , son confident. Je suis avec des vésicatoires aux jambes; je veux rester comme cela durant toute ma

vie, si c'est le bon plaisir de Dieu. Priez le Seigneur qu'il me donne une soumission parfaite à sa volonté. " Le 27, il écrivit

encore : " Je continue de porter ma croix dans mon infirmité ; il y aura demain quinze jours que je suis au lit; lundi il y en aura

quinze que je n'aurai célébré, et je ne vois pas d'amélioration. Je suis comme si j'avais perdu l'estomac, mais je suis content

parce que Dieu le veut ainsi. "

Cependant la fièvre augmenta, les douleurs redoublèrent, au point que l'on craignit bientôt pour sa vie; il reçut les derniers

sacrements le 26 août 1768, et fit son testament. Il n'y aurait pas eu matière si son intendant n'avait perçu, à quelques jours de

là, 423 ducats, provenant des fermages de la mense. Il voulut que cette somme fût déposée entre les mains de l'archiprêtre

Romano , et fixa le nombre de messes qu'on célébrerait pour lui; il désigna les aumônes qu'il voulait faire aux pauvres, et

prescrivit que, deux heures après sa mort , le surplus fût distribué, à titre de reconnaissance, à tous ceux qui étaient à son

service; enfin , il demanda que son corps fût transporté dans la cathédrale de Sainte-Agathe.

Cependant la fièvre s'éteignit sensiblement, quoique les souffrances fussent toujours fort aiguës. Le rhumatisme faisait toujours

de nouveaux progrès; il avait d'abord son siège chias l'os de la hanche; bientôt il gagna la jambe et se répandit avec un surcroit

de douleurs dans les articulations. Le pieux :évêque endurait tout avec une patience inaltérable; jamais un gémissement ne sortit

de sa bouche; mais ce qui comblait l'admiration , il ne cessait de s'occuper de son diocèse.

Dans cet excès de souffrance , il faisait de vives aspirations à un grand crucifix placé devant lui; un de ceux qui l'assistaient ne

put s'empêcher d'en recueillir une grande partie : " Seigneur, je vous remercie de me donner quelque part aux souffrances que

vous endurâtes dans les nerfs, lorsque vous fûtes cloué sur la croix. — Je veux souffrir, mon Jésus, comme vous vou" drez, et

autant que vous voudrez; seulement donnez-moi la patience. — Mon Dieu, brûlez, coupez ici-bas; ne m'épargnez " point dans

çe monde ; mais épargnez-moi dans l'éternité. —Malheureux damnés, s'écriait-il quelquefois, comment pouvez-vous " souffrir

en enfer sans mérite? — Mon Jésus, mon espérance, unique remède à tous les maux! "

Déjà entre les bras de la mort, il s'écriait joyeux : " Oh! qu'il est beau de mourir attaché à la croix!— Un pauvre qui aime Dieu,

meurt plus content que tous les riches du monde. — Une heure de souffrance vaut plus que tous les trésors de la terre. " Dans

l'épuisement causé par une longue insomnie , il disait: " Je voudrais prendre un peu de sommeil, mais Dieu ne le veut pas et moi,

je ne le veux pas non plus. "

Les souffrances ne se bornèrent pas là. Le rhumatisme ayant pris son siège dans les vertèbres du cou, sa tête s'inclina si fort et

s'appuya tellement sur sa poitrine, que regardé par derrière, il paraissait un corps sans tête. " Il n'y aurait qu'un miracle, dit le

médecin Nicolas Ferrare, qui pût empêcher cette courbure de lui ôter tout-à-fait la respiration. "

Mais ce n'était encore qu'une partie de son martyre. Son menton s'était enfoncé au milieu de sa poitrine; comme la barbe était

forte et hérissée, elle y occasionna une plaie considérable : l'humeur qui ne tarda pas à en sortir causa bientôt les plus vives

alarmes ; on voulut relever sa tête pour l'examiner, mais lui faire violence de ce côté, t'eut été lui rompre le cou. On entreprit de

le placer sur un canapé, dans une position horizontale; ainsi on put examiner la plaie. Elle était profonde et dangereuse; peu s'en

fallait que les os de la poitrine ne fussent à découvert. Les médecins parvinrent cependant à empêcher la gangrène, et bientôt la

plaie fut complètement guérie. Au bout de quelques mois, il entra en convalescence; cependant l'humeur maligne s'étant fixée

sur les nerfs, son corps demeura toute sa vie contracté, et sa tête recourbée sur sa poitrine; il resta dans cet état pendant les

dixseptans qu'il vécut encore.

Pendant tout le cours de cette cruelle maladie, notre saint fit preuve d'une patience surhumaine. Il n'était pas triste; au contraire ,

il jouissait de souffrir; car il se considérait comme attaché avec Jésus-Christ sur la croix. " Nous admirions tous , dit le docteur

Mauro, tant de courage et de patience ; et l'on eut dit que les tourments agissaient sur un autre corps. N'eût-il eu que cette

horrible plaie sur la poitrine , de quelle force n'avait-il pas besoin pour supporter l'infection d'un ulcère qu'on ne pouvait

soigner! Moi qui. l'ai assisté dans toutes ses maladies, et dans cette dernière qui fut si douloureuse, je puis attester en toute

vérité qu'il a tout , souffert avec la plus grande patience, sans laisser échapper la moindre plainte, toujours uni à la volonté

divine, comme si les souffrances avaient été celles d'un autre. " — " Mgr de Liguori, dit aussi le père Raphaël, était une

véritable image. du saint homme Job. Devenu comme un monceau de douleurs, il ne lui arriva jamais d'ouvrir la bouche pour

proférer la plainte la plus légère. Un regard vers le ciel avec une pieuse aspiration était le signe de la souffrance; encore

s'exprimait-il avec tant de calme qu'il me consolait et me confondait, ainsi que tous ceux qui se trouvaient présents. " Pendant

tout le temps de cette cruelle maladie, qui ne dura pas moins de cinquante jours , on le vit toujours calme , armé d'un courage

invincible , sans manifester le moindre ennui, ni le moindre désir d'être soulagé. Il montrait la vérité de ces paroles de saint

Augustin : " Celui qui aime ne souffre pas, et désire souffrir, davantage. " " Il était cloué sur son pauvre lit, racontait Don Benoît

Barba; et tandis qu'avec le frère François-Antoine j'arrangeais les draps, je m'aperçus qu'il avait son grand rosaire sous lui;

autant il y avait de grains, autant il s'était formé de trous dans sa chair. Attribuant cela au hasard , je dis au frère de retirer le

rosaire. Mais celui-ci me répondit de manière à me faire comprendre que, non content de son infirmité, ce grand serviteur de

Dieu cherchait encore à se crucifier davantage."

Il ne fut pas moins admirable dans sa soumission aux médecins. " Soyons obéissants, disait-il souvent; résignons-nous à mourir.

" Le docteur Mauro atteste que le saint malade montrait toujours la plus grande obéissance à prendre toute espêce de remède,

quelque désagréable qu'il fût. Comme il avait un corps très-délicat, les vésicatoires lui étaient fort douloureux; mais il ne lui

arriva jamais de chercher à s'en exempter. Le docteur Ferrare dit à sou tour qu'il était soumis aux médecins , non par le désir

de prolonger sa vie, mais parce qu'il reconnaissait dans leur volonté celle de Dieu. Un jour, le saint lui dit : " Je ne suis plus

maintenant qu'unvieillard ; que puis-je espérer et que puis-je prétendre? J'obéis pour faire votre volonté et la volonté de Dieu."

Il n'était pas seulement content et serein, il poussait l'héroïsme jusqu'à être jovial. Recevant un jour la visite du docteur Ferrare:

" Vous vous efforcez, lui dit-il, de me soutenir à force d'étais mais un jour, lorsque vous mettrez un nouvel appui, si vous levez

un peu trop, les autres tomberont et vous perdrez vos peines. " Une autre fois il dit : "Ils m'ont si souvent appelé estropié, qu'à

la fin m'y voilà pris. "

Quoique réduit à cet état d'infirmité, il ne se dispensa jamais de ses exercices de piété. Le soir spécialement , il voulait que toute

sa maison avec son grand vicaire vint dans sa chambre pour réciter ensemble le rosaire , les litanies de la sainte Vierge et les

autres prières accoutumées. Il passait presque toute la journée à entendre quelque lecture spirituelle.

Dans cet état d'accablement et de douleur, il n'oublia jamais ses chères ouailles, et ne cessa jamais de leur donner les soins d'un

bon pasteur. Il dictait, ordonnait et faisait tout comme s'il eût été bien portant. Il fit écrire à plusieurs seigneurs pour réformer les

abus , et s'adressa à certaines congrégations de Naples afin d'avoir des missionnaires pour tout son diocèse.

Comme le lit de douleur n'était pas seulement pour Alphonse un objet de patience, mais aussi un objet d'amour, ses souffrances

ne l'empêchèrent pas de revoir une dernière fois et de publier un grand ouvrage qu'il intitula Pratique de l'amour de

Jésus-Christ. Il découvre dans ce livre les sentiments de son coeur , en traitant d'abord de l'amour que nous devons à

Jésus-Christ, à cause de l'amour qu'il nous montre dans sa passion , et dans l'institution du très-saint Sacrement. Il démontre

ensuite la grande confiance que nous devons avoir en lui , puis il commente ces paroles de saint Paul : " La charité est patiente,

bienveillante, " où il trouve les caractères de la vraie charité qui tend à nous lier plus étroitement à Jésus-Christ; après cela, il

expose la manière de se conduire dans les tentations , et la grande utilité qu'elles nous procurent; enfin, en faveur des âmes

saintes, il passe en revue les désolations spirituelles et les motifs de les supporter avec paix et courage. Dans la dernière partie

de cet ouvrage , il commente toute la passion de Jésus-Christ d'après les écrits des saints Evangélistes, et propose diverses

pratiqués de piété les plus propres à nous enflammer de l'amour divin.

La convalescence fut très-pénible et dura plus d'un an. " Je continue à être sans fièvre, écrivit-il le 8 octobre 1768 au père

Villani ; mais quant aux douleurs, elles sont toujours les mêmes: Ils me font promener sur des béquilles, soutenu cependant par

deux personnes ; et c'est déjà le sixième jour, mais je ne vois pas que cela me fasse aucun bien. Je passe presque toutes les

nuits les yeux ouverts , la nature s'en ressent; mais il me paraît que ma volonté est résignée à celle de Dieu. Recommandez-moi

à la messe, afin que Dieu me donne une parfaits résignation. "

.

CHAPITRE XVII. Admirables vertus et travaux étonnants de saint Alphonse pendant sa longue convalescence.

Nous avons admiré la patience avec laquelle notre saint endurait les longues souffrances d'une maladie cruelle, et l'énergie qui

les lui faisait surmonter pour se livrer aux soins de son administration, à des travaux de polémique et aux exercices spirituels

dont il s'était fait une habitude ; nous n'admirerons pas moins le genre de vie qu'il embrassa dès que son état fut devenu moins

pénible. Oubliant son infirmité et ses souffrances, il travaillait comme s'il eut été en pleine santé et sans faire trêve à ses

pénitences. Il prenait environ cinq heures de sommeil; cloué sur un lit de douleur; il s'occupait de son diocèse, écoutait et

satisfaisait tout le monde.

Le matin, après une demi-heure d'oraison , il se préparait à la sainte communion qu'il n'omettait jamais , et assistait à la messe

qui était célébrée par son secrétaire. Après sou action de grâce , qui était très-longue, il récitait avec beaucoup de difficultés les

heures canoniales ; et , dans le cours de la journée, à des leures fixes, il s'acquittait de tous ses autres exercices de dévotion.

On le voyait sur son petit lit , environné de livres, s'occupant jusqu'à minuit; et souvent , si on lui apportait une misérable

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