Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (page 35)

Abbé Bernard · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (abbé Bernard, 1862) · 52 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

n'ai pas de pension, je me contenterai de l'honoraire de ma messe, et j'aurai assez pour vivre. " Le saint aimait à s'oublier ; mais

il était plein de sollicitude pour ses enfants. Il écrivit à Don Hercule : " Je vous prie d'arranger au plus tôt le don que vous

pensez faire à nos frères, d'un asile dans votre palais; si Dieu vous appelait à lui avant cette disposition, la congrégation n'aurait

rien. Je désire que tout soit réglé, pour n'avoir plus à y penser; car je ne veux plus m'inquiéter d'affaire temporelle; je veux

uniquement me préparer à la mort. "

Des bruits couraient sur la nomination de son successeur; il s'écria : " Pauvre église ! combien de temps devras-tu rester veuve

et sans pasteur! " Il prophétisait; des obstacles empêchèrent la translation de l'évêque d'Ischia au siège de Sainte-Agathe ; et

cette église resta veuve pendant cinq ans. Dans la suite, saint Alphonse en perdit le sommeil et l'appétit, et se fût volontiers

sacrifié pour la gouverner.

Lorsqu'il fut sur le point de quitter le siège épiscopal, le saint vieillard, infirme et défaillant, voulut encore visiter ses enfants, leur

faire ses humbles adieux. Il visita les paroisses de SainteAgathe et d'Arienzo, fit ses dernières recommandations aux fidèles; il

demandait humblement pardon de ses nombreux manquements et des scandales qu'il avait donnés dans son gouvernement. Il

protestait avoir aimé ardemment tous ses enfants, il recommanda d'aimer toujours Jésus et Marie , et de les prier pour lui, et

surtout quand on apprendrait sa mort.

Il s'humilia de la manière la plus touchante, en visitant les communautés religieuses; il demandait pardon de ses rigueurs, et

recommandait aux supérieurs le zèle persévérant et le mépris des considérations humaines , pour la gloire de Jésus-Christ et le

salut des âmes. Les personnes pieuses désiraient avoir des souvenirs de ce bon Père. Aux unes, il donna un petit tableau de

Notre-Dame-de-bon-Conseil , écrivit qu'il leur laissait son coeur et réclamait leurs prières. A d'autres, il offrait les crucifix de

bois simple et les insignes de la Passion qu'il baisait dévotement quand il sortait de la maison ou quand il y rentrait; à d'autres,

les fleurs qui ornaient, dans sa chapelle, l'autel du Saint-Sacrement. Aux séminaristes, il laissait quelques livres avec les plus

saintes et les plus touchantes exhortations. Il s'était dépouillé pour les pauvres; aussi n'eut-il rien à leur léguer que son coeur; il

les quittait la douleur dans l'âme; jusque dans son sommeil, il pensait aux pauvres; il croyait entendre leurs plaintes : " Pourquoi

nous abandonnez-vous? " Sur la fin de son séjour, la vue d'un mendiant suffisait pour l'attendrir; au moment suprême , son

palais fut comme assiégé par ses enfants de prédilection qui venaient chercher les dernières largesses et les dernières

consolations.

Lorsqu'il fut sur le point de partir, la vénération fut au comble avec la douleur. On perdait un saint; on saccagea sa chambre,

afin d'y prendre comme relique tout ce qu'il avait consacré par l'usage ou l'attouchement ; tout disparut. Un pauvre barbier, ne

voyant plus rien à prendre, demanda la béquille dont Monseigneur s'était servi pendant son rhumatisme. " Prenez, lui dit

Alphonse, un jour elle pourra vous servir. " Quelques années plus tard, la bru de ce brave homme était en danger de mort. Il

aperçut, par hasard, la béquille dans un coin; il se ressouvint d'Alphonse honoré déjà comme un saint. " Ah! dit-il, cette béquille

de Monseigneur a déjà fait tant de miracles; ayez confiance, touchezla seulement, et vous serez guérie! " A peine cette femme

l'eût touchée, qu'elle fut merveilleusement délivrée, et guérie.

En abrégeant le récit des derniers instants et de ses humbles adieux, nous n'avons pu transmettre tout leur charme sympathique;

en lisant tous les détails, on est irrésistiblement pénétré d'un profond et religieux attendrissement, à la vue de ce que la grâce

peut mettre de simplicité et de mansuétude dans une âme originellement si grande et si fière.

Alphonse avait gouverné l'église de Sainte-Agathe pendant treize ans. Il s'absenta trois fois seulement de son diocèse, et pour

les motifs les plus urgents. Il alla deux fois à Nocera, pour le chapitre général et pour sa santé par ordre des médecins ; une fois

à Naples, pour les affaires pressantes de la congrégation. Il se faisait même un scrupule de s'éloigner de la cathédrale sans

raison légitime. " Dieu m'a envoyé à Sainte-Agathe, disait-il, c'est là que je dois demeurer, fallût-il y mourir! " La perspective

de son départ définitif lui inspirait un mélange de douleur et de joie : de douleur, en se séparant d'une épouse tendrement aimée;

de joie, en venant se faire oublier et. se préparer au grand jour dans sa chère cellule.

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CHAPITRE XXII. Explication des merveilles de l'épiscopat de saint Alphonse, par les idées sublimes qu'il avait de sa dignité

pontificale et de ses devoirs.

§ I. Pensées de saint Alphonse sur la dignité du souverain Pontife Romain, le chef et le centre de tous les Pontifes dans l'église.

" Jésus-Christ, en accomplissant l'oeuvre de la rédemption, promit à son Eglise sa présence et l'assistance du Saint-Esprit

jusqu'à la fin des siècles. Il promit que les hérésies, ou les portes de l'enfer, ne prévaudront jamais contre elle. Mais le divin

fondateur, Chef et Pasteur de l'église, devait quitter ce monde; il a dû établir, il a établi, en effet, dans l'église un chef visible , un

juge souverain, qui le représente lui-même; qui, par un jugement infaillible sur les questions de foi et de morale, conserve à

jamais l'unité de foi, garantisse les fidèles contre les fluctuations du doute, et mette un terme aux controverses et aux schismes,

par son autorité unique, suprême et sans appel. "

" Pierre fut constitué le principe de l'unité sur lequel est fondée l'église. A l'origine, sans doute, les Apôtres étaient les égaux de

Pierre , pour l'honneur et le pouvoir; mais , pour faire l'unité de l'église, Jésus-Christ donna la primauté au siège de Pierre, afin

que l'origine de l'unité vint d'un seul. La suprématie est donnée à Pierre, pour que de ce principe unique le pouvoir se

communique aux autres ministres, et que l'on voie une seule Eglise et une seule chaire. L'unité de l'église dérive de l'unité de la

chaire de saint Pierre ; et les docteurs ont raison de comparer le siège apostolique à une tête, à une racine , à une source. Dans

le corps , toute la force active des membres vient de la tête; dans l'arbre, la sève des branches vient de la racine; dans les

fleuves, l'eau vient de la source; ainsi dans l'église , tout évêque dépend du Pape , la tête , la racine et la source de toute la

puissance. Tous les évêques tiennent l'épiscopat solidairement; chicon administre pour sa part; et tous ensemble dépendent d'un

seul chef , comme tous les rayons émanent d'un seul soleil. Ainsi se conserve l'unité de l'église et de la foi. "

" En finissant, je conjure les âmes zélées pour le bien de la religion, de prier Dieu avec ardeur et persévérance, afin qu'il daigne

assister l'église jusqu'à la fin des siècles, rendre impuissantes les portes de l'enfer, fortifier et augmenter dans tous les fidèles le

respect et l'obéissance au Souverain-Pontife Romain, placé par la bonté de Jésus-Christ pour garder la foi. " (Réfutation de

Fébronius.)

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§ II. Dignité des évêques, unis entre eux, et rattachés à Jésus-Christ même, par leur union avec le Souverain-Pontife.

Dans plusieurs passages de ses oeuvres dogmatiques, saint Alphonse aime à répéter avec les saints Pères , que toute la

puissance pontificale a été donnée immédiatement à Pierre et à ses successeurs, les Pontifes romains, pour être communiquée

aux évêques et aux autres ministres, dans les proportions de la hiérarchie ecclésiastique. Pour lui, la grandeur de l'épiscopat

vient de son unité, de son union avec le Souverain-Pontife, qui est la continuation visible et permanente de la personne invisible

de Jésus-Christ, Ces grandes idées , qui sont, du reste, la doctrine catholique, lui, étaient habituelles ; elles étaient écrites dans

son coeur plus encore que dans ses livres; et, en les méditant, il activait son zèle et ses travaux.

L'humble vieillard, si pénétré de son néant et de son indignité, ne se voyait plus du même oeil, quand il contemplait sur lui-même

la dignité épiscopale et ses prérogatives sublimes. 11 appliquait éminemment à l'épiscopat les grandes idées qu'il aimait à

recueillir sur le sacerdoce, sur la dignité et les devoirs du prêtre. " Médiateur entre Dieu et l'homme, inférieur à Dieu seul, mais

plus grand que l'homme; revêtu d'une dignité non-seulement angélique , mais divine ; homme vraiment divin! " Voilà le prêtre;

voilà plus encore l'évêque, en qui se trouve la, plénitude du sacerdoce!

" Le pouvoir des clefs, ou puissance de délivrer un pécheur de l'enfer, de l'élever au ciel; changer un esclave du démon en

enfant de Dieu; prononcer un jugement que Dieu sanctionne; colonnes de l'église; arbitres des grâces divines; pouvoir exercé

au nom de Dieu, sur les intérêts éternels et sur les âmes ; tenir la place de Jésus-Christ même, et parler en son nom; exercer les

fonctions mêmes du Saint-Esprit; être les coadjuteurs et les plénipotentiaires de Dieu ! ! ! " Voilà les attributs du prêtre , et plus

encore ceux de l'évêque. Rien n'est impossible , les dévouements sublimes deviennent des devoirs ordinaires de conscience ,

quand on fait dériver ses obligations d'une source aussi divine.

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§ III. Estime de saint Alphonse pour les terribles devoirs de l'épiscopat; sa défiance de lui-même, et sa confiance en Dieu.

Comme il voyait, comme il sentait ses devoirs, le saint évêque habitué à la méditation de telles, vérités ! Comme il se sacriliait.

pour son peuple, et avec quelle allégresse; en même temps que son humilité le faisait trembler à la vue de la terrible

responsabilité de son ministère ! " Quel compte un évêque doit rendre à Dieu! je ne comprends pas qu'il puisse dormir ! " Tel

fut, plus d'une fois le cri de son âme; on peut dire que c'était là sa devise habituelle et son mot d'ordre.

" Dieu a confié aux évêques le gouvernement de l'église ; des évêques dépend la sanctification des peuples. Saint Charles

Borromée dit avec raison : " Les mauvais pasteurs causent la mauvaise vie et la mort des brebis; comme les saints pasteurs

sanctifient leurs troupeaux. " Ce grand saint, modèle des évêques, et que je proposerai plus d'une fois pour exemple, réforma si

bien ses sujets, que leur bonté alla jusqu'à rendre bons les peuples voisins. Disons avec saint Athanase : " L'évêque , avant

d'être consacré, peut vivre encore pour lui-même; après sa consécration , il doit vivre uniquement pour son troupeau , dont il

doit un terrible compte à Dieu, comme il est dit dans Ezéchiel : Malheur aux pasteurs d'Israël qui se paissent eux-mêmes ; je

vais leur demander compte de leur troupeau! " " Chaque fidèle rendra compte de son âme au tribunal de Jésus-Christ; l'évêque

doit rendre compte d'autant d'âmes qu'il compte de sujets. " (Réflexions utiles aux évêques.)

Ensuite, le saint prélat décrit avec une austère simplicité et un détail profond les diverses charges de l'épiscopat, concernant les

séminaires, les différents ordres du clergé et des religieux; et trace les moyens spéciaux que la grâce et l'esprit de Jésus-Christ

met à leur disposition.

Il est inutile de donner ici les détails; notre but exige seulement quelques pensées et la conclusion , pour mieux montrer aux

fidèles combien est sérieuse, auguste et vénérable , la vie d'un évêque selon le cœur de Dieu.

" L'évêque doit, sans faiblesse, chasser les séminaristes incorrigibles; un seul peut gâter les autres. Il est très-utile que l'évêque

se montre souvent au séminaire, pour encourager les jeunes gens sur les choses spirituelles et sur les études. Il doit assister à

leurs exercices académiques, ce qui excite admirablement l'émulation. "

" Combien de couvents ont perdu l'esprit d'observance et se sont ruinés spirituellement, parce qu'on y avait envoyé des prêtres

manquant de piété, d'autorité où de prudence! "

" L'évêque doit donner l'exemple de la douceur, en supportant la grossièreté des diocésains, en traitant avec amour les

insolents , les détracteurs et les ingrats. Il doit entrer dans son diocèse avec la persuasion qu'il sera payé d'ingratitude, et avec

l'intention de rendre le bien pour le mal. C'est l'esprit de Jésus-Christ et de ses vrais serviteurs. "

" L'évêque doit être persuadé que rien ne donne au peuple une idée bonne ou mauvaise de la vie ecclésiastique comme la

frugalité ou le luxe. "

" A combien de désordres ne remédie pas le prélat dans ses courses, en voyant tout de ses yeux! Il est impossible de

gouverner sur les relations des autres, qui trompent pour des motifs personnels, quand ils ne sont pas eux-mêmes trompés. "

" On ne peut apprécier tout le fruit produit par les missions. Il est impossible à ceux qui les suivent de ne pas s'y convertir; Dieu

lni-même y concourt d'une manière spéciale. "

" L'évêque doit prendre conseil de Dieu , puis des hommes prudents. Qu'il agisse ensuite avec fermeté , en donnant les ordres

nécessaires, et en les faisant soigneusement exécuter. L'onction sacrée est le symbole de la force ; celui qui craint de déplaire

aux hommes ne sera jamais un bon évêque. "

" Pour terminer cet humble travail , je ne puis m'empêcher de dire : Un évêque , en acceptant cette dignité , se met un grand

poids sur la conscience. Pour se sauver, il doit être résolu , dés le premier instant, de mener, non pas une vie de repos et de

plaisir, mais une vie pleine defatigues, de croix et d'ennuis, une vie appelée par saint Jean Chrysostôme : " Un océan de peines

et un abîme de soucis. " " De là, pour les prélats, un extrême danger de se perdre , danger dont plusieurs saints ont été effrayés

à tel point, qu'ils ont mieux aimé désobéir à l'autorité supérieure que se charger d'un tel fardeau. Leur crainte n'était point vaine

ou excessive, s'il est vrai de dire, avec saint Augustin, que la difficulté du salut pour un évêque est proportionnée à ses

obligations grandes et immenses , infiniment difficiles à remplir. Saint Jean Chrysostôme a dit une parole terrible, et je la crois

vraie : " Je ne puis croire que le plus grand nombre; des évêques se sauve; c'est le plus grand nombre qui périt! " Encore, il

parle ici des évêques vraiment appelés à l'épiscopat, et qui l'acceptent par obéissance. Pour ceux qui l'ambitionnent et le

cherchent, il en parle bien autrement : Je serais étonné si un seul était sauvé ! " Saint Pie V, lors de son élection à la papauté,

trembla et pâlit : " Quand " j'étais religieux, dit-il, j'avais grand espoir de me sauver; devenu évêque, je commençai à craindre

beaucoup; aujourd'hui que je suis Pape, je désespère. "

" Ceci ne doit point décourager les bons évêques, mais les exciter à remplir leurs devoirs , et ranimer leur espérance. Si le

châtiment du serviteur infidèle est terrible, la récompense donnée au pasteur zélé, par un Dieu infiniment généreux, est, au

contraire, plus grande et plus magnifique. " La différence entre un simple particulier et un monarque, sur la terre, existera, dans

le ciel, entre un saint solitaire et le pasteur dévoué au salut des âmes. "

" Si vous tremblez à cause de votre faiblesse, faites d'abord pour Dieu selon vos forces; puis recourez à Dieu , avec confiance

et vous pourrez tout; et dites avec saint Paul: " Je puis tout en Dieu qui me fortifie. " (Réflexions utiles aux évêques.)

Voilà comme saint Alphonse unissait le plus humble mépris de lui-même avec l'estime de son incomparable dignité d'évêque , et

la plus modeste défiance de ses propres forces avec la plus ferme confiance dans le secours de Dieu. Nous avons dû toucher

quelques aspects de cette auguste matière; présenter, pour ainsi dire, quelques fragments détachés du miroir chrétien de sa vie

pontificale, pour expliquer les merveilles de son épiscopat, et. en même temps, pour affermir et augmenter de plus en plus dans

les fidèles qui liront ces lignes , le respect, l'estime et la vénération pour les premiers pasteurs de l'église.

FIN DU LIVRE QUATRIEME.

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LIVRE CINQUIèME (1773-1787)

Dernières années de saint Alphonse jusqu'à sa mort. efforts suprêmes de ses vertus, ou témoignage suprême sur la valeur de

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