Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (page 43)

Abbé Bernard · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (abbé Bernard, 1862) · 52 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

yeux sur le tableau de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs. Pendant ce temps , on ne cessait de célébrer des messes en sa

présence.

Vers sept heures, il fut pris d'une si grande défaillance, qu'on le crut près d'entrer en agonie. On commença les prières , et on lui

donna l'absolution. Il recouvra ses sens; le médecin demanda sa bénédiction; alors Alphonse dit d'une voix claire : " Dominus

noster Jésus-Christus te benedicat! Que Notre-Seigneur Jésus-Christ vous bénisse! Le frère et le serviteur se jetèrent aussi à

genoux, et lui demandèrent sa bénédiction. Le frère. François-Antoine lui suggéra de bénir toutes les maisons de la

congrégation et tous les sujets. " Oui, " répondit Alphonse, et de la main il les bénit. Tous fondant en larmes vinrent la lui baiser;

ce qui parut lui faire plaisir. Un peu après, on le pria de bénir le diocèse et les religieuses de Sainte-Agathe et de Scala; il fit

encore avec la main le geste pour les bénir; ensuite il dit de luimême d'une voix haute et intelligible : " Je bénis le roi, tous les

généraux, les princes et les ministres et tous les magistrats qui rendent la justice. "

Le recteur de la maison lui demanda ensuite s'il voulait recevoir Jésus-Christ; il répondit plein de joie : " Donnez-moi la

communion. " On courut à l'église pour le satisfaire; mais, trouvant qu'on n'allait pas assez vite, il répéta plusieurs fois : " La

communion arrive-t-elle? " Lorsqu'il entendit du bruit, il ouvrit les yeux; et, voyant le prêtre avec le saint ciboire, il parut en

extase, et se mit à faire une foule d'actes d'amour.

On lui demanda s'il voulait entendre la messe, il fit de la tête un signe affirmatif. Quand on la commença, il fit trois fois le signe

de la croix, selon sa coutume, et la troisième fois il en prononça distinctement les paroles. Plus tard, le père Néri, sans rien dire,

lui présenta un crucifix; Alphonse fit signe d'une main tremblante qu'il le désirait. Lorsqu'on le lui eut donné, il l'approcha de ses

lèvres, le baisa, et le tint ainsi pendant quelque temps ; puis il tomba dans le délire.

Lorsqu'on sut qu'Alphonse était à l'extrémité, on adressa partout des prières et des vaeux au ciel pour son heureux passage;

Naples fut plongée dans l'affliction. La ville et le diocèse de Sainte-Agathe signalèrent semblablement leur attachement pour leur

ancien évêque.

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CHAPITRE XI. Derniers jours, douce agonie et précieuse mort de saint Alphonse.

Un grand accident vint encore ajouter aux souffrances du serviteur de Dieu. Cette large plaie de l'oesophage , dont il avait tant

souffert à Arienzo, s'étant rouverte, rendit sa position infiniment pénible ; mais ce surcroît de douleurs servit à embellir sa

couronne. Réduit à ce pénible état, il consola les assistants par un miracle. Vers le soir, le chanoine Dominique Villani vint le

visiter. Il souffrait depuis trois ans d'un mal de genoux qui l'empèchait de marcher sans béquilles. Mais à peine eut-il pris congé

d'Alphonse, qu'il se trouva parfaitement guéri ; et, rencontrant sur la porte plusieurs prêtres, il leur dit tout joyeux : " Je suis

venu boiteux, et je m'en retourne redressé; je me suis furtivement appliqué sur la jambe le scapulaire de Monseigneur qu'il avait

au chevet de son lit, et je me suis senti délivrés " Le chanoine avait. tenté plusieurs remèdes, mais sans aucun succès. Cinq

jours après, le prince de Polleca lui ayant demandé comment il se portait : " Je me porte à merveille, lui répondit le chanoine, et

je suis prêt à donner toutes les attestations juridiques de ma guérison miraculeuse. "

Le 25, entre dix et onze heures du soir, il parut si défaillant qu'on le crut mort. Les pères, s'empressant de l'aider dans ce

passage par leurs prières et les saints sacrifices, commencèrent la messe, le 26, vers deux heures du matin. On lui proposa la

sainte communion; mais il ne répondit pas. A la messe, lorsqu'on agita la sonnette au Sanctus, Alphonse ouvrit les yeux et

regarda le célébrant ; ne voyant pas l'élévation , il les referma ; puis à l'élévation il se réveilla, regarda du côté de l'autel; et

remua les lèvres. A trois heures, il fut surpris par un nouvel accès; on lui donna l'absolution, et on commença la prière des

agonisants; mais à la fin des litanies il reprit ses sens.

Plus tard, après qu'on eut commencé une autre messe, on tàcha de savoir s'il désirait communier. Il communia; et, pendant la

messe suivante, il continua son action de grâces. Comme il balbutiait, on ne put comprendre que ces mots : " C'est ainsi que

j'espère. " Il demanda distinctement son rosaire; on lui vit remuer les lèvres et parcourir les grains.

Pendant ce temps, la chambre ne désemplissait pas de gentilshommes et d'ecclésiastiques. Le père Samuel, ex-provincial des

capucins d'Arienzo et grand ami d'Alphonse, ne fut pas en retard. Ayant fait de vains efforts pour obtenir sa bénédiction, il lui

prit la main, s'en signa la tète et s'en toucha spécialement une oreille malade, qui fut aussitôt guérie. Depuis deux jours, le père

Buonapane souffrait d'un abcès à la gorge, dont on craignait beaucoup les suites; le soir il s'appliqua un petit linge. qui avait

servi à bander la plaie d'Alphonse; et le lendemain matin, il se trouva guéri.

La journée du 27 fut douloureuse. Vers sept heures du matin, il fut surpris par de fortes coliques; ne pouvant trouver de

situation, il s'écriait : " Secourez-moi.... déliez-moi, mettez-moi par terre! " Pendant ces violentes attaques, il arrèta plusieurs

fois les yeux sur l'image de la très-sainte Vierge, et dit d'une voix éteinte : " Mon Jésus ! " Le 28, vers deux heures du matin, on

lui demanda comment il se portait; il répondit : " Je vais mourir. " Puis, voyant l'empressement des pères et des médecins, il dit

: " C'en est fait! " On lui demanda s'il voulait entendre la messe et communier; il fit d'un air joyeux un signe affirmatif.

Avant de communier, il fit le signe de la croix et sa préparation. Pendant son action de grâces, il put encore entendre deux

messes. Comme on s'apprêtait à lui faire une friction , il dit vivement: " Ne me touchez pas! " Mais ensuite , il céda par

obéissance. Le médecin lui demanda comment il se trouvait; il répondit : " Je vais mourir. " Alors celui-ci le pria de bénir une

image de la très-sainte Vierge Marie, et Alphonse fit avec la main le signe de la croix. Ses esprits s'étant affaiblis, Alphonse

épuisé voulut qu'on l'aidât à recourir à Dieu et à souffrir avec courage; tandis qu'on lui suggérait par intervalles de saintes

affections , il y prenait plaisir, et les répétait d'une voix mourante. La grangréne faisant des progrès, ses douleurs augmentèrent

et lui causèrent des spasmes fréquents. Voyant alors combien il souffrait, sans qu'il fût possible de le soulager, on le considérait

en silence; mécontent de ce qu'on ne lui suggérait plus des aspirations, il demanda avec un reste de force que lui donnait son

amour "N'avez-vous plus de saintes pensées à m'inspirer? " Ainsi, le vénérable prédestiné était vraiment exigeant pour tout ce

qui tenait à son âme. Mais son indifférence pour le corps était parfaite " Non, c'est inutile... tout est fini , disait-il, je suis mort! "

Son affaissement s'accroissant toujours , on crut qu'il allait expirer; on alluma le cierge bénit; on commença les prières de

l'Eglise pour la recommandation de l'âme. Lorsqu'on s'aperçut qu'il reprenait ses sens, on lui présenta une image de la trèssainte

Vierge; aussitôt il ouvrit les yeux, remua les lèvres et joignit les mains; ensuite il baisa l'image, et on l'entendit réciter d'une voix

distincte l'Ave Maria. Après cela, il parut agité ; et, portant la main au front, il dit: " Pensées, vous ne me laissez point en repos

! " A sept heures du matin, il parut de nouveau abattu; on lui présenta le crucifix ; il le prit, le porta à ses lèvres, et, le tenant en

main, il ouvrit souvent les yeux pour le considérer. On lui présenta de même une image de la sainte Vierge, et on lui dit de

remettre son âme et sa vie entre ses mains. Alphonse le comprit, ouvrit les bras en signe d'offrande ; et, tournant les yeux vers

l'image sainte, il murmura des paroles qu'on ne put saisir : la nuit fut meilleure, et il reposa paisiblement.

Dans la matinée du 29, quoiqu'il se trouvât mieux, il ne fut pas en état de communier. Pendant la messe, on l'entendit s'écrier : "

Que d'ennemis étrangers! " On continua plusieurs messes dans sa chambre; on lui rappela la mort de Jésus-Christ et on lui

suggéra de faire l'offrande de la sienne. Alphonse alors éleva les mains, les joignit et remua quelque temps les lèvres; ensuite, il

tourna les yeux vers l'image de la sainte Vierge; et, d'une voix claire, il récita l'Ave Maria. On lui donna à baiser une image de

saint. Joseph ; il la prit entre ses mains, la considéra quelque temps, et se retournant vers le frère . " C'est saint Joseph! " dit-il;

alors on le vit balbutier en tenant les yeux attachés avec complaisance sur l'image du digne époux de Marie. Le serviteur Alexis

lui demanda s'il ne désirait rien ; il répondit : " C'est fini; " mais d'une voix mourante. Le père Magaldi voulut lui suggérer de

saintes pensées; Alphonse dit de lui-même : " Donnez-moi la Madone. " Lorsqu'il l'eut entre les mains, il la pria

très-affectueusement.

Vers le soir, le râle commença et ne le quitta plus. Ses enfants, empressés de l'animer à la confiance en la très-sainte Vierge, lui

mirent entre les mains une de ses images ; il la baisa et récita lentement et avec peine les paroles de l'Ave Maria.

Sa barbe était devenue fort longue, et c'était une grande incommodité pour un moribond, dans un temps de si fortes chaleurs.

Le frère Raphaël la coupa le mieux qu'il put; et Alphonse en parut soulagé. Lorsque l'opération fut terminée, on se disputa ces

quelques poils; ils devinrent plus tard de précieuses reliques, avidement recherchées.

Vers neuf heures du soir, on le crut en agonie. Toute la communauté entoura son lit, et on commença les prières des agonisants;

mais cette fois encore il revint à lui ; on le pria de bénir de nouveau toute la congrégation; ne pouvant plus élever la main, il fit

signe avec la tète. Le 30 au matin, on célébra plusieurs messes, mais il ne put communier.

Il suffisait de lui rappeler les saints noms de Jésus et de Marie, ou de lui présenter quelque image de ses saints patrons, pour le

voir reprendre ses sens. Le père Criscuoli, en lui suggérant de pieuses affections, lui présenta une image de l'archange saint

Michel, qu'il avait ordinairement à la tête de son lit; il la prit entre ses mains, la baisa, ouvrit les yeux et la contempla ; puis,

remuant les lèvres, il se recommanda au saint archange. On le vit également ouvrir les yeux et balbutier pendant qu'on lui

suggérait les actes de foi, d'espérance et de charité. Comme on lui présentait un crucifix, il montra le désir de l'avoir entre les

mains; il le serra avec amour, et s'efforça trois fois de l'approcher de sa bouche. Mais comme il était défaillant , le père

Capriola l'aida à le baiser; et il le fit en remuant les lèvres. Comme il souffrait encore des douleurs d'entrailles, il agita les mains

comme pour chercher du soulagement; mais après les avoir élevées avec peine, il les joignit et les croisa en signe de conformité.

Vers onze heures, il but avec plaisir quelques cuillerées de lait; puis, il refusa tout ce qu'on voulut encore lui faire prendre.

Pendant tout le jour et la nuit suivante, il conserva l'usage de ses facultés; il répondait aux saintes affections qu'on lui suggérait,

soit en ouvrant les yeux, soit en remuant les lèvres.

Le 31 , vers deux heures du matin, comme il était proche de l'agonie, on commença les messes dans sa chambre, à l'église et

dans son oratoire. On lui présenta le crucifix ; il ouvrit les yeux, le regarda et le prit entre ses mains. On lui offrit aussi l'image de

la sainte Vierge; et il la considéra avec dévotion. Vers sept heures, on lui présenta de nouveau le crucifix, en l'animant à la

confiance; il le baisa avec tendresse. Vers midi, il prit entre ses mains une image de la sainte Vierge qu'il avait sur la poitrine, la

baisa et la serra contre son coeur; vers deux heures, il la reprit et la tint pendant prés d'un quart d'heure. A trois heures, il fut

saisi d'une nouvelle crise; on le crut en agonie, mais il revint encore à lui.

La sainte Vierge ne manqua pas de l'assister et de le consoler dans ces derniers moments : c'est la grâce qu'il n'avait cessé de

lui demander. Voici la prière qu'il écrivit à ce sujet dans un de ses ouvrages : " O consolatrice des affligés! ne m'abandonnez

point au moment de ma mort!... Obtenez-moi la grâce de vous invoquer alors plus souvent, afin que j'expire avec votre

trèsdoux nom et celui de votre divin Fils sur les lèvres. Bien plus, ma Reine ! pardonnez-moi mon audace! venez vous-même,

avant que j'expire, me consoler par votre présence! Cette grâce, vous l'avez faite à tant d'autres de vos serviteurs; je la désire

et je l'espère aussi. Je suis un pécheur, il est vrai, je ne le mérite pas; mais je suis votre serviteur, je vous aime et j'ai une grande

confiance en vous. O Marie! je vous attends; ne me refusez pas alors cette consolation! " (Visites.)

Ailleurs, il dit en s'adressant encore à la Vierge : " Lorsque je me trouverai dans les derniers combats de la mort, ô Marie, mon

espérance! ne m'abandonnez point! Alors plus que jamais, assistez-moi et fortifiez-moi, pour que je ne me désespère pas à la

vue de mes péchés, que le démon me remettra devant les yeux. O ma Reine ! pardonnez-moi mon audace! venez alors

vous-même me consoler par votre présence : cette grâce, vous l'avez faite à tant d'autres, je la veux aussi. Si mon audace est

grande, votre bonté l'est encore davantage, et va à la recherche des plus misérables pour les consoler. " (Gloires de Marie.)

Il fut exaucé. Son état empirait à chaque instant, mais sa paix et sa sérénité étaient inaltérables. Vers six heures, comme il était

assisté de deux pères et tenait en main l'image de la sainte Vierge, on vit son visage s'enflammer tout-à-coup et devenir

resplendissant; en même temps, un doux sourire brillait sur ses lèvres.

Toute la nuit suivante, il fut dans le plus grand affaissement, mais toujours tranquille et serein. Concentré en lui-mémé, il écoutait

avec plaisir les pieuses affections qu'on lui inspirait. Lorsqu'on lui présentait le crucifix, il répondait en s'efforçant de le baiser.

Le matin du ter août, tandis qu'on lui mettait des compresses, il saisit de ses mains tremblantes les. draps pour se couvrir.

Depuis une heure du matin, on ne cessa de célébrer des messes dans sa chambre, à l'église et dans l'oratoire. Ses enfants

voulaient comme faire violence au ciel pour obtenir un secours particulier du Seigneur, au dernier moment de leur père.

Depuis la veille au soir, Alphonse , uni tout entier à Jésus-Christ, serrait son crucifix. Chacun désirait avoir un crucifix qui eût

passé quelque temps dans ses mains mourantes; on lui en substituait sans cesse un nouveau.

Il avait toujours désiré mourir au milieu de ses enfants. Il dit dans un de ses ouvrages : " O mon Dieu! je vous remercie

d'avance de la grâce que vous me ferez de mourir entouré de mes chers confrères, qui n'auront alors d'autre sollicitude que

mon salut éternel, et qui tous m'aideront à bien mourir! " (Préparation à la mort.) Dieu, en effet , lui accorda cette consolation :

on arrivait de toutes les maisons; et, comme un autre Jacob, Alphonse vit sa dernière heure, environné de ses nombreux

enfants, sa joie et sa couronne.

Il semblait moins lutter contre la mort que s'entretenir avec Dieu dans une extase prolongée. Il n'éprouva aucune révolution dans

son corps, aucun serrement de poitrine , aucun soupir douloureux. Tenant entre ses mains une image de la sainte Vierge, au

milieu de ses religieux en prières et en larmes, il s'endormit tranquillement dans les bras de Jésus et de Marie.

Monseigneur Alphonse-Marie de Liguori mourut le 1er août de l'année 1787, vers onze heures du matin , à l'âge de 90 ans, 10

mois et 5 jours. Pie VI, de glorieuse mémoire, siégeait sur la chaire pontificale; et la congrégation du très-saint Rédempteur

comptait la 55e année de son existence.

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CHAPITRE XII. Funérailles de saint Alphonse; miracles; concert unanime de louanges en son honneur.

Nous n'essaierons pas de raconter avec détailles circonstances glorieuses, par lesquelles le ciel et la terre ont voulu, comme à

l'envi, honorer l'humble serviteur de Dieu . les pompeuses funérailles, le concours de peuple, le concert de louanges qui s'éleva

tout-à-coup dans les différentes parties de la chrétienté, les miracles éclatants qui ont provoqué sa béatification et sa

canonisation. Un tel récit, facile à composer, avec des matériaux nombreux, serait bien intéressant pour la pieuse curiosité; mais

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