Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (page 6)

Abbé Bernard · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (abbé Bernard, 1862) · 52 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

par la céleste rosée. " (Rel. sanct. chap. 2.)

Voilà le suprême degré de la perfection chrétienne : sacrifier toute chose à Dieu.

Mais le sacrifice vous effraie! chrétiens pusillanimes, Dieu vous demande moins qu'à saint Alphonse! Avez-vous autant de biens

que lui à donner à Dieu?

Soit! vous ne pouvez quitter le monde, la Providence vous y retient; écoutez ce que vous devez faire; apprenez comment, eu

restant dans le monde, vous pouvez y renoncer.

" Beaucoup de personnes, retenues par des liens indissolubles, ne peuvent quitter le monde et s'ensevelir dans le renoncement

et la solitude, pour vivre avec Dieu seul. Dans cet état, pour jouir de Dieu seul, il n'est pas nécessaire de vivre dans la solitude

des déserts ou des cloîtres; ceux qui sont forcés, par leur position, à vivre en relation avec le monde, peuvent conserver, même

dans le tumulte des villes, la solitude du cœur et l'union avec Dieu. Toutes les occupations que nécessite le rang où la

Providence nous a placés n'empêchent pas la solitude du coeur. Sainte Catherine de Sienne, au milieu des travaux dont ses

parents l'avaient chargée pour la détourner de ses occupations pieuses, pouvait se retirer dans son coeur, qu'elle appelait sa

cellule, et s'y entretenir avec le Seigneur. A son exemple, il faut se délivrer des liens de l'amour terrestre qui nous empêchent de

monter jusqu'à Dieu. Un vase de cristal, s'il est rempli de sable, perd sa transparence et ne reçoit plus les rayons du soleil; ainsi,

le cœur attaché à l'argent, aux honneurs, aux plaisirs sensibles, ne peut recevoir la lumière du ciel; il ne peut connaître Dieu et

l'aimer. En conservant le poste que Dieu nous a donné dans le monde, il faut, pour que les créatures ne puissent nous distraire

d'aimer Dieu, il faut que, tout en remplissant nos devoirs d'état, nous vivions comme s'il n'y avait au monde que Dieu et nous. Il

faut nous détacher de tout, et principalement de nous-mêmes, en réprimant sans cesse les mouvements de l'amour propre.

Quand une créature veut s'emparer de notre coeur, il faut lui en fermer l'entrée et nous tourner vers Dieu, en lui disant: "

Qu'ai-je à désirer dans le ciel et sur la terre? Vous seul, ô mon Dieu, le Dieu de mon cœur et mon héritage pour l'éternité! " Ps.

72. Jésus, prenez possession de mon coeur tout entier; je ne veux plus m'appartenir! O mère de Dieu, que vos prières me

rendent tout entier à Dieu! " (Réfl. pieuses, § 22.)

Tel est ce second degré de la vertu chrétienne : " Posséder comme ne possédant pas; rester dans le monde sans s'y attacher;

conserver sa volonté propre, mais en la soumettant à la volonté de Dieu."

Il n'y a pas encore sacrifice, il y a subordination ; Dieu prédomine, et la terre est acceptée comme une nécessité; Dieu remplit le

cœur comme fin prochaine, et les biens temporels sont employés selon les vues providentielles, comme moyen de se sanctifier

et de remplir les devoirs de la vie.

Avec quelle pureté et quelle ardeur le jeune Alphonse a pratiqué ce degré de la perfection avant l'heure de son entier sacrifice!

Si c'est trop pour votre faiblesse, du moins luttez et combattez contre l'attachement désordonné à la terre, au monde, à la

sensualité. Du moins, pratiquez pièce à pièce toutes les vertus dont cette première période offre de si nobles et si généreux

exemples.

Sur la douceur et le support des injures, Alphonse avait bien le droit de nous redire : "Répondez avec douceur à qui vous

maltraite en paroles ou en actions, de manière à le ramener à vous. Quand vous vous sentez ému et troublé, il est bien de vous

taire, jusqu'à ce que votre âme ait repris la sérénité; autrement, vous commettriez mille fautes sans vous en apercevoir. "

" Offrez à Dieu les mépris dont vous êtes l'objet, et ne vous en plaignez pas à d'autres. " (Précis des vertus.)

" On peut souffrir tout avec patience, quand on considère Jésus-Christ sur la croix. "

" Pour être vraiment humble de coeur, il ne suffit pas de confesser qu'on est digne de mépris, il faut réellement se complaire

dans les mépris. " (Maximes spirituelles.)

Sur le choix des amis, saint Alphonse nous donne le précepte aussi bien que l'exemple.

" Celui qui fait son ami d'un homme vicieux sera perdu; ni Dieu, ni les hommes n'en auront pitié! Lorsque la passion sera

calmée, nous connaîtrons l'erreur où nous sommes tombés, plus encore par les conseils d'un faux ami que par notre faute; mais

le mal sera irréparable. Au contraire, le bon conseil d'un ami pieux qui vous parle avec l'ascendant de la vérité et de la douceur

chrétienne, nous fera éviter bien des désordres et ramènera la paix dans notre coeur. " (Sermon sur les mauvaises compagnies.)

Pères et mères, imitez les pieux parents de saint Alphonse. Ses écrits nous donneront encore ici le précepte: " Les enfants sont

un dépôt dont les parents doivent rendre un terrible compte, s'ils les perdent par leur négligence. Un bon père assemble souvent

ses enfants autour de lui, et leur insinue de bonne heure la crainte de Dieu, et leur enseigne à faire les actes de religion... Que de

tort font à leurs fils les pères qui les initient aux seules maximes du monde, comme celles-ci: " L'honneur et l'intérêt avant tout!

ne faire de quartier à personne! " Les bons pères et les bonnes mères ont un autre langage; ils disent avec la reine Blanche : "

Mon fils, j'aimerais mieux vous voir mort à mes pieds que coupable d'un péché mortel! " Que nous servirait de tout gagner, si

nous perdons notre âme? " Une seule de ces maximes bien imprimée dans l'esprit d'un enfant suffira pour le maintenir dans la

grâce et la vertu. "

" Quelle honte, si un jeune homme peut répondre : Que voulez-vous que je fasse, mon père en faisait bien de l'autre? Père

négligent, comment votre fils remplira-t-il ses devoirs religieux, si vous les remplissez à peine, ou si vous ne les remplissez pas?

Un père qui donne le mauvais exemple ne peut reprendre ses enfants pour des fautes qu'il commet lui-même à leurs yeux. "

" Une mère immole sa fille au démon en autorisant les occasions, et vient dire à un confesseur : " Mon père, je n'y voyais pas

de mal! " Oh! combien de mères insensées seront condamnées au feu éternel, à cause de leurs filles! Pères et mères, vous

devez un compte terrible à Dieu. " (Sermon surl'éducation.)

Mais il ne faut pas se contenter d'une stérile admiration pour les vertus et la perfection. Prenons des résolutions, mettons-nous à

l'œuvre, et implorons avec Alphonse les secours de Dieu et de Marie en disant de tout notre coeur:

" Je sens, mon Dieu, que malgré mon ingratitude et ma négligence, vous continuez de m'appeler à votre amour. Me voici , je ne

résiste plus; j'abandonne tout pour être à vous. Je ne suis plus à moi, vous avez conquis mon âme et mon coeur. Comment

pouvais-je aimer autre chose que vous, après vous avoir vu mourir sur une croix pour me sauver ? Puis-je vous voir mourir

pour moi, et ne pas vous aimer de tout mon coeur? Oui, je vous aime, et mon seul désir est de vous aimer dans cette vie et

dans l'autre. O Jésus, ô mou amour, ma force et ma consolation, donnez-moi le courage de vous être fidèle! Eclairez-moi,

faites-moi connaître toutes les choses dont je dois me détacher; donnez-moi la force de vous obéir en tout; comme j'en fais la

résolution. Je m'offre à vous, je me donne à vous, pour remplir votre désir de vous unir à moi, afin que je m'unisse à vous! oui,

à vous, ô mon Dieu et mon tout! Venez, Jésus, venez prendre possession de tout mon être; attirez à vous toutes mes pensées et

toutes mes affections. Je renonce à tous mes appétits, à toutes mes consolations, à toutes les choses créées. Vous êtes assez

pour moi ! faites-moi la grâce de penser à vous seul, de désirer, de chercher vous seul , ô mon bien-aimé , ô mon unique bien !

O Marie, mère de Dieu! obtenez pour moi la persévérance ! " (Pratique de l'amour de Jésus-Christ.)

Il serait facile de trouver dans les ouvrages de saint Alphonse une multitude de ces pensées simples, vives et populaires , qui

nous donneraient la théorie de toutes les vertus qu'il mit en pratique dans la première période de sa vie; on y recueillerait aussi

un nombre infini de ces formules de prières, d'affections et de résolutions qui s'élançaient de son coeur comme des traits de

flammes. Mais nous voulons seulement donner une idée sommaire de ses livres de piété, et surtout des moins connus, et inspirer

au lecteur le désir de les étudier et de les lire. Ils sont tous de vrais trésors de la plus pure et la plus sublime spiritualité, sous la

forme la plus simple et la. plus accessible.

FIN DU PREMIER LIVRE.

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LIVRE SECOND (11724-1732)

Saint Alphonse reçoit le sacerdoce. - Ses premiers travaux apostoliques, jusqu'au projet de fonder la Congrégation du

Très-saint-Rédempteur, ou second témoignage sur la valeur de notre âme.

CHAPITRE I. Alphonse se dispose aux saints ordres par de pieux exercices, par les études et les vertus cléricales.

Le cardinal Pignatelli, ayant revêtu Alphonse de l'habit ecclésiastique, l'attacha à la paroisse Saint-Ange. Dès lors, on le vit

servir la messe, faire l'office de thuriféraire; ou d'acolythe , assister à toutes les cérémonies; c'était pour lui un paradis anticipé;

tout le monde était ravi de sa dévotion et de sa modestie. On était surtout édifié de le voir, le dimanche, un crucifix à la main ,

chantant de pieux cantiques, rassembler les enfants, les conduire à l'église, où il leur faisait le catéchisme.

Il s'appliqua aussi avec beaucoup d'ardeur à se rendre habile dans les sciences ecclésiastiques. Il se traça dès lors , et suivit

invariablement dans les études sacrées, un plan capable de former un saint et un Docteur de l'église. Il était très-versé dans les

belles-lettres, dans la philosophie, dans le droit civil et le droit canonique; l'Ecriture-Sainte devint son livre par excellence; il ne

passait pas un jour sans lire ou méditer quelque chapitre. Il recueillait les commentaires les plus savants, pour comprendre les

sens les plus vrais et les plus sublimes de la parole divine. Il regardait l'Ecriture-Sainte comme le livre de la vérité et de la loi , le

livre qui dirige nos pas dans la vraie sagesse et nous enseigne tous nos devoirs. Il s'appliqua aussi à l'étude de la théologie

dogmatique , et la considérait comme le soutien de la vraie croyance, comme la science de Dieu, de ses grandeurs et de notre

sainte Religion. Il s'adonna également à la théologie morale, comme étant la règle des moeurs; il cherchait à éviter les extrêmes ,

à connaître le véritable esprit de la morale évangélique. La tradition des Pères de l'église fut aussi un objet tout particulier de ses

études. " Les saints .Docteurs , disait-il, ont été les premiers savants sous tous les rapports; celui qui ne les étudie pas ne peut

être un ecclésiastique instruit. " L'histoire des conciles et des hérésies, ainsi que leur réfutation, fit encore la matière de ses

occupations. Enfin, il étudia la théologie ascétique et mystique, pour bien diriger les âmes choisies qui en recherchent la

connaissance; il eut constamment pour maîtres les premiers ecclésiastiques de la capitale ; ses nombreux ouvrages prouvent

combien il avait su profiter.

Il se prescrivit pour règle de consacrer tout son temps à l'étude et à la prière; il s'attacha surtout à mortifier ses sens , à leur

refuser toute espèce de satisfaction. Cilices, jeûnes, disciplines, instruments de pénitence avec lesquels il se macérait jusqu'au

sang, tout était mis en oeuvre pour marcher sur les traces de Jésus-Christ. Il jeûnait tous les samedis, au pain et à l'eau, en

l'honneur de la très-sainte Vierge; ses vêtements étaient humbles et communs; il n'avait plus l'air d'un gentilhomme; mais ,

renonçant à la noblesse et aux honneurs, il n'en porta plus les insignes. Il souffrit quelque temps, par condescendance pour. Son

père, de se laisser suivre par un laquais; mais il s'en débarrassa bientôt, et parut dans les rues de Naples comme le plus pauvre

des ecclésiastiques.

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CHAPITRE II. Premiers travaux, premières prédications d'Alphonse.

Alphonse reçut la tonsure le 23 septembre 1724, les ordres mineurs le 23 décembre suivant, et le sous-diaconat le 22

septembre 1725.

Aussitôt, il entra comme novice dans la congrégation des missions, dite la Propagande. Le nouveau candidat fut bientôt

l'édification de cette illustre société apostolique; il prêchait de temps en temps et faisait le catéchisme aux enfants, et faisait,

même en plein vent, des exhortations pathétiques, afin de réveiller les tièdes, et d'exciter les pécheurs à la pénitence. Il était

associé à d'autres congrégations, à la compagnie des Blancs dont le but est de porter les secours de la religion aux malheureux

que la justice humaine a condamnés au dernier supplice. Il écrivit, plus tard, un traité sur les moyens de rendre à ces misérables

les plus précieux services.

A la vue des bénédictions que le ciel répandait sur les travaux d'Alphonse, le cardinal Pignatelli lui conféra le diaconat le 6 avril

1726, et lui permit de prêcher dans toutes les églises de Naples. Son premier sermon fut donné à l'occasion de l'exercice des

Quarante-Heures, dans l'église Saint-Jean ; il avait pour texte ces paroles d'Isaïe : " Ouvrez les cieux , Seigneur, et descendez !

" et peignait avec beaucoup d'énergie l'immensité de l'amour de Jésus-Christ pour nous, et la monstruosité de notre ingratitude

envers Dieu.

Depuis ce sermon, Alphonse fut invité dans toutes les chaires; il aimait surtout à parler sur le dogme du Saint-Sacrement, dans

les églises où il était exposé. Il fut même envoyé avec des prêtres de la Propagande, pour prêcher des missions dans différentes

parties du royaume.

Les fatigues et les austérités donnèrent bientôt lieu de craindre qu'il n'abrégeât ses jours. La douleur de son père et de sa mère

fut au comble; ils prièrent les directeurs de modérer son ardeur pour le travail et la mortification. Mais son corps devait céder ;

son esprit s'épuisait par des applications si multipliées ; Alphonse tomba malade et se vit aux portes du tombeau. Il demande

alors qu'on lui apporte la statue de Notre-Dame-de-la-Merci, devant. laquelle il avait suspendu son épée, quand il renonça au

monde. L'image est placée sur le lit, la sainte Vierge exauce les prières du saint lévite, et bientôt il est hors de danger.

Le 21 décembre suivant, Alphonse reçut ta prêtrise, à l'âge de trente ans et trois mois, à la grande satisfaction de toute la ville

de Naples. Il fallait le voir descendre de l'autel, rempli d'un feu sacré et respirant le désir de se consacrer à la 'sanctification des

âmes !

Le cardinal Pignatelli le choisit pour donner les exercices spirituels à son clergé de Naples, et s'applaudit à la vue du grand

concours qui suivit ses instructions, et des bénédictions répandues sur ses travaux. Bientôt Naples ne parlait plus que des vertus

d'Alphonse et de l'esprit apostolique dont il était embrasé.

Devenu prêtre, il n'avait presque plus le temps de reprendre haleine. Les congrégations envoyaient de toutes parts le prier de

leur donner les exercices spirituels ; de nombreux monastères de religieuses se montraient saintement avides de participer aux

fruits de sa parole. Les églises de Naples les plus fréquentées et celles du premier ordre se prévenaient l'une l'autre pour l'avoir,

surtout pendant les solennités des Quarante-Heures. Il rentrait chez lui, chargé d'une riche moisson et rempli de la douce

consolation d'avoir gagné à Jésus-Christ toutes les âmes qu'il avait trouvées attachées au péché.

Uniquement animé de l'esprit de Dieu, Alphonse ne prêchait que Jésus crucifié; tout en lui concourait à relever sa mission. La,

noblesse de sa naissance confondait les esprits superbes; les rares talents et les dons naturels dont il était orné le mettaient bien

au-dessus de tant d'autres prédicateurs ; mais ce qui rendait surtout son éloquence persuasive, c'était sa modestie , son

recueillement, sa profonde humilité et son souverain mépris du monde. Enfin, ce qui achevait de faire la plus profonde

impression sur les esprits, c'était la vie pénitente que l'on admirait en lui et qui était pour les autres la condamnation de leur

délicatesse.

Les sermons d'Alphonse n'étaient pas ornés de ces brillantes conceptions rendues avec art, dans un style pompeux et fleuri ;

car il ne cherchait qu'à se faire comprendre du peuple. Ses paroles avaient toute la suavité de la manne; l'homme simple,

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