Paul et Virginie (page 10)
Que de lois diverses et contraires à la loi unique de l’attraction permanente et réciproque des astres ! que de nouvelles objections à faire !
Bayle raconte que, de son temps, un habile physicien essaya de mettre un petit corps dans un simple équilibre, au moyen de l’attraction. Il disposa donc, dans le repos de son cabinet, plusieurs aimants au foyer desquels il mit en l’air un globule de fer, mais jamais il ne put l’y maintenir un seul instant. Comment donc pourrions-nous croire que tant d’astres mobiles et immobiles, grands et petits, attirants et attirés, se maintiennent à des distances infinies les uns des autres, depuis des siecles, par la seule projection du hasard ? Le judicieux Bayle reproche en général aux astronomes leur ignorance en physique, et d’en négliger l’étude pour celle du calcul. Il prétend même que ces deux études sont incompatibles. Il leur déclare, malgré son scepticisme sur la plupart des opinions humaines, que leur système s’écroulera de lui-même, et qu’ils seront forcés, tôt ou tard, pour le soutenir, d’admettre une intelligence dans chacun des astres dont ils veulent expliquer le mouvement ou le repos.
Ce fut Voltaire qui apporta en France l’attraction Newtonienne, dont elle étoit repoussée depuis vingt-sept ans par les tourbillons Carthésiens. Ce n’étoit pas une petite gloire pour lui de renverser un système et d’en édifier un autre. Il auroit pu faire honneur de celui-ci à Keppler, son inventeur, et même aux anciens, comme on le voit dans un morceau très curieux de Plutarque. Mais il préféra d’en donner des leçons à la belle Émilie du Châtelet, de lui en dédier un traité, et de le faire paroître sous ses auspices, par une fort belle épître en vers. Il y parle de Newton comme d’un demi-dieu :
Confidents du Très-Haut, substances éternelles,
Qui brûlez de ses feux, qui couvrez de vos ailes
Ce trône où votre maître est assis parmi vous,
Parlez, du grand Newton n’étiez-vous point jaloux ?
Il y a apparence que dans cet élan il étoit beaucoup plus enthousiasmé de son écoliere que de son précepteur ; car voici comme il s’exprimoit plusieurs années après, quand il fut d’un sens rassis :
Ces cieux divers, ces globes lumineux
Que fait tourner Réné le songe-creux
Dans un amas de subtile poussiere,
Beaux tourbillons que l’on ne prouve guere,
Et que Newton, rêveur bien plus fameux,
Fait tournoyer, sans boussole et sans guide,
Autour de rien, et tout autour du vuide.
Je ne sais si l’attraction passera un jour sur la terre, comme dans les cieux, pour la loi unique qui en a formé tous les êtres. Mais que deviendront alors les lois morales qui doivent régir les hommes ? n’est-elle pas une loi morale elle-même, cette loi de la raison universelle qui a créé dans la nature les lois mécaniques, les emploie, les développe, et les perfectionne ? L’architecte d’un palais en a, sans doute, précédé les mâçons.
Oh ! combien nos doctrines humaines ont dégradé parmi nous la science divine ! Les unes nous représentent ce globe comme un ouvrage céleste, dévasté par les démons ; d’autres nous montrent les cieux comme une habitation d’animaux. C’est sous leurs noms et sous leurs images qu’elles font briller les constellations célestes ; et le mécanisme dont elles les font mouvoir renferme, sans contredit, beaucoup moins d’intelligence que les bêtes n’en emploieraient elles-mêmes pour se conduire sur la terre. Qu’en résulte-t-il pour notre instruction et notre bonheur ? Nos premiers documents épouvantent notre enfance et nous rendent, pendant toute la vie, la mort effroyable ; les seconds paralysent notre raison et nous rendent la vie insipide. Souvent les uns et les autres se succedent pour nous tourmenter et nous abrutir tour-à-tour.
Heureux ceux qui, forts de leur conscience premiere, ne cherchent l’auteur de la nature que dans la nature même, avec les simples organes qu’elle leur a donnés ! Ils n’étudient point en tremblant les destinées du genre humain, dans une polyglotte. Ils ne cherchent point, à la faveur d’un télescope, à travers le Serpent, le Cancer, et les autres monstres des cieux, le retour assuré d’une comete, pour confirmer une théorie du hasard. Les objets de la nature les plus communs sont pour eux les plus dignes d’admiration et de reconnoissance. Dès l’aurore, ils voient le soleil repousser vers l’orient le voile sombre de la nuit, et ranimer de ses rayons une terre couverte de végétaux et d’êtres sensibles ; à midi, l’astre qui fait tout voir disparoît enseveli dans une splendeur éblouissante ; mais vers le soir, déployant à l’occident le voile de sa lumiere, il découvre sur l’horizon qu’il abandonne des cieux tout étincelants de constellations. Qu’admireront-ils de plus ? sera-ce la lunette astronomique, qui, pour en nombrer les étoiles, s’alonge en vain toutes les nuits dans les airs, depuis des siecles ; ou les yeux que leur donna la nature, pour en embrasser le spectacle infini, dans un instant ?
LISTE
DES SOUSCRIPTEURS
DE CETTE ÉDITION.
N°
1 M. de Maisonneuve, négociant à Paris, un exemplaire après la lettre.
2 M. Jean-Antoine Gay, ci-devant médecin en chef de l’hôpital de Montpellier, un exemplaire après la lettre.
3 M. Saint-Julien Desnoeux, négociant à Paris, un exemplaire après la lettre.
4 Madame de Saint-Just, à Paris, un exemplaire après la lettre.
5 M. Dingé, employé à la trésorerie, deux exemplaires après la lettre.
6 M. Ducis, membre de l’Institut, un exemplaire après la lettre.
7 M. Louis Robiano, à Bruxelles, un exemplaire après la lettre.
8 M. Gauthey, inspecteur-général des ponts et chaussées, un exemplaire après la lettre.
9 M. Lamendé, inspecteur-général des ponts et chaussées, un exemplaire après la lettre.
10 M. de Beauffremont, officier au service d’Espagne, un exemplaire avant la lettre.
11 M. Daussy, à Saint-Omer, un exemplaire après la lettre.
12 M. Johanneau, libraire au Palais du Tribunat, un exemplaire colorié.
13 M. François Robiano, à Bruxelles, un exemplaire après la lettre.
14 M. de Boisguilbert, à Rouen, un exemplaire avant la lettre.
15 M. Peschart de Mairey, professeur de mathématiques à Sorese, un exemplaire après la lettre.
16 M. Bondon, ingénieur en chef du canal d’Arles, un exemplaire après la lettre.
17 M. Fallette de Barol, à Turin, un exemplaire après la lettre.
18 M. Gabriel le Fort, aîné, à Rennes, deux exemplaires après la lettre.
19 M. Paul-Naveille-Eugene d’Andrée, à Carpentras, un exemplaire après la lettre.
20 Madame Démidoff, en Russie, à Pétersbourg, un exemplaire avant la lettre.
21 M. Démidoff, conseiller privé de S. M. L’Empereur de toutes les Russies, et commandeur de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, à Pétersbourg, un exemplaire colorié.
22 M. Desoer fils, à Liege, un exemplaire après la lettre.
23 Madame la baronne de Krudener, à Riga, deux exemplaires après la lettre.
24 M. Jean-Louis Laya, homme de lettres, un exemplaire après la lettre.
25 M. Regnault de Saint-Jean-d’Angély, membre de l’Institut, et conseiller d’état, à Paris, un exemplaire après la lettre.
26 M. Alfonse Buffault, à Paris, un exemplaire après la lettre.
27 Madame Félicité, comtesse Mniszek, à Vienne en Autriche, un exemplaire après la lettre.
28 M. Robert de Saint-Victor, secrétaire de la Société d’émulation de Rouen, à Rouen, un exemplaire après la lettre.
29 Madame Servandoni d’Hannetaire, à Viry, un exemplaire après la lettre.
30 M. Jacques Duval, à Pétersbourg, trois exemplaires après la lettre.
31 Madame Marie-Louise Dupré, à Paris, un exemplaire après la lettre.
32 Son Altesse Impériale Monseigneur le Prince Joseph Bonaparte, membre de l’Institut, un exemplaire in-fol. satiné et colorié.
33 M. van Laere, à Mastricht, un exemplaire après la lettre.
34 Sa Majesté Impériale de toutes les Russies l’Empereur Alexandre, un exemplaire après la lettre, idem avant la lettre, idem satiné et colorié, idem in-fol.
35 Sa Majesté Impériale de toutes les Russies l’Impératrice régnante, un exemplaire après la lettre, idem avant la lettre, idem satiné et colorié, idem in-fol.
36 Sa Majesté Impériale de toutes les Russies l’Impératrice mere, un exemplaire avant la lettre, idem après la lettre, idem satiné et colorié, idem in-fol.
37 M. J. H. Bazin, négociant à Dinan, un exemplaire avant la lettre.
38 M. Grivel du Villey, éleve de l’École polytechnique, à Paris, un exemplaire après la lettre.
39 M. Morin jeune, à S.-Brieux, un exemplaire après la lettre.
40 M. George Toscan, bibliothécaire du Muséum d’Histoire naturelle du Jardin des Plantes, à Paris, un exemplaire après la lettre.
41 M. Arnaud, membre de l’Institut, un exemplaire après la lettre.
42 Madame Harvey, à Paris, un exemplaire après la lettre.
43 M. Harvey, receveur du port, à Belfast en Irlande, un exemplaire après la lettre.
44 M. Vallin l’aîné, à Lyon, un exemplaire colorié.
45 M. Niemasdicq, Polonais, en Amérique, un exemplaire après la lettre.
46 Madame la Princesse Sapietra, née Zamoyska, un exemplaire après la lettre.
47 Mademoiselle Héleine le Baron, libraire à Caen, un exemplaire après la lettre.
48 M. Henri des Bassins, un exemplaire avant la lettre.
49 M. Patris de Breuil, secrétaire-adjoint de la préfecture de l’Aube, à Troies, un exemplaire après la lettre.
50 M. Brunet de Non, à Châlons-sur-Saône, un exemplaire colorié.
51 Madame Dittmer, épouse de M. Dittmer, banquier à Paris, un exemplaire après la lettre.
52 Mademoiselle Virginie Desirée des Hayes, à Versailles, un exemplaire colorié.
53 M. Bourgeois de la Richardiere, graveur, à Paris, un exemplaire après la lettre.
54 Madame Mahé de la Bourdonnais, veuve de Molezun Pardiac, à Betplan, un exemplaire colorié.
55 M. Louis Goldsmith, à Paris, un exemplaire après la lettre.