Sermones in Cantica canticorum (page 25)

Bernard de Clairvaux · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — sermons sur le Cantique · 29 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

7. Si quelqu'un croit qu'il vaut mieux entendre les paroles de l'épouse en ce sens, que notre faon de biche passera les méchants, et sautera sur les bons, je le vaux bien, pourvu qu'il tombe d'accord qu'il règlera ses sauts, en sorte, qu'il fera une différence entre les bons et les méchants. Car je pense, si je m'en souviens bien, que c'est aussi le sens que j'ai donné dans un autre discours, où j'ai expliqué ce même verset (Serm. V, 4). Mais alors ce faon sautait, ou passait outre, selon la dispensation de la grâce qui est donnée aux uns, dans cette vie, et .refusée aux autres, par un juste mais secret jugement de Dieu. Mais ici c'est pour récompenser les mérites d'une dernière et différente manière.

Et peut-être les dernières paroles de ce verset que j'avais presque oublié, favorisent-elles ce sens. Car, après avoir dit : "Soyez semblable, mon bien-aimé, à la chèvre et au faon de biche, elle ajoute : sur les montagnes de Béthel (Cant. II, 17). " Car il n'y a point de mauvaises montagnes dans la maison de Dieu, qui est ce que signifie Bethel. C'est pourquoi l'époux, en sautant sur elles, ne les foule pas, mais les réjouit, et cette parole de l'écriture se trouve accomplie : " Les montagnes et les collines chanteront des louanges en la présence de Dieu (Isa. LV, 12). " Il y a, en effet, des montagnes que, selon l'évangile, la foi compare à un grain de moutarde, transporté d'un lieu à un autre; mais ce ne sont pas les montagnes de Béthel.

Car la foi n'enlève pas ces dernières, elle les cultive.

8. Si les Principautés, les Puissances, et les autres troupes des esprits bienheureux, enfin, si toutes les vertus célestes sont les montagnes de Béthel, en sorte que nous entendions d'eux ce qui est dit : " Ses fondements sont dans les montagnes saintes, " ce faon de biche ne paraîtra point vil et méprisable, puisqu'il est élevé au dessus de si excellentes montagnes, il paraîtra " d'autant meilleur que les anges, qu'il a reçu en partage un nom beaucoup plus noble qu'eux, comme dit l'Apôtre (Heb. II, 4). Qu'il a été rendu un peu inférieur aux anges (Psal. VIII, 6); " cela n'empêche pas qu'il ne soit meilleur qu'eux, l'Apôtre et le Prophète ne se sont pas contredits, puisqu'ils étaient animés du même esprit. Car c'est par sa volonté, non par nécessité, qu'il a été inférieur aux anges. Eu sorte que, bien loin que cela diminue rien de sa bonté, au contraire cela l'augmente. Aussi, le Prophète ne dit pas, qu'il est moindre que les anges, mais qu'il a été rendu inférieur aux anges, relevant ainsi la grâce de sa miséricorde, sans faire tort à sa grandeur. Sa nature ne lui permettait pas d'être moindre que les anges, mais la cause de son abaissement au dessous d'eux, en est l'explication. Car il ne leur a été inférieur que parce qu'il l'a bien voulu. Il l'a été par sa volonté, et pour notre avantage, et ainsi cet abaissement n'est l'effet que de la compassion qu'il a eue pour nous. Il n'a donc rien perdu en s'humant, puisque sa clémence a gagné tout ce qu'il semblait que sa majesté eût perdu. L'Apôtre n'a pas passé sous silence ce grand mystère d'une bonté si extrême, lorsqu'il a dit : "

Ce Jésus qui a été un peu abaissé au dessous des anges, nous le voyons, à cause de sa passion, couronné d'honneur et de gloire (Heb. II, 9). "

9. Que cela soit dit pour l'explication de la comparaison que l'épouse fait de l'époux avec un faon de biche, et pour faire voir qu'elle ne fait point injure à sa majesté. Que dis-je ! elle n'en fait pas même à son infirmité. Il est un faon de biche, il est un petit enfant. Il est semblable à une chèvre, comme étant né d'une femme, et néanmoins il est sur les montagnes de Béthel, il a été fait plus élevé que les Cieux (a) (Heb. VII, 26). " L'Apôtre ne dit pas qui est, ou qui subsiste plus élevé que les cieux, de peur qu'on ne s'imaginât qu'il voulût parler de la nature de celui qui est l'être par excellence. Lors même qu'il le préfère aux anges, il ne dit pas qu'il est ont qu'il subsiste, mais "qu'il a été fait meilleur qu'eux (Heb. I, 4). " D'où il paraît que, non-seulement selon ce qu'il est de toute éternité, mais encore selon ce qu'il a été fait dans le temps, il est éminemment élevé au dessus de toutes Principautés et de toutes Puissances, et enfin au dessus de toutes créatures, comme le premier-né de toutes les créatures. Aussi, ce qui paraît folie en Dieu est plus sage que toute la sagesse des hommes, et ce qu'il y a de faible en lui est plus fort gîte toute leur force (I Cor. I, 25). C'est ce que dit l'Apôtre; mais, pour moi, je crois qu'on peut encore, sans se tromper, dire ja même chose à l'égard des anges. On peut donc appliquer ce passage à l'église universelle.

10. Pour ce qui est d'une âme en particulier, car une âme petit être épouse, si elle aime Dieu avec douceur, avec sagesse et avec passion, tout homme spirituel peut remarquer en soi ce que sa propre expérience lui enseigne sur ce sujet. Pour moi, je ne craindrai point de vous déclarer ce que Dieu m'a fait la grâce d'en ressentir ; car, quoique cela puisse sembler vil et méprisable, je ne m'en soucie guère, attendu que celui qui est spirituel ne me méprisera point. Mais réservons ce sujet pour un autre discours. Peut-être y en aura-t-il qui seront édifiés de ce que l'époux de l'église Jésus-Christ Notre-Seigneur m'inspirera sur les prières qui lui seront faites, lui qui étant Dieu et élevé au dessus tout, est béni dans les siècles des siècles Ainsi soit-il.

SERMON LXXIV. Visites du Verbe époux à l'âme sainte; combien elles sont secrètes. C'est ce que saint Bernard fait connaître à ses auditeurs, pour leur édification, avec humilité et une sorte de pudeur.

1. " Revenez (Cant. II, 17), " dit-elle. Il reste manifeste que l'époux n'est pas présent puisqu'elle le rappelle, et néanmoins il l'a été fort de peu temps auparavant, puisqu'il semble qu'elle le rappelle au moment où il s'en allait. Ce rappel qui parait si hors de propos est la a Dans tous les manuscrits et dans les premières éditions des Oeuvres de saint Bernard, on lit la leçon que nous donnons ici: Horatius a lu " demeure. " On retrouve dans la sermon soixante-quinzième, le mot que nous traduisons ici par " qui est ", et que les éditeurs ont remplacé par le mot " qui s'asseoit. " Toutefois il est à remarquer que dans ce sermon soixante-treizième, on lit aussi un peu plus loin, " il demeura où il exista. "

marque de l'amour extrême de l'un et de la beauté aimable de l'autre. Oit sont ceux qui cultivent si fort l'amour, et qui sont si passionnés pour lui, qu'ils n'ont ni trêve ni paix dans sa poursuite? Je me souviens que je vous ai promis d'appliquer ce passage au Verbe et à l'âme; mais je confesse que pour le faire tant soit peu dignement, j'ai grand besoin du secours du Verbe lui-même. Et véritablement ce discours siérait mieux à nue personne qui aurait éprouvé plus que moi les secrets de l'amour divin et les posséderait plus à fond. :Mais je ne puis me dispenser de ce que je vous dois, et de satisfaire vos désirs. Je sais bien le danger où je m'engage, et je ne l'évite pas, parce que vous me contraignez à m'y engager. Vous m'obligerez, pour user des termes du Prophète, à entreprendre des choses qui sont grandes et placées infiniment au dessus de moi. Hélas ! je crains qu'on ne me dise : Pourquoi racontez-vous mes délitas, et pourquoi une bouche aussi impure que la vôtre parle-t-elle de mes mystères? écoutez cependant un homme qui appréhende de parler, et qui ne saurait se taire. Peut-être cette appréhension même excusera-t-elle ma hardiesse , surtout si cela sert à votre édification ; et peut-être Dieu aura-t-il aussi égard aux larmes que.

je verse. Revenez, dit l'épouse. Elle avait raison. Il s'en allait, et elle le rappelle. Qui me découvrira la raison mystérieuse de ces changements? Qui me xpliquera dignement ce que c'est que ces allées et ces retours du Verbe ? Est-ce que l'époux est inconstant ? D'où peut sortir et où peut aller ou retourner celui qui remplit tout ? Quel mouvement local peut avoir celui qui est Esprit ? ou quel mouvement peut-on attribuer à Dieu, à celui qui est absolument immuable?

2. Que celui qui peut comprendre ces choses les comprenne.

Pour nous, marchant simplement et avec prudence néanmoins, dans l'exposition de ce discours mystique et sacré, suivons l'exemple de l'écriture qui se sert de nos paroles pour exprimer la sagesse cachée dans ce mystère, et qui, pour figurer Dieu à nos esprits, nous l'insinue par les images des choses sensibles, nousprésentant ainsi un avantage précieux : je veux parler de ce qu'il y a d'inconnu et d'invisible en Dieu, dans des vases d'une matière de peu de valeur. Imitons-la, et disons que le Verbe de Dieu, qui est Dieu, et l'époux de l'âme, vient dans l'âme de la manière qu'il lui plait et la laisse ensuite, pourvu seulement que nous croyions que cela se fait par un sentiment intérieur de l'âme, non par un mouvement du Verbe. Par exemple, lorsqu'elle sent la grâce, elle reconnaît que le Verbe est présent; et lorsqu'elle ne la sent pas, elle se plaint de ce qu'il est absent, et demande qu'il revienne à elle, en disant avec le Prophète : " Toutes les affections de mon âme et vous cherchent, je chercherai, Seigneur, votre présence (Psal. XXVI. 8). " Et comment ne le chercherait-elle pas, puisque lorsque cet aimable époux s'est retiré, elle ne saurait désirer autre chose que lui, ni penser à autre chose qu'à lui. Il ne lui reste donc que de le chercher avec soin quand il est absent, et de le rappeler quand il s'en va. C'est donc ainsi que le Verbe est rappelé, et il est rappelé par le désir de l'âme, mais de l'âme à qui il a eu la bonté de se faire goûter une fois.

Le désir, n'est-ce pas une voix? Oui, c'en est une, et forte même. Car " le Seigneur ", dit le Prophète, " a exaucé le désir des pauvres (Psal. IX. 17). " Lors donc que l'époux s'en va, le seul cri de l'âme, son seul et continu désir, sa seule et unique demande, c'est qu'il revienne.

3. Donnez-moi maintenant une âme que le Verbe. époux ait coutume de visiter souvent, à qui la familiarité donne de la hardiesse, le goût de la faim, le mépris de toute choses du repos, et je ne ferai point difficulté de lui attribuer la voix et le nom d'époux et de lui appliquer les paroles que nous expliquons maintenant. Telle est en effet celle dont il est question ici. Car elle témoigne assez, en rappelant l'époux, qu'elle a mérité sa présence si-elle n'est pas digne encore de toute l'abondance de ses grâces. Autrement elle ne le rappellerait pas, mais elle l'appellerait; rappeler marque le retour, et peut-être ne s'est-il retiré que pour qu'elle le rappelât avec plus d'ardeur, et qu'elle l'embrassât plus étroitement. Car lorsqu'il feignait un jour de vouloir aller plus loin, il n'en avait point envie, en effet, mais il désirait s'entendre dire ces paroles : " Demeurez avec nous, Seigneur, car il est tard (Luc. XXIV. 39). " Et, une autre fois, lorsqu'il marchait sur la mer et que les Apôtres naviguaient et avaient beaucoup de peine à avancer, il fit semblant de vouloir passer outre, et cependant ce n'était pas son dessein, mais il voulait seulement éprouver leur foi et se faire prier. Car comme dit l'évangeliste : " Ils furent troublés et crièrent, croyant que ce fût un fantôme (Marc. VI.

49). " Cette pieuse dissimulation, ou plutôt celte salutaire dispensation, dont le Verbe usa d'une manière corporelle, le même Verbe, qui est Esprit, continue à y avoir encore recours d'une façon spirituelle avec l'âme qui l'aime; quand il passe outre, il veut être retenu, et quand il s'en va, il veut être rappelé, car le Verbe, qui est la parole de Dieu, n'est pas irrévocable. Il va et revient selon son bon plaisir ; il visite l'âme dès le matin, comme dit le Prophète, et il l'éprouve aussitôt, en se retirant : s'il va dans l'âme, c'est un effet de sa grâce spontanée, et s'il y retourne, cela dépend absolument de sa volonté; mais il ne fait l'un et l'autre qu'avec un jugement dont il connaît seul la raison.

4. Toujours est-il, que ces vicissitudes du Verbe, qui s'en va et qui vient, se passent dans l'âme, ainsi qu'il le dit lui-même. " Je vais et je viens en vous (Joan. XIV. 20). " Et ailleurs : " Vous ne me verrez plus durant un peu de temps, et un peu après vous me verrez (Joan. XVI. 7). " O peu de temps et peu de temps ! O que ce peu de temps dure longtemps ! Mon doux Sauveur, comment pouvez-vous appeler court le temps que nous ne vous voyons pas? Je n'ai garde d'accuser la parole de mon Seigneur, mais le temps me semble long, excessivement long! L'un et l'autre est véritable. Il est court, si on considère nos mérites, agis il est bien long, si on regarde nos désirs.

C'est dans ce sens que le Prophète dit : " S'il diffère à venir, attendez-le, car il viendra bientôt (Abac. II. 3). " Comment ne tardera-t-il point, s'il de l’heure quelque temps à venir, sinon parce qu'il viendra assez tôt, selon nos mérites, mais non pas selon nos voeux ? Or, l'âme qui aime est emportée par la ferveur de ses veaux, elle est entraînée par ses désirs, elle oublie son peu de mérite, elle n'a point d'yeux pour voir la majesté de son époux, et n'en a que pour les plaisirs dont elle souhaite jouir; ne regarde que sa grâce salutaire, et elle agit familièrement avec lui. Enfin, sans crainte et sans pudeur, elle rappelle le Verbe, et redemande avec confiance ses premières délices; elle ne le nomme pas son Seigneur, mais son bien-aimé, avec sa liberté habituelle. " Revenez, mon bien-aimé, dit-elle, et elle ajoute : Soyez semblable à la chèvre et au faon de biche sur les montagnes de Béthel " Mais nous expliquerons ces paroles plus tard.

5. Maintenant, souffrez mon indiscrétion. Je veux vous dire, parce que je vous l'ai promis, comment ces choses se passent en moi. Cela n'est pas à propos, je l'avoue, mais je me livre volontiers, pourvu que cela vous serve. Si vous en profitez, je me consolerai de mon peu de retenue, sinon j'avouerai ma folie. Je confesse, quoique ce soit pécher contre la modestie de vous le dire, que le verne m'a aussi visité et qu'il l'a fait même plusieurs fois. Mais quoiqu'il soit entré souvent en moi, je ne m'en suis pas néanmoins aperçu. J'ai senti qu'il y était, je me souviens qu'il y a été, j'ai pu même quelquefois pressentir son entrée, mais je ne l'ai jamais sentie, non plus que sa sortie. Car d'où venait-il quand il vint dans mon âme, et d'où s'en est-il allé lorsqu'il l'a quittée, par où est-il entré, ou sorti? c'est ce que je confesse ignorer maintenant, selon cette parole : " Vous ne savez d'où il vient, ni où il va (Joan. III, 8). " Et il ne faut pas s'en étonner, puisque c'est à lui qu'un prophète a dit autrefois: " Et l'on ne connaîtra point la trace de vos pas. " Il est hors de doute qu'il n'est entré ni par mes yeux; car il n'est pas coloré, ni par mes oreilles, car il n'est pas un son, ni par mon nez, car il ne se mêle pas avec l'air, mais avec l'âme, et ne l'affecte pas, mais la fait; ni par mon gosier, car il ne se mange ni ne se boit. Je ne l'ai point non plus reconnu au toucher, car il n'est pas palpable. Par où donc est-il entré ? Car il n'est pas venu du dehors, puisqu'il n'est aucune des choses qui paraissent au dehors. Cependant il n'est pas venu du dedans de moi, car c'est un bien et le bien n'habite point en moi, je le sais. Je suis aussi monté au dessus de moi, et j'ai trouvé que le Verbe est encore plus haut. Ma curiosité me l'a fait chercher au dessous de moi, et j'ai trouvé pareillement qu'il est encore plus bas. J'ai regardé hors de moi, et j'ai reconnu qu'il est encore au delà de ce qui est hors de moi; et enfin je l'ai cherché au dedans de moi, et j'ai vu qu'il m'est plus intérieur que moi-même. Et alors j'ai reconnu la vérité de cette parole : " Nous vivons, nous nous mouvons, et nous subsistons en lui (Act. XVII, 28). " Mais heureux celui en qui il est, qui vit pour lui, qui est mu par lui.

6. Vous demandez sans doute comment donc j'ai pu reconnaître qu'il était présent, puisque ses voies sont si incompréhensibles; mais il est vif et efficace, et aussitôt qu'il est venu en moi, il a réveillé mon âme qui dormait, il a remué, amolli, et blessé mon coeur, qui était dur comme la pierre et malade. Il s'est mis aussi à arracher, à détruire, à édifier, et à planter, à arroser ce qui,était sec, à éclairer ce qui était ténébreux, à ouvrir ce qui était serré, à enflammer ce qui était froid, à redresser ce qui était tortu, et à aplanir ce qui était rude et raboteux. en sorte que mon âme bénissait le Seigneur, et tout ce qui est en moi glorifiait son saint nom. C'est donc ainsi que le Verbe époux, en entrant quelquefois en moi, ne m'a fait connaître son entrée par aucune marque, ni par la voix, ni par la figure, ni par la démarche. Enfin je ne l'ai connu par aucun mouvement de sa part, je n'ai aperçu par aucun de mes sens, qu'il se fût glissé dans le fond de mon âme. J'ai seulement reconnu sa présence par le mouvement de mon coeur, comme je l'ai déjà dit, j'ai remarqué la puissance de sa vertu par la fuite des vices, et par l'amortissement des passions qu'elle opérait en moi. J'ai admiré la profondeur de sa sagesse dans la discussion et la réprobation de mes fautes secrètes, j'ai éprouvé sa bonté et sa miséricorde par un amendement de ma vie, j'ai découvert, en quelque sorte sa beauté infinie par le renouvellement et la réformation de mon esprit, c'est-à-dire de mon homme intérieur: en regardant toutes ces choses ensemble, j'ai été surpris d'étonnement de sa grandeur incompréhensible.

7. Mais comme toutes ces choses, lorsque le Verbe se retire, commencent aussitôt à languir et à se refroidir, de même que si on ôte le feu de dessous un vase qui bout, et que c'est là la marque de sa retraite, mon âme est abattue de tristesse, jusqu'à ce qu'il revienne ; mais quand mon cœur se réchauffe en moi, ce m'est un témoignage de son retour. Après avoir ressenti par expérience le bonheur de posséder le Verbe, faut-il s'étonner si je me sers aussi de la voix de l'Epouse pour le rappeler lorsqu'il s'est absenté, puisque je suis touché d'un désir non pas tout-à-fait pareil, mais du moins en partie semblable au sien ? Tant que je vivrai j'userai familièrement de cette voix, et pour rappeler le Verbe je me servirai du verbe du rappel qui est le mot revenez ; et toutes les fois qu'il s'éloignera de moi, je le rappellerai et ne cesserai de crier par les désirs ardents de mon coeur, qu'il revienne, qu'il me rende la joie de sa grâce salutaire, qu'il se rende à moi. Je vous l'avoue, mes chers enfants, je ne prends plaisir à rien jusqu'à ce que celui qui fait seul tout mon plaisir soit de retour. Et je le prie de ne plus revenir vide, mais "plein de grâce et de vérité, " selon son ordinaire, et comme il l'a fait hier et avant-hier. En quoi il me semble qu'il a beaucoup de rapports avec la chèvre et avec; le faon de biche, la vérité ayant des yeux aussi perçants que ceux de la chèvre, et la grâce ayant la gaieté du faon de biche.

8. L'une et l'autre choses une sont nécessaires, la vérité afin que je ne puisse me cacher devant elle, et la grâce afin que je ne le veuille pas. Si l'une n'est accompagnée de l'autre, la visite de l'époux sera imparfaite. Car la sévérité de la première est pénible sans la gaieté de la seconde, et la gaieté de la seconde semble un peu trop libre sans la gravité de la première. La vérité est amère, si elle n'est assaisonnée de la grâce; et la ferveur de la dévotion est quelquefois un peu légère, immodérée et trop libre, si elle n'est retenue comme par le frein de la vérité. Combien y en a-t-il à qui il n'a servi de rien d'avoir reçu la grâce, parce qu'ils n'ont pas reçu en même temps le tempérament que la vérité apporte? Ils ont eu trop de complaisance en la grâce; ils n'ont point appréhendé les regards de la vérité, ils n'ont point imité la gravité. de la chèvre, mais seulement la légèreté et la gaieté du faon de biche. Aussi ont-ils perdu cette grâce dont ils voulaient se réjouir en particulier ; on aurait pu leur dire, mais un peu tard, d'apprendre à servir " Dieu avec crainte , et à se réjouir en lui avec tremblement, (Psal. II, 11). " Car l'âme sainte qui avait dit dans son abondance : " Je ne serai jamais ébranlée (Psal. XXIX, 7), " a senti soudain que le Verbe a détourné sa face d'elle, et a appris par cette affliction, qu'avec la piété et le zèle qu'elle avait reçus, elle avait encore besoin du poids de la vérité. La plénitude de la grâce ne consiste donc ni en la grâce seule, ni en la seule vérité. Que vous sert-il de savoir ce que vous devez faire, si Dieu ne vous donne pas la grâce de le vouloir? Et que vous sert-il de le vouloir, si vous ne le pouvez pas? Combien n'en ai-je pas vus qui étaient devenus plus tristes après avoir connu la vérité? et cela parce qu'ils ne pouvaient plus désormais s'excuser sur leur ignorance, puisqu'ils savaient ce que la vérité demandait d'eux, et ne le faisaient pas.

9. Puisqu'il en est ainsi, l'une ne suffit pas sans l'autre

; c'est trop peu dire, il n'est pas même avantageux de recevoir l'une sans l'autre. Qui nous l'apprend? C'est l'Apôtre en disant : " Celui qui sait le bien et ne le fait pas commet un double péché. Et encore: Le serviteur qui sait la volonté de son maître, et n'agit pas.,conformément à cette connaissance, sera beaucoup plus battu (Luc. XII, 47). " Voilà pour la vérité, et voici pour ce qui regarde la grâce. Il est écrit : " Et après qu'il eut avalé le morceau que lui donna le Sauveur, Satan entra en lui (Joan. XIII, 27). " L'évangéliste parle de Judas qui reçut le don de la grâce, mais parce qu'il ne marchait pas dans la vérité et la sincérité avec le maître de la vérité, ou plutôt avec la vérité qui devait lui servir de maître, il donna entrée en lui au démon. écoutez encore : "Il les a nourris du plus pur froment, et les a rassasiés du miel sorti de la pierre (Mal. LXXX, 17). " Qui sont ceux-là? "Les ennemis du Seigneur, ajoute le Prophète, ont menti contre lui. " Ceux qu'il a nourris de miel et de froment ont menti contre lui et sont devenus ses ennemis, parce qu'ils n'ont pas joint la vérité à la grâce. Il est dit encore ailleurs à leur sujet : " Des enfants étrangers ont vieilli dans leurs crimes, ont boité dans leurs voies (Psal. VII, 46). " Et comment n'auraient-ils pas boité puisqu'ils ne marchaient que sur un pied, car ils ne se soutenaient que sur le pied de la grâce, auquel ils ne joignaient point la vérité. Leur supplice sera donc éternel comme celui de leur prince, qui n'est pas lui-même demeuré ferme dans la vérité, mais qui a été menteur dès le commencement. Et c'est pourquoi on lui a dit : "Tu as perdu ta sagesse par ta beauté (Ezech. XXVIII, 7). " Je ne veux point d'une beauté qui me fasse perdre la sagesse.

10. Demandez-vous quelle est cette beauté si nuisible et si dangereuse? C'est la vôtres Peut-être ne m'entendez-vous pas encore. écoutez donc,je vais parler en termes plus intelligibles. C'est la beauté qui vous est propre. Ne blâmons point le don de Dieu, mais le mauvais usage qu'on en fait. Car, si vous y prenez garde, il n'est pas dit que Lucifer ait perdu la sagesse par la beauté, mais " par sa beauté. " Or la beauté de l'âme, si je ne me trompe, aussi bien que celle de l'ange, c'est la sagesse. Car que sont-ils l'un et l'autre sans la sagesse, sinon une matière informe ? La sagesse n'est donc pas seulement sa forme, elle est aussi sa beauté; Mais il l'a perdue, lorsqu'il se l'est appropriée, en sorte que lorsqu'on dit, qu'il a perdu la sagesse par sa beauté, cela veut dire qu'il a perdu la sagesse par sa propre sagesse, C'est parce qu'il se l'est appropriée qu'il l'a perdue. Il n'a perdu la sagesse que parce qu'il s'est estimé sage, n'a pas donné la gloire à Dieu, n'a pas rendu grâce pour grâce, ne l'a pas possédée selon la vérité, ruais en a abusé selon sa propre volonté voilà pourquoi il l'a perdue ou plutôt voilà ce qui l'a perdu. Car, posséder la sagesse de cette sorte, c'est la perdre. "Si Abraham, dit l'Apôtre, a été justifié par les oeuvres, il a eu de la gloire, mais non pas en Dieu (Rom. VI, 2). " Ainsi en est-il de moi, je ne suis,point en sûreté, car je perds tout ce que je ne possède point en lui. En effet,qu'y a-t-il qui soit plus perdu que ce qui est hors de Dieu? Qu'est-ce que la mort, sinon la privation de la vie ? Qu'est-ce que la perte du vrai bien, sinon la séparation d'avec Dieu ? Malheur à vous qui êtes sages à vos propres yeux, et qui vous estimez prudents à votre jugement. C'est de vous qu'il est dit : " Je perdrai la sagesse des sages, et la prudence des prudents (Cor. I, 19). " Ils ont perdu la sagesse, parce que leur sagesse les a perdus. Que n'ont point perdu ceux qui se sont perdus eux-mêmes ? Or ceux que le Seigneur ne connaît point, ne sont-ils point perdus?

11. En effet, les vierges folles qui ne sont folles, je pense, que parce que se croyant sages, elles sont devenues folles; ces vierges, dis-je, entendront cette parole terrible : " Je ne vous connais point (Matth. XXV, 12). " De même ceux qui tirent un sujet de gloire de la grâce des miracles entendront aussi la même parole :

je ne vous connais pas. En sorte que l'on voit clairement, par tout ce que nous avons dit, que la grâce nuit plutôt qu'elle ne sert, lorsqu'elle n'est point accompagnée de la vérité.

L'époux possède évidemment l'une et l'autre, puisque saint Jean-Baptiste dit : " Que la grâce et la vérité ont été bornées par Jésus-Christ." Si donc mon Seigneur Jésus, qui est le Verbe de Dieu et l'époux de l'âme, frappe à ma porte n'ayant que l'une des deux, il n'entrera pas comme époux, mais comme juge; mais à Dieu ne plaise que cela arrive, à Dieu ne plaise qu'il entre en jugement avec son serviteur. Qu'il entre pacifique, qu'il entre gai et joyeux, et néanmoins qu'il soit sérieux et grave, afin que, par le visage sévère de la vérité, il réprime ce qu'il y a de trop emporté en moi, et tempère l'excès de ma joie. Qu'il entre en sautant comme un faon de biche, mais qu'il ait la circonspection de la chèvre, qu'il passe par dessus mes péchés, en faisant comme s'il ne les voyait pas, et qu'il regarde avec compassion la peine que je mérite. Qu'il entre comme s'il descendait des montagnes de Béthel, plein d'allégresse et de magnificence, et comme s'il sortait du sein de son Père, plein de douceur et de bonté, afin qu'il ne dédaigne pas d'être appelé et de devenir l'époux de l'âme qui le cherche, lui qui étant Dieu, est élevé par dessus tout, et béni dans les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

SERMON LXXV. Il faut chercher l'époux dans le temps, de la manière et dans le lieu qu'il convient; c'est maintenant le temps favorable pendant lequel chacun de nous peut trouver le Seigneur pour soi et opérer son salut.

1. " J'ai cherché toutes les nuits, dans mon petit lit, celui qu'aime mon âme. (Cant. III. 1). " L'époux n'est point revenu à la voix et selon les désirs de celle qui l'a appelé. Pourquoi ? Afin que son désir augmente, pour éprouver son affection, et enflammer davantage son amour. Ce n'est donc qu'un effet de la dissimulation de l'époux, non de son indignation. Mais puisqu'il n'a pas voulu venir quand on l'a appelé, il ne reste plus qu'à le chercher, pour voir si on pourra le trouver, puisque le Seigneur dit que " quiconque cherche, trouve (Matt. VII. 8). " Or, voici les paroles dont elle s'est servie, pour le rappeler : " Revenez, soyez semblable, mon bien-aimé, à la chèvre et au faon de biche ".

L'époux n'étant point revenu à cette voix, pour les raisons que nous avons dites, l'épouse, qui l'aime passionnément, se sent embrassée d'un plus violent désir encore, et s'applique à le chercher avec une ardeur extraordinaire. D'abord, elle cherche dans son petit lit, mais ne l'y trouvant point, elle se lève, fait le tour de la ville, va et vient, dans les places publiques, dans les carrefours, et son époux ne se présente point à elle et ne parait point. Elle interroge tous ceux qu'elle rencontre, et elle n'en apprend rien de certain. Elle ne le cherche pas dans une seule rue, ou pendant une seule nuit, puisqu'elle dit : Je l’ai cherché durant toutes les nuits. Quel désir, quelle ardeur font qu'elle se lève la nuit, qu'elle n'a point de honte de paraître en ce temps, qu'elle court toute la ville, interroge hardiment tous ceux qu'elle rencontre, et ne peut être détournée de le chercher par aucune raison, ni empêchée par aucune difficulté, ni retenue par l'amour du repos et du sommeil, par la pudeur d'une épouse, par les craintes et les frayeurs de la nuit? Et cependant, nonobstant cela, ses désirs ne sont point encore accomplis à cette heure.

Pourquoi? Que veut dire un refus si long et si opiniâtre, qui nourrit les ennuis, fomente les soupçons, allume l'impatience, irrite l'amour, et cause le désespoir ? Certes, si c'est encore une dissimulation de l'époux, cette dissimulation est bien pénible.

2. Je veux qu'elle ait été utile et salutaire, lorsque l'épouse ne faisait encore que l'appeler ou le rappeler. Mais, maintenant qu'elle le cherche de cette manière; à quoi bon dissimuler plus longtemps ? S'il s'agit ici d'époux charnel, et d'amours déshonnêtes, comme il semble que la lettre y porte à première vue, et si de semblables choses arrivent parmi eux, je ne m'en mets pas en peine, c'est leur affaire.. Mais s'il faut que je réponde et que je satisfasse, selon mon peu de capacité, aux âmes qui cherchent Dieu; je dois tirer de l'écriture sainte, qui est leur nourriture, quelque chose de nourrissant et de spirituel, afin que les pauvres mangent, et soient rassasiés, et que leurs coeurs trouvent la vie. Or, quelle est la vie des coeurs, sinon mon Seigneur Jésus-Christ, dont an grand Apôtre, qui vivait de lui, disait : " Lorsque Jésus-Christ, votre vie, paraîtra, alors vous paraîtrez aussi dans sa gloire (Coloss. III. 4). " Qu'il vienne donc lui-même, au milieu de nous, afin qu'on puisse dire aussi de nous avec vérité : " Celui que vous ne connaissez pas est assis au milieu de vous (Juan. r. 26). " Quoique je ne voie pas comment l'époux, qui est esprit, peut n'être pas connu (les personnes spirituelles, je dis de celles qui ont fait tant de progrès dans la vie des esprits, qu'elles peuvent dira avec un Prophète : "Le Seigneur Jésus-Christ est un esprit présent devant nous (Thren. VII. 20), " et avec l'Apôtre : " Connaître Jésus-Christ selon la chair, ce n'est pas le connaître (II Cor. V. 16). " N'est-ce pas lui que l'épouse cherchait ? Il est maintenant un époux aimant et aimable. Oui, dis-je, il est vraiment époux comme sa chair est vraiment viande, et sou sang vraiment breuvage; tout ce qui est de lui étant vrai comme lui, qui est la vérité même.

3. Mais d'où vient que cet époux ne se trouve point quand on le cherche, surtout quand on le cherche avec tant d'ardeur et de vigilance, tantôt dans le lit, tantôt, dans la ville, ou même dans les places publiques et dans les rues ? N'a-t-il pas dit lui-même : " Cherchez et vous trouverez. Et, celui qui cherche trouve (Matth. VII)? " Le prophète Jérémie a dit de même en s'adressant à lui . " Que vous êtes bon, Seigneur, l'âme qui vous cherche (Tren. III. 25). " Et le prophète Isaïe : " Cherchez le Seigneur, pendant qu'on le peut trouver (Isa. LV. 6). " Comment donc les Ecritures seront-elles accomplies ? Car celle qui cherche l'époux ici n'est pas de celles à qui lui-même a dit : " Vous me chercherez et ne me trouverez point (Joran. VII, 34). " Ecoutez trois raisons qui se présentent à moi, pour lesquelles ceux qui le cherchent ordinairement ne le trouvent pas : cela arrive, ou parce qu'ils ne le cherchent pas dans le temps qu'il faut, ou parce qu'ils ne, le cherchent pas comme il faut, ou parce qu'ils ne le cherchent pas où il faut. En effet, si tout temps est propre pour le chercher, pourquoi le Prophète dit-il " Cherchez le Seigneur, pendant qu'on peut le trouver (Isa. LV. 7) ? " Il faut donc qu'il y ait un temps où on ne puisse pas le trouver. Et c'est pourquoi il a dit encore : " Invoquez-le pendant qu'il est proche; " c'est parce qu'il arrivera un temps où il ne le sera pas. Et cependant qui ne le cherchera point alors? " Tout le monde, dit-il, pliera le genou devant moi (Isa. XXXXV. 24)." Et néanmoins les impies ne le trouveront point, parce que les anges vengeurs les empêcheront de le trouver, et les chasseront de peur qu'ils ne voient, la gloire de Dieu. Les vierges folles crieront aussi, mais en vain (Math. XXV. 10), et il ne sortira point vers elles, parce que la porte sera fermée. Qu'elles prennent donc pour elles ce que dit le Sauveur : " Vous me chercherez et ne me trouverez point (Juan. VII. 34). "

4. Mais maintenant c'est le temps favorable, c'est le temps du salut (2 Cor. VI, 2); c'est le temps de chercher et d’invoquer l'époux, puisque souvent, même avant qu'on l'appelle, on sent qu'il est présent. Car écoutez ce qu'il promet : " Avant, dit-il, que vous m'invoquiez, je dirai : nie voici présent (Isa. LXV, 24). " Le psalmiste n'a pas ignoré non plus que c'est maintenant le temps propre et favorable, puisqu'il a dit : " Le Seigneur a exaucé. les désirs des pauvres; votre oreille, mon Dieu, a entendu les cris de leur coeur (Psal. IX, 17). " Si nous cherchons Dieu par les bonnes œuvres, il faut que nous fassions du bien à tout le monde, pendant que nous eu avons le temps (Gal. VI, 10), d'autant plus que le Seigneur a dit que la nuit vient où personne ne pourra plus rien faire (Joan. IX, 4). Pensez-vous trouver dans les siècles à venir un autre temps pour chercher Dieu, et pour faire de bonnes oeuvres, que celui que Dieu même vous a donné pour cela, et dans lequel il se souviendra de vous ? Ce temps est le jour du salut, parce que c'est le temps où celui qui est notre Dieu et notre roi avant tous les siècles, a opéré le salut au milieu de la terre (Psal. LXXIV, 12).

5. Après cela, attendez au milieu des enfers, (a)

le salut qui s'est déjà opéré au milieu de la terre. Quel est ce pardon chimérique que vous espérez au milieu des feux éternels, lorsque le temps de faire grâce sera passé ? Vous ne pourrez plus offrir de victime pour vos péchés, lorsque vous serez mort dans vos péchés. Le lits de Dieu ne sera point crucifié de nouveau. Il est mort une fois, et il ne mourra plus (Rom. VI, 9). Le sang qui a été répand;i sur la terre ne descendrai point dans les enfers. Tous les pécheurs de la terre en ont bu. Les démons n'en pourront réclamer leur part pour éteindre les flammes qui les dévorent, et les hommes qui seront les compagnons de leur misère ne le pourront pas non plus. L'âme, non le sang de Jésus-Christ, est descendue une fois en ce lieu; et c'est là le partage de ceux qui étaient dans cette prison, c'est la seule visite qu'ils reçurent de lui, de sou âme; pendant que son corps inanimé était sur la terre, son sang a arrosé la terre, l'a trempée et enivrée ; son sang a rétabli la paix entre la terre et le ciel; ruais l'enfer n'a point eu de part à cette réconciliation. L'âme du Sauveur, comme je l'ai dit, y est descendue seulement une fois, et y a opéré la rédemption en partie, afin qu'il ne fût pas un moment sans faire des oeuvres de charité (b), mais il n'y retournera plus. C'est donc a Saint Bernard semble avoir ici Origène en vue, ou du moins une erreur qui lui est attribuée, de même que nous l'avons vu s'élever contre d'autres erreurs de cet écrivain ecclésiastique dans le trente-quatrième de ses sermons divers, et dans le cinquante-quatrième sermon sur le Cantique, n. 3. On peut consulter encore sur ce sujet Ambroise Autpert, livre X. sur l'Apocalypse, à ce verset " rien de souillé n'y entrera, où il réfute la même erreur que saint Bernard.

a Telle osa la version donnée par la plupart des manuscrits et des premières éditions des oeuvres de saint Bernard. C'est à peine si quelques-uns ont lu " piété " au lieu de " charité. " Morstius a lu au pluriel, " afin que les oeuvres de charité ne manquassent jamais. " Mais dans cet endroit la pensée de saint Bernard n'était pas, comme Horatius l'a cru, ainsi qu'on le voit par ses notes, que plusieurs damnés avaient été délivrés de l'enfer par les mérites de Jésus-Christ, mass seulement que les saints de l'ancien testament avaient été tirés des limbes que notre saint docteur place " dans l'enfer même, " comme, on le voit par son premier sermon pour le jour de Pâques, n. 5, ou il l'appelle " la prison d'enfer ; " et dans son quatrième sermon pour le jour de la Toussaint, n. 1, où, en voulant expliquer ce qu'on entend par le sein d'Abraham, il dit qu'avant la venue du Christ, l'entrée du ciel n'était ouverte à aucun "juste, " et que Dieu leur avait assigné " dans l’enfer même un lieu de repos et de rafraîchissement, " tel pourtant qu'il y avait un grand chaos entre eux et les âmes des damnés. Car. dit-il, bien que ces deux sortes d'âmes fussent dans les ténèbres, elles n'étaient pas également dans la peine. En descendant dans ce lieu, le Sauveur en brisa la porte d'airain, en rompit les gonds de fer, et après en avoir fait sortir tous ceux qui étaient dans ce séjour comme dans une prison, etc. Ce passage explique à merveille la pensée de notre Saint, dans le passage qui nous occupe en se moment.

maintenant le temps favorable et propre pour le chercher, le temps où. celui qui le cherche le trouve, si néanmoins il cherche où, et comme il faut le chercher. Car une des choses qui peuvent empêcher que ceux qui cherchent l'époux ne le trouvent, c'est lorsqu'ils ne le cherchent pas dans le temps convenable. Mais elle n'empêche pas l'épouse, parce qu'elle ne l'invoque et ne le cherche jamais que dans le temps qu'il faut. Elle ne le cherche pas non plus avec tiédeur et avec négligence, ou par manière d'acquit, mais elle le cherche avec un coeur ardent et un zèle infatigable, comme il convient qu'elle le fasse.

6. Il ne reste que la troisième, qui est lorsqu'on le cherche où il ne faut pas le chercher. " J'ai cherché dans mon petit lit, dit-elle, celui qu'aime mon âme (Cant. III, 1). " Peut-être ne devrait-elle pas le chercher dans son petit lit, lui pour qui la terre entière est trop petite, mais dans son lit. Néanmoins ce petit lit ne me déplaît pas, parce que je sais que l'époux s'est fait petit enfant. Car un petit enfant nous est né (Isa. IX, 6), dit le Prophète, c'est à Sien à se réjouir de ce que le saint d Israël parait dans son enceinte avec toute sa gloire et sa grandeur (Isa. XII, 6). Mais le même Seigneur, qui est grand dans Sion, est petit parmi nous, il est infirme, il est faible, et a besoin de se coucher, et de se coucher dans un petit lit. Ce petit lit n'est-ce pas son tombeau? Ce petit lit n'est-ce pas sa crèche ? N'est-ce pas le sein de la Vierge ? Car le sein adorable de son Père n'est pas un petit lit, mais un lit très grand, dont il parle quand il dit à son Fils : " Je vous ai engendré dans mon sein avant l'étoile du jour (Psal. CIX, 3) " Quoique, après tout, ce serait peut-être une pensée plus digne de sa majesté de dire, que le sein du Père n'est pas un lit, puisqu'il y est, non comme infirme dans son lit, mais comme sur son trône. Car dans le Père, il gouverne toutes choses avec le Père. Enfin la foi ne nous enseigne pas qu'il est couché, mais qu'il est assis à la droite de son Père, et lui-même dit que le ciel est son trône (Isa. LXVI, 1), non son lit, afin de nous apprendre que parmi les siens, c'est-à-dire parmi les bienheureux, il n'a pas les soulagements de l'infirmité humaine, mais des marques de la puissance.

7. C'est donc avec beaucoup de raison que l'épouse, en parlant du petit lit, dit qu'il est à elle, parce qu'il est clair que tout ce qu'il y a d'infirme en Dieu ne lui est pas propre et naturel, mais rient de nous. Il a pris de nous ce qu'il a souffert pour nous, sa naissance, son allaitement, sa mort et sa sépulture. La mortalité de sa naissance vient de moi, l'infirmité de son enfance vient de moi, les douleurs de son crucifiement viennent, de moi, le sommeil de sa mort vient de moi. Toutes ces choses sont passées, et maintenant tout est nouveau. " J'ai cherché dans mon petit lit, durant toutes les nuits, celui qu'aime mon âme. " Quoi! vous cherchez dans ce qui est à vous celui qui s'est retiré dans ce qui lui appartient? N'avez-vous point vu le fils de l'homme monter là où il était auparavant ? Il a échangé le tombeau et l'étable contre le ciel, et vous le cherchez encore dans votre petit lit? Il est ressuscité, il n'est pas ici. Pourquoi cherchez-vous dans ce petit lit celui qui est plein de force, dans ce petit lit celui qui est infiniment grand et élevé, dans l'étable celui qui est environné de gloire? Il est entré dans les puissances du Seigneur; il s'est revêtu de force et de beauté, et celui qui a été couché sous une pierre est assis maintenant sur les Chérubins. Il n'est plus couché mais assis, et vous lui préparez des soulagements comme s'il était couché. Or, il est assis pour juger, ou bien il est debout pour nous aider, pour dire toute la vérité.

8. Pour qui donc veillez-vous, ô saintes femmes, pour qui achetez-vous des parfums, pour qui préparez-vous des huiles de senteurs? Si vous saviez combien grand et combien libre entre les morts est ce mort que vous allez pour embaumer, vous lui demanderiez plutôt qu'il répandît ses parfums sur vous. N'est-ce pas lui que son Dieu a sacré d'une huile de joie, d'une manière plus excellente que tous ceux qui participent à sa gloire (Psal. XLIV, 8) ? Vous seriez bien heureuses, si, en retournant, vous pouviez vous glorifier et dire : " Nous avons aussi reçu quelque chose de la plénitude (Joan. I, 16). " C'est, en effet, ce qui est arrivé. Car ces femmes qui étaient venues pour l'embaumer, s'en retournèrent embaumées elles-mêmes. Et comment n'auraient-elles point été embaumées par l'agréable nouvelle d'une résurrection si odoriférante ? Que les pieds de ceux qui annoncent la paix, de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles, sont beaux! Envoyées par l'ange, elles font les fonctions de prédicateurs, et devenues apôtres des apôtres mêmes, en se hâtant d'annoncer dès le matin la miséricorde du Seigneur, elles disent : "Nous courons dans l'odeur de vos parfums." Depuis ce temps-là, c'est donc en vain qu'on cherche l'époux dans son petit lit, parce que l'église ne le couvait, plus maintenant selon la chair, c'est-à-dire selon la faiblesse de la chair. Il est vrai que saint Pierre et saint Jean l'ont cherché depuis dans le sépulcre, mais aussi ne l'y ont-ils pas trouvé ; et chacun d'eux pouvait dire alors avec raison : " J'ai cherché dans mon petit lit celui qu'aime mon âme, je l'ai cherché et je ne l'ai pas trouvé. " Car la chair du fils de Dieu, cette chair qu'il n'avait pas tirée du Père, avant d'aller au Père, s'est dépouillée de toute faiblesse par la gloire de la résurrection; elle s'est ceinte de puissance et de majesté; elle s'est revêtue de lumière, comme d'un riche vêtement, et s'est ornée de la gloire et de la magnificence dont il était convenable qu'elle se parât pour se présenter devant le Père.

9. Or, c'est à bon droit que l'épouse ne dit pas : " celui que j'aime, mais, celui qu'aime mon âme, " parce que l'amour spirituel appartient véritablement et proprement à l'âme, comme, par exemple, l'amour de Dieu, d'un ange, ou une âme semblable à elle. Tel est encore l'amour de la justice, de la vérité, de la piété, de la sagesse, et des autres vertus. Car lorsque l'âme aime, ou plutôt désire quelque chose selon la chair, comme la nourriture, les habits, la puissance, et les autres choses corporelles et terrestres, cet amour appartient plutôt à la chair qu'à l'âme. Je fais cette réflexion pour expliquer ce que l'épouse dit d'une façon moins ordinaire, mais non moins propre, que son âme aime l'époux, en faisant voir par là que l'époux est esprit et qu'elle l'aime d'un amour non pas charnel, mais spirituel. Et c'est encore fort à propos qu'elle dit qu'elle l'a cherché durant toutes les nuits. Car, si, selon l'Apôtre, " ceux qui dorment, dorment la nuit, et ceux qui sont ivres, le sont la nuit (Thess. V, 7)," on peut dire aussi, comme je crois, que ceux qui ignorent la vérité, l'ignorent la nuit, et pourtant que ceux qui la cherchent, la cherchent la nuit. Car qui cherche ce qui parait à découvert? Or, le jour découvre ce que la nuit couvrait, et l'on trouve le jour ce qu'on cherchait la nuit. Il est donc nuit pour l'âme tant qu'elle cherche l'époux, parce que s'il était jour, elle le verrait aisément et ne le chercherait pas. En voilà assez sur ce sujet, à moins qu'on ne dise que ce nombre de nuits signifie encore quelque chose. Car l'épouse ne dit pas qu'elle l'a cherché durant la nuit, mais durant les nuits.

10. Il me semble, si vous n'avez rien de mieux à proposer, qu'on en peut donner cette raison. Ce monde-ci a ses nuits, et elles sont nombreuses. Que dis-je ? non-seulement il a des nuits, mais il n'est presque qu'une nuit, et il est toujours plongé dans les ténèbres. La nuit, c'est la perfidie des Juifs ;la nuit, c'est l'ignorance des païens, c'est l'erreur opiniâtre des hérétiques; la nuit, enfin, c'est la conduite charnelle et animale des catholiques. N'est-ce pas une nuit lorsqu'on ne goûte point les choses de l'esprit de Dieu? De même, autant il y a de sectes hérétiques ou schismatiques, autant il y a de nuits. C'est en vain que dans ces nuits vous cherchez le Soleil de justice, et la lumière de la vérité qui est l'époux, il n'y a aucune alliance entre la lumière et les ténèbres. Mais dira-t-on peut-être, l'épouse n'est pas assez insensée, ni assez aveugle, pour chercher la lumière dans les ténèbres et son bien-aimé parmi ceux qui ne le connaissent et ne l'aiment point. Comme si l'épouse disait qu'elle le cherche, non pas qu'elle l'a cherché. Elle ne dit pas, je cherche : mais, " j'ai cherché durant toutes les nuits celui qu'aime mon âme. " Et le sens de ces paroles est que, lorsqu'elle était petite, elle n'avait que des sentiments et des pensées proportionnées à la faiblesse de son âge, et elle cherchait la vérité où elle n'est pas, errant de toutes parts pour la trouver, et. ne la trouvant point, selon ce qui est dit dans un psaume: " J'ai erré comme une brebis perdue (Psal. CXVIII. 176)." Aussi dit-elle qu'elle était alors dans son petit lit, c'est-à-dire fort peu avancée en âge et faible d'intelligence.

11. Mais si on accepte ce sens, il faut expliquer ces paroles: " Dans mon petit lit, en sous entendant le mot couchée ou étant; et traduire ainsi: " j'ai cherché dans mon petit lit, celui qu'aime mon âme. " Je ne l'ai pas cherché dans mon petit lit, mais c'est étant dans mon petit lit que je l'ai cherché. C'est-à-dire . lorsque j'étais encore faible et infirme, incapable de suivre l'époux partout où il allait, de le suivre dans les chemins rudes et escarpés où il montait, j'ai rencontré plusieurs personnes qui, connaissant mon désir, me disaient : " le Christ est ici, le Christ est là (Marc. XIII, 21), " et il n'était ni là, ni ici. Néanmoins je ne suis pas fâchée de les avoir rencontrées. Car plus je rue suis approchée d'elles, et plus , je les ai examinées de près, plus j'ai reconnu avec certitude que la vérité n'était point. parmi elles. Car je l'ai cherchée et ne l'ait point trouvée, et j'ai expérimenté que ce qu'elles appelaient jour, était une véritable nuit.

12. Alors j'ai dit en moi-même : " Il faut que je me lève et que je fasse le tour de la ville; il faut que je cherche par les rues et par les places publiques celui qu'aime mon âme (Cant, III, 2). " Voyez-vous maintenant qu'elle était couchée, puisqu'elle dit qu'elle se relèvera ? et, certes elle avait, bien raison de le dire,car comment ne se lèverait-elle point après avoir appris la résurrection de son bien-aimé ? Mais, ô bienheureuse épouse, si vous êtes ressuscitée avec Jésus-Christ, il faut que vous goûtiez les choses du ciel, et que vous ne cherchiez pas Jésus-Christ ici-bas, mais là-haut, où il est assis à la droite du Père (Coloss. III, 1)." Je ferai le tour de la ville. " Dites-nous pourquoi cela? Ce sont les impies qui marchent en tournant. Laissez cela aux Juifs. dont un de leurs prophètes a prédit " qu'ils enrageront de faim comme des chiens, et,qu'ils tourneront dans toute la ville (Psal. LVIII, 7). " Si vous entrez dans la ville, dit un autre prophète, vous les trouverez exténués de faim ( Jer. XIV, 18) ; ce qui, sans doute, n'arriverait pas si elle avait été bien pourvue du pain de vie. Il s'est levé des entrailles de la terre, mais il n'est point demeuré sur la terre. Il est monté ou il était avant de venir au monde. Car celui qui est descendu est celui-là même qui est monté, le pain vivant qui est descendu du ciel, l'époux de l'Eglise, Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui étant Dieu, et élevé par dessus tout, est béni dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON. POUR LE LXXV, SERMON SUR LE Cantique n. 6.

296. Une fois son âme y alla etc. Ces paroles semblent indiquer qur saint Bernard a cru que le Christ, dans la descente aux enfers, en tira un damné. Saint Cyprien insinue la même pensée dans son sermon sur l'Ascension du Seigneur, où il s'exprime ainsi : " Dieu ne cédera pas davantage à Ici pitié (pour ceux qui sont une fois damnés dans l'enfer), et il ne prêtera plus l'oreille, à leur repentir. Leur confession arrivera trop tard, et une fois la porte des cieux fermée, c'est, en vain que ceux qui en auront été exclus, parce qu'ils n'avaient point d'huile dans leur lampe, crieront pour qu'on la leur ouvre, le Christ ne descendra plus vers eux. Non, ceux qui seront scellés dans les ténèbres, ne reverront plus Dieu; la sentence qui les aura frappés sera sans retour, et leur jugement immuable, etc. " Saint Grégoire de Nazianze, semble incliner vers la même opinion dans son discours XLII, et saint Clément d'Alexandrie l’embrasse ouvertement dans ses Stromates, livre VI.

Il faut savoir pourtant, que, s'il est certain et de foi, que les peines des damnés sont éternelles, selon que les théologiens l'établissent tout au long, dans la quatrième sentence, distinction quarante-quatrième, il n'est pas également de foi que Dieu ne dispense jamais de cette loi. Les Pères cités plus haut ne parlent donc point de la loi générale, mais de l'exception ; et même ils ne parlent de cette dernière que par hypothèse, non point d'une manière absolue et dans ce sens que, si un jour il s'est trouvé un damné tiré de l'enfer, c'est qu'il a dù en être ainsi, au moment où Jésus-Christ est descendu aux enfers. Or, cette opinion semble être assez conforme à la raison, et n'empêche point qu'il ne soit certain que personne n'a jamais été tiré de l'enfer, attendu qu'il n'a jamais fallu que personne en sortit. Toutefois, nous n'entreprenons point ici de justifier saint Clément de l'accusation de Marcionisme. Quant à l'âme de l'empereur Trajan, délivrée de l'enfer à la prière de saint Grégoire le Grand, les auteurs ne sont point d'accord sur ce qu'il faut penser de ce fait. Les uns regardent cette histoire. comme un conte ; les autres cherchent à l'expliquer à leur manière. Voir sur ce point, Baronius, tome VIII, année 604; Bellarmin, (de Purgal. lib. II, cap. 8; Suarez, tome II, in III, part. disp. 43, sect. 3) et Mendon. (In lib. I, reg. I, cap. II, 21, 6.) (Note de Horstius).

FIN DES NOTES ET DU QUATRIèME VOLUME.

SERMON LXXVI. Clarté de l'époux; c'est dans celle clarté qu'il est assis égal à son père; et à la droite de sa gloire. Les bons pasteurs doivent être attentifs, vigilants et discrets, en faisant paître les brebis qui leur sont confiées.

1. " Je chercherai par les rues et par les places publiques celui qu'aime mon âme (Cant. III, 2). " Elle n'a encore que les sentiments d'une petite enfant. Je pense qu'elle a cru qu'aussitôt qu'il est sorti du tombeau, il s'est produit en public pour instruire les peuples selon la coutume, pour guérir les malades, pour manifester sa gloire dans Israël, afin de voir s'il le recevraient ressuscité, après avoir promis de le recevoir s'il descendait de lacroix. Mais il avait achevé l'œuvre que son Père lui avait ordonné de faire, ce qu'elle aurait dû comprendre au moins à cette parole qu'il dit avec tant de force lorsqu'il fut près d'expirer : " Tout est consommé (Joan. XIX, 10). " Il n'avait plus besoin de se montrer de nouveau parmi le peuple, puisque peut-être il n'eût pas cru davantage en lui. Et il se hâtait d'aller à son Père qui lui disait: "Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que j'aie réduit vos ennemis à être l'escabeau de vos pieds (Psal. CV,1)." Car lorsqu'il sera élevé de la terre, il tirera toutes choses à lui avec plus de force et de puissance. Mais l'Epouse croit qu'il faut le chercher par les rues et les places publiques, parce qu'elle désire ardemment jouir de sa présence, et ne sait pas ce mystère; c'est pourquoi se voyant encore frustrée de son espérance, elle dit encore, "je l'ai cherché, et ne l'ai point trouvé (Cant. III, 2), " afin que ce qu'il a dit soit accompli : "Je vais à mon Père et vous ne me verrez plus (Joan. XIII, 16). "

2. Mais peut-être dit-elle : Comment donc croiront-ils en celui qu'ils n'ont point vu? Comme si la foi venait de la vue, non pas de l'ouïe. Quelle merveille y a-t-il à croire ce qu'on voit, et quelle louange mérite-t-on d'ajouter foi à ses yeux ? Mais lorsque nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec patience, et cette patience est un mérite. Bienheureux sont ceux qui n'ont point vu, et n'ont point laissé de croire (Joan.

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