Breviloquium (Résumé de la foi catholique) (page 10)

Bonaventure · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Breviloquium · 12 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1. Même si c’est un aspect commun à tous les sacrements de ne pas être renouvelés sur la même personne et la même matière quand il s’agit d’une même raison, et cela, pour qu’il n’y ait pas outrage au sacrement toutefois, de façon spéciale, il y a trois sacrements qui ne peuvent jamais être réitérés le baptême, la confirmation et l’ordre. Car ces trois sacrements impriment chacun un caractère intérieur qui ne s’efface pas. De ces caractères, celui du baptême est le fondement des autres. Ces derniers ne peuvent être imprimés sans que d’abord celui du baptême le soit. Il en résulte que si un non-baptisé est ordonné, absolument rien ne se produit, mais tout est à reprendre. En effet, « quand il est clair qu’une chose n’a pas eu lieu, on ne peut la considérer comme réitérée »

2. Notre principe réparateur, c’est-à-dire le Verbe Incarné, en raison de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté souveraines, ne fait rien d’inefficace, de déraisonnable et d’infructueux. Or, il doit surtout agir ainsi dans ses oeuvres les plus nobles telles que celles qui restaurent le genre humain. Mais comme les sacrements appartiennent à cette catégorie d’oeuvres divines, il s’ensuit qu’on leur fait outrage, d’une certaine manière, lorsqu’on les réitère sur la même matière, la même personne et pour une même rai son. Cette manière de faire laisse entendre, en effet, que ce qui avait été administré d’abord était inefficace, déraisonnable et infructueux. Cela va contre les exigences de la puissance, de la sagesse et de la bonté souveraines du principe réparateur lui-même. Car ces attributs sont toujours présents pour agir dans ces sacrements et par eux.

Explication

3. De plus, parmi ces sacrements réparateurs qui contiennent tous l’efficacité de la puissance divine pour restaurer le genre humain, il y en a qui ont été institués seulement comme remèdes pour les maladies et d’autres qui l’ont été non seulement à cette fin, mais aussi pour fixer, discerner et ordonner les degrés hiérarchiques dans l’Eglise. Ajoutons que les maladies peuvent varier, guérir et revenir; les degrés de l’Eglise par contre doivent être fermes, solides et inébranlables. Il s’ensuit que les sacrements, concernant les maladies qui peuvent renaître, ont des effets transitoires et de ce fait peuvent être réitérés pour une nouvelle cause. Il est nécessaire au contraire que les sacrements qui concernent les degrés hiérarchiques et des situations de foi déterminées confèrent, en plus des effets curatifs, certains effets permanents en vue d’une distinction fixe et stable des degrés et des conditions dans l’Eglise. Et comme cela ne peut se produire par des moyens naturels ni par des dons gratuits de l’ordre de la grâce sanctifiante, il est nécessaire que cela se fasse par certains signes, imprimés gratuitement et de manière indélébile, sur une substance incorruptible, à savoir l’âme incorruptible, à partir d’un principe incorruptible et en harmonie avec l’incorruptibilité. Ces signes, on les appelle caractères. Comme ils ne sont jamais effacés, ils ne peu vent ainsi être réitérés, pas plus que les sacrements qui les impriment.

4. Finalement, il y a une triple situation de foi qui permet de poser des distinctions dans le peuple chrétien, c’est-à-dire dans l’armée de la hiérarchie ecclésiastique, à savoir la situation de la foi engendrée, de la foi raffermie et de la foi multipliée. Selon la première situation, on distingue les fidèles des incrédules; par la deuxième, on distingue les forts des faibles et par la troisième, les clercs des laïcs. De là vient que ces sacrements, qui regardent la triple situation dont on vient de parler, impriment des caractères qui, imprimés de façon indélébile permettent à ces sacrements de toujours distinguer. De ce fait, ils ne peuvent jamais être réitérés. Le baptême concerne la situation de foi engendrée dans laquelle le peuple de Dieu se distingue des incrédules comme les Israélites se distinguaient des Egyptiens; la confirmation a rapport à la situation de foi raffermie, par où le peuple fort se distingue des faibles, comme les lutteurs se distinguent de ceux qui ne sont pas aptes au combat; l’ordre regarde la situation de foi multipliée, par quoi les clercs se distinguent des laïcs, comme les lévites se distinguaient des autres tribus. C’est la raison pour laquelle des caractères ne sont imprimés que dans ces trois sacrements.

5. Du fait que la distinction entre « peuple » et « non-peuple » est première et radicale, vient que le caractère baptismal est le fondement de tous les autres. En conséquence, si ce caractère n’est pas d’abord posé en fondement rien ne pourra être édifié au-dessus. Il faut alors recommencer. Si au contraire il existe, les autres peuvent être imprimés et ne doivent jamais plus être réitérés. De plus, les trois sacrements qui impriment ces caractères ne doivent pas être réitérés pour n’importe quelle raison. Une peine grave doit être imposée à ceux qui de fait se le permettent, à cause de l’outrage envers le divin sacrement. Pour les quatre autres, avec des raisons diverses, ils peuvent être renouvelés sans qu’il y ait cet outrage.

Chapitre 7: La constitution et l’intégrité du baptême

1. Il nous reste maintenant, en septième lieu, à considérer l’intégrité de chaque sacrement. Puisqu’il y en a sept, on doit parler d’abord de l’intégrité du baptême qui est la porte des autres sacrements.

Enoncé

2. Pour qu’une personne soit baptisée vraiment et en plénitude, l’expression de la forme vocale insti tuée par le Seigneur est requise, à savoir « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Amen ». On ne doit pas omettre de paroles, ni en intercaler, ni invertir l’ordre des mots donnés plus haut, ni changer les noms sus-indiqués. Est requise aussi l’immersion ou l’ablution de l’eau sur tout le corps ou au moins sur une partie plus digne et, d’une manière telle, que l’expression (des paroles) et l’immersion se fassent par un seul et même sujet et en même temps. Ceci étant, s’il n’y a pas fiction dans le baptisé, lui est conférée la grâce qui régénère, qui rectifie et qui purifie de toute faute. Pour obtenir de meilleurs effets, on fait au préalable, comme actes préparatoires, le catéchisme et l’exorcisme, tant auprès des enfants que des adultes. A remarquer toutefois que chez les adultes la foi personnelle est requise tandis que pour les enfants la foi d’autrui suffit.

Explication

3. Notre principe réparateur, le Verbe Incarné, en tant que principe très parfait et parfaitement suffisant, doit restaurer le genre humain par les remèdes des sacrements, de telle sorte qu’il n’y ait en eux rien de superflu, de désordonné, rien même de diminué; ainsi, il a dû faire en sorte que le sacrement de baptême et les autres fussent intègres, selon que l’exigeaient sa puissance, notre salut et aussi notre maladie. Mais puisque la puissance qui nous restaure appartient à la Trinité tout entière en laquelle la sainte Mère Eglise croit de coeur, qu’elle confesse en parole et qu’elle proclame en signes, en distinguant les trois personnes et en affirmant leur propriété, leur ordre et leur origine naturelle; comme aussi cette puissance est encore celle de la passion du Christ qui est mort, a été enseveli et est ressuscité le troisième jour, il fallait alors, pour exprimer cela dans le sacrement qui est le premier de tous et dans lequel, d’abord et principalement, cette puissance opère, que la Trinité fût exprimée par une dénomination distincte, propre et ordonnée, en ce qui regarde la forme commune. A remarquer cependant qu’au temps de l’Eglise primitive cette expression a pu se faire au nom du Christ en qui la Trinité est incluse. Il fallait aussi qu’on mentionne, de façon propre et ordonnée, le mot baptiser, en même temps que se fait la triple immersion, dans la mesure où cela convient, immersion qui exprime la mort du Christ, sa sépulture et sa résurrection après trois jours. Et parce que ces deux puissances opèrent ensemble et dans le seul Christ Sauveur, chacune de ces deux choses (l’expression de la formule et l’immersion) doit se faire par un seul et même sujet, simultanément, pour conserver l’unité du sacrement et pour signifier l’unité dans notre Médiateur.

4. En plus, notre salut exigeait de commencer par la régénération ou rénovation dans l’être de grâce qui confère l’être spirituel, en lavant ce qui est impur, en chassant les ténèbres et en refroidissant la concupiscence qui, de façon universelle, souille tout homme qui descend d’Adam par génération. Pour ces raisons, le premier sacrement, celui qui régénère, a dû être constitué par un élément qui fût, de par ce qu’il représente naturellement, en conformité avec le triple effet susdit de la grâce qui commence notre salut. Car l’eau, par sa pureté, nettoie; par sa transparence elle est porteuse de lumière, par sa froideur elle refroidit. Il faut ajouter que parmi tous les liquides elle est l’élément le plus commun. Pour ces raisons, le sacrement de notre régénération a dû être réalisé par de l’eau, quelle qu’elle soit — car n’importe quelle eau est toujours de la même espèce — et aussi pour que personne ne puisse risquer son salut à cause d’un défaut de matière.

5. Enfin, notre maladie, contre laquelle principalement existe le baptême, est le péché originel. Il prive l’âme de la vie de la grâce et de la rectitude qui habilite à toutes les vertus; il l’incline d’une certaine façon à tout genre de faute. Ce péché se transmet par une source extérieure et « rend l’enfant capable de concupiscence et l’adulte concupiscent de fait. »; il réduit aussi à la servitude diabolique et au pouvoir du prince des ténèbres. En conséquence, pour que soit apporté par ce sacrement, sous forme d’action contraire, un remède suffisant, il convenait qu’en lui soient données la grâce de régénération à l’encontre de la privation de la vie gratuite, la grâce qui rectifie sous forme des sept vertus à l’en contre de la privation de la vertu habilitante, la grâce qui purifie de toute faute à l’encontre de la tendance à tout désordre vicieux.

6. Comme le péché originel se contracte par une source extérieure et rend l’enfant apte à la concupiscence et l’adulte concupiscent de fait, une foi et une pénitence personnelles sont nécessaires à l’adulte. Pour l’enfant au contraire suffisent la foi et la pénitence des autres, à savoir celle qui se trouve dans l’ensemble de l’Eglise. Et puisque le baptême doit arracher de la servitude diabolique et de la puissance du prince des ténèbres aussi bien les enfants que les adultes, il s’ensuit que les uns et les autres doivent être exorcisés pour chasser la puissance contraire. Ils doivent de même être catéchisés: les adultes, pour qu’une fois expulsée l’obscurité de l’erreur, ils soient formés à la foi; les enfants pour que les parrains sachent ce qu’ils doivent leur enseigner, afin qu’une déficience humaine ne vienne pas empêcher le sacrement de baptême d’atteindre sa fin.

Chapitre 8: L’intégrité de la confirmation

Enoncé

1. Pour son intégrité, est requise la forme vocale qui, selon l’usage le plus commun, est ceci: Je te signe du signe de la croix, je te confirme du chrême du salut, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen. Est requis aussi le chrême, fait d’huile d’olives et de baume. Lorsque, avec ce chrême, le signe de croix est imprimé au front par la main de l’évêque, qui se sert de la formule de la confirmation, le sacrement est reçu. Par lui, l’homme est confirmé comme combattant pour confesser le nom du Christ avec audace et publiquement.

Explication

2. Notre principe réparateur, le Verbe Incarné, a été conçu éternellement dans le coeur du Père et est apparu en chair à l’homme, dans le temps et de façon sensible. Ainsi, il ne restaure personne à moins que Lui-même ne soit conçu par une foi qui vient du coeur et, cru désormais, à moins d’être professé comme il convient par une profession extérieure. Est de ce genre, une profession véridique, pleine de vérité, qui n’est pas seulement une vérité spéculative, mais aussi pratique. Cette dernière est celle en qui il n’y a pas seulement « l’adéquation de l’intellect, de la parole et de la chose », mais où tout l’homme est modelé sur la vérité selon la connaissance de la raison, la complaisance de la volonté et l’adhésion vertueuse, pour que cela se fasse par tout le coeur, par toute l’âme et par tout l’esprit; que ce soit d’un coeur pur, avec une bonne conscience et une foi non feinte. Une telle profession est intègre, capable de plaire et intrépide: intègre, en raison de celui qui en est l’objet; agréable, en raison de celui devant qui elle est faite; intrépide, en raison de celui qui doit la faire. Ce but, un homme pusillanime n’est pas capable de l’atteindre, à moins d’être confirmé par la grâce d’en-haut. C’est donc pour cela que le sacre ment de confirmation fut institué par Dieu comme venant immédiatement après le baptême.

3. Mais comme la fin rend nécessaire les moyens qui y sont ordonnés ce sacrement sera intègre par l’exigence de la profession mentionnée et par ses conditions, à savoir les trois dont on a parlé. En premier lieu, parce que la profession doit être intègre et que cette intégrité n’existe que si l’on confesse le Christ vrai homme, crucifié pour les hommes et vrai Fils de Dieu incarné, en tout égal au Père et au Saint Esprit dans la Trinité, il s’ensuit que la for me vocale n’exprime pas seulement l’acte de confirmer, mais aussi le signe même de la croix et le nom de la bienheureuse Trinité.

4.De plus, la profession doit être capable de plaire en raison de celui devant qui elle est faite; elle doit l’être devant Dieu et devant les hommes. Elle ne peut plaire à Dieu que s’il y a la lumière de l’intelligence et la pureté de la conscience; elle ne peut plaire au prochain que s’il y a l’odeur d’une bonne réputation et d’une vie honnête. C’est pour quoi, pour désigner ces réalités dans l’élément extérieur, on fait un mélange d’huile d’olives qui est pure et de baume qui est odoriférant. On veut signifier pas là que la profession, à laquelle ce sacrement ordonne et dispose, doit être accompagnée de la pureté de conscience et d’intelligence, jointe à l’odeur suave tant de la vie que de la réputation, afin qu’il n’y ait aucune opposition entre le langage et la conscience ou entre le langage et la réputation. Cette opposition ferait qu’une telle profession ne serait pas acceptée de l’homme ni approuvée par le Christ.

5. Enfin, une telle profession doit être intrépide, de sorte que personne n’omette, par honte ou par crainte, de dire la vérité, ni que personne n’ait peur ou honte, en temps de persécution, de confesser publiquement la mort ignominieuse du Christ en croix. par ce fait surtout qu’on serait effrayé à la pensée de tomber dans une peine et une ignominie semblables à celles de la passion. Cette crainte et cette honte apparaissent surtout sur la figure et particulièrement sur le front. En conséquence, pour chasser toute honte et toute crainte, une main pleine d’autorité est imposée et elle confirme; une croix est imprimée sur le front pour qu’on n’ait pas honte de confesser la foi publiquement et qu’on n’ait pas peur de soutenir n’importe quelle peine et ignominie, s’il en est besoin, pour confesser le nom du Christ, comme un vrai combat tant oint pour le combat et comme un soldat vaillant qui porte au front le signe de son roi et l’étendard triomphal de sa croix, prêt avec lui à pénétrer avec assurance les formations ennemies Car on ne peut prêcher librement la gloire de la croix si on en craint la peine et l’ignominie, selon ce que disait S. André « Si j’étais effrayé par l’ignominie de la croix, je n’en prêcherais pas la gloire. »

Chapitre 9: L’intégrité de l’eucharistie

Enoncé

1. Dans ce sacrement, le vrai corps et le vrai sang du Christ ne sont pas seulement signifiés, mais aussi contenus vraiment sous les deux espèces, à savoir celles du pain et du vin, comme sous un seul et non sous un double sacrement. Il en est ainsi après la consécration sacerdotale qui se fait en prononçant la formule vocale instituée par le Seigneur sur le pain ceci est mon corps; sur le vin ceci est le calice de mon sang. Par ces paroles, prononcées par le prêtre avec l’intention de confectionner le sacre ment, chaque élément est changé, selon la substance. au corps et au sang de Jésus-Christ. Les espèces sensibles demeurent et dans chacune d’elles est contenu tout le Christ, totalement, non de façon circonscriptive, mais sacramentellement. Sous ces espèces, le Christ nous est encore proposé en nourriture. Celui qui la reçoit dignement, par une manducation non seulement sacramentelle, mais encore spirituelle, faite de foi et de charité, est incorporé davantage au Corps Mystique du Christ, il se restaure et se purifie. Au contraire, celui qui s’approche indignement, mange et boit sa propre condamnation, agissant sans discernement à l’égard du très saint corps du Christ.

Explication

2. Notre principe réparateur, le Verbe Incarné, a une puissance surabondante et un jugement rempli de sagesse. Aussi, nous a-t-il donné les sacrements selon que l’exigent sa sagesse et sa surabondance. Parce que surabondant, en octroyant les remèdes aux maladies et les dons de grâce, il ne s’est pas contenté d’instituer un sacrement qui nous engendrerait dans l’être de grâce, à savoir le baptême, et un autre qui nous ferait croître et nous fortifierait, une fois engendrés, comme la confirmation, mais aussi un sacrement qui nous nourrirait après avoir été engendrés et avoir grandi et c’est l’eucharistie. C’est pourquoi ces trois sacrements sont donnés à tous ceux qui accèdent à la foi. Mais notre nourriture, en ce qui regarde l’être de grâce, se propose, pour chacun des fidèles, de conserver la dévotion envers Dieu, l’amour envers le prochain et la délectation au-dedans de soi. Or, la dévotion envers Dieu s’exerce par l’offrande du sacrifice, l’amour du prochain par la communion à un seul sacrement et la délectation au-dedans de soi même par la réfection du viatique. Cela explique pour quoi notre principe réparateur a donné ce sacrement de l’eucharistie comme un sacrifice d’oblation, un sacrement de communion et un viatique de réfection.

3. Comme notre principe réparateur n’est pas seulement surabondant, mais qu’il possède en outre la suprême sagesse, à qui il revient de tout faire avec ordre, il a donc agi ainsi: il a décidé de nous pro poser un sacrifice, un sacrement et un viatique, selon qu’il convient au temps de la grâce révélée, à l’état de pèlerin et à notre capacité. Et d’abord, parce que le temps de la grâce révélée exige qu’on n’offre point une oblation quelconque, mais une oblation pure, agréable et plénière; et nulle autre n’est telle sinon celle qui fut offerte sur la croix, à savoir le corps et le sang du Christ, de là vient qu’il faut nécessairement qu’en ce sacrement soit contenu, non pas seulement de façon figurative, mais aussi en vérité, le corps du Christ en tant qu’oblation adaptée à ce temps. Semblablement, parce qu’il est conforme au temps de grâce que le sacrement de la communion et de l’amour ne se contente pas de les signifier, mais qu’il y enflamme pour qu’il « produise ce qu’il signifie »

comme par ailleurs ce qui nous enflamme le plus à l’amour mutuel et qui unit le plus les membres, c’est l’unité du Chef à partir duquel s’écoule en nous l’amour mutuel, par la force diffusive, unitive et transformante de l’amour, de là vient que ce sacrement contient le vrai corps du Christ et sa chair immaculée, en tant qu’il se diffuse en nous, qu’il nous unit les uns aux autres et nous transforme en lui par l’ardente charité avec laquelle il s’est donné à nous, s’est offert pour nous, s’est redonné à nous et demeure avec nous jusqu’à la fin du monde. De cette manière aussi, la réfection qui convient à l’ère de la grâce est une réfection spirituelle, commune et salutaire. Or, la réfection de l’esprit est le Verbe de vie. De ce fait la réfection spirituelle d’un esprit vivant dans la chair est le Verbe Incarné ou la chair du Verbe qui est une nourriture commune et salutaire. En effet, même si elle est unique, tous cependant se sauvent par elle. Puis donc qu’il n’y a pas d’autre aliment spirituel, commun et salutaire, que le vrai corps du Christ lui-même, il y a nécessité pour ce corps d’être contenu vraiment dans ce sacrement, comme l’exige la perfection du sacrifice propitiatoire, du sacrement unitif et du viatique de réfection, conformément à ce qui doit être au temps du Nouveau Testament, de la grâce révélée et de la vérité du Christ.

4. En outre, il n’appartient pas à l’état de pèlerin ici-bas de voir le Christ à découvert, en raison du voile de l’énigme, et pour que la foi soit méritoire. Il ne convient pas non plus que la chair du Christ soit touchée avec les dents, à cause de l’horreur que nous avons de la chair crue et de l’immortalité de ce corps lui-même. C’est pourquoi il était nécessaire que le corps et le sang du Christ soient livrés sous les voiles de symboles très saints et de similitudes adaptées et expressives. Et comme aucune nourriture et aucun breuvage ne sont plus aptes à la réfection que le pain et le vin, rien n’est plus capable non plus de signifier l’unité du corps du Christ, réel et mystique, que le pain, fait de grains sans tache, et le vin, exprimé des grains de raisins très purs réunis ensemble. Il fallait donc que ce fût sous ces espèces plutôt que sous d’autres que le sacrement fût présenté. Et comme le Christ devait se trouver sous ces espèces, non selon un changement qui l’affectât lui-même, mais plutôt les espèces, c’est pourquoi, au moment où sont proférées les deux formules rapportées plus haut, qui insinuent la présence du Christ sous ces espèces, s’opère la conversion de chaque substance au corps et au sang, que demeurant que les seuls accidents comme signes qui contiennent le corps lui-même et aussi qui l’expriment.

5. Parce que le corps bienheureux et glorieux du Christ ne peut être divisé en ses parties, ni séparé de l’âme, non plus que de la souveraine Divinité, c’est pourquoi, sous chacune des espèces, se trouve le seul Christ, tout entier et indivisé, c’est-à-dire le corps, l’âme et Dieu. Et par là aussi, il n’y a sous les deux espèces qu’un seul et très simple sacrement qui con tient tout le Christ. Et parce que chaque partie d’une espèce signifie le corps du Christ, il s’ensuit qu’il est tout entier aussi bien dans toute l’espèce que dans chacune de ses parties, qu’elle soit entière ou divisée. Ainsi, il n’est pas là en tant que circonscrit, comme occupant un lieu, ayant une position, étant perceptible par quelque sens corporel et humain, mais se dérobant à toute perception pour permettre à la foi d’exister et d’être méritoire. Pour qu’en plus ce corps ne soit pas saisi, les accidents continuent de se comporter comme auparavant, bien qu’ils soient sans sujet aussi longtemps qu’ils demeurent dans leurs propriétés naturelles et qu’ils sont aptes à nourrir.

6. Enfin, puisque notre capacité de recevoir efficacement le Christ ne vient pas de la chair mais de l’âme, non du ventre mais de l’esprit; comme aussi l’esprit n’atteint le Christ que par la connaissance et l’amour, par la foi et la charité, en sorte que la foi illumine en vue de la réflexion et que la charité enflamme à la dévotion, ainsi faut-il que celui, qui veut s’approcher dignement du corps du Christ, le mange spirituellement, pour ainsi le mâcher par la réflexion de foi et se l’assimiler par la ferveur de l’amour. Par là, il ne transforme pas le Christ en soi, mais c’est lui-même plutôt qui est comme projeté dans son Corps Mystique. Il en ressort manifestement que celui qui s’approche avec tiédeur, sans dévotion et avec légèreté, mange et boit sa propre condamnation, car il outrage un si grand sacrement. Il est donc conseillé à ceux qui ne se sentent pas assez purs d’âme et de corps, ou même sans dévotion, de différer la réception, jusqu’à ce que, préparés à manger le véritable agneau sans tache, ils s’en approchent avec dévotion et respect.

7. C’est pourquoi aussi il est prescrit que ce sacrement soit célébré avec une particulière solennité, quant au lieu, de même qu’au temps, quant aux paroles et aux prières, quant aux vêtements dans la célébration de la messe, de sorte que tant les prêtres eux-mêmes qui célèbrent que ceux qui reçoivent ce sacrement, recueillent le don de la grâce qui les purifie, les illumine, les perfectionne, les restaure, les vivifie et les transforme, de la façon la plus ardente, au Christ lui-même, par un amour excessif.

Chapitre 10: L’intégrité de la pénitence

Enoncé

1. Ce sacrement est « la seconde planche de salut après le naufrage ». Peut y recourir celui qui fait naufrage par le péché mortel, tant qu’il est dans cette vie, tant et autant de fois qu’il voudra implorer la clémence divine. Ses parties intégrantes sont la contrition du coeur, la confession orale et la satisfaction par les oeuvres. A partir de là, la pénitence est complète lorsque le pécheur abandonne de fait toute faute mortelle commise, l’accuse verbalement, la déteste de coeur et se propose de ne jamais plus pécher. Lorsque ces éléments se rencontrent de la manière qui convient avec l’absolution, qui est don née par celui qui possède l’ordre, le pouvoir et la juridiction, l’homme est absous du péché, réuni à l’Eglise et réconcilié avec le Christ moyennant le pouvoir sacerdotal. De ce jugement, ne relève pas seulement l’absolution, mais encore l’excommunication et la remise des peines, ce qui revient en propre à l’évêque, en tant qu’il est l’époux de l’Eglise.

Explication

2. Notre principe réparateur, le Verbe Incarné, par le fait même qu’il est Verbe, est la source de la vérité et de la sagesse; par le fait qu’il est Incarné, il est la source de la bonté et de l’indulgence. C’est pourquoi il doit restaurer le genre humain par les remèdes sacramentels et surtout contre la maladie principale, qui est le péché mortel, comme il convient à un pontife rempli de pitié à un médecin expérimenté et à un juge équitable, pour qu’apparaissent ainsi dans notre guérison la clémence, la prudence et la justice souveraines du Verbe Incarné.

3. En premier lieu, notre guérison du péché mortel par la pénitence, doit manifester la souveraine clémence du Christ lui-même, pontife plein de pitié; par ailleurs, la souveraine clémence du Pontife sur passe tous les péchés de l’homme, de quelque sorte et aussi nombreux qu’ils soient et autant de fois qu’ils aient été commis. Il suit de là qu’il revient au Pontife très clément lui-même de recevoir les pécheurs au pardon, non une fois ou deux, mais autant de fois qu’ils imploreront d’une manière suppliante la clémence de Dieu. Or, cette clémence est implorée vraiment et de façon suppliante quand interviennent les gémissements de la pénitence. L’homme peut s’y convertir aussi longtemps qu’il est dans cette vie car il a le pouvoir de s’incliner vers le bien et vers le mal. On en conclut: quels que soient la gravité, le moment et le nombre de ses fautes, le pécheur peut trouver refuge dans le sacrement de pénitence qui lui remet ses péchés.

4. En outre, dans notre guérison, doit se manifester la souveraine prudence du Christ lui-même, le médecin expert. La prudence du médecin apparaît dans l’application des remèdes contraires qui suppriment non seulement la maladie mais aussi la cause. Et comme le péché contre Dieu vient de la délectation, du consentement et de l’accomplissement c’est-à-dire du coeur, de la bouche et de l’action, le médecin souverainement prudent a fixé les dispositions sui vantes: contre le désordre du pécheur, qui se fait selon la triple puissance, à savoir l’affective, la dis cursive et l’opérative, désordre qui s’actue par la complaisance occulte de la délectation, il y aurait réforme du pénitent selon la triple puissance sus dite: la pénitence douloureuse conçue dans le coeur par la componction, exprimée de bouche par la confession et consommée dans les oeuvres par la satisfaction. Et parce que tous les péchés mortels détournent du Dieu unique, s’opposent à la grâce unique et pervertissent la seule principale rectitude de l’homme, il est nécessaire, pour que le remède de la pénitence soit suffisamment complet dans ses parties, que la pénitence porte sur tous les péchés, quant au passé par le déplaisir au sujet des péchés commis, quant au présent en cessant de les commettre et quant au futur par le propos de ne récidiver ni dans le même péché ni dans quelque autre

C’est en s’éloignant ainsi totalement de la faute par la pénitence qu’on recevra la grâce divine et qu’on obtiendra par elle le pardon de tous les péchés.

5. Enfin, notre guérison doit manifester l’équitable justice du Christ juge. Or, il ne lui revient pas en personne de juger avant le jugement dernier et final. Pour cette raison, il a dû constituer des juges pour les jugements particuliers qui précèdent la fin. Et puisque ces juges sont comme des intermédiaires entre Dieu offensé et l’homme qui offense, intermédiaires proches du Christ et chefs du peuple; comme aussi ceux-là surtout sont proches du Seigneur et ses familiers en raison de leur charge, qui ont été consacrés principalement pour son ministère, c’est-à-dire les prêtres, c’est pourquoi est conférée, à tous ceux qui sont constitués dans l’ordre sacerdotal et à eux seuls, le pouvoir des deux clefs, à savoir la clef de la science pour discerner et la clef qui donne le pouvoir de lier et de délier pour porter un jugement et accorder le bienfait de l’absolution.

6. Pour éviter la confusion, on ne place pas n’importe qui à la tête de n’importe quel autre dans l’Eglise militante, puisque la hiérarchie ecclésiastique elle-même doit être ordonnée selon le pouvoir judiciaire; or, ce pouvoir de lier et de délier a d’abord été concédé au seul premier et souverain prêtre, à qui a été conféré, en tant que chef suprême, le pou voir universel. Ensuite, selon les Eglises particulières, le pouvoir se divise en diverses parties, de telle manière qu’il descend du chef unique, d’abord dans les évêques, puis dans les prêtres. C’est pourquoi même si chaque prêtre possède l’ordre et le pouvoir des clefs, ce pouvoir cependant ne s’étend qu’à ceux qui leur sont soumis de façon ordinaire, à moins qu’un pouvoir plus étendu leur soit concédé par celui qui a la juridiction ordinaire. Mais comme cette juridiction réside principalement dans le chef suprême, ensuite dans l’évêque et enfin dans le prêtre qui a charge d’âme, elle peut être confiée à un autre par n’importe lequel de ceux-ci, de façon certes suffisante par celui qui est de degré inférieur, davantage par l’évêque et en plénitude par le chef suprême.

7. Une telle juridiction réside dans le souverain Pontife et même dans les évêques, non seulement pour juger entre Dieu et l’homme au for interne, mais aussi au for externe entre homme et homme. Cela leur revient comme à ceux à qui ont été confiés le gouvernement et la garde de l’Eglise, comme l’épouse est confiée à l’époux. De là vient que les prélats ont le glaive qui leur permet de frapper, en faveur de la défense du droit, par l’excommunication et aussi le pouvoir de prodiguer les trésors des mérites de l’Eglise, mérites qu’ils ont en dépôt et en garde et qui viennent tant de la tête que des membres. Cela se fait en déliant. De sorte que, comme de vrais juges chargés par Dieu, ils possèdent le pouvoir entier de lier et de délier par lequel ils peuvent frapper les impénitents, réprimer les rebelles et toutefois absoudre les vrais pénitents et les réconcilier avec Dieu et avec la sainte Mère Eglise.

Chapitre 11: L’intégrité de l’extrême-onction

Enoncé

1. Elle est le sacrement de ceux qui quittent cette vie. Elle prépare et dispose à la santé parfaite. Elle a aussi la capacité de détruire les péchés véniels et de rendre la santé corporelle si cela est utile au malade. A l’intégrité de ce sacrement sont requis: de l’huile pure mais consacrée, l’expression vocale des prières, l’onction du malade sur sept parties déterminées, à savoir sur les yeux, les oreilles, les narines, les lèvres, les mains, les pieds et les reins. Ce sacre ment ne doit être donné qu’aux adultes et à ceux qui le demandent, qu’en péril de mort. Il doit être conféré par la main et le ministère du prêtre. On en déduit qu’entre ce sacrement et la confirmation il y a sept différences: dans l’efficacité, la matière, la forme, dans le su jet, dans celui qui administre le sacrement, dans le lieu et le temps

Explication

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