Breviloquium (Résumé de la foi catholique) (page 11)
2. Voici la raison explicative de ce qui précède. Notre principe réparateur, le Verbe Incarné, nous res taure en tant que médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Jésus-Christ; en tant que Jésus, il a à sauver; en tant que Christ, oint, il doit faire dériver dans les autres la grâce de l’onction. Il lui revient donc, dans ses sacrements, d’accorder l’onction salutaire. Mais pour que l’âme soit parfaitement guérie elle a besoin d’un triple genre de santé, c’est-à-dire pour la vigueur de l’action, la suavité de la contemplation et la félicité de la saisie immédiate. La première est la santé de ceux qui entrent dans l’armée de l’Eglise, la seconde appartient à ceux qui y président, à qui il revient d’instruire les autres, le troisième enfin appartient à ceux qui en sortent par la mort. De là vient que le Seigneur a institué non seulement une onction sacramentelle dans la confirmation, mais une autre qui tient le milieu, dans l’ordre pontifical et une dernière lorsqu’il y a péril de mort.
3. Mais comme « la fin rend nécessaire ce qui y est ordonné », il s’ensuit que ce sacrement doit opérer, être intègre, être reçu et administré selon l’exigence de cette fin. Et d’abord, comme l’opération de ce sacrement doit se régler sur la fin et que celle-ci consiste pour lui en ce qu’il a été institué pour atteindre plus facilement et plus promptement le salut du bonheur perpétuel; comme par ailleurs ce but est atteint par la dévotion qui élève l’âme et par la décharge des fautes vénielles et autres séquelles qui la poussent vers ce qui est en bas, il suit que ce sacrement possède l’efficacité d’exciter à la dévotion, de remettre les péchés véniels et de détruire plus facilement les scories du péché. De plus, il est expédient pour plusieurs malades de vivre encore pour accumuler de nouveaux mérites. De là vient que ce sacrement soulage même fréquemment de la maladie en revigorant l’âme dans le bien et en la déchargeant du mal. C’est ce que dit le bienheureux Jacques: la prière de la foi sauvera le malade et s’il a commis des péchés, ils lui seront remis.
4. De plus, l’institution de ce sacrement doit correspondre à l’exigence de la fin. Celle-ci est l’acquisition du salut en esprit par la rémission des fautes. Le salut à son tour regarde la santé et la pureté de la conscience intérieure, selon laquelle le juge céleste porte son jugement. C’est la raison pour laquelle doit se trouver dans ce sacrement de l’huile pure et consacrée, car elle désigne la sainteté et l’éclat qui résident dans le sanctuaire de la conscience. Mais comme l’homme mortel n’a pas de pouvoir sur ce salut, c’est pour cela que la prière et la formule vocale s’expriment par des paroles déprécatives pour obtenir le don de la grâce.
Et parce que l’âme contracte des maladies spirituelles dans le corps, selon les quatre puissances qui le régissent, à savoir le sensible, l’interprétative, la générative et la progressive, c’est pour cela que les membres qui sont au service de ces puissances reçoivent une onction. Or, il y a cinq sens, à savoir les yeux pour la vue, les oreilles pour l’ouïe, les narines pour l’odorat, les mains pour le toucher et la bouche pour le goût et aussi pour une autre puissance, l’interprétative. De plus. les pieds servent pour la marche et les reins pour la génération — il est indigne et honteux, en effet, de toucher et même de nommer les parties génitales.
Pour ces raisons, l’onction doit être faite aux sept endroits indiqués pour qu’ainsi l’homme soit disposé par ce sacrement à recevoir la plénitude de la santé par la destruction de toute faute vénielle.
5. Enfin, la réception de ce sacrement dépend de sa fin. Celle-ci consiste en un passage plus rapide au ciel par l’enlèvement du fardeau des péchés véniels et la conversion de l’esprit à Dieu. C’est pourquoi, elle ne doit être donnée qu’aux adultes, qui pèchent véniellement et à ceux seulement qui la demandent et qui, par la dévotion, sont tournés vers les choses d’en-haut. Elle ne doit encore être donnée qu’à ceux qui sont en péril de mort et pour ainsi dire en pas sage vers un autre état. Et comme ce sacrement est pour ceux qui sont en péril et que malgré cela il a une matière sainte, l’huile consacrée, c’est pour cela que pour éviter un péril, il doit être communément confié aux prêtres et, à cause de la consécration de l’huile, il ne doit être touché que par des mains consacrées.
6. En conclusion, de la diversité de la fin dans la confirmation et l’extrême-onction provient leur diversité dans l’efficacité, dans la matière et la forme, dans le lieu et le temps, dans le sujet et le ministre: dans l’efficacité, car le sacrement de confirmation dispose à mieux lutter tandis que l’extrême-onction dispose à s’envoler plus rapidement; dans la matière, car la confirmation use d’huile mêlée de baume tandis que l’extrême-onction se sert d’huile pure; dans la forme, car pour la confirmation elle est indicative, tandis que pour l’extrême-onction elle est déprécative. Quant au lieu, la confirmation est administrée sur le front et l’extrême-onction l’est en plusieurs endroits; pour le temps, la confirmation est reçue quand on est en santé et l’extrême-onction quand on est malade; quant au sujet, la confirmation est donnée non seule ment aux adultes mais encore aux enfants, tandis que l’extrême-onction est réservée aux adultes; quant au ministre, la confirmation est donnée par les évêques, tandis que l’extrême-onction l’est par n’importe quel prêtre. Toute cette diversité provient de la fin. En effet, comme la chose est apparue clairement, la diversité dans les fins prochaines introduit la diversité dans les réalités qui doivent finalement s’ordonner à ces fins.
Chapitre 12: L’intégrité de l’ordre
Enoncé
1. «
L’ordre est un signe par lequel un pouvoir spirituel est accordé à l’ordonné » Bien que l’ordre soit un des sept sacrements, il est toutefois constitué de sept degrés. Le premier est celui des portiers, le second des lecteurs, le troisième des exorcistes, le quatrième des acolytes, le cinquième des sous-diacres, le sixième des diacres et le septième des prêtres. Sous ces degrés, comme par mode de préparation, se place la tonsure cléricale et aussi le psalmistat. Au-dessus de ces degrés par mode de complément, se placent l’épiscopat, le patriarcat et la papauté. De ces derniers dépendent les autres ordres qui doivent être conférés par des signes déterminés, tant sous le rap port de la vue que de l’ouïe, en observant toutefois la solennité qui s’impose quant au temps, au lieu, à la charge et à la personne.
Explication
2. Notre principe réparateur, le Verbe Incarné, comme Dieu et comme homme. a institué les remèdes sacramentels pour le salut des hommes, avec ordre,
distinction et puissance selon l’exigence de sa bonté, de sa sagesse et de sa puissance. De là vient qu’il a confié aux hommes des remèdes sacramentels, à dis penser non pas n’importe comment, mais de la manière qu’exigent l’ordre, la distinction et la puissance. Il a donc fallu distinguer et mettre à part, pour remplir ce genre d’office, certaines personnes à qui serait confié, de droit ordinaire, un tel pouvoir. Comme un tel choix ne pouvait se faire que par des signes sacrés, comme sont les sacrements, il a donc fallu qu’il y ait un sacrement qui fût un signe sacré, ordinatif, distinctif et potestatif, pour conférer les autres sacrements d’une manière distinctive, potestative et ordinative. C’est pourquoi l’ordre se définit:
« un certain signe par lequel un pouvoir spirituel est conféré à l’ordonné ». De sorte que dans sa défi nition sont renfermés en même temps les trois éléments énumérés plus haut et qui groupent en somme ce qui est exigé par l’intégrité de l’ordre.
3. D’abord, parce que l’ordre est un signe qui distingue et qui sépare de tout le peuple, afin que le sujet soit totalement consacré au culte divin, il suit qu’une certaine distinction précède les ordres, par la tonsure et la couronne, qui signifient le retranchement des appétits temporels et l’élévation de l’es prit vers les choses éternelles. On veut montrer par là que le clerc tout entier est député au culte divin. C’est pourquoi il dit en recevant la couronne: Le Seigneur est la part de mon héritage, etc. Et comme il doit être instruit dans les louanges divines, qui consistent surtout dans les psaumes, le psalmistat pré cède, comme un préambule, les autres ordres. Isidore le met toutefois, en parlant dans un sens large, au nombre des ordres
4. En second lieu, parce que l’ordre est un signe ordinatif et ordonné également dans son être même; parce qu’aussi l’ordre consiste en une disparité et une distinction complète des degrés, selon que l’exige la grâce septiforme, à la dispensation de laquelle le sacrement de l’ordre est principalement ordonné, de là vient qu’il y a sept ordres disposés par degrés jus qu’au sacerdoce en qui se trouve leur perfection. Car il lui revient de consacrer le sacrement du corps du Christ en qui réside la plénitude de toutes les grâces. Les six autres ordres sont donc comme des sous-services du sacerdoce et comme des degrés par lesquels on monte au trône de Salomon Ils sont six à cause de la perfection du nombre, pour cette raison que « six » est le premier nombre parfait et également parce que l’exigent ainsi la perfection de cet office et ce qui est nécessaire pour le remplir. Car il doit y en avoir qui servent comme de plus loin, d’autres, de façon plus rapprochée, d’autres enfin de façon très voisine, afin que rien ne manque à un ministère ordonné. Et parce que n’importe lequel de ces ministères se dédouble selon l’acte purgatif et illuminatif, il s’ensuit qu’il y a six ordres ministériels, et un septième, de tous le plus parfait, par lequel est réalisé le Sacrement de l’autel et qui reçoit son achèvement dans un ordre unique, comme dans un terme ultime et complet.
5. Enfin, l’ordre est un signe de pouvoir, non seulement par rapport à l’administration des autres sacrements, mais encore par rapport à lui-même. Or, un pouvoir qui s’exerce sur un autre est un pouvoir excellent. Pour cette raison, il ne lui revient pas seulement un pouvoir simple, comme c’est le cas pour un ordre simple, mais encore l’éminence du pouvoir telle qu’elle se trouve dans ceux à qui revient la fonction d’administrer les ordres de façon ordinaire. Or, l’excellence se dilate d’autant plus qu’elle descend plus bas et elle s’unifie d’autant plus qu’elle s’élève plus haut. De là vient qu’il y a plusieurs évêques, moins d’archevêques, très peu de patriarches et un seul père des pères, qui a juste titre est appelé pape, en tant qu’il est l’unique, le premier et le souverain père de tous les pères, bien plus, de tous les fidèles. Il est aussi le hiérarque principal, l’époux unique, chef sans partage, Pontife suprême, vicaire du Christ, source, origine, et règle de tous les principats ecclésiastiques. De lui dérive comme du sommet, jus qu’aux plus humbles membres de l’Eglise, le pou voir ordonné, comme l’exige la dignité éminente de la hiérarchie ecclésiastique.
6. Comme cette dignité réside principalement dans l’ordre, il ne faut conférer ce sacrement qu’avec grand discernement et grande solennité, et donc, il ne faut pas que ce soit par n’importe qui, à n’importe qui, n’importe où et à n’importe quel moment. Mais ces ordres doivent être donnés à des personnes instruites, honnêtes et exemptes de toute irrégularité. Ceux qui le reçoivent doivent être à jeun. Ce doit être dans un lieu sacré, durant la messe et aux temps prescrits par le droit ecclésiastique. Ils doivent être dispensés par les évêques, à qui reviennent de conférer les ordres, de confirmer par l’imposition des mains, de consacrer les moniales et les abbés et de faire la dédicace des églises. Car toutes ces réalités, en raison de leur importance, ne peuvent être conférées que par ceux qui possèdent la prééminence du pouvoir.
Chapitre 12: L’intégrité du mariage.
Enoncé
1. «
Le mariage est l’union légitime de l’homme et de la femme, dans un genre de vie inséparable » Cette union n’a pas existé seulement après le péché, mais même avant. Le sacrement de mariage fut d’abord institué comme une fonction; maintenant, il n’a pas seulement ce rôle, mais il est aussi un remède à la maladie de la volupté. Au début, il signifiait l’union de Dieu et de l’âme; maintenant, il signifie en plus l’union du Christ et de l’Eglise et celle des deux natures dans l’unité de la personne. Cette union se réalise par le libre consentement des volontés de la part des deux personnes, consentement extérieurement exprimé par un signe sensible. Elle reçoit son achèvement dans l’union charnelle. En effet, on dit que le mariage a son point de départ dans la pro messe, qu’il est ratifié par les paroles de la célébration, mais qu’il trouve son accomplissement final dans l’union charnelle. Ce sacrement comporte trois biens: « la fidélité, l’enfant et le sacrement ». Il y a en plus douze empêchements qui entravent sa réception et qui l’annulent une fois contracté. Ils sont contenus dans les vers qui suivent:
Erreur, condition, voeu, parenté, crime,
Disparité de culte, violence, ordre sacré, lien, honnêteté;
Si tu es parent par alliance, si par hasard tu es impuissant;
Tout cela interdit le mariage et l’annule
S'il est contracté.
Explication
2. Notre principe réparateur, le Verbe Incarné, du fait qu’il est Verbe de Dieu, est source de sagesse dans les cieux; du fait même qu’il est incarné, il est source de clémence sur terre. C’est pourquoi, du fait même qu’il est Verbe incréé, il a formé le genre humain par une suprême sagesse; par le fait même qu’il est incarné, il le réforme par une souveraine clémence. Il répare donc le genre humain par clémence parce que d’abord il l’a fait réparable par sagesse. Elle exigeait, en raison de son ordre souverain, que le Verbe crée le genre humain capable de persévérer, capable de tomber, capable aussi d’être relevé, comme on l’a montré précédemment Puis que le Verbe de Dieu, dans sa sagesse, a fait l’homme capable de persévérer, de tomber et de se relever, comme cela convenait, de là vient qu’il a réglé la propagation du genre humain de telle sorte que la manière même de se propager lui fournît ce qu’il fallait pour persévérer, pour se relever, comme aussi, dans cette propagation, il y a quelque chose, à savoir la concupiscence qui vient du péché, qui transmet la maladie. Or, la persévérance de l’homme lui venait de l’union de son âme à Dieu par l’amour unitif, et cela de façon très chaste, singulière et individuelle. Le remède, lui, venait de l’union de la nature divine avec la nature humaine, dans l’unité, de l’hypostase et de la personne, unité introduite par la grâce divine en tant que singulière et individuelle. C’est pour cela que Dieu a décrété dès l’origine que la propagation se ferait par l’union de l’homme et de la femme, union individuelle et singulière qui, avant le péché, signifierait l’union de Dieu et de l’âme, ou de Dieu et de la hiérarchie sub-céleste. Après le péché, par contre, elle signifierait l’union de Dieu et de la nature humaine, ou du Christ et de l’Eglise. C’est pourquoi cette union est un sacrement dans les deux cas, à savoir avant et après, bien que de façon différente, quant à la signification et à l’usage. Comme le mariage était déjà un sacrement avant que sur vienne la maladie, la concupiscence venant ensuite par le péché est excusée par le mariage plutôt qu’elle ne le vicie. Car ce n’est pas la maladie qui corrompt le médicament, mais c’est ce dernier qui doit guérir la maladie De ce qui précède, apparaissent claire ment la nature du mariage et le comment de son institution divine.
3. Ajoutons que chacune des unions spirituelles susdites, signifiées dans le sacrement de mariage, est l’union de deux êtres dont l’un agit et influe et l’autre est patient et reçoit. De plus, cette union est pro duite par le lien de l’amour qui procède de la pure volonté. De là vient que le mariage doit être l’union de deux personnes, différentes sous l’aspect de l’action et de la passion, c’est-à-dire de sexe masculin et féminin, et cette union s’opère par le seul consente ment. Et parce que la volonté n’apparaît à l’extérieur que par des signes qui l’expriment, il faut que le consentement mutuel s’exprime à l’extérieur Le consentement, en tant qu’il porte sur l’avenir, n’est pas à proprement parler un consentement, mais la promesse de consentir: comme par ailleurs le consentement porté avant l’union charnelle ne produit pas l’union plénière, car il n’y a pas encore une seule chair, il suit que les paroles portant sur l’avenir font que le mariage est commencé, celles qui regardent le présent le confirment, mais c’est l’union charnelle qui lui donne son achèvement. En effet, les époux ne font plus alors qu’une seule chair et un seul corps. Par cette union, le mariage signifie pleinement celle qui existe entre nous et le Christ, car alors, le corps de l’un est pleinement communiqué au corps de l’autre, selon le pouvoir que chacun a sur son conjoint en vue de la procréation.
4. C’est pourquoi, dans le mariage il y a trois biens: le sacrement, à cause du lien indissoluble, la fidélité en raison de l’acquittement du devoir conjugal et l’enfant comme une conséquence de deux biens précédents.
5. Enfin, comme cette union matrimoniale doit procéder du libre consentement en vue d’unir des personnes distantes dans la loi unique du mariage et que cela peut être empêché de douze manières, il s’ensuit qu’il y a douze empêchements de mariage. En voici la preuve. Pour qu’il y ait consentement matrimonial, on requiert la liberté dans le consentement, la liberté dans celui qui le donne et l’idonéité à l’union. Mais la liberté dans le consentement est enlevée par deux choses, selon les deux parties de l’involontaire: l’ignorance et la violence. De là viennent deux empêchements: l’erreur et la violence. La liberté dans celui qui consent est supprimée par le fait que quelqu’un est uni à un autre, Soit à Dieu, soit à l’homme. Si c’est à Dieu, cela peut se faire par un voeu exprès ou par quelque chose qui comporte un voeu. Le premier cas se réalise dans le voeu, le second dans l’ordre sacré.
Si c’est à l’homme, cela peut se faire de deux manières:
ou par un lien existant ou par un lien précédent. Le premier cas arrive quand quelqu’un est uni à une femme; le second se rencontre dans un crime, quand un ou une adultère a commis le meurtre du conjoint, ou bien, alors que celui-ci était encore vivant, a promis de contracter mariage. On a donc ainsi quatre empêchements: le voeu, l’ordre sacré, le lien et le crime. L’idonéité à l’union réside dans une distance convenable entre les personnes. Elle est supprimée par une trop grande proximité ou par un trop grand éloigne ment. La trop grande proximité vient de la génération ou de quelque chose de semblable, comme la parenté légale ou spirituelle. Elle vient encore de l’union des sexes ou par le fait d avoir contracté des fiançailles. Ainsi, on arrive à trois empêchements: la parenté, l’affinité et l’honnêteté de droit public. La trop grande distance est considérée soit du point de vue naturel, comme lorsque l’union charnelle est impossible, soit du point de vue du sort, alors qu’il s’agit de choses sur lesquelles on ne peut rien, comme cela est clair dans le cas où l’un est esclave et l’autre libre, soit encore du point de vue de la religion chrétienne, comme lorsque l’un est baptisé et l’autre pas. On arrive ainsi à trois empêchements: l’impuissance, l’erreur sur la condition et la disparité de culte. Il y a donc au total douze empêchements qui, sous l’inspiration du Saint Esprit, ont été introduits dans l’Eglise. Bien que tous les sacrements lui aient été confiés, elle a reçu commission spéciale de réglementer le sacrement de mariage, à cause des nombreux cas divers qui peuvent se présenter à son sujet et aussi à cause de la maladie qui l’accompagne, maladie suprêmement infectieuse et qui ne connaît pas de mesure. C’est pourquoi, il revient à l’Eglise elle-même de limiter les degrés de parenté, comme il lui semble expédient selon les temps de juger de la légitimité ou de l’illégitimité des personnes et d’effectuer les séparations. Mais elle ne doit ni ne peut jamais annuler un mariage contracté légitimement, car l’homme, quelque grande que soit sa puissance, ne peut séparer ceux que Dieu a unis, car tous demeurent soumis au jugement de Dieu lui-même.
PARTIE VII: LE JUGEMENT DERNIER
Chapitre 1: L’état du jugement final
1. Après avoir brièvement parlé de la Trinité de Dieu, de la création du monde, de la corruption du péché, de l’incarnation du Verbe, et de la médecine Sacramentelle, il reste maintenant en septième et dernier lieu à traiter de l’état du jugement final.
Enoncé.
Il est sûr que le Jugement universel aura lieu; Dieu le Père y jugera les vivants et les morts, les bons et les méchants, par Jésus-Christ Notre Seigneur, et il rendra à chacun selon l’exigence de ses mérites.
Dans ce jugement aura lieu l’ouverture des livres le livre des consciences s’ouvrira, et les mérites comme les démérites de tous seront connus de tous et de chacun, par la puissance du livre de vie, le Verbe incarné.
Car sous sa forme divine, le Verbe incarné apparaîtra aux seuls bons; mais sous sa forme humaine, il promulguera la sentence, et il apparaîtra aux bons comme aux méchants, « apparence terrifiante pour les méchants, aimable pour les justes »
2. Explication
Le premier Principe, parce que le premier est par soi, selon soi, pour soi; ainsi, il est efficience, forme et fin, il produit, il gouverne et il achève l’univers. Il produit selon la sublimité de sa puissance, il gouverne selon la rectitude de la vérité, il consomme l’univers selon la plénitude de sa bonté.
La sublimité de la puissance exigeait la production de la création comme vestige, mais aussi comme image; créature sans raison et créature raisonnable; créature soumise au mouvement de l’élan naturel, et créature douée de volonté libre.
Or la créature à l’image de Dieu, parce que capable de Dieu, est capable de béatitude; la créature raison nable est capable d’une discipline, la créature douée de volonté libre peut s’ordonner ou se désordonner par rapport à la loi de justice.
Dès lors, la rectitude de la vérité devait imposer à l’homme une loi qui l’invite à la béatitude, l’instruise de la vérité, l’oblige à la justice, sans pour autant contraindre la libre volonté, qui peut, à son gré, suivre ou abandonner la justice; Dieu en effet « gouverne les choses qu’il a créées en les laissant agir selon leurs mouvements propres »
Comme néanmoins la plénitude de la bonté réa lise la consommation de l’univers selon les exigences de la souveraine puissance et de la droite vérité, la bonté suprême accorde la consommation de la béatitude à ceux qui ont observé la justice imposée par la rectitude de la vérité, à ceux qui ont accepté la discipline, à ceux enfin qui ont préféré aux biens transitoires le bonheur suprême et sans fin.
Puisque certains agissent ainsi et que d’autres font le contraire, au gré variable des volontés, qui, dans l’état de voie, demeurent secrètes et libres de leur choix, le jugement universel est nécessaire pour manifester la sublimité de la puissance, la rectitude de la vérité, la plénitude de la bonté.
Alors aura lieu la juste rétribution des récompenses, la déclaration ouverte des mérites et l’irrévocable promulgation des sentences. Dans la juste rétribution des récompenses se manifestera la plénitude de la bonté, dans la déclaration des mérites apparaîtra la rectitude de la vérité et l’irrévocable promulgation des sentences montrera la sublimité de la vertu et de la puissance souveraine.
La juste rétribution tout d’abord concerne la faute et sa dette pénale, la justice et son prix de gloire. Or tous les fils d’Adam possèdent l’une et l’autre, la faute ou la justice. Il est donc nécessaire que tous soient jugés d’un jugement de rétribution qui glorifie les justes et condamne les impies.
3. La déclaration ouverte des mérites ensuite exige l’apparition simultanée de ce qu’il fallait faire et de ce qui a été fait ou omis, selon les circonstances variées, par la libre volonté humaine.
L’ouverture du livre des consciences sera l’apparition des mérites, l’ouverture du livre de vie sera la manifestation de la justice, norme d’approbation ou de désaveu des mérites.
Or dans le livre de vie, tous (les mérites) sont écrits simultanément et clairement et dans les consciences ils (les mérites) sont écrits réellement. Ainsi la confrontation des deux livres ouverts publiera la déclaration de tous les mérites, et dévoilera à soi-même et aux autres les secrets des coeurs. Comme le veut Augustin; ce livre est « la force qui merveilleusement rappellera toutes choses à la mémoire de chacun », pour la claire manifestation de l’équité des jugements divins dans l’éclatante lumière de la vérité.
4. Enfin la sentence irrévocable doit être promulguée par quelqu’un que l’on puisse voir et entendre et dont l’autorité soit sans appel.
Mais tout le monde ne pourra voir la lumière souveraine, elle échappera aux regards ténébreux; sans la déiformité de l’esprit et la fruition du coeur la vision face à face est impossible. Le juge devra donc apparaître sous le visage de la créature.
Comme d’autre part une simple créature ne possède pas une autorité suprême et sans appel, notre juge devra être Dieu pour trancher par autorité suprême, et homme pour contester visiblement avec les pécheurs.
L’unique voix de l’arbitre suprême terrifiera les coupables et rassurera les innocents; ainsi son seul visage suffira à réjouir les justes et atterrer les impies.
Chapitre 2: Le Purgatoire
2. Enoncé
1. Dans la perspective de l’état final, il faut distinguer spécialement ce qui précède, ce qui accompagne et ce qui suit le jugement. La peine du purgatoire et les suffrages de l’Eglise sont comme deux préambules au jugement
Le feu du purgatoire est un feu corporel qui afflige l’esprit des justes, dans la mesure où ils n’ont pas, en cette vie, accompli la pénitence et la satisfaction proportionnée à leur culpabilité, dans la mesure où ils ont contracté (des scories) à consumer.
Le tourment du purgatoire est moins grave qu’en enfer mais plus lourd qu’en ce monde; toutefois, les âmes du purgatoire gardent toujours l’espérance et elles savent qu’elles ne sont pas en enfer; et pourtant en raison de l’intensité de leur peine, il leur arrive peut-être de ne pas y penser.
Ce feu corporel infligé aux esprits les purifie des dettes, des souillures et des séquelles du péché; et lorsque leur purification est suffisante, ils prennent immédiatement leur essor et sont introduits dans la gloire du paradis
3. Explication
Le principe premier, parce que premier, est infini ment bon et parfait, et c’est pourquoi il aime infiniment le bien et déteste souverainement le mal; or la bonté infinie ne tolère pas que le bien demeure sans récompense, elle ne doit pas tolérer davantage que le mal demeure impuni.
Lorsqu’il arrive à des hommes justes de décéder sans avoir totalement accompli leur pénitence en cette vie, sous peine de troubler l’harmonie de l’ordre universel, leur mérite de la vie éternelle ne peut rester sans récompense et le vice de leur faute ne peut rester dans l’impunité; il est donc nécessaire qu’ils soient finalement récompensés, nécessaire également qu’ils soient temporairement punis à la mesure de leur dette et de leur culpabilité.
Toute faute commise offense la divine majesté, fait tort à l’Eglise, et déforme l’image divine, inscrite en notre esprit; ce (triple désordre) affecte surtout la faute mortelle, mais le péché véniel y dispose.
Or toute offense requiert châtiment, le dommage exige satisfaction et la difformité appelle la purification. La peine requise sera donc punition juste, satisfaction équitable et purification suffisante.
4. Tout d’abord cette peine devra punir juste ment. Dès lors, l’esprit qui dédaigne le bien éternel et suprême pour se soumettre à un bien infime devra se voir soumis à des réalités inférieures; il recevra ainsi la peine des êtres qui occasionnèrent la faute; à cause d’eux, en effet, il a dédaigné Dieu et il s’est avili lui-même.
Par conséquent, l’ordre de la justice exige que l’esprit soit puni par un feu matériel. Puisque l’ordre de la nature unit l’âme au corps pour lui influer la vie, l’ordre de justice unira l’âme au feu matériel; digne de châtiment, l’âme recevra la punition du feu.
Cependant l’homme juste, en état de grâce, mérite seulement une peine transitoire. Sa peine sera proportionnée à la gravité de son péché et à la légèreté de sa pénitence passée. C’est pourquoi la peine temporaire du feu matériel sera plus ou moins longue, plus ou moins vive en fonction de la dette exigée par l’offense. « Il est nécessaire, affirme l’admirable docteur Augustin, que la douleur consume autant que l’amour adhérait » Plus l’amour mondain avait d’adhérence dans l’intime des fibres du coeur, plus la purification est difficile.
5. La peine, en outre, devra être satisfactoire. La satisfaction implique la liberté du vouloir et l’état de voie, or le purgatoire n’est pas un état de mérite et sa peine est très peu volontaire. Le manque de liberté dans la volonté qui souffre sera donc suppléé par l’acuité de la souffrance.
Toutefois ceux qui sont purifiés possèdent la grâce et ils ne peuvent plus la perdre, c’est pourquoi ils ne peuvent ni ne veulent être totalement absorbés par la tristesse, ils ne peuvent sombrer dans le désespoir ou se révolter dans le blasphème. Leur châtiment certes est lourd, mais il est tout autre que le tourment de l’enfer et plus léger; car ils savent indubitablement que leur état diffère de l’enfer où les damnés sont torturés sans rémission.
6. Cette peine enfin doit être purifiante et cette purification est spirituelle. Partant, ou bien le feu possède une vertu spirituelle qui lui est divinement donnée, ou bien, comme j’incline à le croire, la vertu même de la grâce intérieurement présente est aidée par la peine extérieure, et ainsi l’âme déjà punie pour ses offenses, exonérée de ses dettes, subit une purification suffisante, il ne reste plus en elle aucune difformité pour faire obstacle à la gloire.
Dès l’instant où l'esprit en sa fine pointe est disposé à recevoir l’influence déiforme de la gloire, lorsque sa purification est consommée et que la porte est ouverte, il prend son essor, le feu de la charité le soulève, plus rien ne l’appesantit, ni l’impureté de l’âme, ni la dette du péché. Il ne con vient pas à la miséricorde ou à la justice divine de différer le don de la gloire lorsqu’elle trouve une demeure appropriée. Le retard de la récompense serait en effet une grande peine, et un esprit déjà purifié ne doit pas être puni davantage.
Chapitre 3: Les suffrages de Eglise
1. Enoncé
Les suffrages de l’Eglise sont utiles aux morts, et j’entends par suffrages ce que l’Eglise fait en faveur des morts: sacrifices, jeûnes, aumônes, ainsi que les prières et les peines volontairement assumées pour accélérer et faciliter l’expiation de leurs fautes.
Les suffrages aident les morts, non pas tous, mais ceux qui sont au purgatoire, « les moyennement bons ». Les suffrages sont inutiles pour les « très mauvais », ceux qui sont en enfer; inutiles également pour les « très bons », ceux qui sont au ciel. Bien plus, les bienheureux aident l’Eglise militante de leurs mérites et de leurs prières, et ils obtiennent de nombreux bienfaits à ses membres.
L’efficacité des suffrages dépend plus ou moins des mérites personnels des défunts d’une part et de la charité des vivants, d’autre part, dont la sollicitude s’applique plus à certains défunts qu’à d’autres. Cette efficacité porte sur l’adoucissement des peines ou pour accélérer la libération, selon qu’en dispose la providence divine, au mieux des âmes.
2. Explication
Le principe premier, parce qu’infiniment bon, doit être d’une extrême rigueur à l’encontre du mal, il doit être aussi d’une extrême douceur à l'égard du bien. Si les justes, en raison d’une rigoureuse justice, souffrent au purgatoire pour la dette de leurs péchés, il est normal qu’ils soient soulagés, aidés et réconfortés, en raison de la bonté miséricordieuse, car ils sont installés dans la misère, et ils ne peu vent en sortir ni par leurs oeuvres, ni par leurs mérites.
L’application des suffrages par ceux qui en ont le pouvoir est conforme à l’économie providentielle. Toutefois, les droits de la justice demeurent et la douceur de la miséricorde ne peut s’y opposer ou s’en séparer.
Or la rectitude de la justice doit maintenir l’honneur divin, le gouvernement de l’univers et la qualité humaine du mérite. C’est pourquoi la souveraine providence a disposé que les suffrages sont valables au bénéfice des âmes du purgatoire, selon l’harmonie de la miséricorde et de la justice, c’est-à-dire de manière à sauvegarder la dignité de l’honneur divin, l’ordre de l’univers et la qualité humaine du mérite.
3. L’application des suffrages doit respecter la justice qui vise par-dessus tout le maintien de l’honneur divin. Or, l’honneur de Dieu exige, pour le moins, que la dette des fautes soit acquittée par des oeuvres satisfactoires et pénales. Les oeuvres où la compensation satisfait à l’honneur de Dieu prendront, au plus haut point, valeur de suffrages. Le jeûne, la prière, l’aumône constituent trois oeuvres de satisfaction particulièrement valables, mais le sacrifice de l’autel l’emporte; c’est surtout à la messe qu’est rendu à Dieu l’honneur qui lui est dû: nul en effet n’est plus agréable à Dieu que celui qui est offert en sacrifice.
Ainsi les oeuvres satisfactoires constituent les suffrages de l’Eglise, mais le meilleur suffrage est dans la célébration de la messe. D’ailleurs, saint Grégoire, au livre IV des Dialogues insinue que certains défunts ont été rapidement délivrés de grandes peines par l’application de messes.
La pompe des obsèques, le raffinement des funérailles, et les choses de ce genre n’entrent pas dans la catégorie des suffrages. C’est pourquoi saint Augustin écrit dans son livre De cura pro mortuis agenda: « Le raffinement des funérailles, la richesse de la sépulture et la pompe des obsèques sont beaucoup plus une consolation pour les survivants qu’un secours pour les morts. »
4. La justice sauvegarde l’ordre et le gouvernement de l’univers; par conséquent, dans la communication des influences, l’ordre et la convenance doivent être respectés, dans l’émanation des influences entre les êtres, il doit y avoir un ordre de relations entre l’origine et le terme de réception. L’inférieur ne peut influer sur le supérieur ou sur un être éloigné à tous égards par la disproportion. Les suffrages de l’Eglise ne peuvent donc avoir d’efficacité pour ceux qui sont en enfer, puisqu’ils sont totalement séparés du corps mystique du Christ. Aucune influence spirituelle n’atteint les damnés ou ne leur est utile, pas plus que l'influence de la tête n’atteint des membres amputés.
Les suffrages de l’Eglise n’ont pas d’utilité pour les bienheureux, puisqu’ils vivent dans un état absolument supérieur, et que parvenus au terme, ils ne peuvent monter plus haut. Bien au contraire, les bienheureux nous sont utiles par leurs prières — ce qu’ils ont d’ailleurs mérité dans leur chair — il est donc conforme à l’ordre divin que nos prières soient offertes aux saints pour que ceux-ci à leur tour intercèdent en notre faveur et nous obtiennent les bienfaits de Dieu.
Les suffrages finalement servent aux seuls justes qui sont au purgatoire. Soumis à la peine et incapables de s’aider, ils sont inférieurs aux vivants, mais en raison de leur justice ils sont conjoints aux autres membres de l’Eglise, c’est donc à juste titre, en raison de l’ordre et de la convenance, que les mérites de l’Eglise peuvent les secourir.
5. La justice enfin doit être observée pour peser l’exigence des mérites les suffrages qui s’adressent aux défunts en général sont utiles pour tous et chacun des bons selon sa mesure, ils sont cependant plus efficaces pour ceux qui ont mérité davantage cette utilité et cette efficacité, lorsqu’ils étaient en état de voie.
Les suffrages appliqués spécialement pour certains défunts correspondent à une intention droite et qui vient de Dieu, ils correspondent aussi à une institution ecclésiastique qui assurément n’est pas vaine. Ces suffrages ont donc plus de valeur pour ceux qui sont spécialement désignés, et pourtant, les autres y communient d’une certaine manière. Toutefois, bien qu’ils soient spirituels, les suffrages n’aident pas les autres autant que la personne principalement désignée En effet, pour une plus grande faute la justice divine exige une plus forte amende, et pour plusieurs fautes plusieurs amendes. L’exemple de la lumière qui éclaire également les convives d’une même table ne convient pas ici. Il faut assimiler les suffrages aux rançons des captifs plutôt qu’à la diffusion et à l’influx lumineux.
Quelle est maintenant, d’une manière déterminée, l’efficacité des suffrages pour chacun en particulier ? Celui-là seul le sait définitivement, qui seul apprécie le poids, le nombre et la mesure dans les dettes, les fautes et les intercessions.
Chapitre 4: La conflagration des feux
1. Ajoutons ensuite ce qui accompagne le juge ment: la conflagration des feux et la résurrection des corps.
Le feu qui brûlera la face de la terre précèdera l’apparition du juge: ainsi la figure de ce monde périra sous la conflagration des feux, comme au déluge sous l’action de l’eau.
Dire que la figure de ce monde passera ne signifie pas une destruction totale de l’univers sensible. Sous l’action du feu, les végétaux et les animaux seront consumés, les éléments seront purifiés et rénovés, surtout l’air et la terre, les justes seront purifiés et les réprouvés brûlés.
Alors, le mouvement du ciel s’arrêtera, et dans les éléments du monde corporel se réalisera une rénovation et une quasi glorification, lorsque le nombre des élus sera au complet.
2. Enoncé
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Le principe de l’ordre universel est infiniment sage. En toutes ses actions il observe l’ordre de la sagesse, mais il doit par-dessus tout respecter cet ordre dans le domaine de la consommation finale. Il n’y aura pas discordance entre le commencement et le milieu, entre le milieu et la fin. Dans l’univers tout entier harmonieusement ordonné, apparaîtra la sagesse ordinatrice, la bonté et la grandeur du principe premier.
Conformément à l’ordre de la sagesse, Dieu a créé le monde sensible, le macrocosme en vue du microcosme, c’est-à-dire l’homme situé au milieu entre le monde inférieur et Dieu. Toutes les parties de l’univers doivent s’harmoniser, et l’habitation doit s’accorder à l’habitant: à l’homme créé bon correspondait un monde bon et en repos; lorsque l’homme chute, le monde se détériore; la perturbation pro fonde de l’homme retentit dans le monde; leur purification, leur rénovation correspondent; et lorsque l’homme enfin est consommé, l’univers doit rentrer dans le repos.
4. La perturbation de l’univers doit répondre à celle de l’homme, comme la stabilité et l’effondre ment correspondaient à l’état d’innocence de l’homme et à sa chute. Or, le jugement futur manifestera la sévérité du juge; tous les coeurs seront terrifiés mais cette terreur touchera surtout les pécheurs qui ont méprisé le Seigneur de l'univers. Ainsi toute la création subira l’ardeur jalouse de Dieu, elle se conformera à son auteur mais aussi à celui qui l’habite, dans un horrible ébranlement des pôles terrestres.
3. Explication
Pour provoquer cette commotion des éléments, rien n’est plus intense, plus rapide et plus terrifiant que le feu jaillissant de toutes parts. Le feu précèdera donc la face du juge; il ne jaillira pas d’un seul endroit mais de partout à la fois; il y aura un rassemblement général du feu élémentaire et terrestre, du feu du purgatoire et du feu de l’enfer. Le feu infernal brûlera les réprouvés, le feu du purgatoire purifiera les justes, le feu terrestre consumera les végétaux et les animaux, le feu élémentaire affinera les éléments et les disposera à leur transfiguration.
Dans le même temps, toutes les autres créatures seront bouleversées, les hommes et les démons; les anges eux-mêmes seront terrifiés du spectacle.
5. En outre, comme l’homme a besoin d’être purifié, le monde en a besoin aussi. Dans la situation de la fin des temps, l’homme aura besoin d’être purifié des scories, de l’avarice et de la méchanceté, comme dans les premiers temps, il avait fallu le purifier de la boue de la luxure. Or, cette purification finale devra être rapide, intime et parfaite.
Le monde au commencement fut détruit et comme purifié de l'ardeur et la fange de la luxure par la fraîcheur de l’eau; à la fin des temps, le refroidisse ment de la charité, le froid de la malice et de l’avarice envahiront le monde vieilli; il faudra donc le détruire et le purifier par le feu. A raison de la profondeur extrême des adhérences, l’action purifiante devra être intime, violente et rapide. Seul parmi les éléments, le feu comporte ces qualités d’action. La face du monde consumée par le feu correspondra ainsi à l’inondation du déluge.
6. La rénovation du monde doit ensuite correspondre à la rénovation de l’homme; mais le renouvellement sous une forme nouvelle ne va pas sans la perte de la forme ancienne et sans une nouvelle prédisposition; or, le feu possède le pouvoir d’expulser la forme étrangère, il possède un pouvoir de subtilité apparenté à la nature céleste. Il opère donc du même coup la purification et la rénovation, double efficacité, relative à la venue du juge qu’elle précède et qu’elle suit.
La transformation établira une nouveauté sans vieillissement ultérieur; ce renouvellement n’est donc pas au pouvoir de la créature; aussi bien, dans la purification et la rénovation le feu agira selon sa nature pour enflammer, purifier, dilater, évaporer, mais un pouvoir qui dépasse la nature accompagnera l’action du feu, pour déclencher la conflagration et compléter ses effets.